Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les récompenses, une fausse bonne idée ?

Comme j’ai pu l’aborder auparavant, les punitions ne sont une voie éducative profitable ni pour les enfants ni pour les parents.
Il s’avère que les récompenses sont perçus comme étant, elles, favorables puisqu’elles sont positives.
Mais qu’en est-il réellement ?
Est-ce que ton enfant va avoir un meilleur comportement et plus de motivation en cherchant sa « carotte » ?

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  • Le principe et l’objectif des récompenses

Les récompenses, nous le savons tous, se traduisent par un bien matériel ou moral donné/reçu pour une bonne action ou un service rendu.

Grâce aux récompenses, on incite à agir avec bonne volonté « juste » en ayant une contrepartie pour son action.
On pourrait croire que c’est une bonne idée, puisque tant les enfants que les adultes vont procéder avec assez d’entrain… Cela peut détourner les protestations et garde une ambiance sereine à la maison.
Il faut juste prévoir un stock de récompenses mesurées en réponse aux faits.

Parce que c’est vrai qu’on aimerait bien tous, recevoir quelque chose pour nos bonnes actions quotidiennes.
Imagine, recevoir une mention d’excellence chaque soir où tu te coucherais avec une maison bien rangée. Et puis, à partir du moment où tu en as 6 / semaine, tu aurais droit à un cadeau ou une faveur.
C’est quand même plutôt agréable, plutôt que de n’avoir aucune compensation ni aucune gratitude pour le travail accompli à domicile.

Tu reçois ta compensation, semaine après semaine, mais parfois il y a des loupés. Il y a des impondérables, la vie ne te permet pas d’être au « top » plusieurs semaines de suite.
Tu te sentirais alors sûrement privé.e de cette compensation.
Tes actions, au quotidien, te paraissent de plus en plus mornes. Pour la simple raison que tu sais qu’il n’y aura pas de récompense à la clef… Alors, c’est comme s’il n’y avait plus de bonne raison pour agir.

Voilà, clairement, le problème principal du principe de récompense. L’action n’est plus motivée par les faits en tant que tels mais juste par l’envie d’accéder à la récompense.

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  • La dynamique des récompenses

C’est un problème parce que les individus, quel que soit leur âge, perdent alors le plus riches des actions : savoir pourquoi ces actes sont importants en eux-mêmes.
Chez les étudiants, cette tendance à la récompense peut être flagrante : certains étudient parce qu’ils sont passionnés, ou à tout le moins intéressés, par les matières abordées. Puis, au fur et à mesure, certains abandonnent par désintérêt et d’autres poursuivent, juste dans l’intention d’obtenir un diplôme.
Le premier estimera qu’il peut être utile d’avoir « les questions des examens » afin d’exercer ses compétences. Pendant que d’autres baseront leur apprentissage sur la faculté à répondre aux questions posées.
Certes, le résultat sera identique pour les deux étudiants : ils auront leur diplôme.

Mais il y a fort à parier que celui qui aura agi par passion fera un professionnel plus compétent et investi. Il retiendra probablement la matière qu’il a appris parce qu’il trouvait cela intéressant.

Il est ainsi manifeste de constater l’impact de l’intention sur le résultat… qui n’est pas la récompense mais bien « le chemin » pour y parvenir.

Dans un cadre éducatif, le recours aux récompenses est un chantage. Ni plus ni moins. Attention, je n’ai pas dit que c’était mal. J’effectue un constat.
Lorsqu’on promet une faveur suite à une action, on sous-entend qu’il en sera privé s’il n’effectue pas ce qui est attendu.
C’est avec cette mise en place d’une dynamique de récompense/privation, qu’il est possible de se rendre compte que les récompenses fonctionnent sur le même principe que les punitions.
Ces deux réponses aux actes des individus a pour objectif de faire obéir l’autre.

Imagine qu’un enfant ne veuille pas aller se laver.
Première option : tu sévis et menace de lui enlever le jeu qui monopolise son attention s’il n’y va pas.
Seconde option : tu lui demandes d’aller se laver et tu lui promets qu’il pourra regarder un dessin animé après.

