Allaitement·Maternage proximal

Les grèves de tétée

« Mon bébé ne veut plus téter ! Elle s’est réveillée un matin, et elle a refusé le sein . Ça fait 12h que cela dure. Elle rejette le sein. »

Voici à quoi ressemble une grève de tétée : un bébé qui râle, rejette soudainement le sein et s’agite.
D’aucun dirait que ce bébé a choisi de se sevrer, qu’il ait 5 mois ou 18 mois, un allaitement ne s’arrête que rarement du jour au lendemain d’une décision des enfants.

Surtout si le rythme de tétée était relativement élevé et que cela survient soudainement.

Une grève peut durer de 24h à quelques semaines. Sans information, elle peut se confondre avec un sevrage spontané.


Les grèves de tétée peuvent être multifactorielles : des douleurs (éléments qui rendent la position d’allaitement habituelle inconfortable pour le bébé, qui rendent la succion ou la déglutition désagréable), des changements brusques dans la vie quotidienne, un trouble de la succion qui peut faire suite à l’introduction de biberon (le bébé a compris que téter au bib était clairement plus facile qu’au sein), réactions vives à la suite d’une morsure inopinée, …

Il est souvent plus facile de solutionner la grève lorsqu’on a mis le doigt sur le problématique. Mais ce n’est pas toujours évident de s’en assurer.
La plupart des mères allaitantes ont vécu des grèves ou un rythme de tétées à diminuer brutalement sans raison apparente.

A la suite d’une grève, certaines mères vont s’accrocher à leur allaitement alors que d’autres s’orienteront vers un sevrage, avec sérénité ou résignation.

Lors d’une recherche de maintien de l’allaitement, il convient de ne pas forcer la reprise du sein.
Les propositions douces, surtout la nuit dans un semi-sommeil peuvent aider à faire redémarrer cela.

Il me semble indispensable de préciser que la plupart des bébés ont une période où iels seront très sensibles à ce qu’il se passe autour d’elleux.
Dès lors, allaiter deviendra impossible dans un environnement stimulant, même sans aucun inconfort physique !
Bonjour tétée dans la pénombre et allongées, sans aucun perturbateur.

Cependant, il est nécessaire de s’assurer que les enfants qui refusent le sein ne souffrent pas de maux physiques qui rendraient l’allaitement douloureux.
Même si c’est le Sein-Graal, ça ne vaut pas la confrontation à de la douleur pour les enfants… !Il convient d’aller chez un médecin / pédiatre de sorte à rechercher les pistes somatiques (otites, muguet, gingivostomatite,…) qui peuvent impacter la succion ou la déglutition.

Comme dans toutes les situations, que les enfants aient 1h ou 18 ans (non, plus au sein à cet âge-là!), il est indispensable de verbaliser.
Verbaliser ce que tu perçois de la situation.
Verbaliser tes ressentiments.
Verbaliser ce que tu interprètes de sa communication.
« Je vois que tu ne veux pas téter pour l’instant. Tu as l’air inconfortable. Etc »

Pour faire (re)démarrer l’allaitement, miser sur le corps à corps est le meilleur outils : portage physio, massage, peau à peau, bain à deux, …
A partir de 10 ou 12 mois, lui montrer des photos d’elle/lui en train de téter peut être efficace (oui, nous en avons toutes!).


(Si je peux te donner mon conseil personnel : la berceuse de Laurel Bang @laurelbang, accompagnée par les gestes de Marie Cao (@littlebunbao ) « j’ai têté » a accompagné nos tétées quelques temps. Et… TRÈS clairement, dans les cas de tétées compliquées, mettre la chanson agissait comme un rituel de reconnexion avec l’allaitement. Ma fille a demandé cette chanson pendant les tétées pendant plusieurs mois!)

Une des choses les plus difficiles dans la grève de tétée est le fort sentiment de rejet que peuvent ressentir les mères. A cela se couple la crainte que les enfants ne mangent pas assez et souffrent de carences/manques. Ce rejet peut réactiver des expériences antérieures ou des schémas de fonctionnement personnel qui vont rendre cela d’autant plus insupportable.

