Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

« Encore une crise ! » Ou que faire avec les sentiments ?

Etape 2 de la CNV

Pour rappel, voici la première étape du processus de communication non-violente : l’observation.
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Cette fois, j’aborde les émotions, leur reconnaissance et leur « gestion ». Cela fait donc partie du processus de la CNV, mais, comme tous éléments d’un processus, les informations s’avèrent pertinentes dans toutes les circonstances.
La gestion émotionnelle est une chose qui semble à la fois simple et complexe, en fonction des situations. En tant qu’adulte bien portant, les déclinaisons de la joie sont assez aisées (et agréables) à prendre en charge. L’acceptation du sentiment est évident… La plupart du temps, on ne se refuse pas de la joie (je dis bien « la plupart du temps », des évènements de vie traumatiques peuvent engendrer une réactivité à la joie et de la culpabilité d’être heureux alors que d’autres situations sont censées prendre le pas sur ce qui crée des sentiments positifs).

Qu’en est-il des émotions d’autrui ? Peut-être as-tu déjà été surpris.e par des expressions émotionnelles positives plus fortes que ce que tu attendais dans une circonstance. C’est susceptible de te mettre mal à l’aise… Mais  « l’excès » d’enthousiasme (nous sommes alors dans le jugement puisqu’on estime que c’est en excès) est souvent plus drôle à constater qu’autre chose.

Et comment réagir rapport aux émotions négatives, tant les nôtres que celles d’autrui ?

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Cela se gâte un peu, globalement. Ces émotions n’étant pas perçue comme plaisantes sont moins enclins à être acceptées.
Les émotions « négatives » (c’est un jugement de considérer qu’elles le sont) ont pourtant le même rôle que les émotions « positives ».
Mais quel est ce rôle, Watson ?

Les réactions émotives nous sont utiles pour adapter notre comportement en fonction des situations. Elles aident à améliorer le  bien-être et à éviter les dangers/obstacle. Elles sont utiles à nous guider afin de parvenir à la satisfaction de nos besoins (la détection des besoins : l’étape suivante de la CNV !). Donc, ce sont des indicateurs essentiels à la détection de nos besoins !
Les principales émotions sont les suivantes : La colère, la tristesse, la joie, la peur, la surprise, le dégoût, le mépris, la honte et la culpabilité.
Les émotions se déclinent en fonction de la manière dont on se sent précisément. Les listes ci-dessous sont non-exhaustives mais permettent de bien faire comprendre de quoi il s’agit.

Par exemple, la joie s’exprime par différents biais : le fait d’être heureu.x.se, émerveillé.e, intéressé.e, joyeu.x.se, amusé.e, excité.e, ou le fait d’être fier.e.
Il en va de même pour la colère qui se décline en expression telle que l’exaspération, la contrariété, l’irritation, être plein de ressentiments, envieu.x.se ou encore tendu.e.
De la même manière, la tristesse peut se conjuguer par le fait de se sentir seul.e, démoralisé.e, mélancolique, déçu.e ou peiné.e.
Quant à la peur, cela peut se manifester par le fait d’être crainti.f.ve, anxieu.x.se, nerveu.x.se, inquiet.e ou embarrassé.e.

Ce sont bien sûr des exemples, et il y a bien plus de manifestations émotionnelles. Le principe est que ces attitudes, ces émotions sous-tendent pléthore de sentiments.

En somme, il est nécessaire de percevoir des manifestations émotionnelles comme des signaux précis  d’un besoin insatisfait. A nouveau, il faut passer par l’observation et non pas le filtre du jugement : le fait de pleurer (en cas de tristesse) ne relève d’aucune forme de faiblesse. Une « crise » (disons plutôt une tempête émotionnelle) relève plutôt de la colère et prend régulièrement sa source dans un sentiment de frustration. Mais la colère est rarement perçue comme une énergie qui peut être mise à profit afin de dépasser l’obstacle qui la génère. Or, c’est le principe même d’une émotion de nous mettre en mouvement !

L’objectif de la CNV, c’est qu’après avoir effectué le constat de la situation qui meut l’émotivité  c’est de pouvoir exprimer les sentiments qui surgissent. A cette étape, le piège est de masquer le sentiment/émotion « brute » avec l’interprétation de la situation. Il est fort probable qu’une phrase qui place l’autre comme sujet ne soit pas un sentiment. Par exemple, « tu ne m’écoutes pas ! » ou « tu m’ignores ».
En outre, le fait d’être ignoré.e ne peut être compris comme un sentiment, puisqu’il implique quelqu’un d’autre (il faut être deux pour que l’un ignore et l’autre soit ignoré). Cela rend l’autre responsable de nos sentiments. En réalité… Nous sommes les seul.e.s responsables de nos émotions !
Certes, certains actes pourront être majoritairement perçus comme exaspérant, mais tant l’émotion que son intensité découlent du filtre qui œuvre au  sein du « récepteur ». Certain.e.s vont « ronger leur frein » pendant des jours alors que d’autres préfèreront mettre ce qui dérange sous le tapis. Quelle merveilleuse preuve que nos émotions nous appartiennent que de constater notre moindre patience (et l’énervement) lorsque notre état de fatigue se fait sentir ?!

