Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les punitions : Pourquoi sont-elles toxiques, même si elles ont l’air efficace ?

Les punitions sont une espèce de tradition éducative considérées comme acceptables, normalisées et parfois nécessaires, lorsque l’enfant va trop loin.
Elles sont de plusieurs ordres : les brimades, les privations  et les châtiments corporels.
Par exemple : « Mettre au coin », « envoyer dans sa chambre », «priver de TV/tablette/sortie…. », Menacer de conséquences si opposition à l’ordre proféré.
Il peut être violent de lire « châtiments corporels », car cela véhicule une connotation de maltraitance. Et pourtant, la gifle, la fessée, une tape sur la main, se faire pincer l’oreille ou attraper par le col, sont bien des châtiments corporels puisqu’ils portent atteintes à l’intégrité physique de l’enfant.

« La punition corporelle est généralement définie comme un acte physique qui est socialement et légalement accepté et commis par un adulte en situation de pouvoir, peu importe son intention, dans le but d’entraîner une douleur ou un malaise physique chez un enfant, et ce, afin de corriger ou de contrôler un comportement jugé indésirable (ex. : taper les fesses de l’enfant, le pincer, le secouer). » – Définition de la chercheuse Marie-Ève Clément, Revue de psychoéducation, 2011, volume 40 (1)

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Pourquoi les punitions sont ordinaires ?
Les punitions donnent une impression de contrôle aux parents et surtout, un moyen d’action face à un comportement « inacceptable » de la part de l’enfant.
Tu la sens, la première coquille ? Il n’est pas difficile de constater que ce qui est « acceptable », « correct » ou « admis » dépend complétement du contexte.  Et étrangement, les punitions tombent d’autant plus facilement lorsque les parents ne sont pas disponibles physiquement ou moralement   (empressement, fatigue, occupations).

Il est d’ailleurs facile de tomber sur moults témoignages déculpabilisant les parents qui ont levé la main suite à un débordement de l’enfant : « Ça arrive ! », « Il ne faut pas se culpabiliser pour ça … ! », …

Les punitions, des plus « douces » aux plus « dures », sont utilisées par certains parents qui ont l’impression d’avoir tout essayé.
Isabelle Filiozat a écrit un merveilleux livre qui leur est adressé (mais intéressant pour tout un chacun) intitulé justement : « J’ai tout essayé ! ».

Les enfants apprennent assez vite la douleur (psychologique et physique) que les punitions occasionnent.  Ils cherchent souvent à éviter les punitions par diverses stratégies, dont la soumission aux volontés des adultes.
Donc, dans ces cas-là, les punitions semblent fonctionner puisque les enfants cessent leurs actions ou obéissent docilement.
Mais, en y regardant de plus près, il y a autant de cas où les punitions fonctionnent que de situations où elles n’ont aucune issue positive (ni pour les adultes ni pour les enfants).
Combien d’enfants ne se calment pas lors de l’isolement ?
Combien d’entre nous ont développé des trésors d’ingéniosité pour mettre en œuvre un stratagème avec plusieurs stylos ou dissimuler des photocopies afin de faire passer les « lignes à copier » plus vite ?

Il s’avère que le premier problème des punitions se situe là : la dissimulation.
La punition n’amène pas à réfléchir sur son action de manière autonome. Elle ouvre une brèche dans laquelle les enfants dissimulent les actions que les adultes estiment mauvaises.

Questionnements pour toi-même :

  • Quelle réaction aura un enfant face à une mauvaise note/s’il brise un verre/renverse de l’eau/… si :
  • Il sait qu’il sera puni
  • Il sait qu’il ne sera pas puni

Dans la plupart des cas où les enfants vivent des punitions, l’idée principale sera de dissimuler le problème pour éviter la punition. C’est ainsi que commence le recours volontaire aux mensonges (à différencier des histoires racontées par les petit.e.s d’environ 3 ans) et le déclenchement des réseaux neuronaux du stress et la crainte des adultes.

Les enfants qui ne sont pas habitués aux brimades seront plus à même de venir chercher des ressources auprès des adultes : de l’aide pour assimiler une matière incomprise, de l’aide pour ramasser le verre ou essuyer l’eau, etc.
Il n’y aura pas de climat de crainte face à la réaction des adultes.

