Éducation bienveillante

La crise d’opposition, la terrible !

Tu les entends, ces expressions : « NON ! » ; « Moi, tout seul ! » ; « Veux pas ! » (toutes les déclinaisons sont possibles), le tout accompagné de pleurs, de cris, de fuite pour éviter une demande, d’absence de réaction ou d’autres vociférations difficilement audibles.

Aaaah, ce fameux « Terrible Two » ou aussi nommé « crise d’opposition » voire « trouble d’opposition » quand certains pathologisent cela. Il est craint… On le lit partout, dès 16 mois chez certains, jusqu’à 3 ans et demi, et plus chez d’autres.
C’est comme si s’abattait sur les parents une malédiction. Les crises à répétition, que c’est pénible ! Comme une impression de devoir se battre sur l’ensemble des sujets de la vie quotidienne : de l’habillage du matin, à la nourriture, aux jeux envoyés dans tous les coins jusqu’au refus d’aller dormir malgré le fait que ce petit tombe de sommeil.

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Mais pourquoi ces changements d’attitude ?

D’où vient cette crise et comment y faire face ?

Et surtout, ça passe quand ?

Ok… et si je te disais qu’en réalité, ce « Terrible Two » n’existe pas en tant que tel. Ce n’est pas une étape inéluctable du développement infantile en fait, un peu comme « la crise d’adolescence ».
Il est possible que tu te dises que je peux bien avancer cela mais bon, quand même, les comportements «pénibles » ils sont bels et biens là. Et c’est vrai. Je ne remets pas en cause les attitudes, mais bien qu’il s’agisse d’une crise et qu’on aborde la situation avec cette interprétation. Parce que qui dit crise, dit que cela passe, que c’est temporaire.
La seconde nouvelle est que cela passe… ou en fait, ça ne passe jamais. Au choix. Il y a de ceux qui voient le verre à moitié vide et ceux qui le voient à moitié plein.
En réalité, ce sont les parents qui adaptent leurs attitudes et leur état d’esprit. Cela engendre des changements de comportements pour les enfants.
Non, je ne viens pas de sous-entendre que c’est encore le parent qui est responsable de tout (bien qu’en soi, il faut admettre, en tant que parent, nos attitudes ont des répercussions constamment !). Je précise qu’il est possible de percevoir la situation sous un autre angle afin d’y apporter des réponses différentes.
En réalité, l’enfant se développe et, habituellement, les adultes de référence font tout pour l’aider dans ce cheminement vers l’autonomie.
D’abord, il acquiert la capacité à se déplacer puis il développe les compétences motrices qui lui permettent d’être un autre individu intégré à la société. C’est plutôt louable.
Mais…
Mais vers 12 mois, il ne faut pas plus de 10 minutes pour partir de la maison parce que mettre un manteau et des chaussures au petit, cela va assez vite. Il en va de même pour lui donner son bain, c’est l’adulte qui impose le timing : un jour plus long, l’autre raccourci…
Et voilà qu’aux alentours de 18 mois, il/elle va prendre des initiatives, essayer de faire les choses seul.e. Et cela prend du temps.
Et s’il y a bien une chose qui nous manque, c’est du temps !
Alors la pression monte, graduellement. Un petit qui développe ses compétences demande du temps qu’on n’a pas. Que notre quotidien d’alors ne comptait pas…

Petit flash-back, quelques mois auparavant : le passage de la vie seule (ou en couple) à l’arrivée du bébé. Grand chamboulement, n’est-ce pas ?
Je ne sais pas si toi aussi, tu as eu l’impression qu’une journée ne suffit pas pour effectuer tout ce qu’il y a à réaliser avec un nourrisson. Vraiment. Même manger, on le fait en 4 fois… Quand on y arrive (le maternage proximal, et le portage, ça aide vraiment beaucoup !). Et puis les mois passent et une routine s’installe. On s’habitue à cet autre qui devient un peu plus indépendant (biologiquement), mais qui n’a pas la capacité de prendre des initiatives. Il/Elle est un réceptacle d’apprentissage. Il ne tempête pas pour le choix des vêtements et s’accommode plutôt bien au temps passé avec toi, quelle que soit l’activité.
Puis progressivement, cet enfant commence à agir avec détermination. Il a la possibilité physique d’évoluer dans l’espace et de diriger ses gestes pour attraper ce qui est à sa hauteur.
Il prend conscience qu’il est un être qui a la possibilité de choisir ses actions. C’est d’ailleurs aux alentours de 18/24 mois qu’il reconnaît son image dans le miroir.
Cependant, il n’a pas encore la aptitude à accorder à l’autre des pensées/points de vue qui diffère des siens (cela n’arrive que vers 3-4 ans).
L’enfant est en perpétuelle progression dans ses capacités cognitives et motrices. Il expérimente au quotidien ses compétences pour les affiner.

