Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Préparer la naissance

Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ?

 

Il y a des mots qui blessent et des mots qui caressent.

Parfois, sans le vouloir, les mots engendrent des réactions contraires à la volonté de celui qui les émet.
Parfois, les mots amènent même celui qui les reçoit à se questionner sur son identité…

Et si, tant pour nous-même que pour les autres, on prêtait attention aux mots que l’on utilise ? Si on démasquait nos conditionnements ? Si on (se) permettait plus de liberté en faisant disparaître le poids de certaines expressions ?

Comment et pourquoi ?

C’est dans cet article que cela se passe !

 

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Les bases de la communication

Afin de pouvoir échanger, il y a divers canaux, dont ceux, si pratiques, de la verbalisation et de l’écriture.

Tous les parents savent bien qu’il y a moult démonstrations lorsqu’un bébé exprime ses besoins/désirs par d’autres biais. La communication non-verbale est totale dans les premiers temps de développement des enfants. Ce n’est pas pour rien que, de plus en plus, il est proposé aux enfants de faire des ateliers de bébés signeurs. Cela leur offre la possibilité d’apprendre les rudiments de la langue des signes afin qu’ils puissent s’exprimer avec plus de précisions, avant que le langage verbal ne lui soit accessible (je ferai un article spécifiquement sur le sujet. Pour répondre à la question principale : non, la langue des signes ne retardent pas l’acquisition de la parole : ce fut déjà démontré par Daniels en 1994 dans son article : « The effect of sign language on hearing children’s language development »).

Dès la naissance d’un enfant, il est préférable de lui parler afin d’ancrer l’interaction avec lui. Ensuite, au fur et à mesure, les enfants vont associer la sonorité des mots aux actes et à leur environnement.
La manière dont les mots sont prononcés a un impact sur la manière dont ils sont compris. Les émotions transparaissent clairement dans le ton de la voix et sur le visage de l’émetteur.

C’est comme ça qu’il réagira positivement aux mots doux et de manière craintive/interrogative aux ordres (donnés à un animal, par exemple) voire aux moments de tension.

A la naissance, les bébés ont la capacité de discriminer des sons très proches, une capacité que la plupart des humains perdent rapidement. Ils savent différencier le même phonème, par exemple « la », prononcé par des personnes ayant des langues maternelles différentes, aussi proches soient-elles les unes des autres.
Cependant, au bout de quelques semaines, ils discriminent au fur et à mesure les sonorités émanant de leur(s) langue(s) maternelle(s). Cependant, dès la naissance, ils auront une préférence pour celle(s)-ci, puisqu’ils y auront été exposée(s) durant la grossesse.

L’exposition aux locutions de l’entourage engendre que les enfants acquièrent un vocabulaire spécifique.
Il a déjà été démontré que faire la lecture à des tout-petits les rend coutumiers de la musicalité de la langue et les accompagne dans l’amplification de leur vocabulaire.

Mais, dans quelle mesure la structuration d’une langue et le vocabulaire auront un impact sur la construction des individus ?

 

La structuration du monde en fonction de la langue parlée

Nous voici dans une section qui va aborder la relativité linguistique !

Cela semble ardue, mais en réalité, c’est une notion anthropologique assez simple : « L’hypothèse de la relativité linguistique, c’est-à-dire la proposition selon laquelle la langue que nous parlons influence notre façon de concevoir la réalité, fait partie de la question plus large de savoir comment le langage influence la pensée » (Lucy A. John, 1997).

Cela peut paraître étrange mais… oui, la réalité n’est pas unique. Elle est déterminée par le filtre de nos perceptions. La réalité est aussi peu absolue que « La Vérité ».