Il est alors assez simple de percevoir que c’est le mécanisme de la peur qui intervient lorsque les enfants se soumettent au désir des adultes à la suite de l’exposition aux punitions.
La plupart du temps, ils n’ont pas intégré les motifs de leurs actions « correctes », ils répondent juste comportementalement de manière à éviter une punition.

Les punitions s’érigent en solution dans une société où l’on s’attend à ce que les Enfants obéissent aux Adultes. Les punitions sont des conséquences directes de l’adultisme (ici pour faire un point sur cette notion).
La société nous renvoie souvent une attente claire : l’enfant (comme entité) doit être maitrisé, dompté, corrigé si besoin, par l’adulte afin qu’il agisse de manière correcte.
Il est très mal perçu qu’un enfant donne son avis sur le choix du menu voire qu’il participe même au processus décisionnel au sein du foyer (l’heure de sa douche, de son coucher, de s’alimenter, …).
Cela paraît normal aux adultes d’imposer un rythme aux enfants.
Mieux, les parents légitiment la mise en place de ces rythmes à l’aide de rituels qui sont vantés pour rassurer l’enfant.
En gros, l’adulte contrôle le quotidien de l’enfant. Cela se passe presque bien jusqu’à l’âge de 18/24 mois environ, âge où les enfants cherchent à faire les choses seuls (retour sur la crise d’opposition ou le « terrible two »).
A la suite de ça, c’est souvent le déclenchement de la mécanique éducative. Les premières punitions arrivent (petite fessée, tape sur les mains, isolement, …) et c’est là aussi que débutent les affrontements qui feront toujours deux perdants (l’enfant et le parent).

A ma connaissance, aucun parent ne prend plaisir à punir son enfant. Comme aucun enfant parvient à retenir de manière consciente la leçon cachée d’une punition (sauf : « il faut que je planque mieux les choses la prochaine fois ! »).
Par exemple : Imagine un enfant âgé de 10 ans, un enfant privé de TV pendant une semaine à cause d’une chambre mal rangée. En vivant cette privation, il va avoir deux réactions disponibles :

  • « C’est injuste ! » : ruminations sur l’injustice et le sentiment d’être incompris
  • « Je suis vraiment bête de ne pas avoir rangé ma chambre, je ne peux qu’en vouloir à moi-même. J’avais trop envie de jouer plutôt que de ranger ! » : dépréciation de soi et intégration du modèle de soumission

Dans les deux cas, l’enfant se sent mal. La plupart des parents vont considérer que la seconde réaction est plutôt profitable : peut-être l’enfant sera-t-il plus sensible au rangement plus tard ?
En réalité, l’enfant sera surtout sensible au fait d’éviter la punition, et se conformera par crainte. Il n’a pas retenu l’intérêt d’avoir une chambre rangée, si ce n’est pour se plier aux impératifs parentaux (qui n’ont pas de sens en tant que tel).

Alors, est-ce que les punitions sont liées aux comportements des enfants, ou plutôt, à une recherche d’actions jugées efficaces par les parents ?

Mais pourquoi les Adultes ont cette attitude réflexe de punir lorsque quelque chose dérange le déroulement qu’ils attendent ?

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La répétition des schémas « éducatifs »

Il y a bien une raison pour laquelle les punitions et les punitions corporelles sont des réponses facilement accessibles à notre esprit.
Elles ne demandent d’ailleurs aucun effort de recherche de solution la plupart du temps : ce sont des réponses automatiques dans une situation donnée.
« Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu tellement peur en la voyant sur la route que je l’ai rattrapée en criant et une gifle est partie ! ».

Ces réponses automatiques sont créées par notre propre exposition à ces expériences.
Il est fort probable que tu aies été confronté.e à ces actions coercitives. En ayant vu des adultes agir de la sorte, ce sont des réactions qui sont activées rapidement, au-delà de notre conscience et de notre volonté.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de conscientiser nos réactions et de travailler sur soi-même.  Bien sûr, les relations auprès des parents est telle que, la plupart du temps, les devenus-adultes n’ont pas envie de questionner ces prises de conscience. Elles sont parfois douloureuses et peuvent faire émerger un nouveau sentiment d’injustice et d’incompréhension envers les anciens référents.

