Allaitement·Éducation bienveillante·Maternage proximal

Maternage, fais-moi peur!

Quand j’ai eu l’idée d’écrire sur les raisons de la crainte du maternage/parentage proximal en Occident, je ne pensais pas que j’allais « devoir » faire des recherches historiques et anthropologiques… jusqu’à la préhistoire !
Autant dire, que c’est un vaste programme, tout au long de cet « article », qui devrait plutôt s’intituler « dossier de curiosités ».
J’ai pris énormément de temps pour l’écrire. J’ai été emportée dans des lectures qui m’ont passionnées et je me suis laissée porter par ces vagues de stimulations intellectuelles qui me font vibrer. Ensuite, j’ai eu la proposition de participer à un congrès, donc… j’ai dû (et me suis exécutée avec excitation) rendre l’épreuve dans un laps de temps très court. Comme j’y aborderai aussi le parentage proximal, je ne suis pas « sortie » de mon sujet, je l’ai abordé sous un autre angle… qui a encore complété le thème que je vais traiter ci-après.
C’est pour ça que maintenant, je me sens capable de synthétiser ce que j’ai consulté et de te transmettre la substantifique moelle (tout en te fournissant les références, si tu souhaites aller plus loin sur un sujet où l’autre).

Bref, trêve de tergiversations (de mondanités, pour celles et ceux qui ont la réf #lerirejaune), je t’emmène dans le vif du sujet !

Grâce à facebook et Instagram, en rejoignant des communautés de mères allaitantes, maternantes et bienveillantes (certains papas paternants aussi, comme le réputé papapositive, mais aussi @porterriendebarbant -porter, rien de barbant. Qui a créé « le sling du barbu », que j’ai partagé sur ma page FB il y a quelques mois), on peut croire vivre dans un monde de douceurs où nous nous entourons de personnes qui partagent nos valeurs.

Seulement, là dehors, dans ton magasin de quartier, au marché ou chez tes Grands-Parents (voire parents, malheureusement), ou encore pire… Chez les professionnel.le.s de santé, de la petite enfance, à l’école, bref… Partout, il y a parfois des « trucs » qui font tiquer.
L’objectif de ce « dossier de curiosités », c’est de comprendre pourquoi (et à la fin, je vais aborder quelques moyens pour améliorer la situation. Spoiler : A quand une présidente allaitante et maternante, et à quand des député.e.s européen.ne.s hermétiques aux lobbies ? Non, je ne vais pas me faire de potes dans les hautes sphères…).

Je veux faire un petit disclaimer : dans ce texte, j’ai associé parentage et allaitement.
Non pas que je ne pense pas qu’on puisse en maternante ou paternant avec un biberon, mais cette possibilité n’est que très récente.
Je vais te l’expliquer, dans l’histoire de l’humanité, c’est bien le mode de nourrissage qui a conditionné ou non la mise en place d’un parentage distal.
Ce n’est plus le cas maintenant, mais cela implique que je parle d’allaitement dans les pages qui viennent.
Grâce aux recherches effectuées, j’ai pu constater que la plupart des mythes concernant l’allaitement ont littéralement traversé les siècles !
Tu vas voir, c’est ÉDIFIANT !

 

Comme c’est texte long, voici une table des matières :

– Mais de quoi avoir peur ?

Au tout début, il y avait Nous, les bébés et du chemin

l’antiquité et les premières nourrices

Le Moyen-Âge, l’essor du christianisme et de l’ordre moral

Renaissance, que les seins bourgeois restent secs !

Le XVIIIème et XIXème siècle chronique d’une mort annoncée

Le XXème siècle, « Je sais ce que je fais, Madame ! 

  • Conséquences des collectivités
  • Les bonnes manières, dès la naissance
  • « La poudre de lait, il y en a un peu plus, je vous la mets ? 
  • Femmes, soyez-vous même et sortez de vos carcans !

– De nos jours : Les recherches scientifiques, l’empowerment féminin, et le choix d’une vie

  • Phobie de la fusion mère-enfant chez les professionnel.le.s : survalorisation de l’autonomie du tout-petit
  • la science au service de la consommation
  • les représentations culturelles de la proximité mère-enfant
  • Le maternage est-il synonyme d’allaitement ?
  • Créer des enfants a-culturels ?
  • Relation mère-bébé : pas de discrimination envers les pères (compagnon/parents sociaux)
  • le retour d’un modèle à l’ancienne qui bloque les femmes ?
  • l’absence de prise de perspective temporelle et les inférences sur l’avenir des enfants et des mères
  • Vivre le parentage proximal sereinement, comment faire ?
  • Le rôle de l’organisation sociale dans le parentage proximal

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Mais de quoi avoir donc peur  ?

En tant que psychologue, je suis assez bien placée pour avoir lu/entendu (et même proféré pendant mes études) de nombreuses désinformations au sujet du parentage proximal.

Mais pourquoi ?
Pourquoi les humains occidentaux ont considéré que s’occuper des enfants devait être codifié ?
Pourquoi les femmes occidentales ont cessé d’allaiter ?
Qu’est-ce qui, dans nos contrées, a déconstruit ce rapport corporels aux enfants que l’on constate dans les autres cultures du monde ?

Évidemment, c’est culturel. Mais ça ne dit rien, même si ça explique tout.

Voyons ce qu’il se passe dans la loi (je fais référence aux cas français et belges). Ce sont ceux que je connais le mieux. Je sais que je suis lue dans énormément de pays et je serai RAVIE d’avoir un retour sur ce qui se fait ailleurs. Entre la législation et ce qui se passe en vrai, il y a parfois un monde!

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Faisons des constats :

  • Le congé de maternité dure maximum 15 semaines, quand la chance est du côté de la mère (temps de congé variable en fonction d’un arrêt de travail avant la date du terme prévu, en Belgique…)
  • En Belgique, sauf cadre de travail à risques (chimiques, infectieux, …), il n’y a plus de congé d’allaitement. Et si celui-ci est possible, il ne dure pas plus de 2 mois.
  • Dans la plupart des milieux de travail, il est possible d’avoir 1h/j pour 8h de travail afin de tirer le lait ou aller allaiter les enfants. Ces dispositions impliquent une perte de salaire qui est compensée, ou non. Il y a des professions ou des statuts qui n’ont pas accès à ces facilités.
    Il faut savoir que cette disposition, en Belgique, n’est envisageable que jusqu’au 9 mois des enfants.
  • Il n’y a pas de flexibilité particulière quant aux horaires de travail lorsqu’on a des enfants en bas âge.
  • Pour les travailleu.r.se.s, il y a des possibilités de s’absenter pour « raisons impérieuses » (enfants malades, hospitalisation d’un proche, …)pour 10 journées par année civile, a priori, non rémunérées.
  • Le congé paternité dure 10 jours !
  • Si le congé parental est envisagé, en temps plein, il dure 4 mois maximum. Il est indemnisée à hauteur de 750€ ou 1180€ s’il s’agit d’un parent isolé (donc sous le minimum vital, l’allocation de base pour une personne isolée avec un enfant étant de 1254€, en Belgique)
  • Concernant l’organisation du logement (texte de loi) :

* Le séjour ne peut pas servir de chambre lorsque le ménage comprend un ou plusieurs enfants âgés de plus de 6 ans;
* Le logement doit avoir au moins 2 chambres lorsque le ménage comprend un ou plusieurs enfants de plus d’1 an;
* Le logement doit avoir suffisamment de chambres pour qu’un enfant de 10 ans ne doive pas partager sa chambre avec un enfant de sexe différent.

  • les jugements de droits de garde, en cas de séparation des parents, ne prennent pas en compte l’allaitement
  • Lors de conflits conjugaux, de divorces remplis de litiges, le fait que la mère soit reconnue comme maternante peut lui porter préjudice.

Je pourrais continuer à citer des exemples… Mais je pense qu’il est déjà clair que la plupart des sociétés occidentales ne favorisent pas le parentage proximal (il y a mieux en Allemagne et dans les pays du Nord).
Tous les constats effectués ci-dessus sont éminemment influencés par la culture, en faisait fi de la dimension corporelle de la parentalité et des besoins des jeunes enfants.

 

Mais comment as-tu pu en arriver là ?

Il y a encore 40 ans, énormément de femmes restaient au foyer pour s’occuper des enfants, même si elles avaient été diplômées (dans une filière où les femmes avaient le droit de s’inscrire, quand même, il ne faut pas abuser …!).

La volonté d’être indépendantes financièrement, la révolution sexuelle, et la croissance toujours effrénée d’une société de surconsommation associée à la perte du pouvoir d’achat, a éloigné les femmes des enfants.
C’est tout à fait louable, à certains égards (je reviens dessus dans un point ultérieur), afin que les femmes puissent exercer réellement un choix de vie !
Jusque-là, c’était dans l’ordre des choses. Et encore aujourd’hui, des luttes anti-sexistes sont menées afin que les parents aient de réelles possibilités. Culturellement, cela commence à s’immiscer que les hommes aussi peuvent être au foyer, par exemple.
Le problème est que la plupart du temps, les femmes ont des postes moins bien rémunérés. Le choix se faisant sur la perte moindre pour le quotidien, c’est souvent les femmes qui s’occupent des enfants (si elles le souhaitent).

Dans le cas où aucun des parents n’interrompt sa carrière, il paraît logique pour toute la société occidentale que les enfants soient déposés à la crèche vers 7h30/8h et récupérée vers 17h/18h (dans la majorité des cas, je sais que certains métiers imposent une flexibilité et des horaires différents). Dès 3 ou 4 mois, les enfants passent donc 10h/jour, 5j/semaine, confié à quelqu’un qui a souvent plusieurs autres enfants à charge (souvent une personne pour 5 enfants).

Énormément de femmes ou de parents, ont du mal à se séparer de leur tout-petit. La plupart reprennent le travail avec des pieds de plomb, pleurent tous les matins, en se disant qu’elles n’ont pas d’autre alternative.

D’ailleurs, c’est ce qui leur est renvoyé : « Tout le monde passe par là, tu vas t’y faire. » ; « Si ta tristesse est si grande, c’est que tu étais trop fusionnelle. » ; « Ça vous fera du bien à tous les 2 d’être séparés. Les retrouvailles en fin de journée sont super ! ».

Il y a tellement d’absurdités dans ces propos…
– Pathologiser une réaction normale, en invoquant une hypothétique fusion malsaine ;

– La croyance que les séparations précoces (avant un an, les séparations sont considérées comme précoces) sont bénéfiques ;

– Se focaliser sur l’après (les retrouvailles) pour supporter l’instant présent… cela fait référence à un mode de pensée religieux qui veut que la piétée et l’ascétisme soient de mise dans la vie afin d’accéder à une vie merveilleuse après la mort (le paradis et autres conceptions du même ordre).
A tous les parents qui souffrent de se séparer de leur enfants : c’est légitime ! Vous n’êtes en rien dans un rapport pathologique à vos enfants.

Seulement voilà, il est fréquent de tomber sur ce genre de torchon : https://www.femina.fr/article/mamans-attention-a-la-fusion

La société occidentale a de faramineux diktats, et cela touche aussi les jeunes parents et surtout les mères.
Laquelle ne s’est pas demandé comme gérer tous ces statuts simultanés : femme – compagne – maîtresse – mère – employée – fée du logis – … ?

Nous, jeunes parents d’aujourd’hui, avons souvent grandi au côté de mères qui géraient tout de front, sans mot dire, jusqu’à certaines explosions.
Cela dépend des schémas familiaux, bien sûr, mais nées dans les années 55 à 70, les femmes ont intériorisé rapidement qu’elles devraient tout gérer. Rien n’était négociable.
Il fallait ouvrir la voie du travail, confrontées à un sexisme grossier (« vous êtes le cadeau avec le contrat ? #mymumsrealstory), rester une mère de famille (presque) exemplaire et surtout, être une épouse dévouée et disponible (et boum, les divorces ont commencé ! Indépendantes financièrement, il était envisageable de ne pas ramer une vie entière avec le même individu dont les valeurs ne sont plus communes).

Bref, nous avons vu nos mères galérer. Elles nous ont dit qu’elles ne nous avaient pas vu grandir et, parfois, si elles sont ouvertes d’esprit, qu’elles avaient été mal conseillées (pour l’allaitement, par exemple).
La génération Y ne veut pas forcément se tuer à la tâche, car nous en avons perçu l’inefficacité à long terme.
Nous bénéficions d’avancées scientifiques notables mettant en évidence les effets des Violences Educatives Ordinaires sur les enfants.
Nous avons pléthore de supports diffusant de l’information… et il suffit de chercher un peu pour trouver toutes les connaissances concernant le développement optimal des enfants par le parentage proximal.

