Maternage proximal·Préparer la naissance

Le non-séparatisme : pilier du maternage ou extrémisme ?

Si je te disais que ma fille de 27 mois n’a pas été séparée de moi plus de 2h consécutives ?
Si je te dis que tous les jours depuis sa naissance, la seule manière qu’elle fasse une sieste en respectant son rythme est qu’elle dorme en portage?
Si je te dis que je n’ai jamais eu besoin ou envie de me séparer d’elle ?

Quel ressenti as-tu?
Trouves-tu que j’ai de la chance de rester avec ma toute petite ou estimes-tu cela contraignant?

A n’en point douter, je n’aurais jamais imaginer vivre cela quand j’étais enceinte et même durant ses premiers mois.

Dès le départ, portage, allaitement à la demande et cododo furent une évidence et remplirent ses besoins (et les miens).

👉De son côté, elle avait besoin d’une proximité intense, se réveillait si je la déposais,…
👇Du mien, j’avais besoin de cette proximité pour assurer ce continuum de l’être qui avait grandi en moi.
Mais pas seulement, maman solo, j’avais mon quotidien à assurer, mes douches à prendre, des lessives (beaucoup !)… et sortir pour prendre l’air.
Le portage m’a permis de tout faire, ma fille s’éveillant et s’endormant à sa guise.
C’est à ce moment là que j’ai commencé à écrire sur mon site et que j’ai crée cette page.
J’avais besoin de me sentir utile socialement.

Si j’avais prévu 5 mois de présence auprès de ma fille (congé mat + congés légaux cumulés + sans solde de quelques semaines), je n’avais pas prévu les angoisses qui me saisirent lorsque que j’envisageais de laisser à quelqu’un ma toute petite.
J’avais fait une sélection énorme, payer des acomptes de réservations, ….
Pour finalement demander d’allonger mon congé sans solde.
Comment? En ayant économiser le maximum depuis ma grossesse et décidant de vider mes comptes pour profiter d’elle 3 mois de plus… et me faire à l’idée de retourner travailler.

Problème n°1: ce boulot m’avait mise sur les rotules et je ne partageais aucune valeur avec mon entreprise.
Problème n°2: je trouvais insensé de retourner gagner de l’argent pour payer une tierce personne afin de garder ma fille.
Problème n°3: comment accompagner ma fille dans son développement authentique et sans barrière d’obligation de façade si moi, je lui imposais un rythme qui n’était pas le sien et une mère fatiguée et triste.

Le dessin s’est effectué dans ma tête. Il me fallait encore du temps.
Nombreux pro auraient pu me dire que ma volonté de non-séparation était pathologique.
Des amies m’ont soufflé que le temps ne changerait rien et que je devrais m’y faire. Les premières semaines seraient dures et cela deviendrait de plus en plus simple.
D’autres connaissances m’ont confronté dans l’inverse… Elles aussi étaient restées sans travailler pendant 1, 2, 3 ans.
Je me suis demandée comment mon féminisme pouvait comprendre ce retour à l’inactivité professionnelle.
La réponse fut simple : c’est un choix. Un vrai choix de ma part et non guidé par une morale culturelle.
Et avant que je ne doive reprendre le travail… le destin s’est chargé de la décision pour moi: une fracture au pied.

Me voilà donc, en arrêt de travail, à m’occuper d’un bébé de 8 mois sur un pied (et une orthèse).
D’une solitude consentie, j’expérimente un isolement subi.
Impossibilité de conduire, de voir du monde, de sortir de chez moi, ou presque. Lorsque l’on habite loin de ses proches, la moindre tuile devient un cataclysme.
J’ai eu la chance d’avoir une fille merveilleuse, qui se contentait de jeux en intérieur des heures durant.
Les journées se ressemblent toutes et la question de la séparation avec ma fille ne se pose plus: la guérison peut prendre plus de 6 mois (spoiler: cela fait plus de 18 mois et ma motricité est encore impactée…).
Mon isolement m’a néanmoins aidé à choisir une autre voie: partir et changer de vie.
Me rapprocher de ma famille me semble évident afin de ne plus subir (et faire subir à ma fille) une telle situation.
En outre, je voulais que ma fille puisse développer des liens étroits avec sa famille dans son ensemble. Je souhaitais aussi pouvoir solliciter de l’aide et du soutien dans mes ambitions entrepreneuriales qui se sont développées…

