Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

« C’est à moi! » : bousculades, cris et émois. La possessivité, comment l’aider ?

 

Vis-tu aussi avec cet.te enfant qui arrache des mains un jouet ? Ou ce bambin qui pleure à chaude larme car un autre est en train d’utiliser ce sur quoi il lorgnait ?
Tu entends les cris, la frustrations et … l’expression de la possessivité, du moins, le crois-tu.

Mais est-ce réellement de la possessivité au sens où les adultes l’entendent généralement ?

La possessivité matérielle dans l’enfance est-elle de l’égoïsme ou de l’égocentrisme ?
Assurément, non !
Tout simplement parce que les enfants en bas âge ne sont pas en mesure de faire la distinction entre la possession d’un objet et l’envie de jouer avec !
Non seulement ils n’ont pas encore les capacités langagières mais, en plus de cela, ils ressentent de manière similaire l’otage d’un jouet qui leur appartient et d’un jeu sur lequel ils étaient affairés. Les réactions sont d’autant plus fortes lorsqu’il s’agit d’un objet spécifique comme le doudou ou des affaires des parents.
Première étape : arrêter de croire que ton/tes enfants sont des égoïstes/possessifs maladifs.
Ce sont des enfants qui découvrent le monde et… aussi les règles de vie en collectivité.
Ne dit-on pas, « l’enfer, c’est les autres ? ». Ok, j’abuse un peu… Parce que sans interaction sociale, les enfants n’iraient pas loin….
Cependant, il suffit de voir deux enfants en bas âge dans un même espace de jeu.
Souvent, livrés à eux-mêmes et sans médiateur/trice, les cris et les pleurs de frustration retentissent rapidement. Machin a osé toucher la peluche d’Untel, pendant que ce dernier essayait de grimper sur le camion en bousculant Truc.
Bref, c’est la foire… Car ils ont du mal à gérer leurs émotions, ils ont envie d’explorer et de prendre du plaisir ! Ils ont la croyance que l’autre peut leur retirer ce qui leur procure du bonheur…
Et soyons honnêtes : qui aurait envie qu’un individu vienne s’emparer de son smartphone/ses crayons/son jeu de carte sans crier gare ni préambule ?
Et même avec une demande en bonne et due forme, aurais-tu envie de cesser immédiatement ton jeu pour le donner à autrui ?

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Alors, d’entrée de jeu (ah ah !), il faut baisser ses attentes.
Avant 4, voire 5 ou 6 ans, il est illusoire de s’attendre à ce que les enfants comprennent spontanément le mot « partage ».
Et forcer la chose en les grondant, minimisant leurs émotions de tristesse/frustration ou encore en leur arrachant un jouet des mains ne les aidera pas à partager. Au contraire, ils se sentiront culpabilisés et blessés dans une situation d’échange social. Ils pourraient commencer à fuir les autres enfants à cause des mauvaises expériences ou à devenir agressifs afin d’obtenir ce qu’ils veulent. Il y a mieux comme rapport aux autres…

Avant deux ans, ils jouent en parallèle les uns aux autres. Ils ne jouent pas ensemble, ils s’imitent sans interagir réellement (la plupart du temps).
Dès cet âge-là, il est possible d’introduire les notions de partage avec la nourriture. L’exemplarité est alors un maître-mot : à toi de partager ton bout d’aliment avec ton enfant (ok, je sais que tu le fais déjà, puisque c’est le principe même de la DME dont je parle dans cet article) mais aussi avec d’autres personnes. Mais cette fois, il sera profitable de le faire en verbalisant la notion de partage.

Aux alentours de deux ans, la notion de « prêt » est encore difficile. L’échange d’un jouet contre un autre est plus simple car ils obtiennent quelque chose en échange.

Au fur et à mesure, il sera possible de mettre en place des stratégies pour aider les enfants à patienter et comprendre qu’un objet peut-être utilisé par diverses personnes.
Par exemple, il est possible de leur démontrer qu’un accessoire prêté leur sera rendu après une durée particulière via l’utilisation d’un chronomètre. En commençant par des durées très courtes, entre ton enfant et toi, il comprendra que la sonnerie « dicte » le temps d’usage de l’un et de l’autre. C’est un modèle ludique avec plusieurs enfants en bas âge.

Vers 3 ans, la verbalisation s’améliore notablement ce qui facilite les opportunités d’exprimer ses désirs, l’envie de jouer avec d’autres enfants et de répartir les objets aux uns et aux autres. C’est ainsi que s’affine les compétences sociales ainsi que les notions d’égalité et d’équité.

4 ans sonne l’arrivée des réelles compétences de partage, de don et de plaisir d’offrir. Si l’entourage a sensibilisé les enfants à l’expression et la reconnaissance des émotions, ils seront en mesure de s’exprimer avec leurs pairs. Cela leur permettra de développer des liens sociaux plus apaisés.

Après 5 ans, les enfants acquièrent la capacité de se mettre à la place d’autrui. Ils peuvent alors transposer leurs propres ressentis à ceux des autres. Ils pourront alors comprendre pourquoi un objet est particulièrement précieux, entendre des explications… Bien qu’il soit encore fréquent qu’un référent doive intervenir afin de les aider à mettre au clair certains conflits.

Il est nécessaire de retenir cette phrase : « Obliger les enfants à partager ne fait que les pousser à s’accrocher encore plus à leurs affaires. Le partage forcé sape toute tendance à donner de bon coeur. » Faber et Mazlish

Cela coule de source, enfants comme adultes, la contrainte n’engendre jamais de satisfaction.

Donc forcer à prêter ou mépriser le refus du prêt n’amènera à aucune conséquence positive.

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– le partage s’apprend par l’exemplarité et l’expérience

Comme expliqué plus haut, il est nécessaire que les enfants aient les capacités cognitives nécessaires pour appréhender la notion de partage et de ses avantages.

Parce qu’il faut bien admettre : prêter ses affaires n’est pas couronner de joie à chaque expérience. Mais c’est une attitude utile au niveau des compétences sociales. Nous la pratiquons afin de créer et conserver des relations agréables.
Cependant, qui n’a pas été déconfit devant l’état d’un objet ou d’un livre prêté ? Qui a décidé de ne jamais prêter certains biens ?

Le partage est une notion utile… Mais elle comporte des risques en termes d’usage et de possession. Il semble que les enfants en bas âge comprennent éminemment bien ces risques !
Qui n’a jamais craint de l’état dans lequel sera rendu un objet prêté ?
Et qui n’a jamais expérimenté un prêt devenu définitif ?

Ce sont ces risques-là qui peuvent empêcher tant les adultes que les enfants d’avoir envie de prêter ou partager leurs affaires.

 

– Possession ou utilisation ?

Un autre élément indispensable à mettre en œuvre au quotidien : l’usage des mots.
Il est fréquent que nous disions « Oui, c’est ta tasse ! » ou « peux-tu me donner mon verre? » etc. Il serait plus exact de dire « le verre/l’assiette/… que j’ai utilisé ».

La plupart des objets du quotidien sont communs. Il peut être intéressant, dans les périodes « sensibles » de préciser cette distinction.

Il est aussi envisageable de mettre en place des activités rendant indispensables la collaboration au niveau moteur : « Tiens, portons cela ensemble ! », par exemple.

Dans tous les cas, il est indispensable de verbaliser et de mettre en évidence les compétences des enfants ainsi que la joie prodiguée à autrui lorsqu’il utilise un nouvel accessoire.
Il est aussi utile de verbaliser les émotions ressenties et d’expliquer qu’il sera possible de manipuler prochainement l’objet de son désir, après que l’usage par un autre enfant s’achèvera.

 

– Apprendre le partage ?

Comme évoqué ci-dessus, il est surtout nécessaire d’attendre que les enfants soient prêts en terme de développement à comprendre réellement le sens du partage.

Il est néanmoins possible de parler de ce concept et de marquer les avantages de cela.

Alors oui, le partage, tout comme les autres compétences pro-sociales, s’apprennent… par l’exemplarité et les fabuleux neurones miroirs. Des jeux collaboratifs sont de belles options afin de changer une dynamique de compétition/possession vers une ambiance participative.

Il est pourtant indispensable de ne pas forcer le partage ou d’initier une gronderie face à un enfant qui adopte des comportements possessifs.
La meilleure solution est d’alors d’orienter l’enfant tiers vers un autre intérêt et de verbaliser auprès de l’enfant « possessif » ce qu’il ressent et les options/bénéfices en vue du prêt.
Mais il faut être capable d’accepter son refus, sans le critiquer. L’idéal est d’alors d’aller trouver l’enfant tiers afin de s’excuser et de solliciter sa compréhension face à l’attitude de l’enfant qui ne souhaite pas prêter.

Expliciter tout haut les notions de désir, de plaisir, de joie et d’emprunt finiront par ancrer les compétences pro-sociales aidant au partage.

 

– les enfants uniques : une problématique ?

Il est fréquent qu’un adage sur les enfants uniques émergent : ils seraient égoïstes ou narcissiques !

Ils n’ont pas dû prêter leurs jeux ni leurs parents, il est alors cru que cela conditionne leurs dispositions pro-sociales.

C’est oublié que les enfants qu’ils soient en fratrie ou uniques sont des êtres au cœur d’un système social. Ils n’en sont pas exclus… Et pour peu que ces enfants soient particulièrement friands d’interactions sociales, ils vont apprendre les codes associés.
La sociabilisation passe d’abord par la famille.