Alors, nous en sommes là.
Il faut encore chercher et trouver les bonnes informations pour être le parent que nous souhaitons être. Avec du soutien, s’engager dans ce type de parentalité apporte son lot de questionnements mais épanouis infiniment les qualités humaines et relationnelles.
Dans le cas où la culture familiale est prédominante par rapport aux informations factuelles et fondées, certaines femmes répètent les schémas parentaux. Seuls sont vus et connus le parentage distal, les biberons, les crèches et autres méthodes interventionnistes, sans remise en question particulière.
Ou, à l’inverse, il y a une mise à distance des schémas parentaux et une volonté de suivre la voie du parentage proximal. Les informations sont glanées au fur et à mesure, et sans soutien… Il est difficile pour une mère ou un couple de supporter les remarques de l’entourage.
Cela peut conduire à certains isolements. Même si je reste persuadée qu’éloigner les personnes toxiques est un choix qui peut être salvateur, il est alors nécessaire pour ces femmes de se créer un réseau social soutenant.

gateau allaitement
Les nouvelles mères sont très influencées par les pratiques autour d’elles. La fragilité émotionnelle des premiers jours peut mettre à mal des principes pourtant établis, comme le désir d’allaitement.
C’est utile quand les futurs parents ont des principes sont « has been », et qu’habitués à une éducation rigoriste, cela permet de revoir ses avis et de remettre les curseurs sur une réalité qui se dessine : « Tiens, ce bébé a faim bien plus régulièrement que toutes les 3h et il ne dort pas sans moi… ! ».
C’est pour cette raison, qu’à l’heure actuelle, afin de vivre une parentalité éclairée, les informations sont importantes ainsi que l’anticipation du réseau social qui pourra être présents et soutenir les souhaits.

Il y a un guide assez fiable, pour savoir si on s’engage dans quelques choses qui ne nous convient pas : quand il s’agit de (se) forcer, de contraindre (moralement ou physiquement) et d’aller à l’encontre de ses intuitions…

Mais comment a-t-on pu en arriver à ce que laisser pleurer un enfant soit popularisé voire recommandé ?
Quels facteurs nous a éloigné de la corporalité de la naissance et de l’enfance ?

Comment l’allaitement est-il devenu un choix, alors que c’est ce qui nous caractérise comme mammifère ?

S’il est connu et su, à l’heure actuelle, que le sevrage de l’espèce humaine se situe entre 2 et 7 ans, il est incroyable de constater que les pratiques d’allaitement ont été influencées de touts temps par les normes socioculturelles ainsi que la disponibilité des ressources alimentaires. Voici un article qui reprend des informations relatant les périodes de sevrage à différentes époques, jusqu’à 18 siècles avant J.-C. !
Bien que chez les Mayas, le sevrage se situait entre 1 et 4 ans, l’auteur appelle les sevrages à 2,5 ans « tardifs ».
Une qualification qui représente bien la manière dont est perçu l’allaitement non-écourté à l’heure actuelle.
Dans la suite du texte, il y aura une revue historique des modèles de maternage (parentage) selon les époques. Pour « finir », il y aura quelques points abordant des réflexions vastes concernant l’implication du parentage proximal dans la société contemporaine.

 

Au tout début, il y avait Nous, les bébés et du chemin

Je ne t’apprend rien en te disant que durant la préhistoire, au Paléolithique moyen, l’homo sapiens était encore nomade et chasseur-ceuilleur.
Je n’ai remonté le temps que jusqu’au racine de notre espèce. C’est déjà suffisant, crois-je, pour ne pas remonter plus loin dans les recherches d’anthropologie préhistorique !
Pour un rappel de la chronologie de la préhistoire et d’autres informations passionnantes sur l’origine de l’humain : https://www.hominides.com/html/chronologie/paleolithique.php

A ce moment-là, les humains suivaient leurs besoins en ressources alimentaires. Ils pouvaient rester sur place de quelques heures à quelques jours, en fonction de ce qu’ils avaient à disposition.

A partir du Néolithique, il y a 10.000 ans, l’humain a commencé à organiser son environnement pour qu’il réponde à ses besoins. C’est l’émergence de l’agriculture, dans le « croissant fertile » (La zone formée principalement par les actuels Israël, Cisjordanie et Liban) grâce aux conditions climatiques clémentes.

Cela dit, dans cette zone accueillante, la sédentarisation a précédé la mise en place de l’agriculture, puisqu’on y retourne des villages d’une vingtaine de maisons datant de 12.000 avant notre époque.
En Europe, il semble que sédentarisation et agriculture aient évolué de paire.

A cette époque, les enfants étaient allaités jusqu’au sevrage naturel et dans les rares cas où la mère ne pouvaient pas allaiter, d’autres femmes de sa communauté prenait le relais pour assurer la survie du bébé.

La sédentarisation a eu une conséquence directe : l’augmentation massive de la population !

Durant les périodes de vie nomade, les enfants étaient forcément portés. Cette proximité physique influençait l’allaitement qui était mené jusqu’au sevrage naturel.
En se sédentarisant, les mères et enfants ont vécu des séparations précoces (dues à l’augmentation du nombre de tâches pour entretenir l’élevage, les cultures ainsi que les villages). Cela a engendré des sevrages plus précoce et un retour de fécondité plus rapide.
Le taux de fécondités passa de 4-5 à 7 enfants (Jean-Pierre Bocquet-Appel, The Neolithic Demographic Transition and its Consequences, Springer, 2008, 544 p ). Il est probable que la hausse de la natalité ait causé une surmortalité infantile, faute de ressources alimentaires.
Selon les chercheurs  : « C’est la crise démographique due au trop grand nombre d’enfants qui a certainement conduit à l’adoption de ce nouveau moyen de production. Ce dernier a ensuite intensifié la sédentarisation, laquelle a augmenté encore la fécondité. Une sorte de processus qui s’est auto-alimenté.»

Ainsi, dès que les humains ont organisé leur vie de manière plus cadrée, les enfants étaient distancés des mères et pris en charge par les pairs ponctuellement. En outre, l’usage des laits animaux débutèrent 7500 ans avant notre époque grâce à l’élevage. Il est probable que rapidement, les laits animaux ait complété les rations alimentaires des bébés humains.

 

L’antiquité et les premières nourrices !

La société est bien ancrée et plusieurs millénaires ont forgé une organisation sociale codifiée.

On a retrouvé moult écrits de cette époque, dont le Code d’Hammourabi (Hammourabi fut roi de Babylone au XVIIIe siècle av. J.C.). Ce dernier régie les attitudes des nourrices et punit celles qui, pendant le temps de l’allaitement prévu au contrat et sans prévenir les parents, prennent un autre enfant pour remplacer l’enfant mort. Le châtiment est proche de la loi du Talion : un sein leur est enlevé.

L’antiquité a amené des conduites infanticides perçues comme normales. Le nouveaux -nés devaient « mériter » d’avoir des soins.
L’infanticide était une pratique répandue pour les enfants « illégitimes », non souhaités, ayant des infirmités ou étant faibles.
A la naissance, certains enfants sont « exposés » et doivent être autorisés à vivre (pour en savoir plus ) .
Les pères (le fameux Pater Familias) avaient droit de vie et de mort sur ses enfants, et ce, tout au long de la vie.

« La plupart des sociétés patriarcales antiques accordent presque toutes au père le droit de vie et de mort sur ses enfants ou celui de les vendre comme esclaves. Parmi les pratiques admises, les parents répugnant à tuer le nouveau-né l’exposent, coutume habituelle aussi bien en Grèce qu’à Rome. S’il survit, cet enfant peut être recueilli par un étranger, mais se retrouve alors voué à l’esclavage, à la prostitution ou à l’école des gladiateurs. » Source

C’est aussi grâce à cette liberté de choix de vie ou de mort que l’on retrouve des textes médicaux de Soranos, entre autres, proposant des recettes pour permettre aux femmes d’avorter si elles le souhaitaient. Source

Soranos, bien que prônant l’allaitement maternel, fut le premier à édicter des principes disant que les mères ne devaient pas allaiter les 20 premiers jours (pendant les lochies) car cela rendait le lait indigeste. Les bébés devaient également jeûner durant les 3 premiers jours, le temps que le lait devienne, à leur sens, plus consistant et que le méconium ait été éliminé. Les familles aisées se munissaient alors d’esclavages allaitant les enfants. Les nouveaux-nés furent ainsi nourris de miel, parfois un mélange de lait de chèvre et de miel, jusqu’à la purge du méconium et la montée laiteuse (qui devait être bien difficile en l’absence de stimulation).
Pendant des millénaires, le lait maternel fut considéré comme un produit de la matrice qui migrait vers les seins, devenant du sang blanchi. Cette aliment était considérée comme indispensable afin de « peaufiner » le développement du bébé. Une certaine logique de continuum entre la vie intra et extra-utérine resta présente à cette époque.

Concernant la durée de l’allaitement, Soranos préconise un sevrage à 6 mois et une diversification grâce à des bouillies et des panades.
La plupart de la population prémachait les aliments avant de les mettre en bouche des enfants. Soranas s’élevait comme cette pratique qu’il estime dangereuse pour les enfants.
Cependant, les écrits de Soranos sont en contradiction avec d’autres récits de la même époques. Par exemple, Rufus préconise un sevrage à 2 ans et Quintilien, 3 ans.

Un de plus grand enjeux de puériculture de l’époque est l’allaitement, qui est soit maternel soit mercenaire (c’est-à-dire, effectué par une nourrice rémunérée).
Philosophes et moralistes sont opposés à l’allaitement mercenaire. Plutarque et Aulu-Gelle laissèrent des témoignages clairs sur leur position. Ils mettent en évidence plusieurs bienfaits de l’allaitement maternel, parce que le lait transmettrait des traits de caractère, qu’il ne faudrait pas les emprunter à une nourrice.

Soranos, quant à lui, estima que l’allaitement mercenaire était nécessaire afin que les femmes « ne vieillissent pas avant l’âge » et que leurs seins demeurent beaux.

Il était nécessaire de bien choisir la nourrice et de lui imposer des règles strictes :

– Absence de rapport sexuel, qui gâterait le lait et pourrait engendrer une grossesse qui tarirait le lait ;

– Elle doit avoir entre 20 et 40 ans;

– Elle ne doit pas boire en excès ;

– Elle doit éviter la nourriture trop épicée ou salée ;

– Elle devrait être de la nationalité de l’enfant allaité.

Ces recommandations demeurèrent d’ailleurs identiques jusqu’à l’abolition des recours aux nourrices au début du siècle dernier. Cela démontre comme certaines coutumes sont persistantes.

Toutefois, ces critères avaient pour objectif de s’assurer la bonne santé des enfants.
Les philosophes de l’époque déplorent l’abandon des nouveaux-nés à des nourrices, surtout si elles sont négligemment désignées.

Il n’y a peu de trace d’allaitement artificiel à cette époque. Il est probable que ce soit du à la croyance de la transmission des valeurs physiques et morales via cet aliment. Il ne faudrait pas transmettre les attributs des animaux aux petits-humains…
Et c’est également pour cette raison que Soranos conseille le recours à plusieurs nourrices, de manière à équilibrer leurs apports respectifs.

Ensuite, il est interpellant de lire que parmi les écrits de Soranos, nous trouvons d’ores et déjà des conseils de puériculture précis, notamment concernant le soin, le couchage et le portage.
Il semble que dans l’antiquité en occident, il n’y avait pas de moyen de portage en tant que tel. L’usage du berceau était recommandé, par certains. Il fut seulement conseillé et constaté que les enfants se taisaient lorsqu’ils étaient bercés… et que cela faisait un bon exercice à la nourrice que de porter un petit de 3 ou 4 mois. Soranos rédigea également que les nourrices ne devaient pas partager leur couche avec les bébés. En plus de cela, il partagea que les pleurs des bébés leur permettait de renforcer leur souffle et les organes respiratoires.

Il est donc notable de remarquer que l’absence de maternage proximal était d’ores et déjà de mise dans certaines franges de la population de cette époque. Nous pouvons donc dire qu’il s’agit de mythes antiques !
Cela dit, il est indispensable de nuancer une chose : il s’agit là de mesures destinés aux citoyens les plus aisés. Cela concerne sûrement que 4 ou 5 % de la population.
La plupart des femmes allaitaient elles-mêmes leur enfant, tout en respectant probablement, certains préceptes qui leur étaient contemporains, comme le jeûne de 3 jours à la naissance et les restrictions alimentaires durant l’allaitement.
Au-delà de ça, il semble que les bébés passaient du temps dans les bras de leurs mères, étaient diversifiés bien après 6 mois grâce à des aliments prémâchés et étaient sevrés lors de l’apparition des dents.

