Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Quelles valeurs transmettre ?

3è article qui aborde les valeurs que nous sommes susceptibles de transmettre par notre attitude auprès des enfants.
Après avoir parlé de grossophobie (sur mon feed instagram @lacuriositebienveillante) et des poils des femmes, voici un article sur le racisme.
Avoir une peau blanche est un privilège dans notre société actuelle.
Par cette caractéristique, les personnes blanches ne subissent pas de discrimination systématique et de stéréotypes grassement partagés.
Le fait d’être privilégié concerne également les personnes cis-genre vs transgenre, valide vs invalide, homme vs femme, …
Avoir conscience de ce privilège n’est pas une attaque directe à l’égo de chacun.e mais simplement la mise en évidence que d’autres personnes ont un vécu du monde qui diffère du nôtre par les réactions systémiques de la société.

Par cet article, je ne prétends pas pouvoir maîtriser tous les aspects et encore moins pouvoir les résumer de manière exhaustive.
Mon objectif est de mettre en lumière certains aspects pour attirer l’attention sur l’impact de nos choix, nos mots et notre manière d’agir au quotidien.

Dans certaines régions d’Occident, il est encore assez rare de croiser des personnes dont le degré de mélanine dépasse celle d’un cachet d’aspirine.
Ayant grandie dans des sphères (plutôt favorisées) multiethniques, ça me choque toujours.
D’ailleurs, c’est le cas de mon lieu actuel de résidence et je suis effondrée de cela. Pourquoi ?
Parce que ma fille n’a pas la possibilité de voir toute la diversité du monde à côté de chez elle.
Elle ne peut pas réellement goûter toutes la richesse culturelle des 4 coins du Globe (je ne parle pas de cuisine, qu’on soit clair!).
Elle ne peut pas découvrir, à l’instant T, d’autres manières de penser, de croire, de choisir.
Que faire, alors, pour ne pas la maintenir dans l’ignorance ?
Car le problème est bien à ce niveau-là : le combat contre l’ignorance qui se fait le lit de la peur et de l’incompréhension.

Sans être dans l’interaction profonde avec de l’altérité, il est impossible de la comprendre précisément. Or, c’est ce qu’il se produit constamment.
Les réactions des individus émanant d’autres cultures sont observées et analysées avec le filtre occidental.
Il s’agit d’un biais bien connu : l’ethnocentrisme. Il s’agit de la propension à se sentir supérieur, puisque notre attitude serait plus « évoluée » que dans d’autres cultures : vis-à-vis des droits des femmes, des enfants, des homosexuel.le.s, …
La question n’est pas de savoir si c’est le cas ou non. Il s’agit de se rendre compte que cette analyse basée sur NOTRE filtre occidental EST un biais et qu’à cause de cela, nous ne pouvons pas percevoir le contexte.
Le jugement et le sentiment de supériorité des caucasiens sur les autres ethnies infiltrent l’ensemble des sphères de la société actuelle.
Par exemple, les études scientifiques proviennent principalement de 7 pays. Raison pour laquelle il est difficile de trouver de la littérature qui rend compte de l’impact culturel sur tel ou l’autre processus psy (poke @SigmundFreud pour son pseudo complexe d’Oedipe universel). Le problème n’est pas l’existence même de ses biais, mais le fait qu’ils soient ignorés même s’ils sont connus (et que certains continuent à croire à l’universalité du Complexe d’Oedipe, par exemple).
L’homme blanc (j’utilise homme à bon escient car c’est souvent des individus masculins dans l’Histoire) juge toujours les pratiques d’autrui comme étant inférieures aux siennes.
L’homme blanc a colonisé pour « apporter le savoir » (LOL ironique)

l’homme blanc est parti en croisade pour donner de l’humanité par les croyances chrétiennes (LOL ironique bis).
L’homme blanc a longtemps évolué (et cela continue en majorité) en se croyant le degré le plus élevé de la conscience humaine et de ses évolutions sociétales.
L’homme blanc pense s’être extirpé des carcans étroits de la pression sociale et d’avoir plus de place à l’individualité.

kiana-bosman-wSSTkMDMvZo-unsplash

 

Peut-être ne te reconnais-tu pas dans cette définition.

Pourtant, dans la plupart des familles blanches, il y a toujours un grand-père ou un tonton qui a des propos racistes.