Parfois, ce n’est pas dans la sphère familiale mais dans la sphère collective que les adultes que nous sommes ont subi les punitions en réponse à certaines attitudes.
A une époque, je rappelle que les enseignants avaient le droit de frapper les enfants, jusqu’en 1852. Mais il s‘avère que la plupart de tes grands-parents voire de tes parents peuvent témoigner du fait que ces pratiques avaient encore lieu régulièrement jusqu’à 1968 !

Autant dire que les punitions sont des habitudes « éducatives » telles qu’il est logique qu’elles émergent spontanément dans les réactions.
MAIS (bah oui, il y a un mais !) comprendre le fonctionnement ne le cautionne pas pour autant et surtout permet de trouver des solutions alternatives.
Parce qu’il faut prendre conscience que les punitions ne sont pas exemptes de séquelles négatives… en plus de celle de propager ce modèle éducatif ! En 2 générations, il est possible de faire disparaître cette pratique des mœurs (comme le modèle suédois le prouve).

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Les conséquences des punitions

Il est probable que la plupart des gens fassent une distinction entre les punitions morales et physiques.
Certes, une gifle ou une fessée est plus impressionnante qu’un isolement au coin ou le fait de copier des lignes (ah ah ah ! La vieille punition !). Mais les punitions ont des séquelles d’ordre psychologique (à partir du moment où les gestes violents n’engendrent pas de marque…).
Il est encore largement cru que l’isolement est une punition douce. Par exemple, mettre au coin un enfant agité, exclure un élève de la classe, enfermer un enfant dans sa chambre sans dîner, …
C’est méconnaître le fonctionnement neurologique de l’être vivant.

La douleur psychologique utilise les mêmes réseaux neuronaux que la douleur physique !

Il s’avère que la douleur inhérente à l’isolement social découle du système de l’attachement chez les humains. Instinctivement, l’humain sait qu’il a besoin d’être inclus dans un  groupe pour survivre. L’humain va chercher à agir afin de ne plus être exclu à cause de la souffrance et la crainte que cela occasionne.
« La douleur sociale est une forme de douleur dérivant de la détresse suite à la distance sociale des autres. Cheng et al. (2008) ont observé que les participants peuvent revivre la douleur sociale plus facilement et plus intensément que la douleur physique. Leurs études démontrent que les personnes  déclarent  que  la  douleur  sociale  est  plus  dure  à  revivre  par  rapport  à  la  douleur  physique  et  que  les  personnes  ont  des  résultats  plus  bas  à  des  tâches  cognitives,  après  avoir subi une douleur sociale plutôt que physique. »  Source : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00845406/document

Pour être claire, la douleur sociale (infligée par l’isolement) est source de souffrance plus importante que les douleurs physiques lors des reviviscences. De plus, la douleur sociale cause un amoindrissement des capacités cognitives.
En isolant ou en punissant tout simplement, les adultes amènent les enfants à avoir de moindre capacité cognitive (entre autres).
Tant à la maison qu’à l’école, c’est contreproductif pour le développement des enfants, n’est-ce pas ?

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de pays légifèrent pour que les châtiments corporels (52 actuellement) soient interdits.
Cela fit grand débat en France, parce que certains estiment que la loi s’immisce dans leur vie familiale. Il s’avère qu’il s’agit d’une ingérence du même ordre que l’autonomie des femmes par rapport à leur père ou à leur mari.
Accessoirement, c’est seulement en 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire de manière autonome. Et ce n’est en 1970 que la notion d’ « autorité parentale » prend le pas sur l’ « autorité paternelle ».
C’est là aussi une « ingérence » de l’Etat dans la vie familiale… Pour un bien !

Pour revenir à l’exemple suédois, ils ont interdit la fessée en 1979. La génération de parents actuels n’a plus cette tendance à recourir à des châtiments corporels. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne comprennent pas pourquoi cela fait débat que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits individuels que les adultes. Aucun droit n’est retiré aux parents… Sauf celui de maltraiter leurs enfants (or, il est peu probable que ce soit une volonté franche d’avoir recours aux châtiments corporels…).
Car il s’agit de ça… Simplement.
Je ne sais pas toi, mais il me serait intolérable qu’on me tape la main ou qu’on me fesse si quelqu’un s’énerve face à mon attitude.