La seconde option est plus sereine pour l’enfant. Mais il n’aura quand même absolument pas intégré la raison d’aller se laver et ne prendra peut-être même pas le temps du plaisir d’être dans l’eau afin de voir son dessin animé plus vite. En outre, quelle que soit l’option, ton intention est de faire obéir cet enfant… Même dans la seconde option, il ne collabore pas, il obéit dans l’espoir d’obtenir quelque chose.
Le lendemain, va-t-il plus apprécier se rendre dans la salle de bain ou va-t-il attendre que tu le gratifies de quelque chose ?

C’est parce que l’intention est dans l’obéissance et que cela engendre un sentiment de privation que les récompenses fonctionnent dans le même registre que les punitions. Ce sont des marqueurs de l’adultisme.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur les punitions, l’obéissance n’amène pas l’enfant à être autonome et responsable. Cela rend passif et n’aide pas à développer la conscience de la valeur des actes en eux-mêmes.
Maria Montessori allait jusqu’à dire que les récompenses sont une forme « d’esclavage de l’esprit », puisque l’enfant ne réfléchit plus à l’action mais souhaite seulement obtenir la faveur.

Les principes régissant la motivation sont très fouillés en psychologie.
Il y a deux composantes importantes dans la motivation : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.
La motivation intrinsèque est celle qui guide l’envie d’apprendre, de grandir, de profiter du trajet autant voire plus que de la destination.
La motivation extrinsèque amène à s’exécuter en vue d’obtenir quelque chose (comme c’est le cas des jobs alimentaires où l’on va juste chercher le salaire alors que les tâches laissent indifférents – au mieux !).

Le souci, c’est qu’un individu qui agit par pur plaisir/motivation interne peut perdre de vue ce positionnement si on lui propose des récompenses.
Typiquement, nombre de parents promettent des cadeaux afin de marquer de « bons résultats scolaires » et souvent, en corolaire, grondent ou punissent en cas de mauvais.
Un enfant qui, d’habitude, travaille volontiers peut avoir une baisse de régime. Le parent peut alors être tenté de promettre un avoir si le travail est « bien » effectué. Cela sera donc peut-être le cas, si ce qui engendrait les difficultés s’estompent.
Le problème, c’est que l’enfant va petit à petit considérer qu’il apprend pour obtenir quelque chose en plus et non plus juste pour apprendre/ faire murir ses réflexions / nourrir son appétit de découverte.
De plus, si l’enfant avait un réel problème (relationnel, d’apprentissage, émotionnel, …) qui se manifestait par des notes plus basses, il ignorerait toute récompense promise.

Les récompenses peuvent masquer ce qui retient les enfants d’entrer dans une action. Se questionner sur les raisons des résistances est plus favorable à long terme plutôt que de tenter de « passer en force » grâce à des incitatifs artificiels aux situations (promettre un dessin animé pour amener l’enfant à prendre son bain, les deux activités étant tout à fait distinctes).

L’octroi de récompenses fréquentes bride les enfants. Ces derniers vont avoir tendance à se comporter de manière à rencontrer les attentes des adultes et non plus à vivre en se laissant l’opportunité d’innover (et donc de prendre le risque de ne pas adhérer aux attentes).

 

  • Répondre aux attentes, l’obéissance et la relation de pouvoir

Comme je viens de l’expliquer, les enfants coutumiers des récompenses vont attendre systématiquement quelque chose en retour de leurs « bonnes » actions.
D’ailleurs certains parents finiront ensuite par dire que leurs enfants sont « ingrats » car ils réclament constamment des cadeaux pour autant qu’ils se soient tenus correctement.
Une autre situation : lorsqu’un parent part souvent en voyage, pour se faire pardonner de son absence, il ramène un cadeau. Si, le cadeau n’est pas au rendez-vous, l’enfant pourra bouder. Les parents considèreront que l’enfant est trop gâté et qu’il n’a vraiment aucun savoir-vivre… Alors que ce sont eux qui ont instauré ce fonctionnement d’obéissance/récompense.