L’absence d’autres enfants ne conditionnent pas la personnalité des enfants. Une récente étude le démontre même :

Cependant, il est possible qu’en étant seul enfant et gardé par un des parents ou la famille, il y ait une moindre expérimentation des contraintes inhérentes à la vie avec d’autres enfants du même âge.
Indubitablement, dans cette configuration familiales, les parents ne passeront pas du temps à modérer les relations fraternelles. Or, les disputes s’orientent régulièrement sur les centres d’intérêt, l’usage d’un objet ou une place précise …

Les enfants uniques, comme les autres, découvriront pourtant que certains objets sont utilisés et appartiennent à des personnes déterminée.
Ils seront susceptibles d’exprimer leur mécontentement ainsi que leurs envies lorsqu’ils observent un autre individu manipuler certains objets.
Ils apprennent juste les règles du jeu social.
A nous, parents, de savoir accepter où se trouvent les limites de nos enfants et de leur reconnaître le droit de pas prêter les affaires trop chères à leur cœur. Chaque chose en son temps… et faisons fi des regards réprobateurs extérieurs !

 

– La fratrie à l’épreuve du quotidien

Au sein des fratries, le partage est une notion intrinsèque à la parentalité.
Les enfants partagent leur parent. Forcément, les enfants uniques auront toute l’attention. Lorsqu’un nouvel enfant paraît, l’attention se focalise (du moins, se scinde) vers ce petit être.
D’une part, les nouveaux-nés demandent des soins et une présence intense qui peuvent frustrer l’aîné. D’autre part, ce(s) dernier(s) doive(nt) parfois changer d’environnement : nouvelle voiture, nouvelle chambre, voir leurs affaires de bébé transmises à un autre, …
C’est un réel bouleversement pour les « grands », qui ne le sont pas toujours. Par exemple, lorsque les enfants ont un écart de 15, 18 ou 24 mois à peine.
A ces âges-là, il n’y a pas trop d’un voire deux parents pour s’occuper d’un seul enfant. Alors si un second survient, les difficultés quotidiennes sont exponentielles.

Il y a un équilibre à trouver dans la répartition du temps à accorder à chaque enfant et au rituel de transmission des objets d’un enfant à un autre.
Il peut être intéressant d’intégrer l’aîné au choix des affaires qu’il veut donner au plus petit. Il faudrait aussi que les parents acceptent les refus.
Oui, il peut vivre des régressions à plusieurs niveaux : continence, alimentaire, type de jeux, besoin de contact, etc.
Je t’invite à percevoir ça comme une stratégie pour s’assurer que toi, parent, sera toujours là pour elle/lui. Ne lui refuse pas de faire quelques pas en arrière et gratifie le/la de toute ta tendresse. Tu peux également verbaliser ses ressentis en reconnaissant combien cela peut être difficile à vivre.

Ensuite, dans la vie quotidienne, il peut être nécessaire de trouver des astuces et d’apprendre à aux aîné.e.s de protéger les affaires qu’ils/elles affectionnent particulièrement.
Lorsque les enfants sont en âge de jouer ensemble dans un objectif commun (ce qui n’est pas aussi tôt que la plupart des enfants le rêverait quand leur est vendue l’idée « d’un petit frère/petite soeur pour jouer »), il est commode de s’orienter vers des tâches collaboratives et des jeux excluant le principe de compétition.

 

– Le cas des jumeaux

Il est possible de s’en douter, avoir deux enfants du même âge, c’est sportif à plusieurs niveaux : gestion émotionnelle, intérêts (aussi similaires que différents), stade de développement, …
L’organisation quotidienne demande de vraies ressources… Et sur le sujet, voici un article qui en regorge : https://jumeauxandco.com/astuces-jumeaux/comment-apprendre-aux-jumeaux-a-partager/

En voici un extrait : « Vous avez sans doute des objets qui vous tiennent à cœur et que vous ne voudriez pas prêter à quelqu’un, alors ne vous attendez pas à ce que vos jumeaux partagent leurs objets préférés respectifs. Cela est tout à fait normal, s’il y a un jouet ou un livre, entre autres, que l’un ou l’autre de vos deux enfants aime particulièrement, ne l’obligez pas à le partager. Cependant, faites-lui comprendre qu’il doit ranger son jouet ou son livre, et ne pas le sortir en présence de l’autre s’il ne veut pas le partager.

En général, ces méthodes encouragent les jumeaux à partager. Mais n’oublions pas que les enfants restent des enfants, donc ils se disputent, et parfois ils ne veulent tout simplement pas partager. A vous de travailler constamment à créer un environnement familial toujours propice au partage. »

 

– Aider ton enfant à entrer dans une dynamique de partage ?

Voici des conseils fort bien fourni par cet article dont j’effectue un copié/collé :

« Voici plusieurs conseils qui vous permettront d’apprendre à votre enfant à partager :

  • Prévoyez assez d’espace pour qu’il puisse jouer à côté d’un autre enfant tout en ayant de la place pour ses propres jouets et pour ses activités.
  • Dès que votre enfant sait parler, donnez-lui des exemples de phrases pour l’aider à entrer en contact avec les autres : « Veux-tu jouer avec moi? », « Peux-tu me prêter ton ballon? », « C’est à moi », « C’est à toi », etc.
  • Encouragez votre enfant à se mettre à la place des autres en lui parlant de ses propres sentiments et de ceux que les autres ressentent. Par exemple, dites-lui « tu aimes jouer avec ta poupée, tu es heureux » ou « ton ami n’a pas de jouet, il pleure, il a de la peine ».
  • Félicitez votre enfant quand il est capable de partager et de jouer à tour de rôle avec un autre enfant. Décrivez-lui les sentiments de son ami : « Regarde ton ami, il sourit ! Il est vraiment content que tu le laisses jouer à son tour avec la balle. »
  • S’il veut le jouet d’un autre enfant, aidez-le à trouver un autre objet intéressant ou une autre activité qui lui plaira pour lui apprendre à patienter.
  • Apprenez-lui à faire des échanges : « J’ai une belle poupée. Je peux te la prêter si tu veux. Que me donnes-tu en échange? »
  • Nommez ce qui appartient à votre enfant (vêtements, jouets, lit, etc.), ce qui appartient à ses frères et soeurs et ce qui appartient à toute la famille (télévision, savon, etc.). Cela l’aidera à comprendre la notion de propriété.
  • En cas de dispute à propos d’un jouet, aidez votre enfant à trouver une solution au lieu de régler la situation à sa place. Cela lui donnera les habiletés nécessaires pour régler ses disputes par lui-même. Si vous sentez qu’il a besoin d’aide pour y arriver, proposez-lui un choix : « Est-ce que tu veux lui demander un autre jouet en échange ou bien tu préfères lui prêter le tien dans 5 minutes? » Il pourra ainsi choisir l’option qu’il préfère.
  • Proposez-lui une autre activité ou un jeu qu’il peut faire seul s’il y a beaucoup d’enfants et que partager est difficile pour votre tout-petit. »

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Et s’il/elle était réellement possessi.f.ve ?

Tu as aussi ce parent ou ces connaissances qui ne prêtent jamais rien ?
Cela peut aiguiser l’énervement mais force est de constater que la plupart du temps, ces personnes ont des attitudes méticuleuses et conservatrices.
Elles sont capables de tenir des collections, mais aussi de garder en parfait état des choses incroyables comme des figures en chocolat, des jouets anciens, des vêtements, …

Alors, si un enfant démontre des attitudes possessives, cela peut cacher de nombreuses compétences qui sous-tendent ce besoin de préservation.

Tous les conseils précédents sont valides : il est possible de sensibiliser au bonheur de partager et de rendre les autres heureux.
Cependant, il est indispensable de respecter autrui comme il est. Tu n’irais pas railler des ami.e.s… alors ne fustige pas ton enfant. Le fait de reconnaître ses qualités et ses efforts seront bien plus profitables pour sa confiance en lui/elle et ses compétences pro-sociales à long terme.

En outre, le monde a besoin d’une diversité de personnalités, aussi interpellantes soient-elles !

Si c’est difficile pour toi de supporter que ton enfant ait ses attitudes, je peux te proposer d’aller rencontrer un.e professionnel.le de manière à t’aider à vivre au mieux la singularité de ton enfant.

 

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Voici quelques précieuses ressources :

https://jumeauxandco.com/astuces-jumeaux/comment-apprendre-aux-jumeaux-a-partager/

https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/fiche.aspx?doc=ik-naitre-grandir-enfant-savoir-partager

https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/comportement/fiche.aspx?doc=enfant-jaloux

https://www.reseauparentageproximal.com/

Communication Non-Violente

L’influence des pratiques de maternage proximal sur la relation parent-enfant

Vendredi 5 juillet 2019, j’ai participé au VIe congrès international transdisciplinaire sur le bébé.

Je te mets à disposition le texte de mon intervention qui avait pour objectif de sensibiliser des professionnels et principalement des psychologues.

« Je suis humaine. Vous aussi. A votre âge, votre cerveau a atteint sa taille adulte. Heureusement, il est malléable grâce à la plasticité neuronale. Cette dernière nous permet d’apprendre, de modifier nos fonctionnements personnels, nos préjugés et stéréotypes.
Aujourd’hui, c’est cette capacité que je souhaite mobiliser en vous.

J’aimerais vous poser une question :
Comment réagissez-vous face aux pleurs des bébés ?
Prenez un instant pour vous remémorer la dernière fois où vous y avez été confrontés !… Ou à des situations marquantes avec vos propres enfants (si vous en avez).

Quelles émotions jaillissent en vous ?
Je vous laisse les décoder… Il y a de fortes chances pour que celles qui émergent en vous spontanément soient les résultantes de votre vécu d’enfant.
Inexorablement, sans travail personnel, nos réactions face aux tout-petits sont conditionnées par les expériences que nous avons eues en tant qu’enfants.

Et si nous pouvions, dès à présent, mettre en place les moyens qui nous permettent de diminuer la violence envers les enfants ainsi que la détresse parentale ?
Cela vous semble utopique ?
Et pourtant, en l’espace de deux générations, c’est devenu possible ! La Suède, en encadrant légalement les pratiques de violences éducatives en 1979 a réduit drastiquement les violences intrafamiliales et la violence au sein même de la société.