A partir d’un stade d’évolution, il ne comprendra pas pourquoi on se réjouit de le voir faire seul certaines choses mais qu’à d’autres moments, cela nous énerve. En effet, nous allons être ravis de le voir porter son bol seul, verser lui-même le lait, prendre/choisir des vêtements, etc. Mais lorsque le temps manque, ou que l’organisation demande de la rapidité, l’adulte cherche à « reprendre le contrôle des opérations ». Et cette prise de pouvoir va être très mal vécue par le petit qui tente d’appréhender de nouveaux acquis et qui ne comprend pas les raisons qui poussent l’adulte tantôt à se réjouir, tantôt à avoir l’air énervé.
Le temps n’est pas une notion que le petit enfant peut assimiler. « Se dépêcher » n’a pas de sens en tant que tel. La seule impression que cela laisse à l’enfant, c’est que lorsqu’on lui dit « dépêche-toi ! », l’adulte semble énervé. Il ne semblait pas à ce petit qu’il y avait quelque chose de différent entre le fait d’empiler des cubes « à l’aise » et le faire d’aller chercher et enfiler des chaussures. Les enfants ne sont pas lents : ils amplifient leurs compétences. C’est comme si on considérait qu’un élève d’Académie de musique est maladroit, alors qu’il est en train de développer des habilités.

De plus, l’enfant d’environ 2 ans ne sait pas encore gérer ses émotions. Celles-ci sont susceptibles d’engendrer des tempêtes émotionnelles, ce sont ces fameuses crises.
Elles apparaissent lorsque l’enfant est en colère ou triste. Mais aussi lorsqu’il est frustré (ce qui est normal mais qui ne doit pas être provoqué volontairement dans un but « de lui faire apprendre ») et dans les moments où il a besoin de plus d’attention (changement de contexte de vie, stade de développement, etc.).
Il va peut-être aussi tout refuser, machinalement, ou effectuer l’exact l’opposé de ta demande. Parce qu’il se rend compte qu’il PEUT le faire, alors qu’auparavant, il n’était pas capable d’agir différemment des attentes des adultes (voire par agir du tout puisque ses capacités motrices ne lui permettaient pas).

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Mais que faire, alors ?

Il y a plusieurs axes d’actions :

  1. Ne pas croire que l’enfant s’oppose pour créer de la colère chez l’adulte. Tous les actes d’un enfant ont des intentions, mais pas des intentions malveillantes. Ses actions sont d’abord dirigées vers le développement de lui-même et la satisfaction de ses besoins. Ce sont les stratégies qu’il utilise qui peuvent laisser l’adulte perlexe.
  2. Garder son calme et user de temps de pause, avant de réagir. En te voyant calme face aux situations, l’enfant apprendra que c’est une réaction possible.
  3. Être à l’écoute de l’enfant, en ciblant ses émotions et ses besoins sous-jacents ; Se demander ce qu’il essaye de communiquer par son comportement.
  4. Lorsque la tempête émotionnelle est apaisée, il est nécessaire de faire part à l’enfant des conséquences pour toi et ses pairs de son attitude: il doit encore apprendre les compétences sociales et il agira au fur et à mesure de manière à prendre en compte l’existence des autres.
  5. Être empathique. Cela va avec le faire d’être calme : parler à l’enfant en reconnaissant ce qu’il est en train de vivre et lui proposer un câlin.
  6. Se mettre à sa hauteur pour lui faire connaître les raisons qui motivent certaines interdictions et d’autres refus.
  7. L’impliquer dans les situations, le/la questionner plutôt qu’imposer. C’est à ce moment-là qu’il est nécessaire de faire preuve de créativité (que j’ai abordé dans cet article).

L’objectif, pour éviter l’occurrence chronique de débordement émotionnel et de conflit adulte-enfant, il est utile d’anticiper et de réfléchir aux situations.
Dans un premier temps, il est nécessaire de vérifier que les besoins fondamentaux sont remplis (avoir quelque chose à manger sur soi, une écharpe de portage/poussette pour qu’il se repose). Ensuite, je te suggère de transformer ta manière de communiquer envers l’enfant : au lieu de dire/répéter/menacer qu’il/elle mette sa veste, demande lui quels sont les vêtements adaptés au temps qu’il fait.
Il est utile de prévenir de ce qui va se passer, et le responsabiliser sur son comportement : par exemple, lui dire qu’on va faire des courses qui sont sur la liste (et que celles-là !) et qu’il/elle va nous aider à mettre les choses dans le caddy.

Cette phase de développement de l’enfant montre que celui-ci évolue et acquiert une autonomie fondamentale à son développement. Elle demande un réajustement des adultes dans leurs rôles d’accompagnant éducatif. L’enfant va provoquer des réactions afin d’appréhender celles-ci et savoir quel impact il peut avoir sur les situations (et non pour te faire sortir de tes gonds). Ses comportements l’aident à prendre conscience de lui-même et de son rôle en collectivité.

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J’espère que cet article t’aura permis de voir ton/ta petit.e d’une autre manière.
Contacte-moi si tu as envie d’évoquer tes difficultés et/ou laisse un commentaire avec ce que tu as vécu/vis avec ton enfant.

A bientôt, les curieu.x.ses !

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