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Dans la langue française, nous avons l’habitude de genrer les propos (tu remarques que j’utilise l’écriture inclusive), ce qui amène systématiquement à attirer l’attention ou à masquer le genre des sujets. Cela dénote que le genre a une importance particulière dans les sociétés dont les langues usent de pronoms genrées. Mais surtout, que les enfants doivent apprendre rapidement à discriminer le genre des individus… Mais aussi des animaux et encore plus fort : des objets !
Les anglo-saxons s’arrachent les cheveux avec le français: pourquoi LA chaise et LE canapé ? Pourquoi LA clé alors qu’en Allemand, cette clé est un objet du genre masculin ?
D’ailleurs, quand on y réfléchit, pourquoi les objets ont-ils un genre ? Pour les curieux, voici un article qui retrace cette question : https://fr.babbel.com/fr/magazine/pourquoi-les-mots-ont-ils-un-genre

Pour résumé, et parce que cela fait sens dans le présent article, il s’agit d’une empreinte sociologique et culturelle. Dans différentes langues, dont le Finnois, les pronoms sont neutres. La distinction s’effectue entre ce qui est animé et ce qui ne l’est pas.
Cette distinction semble préexistante à la question du genre dans l’Histoire des langues humaines. C’est surtout avec l’avènement des religions monothéistes, qui ont supplantés les religions animistes, que la question du genre se serait imposée.
En français, alors que les accords de proximité se faisaient habituellement (ex : les hommes et les femmes sont ponctuelles), c’est au XVII ème siècle que l’Abbé Bouhours considéra que c’était un affront à l’homme et que le masculin l’emporterait dorénavant (#égalitécastratrice ?).

Dans une société où le sexisme tente d’être aboli (on n’y est pas encore, je sais !), il semble logique de revenir aux accords de proximité ou d’accepter que la structure du langage évolue. Mais, en majorité, les académiciens ne sont pas de cet avis  et ne démontrent pas de proactivité ni même de reconnaissance vis-à-vis des hypothétiques évolutions de la langue française.

C’est étonnant, quand on sait que les suédois (encore eux !) ont introduit un pronom neutre (« her ») en 1966, afin de désigner « des concepts ou des objets asexués, mais surtout à émanciper le langage d’une vision du genre trop binaire ».

Voilà comment une société décide que la binarité n’est pas le seul cadre de perspective.
Et voilà pourquoi, en francophonie, il est tellement difficile de vivre avec des personnes qui ne se sentent pas résolument homme ou femme, car il n’existe aucun pronom dans notre langue pour les désigner.

Plus étonnant, une étude menée en 1980 avait démontré que les enfants parlant hébreu (dans cette langue, l’importance du genre des mots et des personnes est d’importance pour la grammaire, comme en français) avait une conscience de leur propre genre un an plus tôt que les finnois, dont la langue comporte des pronoms neutres et une distinction animé/inanimé, comme dit précédemment.
Autre fait étonnant : les enfants s’exprimant dans une langue dont les objets et les animaux n’ont pas de genre n’auront pas de confusion d’espèce, par exemple en croyant que LA grenouille serait la femelle du crapaud.
C’est un premier exemple de l’impact de notre langue dans la structuration de notre esprit.

Il en existe bien d’autres, comme la description des couleurs, par exemple.
Il semble parfois difficile pour un jeune enfant de rassembler les éléments bleus présents dans une pièce. En tant qu’adulte, nous avons appris que la catégorie « bleu » regroupe toutes les nuances. Mais pour les enfants, un bleu roi et un bleu turquoise ne sont pas dans la même catégorie, étant donné leur différence notable.
Les russes ont deux mots pour différencier les teintes de bleu… et cela les rend plus rapides dans la distinction des nuances de cette couleur.
De la même manière, certains peuples sibériens recourent à une trentaine de qualificatifs concernant la neige (forcément, à force dans les pieds, que dis-je, les jambes dedans !) alors qu’en français, nous n’avons que quelques mots tels que « poudreuse », « fraîche », « tassée », …

Ces différences dans les langues peuvent sembler anodines, cependant, elles se disséminent dans l’ensemble notre langage.  Elles ont ainsi un impact dans la perception de notre monde et de la formation de nos opinions.

Je reprends l’exemple fournit par David Louarpe, rédacteur de Sciences Étonnantes , concernant l’influence de la langue sur la perception de la culpabilité d’autrui.
En français, lorsqu’un verre échappe des mains à un individu (un accident donc), nous dirons aisément « Untel a fait tomber le verre », alors qu’en espagnol, il est courant d’utiliser une forme passive : « Le verre s’est brisé ». Puisque n’est un accident, il n’y a pas de mise en exergue d’un coupable de l’action.