Il est utile de rappeler qu’il y a une grande mortalité infantile, soit environ 1/4 des enfants durant leur première année. Les poussées dentaires constituaientt un facteur dans la mortalité.
En effet, même à l’époque actuelle, les enfants ont souvent des maux durant celles-ci (# teamOtite, chez moi) : problèmes ORL, diarrhées, érosions cutanées, fièvres et caractère maussade. Le problème est qu’à l’époque, c’est à ce moment-là que les enfants étaient sevrés… et qu’ils étaient alors plus susceptibles de contracter une toxicose (source).
C’est ainsi qu’Aulu-Gelle, un autre médecin du Iième siècle, évoque dans « Les Nuits attiques » conseille à chaque mère de nourrir elle-même son enfant. Il aborde le plaisir immédiat et des bienfaits à très long terme qu’elle en retirera, ainsi que des avantages indiscutables pour la santé de bébé (source)

L’antiquité occidentale se caractérise déjà par une volonté de mise à distance des enfants, et une modification du rapport à la corporalité.
A cette époque, il y eut de nombreux penseurs et philosophes qui ont marqué l’histoire. Le corps se devait être sain : « Mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain.
Il y avait un grand sens de l’esthétique. Je ne l’ai pas abordé mais les soins prodigués aux nourrissons étaient mus par une volonté d’accroître et de potentialiser leur beauté.
De plus, le rapport à une corporalité plus « animale » fut rejetée. C’est sûrement ce qui explique pourquoi l’humain occidental s’est éloigné de pratiques ancestrales, pour entrer dans une fonctionnement qu’il estime civilisé et plus sécuritaire (en se fiant aux dires des médecins, mais aussi sous l’impulsion des philosophes et moralisateurs).

Le Moyen-Âge, l’essor du christianisme et de l’ordre moral

Les manuels d’Histoire relate que 476 A. J-C sonne la fin de l’Antiquité avec la chute de l’Empire Romain d’Occident. Il semble, en toute logique, que les changements sociétaux ne peuvent pas être ancrés dans une même année… Il est dès lors préférable d’observer l’histoire ancienne comme un continuum de coutumes et de mœurs qui évoluent lentement.

Plusieurs facteurs seraient à l’origine de son déclin dont les invasions, les changements climatiques et autres troubles politiques majeurs.

Je ne vais pas retracer l’histoire du christianisme (voici un lien d’intérêt), mais simplement évoquer le fait qu’au IVème siècle, le christianisme devient une religion officielle et autorisée. Entre le Ier et le IVème siècle, la plupart des jalons sont posés pour les développements ultérieurs.
C’est également au IVème que les pères de famille n’ont plus droit de vie ou de mort sur leur progéniture. La vie devient sacrée, quelle qu’elle soit.

Les enfants sont accueillis et rapidement baptisés. La croyance voulait que les enfants n’avaient pas d’âme avant d’être baptisés. Or, comme la mortalité infantile était forte, il était indispensable que les enfants puissent mourir dotés d’une âme les menant au paradis.

Les religions sont connues pour réglementer la vie quotidienne. L’allaitement n’y échappe pas, et pour une fois : ce n’est pas mal pour les enfants !
En effet, il était préconisé de poursuivre l’allaitement maternel jusqu’au troisième Carême après la naissance. Le sevrage se situait aux alentours de 2,5 ans.
A la naissance, il est d’usage de pratiquer divers soins (plutôt invasifs ! Tu peux aller les consulter ici ) dont… celui de couper le frein de langue à l’aide d’un ongle (ne nous offusquons pas du manque d’hygiène…!).
Il est étonnant de constater qu’une loi fut édictée au sujet de l’allaitement: la loi de Borgathing. Elle codifia les attitudes par rapport à l’allaitement et les relations sexuelles entre époux. Des amendes sont mises en place, entre autres: si le mari souhaite que sa femme arrête l’allaitement et qu’elle refuse, elle doit payer 3 marks ; si les 2 époux ne prennent pas garde à ce délais, chacun devra payer 3 marks.
Plusieurs hypothèses ont été posées quant à ces règles dont celles retenues (mais encore discutées) sont : 1. que les femmes allaitantes sont exemptées de jeûn pendant le premier Carême de l’enfant ; 2. que l’Église souhaite imposer l’abstinence sexuelle aux femmes allaitantes.
Depuis dans l’antiquité, les croyances autour de l’allaitement persistent : le colostrum serait une substance stagnante de la génitrice et les nourrissons étaient purgés grâce à du vin sucré, de l’eau, du miel, du sirop de chicorée ou de l’huile d’amande douce, puis allaités par une autre femme en attendant que le lait de la mère soit prêt. Source
Une autre croyance tenace est que les relations sexuelles sont mauvaises pour le lait. N’oublions pas que jusqu’à la fin de XIXème siècle, comme évoquer précédemment, selon les connaissances de l’époque, le lait était le produit d’une « déalbation » : c’est le sang menstruel qui remonte dans les seins et qui est blanchi. Ensuite, les coïts peuvent « couper le lait », dans le cas où une nouvelle grossesse se mettrait en route (et ce n’est pas un mythe, c’est une des causes des sevrages induits. L’explication biologique d’Antan était drôlement mignonne, un médecin, le Dr. Dionis expliquait : « l’embryon installé au fond de la matrice pouvait sucer le sang et n’en laisser arriver plus une goutte aux mamelles».
En méconnaissance du fonctionnement des cycles féminins, il était cru que les rapports sexuels déclenchaient le retour des règles, ouvrant les possibilités d’une nouvelle grossesse.

Bonne nouvelle, nous ne sommes pas des chattes (l’ovulation est induite par l’accouplement : coup gagnant assuré! PS : Faites stériliser vos chat.te.s, vraiment…) !
Le Moyen-Âge est une période s’étalant sur un millénaire, si l’allaitement maternel est prescrit jusqu’au troisième Carême, certaines familles aisées ont recours à des nourrices qui doivent être choisies précautionneusement. D’autres certitudes antiques perdurent comme le fait que le lait transmettre le caractère, les vices et la beauté.

Au XIIème siècle, les recommandations de l’Église sont détournées dans certaines familles seigneuriales. L’allaitement est connu pour espacer les naissances. Or, dans ces familles, si de nombreux enfants étaient à naître, cela offrait la possibilité d’avoir de nombreux garçons… qui pourraient devenir Chevaliers !
Le placement en nourrice des nouveaux-nés était alors commun, afin de pouvoir concevoir rapidement un nouvel enfant.
C’est ainsi qu’à cette période se met en place l’industrie autour de l’allaitement mercenaire à Paris.

Un autre élément important est qu’au Moyen-Âge, les lits furent d’une largeur notable. Toute la famille, ainsi que des amis, des domestiques et autres personnes de passage étaient invités à partager la même couche. Un autre usage d’époque était qu’il fallait dormir la tête couverte… mais nu ! C’est le partage massif des lits qui rendit les étouffements des nourrissons plus fréquents… ou du moins, plus invoqués comme excuse aux morts des nouveaux-nés.
Il faut savoir que le lit était le meuble le plus important de l’habitation, à cette époque. Chez les plus pauvres, c’est l’endroit le plus confortable. Chez les plus nantis, il permet d’afficher son prestige : baldaquins, tentures variées, le matelas était composé un sac fait de lin rempli de plume et de duvet  ou de coton/laine pour l’été.

Il est aussi possible de constater que les lits furent courts. Les convictions moyenâgeuses veulent que le sommeil soit tenu dans une position semi-assise. La position allongée était réservée au mort. La position étendue aurait amené trop de sang à la tête, engendrant une mort dans le sommeil.

Toutes les contraintes présentées ci-avant laissent à penser que les mères partageaient volontiers le lit avec leurs nourrissons. Les conditions de couchage n’étant pas des plus sécuritaire, il est fort probable que de nombreux accidents survirent. Cela dit, cette proximité rendit l’allaitement plus aisé et expliquant pourquoi il était fréquent qu’il perdure sans mal jusqu’à 2,5 ans.

Après la naissance, les femmes jeunes accouchées étaientt considérées comme impures et vivent au lit pendant 40 jours. C’est le temps des « relevailles ». Cette période de repos intense permit la bonne mise en place de l’allaitement et des soins aux bébés. Être impure après la naissance, au Moyen-Âge, n’a pas eu que des inconvénients !
La mortalité infantile fut moins importante au Moyen-Âge que pendant d’autres périodes de l’histoire, notamment grâce à l’allaitement et à des pratiques de portage. Il y a d’ailleurs moult représentations de femmes allaitantes.

Cependant, l’Église se positionna en défaveur du partage du lit à d’autres personnes qu’aux époux. D’abord, pour prévenir les morts par étouffement des nourrissons, mais aussi parce qu’il fut estimé que la proximité physique, en étant nu, était immorale.
C’est ainsi que le berceau pris sa place à côté du nouveau sacro-saint lit conjugal. Et ce n’est même pas pour rire, car l’usage voulait qu’il fut béni au moment du mariage, protégeant des adultères (…) et promettant à ce couple une bonne fertilité.

C’est aussi sous l’impulsion de l’Église, qui considérait les enfants comme des être purs et naïfs, que naquirent les structures accueillant les enfants abandonnés ou orphelins.

Vers la fin du Moyen-Âge, les tours d’abandon sont crées, la plupart du temps au sein d’hôpitaux (hospices). Ces boîtes à bébés eurent pour ambition de permettre aux familles précaires de se défaire de leur nouveau-né, en lui souhaitant une vie meilleure.

Des structures s’établirent de manière à subvenir aux besoins des enfants. La plupart du temps, les orphelins accompagnaient les religieux, afin de récolter de quoi vivre. A l’époque, aucune institution ni aucune loi n’existe pour protéger les enfants.

Alors que l’allaitement maternel était une pratique recommandée par l’Église, il est possible de trouver des textes datant du XIVème siècle mettant en évidence qu’à Florence, le recours aux nourrices devint de plus en plus répandu dans la société.

Principalement dans les milieux bourgeois, cette mise en nourrice est accompagnée de l’écriture d’ouvrage de puériculture.

Ensuite, la pratique se propage également au milieu modeste.
Selon ce texte, pour une nourrice au domicile des parents, quatre emportent le nourrisson chez elle. La moitié des enfants sont envoyés chez des nourrices rurales, vivant à plus de 15 km des parents. Les nourrices recherchées étaient prioritairement celles dont le bébé était mort, et ayant accouchée depuis moins de 2 mois.
A cette époque, des traces sont claires dans le fait que les nourrices, à Florence, n’allaitent pas deux enfants à la fois. Soit la nourrice a sevré tôt son enfant soit il est mort… une dernière solution veut que la femme souhaitant devenir nourrice mette son propre enfant chez une autre nourrice, de moindre coût.
Il est aussi interpellant de constater que les nouveaux-nés filles sont plus souvent gardées par des nourrices extérieures, alors que les garçons sont plutôt confiés à des nourrices à domicile. La préférence des soins aux futurs héritiers est manifeste !

Il est incontestable que l’allaitement fut une affaire d’hommes, durant cette période encore.
Ces sont les époux qui gèrent et concluent les ajustements de salaires des nourrices. Il y a peu de textes faisans état de l’avis des femmes jeunes accouchées dans cette organisation sociale.

Un élément important eut lieu : l’Edit du roi Jean, en 1350. Il encadre la rétributions des nourrices et les conditions de travail.

Lorsqu’un nourrice emportait un nouveau-en chez elle, en campagne, il n’était pas d’usage que les parents viennent régulièrement visiter l’enfant.
C’est la nourrice qui faisait parfois le déplacement pour montrer l’enfant.
Un maternage encore plus distal que celui-ci est impossible !
Le taux de mortalité en nourrice augmente dramatiquement et cela pousse l’Église à mettre en place des campagnes de sensibilisation prônant l’allaitement.

« le placement en nourrice résulte d’une volonté de conserver son rôle social sans être « empêtrée » dans la disponibilité imposée par un allaitement non-écourté. »source


Les informations de l’Église n’eurent pas grand effet, comme le démontre le décours des siècles suivants.

 

Renaissance, que les seins bourgeois restent secs !

A partir du XVème, le placement est plus organisé, grâce à la corporation des nourrices. Il semble que la désaffection des femmes pour l’allaitement soit si important que seules les pauvres nourrissent elles-mêmes leurs enfants (coup de chance, dans la précarité!).
Les philosophes du XVIIème s’insurgent contre cette pratique de mise en nourrices… pourtant soutenue par les médecins qui protestent : «le lait doit corriger l’influence exercée par la mère sur son enfant pendant la grossesse. Il est donc préférable de renoncer au lait maternel dès la naissance et de prendre une nourrice».

nourrice noire

Les critères esthétiques furent majeurs à nouveau, durant la Renaissance. L’allaitement était (et est toujours, à tort) réputé pour enlaidir la poitrine. En outre, le tabou sexuel et la nécessaire abstinence imposée durant l’allaitement eurent tôt faits de convaincre les maris d’organiser la mise en nourrice de leur progéniture. (Kinbiehler et Fouquet, 1980).

Une habitude mortifère eut cours du Moyen-âge au XVIIIème siècle : des compléments, sous forme de bouillies,furent recommandés afin de fortifier l’enfant, le lait maternel ou nourricier étant considéré comme insuffisant (Lett, Morel et Lefebvre, 2006). Or, les intestins du bébé ne sont pas prêts à recevoir de la nourriture avant 6 mois… La salubrité de l’eau étant parfois douteuse, de nombreux bébés moururent après des diarrhées causant de graves déshydratations.

Il y a bien moins de considération pour le devenir de l’enfant, tant que celui-ci n’est pas désiré et qu’il n’a pas dépassé le cap de son premier anniversaire (le risque de mortalité après un an est largement diminué).