La relation qui s’établit avec les enfants est alors un exercice du pouvoir. Tôt ou tard naîtra un sentiment de rancœur envers le parent qui octroie des récompenses fréquemment ou l’en prive à certains moments. Parce que ces avoirs sont déterminés par le jugement du parent et qu’il n’y a plus de place pour l’autodétermination de l’enfant. Ils ne peuvent plus développer de confiance en eux puisqu’ils sont soumis à la validation d’autrui pour le résultat de leurs efforts. Les efforts n’existent pas dans ce système de valeur, il n’y a que le résultat qui importe.
Les comportements des enfants visent à accéder aux gratifications des parents. Ils ne parviennent pas à sauver leur estime de soi, puisque leurs propres appréciations de leurs actes et l’effort ne sont pas reconnues.

 

  • Les formes que prennent les récompenses

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Dans le système scolaire, et dans certaines suggestions pédagogiques maladroites, il y a nombre de pratiques qui utilisent le système des récompenses :

  • Une météo des comportements en classe sur un panneau en classe qui montre l’état de chaque élève jour après jour, à la vue de tous ;
  • Même principe avec des gommettes colorées ou un papillon à colorier (jaune si le comportement était bon et noir s’il était turbulent)
  • Des bonbons donnés (les bonbons, on en parle ?!) par l’enseignant en fin de semaine aux bons élèves

Ils sont inventifs, ils déclinent le système sous diverses formes. C’est très agréable pour les bons élèves. Ils sont mis en avant, bien en évidence, par rapport au reste des élèves.
MAIS…
Qu’en est-il des enfants ayant un tableau plus sombre ?
Faut-il considérer que c’est de leur faute s’ils n’ont pas les soleils et autres gommettes favorables ?
Les « soleils » et toutes les autres marques positives mettent en exergue les élèves qui répondent aux attentes de l’enseignant. Dès lors, cela exclut immédiatement tous les enfants dys-, ceux qui ont une famille en situation précaire (si un enfant n’a pas la possibilité d’apprendre ses leçons ou de faire ses devoirs à cause de son rythme familial…) ou simplement ceux qui ne rentrent pas dans le moule standardisé de l’éducation collective.

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Les facteurs intervenant dans la dynamique des récompenses sont donc :

  • L’obéissance et la conformation aux attentes
  • La mise en évidence des « bons »
  • Évaluation quotidienne des enfants sur un seul aspect comportemental
  • Le sentiment d’estime de soi impacté chez les enfants
  • Le clivage dans la classe entre « les bons » et « les mauvais »
  • L’octroi de privilèges, la plupart du temps aux mêmes élèves
  • Le sentiment de privation des « moins bons »

Comment, avec un fonctionnement tel que celui-là, est-il possible de mettre en place un fonctionnement collaboratif et une absence de jugement entre élèves (et donc de remarques/attitudes) si l’enseignant lui-même est ce moteur de jugement ?

En outre, comment motiver des élèves qui seraient toujours mis en porte à faux par rapport aux autres, en les laissant croire qu’il leur suffit d’un peu de volonté ?
Après 3 ou 4 semaines à être traités comme les « élèves turbulents », les enseignants auront tendance à agir avec eux différemment qu’avec les « bons ». Ces derniers deviendront toujours meilleurs et les « turbulents » le seront, et auront une motivation scolaire en chute libre. C’est un exemple de ce qu’on appelle l’effet Pygmalion, théorisé par Rosenthal et Jacobson et très bien expliqué sur ce site, dont provient l’infographie suivante: https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/theories/categorisation/3-l-effet-pygmalion-a-l-ecole

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Les élèves entre eux auront tendance à faire des clans, à se séparer entre « bons » et « mauvais », comme le prouve cette expérience effarante de Jane Elliott en1970. Elle a simplement dit aux enfants que les élèves aux yeux bleus étaient plus brillants, intelligents et plus calmes que ceux aux yeux bruns. Ces derniers devaient d’ailleurs portés une marque pour être vite reconnus (ça ne te rappelle rien.. ?). Les enfants adoptèrent immédiatement des attitudes caractéristiques : les « yeux bleus » se moquaient des « yeux bruns » et eurent des comportements dignes de bourreaux. Les « yeux bruns » furent désemparés et perdirent la confiance en eux.
Le lendemain, Jane Elliott inversa les rôles et prétendit qu’en réalité, ce sont les « yeux bruns » qui avaient le plus de mérite, que ça avait été prouvé. Au cours de la journée, les victimes de la veille se transformèrent en bourreaux…

Cette expérience est largement détaillée ici : https://chroniquesduchapelier.com/2017/11/24/la-lecon-de-jane-elliott/
et en vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=tHjSu5Nez7I

Tout cela exemplifie de manière limpide pourquoi juger les enfants ne peut pas amener de sérénité dans un groupe (et pas non plus dans la société, puisque notre fonctionnement garde les empreintes de notre jeune âge).