Pourtant, il est fréquent d’entendre qu’il ne faut pas argumenter avec « les cons », ceux qui font des commentaires (sur internet) aux relents nauséabonds, que cela serait inutile et une perte d’énergie. Mais n’est-ce pas se réfugier derrière un argumentaire qui nous permet de rester dans notre zone de confort? Il y a « les cons » avec qui l’on ne parle pas pour ne pas gaspiller son énergie. Gaspiller son énergie n’est-ce pas là une saillante évidence selon laquelle la cause ne nous concerne pas assez pour agir ? Le silence n’amène aucune réflexion, ne plante aucune graine, ne rend hommage à personne. Le silence cloisonne, enferme, préserve les relations.
Dans mon cas, j’ai choisi: je préfère intervenir que préserver le confort de ceux qui sont « cons ».
Peut-être que j’ai aussi été la « conne » de quelqu’un, un jour. Peut-être que toi aussi. D’ailleurs, combien d’entre nous n’avait pas des « principes » sur les enfants revus à la une fois devenu.e.s parents ? Comment les alternatives peuvent émerger à la conscience si elles ne sont pas dites, expliquées et répétées jusqu’à trouver une voie d’accès à toi, lui, à eux ?
Chacun.e peut avoir une façon d’exprimer les choses qui ouvre la conscience d’une certaine audience et ce, sur tous les sujets.

Pourtant, nous avons appris et été éduqué dans un contexte d’épistémicide. Kézako ? « Un épistémicide est la mort silencieuse des autres formes de science, de cultures, de savoirs, d’apports, qui ont pu exister pour une seule domination, un seul type de science, de savoir qui sont considérés comme légitimes. » Fatima Khemilat (voir sa passionnante intervention : https://www.youtube.com/watch?v=zK6hegi_wHE ).
Nous ne pouvons pas ignorer combien d’autres cultures ont des savoirs qui n’arrivent à la connaissance de l’occident que maintenant… Tout en méprisant les autres aspects de ces cultures.

Pourtant, dans les livres des enfants, il y a peu de personnages avec la peau noire/métisse.

Pourtant, le cinéma et la télévision occidentales donnent encore des rôles stéréotypées aux acteurs de couleur.

Pourtant, l’Histoire apprise à l’école n’est que celle de l’Occident. La colonisation est à peine abordée (si elle l’est encore?!) et quasiment rien concernant les aspects culturels du reste du Monde.
La traite des noirs est abordée dans une notion purement pratique sans entrer dans toute la dynamique culturelle que cela témoigne et les traces que cela laisse aujourd’hui.
Faut-il rappeler que l’abolition de l’esclavage en France ne date que 1848 ?

 

nourrice noire
Nourrice qui devait laisser son enfant pour s’occuper de ceux des blancs

Pour en revenir sur la pratique et sur l’actualité de ce qu’est être une personne avec un teint qui n’est pas blanc :

  • C’est avoir moins de chance de trouver un emploi, surtout si le nom n’a pas une consonance européenne.
  • C’est avoir peu de représentations sociales ou d’icones. Les seules icones noires, par exemple Naomi Campbell, Beyoncé, … sont des femmes avec des traits occidentaux forts (nez fins, yeux grands ouverts, cheveux lissés et peau relativement claire!).
  • C’est être une militante écologiste(Vanessa Nakate) reconnue et avoir été rognée d’une photo pour que seules les militantes blanches apparaissent
  • C’est être rejeté.e de certains milieux sportifs comme la danse classique qui compte extrêmement peu de mixité dans ses rangs (et jusqu’il y a peu, il n’y avait pas de vêtements adapté à la couleur de peau des noir.e.s/métisses).
  • C’est vivre dans un monde où « la couleur chaire », c’est du beige… Alors que c’est sûrement la teinte la moins réaliste dans l’humanité !
  • C’est expérimenter les stéréotypes divers et variés sur son mode de vie, ses choix et sur ce qui aurait plus tendance à « plaire » . Par exemple, que les danseu.r.se.s noir.e.s/métisses s’investissent dans les hip hop plutôt que la danse classique.
  • C’est vivre avec la question du « mais alors, tu viens d’où ? Non, mais tes origines ! » en stéréo même si la famille évolue en sol européen depuis 3 ou 4 générations !
  • Plus grave, c’est être davantage à risque d’être jugé.e coupable lors d’un procès (à cause de différents biais dont un biais de reconnaissance faciale : chacun nous reconnaissons mieux les individus issus de l’ethnie dans laquelle nous avons grandi. Nous percevons plus aisément les différences physiques des personnes de notre propre type).
  • C’est être soumis.e au « délit de faciès » et de se faire contrôler par les forces de l’ordre.
  • C’est avoir plus de chance de mourir à cause de bavure de la police (forcément, il fallait un lien avec les événements actuels).
  • C’est…. encore MILLE autres choses aussi abjectes les unes que les autres et qui polluent le quotidien !