Grâce à cette loi contre les châtiments corporels, la Suède a fait diminuer l’occurrence de la maltraitance envers les enfants. Et les taux de délinquance juvénile et de suicides reculent !
Il a suffi de deux générations pour faire sortir la violence du champ social.
Le principe de la loi n’est pas d’être « Big Brother » avec une caméra dans chaque famille, mais de faire connaître les Violences Educatives Ordinaires (VEO) afin que les parents conscientisent leurs attitudes.
Savoir, c’est pouvoir !

Il est nécessaire d’intégrer que les enfants exposés à un adulte qui débordent en punissant (le débordement est paroxystique en cas de recours aux châtiments corporels) vont intérioriser ce type de réaction.
Plus les enfants sont exposés à des adultes qui s’emportent, plus ils auront tendance à recourir à la violence.

En outre, les punitions n’éveillent aucun apprentissage sur l’acte qui est le déclencheur de la réaction de l’adulte. Comme je l’ai déjà évoqué, il n’y a pas d’acquis qui ressort d’une punition, mais une perte de confiance en soi, un sentiment d’injustice et d’incompréhension et la recherche de stratégies de dissimulation face aux difficultés rencontrées.

Quant aux châtiments corporels spécifiquement, ces gestes n’auront peut-être pas de conséquence physique à long terme. Mais je tiens à rappeler que des centaines d’enfants meurent chaque année à cause de violence intrafamiliale. Les chiffres sont approximatifs étant donné que tous les décès ne sont pas suivis de procédures judiciaires. Cependant, au plus bas en France, il s’agirait d’un enfant tous les deux jours.
Alors la fameuse réponse : « On en est pas mort ! ». Non, la plupart des enfants n’en sont pas morts mais certains sont les victimes de cette banalisation des châtiments corporels dans l’éducation.
Voilà, voilà. Un premier coup peut partir… avant un déferlement d’autres !
Et si les enfants n’y perdent pas la vie, ils y perdent leur confiance en l’adulte, en soi et leur empathie spontanée.
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OK, ça craint. Mais avoir un enfant-roi, merci bien !

Le majeur problème lorsqu’on évoque le fait qu’il est nécessaire de sortir du système des punitions, c’est que la plupart des adultes n’ont pas idée des alternatives possibles… Parce que ces alternatives ne sont dispensées dans la population que depuis peu et à faible échelle (Coucou ! Je suis là pour ça !).

Les parents ont souvent peur que leurs enfants soient ingérables. Puisque le modèle de la soumission à l’adulte est celui qui est répandu, il y a une réelle appréhension à ne plus fonctionner de cette manière.
Surtout lorsqu’on agite devant les parents le mythe de l’enfant-roi (qui méritera un article, mais on peut déjà trouver des pistes dans mes articles sur la gestion de la frustration et sur celui de la colère).
La crainte d’élever un petit-être qui sera tyrannique qui serait une graine de dictateur.

Penses-tu que les grands dictateurs de l’Histoire ont été élevés dans la bienveillance, en l’absence de punitions en tout genre ?
Certainement pas ! Tous ces bonhommes ont intériorisé et extrapolé que la violence pouvait résoudre un conflit.
La violence implique une soumission au gagnant, au plus fort, à celui qui sait, …
Tout ce qu’on a baratiné aux enfants depuis des siècles : « Parce que je suis grand, et que tu es petit ! ».
Bref, la crainte c’est d’être celui qui a un enfant qui dérange les adultes, qui met en évidence et répond face aux incohérences, une enfant qui ne reste pas à la place que la société lui attribue.
Mais, tu en as vu beaucoup toi, des enfants qui sont pleins de vie tout en étant « sage, mutiques et polis » en toute circonstance ?
Personnellement, je trouverais ça presque effrayant. Genre « Village des Damnés ».

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Une image du film « Le village des Damnés », avec ses gamins hyper flippant!

Les enfants sont faits pour explorer, découvrir leur environnement et interroger les adultes. Bien sûr qu’ils « dérangent » le quotidien et la vie sociale des adultes. Si on fait des enfants, c’est intrinsèque que sa vie, sa maison, ses habitudes seront dérangées… Mettre un nouvel individu dans un foyer engendre de fameux bouleversements. C’est d’autant plus particulier que cet être évolue de jour en jour en acquérant de plus en plus d’autonomie et d’esprit critique.
Cela engendre un perpétuel questionnement sur la manière d’être avec les enfants, puisque leurs besoins se diversifient avec le temps.

