Éducation bienveillante

« L’éducation bienveillante, ça ne fonctionne pas / Je ne suis pas convaincu.e ! »

Bonjour!

 

Lis ces quelques mots, qui te permettront peut-être de mieux communiquer avec la personne qui te le recommande… ça vaut la peine de prendre quelques minutes, crois-moi !
Tu en as ras le bol d’entendre parler de bienveillance, d’éducation positive et des VEO (Violences Éducatives Ordinaires) dont tu n’avais jamais entendu parler auparavant.
Quelques personnes de ton entourage sont « pénibles » avec ça et t’en parle.
Tu estimes que ça ne sert à rien parce que les enfants ne sont pas en sucre et que tu as bien grandi sans ces précautions-là.

Ce que je te propose, c’est de percevoir pourquoi ces principes de nonviolence et bienveillance tiennent à cœurs certaines personnes, dont au moins une t’es très proche… Mais aussi de savoir POURQUOI ça t’énerve autant.

Il est fort probable que tu aies connu dans ton enfance des cris, l’une ou l’autre gifle/fessée et que tu aies été puni par tes parents.
Dans certains cas, tu te souviens que tu t’étais senti.e folle/fou de rage mais que parfois, tu estimais cela justifié car tu avais fait une bêtise.
Tu penses même sûrement que cette rigueur éducative t’a permis de devenir, au moins un peu, l’individu que tu es !
Dans ta conception des choses, tu penses probablement qu’il est nécessaire de brider les enfants afin qu’ils débordent pas et ne fassent pas n’importe quoi.

D’un autre côté, si certaines actions te paraissent être des maux nécessaires, je me doute que tu aimerais t’en passer si c’était possible, n’est-ce pas ?

Je suppose que cela ne te réjouit pas de crier ou de menacer tes enfants de punition.

Parfois, je suis même certaine que c’est plus fort que toi : tu es épuisé.e, tu aurais besoin d’être au calme et les enfants t’empêchent de savourer cet instant ou de simplement, ne pas « faire la foire » le temps du repas.

Tu rêves de la famille idéale où le repas se prend dans le calme (tiens, dans ta conception des choses, les enfants mangent avec toi ? Parlent-ils volontiers ?) et où les enfants obéissent à leurs parents… Les jours se passeraient sans accro et tu n’aurais pas besoin de perdre de l’énergie à t’énerver.

Mais tu as tellement envie de pouvoir être serein.e et aussi, d’être sûr.e que tu élèves tes enfants correctement.
Tu as des valeurs et tu veux les transmettre.
Tu as été éduqué d’une certaine manière et, si tu t’aimes, tu estimes que ce n’était pas mal, après tout, puisque tu es quelqu’un de bien !

Quand tu entends parler de bienveillance et de NVEO, tu as l’impression qu’on te dit : « Oui, laissons les enfants tout faire ! » et surtout, que tu auras des enfants incontrôlables, tyranniques et sans limite.
Tu n’as pas envie de voir tes enfants prendre trop de libertés au quotidien et puis… Si tu peux éviter le regard des autres sur ton mode éducatif, tu préfères. C’est logique !

Et qu’est-ce que le discours de la parentalité positive peut être culpabilisant : des listes de choses à faire ou à ne pas faire !
On a l’impression qu’on ne fait rien de bien… alors qu’il ne faut pas rigoler : tu t’en es pas mort, d’avoir été élevé.e avec quelques claques et des punitions.

thought-catalog-622483-unsplash

 

Si tu veux bien continuer, j’aimerais t’inviter à une petite introspection.
Peux-tu prendre quelques instants pour te souvenir d’un moment où tu as été puni, plus jeune.
Souviens-toi des circonstances mais surtout, des émotions que tu as ressenti à ce moment-là.

Ce sont rarement des émotions positives : colère, peur, déception, tristesse, … parfois résignation.
Peux-tu maintenant penser à ce que cela a engendré comme attitude de ta part ? Cela t’a-t-il amélioré ?
Penses-tu que cette méthode était efficace pour t’apprendre quelque chose ?
Je t’invite à faire la lecture de cet article pour comprendre comment les punitions ont l’air efficace… alors qu’il n’en est rien.

On te parle de bienveillance éducative et tu as peut-être l’impression qu’on te demande de te transformer !
Tu crois peut-être qu’il faudrait que tu ignores ce que tu penses pour agir différemment.
Je vais te faire une confidence : ce n’est pas parce que tu as un comportement maintenant que cela te définit.
Mieux : tu peux agir de manière opposée à tes habitudes d’hier sans que TU sois remis en question.
Tu as le droit de changer d’avis.
Tu as peur du regarde des autres et tu as l’impression de trahir ce que tes parents t’ont transmis ?

Tes parents ont fait ce qu’ils ont pu à l’époque où tu es né.e.
Ils voulaient faire au mieux…. Et je suis sûre que c’est également ce que tu souhaites.

L’avantage, c’est que lors des dernières années, il y a eu moult champs explorés en neurosciences et que l’on a découvert de nombreuses informations ayant une implication directe avec l’éducation des enfants.