Quelle est donc la voie de cette paix familiale à long terme ?
Tout simplement, le maternage proximal, que je préfère nommer « parentage proximal » afin d’être plus inclusive.

Le parentage proximal (ou attachment parenting) est un style de parentalité qui place les besoins émotionnels et physiques des enfants en priorité. Il se base sur les théories de l’attachement théorisées par Bowlby : le petit d’humain va s’attacher à son/ses figure.s parentale.s. grâce au fait que ces dernières répondent à ses besoins primaires (manger, être changé… et être rassuré !). Cependant, Harlow (un autre psychologue et chercheur, dont Bowlby s’est inspiré) a pu démontrer, dans les années 50-60 que l’attachement et la sécurité ne se basaient pas sur le nourrissage, mais bien sur le besoin inné du nourrisson de toucher et de s’accrocher à quelque chose pour le confort émotionnel… le facteur principal de l’attachement n’est pas la nourriture mais le soin et la réceptivité.
Une fois que ce lien d’attachement est fondé, l’enfant peut développer harmonieusement des comportements exploratoires de l’environnement (jouer avec ses jeux, tenter de les attraper, se retourner, aller vers des nouveaux objets, etc.).
Les enfants, qui ne lisent pas de confiance et d’encouragement dans les attitudes de leurs figures d’attachement, vont avoir plus de difficultés à se sentir en sécurité pour explorer le monde. Pourtant, l’activité de l’enfant, c’est bien ça : Explorer.
C’est donc là que l’attachement prend sa dimension motivationnelle.

Les parents pratiquant le parentage proximal, offrent à leurs enfants toutes les conditions d’un attachement sécure. Cela regroupe les pratiques de portage, d’allaitement, de cododo et un cadre bienveillant.

C’est maintenant que votre plasticité neuronale va être sollicitée !

Tout ce que j’évoque ne fait pas partie de la culture occidentale,c’est la raison pour laquelle le parentage proximal semble étrange à bon nombre d’entre-nous.
Il peut même engendrer des craintes, légitimes ou non, et beaucoup d’a priori.

Il est vrai qu’il est difficile d’accepter que d’autres possibilités existent dans la façon d’être parents… D’autant plus, lorsque nous-mêmes, nous n’avons pas agi de la sorte ou eu cet exemple.
Cela peut être douloureux de prendre conscience qu’il y avait une autre voie que celle empruntée, qui n’a pas été de tout repos tant physiquement et qu’émotionnellement.

Il faut garder en tête que les connaissances évoluent dans toutes les sphères de la recherche : les études psychologiques, médicales et les découvertes anthropologiques donnent un éclairage nouveau sur les styles de parentage.
La question n’est pas de se lamenter sur l’ignorance d’alors ou de rejeter ce qui nous est inconnu. Elle est surtout de savoir comment accompagner et expliquer les bénéfices des pratiques de parentage proximal.

Au début de mon intervention, je faisais référence à la taille de notre cerveau d’adulte.
Savez-vous que les nouveaux-nés naissent avec un cerveau qui n’est développé qu’à 23 % de son volume final ?
Comparativement, les autres mammifères viennent au monde avec un cerveau développé à 80 % ou 40 % pour les chimpanzés (plus proche de nous sur le plan biologique).
Cela implique que le nouveau-né est prématuré dans son développement… Il suffit de voir un bébé pour s’en rendre compte ! Et son évolution n’est pas la plus rapide du règne animal.
A un an, le cerveau a doublé de volume et il atteint 90 % de son volume total vers 3 ans.
Pendant toute sa croissance, c’est-à-dire 25 ans, le système nerveux va être influencé par les expériences de vie qui favoriseront l’ancrage de telle ou l’autre voie neuronale grâce à leur myélinisation progressive.

La première année est comme une grossesse extra-utérine qui permet aux enfants de développer des compétences comparables à celles des autres hominidés à la naissance. Face à un bébé, nous ne pouvons pas oublier que ce sont ses besoins émotionnels et physiologiques qui priment. Il exprime ses besoins, sans détour ni stratégie obscure, faisant fi de tous les codes socioculturels.
Par exemple, le nouveau-né n’a que faire du joli berceau préparé pour lui. Il souhaite être continuellement porté, ce qui peut démunir les parents non-avertis.
Pourtant, l’être humain a été classée comme « espèce portée », par Bernard Hassenstein (biologiste et comportementaliste allemand). Pourquoi ne l’enseigne-t-on pas aux futurs parents ?

Un des aspects du parentage proximal est le portage.
Le portage permet de répondre aux besoins de sécurité et de proximité du bébé qui a été bercé pendant 9 mois au creux de sa mère.
Le portage aide à la régulation du rythme cardiaque, de la température et permet également de prévenir les aplatissements du crâne dont les plagio et bradycéphalies.
Les bébés portés intensément ont plus de facilité à distinguer le jour et la nuit. Ils démontrent moins de troubles du sommeil.
Grâce au contact physique, les bébés portés pleurent beaucoup moins que ceux qui ne le sont pas. La réduction voire l’absence de ceux-ci, grâce au parentage proximal, permet aux parents de se sentir compétents auprès de leur nourrisson.
Le portage, et le contact proximal en peau-à-peau plus généralement, permet une libération d’ocytocine qui contribue directement à l’établissement des liens affectifs.

Les bienfaits ne sont donc pas exclusivement pour les enfants mais aussi pour le lien d’attachement et les parents !
Henrick Norholt a mis en évidence que le portage permet de réduire la gravité et l’occurrence des post-partum. Impressionnant, n’est-ce pas ?

Et si nous parlions de la nutrition du nourrisson maintenant !

Un autre aspect, souvent lié au parentage, même s’il n’est pas une condition sine qua non à l’époque actuelle, est l’allaitement.
L’allaitement est incontestablement LE moyen adéquat pour nourrir les bébés. De nombreuses études le démontrent, l’allaitement réduit le risque :

• De troubles digestifs ;
• D’infections : digestive, de la sphère ORL, pulmonaire, urinaire et même méningée ;
• D’allergies (eczéma, asthme…) ;
• D’anémie ;
• D’obésité, de diabète, de certains cancers et maladies inflammatoires ;
• De problèmes orthodontiques ;
• De mort inattendue du nourrisson.
Malgré toutes les recherches effectuées par les industriels, les préparations commerciales pour nourrissons ne seront jamais équivalentes.
Rappelons quand même que les prématurés ayant un poids inférieur à 2kg reçoivent du lait maternel issu de don. Les préparations commerciales pour nourrissons provoquent trop de complications digestives.

Ne croyez pas qu’il s’agisse là d’allégations destinées à culpabiliser les mères non allaitantes. Ce sont des informations objectives. Il est nécessaire que l’humanité en ait conscience.

Savez-vous que l’allaitement offre de nombreux bénéfices pour les femmes allaitantes ?

• La diminution du risque d’anémie ;
• La remise en place des organes génitaux ;
• Le lien mère-enfant ;
• La diminution du risque de cancer du sein, de l’ovaire ;
• La diminution du risque d’ostéoporose après la ménopause ;
• Améliore le sommeil et accélère l’endormissement

Malgré ces bénéfices avérés, la perception de l’allaitement est très particulière, en Occident, et plu particulièrement en France.
Il est possible de trouver de multiples théories en psychologie expliquant combien l’allaitement, surtout non-écourté, causerait des troubles chez les enfants.
Il est utile de rappeler que ce sont des théories qui n’ont trouvé aucune démonstration effective ni aucune base scientifique. La culture occidentale a impacté profondément le rapport au corps, la sexualisation des seins ainsi que la nécessité de pouvoir se libérer de cette « contrainte » que représenterait l’allaitement.
Au lieu de le considérer comme une option, l’allaitement devrait être favorisé et accompagné par tous les professionnels de santé.

Grâce à un accompagnement adéquat, de bonnes informations et une prise en charge éclairée des difficultés qui peuvent apparaître, les allaitements peuvent être conduits sur le long terme.
L’allaitement permet de donner confiance aux femmes dans leur capacité à s’occuper de leurs enfants : elles ne doivent pas compter sur un industriel pour nourrir leurs enfants, elles sont capables de le faire.

A l’heure actuelle, nous savons que moins de 5 % des femmes ne produisent réellement pas assez de lait pour couvrir la totalité des besoins de leur bébé.
Tous les autres échecs sont inhérents à des (mauvais) conseils socioculturels autour de la puériculture.

Ensuite, il est pratique de savoir que le portage et l’allaitement réduisent les coliques, principalement connues chez les nouveau-nés issus de pays adoptant un mode de parentalité distal. Or, les pleurs inconsolables d’un nouveau-né sont parmi les éléments les plus difficiles à supporter moralement… Ils peuvent impacter gravement le bien-être psychologique des parents ainsi que l’attachement à l’enfant (et donc favoriser les troubles comme la dépression post-partum).

Une question récurrente qui revient après la naissance est la gestion des nuits et du sommeil, en général. Il est de notoriété publique que les jeunes parents sont littéralement épuisés pendant les 3 premiers mois.
Et si je vous disais que ce n’est pas une fatalité ?

C’est vrai que se lever la nuit, de 2 à 5 fois par nuit, prendre ce tout-petit, le nourrir, le bercer et chercher à le remettre dans son lit, doit être éreintant.

Alors, pourquoi les occidentaux continuent malgré tout à s’infliger cela ?
Pour pallier à la perturbation (et au manque) de sommeil, il y a les pratiques de sommeil partagé, plus communément appelé cododo ou co-sleeping. Elles sont également caractéristiques du parentage proximal.