Plus vite un enfant aura compris que les adultes qui l’entourent sont des ressources pour lui, plus il pourra devenir confiant et croquer la vie à pleines dents.
Non, les enfants ne sont pas plus dociles dans une éducation exempte de punitions… Mais ce sont des êtres à part entière, qui n’ont pas plus à être dociles qu’une femme devrait l’être docile face à son époux (#wife’slifebefore68!).

 

Et qu’est-ce qu’on peut faire ?

Aaaah ! Ma question préférée !

Réponse en quelques mots-clefs : réparation, alternative, collaboration, anticipation, responsabilisation, l’information (des parents) et, the last but not least : le travail sur soi des parents.

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Je détaille, pas de panique.

D’abord, imaginons une situation précise : un enfant de 3 ans est fort excité à table, il refuse de manger, s’énerve et finit pas jeter son assiette par terre (on va espérer que l’assiette soit d’une matière peu fragile).
Comment réagir ?
D’abord, si la situation met le parent dans un état d’énervement majeur : prendre du recul sur la situation. Boire quelques gorgées d’eau, souffler un grand coup (c’est le temps de pause). Rien de bon ne sort lorsque c’est mu par l’énervement (et ça vaut pour toutes les situations, donc la réaction face aux enfants ne fait pas exception).

Après, il faut mettre des mots sur ce qu’il se passe en utilisant un principe d’observation (comme expliqué ) : « Je vois que tu es très énervé. Ton assiette est maintenant par terre. »
Pas de mot du genre : «  Que tu es pénible ! Je vais encore devoir tout nettoyer ! Tu es infernal ! C’est toujours pareil ! Tu ne manges rien ! ».
Ces phrases n’apporteront rien à l’enfant ni à toi en fait… Puisque c’est un emportement émotionnel.

Il est ensuite nécessaire de voir comment va l’enfant : est-il calmé par le fait d’avoir jeté l’assiette ou se trouve-t-il encore dans un état d’excitation intense ?
Si tel est le cas, il est nécessaire de comprendre ce qui cause cette excitation et ne pas perdre de vue qu’un enfant n’agit jamais dans le but de nous exaspérer. Il cherche à manifester quelque chose par son attitude. Dans le cas proposé, il se pourrait que l’enfant soit trop fatigué, n’ai pas faim, ai eu une journée éprouvante (et lui n’a pas encore acquis la capacité à gérer ses émotions, il va apprendre d’autant plus vite que les adultes lui montrent comme agir quand ils sont énervés !), …
Étonnamment mais de manière pratique, le fait de proposer de le prendre dans les bras ou alors de sortir de table pour le laisser aller dans un endroit où il est bien est la réponse rapide la plus adaptée.
Si les adultes ont besoin d’un temps de pause pour retrouver leurs esprits avant d’agir, les enfants ont d’autant plus besoin de soutien et de temps pour sortir de la vague émotionnelle (qui ne dure pas plus de 90 secondes si elle n’est pas entretenue par des mots/attitudes de quelqu’un).
Petite aide du Dr. Daniel Siegel pour soutenir les enfants dans leur gestion émotionnelle, à expliquer à froid à l’enfant : https://www.youtube.com/watch?v=9aONSCU9v_w

L’idée est ensuite de faire en sorte que le « problème » soit résolu, ici l’assiette renversée.
Il est alors possible de proposer à l’enfant de nous aider à « réparer » les conséquences de son geste. Cependant, il faut attendre que l’enfant et l’adulte soient disponibles pour le faire.
Si tu as envie de manger ton assiette avant de nettoyer, fais-le !
Personne ne va débouler chez toi en te disant : « Eh dis donc ! Vous êtes en train de rater votre statut de maison bien tenue ! ». Cela peut attendre 15 ou 30 minutes sans aucun problème. De manière à ce que tu puisses manger sereinement après un épisode d’énervement.