Il y a une autre forme de récompense… Les compliments, surtout ceux dénués d’émotivité !

« Tu es trop forte ! » ; « Quelle championne ! » ; « Tu es vraiment le meilleur ! » ; « Tu es belle ! » ; « Tu es mignon comme un cœur ! » ; « Quel superbe dessin ! » ; …

Les compliments viennent vite à la bouche, dès que les enfants évoluent.
Nous y sommes habitués, en tant qu’adultes, puisque nous les avons entendus depuis notre enfance.

Lorsque que nous faisons un effort pour nous habiller, pour effectuer une tâche ardue ou lors d’une situation exceptionnelle, nous nous attendons souvent à entendre quelqu’un de « légitime » dans la situation qui relève ce qui est « exceptionnel », ce qui a trait à l’effort effectué.

Le problème, c’est que la plupart des compliments se concentrent sur le résultat uniquement.
Par exemple, un enfant a passé un certain temps à s’appliquer sur un dessin. Il arrive auprès d’un parent, fier de montrer sa réalisation !
La plupart des enfants vont entendre en retour un compliment du type : « Quel beau dessin ! » et au mieux, le dessin sera accroché sur la porte du frigo (pour peu que le dessin soit présenté à un bon moment et qu’il ait quelque chose d’exceptionnel aux yeux du parent).
Ce commentaire peut ravir l’enfant : lui qui était fier avait raison de l’être car son référent a validé sa perception en le jugeant bon.

En outre, il s’avère que les compliments contenant les « la plus forte », « champion », « la meilleure » comprennent des notions de comparaison aux autres. Cela sous-entend que pour être acclamé et reconnu comme « bon », il faut être meilleur que les autres. C’est ainsi que s’instaure, subtilement, le principe de compétition, au détriment du principe de collaboration et de la sphère empathique qui l’accompagne.

Est-ce que tu sens ce qui cloche à long terme dans cette réaction ?

D’une part, l’adulte valide la réalisation de l’enfant. Cela implique que l’enfant va, au fur et à mesure, calquer sa propre appréciation sur l’avis de l’adulte.
Si, durant une journée chargée, l’adulte réagit en disant seulement : « Oh oui ! Il est pas mal ce dessin. Mais je suis occupé.e, maintenant. ». L’enfant pourra penser que son dessin n’est pas réussi. Sa fierté se transformera en déception de lui-même car il n’a pas reçu la validation habituelle.
Cela sous-entend que l’enfant ne peut pas se faire confiance car quelqu’un qui aurait un avis plus « légitime » (c’est-à-dire adulte) aura un avis différent, ou qu’il interprétera comme tel.

D’autre part, avec ce genre de réponse-type, seule la réalisation finale est prise en compte. Nulle mention de l’effort que l’enfant à effectuer pour accéder à ce résultat qui le rend fier.
L’effort n’est pas mis en avant, seul compte le résultat. C’est d’ailleurs probant quand un enfant commence à gribouiller, une question fréquente est : « Tiens, qu’est-ce que tu essaies de représenter ? ».
Et si, en fait, il ne voulait rien représenter et juste expérimenter ses gestes ?!
D’ailleurs, souvent la réponse est lente à venir. Je peux supposer que certaines fois, ils tentent de reproduire quelque chose… mais que la plupart du temps, ils donnent une réponse pour satisfaire les adultes qui questionnent et qui semblent attendre une réponse précise.

