Maternage proximal

Le maternage proximal

[Pas le temps ou l’envie de lire: tu peux écouter cet article : https://audio.ausha.co/yErxWsYj6Glb.mp3 ]

Une des entrées en matière de ce blog. Puisque je vais y faire référence par la suite, j’aimerais présenter de manière la plus limpide possible le concept de « maternage proximal ».

Tout d’abord, le maternage proximal démarre en se basant sur les principes de l’attachement, théorisés par Bowlby. Ce dernier définit l’attachement comme « un équilibre entre les comportements d’attachement envers les figures parentales et les comportements d’exploration du milieu.» (Bowlby J., Attachement et perte, Paris, PUF, 1978). Ce lien précoce repose sur des fondements biologiques et des propriétés motivationnelles comparables à la satisfaction des besoins primaires, mais indépendant de ceux-ci.

C’est un peu barbare, lu comme ça…

En somme, le petit d’humain va s’attacher à son/ses figure.s parentale.s. grâce au fait que ces dernières vont répondre à ses besoins primaires (manger, être changé… et être RASSURÉ !). Cependant, Harlow (un autre psy/chercheur, dont Bowlby s’est inspiré) a pu démontrer, dans les années 50-60 que l’attachement et la sécurité ne se basaient pas sur le nourrissage, mais bien sur le besoin inné du nourrisson de toucher et de s’accrocher à quelque chose pour le confort émotionnel … le facteur principal de l’attachement n’est pas la nourriture mais le soin et la réceptivité. Une fois que ce lien d’attachement est fondé, l’enfant peut développer harmonieusement des comportements exploratoires de l’environnement (jouer avec ses jeux, tenter de les attraper, se retourner, aller vers des nouveaux objets, etc.). Les enfants, qui ne lisent pas de confiance et d’encouragement dans les attitudes de ses figures d’attachement, vont avoir plus de difficulté à se sentir en sécurité pour explorer le monde. Pourtant, le job de l’enfant, c’est bien ça… explorer. Difficile de remplir cette mission sans se sentir rassurer par un entourage qui l’encourage. C’est donc là que l’attachement prend une dimension motivationnelle.

 

Image de l’expérience d’Harlow pour fonder ses théories évolutionnistes de l’attachement

Il faut ainsi répondre aux besoins du bébé immédiatement lorsqu’il s’exprime. J’y reviendrai largement ultérieurement, mais il est primordial de savoir qu’un enfant ne peut pas comprendre le sens de l’attente (Non, ta vaisselle en cours ou ton repas ne vont pas disparaître, même si ça serait appréciable pour la première !). Cela n’engendre pas un enfant qui deviendra patient, mais un enfant qui va métaboliser du cortisol, l’hormone du stress. Un enfant dont les besoins sont comblés au plus vite ne risque pas de devenir capricieux (contrairement aux vieilles croyances !), mais devenir un enfant serein qui sait qu’il peut compter sur son entourage.

D’ailleurs, la plupart des parents, des mères principalement, n’ont jamais la volonté de faire patienter un enfant qui pleurent ou qui expriment un besoin (le pleur est souvent l’expression tardive du besoin, qui est auparavant signalé par d’autres attitudes). Ce sont les proches qui mettent en tête aux jeunes parents qu’ils ne doivent pas réagir au moindre couinement… Alors que la propension première est de se précipiter.

Le maître-mot du maternage, c’est de s’écouter ! Agis comme ton cœur le dicte, et non comme des phrases d’autrui résonnent.