L’Occident, par son organisation sociale et sa richesse, a construit un modèle de maison permettant à chacun d’avoir son espace. Le temps faisant, il s’est ancré comme un pseudo-besoin.
Soyons honnêtes ! Le fait d’avoir chacun sa chambre est une considération de « riches ».
La plupart des peuples du monde partage la même pièce pour dormir, voire la même couche.

La crainte de la mortalité infantile était telle que cette pratique a été déconseillée dès le Moyen-Âge ! A l’époque, l’Église soupçonnait les parents d’infanticide et d’accuser un accident survenu pendant le sommeil.
Cette croyance a traversé les siècles… et pourtant, l’OMS recommande de partager la chambre de son enfant pendant au moins les 6 premiers mois de sa vie.
Là encore, les professionnels de santé et les autres intervenants proches des jeunes parents bénéficieraient d’être informés sur le sujet.
Au lieu de jeter l’opprobre sur une pratique (qui sera de toute façon pratiquée dans de nombreuses situations), il convient d’aider les parents sur les manières d’agir avec sécurité. Par exemple, il faut un matelas dur, ne pas trop habiller les bébés…et éviter de faire du cododo dans un canapé.
En reprenant les mots du Dr. James McKenna, éminent anthropologiste :  » Dormir comme un bébé  » est une expression commune. Que signifie-t-elle vraiment ?
Cela implique un bébé qui dort auprès de sa mère avec des tétées « régulières ».

Le sacro-saint « lit conjugal » se partagera jusqu’à ce que les enfants n’en ressentent plus le besoin, sans que cela n’ait de quelconque impact sur leur santé psychologique à long terme.
La vie sexuelle du couple sera simplement déplacée en un autre lieu, sollicitant leur créativité.

Dans les trois pratiques pré-citées, le portage, l’allaitement et le cododo, il y a un dénominateur commun : l’intense proximité physique.
Cette dernière est un facteur fondamental de bien-être pour le bébé… mais aussi pour l’établissement du lien mère-enfant (ou parents-enfant).

Dans les années 70, des pédiatres colombiens ont commencé à proposer aux enfants prématurés et à leurs parents le Kangaroo-Mother Care. Il s’agit de contact peau-à-peau dès la naissance et le plus de temps possible par 24h, d’un allaitement à la demande, du soutien pour les parents ainsi que des sorties rapides des enceintes hospitalières après la naissance.
Ce mode de soins auprès des enfants prématurés, de faible poids ou à terme, a démontré moult avantages dont une réduction de la mortalité infantile. Ils guérissent plus rapidement, régulent mieux leur rythme cardiaque ainsi que leur température corporelle comparativement aux prématurés soignés en couveuse.

En 2016, des études démontrent combien le Kangaroo-Mother Care permet aux enfants prématurés d’avoir moins de signes de stress et plus d’interactions attentives avec les parents. Il permet aussi la tenue d’un allaitement exclusif sur une plus longue durée.
Et en février 2019, un article relate l’efficacité du « Kangaroo-Mother Care » dans le traitement des dépressions post-partum.
D’autres études ont mis en évidence que plus les mères étaient anxieuses voire déprimées pendant la grossesse, moins le lien d’attachement se produisait avec aisance. Tout le contexte de la gestation, de la conception à l’accouchement, est susceptible d’influencer le lien mère-enfant post-partum.
En somme, la recherche continue avidement sur les bienfaits psychologiques et médicales de ces pratiques proximales dans les soins aux enfants.

C’est une des raisons qui doit motiver l’amélioration de la prise charge du suivi de la grossesse et du post-partum pour s’éloigner de la seule préoccupation physique.
Un regard affûté devrait être posé sur les futurs et jeunes parents afin de percevoir les prémisses de difficultés dans la relation parents-bébé. La prévention demeure toujours l’action la plus efficace.

Afin de soutenir au mieux les parents, il est essentiel de les informer de la réalité des besoins d’un tout-petit.
Il faudrait aborder le besoin de contacts intenses, les rythmes du sommeil, les besoins alimentaires ainsi que l’immaturité neurologique des enfants et ses implications factuelles au quotidien.
En travaillant avec les parents sur leurs propres émotions, il est possible de les aider à adopter des attitudes proximales permettant aux enfants d’être compris et de s’épanouir. Ils pourront aussi développer leur sentiment d’efficacité parentale.

Grâce aux pratiques de parentage proximal, les enfants autant que les parents peuvent construire une base de confiance en eux. Il est nécessaire de préciser que le parentage proximal ne s’arrête pas aux premiers mois. La distance avec les enfants s’effectue progressivement avec l’évolution des compétences tant physiques, que psychiques et langagières.

Une philosophie empathique entoure les pratiques de parentage proximal. Elle conduit à un accompagnement bienveillant des enfants dans le respect de leurs émotions, leurs rythmes et leurs compétences évolutives.

Oui, le fait de devenir parent soulève de nombreuses questions et peut mettre à jour des difficultés enfouies voire méconnues. En tant que professionnels, vous êtes des interlocuteurs primordiaux pour permettre aux parents d’être informés avec justesse.
Vous pouvez décider de vous former, avec des organismes dont la spécialité est de transmettre ces connaissances autour de l’allaitement et des pratiques de maternage proximal (le terme est plus répandu). La plate-forme Co-naître est très réputé mais il y a aussi des initiatives locales de formations des professionnels. Personne ne peut perdre à accroître ses connaissances sur les besoins et les compétences infantiles.
En cas de doute, vous pouvez aussi rediriger les parents en détresse auprès de professionnels formés comme les consultantes en lactation IBCLC ou l’association de la Leche League, des monitrices de portage, une doula, …
Prenez à bras le corps ce qui vous est confié, sans proposer des alternatives basées sur des habitudes.
Vous savez maintenant que des pratiques peuvent soutenir les parents afin qu’ils trouvent leur propre équilibre psychologique et familial, avec ce nouvel être qu’est leur enfant. A vous de les y aider ! »

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Maternage proximal

Réponse à Rufo – Courrier Lectrices Femina

Aujourd’hui, je suis tombée là-dessus :

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C’est le pouvoir des réseaux sociaux d’être confronté.e.s à des informations que l’on n’ aurait jamais sans eux.
Et le Magazine Femina ne fait pas partie de mes lectures habituelles.

Je découvre que ce très médiatique Rufo répond (encore), en son titre de pédopsychiatre, à des questions de parents.
Cette fois, il répond à Delphine, Maman, confrontée aux remarques de son fils de 7 ans : « Je t’aime moins », « je te trouve un peu vieille », …

Comme lu ci-dessus, la réponse du Dr. Rufo est sur fond de chantage affectif et… d’ignorance.

Dans sa réponse, il met en évidence que les enfants devraient garder pour eux ce qu’ils vivent au quotidien. Cela implique que les enfants ne devraient donc pas témoigner la confiance nécessaire en leurs parents pour s’exprimer… Même sur des sujets potentiellement graves.
Comment un enfant peut-il faire la distinction entre ses histoires de mésententes, bagarres et conflits entre enfants et des attitudes de harcèlement ou encore des actes malveillants de la part d’adultes ?

Alors NON, il n’est absolument pas discutable qu’un enfant se confie énormément à ses parents. Au contraire !
Un enfant accompagné dans la bienveillance pourra se confier, prendre du recul et apprendre à analyser les situations avec plus de complexité grâce au soutien parental.
En outre, cela lui offrira la possibilité de parler de tous les problèmes éventuels qu’ils rencontrerait, sans crainte ni gêne.
Alors que s’il se ressent être le casse-pied de ses parents, il se tiendra à distance d’eux… Même quand il en ressentira le besoin.

Ensuite, la réponse effectuée par le Dr Rufo suggère que l’on doit exprimer clairement aux enfants que s’ils agissent de telle ou telle autre manière, on va moins les aimer … et que c’est plus grave que leur ressenti d’enfants.
Les enfants, depuis leur naissance, ont l’instinct et ensuite la conscience que seul l’attachement à leurs proches leur permet de vivre sereinement.
L’attachement est une donnée de base pour les enfants… Et c’est connu depuis plus de 60 ans! (voici un article qui aborde les théories de l’attachement)
Il est fréquent que les enfants craignent de perdre l’affection parentale à cause de leur attitude. Un enjeu majeur, dans l’accompagnement parental et des enfants, est de sécuriser le lien.

En disant clairement que l’amour est conditionnel envers les enfants, cela insécurise les enfants.
Ils vont alors se construire la croyance qu’ils doivent se comporter d’une certaine manière pour être aimables.
Nous sommes alors à l’opposé de la bienveillance et de l’accompagnement de l’enfant pour ce qu’il est, et non, pour ce que les parents veulent qu’ils soient.

Bref, tout dans cette réponse est nocive.
Parce qu’elle ne répond pas en termes d’aide demandée par la mère.
Parce qu’elle place l’enfant comme un être destructeur de la relation.
Parce qu’elle instile la croyance que l’amour des parents est conditionnel, pour de futiles raisons.
Ce que je propose, c’est d’apporter une réponse à Delphine, qui pourra l’aider réellement !

« Bonjour Delphine !
Vous avez un petit garçon qui a confiance en vous. Grâce à ce qu’il vous confie, il peut construire son rapport aux autres et prendre de la distance face aux évènements de la journée. Grâce à cela, il apprend à gérer ses émotions et ses comportements sociaux.
C’est un magnifique cadeau que vous lui faites en l’écoutant chaque jour !

Qu’il est dur de s’entendre dire des perceptions froidement sorties de la bouche de l’être qu’on aime plus que tout.
Votre enfant exprime son ressenti par rapport à vous et à votre apparence.
Il est probable que ce soit exact. Par rapport à ses ami.e.s, vous êtes plus âgée, vous semblez ainsi plus « vieille », vous avez la peau moins lisse, et vous n’êtes pas comparable en terme de beauté à une fillette de 7 ans.
Votre fils questionne probablement les rapports aux âges et à l’évolution du corps avec le temps qui passe. Cela peut être angoissant pour un enfant de voir que sa maman vieillit…
Y aurait-il des questionnements existentiels autour de la mort là-dessous ?