 

Ok, tu vas me dire que la grammaire d’une langue à un impact… Mais quoi ? On a bien chacun une langue maternelle et/ou usuelle, on ne peut pas se confondre en néologismes et bouleversements arbitraires de la syntaxe.
Mais admets déjà que c’est un fameux changement de perspective de savoir que notre langue place d’ores et déjà un filtre face à nos perceptions.
Alors, quels autres filtres et conditionnements existent-ils et sur lesquels il est possible d’agir concrètement, dans notre manière de communiquer verbalement ?
J’en arrive au point principal de l’article : le vocabulaire auquel sont exposés les individus, dont les enfants !

 

Et si les mots n’étaient pas juste des mots ?

On l’a vu précédemment, la structure d’une langue et le vocabulaire impacte la perception du monde et la formation des opinions.

Mais si certains mots comportaient, intrinsèquement (considérant toujours l’ancrage culturel dont il est impossible de se défaire totalement), un signifiant ayant un impact sur la personne à qui ils sont adressés.

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Lors que nous nommons les différentes composantes de notre environnement, nous regroupons les singularités sous un terme commun. Nous catégorisons de manière à ordonner notre perception.
« Les nuages » rassemblent autant les cumulus, les stratus que les cirrus (merci wikipédia !). Cela vaut pour le terme mammifère qui conceptualise le fonctionnement reproducteur d’espèces aussi distinctes que les baleines, les ours et les humains !

Les mots sont ainsi plus des concepts que la volonté de prendre en compte la singularité de chaque élément. Et tant mieux, sinon nous prendrions beaucoup de temps  et nous mobiliserions une grande énergie intellectuelle pour nous exprimer si ce n’était pas le cas.
Te vois-tu détailler précisément l’espèce et de la teinte de la plante que ton ou ta conjoint.e doit arroser en ton absence ?

Cependant cela dénote que la langue ordonne le monde selon une taxinomie   conceptuelle.
Selon Bergson, les mots sont des étiquettes apposées sur les choses singulières. Pour citer cet article du Monde : « sans même que nous nous en rendions compte, notre langage classe, trie, distingue, rassemble, bref, ordonne le réel pour en faire un monde, si tant est que le monde (tout comme le cosmos grec), c’est précisément ce qui est beau parce qu’ordonné et non chaotique. Or ces catégories, c’est bien le langage et lui seul qui les institue : loin d’être tirées du monde, ce sont elles qui lui donnent sa forme et sa consistance. Cette convention ne nous semble naturelle que parce qu’elle est première, et exactement aussi vieille que notre monde, puisque c’est par elle que nous y venons ».

Quelques arguments qui font réfléchir intensément sur l’utilisation du langage… et surtout aux mots que l’on utilise avec les enfants.
Cela laisse à penser combien il est nécessaire d’enrichir le vocabulaire des enfants grâce à la lecture, à l’exposition aux évènements culturels mais aussi, et simplement, par la façon dont on s’adresse à eux !
Il n’est pas rare qu’un mot ait des synonymes. Souvent proche, mais pas forcément interchangeables.
Ce sont ces nuances qui vont permettre aux enfants d’élaborer une perception du monde plus fine. Un lapin n’est pas un lièvre.
Un sanglier n’est pas un cochon sauvage.
« Il pleut » n’est pas faux quand il bruine ou quand il « drache » pour les belges, mais cela dénote d’une réalité météorologique totalement différente.

Dès le plus jeune âge, il est possible d’étendre le champ lexical des enfants. Cela demande simplement que l’on surveille un peu sa façon de parler et, qui sait, d’avoir un vocabulaire un peu plus détaillé voire soutenu.

 

Caractériser le comportement des enfants

J’en arrive aux points sensibles de l’article… l’impact des mots sur la construction de soi.