18 mois sont passées et j’ai appris à lâcher-prise.
J’ai décidé de ne plus m’intéresser dans le fait de savoir si ma fille s’endormirait un jour sans être portée en journée.
J’ai décidé que mes choix d’accompagnement n’avaient pas à être questionnés pour des us sociaux.
Bien sûr, j’ai de la chance de partager mon quotidien avec des personnes qui sont dans une acceptation sans faille de mes choix. C’est incroyablement rare que ce soit le cas en intergénérationnel. D’ailleurs, si tu as des difficultés avec tes proches, je t’invite à lire l’article : « comment faire pour que mes proches acceptent mes choix? »

Aujourd’hui, j’ai décidé que tant que ce n’était pas indispensable ou voulu par ma fille: elle n’avait pas à être séparée de moi (c’est comme ça qu’elle m’a accompagnée lors de mon TEDx concernant le portage).
Cela veut dire que j’ai la chance (encore) qu’elle soit gardée par sa grand-mère quand c’est nécessaire et j’ai une absolue confiance dans ces moments-là.
Au quotidien, ma fille est très en demande de partager des moments avec sa grand-mère, elle est très sociable avec les adultes (plus réticente des comportements plus imprévisibles des enfants), se développe sans aucune contrainte.

Est-ce pathologique que j’ai refusé les séparations avec elle jusque-là ?
Non. C’était ce que mes tripes me dictaient. Il y a une transmission transgénérationnelle du fait de ne pas avoir confiance dans les structures collectives, j’en suis conscience.
Je me suis énormément interrogée sur l’impact de mes choix… et j’ai agi de manière éclairée.

Est-ce infantiliser ou de bloquer l’autonomie de ma fille que d’agir de la sorte ?
Au quotidien, il est aisé de constater que ce n’est pas le cas.
Ma fille a son tempérament et je ne peux pas savoir ce qu’il aurait été en ayant été séparée de moi très tôt, comme c’était prévu.
Ce que je sais, c’est que je n’aurais pas vécu ce que je voulais vivre en tant que mère.
Les séparations en-deça d’un an sont considérées comme précoces (voir le livre de Margot Sunderland « La science de l’enfant heureux »).

Pour la suite, je n’ai peur de rien.
L’allaitement à la demande évolue et ne peut être comparé entre un bambin et un nouveau-né.
Le cododo est toujours salvateur, surtout quand on a un.e bambine qui ne fait pas nos nuits (je te propose d’ailleurs de lire l’article sur le cododo pour avoir toutes les informations nécessaires).
Il y a plusieurs mois, je rédigeais d’ailleurs cet article « Maternage, oui ! Mais jusqu’à quand?« .
J’ai de moult projets, dont professionnels, qui pourront se réaliser lorsque je pourrais m’absenter une nuit et partir des journées entières.
En cela, oui, l’allaitement exclusivement à la source a un impact sur la manière d’accompagner mon type de maternage.

Par cette longue storytelling, je t’explique comment j’en suis arrivée à pratiquer le non-séparatisme dans mon type de maternage proximal.
Aujourd’hui, je revendique un non-séparatisme socialement accepté afin qu’on ait le droit (et non l’obligation) de pouvoir garder ses enfants autant qu’on le souhaite et que l’environnement soit childfriendly. Tu veux en savoir plus ? Inscris-toi au magazine Grandir Autrement ou attend le n°82 qui sortira en mai. ;-p
L’idée n’est pas de promouvoir MON fonctionnement, mais de te transmettre que c’est possible et TU es la seule personne à savoir ce dont VOUS avez besoin ton bébé et toi.
Il y a autant de manière de materner que de famille.
Nous avons tou.te.s une résilience qui nous est propre.
Nous avons tou.te.s une histoire et des bagages émotionnels.
Cela impacte notre fonctionnement, notre tempérament, notre seuil de tolérance.
S’il y a des choses qui te font souffrir, une prise en charge psychologique est possible !