Le problème liés aux compliments, s’avérant être des jugements sur le résultat, est qu’ils forment les individus à attendre une gratification, une validation et une reconnaissance à chaque action.
Dans ce système, auquel nous sommes habitué.e.s, il est fréquent que nous soyons déçu.e.s de l’abstention de reconnaissance pour nos actes. Cela vaut dans la sphère professionnelle, où nous espérons les remerciements ou les récompenses pour nos attitudes et surtout lorsqu’on a des résultats qu’on estime probants. C’est aussi le cas dans le quotidien du foyer où il est usuel de souhaiter des remerciements pour les services rendus et l’efficacité de l’organisation du foyer.
Mais ces remerciements et récompenses viennent rarement et la rancœur commence à s’installer. Parce que nous avons intériorisé le système des récompenses, a minima par les compliments, et que ne pas en recevoir est associé à une privation.
De plus, l’égo est touché lorsque nous recevons une récompense (la sensation de mérite) mais cela crée de l’envie envers ceux qui ont plus de privilèges… Toutes les expériences en psychologie sociale ont pu démontrer que lorsque les individus sont catégorisés en deux catégories, l’une ayant des privilèges et l’autre étant affublés de caractéristiques négatives, il y a des attitudes de violence, d’humiliation, de moquerie vis-à-vis des « mauvais ». Ceux qui ont des privilèges font ce qu’il faut pour les conserver. Ils peuvent même enfoncer les autres pour y parvenir.

Il y a un exemple classique de la fin de l’année : « Si tu ranges bien ta chambre et que tu es sage, le Père Noël/St Nicolas t’apportera des cadeaux ! ».
Il s’agit d’un chantage. Les enfants ne sont pas incités à apprécier l’ordre, ils sont jugés en « sage/turbulent » et cela induit la croyance que ceux qui n’ont pas de cadeau l’ont forcément mérité.
Quid des familles précarisées, dans ce système ?

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Je sens qu’une crispation va monter chez les adultes qui lisent… Parce qu’il y a aura comme une impression de ne jamais pouvoir rien dire qui soit dénué d’impact et que « rien n’est bon ».
STOOOOOP !

L’idée n’est pas de taxer de « bons » ou de « mauvais », les comportements. D’ailleurs, tu remarqueras que je mets des guillemets à chaque jugement de valeur.
Chaque attitude révèle quelque chose de nous-même, de nos habitudes, de nos ancrages affectifs et des schémas éducatifs auxquels nous avons été exposés.
Dans cet article, mon objectif est de mettre en évidence les actes/les mots qui ont un impact dans la construction de l’enfant et du futur adulte.
Le but recherché est d’accompagner les enfants à se sentir bien en tant qu’individu,  confiants en eux, comme nous l’aimerions tous: savoir se faire confiance et faire fi de l’avis des autres.
Nous sommes tous d’accord pour dire à nos proches : « Peu importe ce que pensent les autres, tant que tu te sens bien ! ». C’est louable comme intention.
Mais c’est ignoré le fait que la construction de la confiance en soi peut être ébranlée juste par des compliments jugeants et des récompenses à outrance.
En outre, l’humain a une propension (nécessaire !) à conserver son appartenance sociale. Cela le pousse à rechercher une manière d’être au sein du groupe qui soit en harmonie avec les autres membres… Cela explique les effets de mode vestimentaire, mais aussi les résistances aux changements d’attitudes dans les familles. Les conduites alternatives peuvent être perçues comme une distanciation de ses racines. La plupart des gens confonde l’amour qui leur est porté et l’adéquation avec l’ensemble de leurs principes de vie. C’est ce qui crispe énormément les relations familiales lorsque les générations se succèdent.
Si c’est le cas pour toi, je te renvoie vers mon article « Que faire pour que les autres acceptent mes choix ? ».

  • Et, je fais comment pour motiver mon enfant à agir, alors ?

Voilà la partie que je préfère : la recherche d’alternatives et de pistes de solution.

D’abord, les récompenses sont souvent allouées afin de faire plaisir.
Il n’est pas question de retirer les moments de plaisir, mais au contraire, de rendre leur accès dénué de conditions sine qua none.
Peut-on seulement regarder un film si la maison est bien rangée ?
Peut-on seulement prendre une pause que lorsque le travail commencé est parfaitement achevé ?

Fais plaisir à ton enfant. Offre-lui des moments agréables, en dehors de toute exigence, juste pour un réel plaisir d’être ensemble ou pour qu’il/elle puisse avoir la joie de s’amuser sans contrepartie.