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J’aimerais vraiment dire et croire que seule la manière dont les parents accompagnent les enfants. Mais non, cela ne suffit pas.
Des études en psychologie sociale ont également montré qu’il ne suffit pas d’être au contact de quelques personnes de couleur pour ne pas être raciste… Simplement, les êtres humains sont capables de « sous-typer » : « je n’aime pas trop les arabes, mais cette famille-là est sympa ! ». Cela paraît sûrement absurde lu de la sorte, et pourtant, c’est une réalité pour bon nombre d’individus.

Nous évoluons dans une société qui promeut encore une certaine ségrégation mais qui s’en défend. Les Zones d’Education Prioritaires (France) sont souvent proches des anciens ghettos.
En ayant créer artificiellement ces regroupements par « peuples », l’Occident a raté l’occasion de s’ouvrir à la diversité.
Aujourd’hui, de nombreux jeunes gens (et moins jeunes) se retrouvent perdus entre deux cultures car ils sont et se sentent européens mais sont jugés/traités comme des étrangers.
Le sentiment d’injustice est énorme… A juste titre, puisque les stéréotypes et les discriminations sont encore intenses !

Il est atroce de lire par certain.e.s que la colère et la manière de mener ce combat dessert à la cause. Ne pas comprendre les sentiments de colère des personnes qui luttent contre les oppressions systémiques, c’est ignorer la violence de l’Histoire.
Pire, c’est ignorer et mépriser la façon dont l’Histoire relate avec distorsion les événements.

Les individus « cachet d’aspirine » doivent-ils se sentir coupables de tout cela ?
Je ne vois pas un intérêt flagrant à cela… Mais reconnaître sa méconnaissance ou son ignorance, reconnaître l’horreur de l’Histoire et de l’actualité sont des éléments indispensables.
A mon sens, prendre conscience de toutes ces luttes et être un.e allié.e.s revendiqué.e.s permettra d’accroître la beauté et l’ouverture de l’humanité.
Prendre conscience de ses propres mécanismes de penser, de ses propres stéréotypes et agir pour ne pas laisser autrui s’enfoncer dans la haine me semblent être des voies pertinentes d’amélioration du monde.

Il est indispensable de prendre conscience combien les médias (surtout les chaînes d’info en continues) continuent à véhiculer des propos et des stéréotypes délétères à l’inclusion.
Rompre avec ce type de média et s’orienter vers des sourcent qui prennent le temps de peser et penser leurs mots a un intérêt à tous les sujets !

Si l’accompagnement que nous proposons aux enfants ne suffit pas, elle nous permet de les rendre sensibles aux injustices et à tous ces biais qui gâchent la vie d’autrui.

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Il est possible de refuser ce qui fut admis.
Il est possible de ne pas transmettre le racisme systémique en le rendant voyant !

Il est possible de commencer à lutter même si ce n’était pas le cas auparavant.
Il est possible de rendre le monde de demain plus conscient de toutes ses ressources d’humanité !
Il est possible de ne pas choisir ses batailles et de toutes les mener de front, sans les hiérarchiser par ordre d’importance.

Ici, par mon cœur, les luttes sont fortes contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, la transphobie, et tout ce qui contraint les personnes à ne pas pouvoir être authentiques tout en étant libre et en sécurité !

Je ne demanderai pas ce que tu en penses.
Comme pour toutes les sujets de discrimination, il n’y a pas d’avis à donner.
J’espère juste avoir pu aider à lever un pan de voile sur une lutte encore d’actualité.
J’espère aussi avoir été une alliée avec des mots pas trop maladroit, au même titre que Dan Gagnon dans son podcast sur le thème des inégalités raciales.

 

A bientôt, pour un autre sujet passionnant !

 

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😉

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