Je suis certaine que tu as en mémoire la façon dont tes proches pouvaient te définir plus jeune : « c’est une enfance sage ! », « Elle est casse-cou ! », « C’est un Monsieur-Je-Sais-Tout ! », « Oh ! Tu fais ta timide ! », etc.
Quelle impression cela a créé en toi ?

mug monsieur madame
PS: Non, ce n’est pas une idée de cadeau!

Partie storytelling, j’étais l’enfant « bavarde, qui démonte tout, bruyante et menteuse.
Je me suis construite avec ces mots. TOUS mes bulletins de la maternelle à ma dernière année d’école secondaire (lycée) contenaient la même remarque : « Élève sans difficulté mais qui est bien trop bavarde ! ».
Encore aujourd’hui, j’aime parler. NON, en fait, j’ai BESOIN de parler, d’échanger, de communiquer. Le silence doit avoir un sens, sinon, cela me met mal à l’aise.
En classes, je m’ennuyais fermement. Ceci explique cela.

Pour l’aspect du mensonge, j’y consacrerai aussi un article explicatif, mais en somme : oui, comme tous les enfants vers 3 ans, j’ai commencé à raconter des histoires.
Je racontais, semble-t-il puisque ma mémoire me fait défaut, que ma mère m’avait donné des biberons froids (comble de la maltraitance dans l’esprit d’une enfant de 3 ans !) et que mon père était buveur (comble de l’horreur, déjà à cette époque-là !).
Il semble que mes histoires furent racontées avec tant d’aplomb et sans ciller, que cela décontenançait énormément mes proches… Qui me qualifièrent alors de « celle qui ment comme elle respire ». J’étais imaginative et manifestement, cela n’était pas toujours perçu comme une qualité.

Il s’avère qu’encore aujourd’hui, je suis susceptible de m’échapper de situations ou de trouver des excuses avec une facilité déconcertante. Cette capacité m’a constamment renforcée dans cette croyance que je suis « une bonne menteuse ». Alors que, soyons honnête, ce n’est pas un qualificatif valorisant…
Mon éthique personnelle m’interdit de mentir, mais toutes les vérités ne sont pas utiles à dire, n’est-ce pas ?

C’est étonnant que des caractéristiques d’une enfant se soient prolongées dans le temps de manière aussi intense. Tu pourrais te dire que mes proches étaient perspicaces et qu’ils ont ciblé très tôt ma personnalité…
Mais il y a une autre hypothèse bien étayée : il est probable que le fait qu’on m’ait attribué ces étiquettes m’ait conduite vers l’adoption de ces dites attitudes.
Cela s’appelle l’effet Pygmalion (théorisé par Rosenthal et Jacobson en 1968) : c’est le phénomène selon lequel les attentes d’autrui (parents, professeurs) affectent les performances et/ou l’attitude d’une autre personne (les enfants, les élèves, les étudiants).

Voici le principe en schéma :

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Dans leur expérience, elles mirent en scène un « test d’épanouissement intellectuel » que devait passer les élèves en début d’année scolaire. Ce test aurait permis de prédire le développement intellectuel des enfants. Les tests furent corrigés et les résultats mis à la disposition des professeurs.
Il s’avère que ces derniers étaient truqués et que cela servit juste la mise en scène expérimentale : elles classèrent les enfants en 2 groupes : les enfants « standards », 80% des effectifs, et ceux « à potentiel » représentant les 20% restant. Les enfants furent répartis dans chaque groupe de manière aléatoire.

Le fait d’avoir un groupe d’enfants « à potentiel » engendre, chez les professeurs, des attentes positives à leurs égards.
Afin de tester l’effet de leurs attentes, les enfants furent soumis à un test de QI à plusieurs reprises après le début de l’expérience (+4 mois, +8 mois, +20 mois… Oui, le biais d’analyse test-retest n’était pas pris en compte à l’époque. D’ailleurs, il a été questionné depuis, mais il s’avère que les résultats obtenus sont tout de même valides dans une large mesure).  Les chercheuses prises également en compte les évaluations quotidiennes effectuées par les professeurs.

