Communication Non-Violente

Quelles valeurs transmettre ? Zoom sur l’épilation et la pilosité des femmes

D’abord, je remercie @schelliehogan de rendre visible des jambes de femme poilues !
C’est impossible à trouver sur des banques d’images et encore moins les gratuites.

Mais pourquoi parler de poils ?
Parce que je suis une femme qui lutte contre le sexisme et qui est, forcément, hirsute ?
Pas totalement !

Je voulais te faire part de réflexions qui ont pris beaucoup de place dans mon être depuis que je suis jeune. Des croyances, du dégoût, des injonctions sociales… qui se heurtent à mes valeurs !

Je te plante le décor : comme énormément de jeune femme, j’ai grandi avec l’uniforme image de corps épilés/rasés.
Dès que j’ai eu 12 ans, il fallait que mes jambes n’arborent aucun signe de poils pubères (notion importante, cette puberté!).
S’en est suivie les premières épilations et les premiers rasages… qui sont vite devenus obligatoires. En fait, non, mais je les vivais comme tels.
J’étais impressionnée par ma propre mère, toujours impeccable, à « s’entretenir » tous les jours de chaque année. J’ai entendu des « ça fait négligé de ne pas être épilée » et autre phrase qui ancre profondément que poils = mort sociale et crasse !

Je le percevais comme un fardeau  indispensable. Il fallait s’entretenir pour être socialement adapté.
Pas de bol: j’ai un peau livide mais des poils bruns, épais et clairement motivés à   être aussi peu réguliers que mes cheveux (mais ça, je ne le savais pas… puisqu’ils ne dépassaient jamais l’état brosse de hérisson = 3mm!).
En plus, j’ai aussi des bras fournis. J’avoue que j’envie les blondes au poils fins, courts et discrets.
À 16/17 ans, je me revois me raser TOUT le corps, passer 30min sous l’eau pour ça et finir énervée et en sueur. Pour peu que ce soit aussi le jour du shampooing (1m20 de cheveux à l’époque !), je frisais la crise de nerf.

Bref, je me contraignais à le faire. Mais je détestais « prendre soin de moi ».
Pendant longtemps, je me suis crue folle: moi, jeune femme plutôt « coquette » (faut le dire vite hein !), je détestais prendre du temps pour ça.
Mais c’était inéluctable. Il fallait bien…
Je changeais de lame hyper souvent pour que la peau soit réellement douce… je me passais même les jambes à l’eau froide pour que la chaire de poule ne soit pas désagréable au toucher pendant 24h ! 🙄

Le temps passe et ma vie aussi.
Je me suis fait une raison. Je me suis habituée à cette injonction. De toute façon, il n’y a que ça. Aucun autre modèle.
Ah si, certains émergent maintenant comme Carolina de @lacarologie (qui en parlait avant). Tiens, c’est curieux.

Curieux car j’ai déconstruit énormément d’injonctions sociales faites aux femmes mais pas celle-là.
Je me revois me raser le pubis juste avant d’accoucher pour que tout soit clean (spoiler, non clean n’est pas adapté… je relate ce que j’utilisais comme expression pour te démontrer combien les mots ont leur importance !).


Mais voilà, jeune maman… il y a du « laisser-aller ». Je ne  devrais même pas y penser puisque je suis célibataire et en pleine hiver..  et pourtant, au lieu de profiter de 3min de douche sereine, je me rase!
Jusqu’aux 10 mois de ma fille où on a commencé à se laver ensemble (j’ai préféré faire bain commun que de subir ses protestations de bon matin !).
C’est alors que je me suis rendue comme que de voir mon corps allait ancrer ses propres stéréotypes.
Non seulement, se raser était rendu difficile, mais en plus, comment ne pas l’influencer dans ses choix de femme libre si elle n’a aucun modèle proche qui a une pilosité ?

Comment induire une liberté d’action en étant entouré.e de personnes qui répondent toujours aux injonctions sociales ?

Ce qui pose problème dans tout cela, c’est l’incohérence : vouloir enseigner la liberté alors que soi-même, on se sent piégé.e dans un système. Or, ces injonctions sociales ont une histoire… et celles des poils remontent à l’Antiquité. D’ailleurs, si tu veux en savoir plus là-dessus, cette petite vidéo est super : https://youtu.be/5bHBIpvJln0

Ça me fait une belle (et poilue) jambe de savoir que c’est culturellement ancré si profond… Mais comment puis-je arracher le bulbe (tu remarques le jeu de mots ?!) de cette puissante pensée que poils sur mes jambes = beurk ? Pourtant, je me suis volontairement exposée à des nouvelles modèles. Certaines pubs l’ont fait aussi… et ce qui est navrant, c’est que les mannequins qui ont posé tous poils dehors ont reçu des commentaires viscéraux et des menaces de mort ! Pour des poils…

Est-ce vraiment si important qu’une femme ne paraisse pas pubère ?

L’enjeu est aussi à ce niveau-là… Se raser revient à gommer les signes de notre puberté. Pour avoir l’air désirable, il faut être douce et imberbe (ou avec des zones maîtrisées!)… donc une petite fille. Est-ce vraiment ce dont j’ai envie pour la suite ?