J’espère que cet article aura été attrayant !

 

A bientôt pour de nouvelles curiosités !

 

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7 commentaires sur “Le non-séparatisme : pilier du maternage ou extrémisme ?

  1. Merci pour ce bel article ; comme pour les autres, j’aurais tellement aimé le trouver dans mes débuts de jeune maman ! Avant d’accoucher, j’avais tout préparé pour reprendre mon travail après le congé maternité et ça ne me gênait pas d’imaginer confier mon enfant à une assistante maternelle à 2,5 mois : c’est ce que mes copines / cousines / tantes avaient fait et elles semblaient toutes s’en accommoder. Bizarrement, après la naissance de mon fils, j’ai vu les choses très différemment… et c’est devenu impensable pour moi de le confier ! (bon, d’accord, une heure à mamie le temps d’aller à l’hôpital, ça pouvait passer… et encore !). J’ai décalé d’un an ma reprise du travail, que j’ai ensuite aménagé à temps partiel 🙂 et j’envisage un congé parental si jamais un deuxième enfant venait agrandir la famille. Comme quoi, l’arrivée concrète d’un bébé peut chambouler beaucoup de croyances sur soi-même et la société ! 🙂

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  2. J’aime super bel article. Sans aucun doute je suis une non-séparatiste aussi!!!! Jamais laissé ma fille plus de deux heures en cas d’urgence dans sa petite enfance. Elle a 9 ans aujourd’hui, ma séparation c’est l’école qui la provoque . master en psycho, chapeau j’adore ce domaine, je m’en vais lire le complexe d’œdipe et son mythe. Fille porté jusqu’a 2ans et cododoté jusqu’à très tard et allaité encore plus 5 ou 6 ans (tétés calins du soir) a bientôt de te lire .

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    1. Bonsoir Léa ! J’ai deux masters en psycho et des formations continues constamment. Ah ah !

      Merci de ton témoignage avec un peu de recul puisque ton grand bébé a 9 ans !
      Ça me fait vraiment plaisir de voir que mes écrits résonnent en toi. 🥰

      Pour me lire au quotidien, tu peux me suivre sur Instagram ou Facebook : @lacuriositebienveillante

      À bientôt !

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  3. Bonjour Natacha,
    Je suis entièrement d’accord avec ce point de vue dans le sens où je suis convaincue qu’il faudrait attendre que ce soit l’enfant qui montre par sa curiosité du monde, un désir de s’éloigner. J’ai réussi à ne presque jamais être séparée de lui pendant onze moi…Cependant je ressens le besoin d’avoir des moments seule (outre le fait que j’ai au un contrat de recherche même si je suis libre de mes horaires). Mon fils a un peu plus d’un an et, il y a environ deux mois nous nous sommes organisés avec mon mari pour que je puisse partir pour travailler deux fois par jour, quelques heures. Jusque là j’essayais de travailler à la maison mais cela devenait impossible. Je ne sais pas dans quelle mesure il le ressent comme une séparation puisqu’il reste avec son papa qui est très présent depuis sa naissance. Dans un premier temps je rentrais pour les siestes, puis, après deux-trois semaines j’ai vu qu’il pouvait faire la sieste sans moi sans problème, c’est ce qui m’inquiétait le plus puisqu’en général il s’endort au sein. Il semble que cela se passe très bien. Le moment délicat est surtout celui où je part : il réagit mal à la porte qui se ferme, mais c’est pareil quand c’est son père qui part et même parfois aussi quand on ferme juste la porte, même si nous restons tous les deux à la maison. Mais ce soir j’ai un doute…car ce midi, au moment où je partais je le vois venir vers moi à quatre pattes et s’étaler sans aucune raison parterre. Suit une crise de larme et bien sûr un gros câlin avant que je parte pour de bon. Je revois cette scène et je sais qu’il est tombé « volontairement » pour m’empêcher de partir. Ça m’a fait mal au cœur… et moi qui voulais à tout prix ne pas forcer la séparation je me dis qu’il vit peut-être mal mes absences, que c’était peut-être trop tôt…

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