Seulement 4 mois après le début de l’expérience, les enfants du groupe « à potentiel » avaient un QI plus élevé que la moyenne des autres enfants.
A partir de 8 mois, il y a entre 10 et 15 points de QI d’écart entre les enfants « à potentiel » et les autres (en sachant qu’on considère qu’un QI Standard =  100).
En outre, les évaluations des enseignant.e.s étaient plus positives pour les enfants « à potentiel ».

Cela démontre donc que les attentes positives  (et cela fut étendu aux attentes négatives par d’autres chercheu.r.se.s) engendrent une évaluation plus clémentes de la part des professeur.e.s mais aussi, que le QI de ces enfants est influencé favorablement !

Comment est-ce possible ?

D’abord, il s’agit de phénomènes qui dépassent la sphère consciente : les enseignant.e.s ont sans doute eu des comportements plus positifs envers les élèves prédits « à potentiel », comme des sourires, des encouragements, etc. Inconsciemment, ils auraient été plus attentifs à leurs apprentissages qu’à ceux des autres. Enfin, comme ils s’attendaient à ce que ces élèves-là aient des compétences particulières, leurs évaluations en furent impactées.

 

L’effet Pygmalion explique combien il peut être délétère de coller des étiquettes aux enfants. Ce sont souvent les attitudes jugées comme négatives par les adultes qui finissent comme étiquettes, et rarement les éléments positifs.
Tu comprends dès lors pourquoi dire à son enfant : « Tu es insolent.e/méchant.e/pénible/… »  n’aura pas d’effet positif à long terme. Bien au contraire, elle ou il pourrait intérioriser ce qualificatif et se conformer aux attitudes qui l’accompagne.

De plus, si tu entretiens dans ta pensée que ton enfant est pénible, violent, ou autre, tu auras de plus en plus de mal à te comporter d’une manière affectueuse… et cela, tout à fait inconsciemment ! C’est un cercle vicieux qui s’installe. Et personne n’en ressort heureux.

Au lieu de dire : « Mais qu’est-ce que tu es pénible ! », tu pourrais évoquer combien son attitude t’indispose par : « Je ne tolère pas que tu aies ce comportement ! ».

Enfin, les mots prononcés par les proches peuvent résonner longtemps au creux de l’oreille et avoir un impact sur l’estime de soi.
Si des qualificatifs négatifs clouent au fur et à mesure la confiance en soi des enfants (eh oui, comme veux-tu construire une belle image de toi à coup de « tu es infernale : bavarde, casse-cou et insolente ! », il s’avère que les caractéristiques perçues comme positives au premier abord ont, elles aussi, des incidences non négligeables.

« Tu n’es quand même pas stupide ! », « Tu es trop intelligente pour agir comme ça », « Mais enfin, fais un effort, je sais que tu peux le faire ! », etc.
Toutes ces phrases, qui semblent mettre en exergue la certitude du parent quant aux capacités intellectuelles de leur enfant, sont des manifestations claires pour l’enfant qui les reçoit qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Les attentes positives peuvent, certes,  s’avérer plus favorables à long terme que des insultes, mais pas plus soutenantes pour sa confiance en soi.
Chaque échec ou expérience ne se déroulant pas comme prévu est alors soumise au jugement du « si j’avais été vraiment intelligent.e, cela ne serait pas arrivé ! ».
Un peu comme rien de profitable n’arrive derrière « Je ne suis pas raciste mais… », peu de qualificatifs sont bénéfiques après « tu es… » !

Afin d’accompagner les enfants dans la bienveillance et le respect de leur individualité, le principe est de revenir sur le comportement et non se fixer sur une perception de pseudo-personnalité.