Nous sommes élevés dans une société méritocratique où seuls ceux qui ont des résultats peuvent bénéficier de certains privilèges.
Il y a une dimension sociale : on sait qu’être né au bon endroit, dans la bonne famille donne accès à bien plus de privilèges que d’autres. Le « mérite » est une notion directement liée aux récompenses et ce qu’il implique. C’est destructeur pour l’égo de ceux qui sont « mal nés » et qui n’ont pas accès aux richesses… Au fond d’eux, cela ancre la croyance qu’ils ont fait quelque chose de mal pour être précarisé de la sorte.
Les enfants qui ont intériorisé le système des récompenses et du mérite, en voyant d’autres individus être privés de certains privilèges, viendront à penser qu’ils sont forcément responsables de leur situation. Cela entame les possibilités d’empathie et d’humanité dont les enfants peuvent faire preuve.

Ensuite, il faut d’abord distinguer les récompenses et les encouragements.
Ces derniers sont, par essence, axés sur l’effort fourni, sur le « courage » nécessaire pour agir.
C’est ce qui en fait tout l’intérêt. Il n’y a plus de jugement sur le résultat mais une focalisation sur l’action de l’enfant en tant que telle.

L’alternative pour intervenir avec des encouragements est de demeurer dans la description de ce que l’enfant fait.
« Oh ! Ton dessin est plein de couleurs ! Tu as l’air d’être fièr.e de ce que tu as fait ! »
« Qu’est-ce que tu fais comme effort pour courir vite ! C’est incroyable ! »

J’y consens, de prime abord, cela peut manquer de spontanéité… Parce que nous ne sommes pas coutimier.e.s de ce type d’encouragements.
Il est possible de se changer son vocabulaire au fur et à mesure, en reformulant après un compliment « classique » fait spontanément : « Oh ! Qu’est-ce que c’est joli !… Il y a plein de couleurs ! Tu as l’air de bien t’amuser ! ». C’est comme tout dans la vie : la pratique amène à des automatismes.
Petit à petit, la notion de jugement disparaîtra et laissera place à la seule observation/description de ce que l’enfant fait mais aussi de ce qu’il semble ressentir !

L’absence de jugement permettra aux enfants d’explorer diverses manières de faire une même chose, sans être bridés par le regard des adultes.

A la suite d’une réussite particulière, il est possible d’orienter l’attention des enfants sur le « chemin » parcouru pour y parvenir et sur les plaisirs trouvés durant les actions.

Au quotidien, il est facile de mettre l’accent sur les plaisirs simples pour les enfants, mais aussi pour nous :
Par exemples : « C’est chouette d’avoir les mains dans la farine ! Et on va faire un super pain ! », « Maintenant que tu as appris cette chose-là, tu fais les exercices très facilement ! », « Comme c’est rigolo d’avoir de la mousse partout quand on se lave les dents et en plus, après, tu sens tes dents toutes lisses ! », « Oh ! Qu’est-ce que c’est agréable de s’allonger à la fin de la journée ! », « Tu avais vraiment l’air passionné.e quand tu lisais tout à l’heure ! », …

C’est quotidiennement que les détails de nos actions peuvent être mis en exergue. Ils deviennent ainsi les motivations intrinsèques, en agissant en pleine conscience des différents éléments qui composent l’action et la recherche d’un objectif.