Malgré tout, les textes de cette période divergent. Par exemple, le médecin du Roi, Laurent Joubert, exprima avec conviction que les mères devaient profiter du plaisir de nourrir leurs enfants et que lui-même transgressait l’interdit sexuel pendant l’allaitement.

Erasme, Cornelius et Ambroise Paré se positionnèrent également comme étant favorables à l’allaitement maternel.

S’il est sûrement encore répandu dans la plupart des couches de la population, sauf les aristocrates… Au fur et à mesure, les femmes de toute la société se séparent de leurs enfants si tôt nés, imitant les classes sociales supérieures.

 

Le XVIIIème et XIXème siècle chronique d’une mort annoncée

Au sein des milieux nobles, le statut de la femme était clairement régi : Elle ne s’occupe pas de l’éducation de ses enfants et les confie quelques jours après leur naissance.
Les moralistes et les médecins de cette époque ne tarirent pas de reproches pour ces femmes : elles privilégieraient les amusements, l’apparence, la parure au détriment du bien être de l’enfant. Il s’avère que les femmes de ce rang n’avaient pas un réel choix d’agir autrement …

Cela représentait les contraintes de la vie aristocratiques où la manière de marquer son rang est de se montrer en société. Ce détachement vis-à-vis des enfants, et donc de sa fonction maternelle, l’éloigne d’autant plus des aspects animaux de la physiologie : elle n’a pas à subir les nécessaires attouchements pour nourrir les enfants et être en contact avec leurs déchets. Une mère aristocrate donne la vie, c’est l’unique tâche noble ! L’élevage des enfants revient à une femme de classe inférieure, payée à cet effet. Notons d’ailleurs que le terme « élever » les enfants est substituer à celui d’ « éduquer » pour cette raison.

Bien que mis à distance des regards parentaux, il semble que les enfants ainsi placés ne souffrent pas de désamour… ou en tout cas, d’attentions louables. Des lettres tendres furent retrouvées, témoignant de l’affection parentale mais aussi de la confiance que l’enfant perpétue la lignée.
C’est une autre perspective de la parentalité, à n’en point douter.

Pour aller plus loin: Https://journals.openedition.org/ccrh/2909

Et si les femmes souhaitaient allaiter… ?

Très simplement, la transmission générationnelle que c’est impossible prend le pas sur le désir individuel maternel. Il est d’ailleurs possible de retrouver des propos similaires à l’heure actuelle : « Dans la famille, nous n’avons pas de lait / notre lait n’est pas bon ! »

Les femmes se séparèrent de leur enfant, car le lait de la nourrice fut perçu comme plus riche et plus abondant, contrairement au leur.
Cette coutume se perpétuant depuis quelques générations, les jeunes accouchées étaient fortement influencées dans leurs actes.

l’impact du non-allaitement dans la mise en place d’un maternage distal.
Le rôle social des femmes aisées qui sont, depuis toujours, imitées par les classes inférieures, sauf par les « paysannes » n’ayant vraiment pas d’autre possibilité que d’allaiter elles-mêmes.

Les croyances de siècles, voire millénaires, précédents se perpétuent… et entravent la tenue de l’allaitement. D’autres règles s’ajoutent pour celles qui allaitent : des restrictions alimentaires spécifiques, activité physique moindre, la prétendue fatigue excessive et les risques pour la santé de la femme allaitantes (décalcification, perte des dents, …).

L’organisation du travail des femmes est un facteur prépondérant également : alors que les africaines et les esquimaudes gardent sur elles lafin de s’affairer sans s’éloigner des enfants, les européennes les laissent ou ne les porte que dans leur bras.
La tradition du portage est tenue loin des coutumes européennes, puisque assimilée aux peuples primitifs dont l’occident veut s’éloigner à tout prix à cause de leur prétendue animalité.
L’éloignement des bébés, l’absence de soin continu, les horaires imposés engendrent un taux de mortalité important.

Un autre problème est majeur, jusqu’à nos jours : la notion de propreté.
Nous l’oublions rapidement, mais pendant plusieurs mois, lorsqu’on allaite d’un sein, l’autre coule également.
C’est une réalité qui n’est que rarement mentionnée et jamais représentée.
Or, jusqu’à l’arrivée du lave-linge : la corvée de linge était un fait. Les nourrices était appelées « Nourrice mouillée » en opposition aux « nourrices sèches » qui prennent en charge les enfants sans les allaiter.
Ne pas allaiter, c’est donc rester propre et nette.
Nourrir, c’est se salir, alors qu’un enfant est déjà perçu comme une souillure constante (forcément, puisque la tradition prévoyait des emmaillotages serrés… où les enfants n’étaient pas changés fréquemment. L’urine était même considérée comme un antiseptique, potentiel remède pour les plaies. Les langes étaient parfois juste séchés avant d’être remis aux bébés. Heureusement, cette perception a changé à partir du XVIIIème).
L’allaitement peut être perçu comme une pratique impossible pour des femmes qui peuvent se changer beaucoup (ce qui est le cas, à notre époque, pour la plupart).
De plus, pendant longtemps, les corsets ont été à la mode.
Allaiter est impossible avec un corset.
Allaiter, c’est donc aussi transiger aussi sur l’élégance ! Or, la mode française (et surtout parisienne) est reconnue et la plupart des femmes y tiennent énormément !
N’oublions pas que le statuts des femmes n’est pas identique à celui d’aujourd’hui… Elles avaient bien peu de droits et de libertés individuelles.

Ensuite, il y avait aussi la crainte des complications (crevasses, abcès, mastite, engorgement, …) qui sont fort douloureuses et, auparavant, mal connues et donc mal prises en charge.
Des nombreuses histoires sordides forgent l’opinion populaire : le lait pourrait engendrer des ravages dans divers endroits du corps, en cas de rétention, en causant des tumeurs malignes.

L’allaitement est ainsi compliqué et les désagréments ne sont pas contre-balancés par le plaisir amené par le lien affectif mère-enfant. D’ailleurs en vertu de l’éthique religieuse, tout plaisir est proscrit voire condamnable.

Comme depuis plusieurs siècles, l’interdit des rapports sexuels pendant l’allaitement se poursuivit à cette époque. Nul besoin de préciser que le consentement et le désir féminin n’étaient gère questionnés. L’époux pouvait à nouveau « approcher » sa femme après 40 jours.
Les nourrices sont surveillées afin de s’assurer de leur abstinence. La mère pourrait nourrir et ne pas reprendre ses activités sexuelles, mais elle est alors responsable du risque d’adultère… !
Elle préfère alors mettre son enfant en nourrice et se prêter aux désirs de son époux. Et si elle souhaite nourrir elle-même son enfant, elle devait, bien sûr,demander l’autorisation à son mari.

Le style de maternage continue d’être distal au XIXème siècle. Les émotions des mères bourgeoises et la pollution de la ville furent estimées néfastes pour la santé des nourrissons. Il était alors préférable d’envoyer le bébé chez une nourrice dans un milieu campagnard. source

Malheureusement, la mortalité infantile atteignit des sommets !
Alors qu’il est de 17,9 % pour l’ensemble de la France (ce qui n’est quand même pas rien… près d’1/5 des enfants n’arrivent pas à un an !), il culmine à 71 % pour Paris où les enfants sont envoyés en nourrices.

 

La France est considérée comme un pays malthusien et où il y a un vrai « rejet de l’enfant » https://journals.openedition.org/transtexts/613
Certains médecins virent l’industrie des nourrices mercenaires comme une organisation d’infanticides et évoquent suggérèrent même le fait que certaines nourrices soient choisies pour leurs réputations mortifères.
C’est ainsi qu’un texte de loi vint régenter cela : la Loi Roussel.
« Cette loi illustre l’intérêt porté par le pouvoir à la petite enfance et à travers elle à l’allaitement maternel. Cependant, il faut évoquer, un précédant, la loi du 5 mai 1869 qui a pour but d’indemniser l’allaitement maternel afin d’éviter que des filles­mères ou des femmes mariées pauvres abandonnent leurs enfants. Il s’agit d’une allocation mensuelle versée jusqu’aux trois ans de l’enfant. »

Il est tout de même important de relativiser les chiffres : la plupart de ceux que nous possédons sont issus des familles aristocrates ou bourgeoises.
Au XVIII et XIXème siècle, le placement en nourrice concernait 10 % de la population.
Le problème est que le soin aux enfants est souvent influencé par les élites. Les familles moins aisées tentent d’adopter des codes similaires, ou décident simplement de s’occuper de leurs affaires tout en laissant les nourrissons livrés à eux-mêmes durant de plusieurs heures. C’est ainsi que des millier de bébés, placés à proximité du feu, périrent brûlés, étouffés par la fumée ou encore dévorés par des animaux (un cochon ou un chien affamé ne fera pas grand cas d’un nouveau-né vagissant…).

Le XXème siècle, « Je sais ce que je fais, Madame ! »

Conséquences des collectivités

Si les écrits sur l’enfance et des précis de puériculture ont toujours été commis, la capacité de les obtenir et leur nombre explosa au XXème siècle. Ces livres et ces croyances, promues aux rangs de connaissances, se disséminèrent avec une redoutable efficacité en Occident.
Et d’où provenait les nombreuses règles de vie ?
D’observations et de la gestion de collectivité, principalement !

Bien sûr, il fut heureux que le système de prise en charge des enfants abandonnés ou orphelins s’améliora avec le temps.
Mais la condition du collectivité et le manque d’investissement émotionnel auprès des enfants rendent la gestion de ceux-ci complexe.
Les structures de garde journalière émergèrent au XIXème siècle pour que les parents pauvres puissent travailler, répondant docilement à l’élaboration d’un capitalisme industriel. C’est principalement l’hygiénisme et la médicalisation des soins qui prend le pas sur l’organisation des journées dans ces lieux de d’accueil. Ce n’est que bien des décennies plus tard que les aspects psychologiques et pédagogiques modifièrent progressivement le rapport aux enfants au sein des structures collectives (d’ailleurs, il y a encore du travail pour améliorer cela dans toutes les structures!).
C’est ainsi que le XXème fut le théâtre d’expériences plus ou moins invasives sur les méthodes pour, au mieux conditionner, au pire dresser les petits d’humains.

 

Toujours est-il que de ces connaissances d’une vie « bien organisée », furent tirés des ouvrages dictant les principes à appliquer au quotidien, chez soi, avec ses propres enfants.
Un exemple tiré de cet article : « En même temps, le biberon, si longtemps mortifère, est réhabilité par les rites de l’

 

antisepsie. Les hommes de l’art trouvent là de nouveaux moyens d’investigation : ils peuvent étudier la quantité et la qualité de lait dont un enfant a besoin aux différents âges, ainsi que la meilleure répartition de ses repas ; ils mettent au point les règles de l’allaitement artificiel et s’évertuent à les inculquer à toutes les éleveuses. La nourrice change de rôle. Auparavant sa qualification dépendait surtout de sa fécondité : il fallait qu’elle enfante pour avoir du lait. Le biberon supprime l’investissement corporel. La nourrice, même si on lui conserve ce nom, se transforme en gardienne. »

Spoiler : ça n’a aidé personne, ni enfants ni parents d’être mis à distance et de quantifier frénétiquement le volume ingurgité par les bébés ou les enfants, une fois diversifiés.

Souvent couvert (pseudo) scientifique, des mesures spécifiques ont été énoncées et considérées comme un usage des bonnes pratiques : diète pour le nouveau-né de 24/48h, tétée à heures fixes, espacement volontaire, diversification précoce, mise en garde excessive vis-à-vis du cododo, …
Toutes ces règles furent (et restent) des ennemies de l’allaitement (je le précise dans cet article : « Les freins à l’allaitement, faisons les sauter ! »).

Ensuite, il y a eu le recours aux pouponnières : les bébés étaient volontairement tenus à l’écart des mères jeunes accouchées. Ces dernières devaient se reposer et les enfants étaient alors nourris à l’eau sucré, au biberon ou grâce à des tétées à heure fixe …
Ces attitudes eurent des conséquences désastreuses sur l’allaitement mais également sur le lien d’attachement mère-bébé.
Il est facile d’estimer combien les bébés ainsi traités devaient être en détresse, tiraillés par la faim et laisser à la surveillance d’inconnues, brisant toute mise en pratique d’un continuum entre sa vie fœtale et aérienne.