La bienveillance éducative prend ses racines là-dedans : l’objectif est de prendre en compte le niveau de développement des enfants de manière à comprendre leur comportement et de pouvoir y réagir le plus adéquatement.
Tes parents ne savaient pas. Toi non plus et moi non plus, jusqu’il y a quelques années.

Non seulement tu peux ouvrir la voie dans ta famille, mais tu peux aussi devenir une ressource pour eux.
Agir différemment de ses parents ne nous opposent pas à eux : nous les complétons simplement
(Je t’invite d’ailleurs à lire cet article te permettant de trouver des clés pour faire en sorte que les autres acceptent tes choix).

Tu as sûrement peur que tes enfants deviennent incontrôlables. Peut-être même que tu crains qu’il devienne délinquant si tu ne serres pas la vis.
Tu as envie de leur transmettre des valeurs !

Moi aussi !
J’ai envie que ma fille ait des valeurs qui soient proches des miennes et sincèrement, je me sentirai coupable si elle finit avec un casier judiciaire.
Pourtant, je suis assurée de quelque chose : regarde les profils des criminels. Il est TRÈS diversifiés. Les « petites frappes » sont souvent des gamins livrés à eux-même assez tôt… mais surtout : ils n’ont pas été accompagné par des attitudes bienveillantes.

La bienveillance éducative, ce n’est pas du laxisme au sens où tu l’entends= aucune limite. Je te laisse une petite définition ici.
Il est tout à fait exact que les enfants ont besoin de règles de vie commune. Nous vivons en société et chacun doit prendre en compte autrui.
Je t’invite vivement à lire cet article qui traite spécifiquement des limites éducatives dans la bienveillance. Tu verras que ce n’est pas une absence de présence parentale, au contraire.

illustrations besoins

Ce principe d’éducation repose sur la volonté de prendre en compte les besoins des protagonistes (c’est-à-dire, autant des enfants que des parents!).
L’objectif n’est pas d’asservir les parents à des enfants prétendument devenus tyrans ou dictateurs.
D’ailleurs, souvent quand on se braque et qu’on s’énerve (cela vaut autant pour toi que pour tes enfants), c’est qu’un besoin n’est pas rempli.
Le problème, ce que l’on ne nous a pas appris pas à nous décoder nos besoins… mais bien les stratégies que notre cerveau met en place pour répondre à l’inconfort.
Par exemple, crier pour obtenir du calme ou encore, grignoter lorsque l’on s’ennuie.

En gros, être dans un accompagnement bienveillant des enfants demande d’être à l’écoute des besoins de TOUT le monde.
Donc, de toi, aussi!
Le fait est que les besoins des enfants passent en priorité durant quelques années. Parce qu’ils sont en pleine construction et qu’ils n’ont pas la même physiologie que les adultes.
Ils vont avoir sommeil, faim, soif, peur, envie de câlins, etc, de manière unique.
C’est vrai que cela demande de l’énergie et de l’attention, mais… cela ne dure pas ! En regard de la durée d’une vie, la période où les enfants sont au centre de toutes les actions est brève.

Je ne tente pas de cacher sous le tapis les difficultés inhérentes à la parentalité. Quelque soit la manière d’agir, être avec des enfants n’est pas forcément évident.
D’ailleurs, depuis leur naissance, les parents sont noyés sous les injonctions de toutes parts : les médecins suggèrent ceci, les amis défendent cela et les grands-parents apportent un autre avis.
Les plus classiques sont de laisser pleurer les enfants, de ne pas les porter trop, d’être ferme, de ne pas les laisser décider et qu’ils doivent obéir.

Or, l’éducation bienveillante est régulièrement perçue comme des listes de comportements à mettre en place ou à éviter.
Il faut percevoir que ces listes ne peuvent pas, pour des raisons graphiques et esthétiques, de transmettre en détails les motivations de chaque suggestion (l’immaturité cérébrale, le stade de développement X qui demandent telle attention…).
Mais cela permet de proposer une alternative au comportement automatique dont on souhaite se défaire, comme le fait de crier ou de donner une fessée.

Je ne prétends pas que la bienveillance éducative est simple.
C’est vrai que cela te demande de te poser et de questionner tes réactions automatiques :
« Tiens, pourquoi je crie, quand elle/il fait ça ? »
« Je suis très agacé.e lorsqu’il/elle réagit de cette façon, pourquoi ? »

Et c’est vrai… que ça peut être douloureux de trouver les réponses à ces interrogations.
Souvent, nos énervements et réactions vives sont mues par nos propres vécus. Cela fait écho et… Le psychisme s’en défend en mettant à distance ces émotions négatives, qui se retrouvent masquées par de la colère.
En plus, si tu as été élevé.e en entendant que les émotions, c’est vraiment un truc de nana ou de bébé… Forcément, tu n’es pas vraiment à l’aise avec l’idée de les laisser émerger.
D’ailleurs, je crois que tu n’y vois pas vraiment d’intérêt, là, dans l’instant.

