Éducation bienveillante

L’hyperactivité n’existe pas ! Vraiment …?

Polémiques, convictions, épidémie, surmédicalisation, rumeurs. Le TDA/H est un sujet chargé. J’essaye de faire le point à certains égards.

Cet article fait suite aux discussions suite à un page sur ma page facebook « La Curiosité Bienveillante » https://www.facebook.com/curiositebienveillante d’un partage au sujet du diagnostic de l’hyperactivité.

Le fait est que je trouve certains points de cet article intéressant… Mais il manque totalement de contexte, de sources et surtout, de considérations !
Voici pourquoi je vais détailler quelques points importants… Et te fournir des liens qu’il convient de consulter pour mieux comprendre ce qu’est l’hyperactivité et le déficit de l’attention.
Je n’aurais pas idée de créer un article qui reprend les éléments les plus importants. C’est un sujet très vaste et qui demande une expertise spécifique !

Ici, je vous propose quelques clés et surtout pas mal de liens afin d’approfondir le sujet.
La question n’est pas de croire ou non au TDA/H, tout comme il ne viendrait pas à l’esprit de savoir si tu crois ou non à l’homosexualité, aux troubles du comportement, etc.

D’abord, contexte par rapport à l’article partagé, basé sur des écrits du psychiatre français Landman.
Ce Docteur est d’obédience psychanalytique… et c’est malheureux de devoir le dire mais il s’inscrit dans une inclinaison de cette chapelle qui n’ouvre guère d’intérêt aux apports des neurosciences et de la neuro-imagerie, notamment.
Cela dit, il est important de pouvoir questionner les hypothèses thérapeutiques formulées depuis plusieurs années sur base des neurotransmetteurs.
De nombreuses maladies, dont l’hyperactivité et la dépression, ont des traitements basés sur les imageries concomitantes à ces troubles.
Ceux ayant un trouble ont un cerveau qui ne fonctionne pas comme ceux qui n’en ont pas. Soit, mais est-ce pour autant la cause du trouble ?
Les traitements mis en place instillent ce postulat puisqu’ils sont censés venir compenser le dysfonctionnement.
Pour reprendre le cas des dépressions, qui sont encore mal connues et mal perçues par bon nombre de personne, les antidépresseurs ne sont pas une solution miracle !
Près de 30 % de personnes qui prennent des antidépresseurs ne ressentent pas les effets escomptés et il est connu que la seule thérapie médicamenteuse n’a pas d’impact positif à long terme dans les maladies mentales.

En bref, la médication de l’hyperactivité n’est pas une solution en tant que telle. Elle peut diminuer l’occurrence de certains symptômes et permettre une prise en charge cognitive à d’autres niveaux. Ces dernières pourront ainsi permettre aux patients et aux parents de redéfinir un accompagnement avant de se passer de médication. Il n’est pas éthiquement possible de minimiser l’impact d’une médication ayant un impact sur le fonctionnement cérébral alors qu’elle est adressée à des enfants en croissance. Dans tous les cas, les médications doivent faire l’objet d’une analyse bénéfices/risques, sans être automatiques ou prescrites par des professionnel.le.s non spécialisé.e.s.

Ce n’est pas pour autant que le grand public peut juger les raisons pour lesquelles certaines familles débutent une médication avec un enfant.
Il faut avoir conscience que le vécu que chacun est singulier. Sans être dans le contexte de cette famille, de vivre auprès d’un ou plusieurs enfants vivant de l’hyperactivité, il est impossible de comprendre la détresse que cela occasionne.
Je déplore que l’article partagé ait suscité ce genre de jugements hâtifs. Même en étant professionnel.le, il n’est pas possible d’être spécialiste de tous les sujets… et surtout, il est possible de se fourvoyer, d’ effectuer des raccourcis grossiers et qu’il est indispensable de prendre conscience de ses propres limites ! Avoir conscience que nous ne sommes pas spécialistes de tout est la seule voie pour nous offrir la possibilité de nous (in)former encore et toujours plus.
En outre, j’aime à préciser selon laquelle personne ne connaît mieux une maladie/un trouble/une situation que les personnes qui la vivent de près : les parents, surtout ceux faisant partie d’association de soutien, connaissent souvent bien plus les troubles de l’hyperactivité que, par exemple, un.e psychologue tout-venant. Voici d’ailleurs le site d’un collectif de parents qui fournit pas mal d’informations au sujet de l’hyperactivité : http://www.collectif-parents-tdah-ouest.fr/
Afin de comprendre le point de vue de Monsieur Landman, voici des extraits d’un article :

« Je prédis que l’on va avoir une épidémie de TDAH. Les recommandations de la HAS ont beaucoup de qualités mais sont trop compliquées: les généralistes n’auront pas le temps de recevoir longuement les gens et risquent de surdépister le TDAH. D’autres acteurs sociaux sont aussi en cause. Aux États-Unis, un enfant noir vivant dans un logement exigu avec des problèmes sociaux a 6,5 fois plus de chances d’être diagnostiqué TDAH qu’un Blanc des beaux quartiers. Le méthylphénidate ne doit pas être un opium utilisé pour cacher les problèmes sociaux! Il existe aussi des enfants originaux qui sont nuls en classe car le système ne leur est pas adapté, des enfants à haut potentiel qui s’ennuient… Les seuils de tolérance baissent. Mais moi, je suis là pour soigner. Pas pour normaliser. »