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– Les bonnes manières, dès la naissance

La distance imposée dès la maternité devait, toujours selon les manuels de puériculture, se maintenir par la suite.
Il ne fallait en aucun cas que les bébés soient bercés trop longtemps ni trop fréquemment, au risque d’en gâcher le caractère, de les habituer au contact et de les rendre dépendants (…).
C’est ainsi que l’on retrouve des ouvrages, d’il y a à peine 50 ans, énonçant des règles de tétées toutes les 4h, minutées et le conseil de laisser pleurer les enfants (sans que cela ne cause de douleur, aux dires des médecins ! Fallait-il le préciser, afin de rendre la chose supportable aux jeunes parents!). Ces enfants, comme d’ailleurs la plupart des tout-petits, pleuraient simplement de faim (c’est d’ailleurs encore le cas, selon Claude Didier-Jeanjouveau dans son livre « Bébé ne pleure plus »).
Cela vaut aussi pour la nuit : il fallait habituer les enfants à ne plus être nourri la nuit. Sinon, ce ne sont que des caprices, toujours aux dires des spécialistes.
Tu sais quoi ?
Moi-même, j’ai eu ces remarques en 2018 : à partir d’un certain poids, ils peuvent « passer la nuit » !
J’attends encore les fondements de cette allégation. A 31 ans, je bois toutes les nuits et je me réveille pour uriner. Je fais donc, sur critères « « médicaux » » des caprices  et je ne fais pas mes nuits.

 

– « La poudre de lait, il y en a un peu plus, je vous la mets ? »

L’avènement des préparations commerciales pour nourrissons (PCN ou Lait Artificiel pour être consensuelle)acheva de piétiner l’allaitement (et donc de la proximité physique intense avec les bébés) : dès 1872, Henri Nestlé a proposé une préparation à base de lait de vache, de sucre et de farine de blé.
Dès 1900, on dénombre des campagnes de publicité et d’informations, relayées par les médecins, concernant les conduites de l’accouchement, de la maternité et de l’allaitement…
Le biberon serait ainsi le meilleur et le plus hygiénique (puisque le lait utilisé était pasteurisé) !
Les publicités montraient des bébés ronds, l’air heureux et les mères soulagées de « ce fardeau » perçu que serait l’allaitement.

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Ingrédients d’une PCN

Les guerres mondiales se passent et viennent ensuite les surproductions de lait, qui doivent bien être écoulées : c’est ainsi que naquirent les conseils nutritionnels prônant la consommation d’au moins 3 produits laitiers/jour ainsi que le marketing autour des PCN.
Il faut admettre que c’est un juteux commerce : convaincre les femmes que les PCN sont meilleurs pour les bébés et ainsi contraindre les parents d’acheter un produit pendant 3 ans. La fidélité d’achat est ainsi au rendez-vous !

 

– Femmes, soyez-vous même et sortez de vos carcans !

Par après, les mouvements féminismes ont pris en grippe l’allaitement. Le biberon fut considéré comme libérateur !
Et c’est encore un argument dont se prévalent certaines personnes : les mères ne sont plus obligées d’être dédiées aux soins du bébé, qui peuvent être délégués à un tiers. Surtout, cela permettait de mettre en exergue que les femmes peuvent être l’égale des hommes et arguer que les contraintes issues de la physiologie femelle ne sont pas déterminantes.
La mère n’est plus indispensable et elle peut penser à elle, œuvrer à son autonomie… et à sa carrière !

Elisabeth Badinter et Simone de Beauvoir ont théorisé cela, éloignant la mère de ses enfant, sous prétexte que la société restera sexiste si elle n’adopte pas cette attitude.
Par exemple, un ouvrage des ouvrages qui y est entièrement : « Le conflit : la femme et la mère » d’E. Badinter.

Pour ces féministes de la seconde partie du XXème siècle, la maternité et l’allaitement sont des formes d’esclavage. Le biberon serait la suite logique après les luttes pour la contraception et l’avortement.
Dans les années 70, il y avait une sorte d’injonctions sociales d’interdiction au maternage. Les enfants étaient volontairement distancés de leurs mères prématurément, le développement de l’autonomie des touts-petits semblait une priorité et les attitudes empathiques étaient jugées négativement. L’allaitement était impossible pour une femme moderne !
Puis, il y eut d’autres courants, dont l’un usa du terme « fémellité » prônant l’allaitement, les conceptions physiologiques de la naissance et du rapport aux enfants, incluant toute la puissance du féminin, que l’on doit à Colette Chiland.

Bien que ces mots peuvent sembler acerbes envers les courants féministes de cette époque, il faut comprendre que le contexte est indissociable des faits (comme dans chaque situation!).
Avant ces revendications, les femmes n’avaient pas de réel choix. Elles étaient femmes au foyer, sans liberté d’action, obligées d’assumer ce rôle de mère dévouée à sa famille.
Les luttes féministes et la distanciation par rapport au statut familial furent indispensables pour parvenir à un ajustement équitable… Que nous cherchons toujours, mais qui s’est déjà largement modifié.

 

– De nos jours : Les recherches scientifiques, l’empowerment féminin, et le choix d’une vie

La proximité engendrée par l’allaitement rencontre les besoins du bébé. Cela lui permet de se nourrir mais aussi d’être réconforté.

En l’absence des seins maternels, les enfants doivent trouver un objet de substitution… parfois difficilement ! C’est ainsi que dans la panoplie classique du bébé occidental, il y a une tétine, un biberon, un goupillon et un objet transitionnel, plus fréquemment appelé « doudou ».
Il est alors conseillé aux femmes de ne pas allaiter, ou de sevrer leur enfants, afin de faciliter leur garde. Cela vaut aussi pour le portage, comme je l’évoque dans mon article « tu vas en faire un bébé-bras ».

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Malgré toutes les recherches en neurosciences affectives, mais aussi en psychologie clinique et développementale, ces croyances sont enracinées fermement et peuplent toujours l’imaginaire collectif occidental.

L’influence du système social est déterminant dans le rapport aux enfants.
En France et en Belgique, le congé de maternité dure de 9 (!) à 15 semaines. Les enfants sont ainsi censés être séparés de leur mère très jeunes.
La poursuite de l’allaitement, bien qu’encadrée par des textes de loi, est empêchée dans certains cas (éducation nationale, HoReCa, milieu hospitalier, …).
Ces séparations précoces ont des impacts non négligeables sur les liens mères-enfants et dans la santé mentale tant des enfants que des parents. Margot Sunderland considère d’ailleurs que toute séparation avant 12 mois est prématurée, et donc nocives pour les bébés. Cela génère un stress majeur chez les enfants qui doivent composés avec une personnes qui n’est plus en mesure de leur accorder toute l’attention qui leur est nécessaire : une personne pour 5 enfants n’est, malheureusement, pas en mesure de pratiquer un maternage proximal avec tous (puisqu’ils sont tous très jeunes et avec des besoins intenses).
Ce mode de vie implique du stress pour les tout-petits, qu’ils déchargeront ensuite auprès de leurs parents : pleurs intenses, nuits sans sommeil, …
Cela complique largement le quotidien parental et les affects développés envers les enfants.

Il est édifiant de voir à quel point les systèmes sociaux des pays nordiques, permettant de rester 9 ou 12 mois avec son bébé, offrent ainsi la possibilité d’un équilibre famille-travail. La conduite d’un allaitement non-écourté est d’ailleurs plus fréquente, tout comme les pratiques de parentage proximal.

« Selon le professeur Ted Greiner, éminent spécialiste de politiques publiques relatives à l’allaitement, les sociétés qui sont parvenues à renouer le plus efficacement avec l’allaitement, comme la Suède par exemple, sont celles qui ont mis l’accent sur les stratégies de protection et de soutien plutôt que sur les stratégies de promotion. On protège et on soutient l’allaitement au moyen de longs congés de maternité, de retours progressifs au travail, de mesures de conciliation travail et famille et en formant les professionnels de la santé et les bénévoles qui offrent leur aide aux mères qui allaitent. » source

 

– La Phobie de la fusion mère-enfant chez les professionnel.le.s : la survalorisation de l’autonomie du tout-petit.

On l’entend souvent : le maternage proximal ralentirait l’autonomie des enfants, qu’il s’agit de surprotection, qu’on ne veut pas « couper le cordon ».
A croire que le maternage proximal déboucherait ensuite sur des parents envahissant (le mal nommé « parent hélicoptère »), ne laissant aucune décision à leur enfant, les étouffant littéralement… et ce, tout au long de leur existence !
C’est vrai que des parentalités toxiques existent. Mais elle n’a aucun lien direct avec le parentage proximal qui écoute des besoins des enfants et suit leur développement de manière attentive.

Un amalgame grossier est commis entre la pratique d’un parentage proximal et un exercice de toute-puissance parentale.
Certains (* Wink * * Wink * Rufo, par exemple, et d’autres professionnel.le.s malheureusement souvent influencé.e.s par les théories psychanalytiques mal interprétées. Point Godwin : Comme l’interprétation de Nietzsche par Hitler ) vont alors estimer que la simple pratique du parentage proximal est symptomatique d’une parentalité toxique.
Haro est jeté sur l’allaitement non-écourté (dit long…), la proximité physique, l’empathie, le cododo, le choix de rester au foyer sans confier ses enfants ou encore de choisir de les instruire soi-même, en IEF.

J’attends encore les fondements de ces reproches… Mais je pense qu’on va pouvoir arrêter de prêter attention à leu dogmatisme, et se fier aux récentes études qui démontrent que le parentage proximal, l’allaitement non-écourté et à la demande, le cododo et l’accompagnement bienveillant sont les pratiques les plus favorables au développement optimal du petit d’humain.
Et scoop : la nature avait bien fait les choses, en matière de physiologie de la reproduction et de la persistance de l’espèce, au cas où l’on en doutait (mais oui, l’humain en doute depuis toujours, cherchant toujours à se distancer de sa condition animale!).

Mais voilà, il y a des articles qui font frémir les mères (eh oui ! C’est souvent « la faute de la mère, hein ! »…) sur les ravages que peut créer cette proximité !
En France/Belgique, la proximité intense est tolérée pendant la durée du congé maternité (soit environ 3 ou 4 mois), mais ensuite, il ne faudrait pas exagérer…
Il semble indispensable de « retrouver son rôle de femme et non seulement être mère ! ».
Tiens… ça ne vous rappelle pas les injonctions qui datent de l’antiquité, que j’ai évoquées plus haut ?
Bref, il FAUDRAIT se détacher : « Ça sera bien pour lui/elle comme pour toi ! », « Il n’y a pas le choix, de toute façon ! », « Votre enfant voit régulièrement des enfants ? » (question favorite du pédiatre à une maman solo isolée, aka Moi).
Dans l’inconscient collectif, la séparation n’est pas précoce, elle est normale et bénéfique.

Eh bien… non ! Remercions Margot Sunderland d’avoir rédigé un chapitre entier dédié aux séparations qu’elle décrit comme précoce avant 12 mois dans son livre « La science de l’enfant heureux ».

 

– La science au service de la consommation ?

Le fait est que le XXème et le XXIème siècle sont régis par les sciences, de tous ordres. Les méthodes sont empruntes de plus de déontologie (souvent, et de plus en plus fréquemment… Même si les industriels s’affairent à cacher ce qui ternit leur image de marque) et les outils d’analyse de données s’affinent encore et toujours.
N’oublions tout de même pas qu’à chaque époque, certaines vérités ont été contredites car le prisme de la connaissance est orienté, tout comme ce qu’il est possible de voir et d’interpréter.

Une métaphore est fort utile pour percevoir ce qu’est la recherche : il suffit d’imaginer une recherche dans le noir grâce à une lampe torche. L’éclairage n’est fait que zone par zone.

Le problème est que la recherche scientifique demande de gros moyens. Aussi passionnants soit les processus de recherche, tout travail mérite salaire.
Or, depuis quelques générations, il est bien d’usage que les industriels de tous les secteurs finances la recherche sur leurs produits.
Si cela semble logique dans l’industrie pharmaceutique, il est nécessaire de rappeler les initiatives scientifiques des producteurs de tabacs ou des alcooliers. Il y a eu (et se produit toujours) des dissimulations d’informations … comme les risques de cancer liés au tabagisme.

A une époque antérieure, les publicités vantaient les mérites du tabac, comme tu peux aller le voir sur cette page.

Quel rapport avec le maternage ?
Il s’avère que les pratiques de parentage proximal ne rapportent rien à personnes, ou presque.
L’allaitement maternel fait vendre un peu de matériel (tire-lait, coussinets d’allaitement, tisanes, …). Presque tout le reste gagne à être éviter afin de ne pas écourter l’allaitement (avec les recommandations que j’évoque dans cet articles), il n’y a RIEN à acheter. Au mieux, de la lanoline et du Mepitel pour les débuts et un tire-lait manuel, qui dépanne en cas d’engorgement (ou pour faire des crêpes. #truestory).

Malgré tout, tu pourras voir milles et un gadgets « pro-allaitement » : les biberons imitant le sein, les tétines spéciales, les préparations commerciales pour nourrissons (PCN) « relais allaitement », les PCN « au plus près du lait maternel », …

C’est vrai qu’on peut trouver moult possibilités de portage physiologique et d’écharpe de portage (et là, clairement le marché tourne bien). Mais il n’y a aucune conséquence néfaste pour les bébés. Mais cela demeurera toujours moins onéreux que les poussettes trio, de grandes marques automobiles ou de sport.
De même, il est possible de trouver des lits de cododo, qui se fixe au lit parental. Mais d’autres systèmes D sont possibles et tout aussi efficaces.