Est-ce vraiment la société que j’ai envie de laisser à ma fille ? Grandir dans la perpétuelle continuité des injonctions faites aux femmes sur leur corps ?

Loin de moi l’idée d’une autre injonction qui serait de pousser les femmes à rester avec leurs poils.

L’idée, enfin la mienne, est que toutes les femmes aient le choix et que si le lundi ça les gonfle de se raser, elles peuvent sortir en jupe avec leurs jambes poilues mais que si elles ont envie de les raser une fois par an… Elles se sentent aussi libres de le faire.

Mon idéal social serait que les personnes face ce qu’elles souhaitent sans percevoir de contrainte ni d’attente.

Est-ce normal qu’à passer 30 ans, après des semaines de total lâcher-prise, je me sente incapable de marcher en jupe avec des jambes non épilées ou raser? Est-ce que ce sentiment d’inconfort est bon à transmettre ?

C’est limpide : si j’étais seule au monde, je ne ferai rien à mes jambes… Et c’est d’ailleurs ce que beaucoup font de manière saisonnière.

Alors, la question va être : mais tu trouves ça beau, toi ?

Heu… J’ai été élevée dans le dégoût de mes propres poils, mais j’ai aussi décidé de m’exposer à des modèles alternatifs (NDLR: alternatifs pour des poils qui poussent sur TOUTES les femmes). Je trouve presque seyant à certaines leurs poils aux aisselles… le reste, je m’en fiche. Littéralement. C’est poilu, sans jugement de valeur.

Pour moi, j’ai du mal. Je vis avec, car je souhaite que ma fille puisse choisir et vivre sans cette pression (et ça me l’enlève) mais le regard que je porte sur moi-même n’est pas positif.

Je me sens négligée, en laisser-aller, qui ne prend pas « soin de soi », … Alors que je me lave tous les jours et que je suis bien telle que je suis. Là encore, il y a de grosses incohérences entre mon conditionnement et mes valeurs/volonté de déconstruction féministe.

Tu pourras te dire : « Allô, tu es une fille et t’as des poils ?! » (Toute ressemblance avec une phrase connue… n’est pas fortuite!) et je te répondrais : « Oui, comme toutes les femmes. Même si très peu s’y confrontent de façon prolongée ! ».

Cet article semble léger… et oui, ce n’est pas issu d’une recherche intense mais il me trotte dans la tête depuis des mois. Les stéréotypes et les valeurs transmises par l’exemplarité ont un impact direct sur les indivus.

Il me semble que cela a autant d’importance face à une petite fille ou un petit garçon (d’autant plus qu’on ne peut prévoir son identité de genre future) puisque les futures femmes doivent pouvoir percevoir la liberté de leurs actions et les futurs hommes… être habitués à voir différentes modèles féminins ! Comme pour le sexisme (dont je ferai un prochain article), les femmes doivent reprendre le pouvoir sur elles-mêmes mais il est indispensable que les hommes soient élevés dans une logique de respect, de tolérance et et d’empathie envers le

J’aspire à une société plus tolérante et diversifiée où tous les modèles d’humain seront représentés !

Je rêve d’un monde sans minorité et stigmatisation.

Je rêve d’individus libérés de choisir réellement sans être poussés majoritairement par leur « habitus » (explication de ce terme de sociologie).

Bref, je rêve d’autre chose pour nos enfants… et le changement, c’est maintenant et ça commence par mes choix. Or, les choix passent par de nombreux processus étudiés en psychologie (dont la psychologie sociale?) et prendre un thème précis permet de démontrer l’utilité de la mise en perspective possible (ou difficile !).

Moi, qui me regarde avec mes incohérences !

Et toi, avais-tu déjà pensé à cela ?

J’ai déjà écrit un post « Quelles valeurs transmettre » sur les réseaux concernant la grossophobie que je publierai peut-être aussi sur ce site.

A bientôt pour de nouvelles curiosités !

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2 commentaires sur “Quelles valeurs transmettre ? Zoom sur l’épilation et la pilosité des femmes

  1. Pour ma part, j’y ai déjà pensé mais ça me dérange pas plus que ça (avoir des poils ou pas). L’argument de « si j’étais seule sur une île je ne le ferais pas » ne tient pas puisqu’un tas de choses sont faites sur injonction sociale (ne fût-ce que s’habiller) et permettent, en quelque sorte, de faire partie d’un groupe social qui a ses codes. Sortir des codes, ça veut dire accepter les éventuels regards (il faut donc de l’énergie pour les recevoir) car forcément ça détonne. C’est comme quelqu’un qui aurait teint ses cheveux en vert : y aura des remarques, mais au fond on s’en fout, et y aura toujours bien quelqu’un à qui ça plaît, à commencer par la personne en question. Et plus on verra de cheveux verts, plus on s’en fichera. Pour le cas présent, je me souviens m’être baladée en jupe et poils aux jambes, personne n’a rien remarqué… sauf une fille qui l’a montré à son mec, qui, lui, a haussé les épaules ! Cela dit, en parlant d’injonction sociale, je suis la première à remarquer un mec qui a rasé ses jambes… et à trouver ça moche. Tant que ma fille sait que c’est possible de ne pas s’épiler, qu’elle me voit ne pas le faire systématiquement et si elle prend ça comme combat, libre à elle.

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