Pour les enfants qui manquent de motivation pour se préparer, se laver, aider au quotidien, etc, pourquoi ne pas faire de la vie, un jeu ?
J’en parle déjà dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! ».
Mais cela peut s’appliquer à toutes les situations. A partir du moment où le besoin d’autonomie des enfants est entendu et qu’ils ont le temps nécessaire pour faire les choses (l’empressement de l’adulte n’a aucun sens pour les enfants), il est possible de leur proposer des jeux pour que les actions deviennent drôles d’elles-mêmes.
Certains peuvent initier des courses pour s’habiller ou aller se laver.
Je suis partagée. C’est efficace, mais cela implique une notion de compétition qui me dérange.
Il est possible d’inventer une manière de marcher « bizarre » pour se rendre à la salle de bain ou dans sa chambre, de mettre la table version « Mission Impossible », de chantonner pour faire passer le temps plus vite, de se laisser brosser les dents pendant qu’on le fait aux enfants, etc.
Alors évidemment, cela demande de l’investissement pour les adultes. Mais, faire du bain un moment de jeu n’est-ce pas la meilleure manière de profiter d’un temps de qualité ensemble ?
Dès qu’ils sont en âge de le faire, propose-leur de participer à la cuisine. Il peut par être un moment de partage et de confidences complices ? Et plus petit, c’est une vraie activité manuelle.
Oui, il faut peut-être commencer à préparer le repas à 17h30. Mais ce n’est plus une corvée, cela devient une vraie activité commune et une manière d’être ensemble.

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Une autre possibilité pour diminuer les conflits quotidiens et ne pas être embarqué.e par la dynamique de punitions/récompenses, ne serait-elle pas de créer tous ensemble une charte interne à la maison ? Chacun prend part à la décision des règles et s’engage à les respecter.
Cela implique que les règles et leur légitimité peuvent être discutées librement… et non pas que les parents décident et que les enfants y consentent.
Par exemple, les parents aimeraient que les chaussures ne passent pas le seuil de la maison, les enfants trouvent cela inutile.
L’idée est alors de discuter tous ensemble pourquoi les parents veulent cette règle,qu’est-ce qui dérange les enfants. Parfois, de simples aménagements intérieurs aident à faire qu’une règle de vie soit respectée… mais il s’avère aussi que la discussion concernant les motifs de la règle puisse la mettre en perspective, et qu’elle perde en importance.
C’est par ce type de communication familiale ouverte et dénuée de jugement que chacun parvient à se faire entendre et que la vie communautaire est agréable. Cela implique que les enfants aient la certitude qu’ils puissent s’exprimer franchement et qu’il n’y ait pas une croyance que l’amour est conditionnel à l’obéissance. L’utilisation de la communication non-violente est un outil avantageux.

Enfin, éviter les récompenses dont les compliments, ne doit pas être assimilé à de la froideur et à de l’absence de considération. Au contraire !
Il s’agit d’apporter sa présence toute entière aux enfants, afin de faire une remarque qui est précise et non stéréotypées.
Il est aussi favorable d’exprimer ses sentiments aux enfants face à leurs actions et leurs réalisations. « Je suis très fièr.e de te voir t’épanouir dans cette activité pour laquelle tu démontres un talent et dans laquelle tu fais énormément d’efforts ! »
Cette phrase fera bien plus plaisir aux enfants qu’un : « Bravo ! T’es un.e champion.ne ! ». De plus, si un jour, il y a une baisse de régime, il/elle pourrait croire que tu serais déçu.e car le statut de champion n’est plus d’actualité.
Mieux vaut un enfant qui adore jouer au tennis pour le plaisir mais refuse les compétitions qu’une graine de champion qui peste dès qu’elle n’accède pas au meilleur classement. cela ne veut pas dire qu’il faut chasser les compliments dans les moindres tréfonds. Cependant, il peut être épanouissant de penser à les élaborer avec des sentiments et sans que nos propos laissent entendre une attente de résultats.

Dans tous les cas, l’exemplarité est inestimable pour l’accompagnement des enfants.
Ne te fustige pas en cas de tentatives « ratées »! Ne te juge pas! « Goûte aux plaisirs d’être et au contenu des actes quotidiens.
Beaucoup d’entre nous disent facilement : « Je ne suis vraiment pas douée ! » ou « Je suis maladroite ». Je te propose une autre formulation, que tes enfants pourront intérioriser : « Je manque d’entraînement pour… ! ».
Rien n’est figé. Souvent, ce n’est pas une question de don ou de maladresse mais simplement de présence entière à une situation donnée ou de manque d’expérience.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x !

Pour aller plus loin :

  • « Eduquer sans punition et récompense » Philippe Faure
  • Une conférence de M. Rosenberg sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=53_qlO_8qqo
  • « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » Faber & Mazlish
  • « Qui veut jouer avec moi ? » Lawrence J. Cohen
  • L’adultisme expliqué aux adultes
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