Dans les faits, les familles pratiquant le parentage proximal (et ce qui va avec telles que la motricité libre, la Diversification Menée par l’Enfant, l’hygiène naturelle infantile, la bienveillance, etc.) ne sont pas les plus grandes consommatrices. Dans ces conditions-là, nul besoin d’acheter une chaise maintenant l’enfant assis, des mobiles colorés musicaux, un cales-bébés, un cales-tête (à fuir !), couffin, des biberons aux multiples tétines, des boîtes de PCN, des couches jetables ou encore des petits pots préparés.
Cela ne fait pas les affaires des industriels…

Alors, ils doivent bien trouver des arguments pour vendre leurs produits : faire des recherches scientifiques mettant en évidence dans leurs résultats que leurs produits permettraient un meilleur développement des enfants !

Quelle aubaine de jouer sur les doutes, la culpabilité et le confort des parents, au mépris même des besoins des enfants.

 

C’est comme ça que surgissent des informations telles que :
– les recommandations de diversification dès 4 mois, par des petits pots ;

– l’utilisation des PCN ;

– Les couches jetables, et la diffusion de leur usage dans des cultures qui ne les utilisaient pas ;

– La croyance que les PCN peuvent égaler voire surpasser le lait maternel;

– Les coussins anti-tête plate (vraiment, à fuir!) ;
– …

 

Ce que je souhaite communiquer par ces exemples est qu’il est indispensable de prêter attention aux personnes qui diligentes les études scientifiques.
Dès qu’il s’agit de mettre en avant l’usage de tel ou l’autre produit, au détriment des simples actes de maternage proximal… ça sent l’industriel qui veut capitaliser sur tes doutes parentaux !
Fort heureusement, aujourd’hui, de plus en plus de ponts sont faits entre les différentes disciplines scientifiques.

Il est fascinant, et enthousiasmant (en tout cas, moi, je saute sur ma chaise de contentement dès que je lis des news qui se rassemblent) de constater que toutes les études convergent dans un sens similaires : la prise en compte holistique de l’individu permet une meilleure prise en charge.
Cela implique que les dynamiques pluridisciplinaires représentent les nouvelles normes, ou qu’elles sont en passe de le devenir.

Dès la naissance, les enfants ont besoin de contact physique intense. Ils en ont besoin pour se sentir bien physiquement et émotionnellement, comme c’est largement prouvé dans le cadre du Kangaroo-Mother Care. En outre, cela permet aux bébés de poursuivre leur colonisation bactérienne, indispensable à la mise en place de leur microbiote.
Ce dernier est reconnu pour ses implications au niveau de la santé… et les découvertes à son sujet sont toujours plus surprenantes : impact sur les maladies digestives chroniques, les allergies, les troubles de l’humeur et même les troubles du spectre de l’autisme.
La naissance par voie basse, le peau-à-peau et l’allaitement sont des facteurs indispensables à la croissance d’une microbiote sain et capable de favoriser la bonne santé.

Il en va de même dans les recherches par rapport aux attitudes sociales et comportementales : la préservation des liens mère-enfant, l’accompagnement bienveillant, les pédagogies alternatives, les pratiques méditatives (dans lesquelles j’inclue le yoga et la Pleine Conscience) , etc., sont tant de facteurs qui offrent la possibilité aux enfants de se développer de manière harmonieuse avec de moindre manifestation violente.

 

– Les représentations culturelles de la proximité mère-enfant

La médiatisation des cas de parentalité pathologique mettent en évidence les situations problématique… en pointant toujours ce qui est relatif au parentage proximal : un bébé meurt dans le lit de ses parents, c’est la faute du cododo ; un enfant meurt de déshydratation, c’est parce qu’ils étaient allaités et que les parents ne donnaient pas de complément, …

Ensuite, les films n’aident pas à la diffusion d’une image neutre vis-à-vis du parentage proximal.
J’ai cliqué sur un téléfilm : « La fille d’une autre ».
Synopsis grossier et spoiler alert : un femme met au monde un enfant mort-né. Elle a déjà fait de nombreuses fausses couches et est désespérée face à la perte de cet enfant. Elle voit s’envoler la possibilité d’être mère.
Dans le même espace temps, une jeune femme, en situation précaire, accouche et souhaite faire adopter son enfant. Après un refus d’avoir l’enfant contre elle à la naissance, elle décide de la voir un peu avant de la confier à l’adoption. Elle regarde sa fille et s’endort sur son lit, porte ouverte.
A cet instant, la mamange endeuillée voit cette scène et décide d’emporter l’enfant promise à l’adoption.
Durant les jours suivants, elle s’en occupe, la cajole, l’allaite, bref, à fond dans le maternage proximal. Mais elle reste recluse, présentant l’enfant comme la sienne à sa mère. Elle se démontre possessive « maladive ».
La police se rend finalement compte que c’est elle qui détient l’enfant.
Cette petite est rendue à sa mère (qui a finalement changé d’avis sur l’adoption), et qui, clairement n’a pas un style de maternage similaire. Totalement instable et précaire, mais elle est présentée comme la maman sympa et plutôt normale vs « l’hyper-mère » possessive et trop maternante, qui cherche année après année à voir grandir cette enfant.

Cela implante de l’inconscient collectif que le maternage proximal n’est pratiqué que par deux styles de mère :
– Les mères en situation pathologiques qui cherchent à réparer quelque chose quitte à envahir leurs enfants ;

– Les mères « parfaites » influencées et se conformant à la nouvelle mode du parentage proximal, (j’explique là, en quoi ce n’est pas une mode) véhiculé à grand bruit sur les réseaux sociaux.
Alors oui, incontestablement, la culture ambiante influence le style de parentage.
Je me suis d’ailleurs questionnée sur les raisons de l’Occident à vouloir se distancer des enfants dès l’antiquité, comme je l’ai évoqué précédemment.
Quelles sont les facteurs qui ont modifié le rapport aux enfants ?
En premier lieu, et comme expliqué au début de ce dossier, la sédentarisation de l’être humain a engendré une hausse de natalité. En n’étant plus nomade, les bébés n’étaient plus forcément portés et « au corps à corps » de nombreuses heures par jour.
Les ressources alimentaires étaient plus vastes et le sevrage survenait plus tôt. C’est aussi au néolithique que l’on retrouve la première trace de consommation de produit laitier, par l’humain, en dehors de la petite enfance.
L’arrêt de l’allaitement exclusif prématuré engendre que les cycles féminins reprennent plus rapidement… pouvant déboucher sur des grossesses (davantage) rapprochées.

Mais qu’est-ce qui explique que les peuples « primitifs » ou Premiers, ainsi que bon nombre de coutumes culturelles, ailleurs qu’en Occident, favorisent le maternage ?
Je ne suis pas historienne, je n’ai pas de connaissances anthropologiques si vastes… Mais il semble qu’un point commun des cultures abondant dans un optique de maternage proximal soit une société communautariste (vs. Individualiste, en Occident).
Les mères sont rarement isolées avec leurs enfants, la famille est élargie.
En outre, la plupart de ces sociétés conservent de forts liens avec leur patrimoine traditionnel tant au niveau de la culture qu’au niveau spirituel.

En Occident, très tôt, la médecine et les religions se sont imposées afin de codifier la vie quotidienne.
Les connaissances ancestrales se sont perdues, notamment par le biais des évènements comme les chasses aux sorcières. Il faut se rappeler que la sorcellerie fut invoquée lorsque les femmes étaient capables de soigner/guérir par des remèdes traditionnellement appris de mère en fille, des croyances peu répandues et surtout, différentes de la majorité. De plus, le contexte social explique bon nombre d’attitudes : dans chaque crise sociale, les décideurs politiques parviennent à focaliser le problème sur une frange de la population (ici, les sorcières, mais pensons – deuxième point Godwin – aux juifs à partir de 1933, et maintenant, aux « immigrés »). L’Histoire a toujours démontré combien c’est inutile et nocif pour la société… Mais il semble que cela fasse encore mouche comme « arguments » de troubles socials.

Ensuite, historiquement, l’Occident, sur base de recherches « scientifiques » (pensons à la phrénologie, aux saignées et à la théorie des humeurs, et bien d’autres encore) a délaissé les connaissances des plantes et des savoirs transmis oralement.
De plus, l’organisation sociale a éclaté les familles, ne permettant plus aux femmes d’avoir accès à un soutien important. C’est ainsi que naquis le schéma de la famille nucléaire : une cellule étroite composée uniquement des parents et des enfants.
Il n’est pas nécessaire de blâmer l’individualisme comme grand fautif de nos actuelles difficultés, dont celles parentales. Il existe d’ailleurs de nombreux courants de recherche sur le sujet. Je serai bien mal aisée de croire que j’en saisis toutes les nuances (en vrai, cet article pourrait être l’objet d’une thèse doctorale, tellement le sujet comprend de moult facettes à investiguer). Voici un article qui aborde l’individualisme, en ne cherchant pas à l’opposer totalement à l’holisme. Voici un autre article qui aborde l’histoire de la notion d’individualisme.

Ces constats sur notre fonctionnement sociétal, qui perdure depuis des millénaires, impactent forcément notre rapport aux enfants. Les connaissances acquises de notre vivant nous aide à agir différemment, mais les traces culturelles persistent.
La position de la médecine, les pressions socioculturelles véhiculées par les générations précédentes, le manque de soutien émanant de l’architecture de la société, et j’en passe, ont encore des implications claires sur la manière de manœuvrer dans la parentalité.

MAIS, la société de communication est telle que nous avons les informations. Il ne manque « plus que » les ressources pour mettre en place ce qui est connu.
Et c’est à ce niveau que cela pêche encore largement !

Les campagnes de prévention et d’informations sont incontestablement utiles… Mais elles n’ont que peu de poids face aux obligations imposées par la société : retour au travail précoce, niveau de vie difficile à maintenir avec un seul revenu, législation médiocrement appliquée face à l’allaitement et à la flexibilité des jeunes parents, manque d’accès aux formations avec des enfants, …
Nous sommes dans une société où les enfants sont calfeutrés afin que les adultes puissent vivre sans eux. La question n’est presque jamais de trouver des solutions pour les inclure à la vie, mais plutôt de se questionner sur une manière de vivre sans qu’ils soient une contrainte à l’ « Expérience ».
Les initiatives childfriendly sont applaudies, mais ne rencontrent pas forcément énormément de succès. Cela reste donc exceptionnel et difficilement accessible.
Alors, la solution est de miser sur le numérique et de vivre, s’informer, communiquer, se distraire, par écrans interposés. Si c’est éminemment utile (Coucou ! D’ailleurs ce blog est là pour ça!), il y a une perte d’expérience vivante et unique. Nous, humains, tentons de combler le manque de rapports sociaux grâce à une vie numérique. C’est louable pour nos santés mentales… Mais cela ne devrait pas être considéré comme suffisant !
Il faudrait IMPOSER les enfants dans les activités que l’on veut faire.
Emmener son enfant en formation/au cinéma/au musée/dans des réunions professionnelles pourraient prochainement devenir un acte militant pour une société intégrative !

En voyant plus d’enfants dans des contextes variés, qui devraient alors être aménagés de manière à rendre cela agréable (et souvent, il ne s’agit pas de tant de modifications que cela), l’on pourrait constater combien les difficultés rencontrées sont les mêmes partout.
Au lieu de demeurer dans des attitudes de jugement, on pourrait basculer vers une perception empathique des situations… Et appréhender les autres comme des ressources, et non pas comme des juges.
Les réactions face aux attitudes des enfants pourraient nous venir avec bienveillance plus facilement. En effet, être observatrice.eur d’un échange parent/enfant laisse une trace, une autre voie possible que celles expérimentées en tant qu’enfant face à nos parents.
Plus les échanges parent-enfant bienveillants se verront dans la sphère publique, plus ces réactions seront imitées. J’explique dans cette article les intérêts de l’éducation bienveillante.

Oh, oui ! Je perçois bien que ces propos te semble utopistes. Et ils le sont.
Mais crois-moi, mon objectif de vie est dédié à la réalisation de cette utopie.
C’est pour cette raison que dès que je serai installée à mon compte (soon!), toutes les activités, consultations, formations, séminaires, seront childfriendly (exceptées certains ateliers sur des sujets sensibles comme le deuil périnatal, le burn-out maternel, etc, où les paroles ont besoin d’être libérées sans craindre que les enfants entendent et se sentent potentiellement coupables par la suite).

– Le maternage est-il synonyme d’allaitement ?

Al’heure actuelle, non.
Même si la plupart des femmes qui adoptent des attitudes maternantes tendent vers l’allaitement.

Il est aussi possible de trouver des mamans maternantes qui n’allaitent pas, et des allaitantes qui ne maternent pas plus que ça.
Bref, comme toujours dans le monde, il y a une diversité qu’il faut entendre, comprendre et accepter (dans la mesure où les pratiques ne sont délétères pour personne).