Autant dans les relations entre adultes que dans les relations parent/enfant, il est utile de s’axer sur l’expression émotionnelle et, en priorité, sur la reconnaissance/l’acceptation de ses propres émotions. Autant pour soi que pour son interlocuteur, les émotions (et les besoins sous-jacents) ne demandent qu’à être entendues.
Dans le cas d’une dispute, par exemple, il est profitable d’exprimer son ressenti et de tolérer que l’on ressente cela. Parfois, cela peut paraître futile, l’émotion peut sembler surdimensionnée… Mais elle « s’évapore » à partir du moment où l’on prend le temps de l’accueillir. Pouvoir accepter que « je me sens blessé.e » ou que « je suis furieu.x.se » offre la possibilité d’observer le décours de l’émotion. Celle-ci s’estompera au fur et à mesure, d’autant plus s’il a été possible d’en faire part à la personne avec qui l’oignon devait être pelé.

Face à un enfant qui est  sujet à une tempête émotionnelle, l’objectif sera de reconnaître son émotion et de lui laisser de la place. Souvent, il est tentant d’amoindrir l’émotion : « Ce n’est pas grave quand même ! » ou bien « Tu voulais rester ? Mais tu vas revoir Untelle bientôt, et puis telle chose t’attend ! ». Cela paraît infime, et pourtant, cela ne reconnaît pas le sentiment qu’éprouve l’enfant. L’idéal est de tenter de mettre des mots sur ce qu’il traverse (je rappelle que les jeunes enfants –et certains adultes apparemment… !) n’ont pas la capacité à maîtriser leurs émotions. Elles débordent facilement et cela engendre certains passages à l’acte (cris, larmes, jet d’objet, …). A partir du moment où l’adulte peut s’adresser à l’enfant en lui disant : « Oh ! Tu sembles vraiment triste de quitter cet endroit ! » ou « Je vois que tu es vraiment en colère de ne pas pouvoir obtenir telle chose ! », la pression diminue. L’enfant se sent compris.  Si l’adulte s’est trompé d’émotions, l’enfant va ouvrir le dialogue et sortir de sa tempête émotionnelle.

Une idée complémentaire est de se concentrer sur les ressentis corporels et la respiration pour retrouver le calme. En effet, les émotions ont des manifestations corporelles spécifiques en fonction des individus. S’il est possible de se concentrer dessus et de reconnaître les prémisses ces signaux, cela permet de guider nos actions avant de se sentir débordé.e.

Comme je l’ai dit précédemment, l’émotion fait foi qu’un besoin insatisfait. Il est donc primordial de percevoir quels sont ces besoins (pour nous, et pour l’enfant face à nous aussi). Cela fera l’objet d’un autre article.

Tant pour l’enfant que pour l’adulte, et le plus tôt possible, je ne peux que suggérer de développer un vocabulaire affectif étendu pour exprimer ses sentiments.
Il est également utile de prendre conscience que c’est un besoin insatisfait qui guide l’émotion.
Enfin, nous sommes responsables de nos émotions et de la manière dont nous les maintenons (en les refoulant) ou les laissons « s’évaporer » lorsque nous les observons.

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Cette attitude d’ouverture aux émotions offre une posture de bienveillance par rapport à nous-même mais également par rapport à autrui. Il est primordial d’avoir reçu assez d’empathie et d’écoute de ses propres émotions pour, à son tour, donner toute l’attention nécessaire à l’autre. Quel que soit l’individu, il est toujours possible de dire : « Je me sens vraiment fatigué.e ce soir. J’ai besoin de calme et de câlins ».  C’est rarement mal compris. Cela permet d’éviter de bouillir intérieurement et de craquer en hurlant « Tu m’épuises avec ton comportement ! ».  Cela ne veut pas dire que l’autre voudra forcément prendre part à la demande des câlins, par exemple. Mais ça, j’y reviendrai après l’expression des besoins dans le cadre de la formulation des demandes (qui ne sont pas des exigences… Teaser !).

 

J’espère que cette lecture, faisait suite à ce premier article, t’aura plu.
Laisse donc un commentaire sur tes états émotionnels et la façon dont tu gères les tiens et ceux de tes proches.

« La curiosité naturelle à l’homme lui inspire l’envie d’apprendre. »J.-J. Rousseau ; Les confessions (1765-1770)

A très vite, Internaute Curieux !

 

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