Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

La bienveillance, c’est quoi, en fait ?

On en parle de plus en plus : la bienveillance dans l’éducation, dans la pédagogie et dans la vie, en général.
Et c’est heureux puisque la bienveillance est  une « disposition de l’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui » dixit le Larousse.

Le concept de bienveillance  dans l’éducation et aussi pour revoir les modèles pédagogiques dans l’enseignement est très fréquemment abordé tant par écrit que dans les émissions médiatiques.
Mais, de facto, j’ai la sensation que peu de personnes peuvent mettre des mots concrets sur ce qu’est une conduite bienveillante.
Cet article a donc pour objectif de mettre en évidence ce qui sous-tend la terme de bienveillance. De cette manière, il sera plus simple de l’appliquer sans la confondre avec du laxisme.

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La bienveillance, ce n’est pas juste ne pas être malveillant. Ça tombe sous le sens, mais pourtant, quand la bienveillance fait défaut, il est souvent rétorqué : « ça va ! je ne suis pas malveillant non plus ! ».
Il y a toute une palette d’attitudes entre la malveillance et la bienveillance, autant qu’il y a de niveaux de gris entre le blanc et le noir.
C’est pour ça qu’il est compliqué d’appréhender le concept de bienveillance si le questionnement reste superficiel et non dans une globalité.

En effet, pour comprendre ce qu’implique la bienveillance, il faut prendre de la distance par rapport aux situations et se positionner en observateur.
Agir avec bienveillance demande de changer de perspective sur les relations humaines et donc… sur le devenir de l’humanité. Tu penses que c’est exagéré ? Je vais t’expliquer pourquoi ça ne l’est pas et que c’est très « rentable » de croire en une humanité qui s’améliorera grâce à la bienveillance.

Il est difficile d’agir avec bienveillance si l’on est persuadé que l’humain est mauvais par essence.
Il est impossible d’agir avec bienveillance si l’on estime que les enfants doivent être obéissants et sages.
Pourquoi ?
L’obéissance implique de la soumission et donc, de la crainte et le renoncement à l’esprit critique. Il est alors nécessaire que l’enfant ait peur de ses référent.e.s adultes pour être soumis à leurs volontés. Cela engendre une dénégation de ses propres besoins et donc, à terme, un enfermement émotionnel. Et la perpétuation des violences éducatives ordinaires peut alors se poursuivre …
En outre, la sagesse n’est pas une caractéristique à attribuer à un enfant. Pourquoi et dans quel but serait-il sage ? Qu’est-ce que ça lui apprendrait de rester immobile sans émettre de son ?
Ironiquement, si  quelqu’un souhaite vivre avec  un être sage à domicile, je conseille une plante verte. Même le poisson rouge pourrait être caractérisé de « sale », si l’aquarium se salit relativement vite.

Le manque de bienveillance peut se marquer d’une façon anodine : en caractérisant l’individu au lieu des comportements.
« Mon enfant est turbulent » ; « Mon enfant est agité ! » ; « mes élèves sont fainéants… ».
Combien sommes-nous à avoir entendu : « De notre temps, ça ne se passait pas comme ça ! Les enfants ne respectent plus l’autorité ! » ?
J’ai un scoop, pour tous les parents et les grands-parents qui pensent que les enfants sont trop dissipés et peu sensibles à l’autorité… Platon pensait comme vous !

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,

Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,

Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,

Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,

Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie »

Ce texte est issu de «  La République ». Je rappelle que l’auteur est né en 472 avant J.-C.

Autant dire que la crainte de la jeunesse incontrôlée qui engendre la tyrannie…  n’est pas neuve !
Platon est un penseur dont les écrits sont passionnants. Mais comme quelques philosophes après lui, leur perception de l’éducation est diamétralement opposée à la lame de fond actuelle souhaitant adopter des attitudes bienveillantes et dénuées de Violences Éducatives Ordinaires (VEO) envers les enfants. Cette lame de fond est, je le rappelle, complètement soutenue par les nouvelles connaissances en neurosciences et psychologie du développement.

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Pour approcher les relations dans une optique bienveillante, il faut arrêter d’avoir peur de l’autre et des hypothétiques comportements réactionnels.
Pour être plus claire, envers l’enfant, une éducation positive laisse souvent craindre une tyrannie de la part de l’enfant, une toute-puissance dont les parents seraient totalement débordés. Un enfant qui, suite à cette éducation, deviendrait un délinquant, à la marge de la société.
Voilà ce qu’on appelle une belle projection pour aller au bout des craintes soulevées par un sujet.

Il est nécessaire de ne plus qualifier la personne mais les comportements.
La plupart des attitudes sont explicables par la situation.
Par exemple : Il est peu probable qu’un enfant de 8 ans s’amuse à vider son assiette en jetant, l’un après l’autre les aliments par terre.
Pourtant, ce même enfant entre 6 et 18 mois le faisait régulièrement.
Était-il « méchant », « mauvais », « turbulent » à cet âge-là et est-il devenu sage entre temps ?

Autre exemple : un jeune homme, 20 ans et étudiant, trouve un portefeuille par terre. Il découvre qu’il contient de l’argent. Il décide de le prendre et de ramener le portefeuille vide à un commissariat. L’homme, maintenant âgé de 35 ans en trouve à nouveau un. Il ne touche pas à l’argent qu’il contient et le ramène au commissariat.
Était-il mauvais à 20 ans et est-il devenu raisonné, « bon », plus tard ?