Bien entendu, si la grève dure : il est indispensable de tirer son lait pour maintenir sa lactation et éviter un engorgement ou une mastite) et de le donner par un autre biais (verre, baby cup, DAL, SoftCup, seringue, …). Attention à la déshydratation surtout si c’est un.e tout.e petit.e non diversifié.é.

Puisqu’il n’y a plus les tétées pour booster les décharges d’ocytocine, il est nécessaire de se pencher sur des stratégies alternatives.
Par exemple, miser sur les partages agréables avec l’enfant. Même s’il n’y a plus l’allaitement (temporairement ou non), les moment peuvent être tout aussi joyeux.

Ainsi, il est nécessaire de garder son calme et une certaine sérénité. Lorsque les inquiétudes au sujet de la grève sont trop massives, il est utile de se recentrer. Pourquoi pas tenter une séance de cohérence cardiaque pour s’apaiser ?


Encore une fois, il sera utile d’observer la place que prend la culpabilité.

Si les émotions ne sont pas en cause du départ de la grève, cela peut la maintenir. La culpabilité impacte la manière d’interagir avec les bébés. Il est possible de tomber dans une prophétie auto-réalisatrice dans laquelle les bébés continuent à refuser le sein car ils perçoivent trop de pression.

Il va de soi que s’énerve lors des refus ou insister pour qu’iels prennent le sein ne sera pas efficace.

Pour les mères, il est important de pouvoir trouver une oreille attentive et empathique pour écouter leurs ressentis.
Une grève n’est pas un simple refus d’une tétée (qui peut déjà inquiéter). Minimiser les risques de l’arrêt de l’allaitement ou encore suggérer 1000 conseils avant d’avoir entendu en détails ce que génère la peur de l’arrêt de l’allaitement est vraiment inopportun.

Porter une intention et un intérêt majeur à son allaitement ne fait pas des femmes des personnes déséquilibrées. Au contraire, elles s’accrochent à leur équilibre trouvé par ce biais.

Chaque femme est différente dans son rapport à l’allaitement.
Certaines considéreront qu’il est acceptable pour elle que l’allaitement cesse de cette manière, venant du bébé.

D’autres seront effondrées à l’idée que leurs bébés refusent le sein alors qu’elles rêvaient d’un allaitement non-écourté.
Les réactions dépendent du projet d’allaitement, de sa propre représentation de la maternité et de ses convictions autour de l’accompagnement des enfants.

Les réactions des proches vont avoir un impact décisif à ce moment-là. Les compétences parentales et les croyances entourant l’allaitement se rejouent de manière massive.
Il convient alors que les femmes puissent réellement faire le point sur ce qu’elles souhaitent elles-mêmes : dans le cas où le souhait de l’allaitement est maintenu, tout doit être fait pour relancer cela.
Le deuil de l’allaitement est à prendre en compte sérieusement comme étape dans la maternité.

Mais avant de parler de deuil, l’accompagnement par un consultante en lactation peut aider à trouver des pistes spécifiques à la situation rencontrée.
Plein de bébés ont fait des grèves de tétées de quelques heures ou jours pour se poursuivre vers un allaitement non-écourté.

Il n’y a pas de règle, il n’y a que de la singularité dans ce qu’il se met en place entre les bébés et les mères, ainsi que dans leurs entourages.

Il peut également être utile de consulter un.e psychologue spécialisé.e en périnatalité (comme moi ou d’autres collègues qui se trouvent sur le Réseau Parentage Proximal) qui pourra accompagner ces étapes, potentiellement difficiles, dans la parentalité : Enfantements, mise en place de l’allaitement et enjeux psychiques autour de celui-ci, appréhension ou deuil vis-à-vis du sevrage, passage d’un parentage proximal intense à sa suite via un parentage inconditionnel.
Chaque étape peut être émaillée de questionnements et de doutes qui peuvent être accompagnées de sorte à vivre au mieux sa vie de mère/parent.

Voici une autre ressource sur le sujet :

– le dossier de la Leche League France, évidemment : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/allaiter-aujourd-hui-extraits/1157-68-refus-du-sein-greves-de-la-tetee

Je te dis à bientôt pour de nouvelles curiosités parentales !

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