Il exprime également qu’il vous aime moins. Je trouve votre réponse totalement adaptée… Mais lui avez-vous demandé pourquoi il pense à cela et ce qu’il ressent derrière cette phrase ?
Par ces mots, il exprime la possibilité d’un attachement conditionnel ou réduit. Il est probable qu’il craigne que vous puissiez un jour, vous-même, ressentir cela à son sujet.

Je vous suggère d’ouvrir la discussion avec votre fils qui fait état de constat, sans sembler volontairement blessant (difficile de savoir sans avoir le ton ni connaître les détails de votre relation). Par ses « phrases-façades », il témoigne d’un besoin qui mérite de trouver réponse, une fois que vous aurez mis le doigt dessus !

Bon cheminement avec votre enfant et rassurez-vous, toutes ces attitudes démontrent combien il tient à vous ! »

Je croise les doigts pour que Femina puisse envoyer cette réponse à Delphine, afin qu’elle ne reste pas avec celle qui lui a été apportée par le Dr. Rufo.

Cordialement,

La Curiosité Bienveillante

Communication Non-Violente·Préparer la naissance

Et si on prenait le temps ? La grossesse

 
« J’ai pas l’temps ! », disais-je en courant d’une tâche à une autre.
A vrai dire, je prenais du temps pour certaines tâches d’importance à mes yeux… Mais je me sentais oppressée par les autres que je devais caler dans mon agenda.

« J’ai pas l’temps ! » de faire toutes les tâches qui me permettraient d’avoir plus de visibilité et des articles plus aboutis en design (et je ne parle pas du visuel médiocre de mes sites … Ah ah ah !).

Nous sommes dans une société où l’oisiveté est mal perçue. Il est nécessaire de communiquer qu’on est « busy ». Et le pire, c’est qu’on a tendance à charger nos agendas voire ceux des enfants de moult activités : des séances de sport, des cours de ceci ou cela, des évènements de réseautage et évidemment, le travail qui doit occuper une place principale.

Je vous propose une série de quelques articles sur la question du temps autour de la périnatalité et de la parentalité.

Cet article traite de la période de la grossesse. L’article suivant traitera du post-partum et le troisième de la vie avec un enfant de moins de 3 ans. Ultérieurement, je rédigerai aussi un article sur le rapport au temps en fonction des âges des enfants. Bref, un programme qui prendra… du temps !

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Le temps de la grossesse

Dans la vie, la période de la grossesse est une forme de parenthèse, surtout pour une primipare qui n’a pas d’autre enfant à prendre en compte dans son quotidien.

Ces instants nécessitent un suivi particulier : les rendez-vous gynécologiques ont lieu régulièrement.
Et déjà à ce moment-là, la question du temps qu’on accorde à cette grossesse se représente par les accompagnements à la naissance que les futurs parents décident ou non d’effectuer.
Certain.e.s ne vont pas avoir besoin d’investir la grossesse et ce futur bébé, et donc ne pas y consacrer un temps défini par des rendez-vous supplémentaires. D’autres vont multiplier les séances de préparation en mixant une préparation classique, de l’haptonomie, du chant prénatal et des ateliers isolés sur divers thèmes.
Bien sûr, je grossis le trait des deux extrêmes.
Cela dit, le « profil » des futurs parents aura probablement un impact sur le post-partum.

Durant la grossesse, le temps mental accordé à la grossesse ou au futur bébé peut être un révélateur du vécu parental. Certain.e.s vont être dans la fuite en avant, sans y consacrer une énergie mentale volontaire durant les premières semaines, par crainte d’une fausse couche.
L’absence totale de place psychique laissée au bébé se ressent sur le corps… C’est ce qui se produit également dans les cas de déni partiel ou total de grossesse. Je développerai ce sujet dans un article ultérieur.

L’investissement émotionnel et psychique de la grossesse va être différent en fonction du parcours pour parvenir à ce point : Est-ce un bébé surprise ? Une grossesse venue après un parcours de Procréation Médicalement Assisté ? Un bébé qui s’est installé alors qu’on l’avait cordialement invité ?
Chaque femme va vivre la grossesse de manière singulière. Le vécu durant le premier mois n’est pas celui du dernier mois, d’ailleurs.
Il est plus facile de « l’oublier » (ou même carrément, de ne pas s’en rendre compte) au début alors que le principal intéressé se rappelle à nous par son ampleur et ses mouvements, par la suite.

 

Au commencement…

Parfois, les débuts d’une grossesse amènent des sentiments ambivalents envers celle-ci : la joie, la peur, la surprise,…
Ce bébé tant désiré va devenir le siège d’attentes et la crainte de le perdre ou qu’il ne soit pas en pleine santé peut devenir paralysante.
A contrario, dans le cas de grossesse « surprise », la panique peut être le premier sentiment. D’ailleurs, à la suite de cela, un sentiment de culpabilité pourrait naître « Parce que je ne l’ai pas accueilli dès le départ ».

Il est nécessaire de replacer les choses dans leur contexte. Je vais être claire sur le sujet : ce n’est pas parce qu’on a déjà des enfants que les femmes sont contraintes de garder un embryon qu’elle ne désire pas. Ça vaut aussi pour les femmes installées. La maternité n’est pas obligatoire si on ne la désire pas. Je ne suis pas partisane de la croyance que le destin amène sur notre route ce qui est « bon » pour nous. Je suis adepte du choix. C’est dit !

C’est propre à la perception de chacune et au contexte de sa vie. Il est nécessaire d’y consacrer un temps de réflexion. Tant un enfant qu’un avortement ne se vit pas sans conséquence.
Parfois, la réaction est expéditive : c’est une surprise mais quelle joie ! Mais l’inverse aussi, « Oh ! Non ! La venue d’un (nouvel) enfant serait une catastrophe ! ».
Les deux sont audibles. Les deux sont vrais. Les femmes doivent décider, et pour se faire, elle peut consulter des professionnel.le.s capables de les écouter SANS LES INFLUENCER ou leur faire une leçon de morale.

 

Le vécu d’une grossesse qu’on poursuit…

Une fois que la grossesse a pris sa place consciente dans l’esprit de la future mère, le rapport à cet embryon/fœtus va dépendre des symptômes associés. Certaines ne vont pas ressentir grand-chose : ce qui les inquiètera… Et d’autres vont se voir affliger de nausées, de tachycardie, de maux divers et variés. L’ampleur de ceux-ci impacte le quotidien, et déjà là, la question du temps se pose. D’ailleurs, l’inquiétude sur la pérennité de la grossesse pourra ressurgir aussi quand les symptômes classiques du 1er trimestre s’en iront.

« Oserais-je prendre du temps pour MOI maintenant ? ».
Dans le rythme effréné de la vie active, il est parfois difficile de s’octroyer du repos alors que ce n’est que le début de la grossesse. Or, le premier trimestre est bouleversant pour le corps féminin !
Sans gêne aucune, je vous suggère de vous écouter paisiblement en n’oubliant jamais qu’un travail ne vous garantit pas du bien-être. Par contre, c’est le cas lorsque l’on prend soin de soi et que l’on s’autorise à être attentive à nos sensations.
Beaucoup de femmes vont déjà investir la grossesse et chercheront des solutions pour apaiser leurs maux, ou investiront du temps pour comprendre en détails ce qui se passe en elles.
Il faut avoir en tête cela : dès le départ, les femmes octroient du temps à cet enfant qui n’est pas encore là, parce que c’est en elles que tout se joue.

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Dans le couple, il va fréquemment se produire une distinction claire de la réalité vécue. Une personne est enceinte, pas l’autre.
Souvent, c’est la femme enceinte qui va investir massivement du temps dans l’élaboration mentale de la suite de la grossesse, de l’accouchement et de la vie avec un enfant.
En témoignent les nombreux groupes facebook sur la grossesse et les sujets afférents à l’enfance, majoritairement animés par des femmes enceintes ou devenues mères.
Il y a quelques groupes de futurs pères/coparent.es, comme Papallaitant.
Mais un schéma classique est que le père ou la coparente soit incité.e à agir par la femme enceinte pour s’informer à tel ou l’autre sujet, puisque c’est elle qui les débusque !

Bien sûr, dans certains cas, l’autre parent peut également s’impliquer activement et faire de la grossesse un sujet central de sa vie. Je le souhaite d’ailleurs à toutes les femmes enceintes, en couple.
Mais ce n’est pas encore la majorité, parce que le préjugé social veut que ce soit la femme qui perde des neurones (vous n’avez jamais entendu parler du SNU ? Le syndrome du neurone unique) car elle ne pense qu’à son bébé (je parle au singulier, mais pour les grossesses multiples, ça multiplie les questionnements !).
Comme la femme enceinte vit concrètement l’évolution de la grossesse dans son corps, il y a une certaine tolérance à ce que son attention soit dirigée vers ce petit-être.
D’ailleurs, à partir du moment où la grossesse est annoncée, la question posée à une femme enceinte est : « Et alors, comment ça va le bébé ? ».
Question aussi frustrante qu’incompréhensible.