 

Les jugements de valeurs de nos expressions

« C’est bien ! »

« Tu es grande, maintenant ! »

« Tu fais le bébé ? »

« Aller, mange ! C’est bon ! »

« C’est vraiment moche, ce vêtement ! »

Probablement, tu vas te reconnaître dans certaines de ces expressions (et moi aussi, parfois !). Tu dois te demander pourquoi je questionne le fait qu’on y ait recours…

Lorsqu’on s’exprime comme cela, cela met en évidence un jugement de valeur de la part du locutrice/locuteur.
Alors, évidemment, nous avons bien le droit d’avoir un avis sur les choses qui nous entourent.
Nous avons la possibilité de se lamenter sur la bêtise du voisin de droite, le comportement de la voisine de gauche, les choix de vêtements de nos proches ou encore le comportement indécent de telle ou l’autre personne…

Souvent, les phrases qui nous servent à exprimer cela sont courtes et incisives : « C’est moche ! » ; « Quel idiot ! », « Il est vraiment pénible ! », etc.

Mais qu’en retire-t-on vraiment ?
Qu’apportent dans nos vies ces jugements de valeur ?
Nous rendent-ils plus serein.e ou heureu.x.se ?

fact or opinion
« Fait ou Opinion: aide les enfants à déterminer si les phrases sont des faits ou des opinions! »

Les jugements de valeur formulés de telle façon sont des raccourcis de ce que contient notre esprit.
Et comme tous les résumés, ils perdent en détails.
Le problème est alors de se satisfaire de ce type de réflexion puisque cela empêche d’aller plus loin pour questionner ce qui plaît ou indispose dans une situation, par exemple.

Prenons une situation classique : le repas. Lorsqu’un met t’est servi, tu vas dire ce qu’il provoque chez toi. La plupart du temps, il s’agira de contentement ou d’insatisfaction formulé assez brièvement.
Mais cela ne précise en rien ce qui te plaît ou te déplaît dans le plat en question.
Ne serait-il pas plus appréciable pour celui qui se soumet aux jugements des goûteurs de savoir exactement ce qui est apprécié (ou pas) ?

En lieu et place de « C’est très bon ! » ou « Je n’aime pas ! », pourquoi ne pas spécifier : « j’aime beaucoup le mélange des saveurs et des textures ! » ou « A  mon goût, cela manque d’épices/cuisson/…. ».
La personne se sent dès lors moins jugée dans sa globalité et peut alors saisir le point précis de ce qui déclenche l’opinion.

Ce type de réflexions vaut aussi pour la relation avec les enfants. Il est profitable de leur permettre d’être des individus à part entière, il est préférable de spécifier ce qui nous fait réagir. Encore une fois, comme je l’ai précisé dans mon article « les récompenses, une fausse bonne idée ! », il vaut mieux s’orienter sur la description que sur les jugements de valeur.

« Je suis fièr.e de te voir monter ces escaliers ! »
« Je suis heureuse de te voir t’amuser avec ce jeu ! »
« Je vois que tu as du mal à être calme et j’ai du mal à recevoir tes émotions maintenant ! »

Ces réponses ne paraissent pas spontanées. Et je le conçois complètement !
Nous avons des automatismes bien ancrés. Le principe est de faire évoluer ceux-ci tout au long du cheminement qu’implique l’accompagnement des enfants vers leur épanouissement (et le nôtre simultanément !).
Donc, plus tu vas user de ce type de réflexion et de réactions, plus elles te viendront naturellement. C’est comme tout dans la vie, cela s’exerce !

Enfin, concernant l’expression même des jugements de valeurs, dans certains cas, il faudrait se questionner sur l’intérêt même de les exprimer…
Je pense souvent au principe de la passoire de Socrate :

Même si dans le quotidien, il ne s’agit pas de rumeurs, est-il vraiment utile d’exprimer ses opinions brèves, constamment ?
Parfois, il est bien intéressant de les garder pour soi et d’observer ce qui les déterminent en nous-même.
Cela permet d’apprendre beaucoup sur notre propre fonctionnement, des préjugés et des réactions automatiques qui nous habitent. Cela vaut d’ailleurs pour quasiment tout ce que nous prononçons. Dans une large mesure, nous pourrions faire passer davantage de messages bienveillants et positifs en décidant de revoir le lexique qui les composent.
« C’est une tuerie ! », pour évoquer quelque chose de très bon, peut être adapté en « Quelle explosion de saveurs ! ».