Quand l’enfant est calme, il est possible de lui demander à ramener une éponge, un torchon ou tout ce qui pourra servir à ramasser les résidus alimentaires sur le sol. Faire le nettoyage ensemble lui permettra d’apprendre comment agir lorsqu’une assiette tombe (peu importe que ce soit lui qui l’ai jeté, pourvu que cela soit réparé). La collaboration au quotidien amènera à ce qu’il ne se sente plus coupable mais responsable face aux gestes « maladroits ».
Ça aide les enfants qui trouveront ça « logique » de venir aider quelqu’un qui a fait tomber quelque chose, au lieu d’être un spectateur inerte.
Il est inutile non plus de revenir sur l’incident en insistant sur le « mauvais » comportement.
Il est préférable de dire à l’enfant, en début de repas, « Si tu n’as pas faim, tu peux nous l’exprimer et juste pousser ton assiette au milieu de la table ».
Il vaut mieux une assiette repoussée, indiquant clairement sa volonté, qu’une assiette qui vole après un énervement majeur.

 

L’idéal est de ne plus être exposé.e à cette situation assez peu agréable. Il est dès lors nécessaire de se questionner sur les raisons qui ont engendrées que l’enfant ait agi  de telle sorte.
Si c’est parce que l’enfant est fatigué, il faudrait peut-être proposer le repas plus tôt. S’il n’a pas faim, il est juste nécessaire de l’écouter et de ne pas être exaspéré.e parce qu’il ne se sustente pas. Il y a beaucoup d’égo derrière les repas. Pourtant, cela ne devrait être que des propositions où l’on se gratifie soi-même de faire de son mieux… pour soi.
Je l’admets, ça demande un certain lâcher-prise. Mais c’est le premier pas d’un travail sur soi qui sera bénéfique à toute la famille !

Cela implique que les parents soient informés sur la manière de réagir de leurs enfants et aussi, sur le « sujet de discorde ».
Dans l’exemple, est-ce important qu’il demeure à table alors qu’il ne semble pas en état de manger ?
Est-ce qu’un enfant a réellement besoin de manger s’il affirme ne pas avoir faim ?
Ces questionnements et la recherche d’informations qui pourra y répondre permet de mettre en perspective ce qui est perçu comme important (qui est un jugement de valeur !).

L’objectif est de partir à la recherche d’informations pour comprendre son enfant, ses besoins réels mais aussi, fouiller ce qui nous rend mal en tant que parents (dans l’exemple, le rapport à la nourriture et à la place que cela prend pour celle/celui qui prépare)… et donc se retourner sur soi-même.
Cela réveille l’enfant en nous qui a vécu les petites phrases comme : « finis ton assiette ! », « tu manges lentement/salement ! », « c’est pénible de te nourrir ! », etc.
Cela implique qu’on prenne conscience de ses failles… afin d’éviter de les reproduire involontairement chez les enfants.
Un très bon ouvrage sur le sujet, de l’illustre Isabelle Filiozat : « Il n’y a pas de parent parfait », aide tous ses lectrices/lecteurs à mettre à jour leurs propres cicatrices émotionnelles pour améliorer la dynamique familiale.
Juste une question, pour finir cet article.
Si, au lieu de parcourir les diverses possibilités d’actions alternatives, le parent avait puni l’enfant ayant jeté l’assiette, que ce serait-il passé ?
L’adulte aurait été très énervé, longtemps. L’enfant aurait crié de colère face au sentiment d’injustice de la punition, ou au contraire serait prostré de tristesse.
Les émotions chez les deux protagonistes auraient duré bien plus de 90 secondes.
L’enfant n’aurait pas appris à participer à la réparation d’une « erreur ».
Le parent ne se serait pas questionner sur les causes de ce comportement et sur la recherche des possibilités pour éviter la récurrence de la situation.
Enfin, l’adulte n’aurait pas pu faire un retour sur son propre vécu… trop prisonnier d’une perception misérabiliste tant pour lui-même dans son rôle d’éducateur qu’envers son enfant perçu comme « ingérable » ou « impertinent ».

Sortir du système des punitions, c’est s’offrir pléthore de perspectives qui permettront à la famille de fonctionner plus sereinement.  Et enfin d’avoir, à terme, une société où la violence, la brimade et d’isolement ne sont jamais les premières options émergeantes à l’esprit.

 

A très bientôt Lectrice/Lecteur Curieuse.x !

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