La plupart du temps, la femme enceinte vit avec ce même questionnement qui n’est rassuré que lors des moments de consultation.
Moi-même, j’ai toujours répondu : « A priori, oui ! J’ai eu une écho il y a X jours et ça allait ! ».
Mais l’absence de certitudes peut amener des angoisses massives. Là, aussi, le vécu de chacune est indispensable à prendre en compte.
Il ne convient pas de balayer les craintes d’un revers de la main : au contraire, il s’agit d’une occasion de les travailler, avec un accompagnement, de manière à faire émerger ce qui se cache derrière.
C’est un des manques des préparations à la naissance, selon moi… Que j’espère pouvoir combler grâce à mes écrits et mes futures consultations.
Les craintes qui surviennent pendant la grossesse sont la plupart du temps normales, mais on en parle peu… Parce que cela soulève des sujets difficiles comme la mort, les malformations, la prématurité, etc.
Les ami.e.s et conjoint.e.s préfèrent rassurer la future mère… Mais les appréhensions ne sont pas entendues en tant que telles et peuvent croitre.
Alors il est possible de trouver des groupe, sur facebook par exemple, où ces sujets sont abordés. Ceux-là, et d’autres… Parfois pires, ce qui amènent des peurs encore plus diversifiées !

A titre d’exemple, j’étais moi-même sur un groupe traitant de la PMA. J’y ai appris certaines choses… Mais cela a généré des doutes que je n’aurais jamais eu autrement. Par exemple, j’ai eu peur de la douleur inhérente à un examen spécifique (l’hystérosalpingographie, finalement, presque indolore, grâce au MEOPA  sûrement mais aussi grâce aux soignants tellement attentifs et drôles… Cet examen à lui seul mériterait un article en mode story telling, tellement j’en ai ri !).
Ensuite, j’ai entendu parler d’œuf clair. Je ne savais pas du tout ce que c’était … Et ça m’a fait anticiper ma première échographie par crainte que ma grossesse ne soit pas évolutive.

Après cela, j’ai compris.
Je ne voulais plus être exposée involontairement à des informations anxiogènes. Mais il me manquait un certain soutien, une écoute, un échange, des informations objectives…
Parce que la préparation à la naissance avec une sage-femme ne commence que vers le 5eme mois, en général.
C’est parfois long, 5 mois, seule dont 3 mois à avoir peur d’une fausse-couche et 4 mois avant de savoir si le bébé est bien viable sans malformation. Du moins, c’est comme ça que MOI, je l’ai vécu.
C’est un vécu parmi tant d’autres.
Mais il n’est pas à négliger ou à taire.
Dès le début, il est possible d’être entendue. Seule ou en couple,  d’ailleurs.
Je suggère d’ailleurs aux femmes de consulter parfois avec leur conjoint.e pour que soit entendu ce qui se joue pour elles.
C’est un premier temps à prendre, ensemble. Il n’est pas question d’une thérapie de couple, mais d’aider le couple à entrer dans la parentalité et donc, le fait que tout est et sera perçu différemment… puisque ce sont 2 êtres distincts.

 

Un coup de tonnerre ?

Il y a des grossesses moins agréables que d’autres… plus stressantes.
C’est le cas des grossesses avec Menace d’Accouchement Précoce (MAP), où les femmes vivent des contractions très tôt, ou que le col se modifie.
Certaines femmes ont droit à un cerclage du col, pour le maintenir  fermé mécaniquement.

Ces grossesses impliquent que les femmes se reposent voire soient totalement alitées.
Ce sont des périodes effroyables pour les femmes enceintes sujettes à ces problèmes.
Il y a les peurs vis-à-vis du bébé mais aussi le vide que cela crée dans la vie : la plupart du temps, les femmes alitées seront souvent seules. Elles consacrent leur temps à préserver leurs bébés.
Ce sont des moments qui vont être consacrés à la recherche d’informations et, à l’heure actuelle, à un grand temps passé sur les réseaux sociaux. Je parle des effets passés derrière les écrans dans cet article.

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Il est profitable pour les futures mères « à risque » de chercher le moyen de s’entourer et prendre soin d’elle.
Si le canapé et le lit deviennent les « meilleurs amis », il est possible de faire venir le monde à soi !
Fais venir tes ami.e.s avec des denrées alimentaires, pareil pour les coiffeu.r.ses, et autres services à la personne dont tu aurais envie.
Ensuite, il peut être profitable d’être accompagnée par une personne qui viendrait consulter à domicile. Diverses pratiques peuvent être profitables : la méditation en Pleine Conscience, mais aussi la sophrologie, par exemple.
Les périodes d’alitement sont des tensions permanentes tant physiques que psychiques. Il n’est pas bénéfique d’enfouir ses craintes et de mettre un masque de façade. Oui ! C’est difficile à vivre car toute la vie est bousculée, du jour au lendemain, sans préambule.

Dans ces situations-là aussi, il est nécessaire de prendre en compte les différences de perception au sein du couple.
Les futures mères et leurs bébés passent leur temps en tête à tête, et toute l’attention est fixée là-dessus. Il est fort probable que les futures mères soient tendues par cette situation et comme je l’ai évoqué précédemment, elles dédient beaucoup de temps à chercher des informations sur leur situation, mais aussi sur l’après-naissance.
Il est ainsi indispensable que les conjoint.e.s prennent conscience de cela et mettent de l’énergie à rejoindre les femmes dans leur vécu.
D’une part, il est nécessaire que les accompagnant.e acceptent d’entendre l’état émotionnel mais aussi de le prendre réellement en compte au quotidien. Par exemple, il serait opportun de se hâter à retrouver sa compagne après le travail… Voire même de demander à pouvoir effectuer du télé-travail pour rester avec elle régulièrement.
Ensuite, il est indispensable qu’ils/elles cherchent à acquérir les connaissances que les femmes ont glanées au fur et à mesure de la journée. C’est aussi un temps quotidien qui peut être utile pour se reconnecter ensemble à l’état de grossesse.
C’est plus simple pour une femme de parler des connaissances qu’elle a récolté si on lui demande ce qu’elle a découvert… plutôt qu’elle ne soit dans une relation unilatérale de pourvoyeuse d’informations « non sollicitées ».

Dans cette situation particulièrement (même si cela peut valoir pour tous les couples hors MAP ou alitement), je peux suggérer que des séances d’haptonomie soient pratiquées.
Ces séances permettent de se communiquer avec les enfants au-delà du stress de l’alitement mais aussi pour aider les conjoint.e.s à s’investir pleinement.
Ces propositions par rapport à la communication  se valent aussi à la période (en France) où les femmes sont arrêtées en fin de grossesse.

Enfin, durant ces périodes d’arrêt de travail, j’inciterai vraiment les femmes à s’investir dans une activité « créative ».
Cela peut sembler fou, mais il n’est pas nécessaire de combler le temps par de l’utile. Au contraire, ce temps peut être mis à profit pour se (re)découvrir des passions manuelles.
En tout cas, il ne peut être que profitable de faire quelque chose qui te rendra fière de toi : écriture, vidéo, puzzle, tricot, couture, calligraphie, coloriage de mandala, gravure sur bois, …
Nombreuses sont les options afin de prendre le temps et de déconnecter l’empressement du quotidien.

 

« Tu bouges beaucoup trop… Quand est-ce que tu sors ? »

La date de ton terme s’approche.
Electrochoc à J-31 : dans moins d’un mois, il y aura quelqu’un de plus. Et l’accouchement. (Je te glisse un article sur la façon d’avoir l’accouchement que l’on souhaite).
Cela fait quelques mois que les mouvements sont perceptibles et qu’ils deviennent de plus en plus visibles.
Pour certaines femmes, ces sensations engendrent de l’inconfort. Pour d’autres, c’est étonnant ou plaisant.
Dans tous les cas, avec les smartphones à proximité, je te peux que proposer d’en faire des vidéos.
A tout le moins, je te propose de prendre le temps de ressentir tout cela, d’essayer de distinguer les mains, les pieds, les mouvements et la position du fœtus.
Tout au long de la grossesse, en palpant doucement l’utérus, il est possible de détecter l’évolution de la grossesse et de la position du fœtus. Je me suis étonnée de sentir très vite une boule en bas à droite, et que celle-ci migre ensuite vers la gauche, avant de s’étendre totalement.

Il est souvent conseillé de parler au fœtus. Je pense sincèrement que cela dépend de la sensibilité de chacun. Certaines personnes trouveront ça étrange de parler à un ventre mouvant (ou pas) et d’autres le feront naturellement.
Dans tous les cas, il peut être utile de s’arrêter sur les moments joyeux ou difficiles et de verbaliser ce qu’il se passe. Il est connu maintenant que les fœtus perçoivent les états émotionnels de la mère. Autant miser, dès le départ, sur la transparence : c’est un bon exercice pour la suite, lorsque le bébé sera dans tes bras.

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Dès que les mouvements deviennent perceptibles, je te suggère de prendre le temps matin et soir (au moins) de te connecter à ce petit-être.
Il s’agit simplement de prendre le temps de lui dire Bonjour et Bonne nuit, en attendant sa réponse.
Parfois, la crainte de ne pas le sentir survient. Dans ces cas-là, il est possible d’avaler un aliment sucré et de se coucher sur le côté gauche (cela favorise les échanges sanguins).
Sans alarmisme, il est nécessaire d’être attentive aux mouvements fœtaux et consulter en cas (d’impression) d’immobilité depuis quelques heures. Les précautions dépendent du stade de la grossesse.

Enfin, il arrive que les maux de grossesse s’accroissent en fin de grossesse. La pression utérine engendre quelques joyeusetés originales (j’en parle dans cet article : « Si j’avais su… sur le corps et la tête d’une femme enceinte ») et parfois, il tarde aux parents que l’enfant  sorte de sa cachette.
9 mois, entre 37 et 42 semaines de grossesse, dans la plupart des cas, c’est court. Et c’est à la fois très long.
Là encore, les dernières semaines de la grossesse sont des moments idéaux pour se prêter aux exercices de respiration et de Pleine Conscience.
Ces moments sont inédits. Ils sont uniques et indicibles.
Ces deux corps qui ne sont encore qu’un ne seront plus jamais aussi proches. Autant ancrer ses sensations durablement…

Et qui sait, pourquoi pas les écrire ?
D’ailleurs, tout au long de la grossesse, l’écriture peut être un média vers ses émotions mais aussi pour partager ses sensations avec le/la partenaire et l’enfant, quand il sera plus grand.
Personnellement, j’ai fait un carnet de bord de ma grossesse… Et je continue à rédiger les péripéties quotidiennes.
Le temps nécessaire pour inscrire les faits, les choix, le décours des évènements permet de se recentrer et d’expliquer clairement ce qui est parfois difficile à dire. En outre, l’écriture permet de garder une trace qui ne sera pas modifiée dans le temps comme le sont les souvenirs.