« Lorsque vous prenez une aspirine pour faire baisser votre fièvre, cela fonctionne mais vous n’en déduisez pas que vous aviez un déficit en aspirine! C’est la même chose avec le méthylphénidate: il ne guérit pas, il marche, ce qui n’est pas la même chose. En psychiatrie, les médicaments ont leur place, mais pas toute la place. Le méthylphénidate peut être utile car il permet d’offrir un répit à l’enfant et à son entourage. Mais à condition de faire un vrai diagnostic qui tienne compte du contexte. Ne voir l’enfant qu’une fois par an pour renouveler la prescription ne sert à rien: il faut profiter du répit qu’apporte le médicament pour soutenir l’enfant, éventuellement prendre des mesures sociales ou éducatives, etc. 
»

 

Le diagnostic du TDA/H contient un « problème » de fond : les symptômes afin de déterminer le diagnostic sont repris dans le DSM-5.
Le DSM est le manuel de diagnostic et de statistique des troubles mentaux. Il sert à la catégorisation des troubles… mais permet aussi de pathologiser certains écarts de la normal. Par exemple, le syndrome prémenstruel est dans le DSM 5 et précise que 2 à 5 % des femmes en sont atteintes et que le diagnostic repose sur une perturbation majeure du quotidien.
Le DSM est donc une proposition de classification… avec ses avantages comme ses défauts.
Comme toutes classifications, il n’est pas possible de la considérer comme LA réalité. Preuve en est que 4 version lui ont précédé.
Cependant, elle permet parfois de mettre au clair certains troubles, et d’avoir en un coup d’oeil les comorbidité (autres pathologies ou troubles associés).
Certains luttent avidement comme ce principe de classification… Comme le Docteur Landman qui est président de « Stop DSM », comme l’indique ces affiches. Un positionnement plutôt réactionnaire dans la prise en charge des troubles mentaux.

Bref, les propos « Clickbait » sont souvent mus par des considérations bien plus vastes et pour faire passer des idées plus larges que celles avancées. Il s’agit d’une réelle « guerre de croyances ». Alors que la psychologie intégrative existe déjà : le patient est placé au centre de son parcours de soin, afin de le rendre plus autonome, sans prêcher à une obédiences comme la psychanalyse, les thérapies cognitivo-comportementales, ou autres. Et oui, cela demande plus d’ouverture d’esprit et un regard critique sur chaque pratique.

 

Se former et s’informer, un besoin inaltérable !

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Alors, pour commencer, il semble qu’un petit reportage sur le sujet pourrait être intéressant :
TDAH – déficit de l’attention, des enfants mal compris

La perspective prise des enfants et non seulement des parents/professeur.e.s dérangés me semble pertinentes.

Si tu es abonné.e au Monde, cet article semble également fournir des informations précieuses à diffuser dans le Grand Public : Troubles de l’attention : en finir avec les idées reçues

Pour les pro ou les personnes intéressées à aller plus loin, voici un dossier très complet et récent, puisqu’il date de 2018 : « Le TDAH chez les enfants et les adolescents, partie 1 : l’étiologie, le diagnostic et la comorbidité »

Ce dernier article précise combien il n’y a pas « d’épidémie de TDAH » comme le laisse entendre le Docteur Landman dans plusieurs publications dont https://www.cairn.info/revue-etudes-2018-11-page-53.htm

Si des parents et des pro veulent se former de manière gratuite grâce à un MOOC, Laval (Canada) propose celui-ci : Le point sur le TDAH: comprendre, soutenir et accompagner les jeunes

 

Heureusement, certains sites vulgarisent les informations pour les rendre accessibles au grand public (un peu ce que j’essaye de faire aussi).
Un site incontournable est https://apprendreaeduquer.fr

Ils ont proposé un article qui aide parents et enfants au quotidien : https://apprendreaeduquer.fr/aider-enfant-tdah/

Afin de mieux comprendre quelles sont les possibilités de prises en charge des familles dont un enfant a un TDA/H, le collectif de parents susmentionné propose ces informations précieuses : http://www.collectif-parents-tdah-ouest.fr/prise-en-charge/

Enfin, si tu souhaites investir dans quelques livres sur le sujet, en voici certains de Gabriel Wahl.

Que sais-je ? » Les enfants hyperactif
Mon frère a une tornade dans la tête » L’hyperactivité

Que sais-je ? » n° 3698 – Les enfants intellectuellement précoces

 

Une chose est sûre, si tu souhaites t’informer sur le TDA/H, ne lis pas Landman. Ses partis pris et son écriture incisive ne sont là que pour faire du buzz et faire briller d’autres causes, sur base de convictions (ce qui semblent assez fréquent chez certain.e.s confrères/consœurs d’obédience psychanalytique…!).

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Un commentaire sur “L’hyperactivité n’existe pas ! Vraiment …?

  1. Merci beaucoup pour ces précisions qui remettent en contexte.
    J’espère une meilleure compréhension de ce trouble auprès des gens et des professionnels (enseignants, médecins, …) afin de limiter la souffrance des personnes atteintes de ce trouble.

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