En réalité, les enfants de 6 à 18 mois découvrent ses capacités physiques et les propriétés physiques des aliments et des objets qu’ils manipulent. La nourriture est d’ailleurs la seule possibilité qu’ils ont pour s’exercer à la préhension et à la manipulation de petits objets.
A 8 ans, cette découverte est passée et il est en train d’apprendre les codes sociaux de la tenue à table.
Pour l’homme et l’argent du portefeuille, il s’avère qu’à 20 ans, il était étudiant et en fin de mois. Il n’avait plus que des pâtes pour les 5 jours à venir et cet argent tombait à point pour acheter le traitement médical  qu’il n’avait pu acquérir. Plus tard, il gagnait suffisamment sa vie pour ne pas utiliser cet apport d’argent.

Tout est à mettre en perspective avec le contexte… Et nous invite à faire preuve d’indulgence envers les personnes.


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La bienveillance appelle à de la compréhension pour autrui.
Non seulement, il faut prendre en compte le contexte, mais il est également nécessaire de comprendre le comportement pour réagir avec efficacité.
Il n’est pas utile de dire à l’enfant de 12 mois de se tenir correctement à table  et de manger aisément avec ses deux couverts. Ça tombe sous le sens.
Mais, cela n’est pas plus utile de crier d’exaspération ou d’appeler son enfant « le petit cochon » face à ses expériences balistiques avec les aliments.

Comprendre les comportements implique de la curiosité et une remise en question des croyances et adages populaires.
Si l’on continue à croire qu’un enfant a besoin de « faire ses poumons », il pleurera car ses parents ne le prendront pas. Si l’on sait que cela engendre du stress et des hormones délétères (cortisol, entre autres) pour le développement, cela sera sûrement évité.

Tant dans l’éducation que dans l’enseignement, cela demande des connaissances précises sur le développement infantile et la pédagogie.
C’est une des raisons d’être de ce blog et de mes futures activités (#placementdeproduitdiscretoupas).
Pour agir avec bienveillance, il est indispensable de se renseigner sur les raisons qui pourraient motiver une attitude.

La bienveillance demande que l’observateur de la situation soit en capacité de prendre de la distance et de ne pas céder à la réaction à chaud.
Le temps de pause (prendre quelques secondes pour respirer en conscience et de défaire de la bouffée de colère) est un outil excellent afin de pouvoir mettre de côté la pression avant de décider d’une action-réponse.
Afin de comprendre et d’agir avec bienveillance, il est nécessaire de  percevoir la situation sous un angle que j’ai présenté dans la communication non-violente. D’abord, se placer en observateur des faits, ensuite, tenter d’interpréter les émotions  et chercher les besoins exprimés (tant pour l’autre que pour soi).

En termes de pratique, ce qui sollicite une participation collaborative de l’individu part déjà avec une intention intéressante.
Car une autre clef de la bienveillance se situe au niveau de l’intention.
L’objectif n’est pas de considérer que l’autre fait « faux » ou « mal » mais différemment et que les attitudes réponses ont pour objectif de conserver la relation, en respectant les émotions et le besoins de chaque partie.

Face à un enfant qui a un comportement désagréable à votre sens, il y a plusieurs phases possibles.
D’abord, prendre le temps de respirer si l’on se sent énervé.e.
Ensuite, observer les faits et se questionner sur l’âge de l’enfant ainsi que ses compétences d’inhibition de ses actions (jusqu’à 18/24 mois, les interdits et les formulations négatives n’ont pas de sens pour l’enfant).
En terme d’action, il est utile d’aller dans un sens de réparation : aider à éponger l’eau renversée, amener la balayette pour ramasser, frotter un mur sur lequel le dessin a été fait, etc.

Dans la sphère pédagogique, il est nécessaire d’accompagner l’enfant à faire ses propres expériences et à apprendre pour l’envie d’acquérir des connaissances/compétences.
Il est alors possible de mettre en lien chaque apprentissage avec l’usage qui pourra en être fait (au-delà de dire « Tu en auras besoin pour tes études »).

Il en va de même pour les réactions face à une attitude qui ne sied pas à l’enseignant : admettons qu’un élève ne cesse de parler en classe.
Une des réactions classiques pourraient être d’exclure le bavard.
Isolement, mise en exergue du comportement par rapport aux autres jeunes, perte d’apprentissage pour la suite de la matière, les conséquences sont nombreuses pour des paroles de trop.
L’enseignant peut alors se questionner sur les raisons d’être dissipé de cet élève… mais aussi sur les manières de régler le problème structurellement au lieu de partir vers les réprimandes inutiles à long terme.
L’élève s’ennuie peut-être ou, au contraire, a des difficultés. Il pourrait alors être utile de l’investir d’une mission en classe pour l’occuper et/ou le valoriser.
En outre, concernant le bavardage… Les écoles à pédagogie alternatives ont bien compris que la classe taiseuse et en ligne devant un enseignant n’était pas une structuration facilitant l’apprentissage.
Les classes actives utilisent le travail autonome par projets, organisées en ilots, de manière à promouvoir le dialogue entre petits groupes.
De plus en plus d’écoles proposent des aménagements flexibles des classes (flexible seating).
Toutes ces méthodes permettent de respecter au mieux les besoins de l’enfant… ce qui, par essence, est bienveillant.

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Exemple de Flexible Seating (merci Pinterest)

Pour résumé, il faudrait axer ses actions de manière à répondre (pour les enfants) aux besoins ou, à tout le moins, les prendre en compte dans sa réaction.
Ainsi, on comprend vite que les phrases culpabilisantes, les cris, les punitions, l’isolement et même les récompenses n’ont pas de sens si l’on souhaite agir avec bienveillance.
En conscientisant ses propres besoins et émotions qui surgissent face aux comportements des enfants, cela offre la possibilité de travailler sur soi.

 

Je te souhaite d’avoir trouvé un peu d’éclaircissement sur la notion de bienveillance.

A très vite, chèr.e Lectrice/eur  Curieuse.x !

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Un commentaire sur “La bienveillance, c’est quoi, en fait ?

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