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En bref, à toi future maman ou future femme enceinte, ne t’oublie pas. Prends le temps d’être, de ressentir, d’inscrire et de vivre intensément.
Rares sont les actions qui pressent réellement.
Penses-toi comme un temple qui construit la beauté de la vie :
Prends soin de toi en te nourrissant sainement.
Prends le temps de te reposer.
Prends le temps de ressentir.
Prends le temps de partager… et, si cela te concerne, incite ton/ta conjoint.e à te rejoindre dans ces temps de connexion.

A très bientôt pour de nouvelles curiosités !

Si tu t’intéresse à cette notion de « prendre le temps », je t’invite à découvrir le « slow parenting » via le nouvel ouvrage de Chloé Blin-Maginot  : Vivez une parentalité Slow.

parentalité slow

 

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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Réponse au reportage d’Envoyé Spécial « Burn Out Parental »

Aujourd’hui, j’ai regardé le reportage d’Envoyé Spécial sur le Burn Out Parental.
De prime abord, j’étais ravie que l’on parle de ce sujet et de la parentalité à une heure de grande écoute dans un magazine d’enquête !
Je suis une consommatrice avide des enquêtes d’Elise Lucet. Je les trouve souvent bien menées et aussi franches que caustiques pour ceux mis en cause.

Malheureusement, dès l’introduction, j’ai été étonnée du ton donné de ce reportage : « (…) Dans certaines familles, gérer les enfants est devenu un cauchemar. » Le tout, sur des images d’enfants qui hurlent et de parents qui soulèvent leurs enfants.
Je m’étonne, car je pensais qu’on parlerait du Burn Out Parental, et non… des problèmes que rencontrent les parents dans l’éducation (je préfère d’ailleurs « accompagnement », comme terme) des enfants.
Heureusement, le sous-titre reste « Quand les parents craquent ! ». Tout de même, on écarte les enfants de la responsabilité de l’état de leurs parents.
Mais cela ne dure pas ! Après cela, la question posée est : « Comment se débarrasser de la culpabilité d’être un mauvais parent ? ».
La formulation est pour le moins maladroite : la question n’est pas que de se débarrasser de la culpabilité de nos attitudes, mais de changer lesdites attitudes lorsque c’est nécessaire.
La culpabilité a une fonction : elle œuvre pour que l’on modifie ce qui nous pose problème. Bien évidemment, la culpabilité excessive est néfaste. Mais ressentir de la culpabilité lorsqu’on a eu une attitude qui atteint nos critères moraux n’est pas vain : cela permet de réfléchir sur des alternatives. Les personnes en Burn Out Parental ont souvent une culpabilité excessive qui les conduit à des conduites dont elles ne s’imaginaient pas capables. Alors oui, traitons la culpabilité mais aussi les causes!

Toutes ces maladresses de langage et les perspectives prises dans le reportage sont les raisons pour lesquelles je souhaite opposer une réponse à ce reportage.
Il démontre un triste amalgame : ne pas différencier clairement le ressenti des parents et l’attitude des enfants.
Tout au long de ce reportage, les spectateurs sont amenés à penser que les enfants exposés sont vraiment insupportables avec leurs parents et que c’est pour ça que le.s parent.s sont dans un état d’épuisement.
Or, l’état de Burn Out du parent n’est pas en lien direct avec l’attitude des enfants, mais plutôt avec son propre état d’esprit par rapport aux enfants !
Les enfants ne sont pas insupportables, ce sont les parents qui ne les supportent plus.
La nuance est indispensable.

Je rappelle la définition du Burn Out Parental, prise à l’UCL (Belgique) qui a mené la seule grande étude sur le sujet :
« C’est un syndrome qui touche les parents exposés à un stress parental chronique. Le burnout se manifeste par le sentiment d’épuisement (être épuisé, vidé, que ce soit au niveau émotionnel, cognitif et/ou physique), la distanciation affective avec les enfants (le parent n’a plus l’énergie de s’investir dans sa relation avec ses enfants), la perte d’efficacité et d’épanouissement dans son rôle de parent (il a l’impression d’être un mauvais père ou une mauvaise mère). Le burnout peut avoir des conséquences graves sur le parent (problèmes de santé, addictions), sur le couple (irritabilité, conflits, divorce) et sur la relation parent-enfant (négligence, violence). »

Considérer que le Burn Out Parental est causé par les attitudes des enfants, c’est comme estimer qu’une personne dépressive l’est à cause de ce qu’elle a vécu. Or, rien n’est plus faux.
Il y a des conditions favorisant l’apparition de ces problèmes mais elles ne sont pas les causes. Les conditions préexistantes au déclenchement du BO parental auraient été indispensables à mettre en exergue de façon plus claire.

Tout du long, les familles font état de leur difficultés éducatives avec leurs enfants, et ne se penchent que relativement peu sur leur propre état émotionnel.
Il met aussi en évidence que le Burn Out Parental survient lorsque les parents veulent trop en faire : trop d’activités, d’investissement, de travail. C’est d’ailleurs ce que je constate dans presque tous les discours de parents épuisés : « Je me suis retrouvé.e sur la corde parce que j’en fais trop. Je suis trop perfectionniste dans ce que je veux pour les enfants et c’est pour ça que je suis épuisé.e. ».
S’il y a une part de vrai là-dedans, je pense que l’on méprise une part importante du problème source : le précipice entre les besoins des enfants et le cadre social occidental dans lequel on évolue.

Or, Envoyé Spécial est connu pour remettre sur l’établi les dérives de la société occidentale en termes de gestion financière, de consommation, de rapport à l’écologie… Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas concernant le rapport à la parentalité ?
La parentalité est un sujet qui touche une très large part de la population. Cela concerne tout le monde et pourtant ce n’est pas un sujet : justement parce que tout le monde y fait face.
Pourquoi n’avez-vous soulevé l’absurdité des rôles parentaux dans la société occidentale actuelle ?
Il est logique que les relations puissent être (dis)tendues dans des circonstances où des parents travaillent 5 jours/semaine et où tous les moments sont teintés d’empressement ou de fatigue.
Eh oui, le matin, il faut se dépêcher de se préparer. Quand on se retrouve en fin d’après-midi ou en soirée, tous sont fatigués et les weekends sont occupés entre tâches nécessaires et activités avec les enfants.
Il n’y a que peu de temps pour être présent.e à une relation authentique, ce que cherchent pourtant les enfants !

Au lieu de déplorer ce renfermement de la cellule familiale qui laisse à penser que les parents en détresse sont les seuls à vivre cela, le focus est mis sur les difficultés éducatives. Et cet axe a comme conséquence directe de lancer le spectateur dans des jugements du genre : « Un peu de respect et d’autorité et ça irait ! » ou « Vous avez pensé à élever la voix ou à punir ? »… Et je n’invente, il y a des perles dans les commentaires du reportage sur YouTube.
Le reportage n’engendre pas une identification des spectateurs aux difficultés communes à tous les parents et surtout au 10% touchés par le BO Parental sévère… Mais amène des jugements sur les méthodes éducatives.
Cependant, aucun point n’est fait sur celles-ci.
Il est diffusé sans commentaire que les parents laissent leurs enfants s’endormir après avoir pleuré 2h, font passer les parents pour des « victimes » de la tyrannie de leurs enfants et commente « Aux Pâtes au Beurre, on lui a conseillé de mettre plus de limites à ces enfants ! ». [Petit Aparté pour remercier l’Association Les Pâtes au Beurre d’exister et de proposer le type d’accompagnement.]

J’ai eu envie de m’évanouir (oui, le sujet me touche particulièrement, puisque c’est mon domaine de prédilection le parentage (maternage) et « l’éducation bienveillante ») : Comment laisser penser aux spectateurs, qu’en effet, un cadre et des limites feraient le job pour que les enfants se tiennent mieux et soient assez dociles pour que les parents soient moins sur les nerfs ?
Cela n’a aucun sens !

Le Burn Out parental ne se soigne pas en ayant des enfants plus calmes, ils se traitent en prenant soin de soi !
Comme évoqué dans le reportage, les groupes de parole sont incontestablement utiles. De plus, il est également indispensables que les parents atteints de difficultés avec leurs enfants puissent se retourner vers leur propre histoire, la gestion de leurs émotions, leur propre vécu d’enfant…
Parce que cela a été démontré à de nombreuse reprise et Isabelle Fliozat a écrit un livre aussi édifiant qu’utile à ce sujet « Il n’y a pas de parent parfait » : les réactions que les parents ont à chaud envers leurs enfants sont des répétitions automatiques de vécu infantile.
Dans les situations émotionnellement envahissantes, il n’y a que peu de place pour la réflexion et les réactions sont automatiques.

Dans le cas où ces réactions automatiques sont des cris, des punitions, des coups et autres joyeusetés de ce type, les enfants vont, eux aussi, réagir !
Et au fur et à mesure, les attitudes de ces derniers vont être de plus en plus virulentes, en regard de ce à quoi ils sont exposés.

Mais pour agir et comprendre le fonctionnement de cela, il est nécessaire de prendre le temps de se pencher sur le développement des enfants et sur leurs besoins.
Dans ce reportage, nulle mention n’est faite sur la manière d’entrer en empathie avec les enfants pour écouter ce qu’ils ont à dire.
La perspective est qu’ils doivent obéir sans mot dire, et que cela n’est pas le cas, faute de cadre de la part des parents (voici un article qui aborde justement cette notion des limites éducatives).
J’invite sincèrement ceux qui estiment cela juste de s’informer sur l’éducation bienveillante/positive/créative (ou encore, ce que j’appelle « l’accompagnement bienveillant »).