A côté de cela, il y a la possibilité (impératif dans mon cas !) d’avoir des ami.e.s ou des groupes de discussions sur facebook (par exemple) qui permettent de se mettre en mode « défouloir » !
L’objectif de ces moments est de libérer les tensions, de ne plus réfléchir à ce qu’on dit, de se défouler mentalement… Afin de pouvoir agir avec bienveillance le reste du temps !
#médisanceorganisée

 

Les surnoms, on en fait quoi ?

C’est un autre point sensible !
Je crois que la plupart des parents donnent des petits noms doux à leurs enfants, et ce, dès leur naissance : « Ma puce », « mon petit cœur », « ma princesse », « mon roudoudou », « chérinette », « mignonnette », « Blondinette », « amour de ma vie », « ma grande », « pipelette », etc.

Tu sais quoi, je plaide coupable ! Grandi avec une panoplie de surnoms, je reproduis ça allégrement… MAIS…

Je n’utilise que peu les pronoms possessifs, mal à l’aise avec l’idée de possession d’un être humain par rapport à un autre (même si je suis très fière qu’Elle soit ma fille !).
Cela dit, je remarque tout de même que je ressens une grande tendresse de la part de mes parents quand ils précèdent mon diminutif. Je suis heureuse que par ce petit mot, ils me signifient mon appartenance à notre famille.
Cette marque de reconnaissance est importante pour moi, dans l’histoire de vie qui est la mienne, par rapport à mes parents avec qui j’ai des relations agréables. Quelqu’un.e qui aurait des interactions tendues pourrait percevoir cette marque de possession comme une bride à sa liberté et un rappel à un environnement qui ne lui convient pas.
Tout est affaire de contexte et de perception personnelle !

Ensuite, j’évite radicalement les surnoms faisait référence à son âge, son intégrité psychologique, son statut de bébé (ok, j’ai du mal parfois à zapper le « bébé d’amour ! »… Mais ma mère m’appelle toujours comme ça, autant dire que je l’ai dans la tête !), à son genre ou encore à une caractéristique physique ou prétendument caractérielle.

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Pourquoi toutes ces restrictions ?

Parce que j’estime qu’elle a le droit de grandir sans avoir à être confrontée à un jugement de valeur clair puisqu’il s’agit d’une manière de la nommer.
Je ne sais pas comment elle vivra, à l’avenir, son rapport à son corps, et je ne souhaite pas l’impacter via des mots qui ne sont pas anodins comme « petit bidon rond », « joufflue », et d’autres parfois moins « mignons ».

Je ne sais pas non plus si elle vivra son identité de genre de manière à ce qu’elle corresponde au genre qui lui a été assigné à la naissance. C’est une fille, physiologiquement. Mais je ne suis absolument pas si elle se sentira fille ou si elle se sentira comme dans le « mauvais corps », ou bien si elle se définira comme non-binaire.
Dès lors, je ne compte pas lui compliquer la vie en l’affublant de surnom qui lui impose une identité de genre.

Ensuite, je n’utilise pas de qualificatif de son comportement, pour les moult raisons décrites ci-dessus : un comportement est davantage parlant qu’un caractère présumé… Je suis toujours étonnée d’entendre des parents appeler leur enfant « Mon petit râleur ».
Cela formule clairement la perception que les parents ont de leur enfant en général (et non plus juste exceptionnellement quand une attitude survient). Cela déclenche en cascade l’effet Pygmalion expliqué précédemment. Déjà affublé du surnom de « râleur », les parents s’attendent alors que leur enfant grommèle plus que le feraient les autres.  Cela engendre que l’attitude de cet enfant s’y conforme…
C’est un cercle vicieux en bonne et due forme.

Il en va de même avec les surnoms reprenant le nom d’une espèce animale. Si certains véhiculent des caractéristiques plutôt agréables (« chaton », « mon lapin », « ma grenouille »), d’autres sont bien moins valorisants (« mon crapaud », « petit veau », « petite pie »).
Outre le fait que cela part de l’imaginaire collectif par rapport à ces animaux-là, les enfants peuvent intérioriser le fait qu’ils auraient, eux-aussi, les caractéristiques négatives sous-entendues par l’espèce.