Les bébés naissent dans un cadre de dépendance extrême. L’humain vient au monde avec un des développements les plus prématurés comparativement aux autres mammifères (la faute à la station debout et à la taille de notre cerveau par rapport aux hanches des femmes, toussa toussa !). Il faudra de nombreuses années pour que l’enfant d’humain acquière un semblant d’autonomie. La survie du bébé dépend uniquement de son entourage, il a ainsi besoin de s’assurer que celui-ci est particulièrement disponible… Comme instinct de survie. C’est la raison pour laquelle le bébé aime être porté, parce qu’il se sent rassurer après avoir passé 9 mois bercé au sein de sa mère. Il est habitué aux bruits internes de sa mère, aux mouvements… et ne connait pas la faim. Il découvre cette sensation dévorante qui lui engendre une douleur indescriptible.

L’allaitement répond à l’ensemble des besoins du bébé : il nourrit et permet à l’enfant de retrouver des odeurs et des bruits familiers. Il devra être pratiqué à la demande, c’est-à-dire, sans intervalle défini entre deux tétées. Un allaitement ne peut fonctionner que si l’enfant stimule assez la lactation, par la succion. C’est un principe très simple : celui de l’offre et de la demande. Plus l’enfant tète, plus il y aura du lait. Encore une fois, je rédigerai un article là-dessus, mais surtout : ferme les écoutilles aux conseils et aux commentaires qui pourraient te faire douter ! Allaite dès les signes d’éveil, allaite quand il est fatigué, allaite la nuit, allaite… sans regarder ta montre et sans compter. Le bébé sait ce dont il a besoin.
C’est déroutant les premiers jours, mais en réalité : le premier mois, tout est déroutant tant pour toi que pour cet enfant (dans cet article: les tuyaux pour gérer ton quotidien et vivre le 4ième trismestre sereinements).

(Je parle beaucoup du nourrisson, dans cet article, mais il en va de même pour le bébé et le bambin. Eh oui, si tu ne le savais pas, un allaitement peut se poursuivre et s’achever sur un sevrage naturel… entre 2 et 7 ans. Va voir, c’est intéressant!

En outre, je parle d’allaitement, car il s’agit de la norme biologique de notre espèce. Si tu biberonnes, cela va dans le même sens. Donne-lui son biberon sans t’inquiéter de ta montre, ton bébé sait de quoi il a besoin.)

Une autre clef du maternage, c’est le portage. Comme énoncé auparavant, le bébé a besoin d’être rassuré. Il est habitué aux mouvements et aux battements du cœur (entre autres). Il n’est donc pas rare qu’un bébé ne soit bien que dans les bras, parce qu’il s’y sent rassuré (et non pas parce qu’il est capricieux, merci Tatie et Tonton des commentaires !). Alors que faire lorsque ton bébé ne veut que tes bras ? Eh bien, le prendre. Super solution efficace à 100% pour avoir un bébé qui se sent bien et qui pleure peu… Cela a été démontré, les bébés portés pleurent bien moins que les bébés qui ne le sont pas.
Aaaah… tu voulais savoir comment gérer ton quotidien avec un bébé dans les bras ? Le portage !
Vraiment, le portage, c’est la VIE !

Tu mets ton bébé dans l’écharpe, dans un sling, ou autre moyen de portage adapté à sa morphologie (donc son âge et son écartement des hanches) et youplaboum : tu as les mains libres et un bébé heureux.
Alors oui, tu vas continuer à te mouvoir comme en fin de grossesse et ton ventre est encore plus haut. Mais ça te donne une excuse pour déléguer la gracieuse tâche de récurer ta baignoire… ou de la postposer (ça change vite de rythme, un tout petit, rien n’est acquis !)

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Sling Ling Ling d’amour; écharpe JPMBB basic; le BB Tai de Babylonia – à ça, tu peux ajouter une inconditionnelle écharpe en sergé tissé de chez Storchenwiege et tu as mes 4 outils, même si je n’utilise plus la JPMBB, elle a été magique pour les 4 premiers mois.