Alors, j’ai juste d’autres questions : comment vis-tu quand tu es en colère ? Quelles sont tes réactions ? Est-ce qu’elles te satisfont ?
Aimerais-tu que ton enfant démontre les mêmes actions quand il ressent de la colère, de la déception, de la frustration ou de la tristesse ?

En changeant de perspective, tu vas pouvoir aider ton enfant à avoir des attitudes qui sont plus en maîtrise de soi.
C’est vrai que ce n’est pas immédiat, cela demande du temps. Mais, dans tous les cas, l’accompagnement des enfants est une tâche longue (et jamais achevée?!).
Alors autant rendre cela le plus agréable possible, non ?

kristopher-roller-188180-unsplash

La personne de ton entourage qui souhaite te sensibiliser à la bienveillance aimerait partager cette possibilité avec toi.
En se questionnant sur la bienveillance éducative, il s’agit d’ouvrir le dialogue et de mieux se comprendre. N’est-ce pas le désir de chacun.e envers les êtres aimés ?

 

Je ne le cache pas, j’aime bien imaginer un futur monde de Bisounours.
Parce que je suis convaincue (et c’est aussi l’inclinaison des découvertes en neurosciences affectives) qu’il est possible, en quelques générations, de faire diminuer drastiquement le taux de violence dans la société en accompagnant les enfants différemment.
La Suède en a déjà fait l’expérience… !

Je te laisse sur une dernière réflexion :
Si les punitions et les brimades fonctionnaient vraiment, pourquoi y a-t-il encore autant de délinquances et de délits ?

 

J’espère sincèrement avoir ouvert une fenêtre pour que tu puisses échanger avec les personnes de ton entourage qui s’intéressent à la bienveillance éducative.
C’est une façon de renforcer les couples : S’enrichir mutuellement en discutant de votre projet commun, l’éducation de vos enfants.
C’est aussi une manière de proposer aux grands-parents et autres personnes de faire des découvertes sur le cerveau de l’enfant.
Je suis sûre que ces personnes sont ravies d’avoir accès à des traitements médicaux contemporains… Alors il semble logique que les nouvelles connaissances sur le développement infantile modifie notre rapport à l’éducation. Cela ne remet pas en cause ce qu’elles ont fait à leur époque, sans avoir autant d’informations qu’aujourd’hui.

Pour ceux et celles chez qui la brèche serait déjà ouverte, voici un index détaillé (résumé de l’article) de la section « Éducation bienveillante ».
Tu y trouveras de nombreux articles sur des sujets spécifiques comme la colère, la frustration, la gestion des « caprices » et d’autres ressources te permettant de voir que, vraiment, la bienveillance n’est pas de laisser faire, mais d’accompagner différemment !

 

A très bientôt, j’espère, pour d’autres relevés de curiosités en bienveillance.

 

P.S. : Abonne-toi pour recevoir les prochains articles (pas de spam de pub pour des programmes, ici!).
Si celui-ci t’a plu, n’hésite pas à « aimer » (seule manière que j’ai de voir que mon contenu plaît/est utile) et à le partager. Tu peux aussi rejoindre ma page FB La Curiosité Bienveillante où je publie tous mes articles mais aussi, quotidiennement, moult informations passionnantes !

Publicités

3 commentaires sur “« L’éducation bienveillante, ça ne fonctionne pas / Je ne suis pas convaincu.e ! »

  1. bonjour 🙂
    tu insistes beaucoup sur les neurosciences – et je comprends bien pourquoi 😉 -, mais cela dit, quid de la psychopédagogie depuis plus d’un siècle? De Maria Montessori à Alice Miller, pour ne citer qu’elles…
    tiens, j’aimerais bien un article sur ce sujet… 😉 … les sciences humaines n’ont pas l’impact d’un résultat d’IRM, mais il n’en reste pas moins que les récentes découvertes en neurosciences ne font finalement que confirmer ce que l’on savait déjà… non?
    ….

    J'aime

    1. Bonjour Thomas.
      Oui, je suis axée sur les neurosciences dans cet article car ceux qui sont sceptiques préfèrent souvent des choses tangibles.

      Je suis éminemment convaincue que la psychopédagogie était dans l’avant garde avec Montessori et Loczi notamment.
      J’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi ces notions qui ne sont pas récentes… émergent seulement aujourd’hui dans l’espace public.

      Je garde l’idée d’article sous le coude!
      J’ai commencé à regarder les différents courants de Steiner à Montessori en passant par Frenay. Mais je n’ai pas encore trouver de sources comparant les approches sans jugement de valeur ou dogmatisme.
      Mais c’est un sujet passionnant que je traiterai dans les mois à venir!

      J’ai de plus en plus envie de faire participer les lecteurs et lectrices sous forme de témoignage.
      J’aimerais trouver des ado/adultes qui ont grandi dans un accompagnement bienveillant sans être passé par l’école traditionnelle. 😀

      Merci pour ton retour très juste: souvent, les sciences humaines sont rejointes par d’autres aspects de la recherche. La complémentarité est une richesse !

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s