Enfin, il est nécessaire de prêter attention au recours que l’on fait des surnoms.
Souvent, les surnoms doux sont évoqués lorsque l’ambiance est bonne et détendue. Dès lors qu’une situation déstabilisante, le prénom est utilisé !
Qu’en est-il alors, dans l’imaginaire des enfants, du rapport entre démonstration d’amour et l’aspect conditionnel de celui-ci ?
Les enfants peuvent croire que dans les situations où le.s parent.s ne recourent pas à leur surnom doux, l’amour qu’ils leur portent est amoindri.
Dès lors, n’hésite pas à avoir des explications sur situations problématique/sérieuses en utilisant son surnom et aussi à l’appeler au quotidien par son prénom. De cette manière, lorsque les enfants entendront leur prénom, ils ne suspecteront pas un moment manquant de gaité !

Je ne sais pas toi, mais pour moi, mon prénom énoncé en entier me met toujours mal à l’aise. Je crois toujours qu’une information d’importance/grave va être évoquée, ou alors que c’est quelqu’un qui ne me connait ni d’Eve ni d’Adam qui m’interpelle. Comme quoi, ça laisse des marques !

Je tiens à préciser que, par le présent article, je ne souhaite pas propager l’idée qu’il ne faut plus utiliser de surnoms pour les enfants.
Il s’agit de conscientiser nos propos et de pouvoir réfléchir sur ces habitudes ancrées. Ces dernières peuvent être modifiées si nous nous rendons compte qu’elles peuvent être délétères. Les automatismes ne sont pas des fatalités. L’humain est doté d’une plasticité neuronale https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/corps-humain-plasticite-cerebrale-15833/  incroyable qui permet de transformer nos compétences tout au long de la vie.

 

L’auto-observation comme outils d’accompagnement des enfants

Oui, on pourrait le mettre à toutes les sauces et pour tous les sujets. Observer la manière dont on réagit, comme si on était spectateur de soi-même, c’est le début de la remise en question et donc, du changement.
Mais c’est bien en s’auto-observant dans nos réactions et nos réflexions que l’on apprend de nous-même. Et cela sera le cas tout au long de notre vie.
Nous n’aurons jamais fini d’apprendre, c’est grâce à cela que la vie peut être passionnante et que nous pouvons évoluer !

Les précautions concernant le champ lexical sont d’autant plus importantes dans les premières années de vie des enfants.
C’est durant celles-ci qu’ils assimilent la syntaxe de sa/ses langue(s) maternelle(s), qu’il peut développer très rapidement une richesse de vocabulaire incroyable et, surtout, qu’il construit son rapport au monde (qui passe par les mots, comme je l’ai démontré largement).
En outre, les expressions ou surnoms faisant référence à du second degré n’a aucune plus-value pour un enfant de moins de 6 ou 7 ans. Jusqu’à cet âge-là, les enfants n’ont pas ou très peu accès à cette forme de (auto)dérision.
Je paraphrase Jane Nelsen (autrice de « la discipline positive », dont j’ai décrit l’ouvrage ici) : Les enfants comprennent tout, mais interprètent avec leur propre degré de développement cognitif et émotionnel.
Ils sont susceptibles de développer des croyances qui ne sont pas du tout dans les intentions initiales du/des parent(s). Mais leur croyances sont difficiles à déloger et peuvent leur causer de lourds questionnements existentiels : « Ma mère ne m’aime pas quand je fais ceci ou cela », « Mon père pense que je suis gros ! », « Je suis quelqu’un de méchant/insolent et mes parents ne m’aiment pas à cause de ça ! », etc.

Il peut suffire de conscientiser certaines actions pour s’engager sur une voie de recherche d’alternatives qui correspondent mieux à ce que nous voulons partager avec nos proches !

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« Va en avant et n’arrête jamais! »

J’espère que cette lecture aura pu soulever quelques éléments qui résonnent en toi.

Passe de belles fêtes de fin d’année, Lectrice/Lecteur Curieux !

A bientôt, en 2019, pour le prochain article !

 

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