Le portage peut se pratiquer du matin au soir, sans limite de durée, sans se prendre la tête pour tenter de poser ton bébé afin qu’il dorme (il dort sur toi, et souvent bien plus longtemps que posé), soit rassuré et même nourri (si tu deviens un peu aguerrie pour l’allaitement en portage). On apprend à porter en faisant les courses, à manger, en faisant le ménage (et en découvrant que le bruit de l’aspirateur endort la prunelle de tes yeux, si tu as la même chance que moi), en mangeant (en mettant un lange/tetra au-dessus du marmot, non c’est pas classe, oui, c’est pratique !), en allant aux toilettes (il est passé par ton vagin-souvent-, il n’a pas encore de pudeur !)… La seule limite, c’est la douche.

Autre avantage, en portant beaucoup ton bébé, tu vas éviter qu’il développe un problème de type plagiocéphalie (tête plate) et autres « joyeusetés » posturales. Il tiendra aussi plus rapidement sa tête… cela prouve bien que l’humain est FAIT pour être porté. Un crâne malléable n’a pas vocation à être maintenu dans une position.

Ensuite, dans la trousse du maternage, il y a le cododo. La société occidentale en a peur, mais c’est une attitude d’une praticité incroyable : tu allaites allongée et tu te réveilles peu de temps (en fonction de ton anxiété, moi, je m’étais beaucoup renseignée avant d’accoucher, et dès la maternité, j’ai adopté la position de sécurité pour la nuit… et je ne suis jamais restée éveillée durant une tétée de nuit ! :-p Et je n’ai jamais été épuisée comme j’avais pu le lire chez beaucoup de jeunes parents.) et le bébé a aussi besoin d’être rassuré la nuit (les cycles jour/nuit ne sont pas acquis à la naissance). En outre, même si l’on ne partage pas son lit, l’OMS recommande de partager sa chambre avec le bébé pendant 6 mois minimum, afin de prévenir la mort subite du nourrisson.

Je t’invite vraiment à considérer le cododo différemment de ce que la société occidentale veut en faire : une simple pratique logique avec de jeunes enfants. La plupart des peuples moins nantis fonctionnent sur un système de lit commun/chambre partagée. C’est un problème de riches que d’avoir la place pour séparer les parents des enfants durant le sommeil.

Cependant, il y a des règles de sécurité à mettre en place pour le cododo, voici un article très clair sur le sujet : https://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/viefamille/fiche.aspx?doc=cododo-partage-lit

La crainte du maternage proximal est entretenue par les psy (souvent psychanalystes… !) et les sociologues qui généralisent les cas exceptionnels de relations toxiques et les parents ultra perfectionnistes voire de décès de nourrisson par étouffement. C’est fréquent, à tous les sujets, de décrédibiliser une pratique par des contre exemples violents. Mais n’oublions jamais qu’un cas problématique ne peut pas entacher toutes les recherches et les preuves scientifiques abondant dans le sens de cette pratique. Quelques articles de presse jugent avant même de faire une recherche étayée des choses.

Il ne faut pas oublier que : « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. » – Arthur Schopenhauer

Simplement, le maternage proximal rencontre le besoin de retrouver ce qui est inscrit en nous, dans nos cœurs. Ce qui part du cœur ne saurait être néfaste pour les êtres que l’on chérie.

Enfin, je te propose une petite bibliothèque pour détailler le sujet avec des illustres auteurs/autrices :

  • William Sears, auteur de l’expression « attachment parenting » (théoricien du maternage proximal de son état)
    « Élever son enfant… autrement », de Catherine Dumonteil-Kremer
  • « Ne pleure plus bébé! » de Claude Suzanne Didierjean-Jouveau

C’était intense ! Ce fut le premier article… Il est très fourni en informations, et je vais détailler la plupart des notions par la suite, de manière plus courte.

J’espère sincèrement que cela t’aura plu. Laisse un commentaire si tu veux avoir des précisions sur un sujet ou l’autre : je peux aisément te répondre et rédiger un nouvel article pour éclairer tes interrogations, et ainsi entretenir ta curiosité.

Un commentaire sur “Le maternage proximal

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