Cela dit, il est possible de se questionner sur la facilité de maternage créé par l’allaitement. Indubitablement, un allaitement (soutenu par les propres qui ne font pas douter la jeune mère) facilite grandement un quotidien. L’intendance autour de la nourriture est nulle, simplement assurée par la mise au sein à la demande (voire à l’offre!).
Mais parfois, faute d’informations correctes, d’impératifs de santé ou d’autres raisons physiologiques (hypoplasie mammaire, réduction mammaire, etc.), l’allaitement est compromis.

J’invite toutes ces mamans , encore plus que les allaitantes qui ont un contact régulier de peau-à-peau avec leur bébé, à pratiquer le maternage proximal.
Portage intensif, bain en duo (ou trio), massage, co-sleeping avec un lit de cododo (en cas de non-allaitement, le cododo en partageant le même lit peut-être plus risqué car la vigilance nocturne n’est pas synchronisée hormonalement avec le bébé), et autres activités privilégiées peuvent aider ces couples non-allaitants à tisser des liens indéfectibles avec leur progéniture.
Je me permets une petite note, si l’allaitement est impossible, il est préférable de s’orienter vers des PCN biologiques et, idéalement, éviter les protéines de lait de vache qui sont particulièrement difficiles à digérer. Outre l’aspect éthique, les scandales sanitaires sont toujours issus d’industriel utilisant du lait de vache, et non biologique…
Il existe des tas de références de PCN végétale ou de chèvre, pour éviter ou réduire des crises de coliques affreuses aux bébés, en plus d’une pratique intensive du portage.

Je glisse quelques liens pour permettre de

Questionner ce choix d’allaiter ou non ;

Débuter l’allaitement sereinement ;

Éviter les pièges qui peuvent compromettre l’allaitement ;

S’informer sur l’alimentation au sens large.

P.S. : Non, l’allaitement ne déforme pas les seins. C’est l’augmentation du volume pendant la grossesse et à la montée de lait, l’imprégnation hormonale de la grossesse et les changements volumiques qui distendent la peau.

P.S. 2 : Le corps change dans le temps. Tous les seins sont légitimes, beaux, sensibles, méritent d’être aimés.

P.S. 3 : Ton enfant ne sera pas plus ou moins dépendant de toi si tu allaites ou non.
Les enfants naissent totalement immature, donc intégralement dépendants des adultes autour d’eux. La manifestation des besoins, plus ou moins intenses, est inhérente à des différences inter-individuelles et non pas à une pratique plus ou moins maternantes.

P.S.4 : les mythes autour de l’allaitement font du mal : « Dans l’étude de Walburg, et al., (2007b), les représentations maternelles apparaissent comme prédictives de la décision d’allaiter ou non, notamment celles concernant les interdits pendant l’AM et la dépendance mère-enfant. »

 

– Créer des enfants a-culturels ?

C’est une problématique que je me suis posée à moi-même.
Est-ce qu’en fustigeant les coutumes occidentales et en m’inspirant de celles d’autres ethnies à travers le monde, je pourrais engendrer un mal-être chez mon enfant pourtant né en Occident ?
La question fut balayée plus rapidement que je ne le pensais, pour la simple raison que je m’INSPIRE d’us et coutumes d’ailleurs, afin de les adapter à la sauce de « ma vie d’occidentale ».
Je précise « ma », car chaque famille est différente, chaque personne a une tolérance physique et morale spécifique. Tous les individus n’ont pas du tout la même vie, même si le cadre social est sensiblement similaire.
Les vies d’une maman solo, maternante h24, aucune séparation depuis la naissance,
ne subissant pas de conflit intrafamilial ; et celle d’un couple, où la/la conjoint.e n’est pas totalement convaincu.e par le parentage, qui retourne travailler rapidement après la naissance et qui doit gérer le métro-boulot-dodo ; ces vies n’ont rien de comparables… et ce qu’ils mettent en place dépendra des besoins et des manques créés par ces formes d’existence.

Je reste baignée dans une culture occidentale dont je connais les codes et les ai intériorisé.
J’apprends à ma fille les formes de politesse usuelle, nous mangeons 3 à 4 fois par jour (ok, elle grignote plutôt quand elle a faim.. Petite moinelle!), je porte en ventral principalement (ce qui est rare ailleurs dans le monde, car le portage sert aussi aux femmes qui travaillent et le portage ventrale est réservé au moment où des lourdes charges sont portées au dos), j’utilise d’ailleurs beaucoup plus un préformé ou un Mei Tai.
Il faut rappeler que l’écharpe de portage telle que nous la connaissons est une invention européenne – source (voilà un lien génial sur l’histoire du portage et de la poussette : http://www.josette-la-chouette.fr/blog/l-histoire-du-portage-et-poussette/ ) En fonction des régions, c’est le pagnes, le Mei Tai, … qui sont utilisés traditionnellement.

MAIS.
Nous vivons dans un société mondialisée. Les technologies de l’information nous ouvrent des fenêtres sur le Monde !
Les anthropologues offrent des analyses fines d’autres sociétés du monde, des ethnoreporters partent vivre avec des peuples premiers pour découvrir leur rapport au monde et des recherches de tous ordres sont menées afin de comparer les cultures.
Bref, nous sommes en mesure d’avoir un aperçu des modes de vie ailleurs.
Les occidentaux se sont servis (et se servent encore) dans les richesses de nombreux peuples, les a colonisé et maintenant, sur un nouveau modèle… lui envoie ses déchets (en Chine, dans différents pays africains et maintenant, dans d’autres pays d’Asie. Oui, moi aussi, je croyais que le recyclage se faisait en interne. Mais non, parfois, il ne se fait juste pas du tout…).
Cela veut dire qu’en sachant combien certaines attitudes sont bénéfiques, nous pouvons les adapter à nos propres vies occidentales !

Les us et coutumes sociales comportent parfois des contraintes arbitraires qui ne semblent pas légitimes aux yeux de petits enfants.
Par exemple, pourquoi attendre tel moment pour manger ? Pourquoi ne pas manger avec les doigts ? Pourquoi ne pas roter bruyamment ? Pourquoi dire systématique « Bonjour, s’il te plaît, merci » ?
D’ailleurs, pour plus de sérénité au quotidien, mieux vaut ne pas s’embarrasser de telles contraintes trop tôt dans la vie des enfants.
Peu à peu, entre 4 et 7 ans, pour certain.e.s même avant, ils apprendront à vivre dans l’ancrage culturel qui les entoure. L’exemplarité est suffisante, sans avoir besoin de cours de bonne conduite
(OK, exception faite pour des usages spécifiques !)

Un instant, je me suis demandée si je n’allais pas apprendre à ma fille à compter avec les septante, octante et nonante. Je vis en Belgique depuis 22 ans, elle est née ici. Septante et Nonante sont des usages courants.
Octante… Parce que c’est plus logique, quand même !
Mais, en riant, je me suis ravisée. Après tout, en France, nous utilisons d’autres manières de compter. C’est ainsi.
Je lui apprendrai qu’ailleurs, le dénombrement se fait autrement. Elle saura ainsi, d’ores et déjà, que les mots sont emprunts de culture (j’aborde d’ailleurs l’impact des mots dans cet article).

Alors non, même s’ils dorment avec nous, s’ils tètent jusqu’à 4 ou 7 ans, s’ils ont été porté des milliers d’heure, nos enfants resteront toujours des occidentaux.
Par contre, dès la naissance, ils auront appris plusieurs valeurs inestimables grâce au parentage proximal : les pratiques majoritaires ne sont pas forcément « bonnes » ; les autres cultures sont riches d’enseignement ; le monde est une source d’inspiration inépuisable ; mes parents m’aiment inconditionnellement !

 

– Relation mère-bébé : pas de discrimination envers les pères (compagnon/parents sociaux)

Voici un extrait d’article, nommé : « Pourquoi les hommes partent. Le mal-être paternel » et traduction :

« La plupart des hommes ont été nourris au biberon et ont été soumis à d’autres schémas culturels abusifs en tant que bébés, comme dormir seuls ou être laissés à pleurer alors qu’ils ont besoin d’être réconfortés. Biologiquement, le mâle est le genre le plus fragile de notre espèce et il est en retard de plusieurs années en termes de développement par rapport aux femmes, et ce jusqu’à l’âge adulte. Et au lieu d’obtenir le complément de soin dont il a besoin pour compenser sa faiblesse, vers l’âge de 5 ans, les mâles dans presque toutes les cultures en reçoivent bien moins que les femmes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la plupart des garçons n’ayant pas connus l’attachement deviennent des hommes qui passent le plus clair de leur temps à chercher une figure maternelle qui leur fournira le soin dont ils ont été privés en tant que bébés et enfants (recherche alimentée par la publicité qui met en avant les seins qui leur ont été refusés). Une partie du mécanisme de survie consiste à apprendre à refouler leurs sentiments et à projeter les besoins non satisfaits sur des substituts, les femmes, d’autres éléments externes comme le consumérisme, la boulimie de travail et d’autres addictions. »

C’est un pavé dans la mare. En effet, une autre croyance est tenace dans le maternage proximal, la croyance que l’entité du familiale et la triangulation avec un tiers séparateur est nécessaire au bon développement des enfants !
Cela part du postulat qu’il est indispensable que le père (ou un parent social) fasse en sorte que la fusion mère-enfant ne soit pas trop intense. Cela prive, de fait, les mères d’une compétence de rationalisation.
Cela sous-entend qu’en l’absence de tiers séparateur, une mère ne laisserait pas grandir son enfant en tant qu’individu, que celui-ci ne s’ouvrirait pas au monde, qu’elle maintiendrait ce rôle tout-puissant dans une relation exclusive.

Encore une fois, on sent bien l’imprégnation patriarcale dans ces allégations !
Toutes les mères solo n’ont, pour la plupart, pas de comportement pathologique avec leurs enfants.
Alors, non, un « tiers séparateur » n’est pas indispensable, parce qu’on vit un tant soit peu au sein d’une communauté et que la dyade mère-enfant ne reste pas dans un huit-clos.

Attention, je ne veux pas dire que les pères et autres parents sociaux ne sont pas utiles. Je précise juste que les modèles familiaux sont variés et qu’il est possible d’être équilibrés quels qu’ils soient, pour autant qu’il y ait de la bienveillance envers les enfants.
Dans le cas d’une famille classique, avec Parents + enfant(s), il convient que chacun trouve sa place.
Au départ, le rôle du « tiers » n’est pas de se substituer auprès du nourrisson… Mais bien d’aider à l’établissement du lien mère-bébé qui conditionne le bien-être de tous.
Ensuite, la troisième personne peut porter les enfants, sans s’offusquer que la mère réussisse à le calmer plus rapidement (ils ont été en symbiose pendant 9 mois!).
Le relationnel étroit avec les enfants arrivent à partir de 4 ou 5 mois. Il faudrait rappeler à la troisième personne de la famille que tout est une question de temps.
Dans un premier temps, l’important est de renforcer la dyade mère-bébé et de soutenir la jeune accouchée.
Il est possible pour le tiers de prendre en charge certains soins et de profiter des moments d’éveil. Plus le temps passera, plus ils seront longs.
Vers 6 mois, le tiers sera une personne privilégiée.
Vers 12 mois, cela sera une fête dès qu’elle/il surgira.
Dans les années suivantes, il y aura des va et vient entre les parents. Je ne compte plus le nombre de témoignages attestant que les enfants ont des périodes très « papa » et des périodes très « maman », en schématisant.
Alors, dès le départ, il faudrait que les couples soient informés… et que le tiers prennent conscience que même si « l’être tout neuf » est attrayant, chaque chose en son temps. Et il n’y a pas d’inquiétude à avoir : le temps passe vite, avec un enfant !
Cela vaut aussi pour les effets de l’enfant sur le couple : les premiers mois changent totalement la vie de couple et sa sexualité. Mais il est indispensable de garder en tête que le temps amènent de la perspective.
L’enfant a pris 9 mois pour grandir, il lui faut plusieurs mois pour laisser un peu de temps aux parents. C’est normal.
Il est nécessaire que chacun prenne du recul, s’appuie sur leur confiance réciproque, communique énormément et entretienne l’affection et la tendresse, en excluant les attentes sexuelles du style « penis in vagina ».

– le retour d’un modèle à l’ancienne qui bloque les femmes ?

Le parentage proximal et l’allaitement ont été fustigé par certains courants féministes. Cela peut sembler étrange, avec notre regard en 2019, mais il faut se rendre compte de là on l’on vient en tant que femmes.
Durant des millénaires, les femmes n’ont eu quasiment aucune liberté en tant que telle.
Elles étaient filles, élevées comme telles, pour un jour devenir des femmes au chevet d’hommes.
Une fois liée à un homme, l’enfantement était attendu et naturel (petite anecdote royale, entre Marie-Antoinette et Louis XVI qui mirent plus de 8 ans à concevoir leur première fille, au grand désespoir de la Reine et sous les jugements amers de la Cour). Les femmes devenaient alors mères, maîtresse de maison et avaient un rôle tout tracé avec un accès à la vie professionnelle tout à fait restreint.
Il a fallu brutaliser les mœurs afin de pouvoir s’extirper de tels carcans… et ce fut au détriment de la relation avec les enfants.
Grâce à ces féministes qui ont démontré qu’une femme pouvait être autre chose qu’une fille-épouse-mère, la société a énormément évolué dans le sens de l’égalité. Je rappelle que le droit de vote en France ne date même pas encore d’un siècle !

Maintenant que certaines choses sont acquises, il est possible de sortir des attitudes dichotomiques pour choisir les attitudes qui répondent à nos attentes.
Il est possible d’être carriériste et de décider de mener le parentage proximal avec l’aide de son/sa conjointe.
Il est possible d’aimer son travail et, pourtant, d’interrompre sa carrière pendant quelques temps.
Il est possible de ne pas désirer travailler et se consacrer au développement serein et harmonieux de ses enfants.
Ce sont maintenant des choix et non plus des injonctions sourdes ! Cela fait toute la différence.

Le choix restera éclairé tant que ceux-ci ne sont pas utilisés comme des arguments d’ordre social. J’aime d’ailleurs beaucoup l’exemple de l’influenceuse Léa aka « Jenesuispasjoli ». Elle est autonome financièrement depuis ses 17 ans, et depuis peu, c’est son conjoint qui s’occupe de leur fils en tant que « papa au foyer ». Ce sont de jeunes gens, de 22 ans, très bienveillants et qui cassent les codes.

Tout doit rester un choix.
Si quelqu’un.e se sent forcée, piégée : le sujet doit être réouvert !
En outre, il faut refuser les obligations par rapport aux attitudes des parents : elles sont toujours issues de systèmes réprimant les libertés.

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– L’absence de prise de perspective temporelle et les inférences sur l’avenir des enfants et des mères

Comme j’en parlais dans le point précédent, avec le rôle du tiers dans la dyade mère-bébé (je n’exclus, bien sûr, pas les autres schémas familiaux, je généralise simplement à la majorité), la notion de rapport au temps est indispensable pour bien comprendre le parentage proximal. J’en parle déjà dans cet article concernant le rapport au temps pendant la grossesse.
Bien sûr, un nouveau-né chamboule toute la vie, toutes les habitudes, toute l’organisation.
Il faudra souvent quelques semaines pour mettre en place un nouveau fonctionnement serein.

Au départ, c’est très intense. Toute l’attention est focalisée sur le bébé (et à juste titre, il en a besoin!). J’en parle d’ailleurs dans mon article consacré aux quatrième trimestre de grossesse.
Ce que je vais te dire, tu l’as déjà entendu… Et pour le coup, c’est vrai !
Tout passe très vite.
Ça défile !
Alors c’est vrai que certaines journées peuvent sembler longues, mais a contrario, les jours et les semaines se succèdent et l’on voit son bébé évoluer à une vitesse incroyable.
Dans le podcast « Histoires de Darons » (que j’aime d’amour, ça vaut vraiment le coup d’aller écouter les pères parler de leur paternité), lundi 3 juin est sorti un épisode où Guy Delisle intervient. (C’est un illustrateur qui a fait les tomes du « Guide du mauvais père », plein d’humour cynique).
Il a beaucoup voyagé avec son épouse et, durant les missions qu’elle accomplissait, il s’est retrouvé « père au foyer » pendant un an. Au départ, ça le chiffonnait un peu… Et il affirme aujourd’hui qu’il n’a jamais regretté ce temps passé avec ses enfants.

Je ne connais personne qui regrette d’avoir passé du temps avec ses enfants. Par contre, j’ai entendu des centaines de personne se lamenter d’avoir raté des étapes importantes ou de dire qu’elles n’avaient pas le choix que d’être absentes.
Retiens cela. Tout le temps avec tes enfants, les journées moins chouettes voire carrément pénibles… Tu ne les regretteras pas !
En regard d’une vie entière, la petite enfance passe à toute vitesse.

Le parentage proximal, c’est la conscience de cela. C’est une sorte de Mindfulness en philosophie de vie appliquée au quotidien.
C’est un temps d’être à soi et à eux. C’est un cadeau inestimable !

Néanmoins, une croyance veut que les enfants maternés seront capricieux/colèriques/pas autonomes/etc.
Il serait nécessaire de « les habituer à dormir seul.e sinon ça sera problématique quand il/elle sera gardé.e », « les sevrer car c’est vraiment compliqué, les bébés allaités », …
Ils sont à peine nés, ou a quelques mois… Et déjà, leur caractère semblerait prédit à cause de l’attitude que nous avons avec eux.
En effet, nous savons comment augmenter les risques de dépression, d’agressivité, de violence, diminuerait même le QI ainsi que les habiletés motrices. lorsqu’on décide délibérément de ne pas prendre soin de ses enfants à les négligeant et en les laissant pleurer par exemple.

A contrario, l’empathie, la bienveillance et l’écoute ne démontrent que des effets positifs sur leur développement personnel.
Certaines personnes ont peur de cette empathie inconditionnelle, car elles ne connaissent pas cette option… Sûrement faute de ne pas en avoir reçue en suffisance !

Alors peut-être que les enfants seront peureux, timides, auront un sommeil léger… Mais peut-être aussi qu’ils seront débrouillards, aventuriers, bons dormeurs et simplement : épanouis.
Les enfant ne SONT rien en tant que tel. Ils agissent, se comportent et vivent. Laisse les étiquettes au placard, et les inférences négatives loin de toi !
Tes enfants te remercieront.

 

– Vivre le parentage proximal sereinement, comment faire ?

Dans la revue historique que j’ai faite précédemment, il est possible de constater les craintes et les mythes autour du maternage proximal et de l’allaitement sont fermement ancrées culturellement.
C’est la raison pour laquelle j’invite à beaucoup de tolérance face aux personnes qui craindraient cela (même si parfois, le coup de pelle démange quand quelqu’un nous promet les pires horreurs!). J’ai consacré un article entier aux manières de manœuvrer avec les personnes qui ne comprennent voire ne respectent pas nos choix éducatifs.
Il faut aussi se rappeler que nous sommes à une époque où l’accès à l’information est grandement facilité. Malencontreusement, la profusion d’informations à disposition laisse aussi libre court à celles qui sont fausses.
Et s’il y a bien un compétence qui n’est pas assez aiguisée, à l’heure actuelle, c’est l’esprit critique et le désir de croiser les sources (= vérifier les informations!).

La tolérance est de mise face aux personnes des génération antérieures qui furent mal aiguillées. En l’absence de ressources fiables, le personnel soignant était la source d’informations prioritaire.
Tant que ces personnes restent dans une certaine bienveillance, il est possible de les amener à percevoir une autre perspective sur la parentalité et l’enfance.

Les personnes les plus réactives sont les personnes qui, souvent, ne supportent aucune variabilité dans le fait d’être parent et se sentent jugée dès qu’autrui agit différemment d’elles.
La parentalité et le rapport aux enfants est souvent viscéral. Ce n’est pas le raisonnement logique qui prime, mais bien les réactions émotionnelles.
Il est alors nécessaire de placer des « disclaimers » dans le discours tenu. Pour aborder les sujets de la parentalité et de l’éducation, mieux vaut prendre des gants (bien molletonnés, les gants!).

Si aucune voie de discussion n’est possible, autant éviter les personnes dont nous ne partageons pas les valeurs et qui nous mettent les nerfs en pelote.

La sérénité, en Occident, c’est aussi pouvoir choisir ses cercles de fréquentations.

Je reste persuadée qu’il est possible d’ouvrir les consciences au sein de la société occidentale.
De plus en plus d’initiatives, de formations, de rencontres entre parents ont pour thème le parentage proximal.
A toutes les personnes qui sont dubitatives face à ce style de parentalité, tu peux aussi leur envoyer ce dossier, qui leur permettra de comprendre la genèse de leurs résistances.

 

– Le rôle de l’organisation sociale dans le parentage proximal

Cependant, il n’est pas possible d’ignorer que les pratiques de parentage proximal ne pourront pas se disperser avec efficacité en Belgique et en France si les politiques ne changent pas.
Il est manifeste de constater les différences entre les styles de parentalité en fonction des pays, au sein même de l’Union Européenne.
Les pays nordiques (encore eux!) sont exemplaires à ce sujet : au Danemark, par exemple : « Comme ses pays voisins, le Danemark offre également un congé parental aussi flexible que généreux. Les mères bénéficient au départ de 18 semaines de congé, et les pères de 2 semaines. Après quoi, chaque parent est éligible pour un congé parental de 32 semaines. Les parents perçoivent 100 % de leur salaire durant 52 semaines. »
Il est évident que dans un tel contexte, il est bien plus évident de poursuivre des pratiques de parentage proximal et d’allaitement sans se tracasser du mode de garde, du stock de lait maternel à créer et des tirages quotidiens pour maintenir la lactation.

Jusqu’à un an, le lait est l’aliment principal (pas l’unique, mais principal, j’aborde la diversification dans cet article). Il semble que les pays nordiques en aient conscience… puisque les taux d’allaitement sont records dans ces contrées-là.

Enfin, il est nécessaire de considérer la société en général.
En dehors des week-ends et des vacances scolaires, vois-tu souvent des enfants déambuler au côté de leurs parents ?
Chez le médecin, à la banque, dans les marchés, … ?

Bien sûr, nous pouvons considérer que ces lieux ne sont pas « la place des enfants » et que pour s’y rendre, nous n’avons qu’à les confier.
C’est la logique occidentale : la séparation des enfants de leurs parents et l’isolement dans des structures « faites pour eux ».
Et si, à la place de les entasser dans des structures collectives bondées, tous les lieux devenaient childfriendly ?
En réalité, il y a de petites initiatives ici ou là : un coin jeux posé dans les salles d’attente des administrations, ou dans certaines banques, des mini chariots dans les supermarchés, etc. Mais dans les faits, cela reste rare et le regard posé sur les enfants dans ces endroits n’est pas bienveillant.
Ils sont considérés comme potentiellement perturbateurs et bruyants.
Bref, ils ne favorisent pas la productivité et accaparent une partie de l’attention.

Et c’est vrai. Mais est-ce réellement problématique que les enfants de notre société en fassent réellement parti et aient des interactions avec de nombreuses personnes depuis leur plus jeune âge ?
Ne serait-il pas opportun d’adapter la structure de la plupart des lieux afin que les parents puissent venir en toute quiétude ?
Cela permettrait à celles et ceux qui osent ne pas être les seuls avec des enfants.
Cela offrirait un regard bienveillant sur les enfants, car chacun.e percevrait que les vécus parentaux ont des points communs.
Cela permettrait peut-être même aux parents de voir d’autres familles fonctionner, et d’ouvrir la discussion. La parentalité ne serait plus un sujet de discussion à couteau tiré, mais une réalité qui peut être enrichie par l’intervention de tiers.
En somme, le partage de l’espace social avec les enfants pourrait certainement ouvrir une nouvelle dimension collective de notre société.

Références (en plus de celles citées dans le texte) :

Résumé de l’histoire de l’allaitement en France, par Claude Didierjean-Jouveau.

Histoire de l’allaitement en France. Christine Rollet.

– L’allaitement maternel, encore et toujours sous influences ?

– Historique de la profession de « nounou » : https://ufnafaam.org/notre-federation/historique-profession/

Cahier généalogique de l’Yonne:.

– Histoire des mères et de la maternité en Occident: « Que sais-je ? Yvonne Knibiehler

Allaitement maternel : liberté individuelle sous influences. Irène Capponi et Françoise Roland. Dans Devenir 2013/2 (Vol. 25), pages 117 à 136. https://www.cairn.info/revue-devenir-2013-2-page-117.htm

–  N. ELIAS, La société de cour (traduit de l’allemand), Paris. 1974

– Dormir ici et ailleurs. Approche transculturelle du sommeil du nourrisson et de ses troubles. Laëtitia Bouche-Florin, Judith Ayosso, Raphaël Riand et Marie Rose Moro. Dans Spirale 2005/2 (no 34), pages 151 à 164. https://www.cairn.info/revue-spirale-2005-2-page-151.htm

En Occident, quelles ont été les causes du déclin de l’allaitement maternel? https://absense.wordpress.com/2011/10/11/en-occident-quelles-ont-ete-les-causes-du-declin-de-lallaitement-maternel-au-20e-siecle/

5 commentaires sur “Maternage, fais-moi peur!

  1. Super article! Merci beaucoup! Quel travail de recherche et que de choses avec lesquelles je suis 100% d’accord. Je pose la question ici mais pourquoi fuir les coussins anti tête plate? On m’en a prêté un (sorte de matelas surélevé).

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    1. Bonjour ! Les coussins anti tête plate engendre une immobilisation de la tête dans une position. C’est totalement contre productif. La motricité libre est à privilégier : tous les outils qui bloquent le mouvement ou force une position ne sont pas optimaux pour le développement. 🙂

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  2. J’ai adoré votre article / dossier. Splendide travail de recherche qui m’a mise en ébullition lors se sa lecture ! Je vais tenter de l’intégrer afin d’affiner mon argumentaire personnel. 😂

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