Oui, cela demande de changer d’angle.
Il faut sortir des croyances que l’enfant est un tyran, qu’il doit être dominé et obéir, qu’il doit se tenir « bien » et pouvoir être sage.
Cette vision de l’éducation est héritée d’une époque obsolète où les connaissances sur le développement de l’enfant étaient moindres.
La société avait besoin de bras, de main d’œuvre et de soldats. Les femmes étaient au foyer, le patriarcat était tel que les femmes devaient obéir à leurs époux, tout comme les enfants. En l’absence d’informations contraires, on usait de méthodes coercitives qui corrigeaient les enfants (comme si les enfants étaient à mettre sur le droit chemin).

Mais voilà, maintenant, on le sait et d’ailleurs une loi a enfin été adoptée en France, les Violences Educatives Ordinaires, en plus d’être inefficace d’un point de vue éducatif sont délétères à long terme pour la construction des individus. Voici d’ailleurs un article « Les punitions : pourquoi sont-elles toxiques même si elles ont l’air efficace ? ».

A notre époque, nous évoluons dans une société où les connaissances ont mis en exergue que les enfants se développement grâce aux liens avec leurs parents. C’est la raison pour laquelle ils sont constamment en recherche de ce lien, qu’ils paniquent lorsqu’ils sentent une distance se créer qu’elle soit physique ou émotionnelle.
C’est aussi la raison pour laquelle des enfants séparés de leurs parents tout la journée vont faire un ramdam pas possible jusqu’à pas d’heure… Pour être avec ceux qui leur ont tant manqué !
C’est pour ça qu’ils mettent en place des attitudes qui peuvent sembler incompréhensibles, alors qu’elles n’ont qu’un seul but caché : s’assurer que le lien est là, peu importe sa forme !

Alors forcément, quand ils sentent que les parents se distancient, s’éloignent, les évitent… Ils se raccrochent à tout ce qu’ils peuvent pour avoir leur amour.
L’amour, c’est un carburant !
Ce n’est pas le cadeau à donner quand tout va bien, c’est ce qu’il est nécessaire d’offrir pour que cela se passe harmonieusement.

Or, aimer des enfants, c’est aussi vouloir les comprendre.
Les enfants agissent en réaction à leurs besoins. C’est ainsi.
Leur gestion émotionnelle ne commencera à être efficace que vers 5 ou 6 ans, dans le cas où ils auraient été accompagnés de façon bienveillante là-dedans.
On s’attend que des enfants gèrent leurs émotions, on leur demande de se taire, de ne pas pleurer alors qu’il y a tant d’adultes eux-mêmes ne sont pas en mesure de gérer leurs propres émotions autrement qu’en les masquant ou en explosant !
Il y a plein de manière d’accompagner des enfants en colère, qui vivent de la frustration, qui n’acceptent pas le refus et s’opposent.
La connaissance du développement infantile permet de conscientiser que certaines attitudes ne sont pas à « corriger », mais juste à accompagner car il s’agit de la maturation d’un enfant.
Les neurosciences affectives sont claires là-dessus : l’empathie, le parentage/maternage proximal et la bienveillance sont les éléments-clés pour accompagner un enfant de manière optimale. Chaque lien donne accès à des articles détaillant ces notions.

Alors pourquoi, Chère Rédac’ d’Envoyé Spécial, avez-vous traité ce thème comme un épisode de « Super Nanny », en laissant aux spectateurs que de la méprise et du jugement envers ses parents, laissant juste apercevoir que le BO parental arrive fréquemment et qu’on peut se faire aider ensuite?
Pourquoi ne pas avoir clos le sujet en abordant les attitudes parentales qui peuvent prévenir l’apparition ou la rechute de cette problématique ?
La teinte du reportage aurait été tout autre si vous aviez pu donner aux spectateurs une ébauche de manière alternative de fonctionner avec les enfants. Des « méthodes » qui permettent d’épanouir tant les enfants… que les parents !

Oui, la parentalité bienveillante est une autre perspective de la parentalité occidentale telle que nous la connaissons… Parce que cette dernière ne colle plus, ne correspond plus aux individus que nous sommes et à la société dans laquelle nous évoluons. Nous souhaitons nous épanouir et que nos enfants soient heureux. Nous souhaitons être libres et que nos enfants puissent être des citoyens qui le soient également.
Dans la recherche de cet épanouissement respectif, il y a des voies trop peu connues et pourtant validées scientifiquement.
La parentalité bienveillante amène les parents à comprendre les enfants mais aussi à se comprendre eux-mêmes, afin de pouvoir être les parents qu’ils voulaient être.
La perspective bienveillante de l’enfance permet aussi de sortir de l’adultisme (« l’adultisme expliquée aux adultes » et de pouvoir entrer dans un autre mode de relation, dénué d’enjeux de pouvoir. Il ne faut pas oublier que pour qu’il y a une lutte de pouvoir, il faut qu’il y ait deux joueurs. Or, il est possible de sortir de ce schéma en agissant autrement.

Je vous en conjure, Rédac’ d’Envoyé Spécial, offrez-vous la possibilité d’aborder à nouveau la parentalité sous un autre angle !
Dans ce reportage, vous avez laissé penser que des pratiques incluant des Violences Educatives Ordinaires (VEO) n’appellent à aucun commentaire et que cela pouvait s’améliorer en renforçant le « cadre » (sans que vous ne le définissiez).
Il y a deux papesses de la bienveillance en France : Catherine Guenguen et Isabelle Filiozat, dont les ouvrages ont permis et permettent encore d’ouvrir la voie vers une harmonie familiale dans de nombreux foyers.
Si je peux vous souffler une idée, faites un reportage sur l’après-passage de loi contre les VEO et sur les pratiques alternatives de la parentalité comme la parentage/maternage proximal (je serai volontiers votre interlocutrice) et l’accompagnement bienveillant des enfants.
Avec votre visibilité et votre audience, vous offririez à une large partie de la population d’avoir des connaissances et des ressources concrètes pour sortir des impasses engendrées par des croyances obsolètes sur la parentalité et l’enfance.

A bon entendeur…

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P.S.: A celles et ceux qui s’intéresse au sujet du Burn Out Parental, voici un ouvrage à acquérir:

Le-burn-out-parental-l-eviter-et-s-en-sortir

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Quand les « mensonges » s’invitent dans la bouche des enfants

« Ma maman me donne des biberons froids ! Et Papa, il boit dans le canapé assis devant dans télé ! »

J’avais 3 ans et demi et c’était durant un entretien avec la Directrice de l’école qui allait m’accueillir, quelques mois plus tard.
Ma mère fut épouvantée que j’ai pu dire ça. Son honneur fut sauf puisque ma sœur aînée était déjà scolarisée là-bas et que la Directrice connaissait la famille. Elle savait que je fabulais.
Jamais ma mère ne m’a proposé de biberon froid (et pourtant j’en ai bu très tard !) et mon père ne touche à l’alcool qu’en de rares occasions, et surement pas devant la télé !

A partir de là, je fus celle qui ment, qui fabule, qui raconte des histoires.
Parfois, on m’a dit que j’étais très imaginative, mais ce que j’ai entendu fréquemment est : « Tu mens vraiment comme tu respires ! ».

Pourquoi ?
Parce que c’était le chat qui avait fait tomber le micro-onde, ou avait démonté le magnétoscope (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître !)…
Parce que ce n’était pas moi qui avait planté mon doigt dans le gâteau au chocolat ou mangé le dernier biscuit.
Parce que oui, j’étais en retard ! Mais j’avais pleins de bonnes raisons un peu « foireuses ».
Parce que j’avais cassé un objet précieux et que j’étais épouvantée de lire la tristesse et la déception dirigée vers moi.
Parce que j’avais envie de pouvoir être intéressante, avec les copines, mais que je n’avais rien vécu de passionnant…

Bref, oui ! J’ai raconté des tas d’histoires.
On ne peut pas dire que cela ait forcément été perçu positivement, forcément.
Or, à partir du moment où l’on m’a collé l’étiquette de menteuse, comme je l’explique dans cet article sur l’impact des mots et des étiquettes, je n’ai fait que confirmer cela.
Le mal étant déjà fait, quoi que je dise : c’était remis en question.
Alors bon … Je pouvais bien inventer d’autres trucs tant que ça me servait et que ça ne faisait pas de mal.

Le fait est que je ne suis et n’étais pas particulière. Je rencontre beaucoup de parents qui s’inquiètent des affabulations de leurs enfants de tous âges.
C’est la raison pour laquelle je vais détailler dans cet article les raisons qui poussent les enfants à raconter, aux yeux des autres, des mensonges !

perception
C’est le cortex préfrontal qui court …

Comme à tous les sujets dans l’accompagnement bienveillant des enfants, il vaut mieux savoir pourquoi les enfants agissent… Mais aussi quelles sont leurs possibilités réelles, au lieu de les supputer, et de leur prêter des intentions qu’ils ne sont pas en mesure d’avoir.

Ce n’est pas original, comme référence, mais elle est très bien organisée : le contenu d’Isabelle Filiozat sur le sujet.
Elle décrit âge par âge le rapport que les enfants ont à leurs discours.

Avant l’âge de 3 ans, les enfants n’ont pas conscience du mensonge, ils font état de fabulations. S’ils racontent autre chose que la réalité perceptible (je n’apprécie pas le terme « Vérité », car c’est une question de perception), c’est parce qu’ils modifient leur propos en fonction des attentes de leurs interlocuteurs.
Par exemple, quand on leur pose une question précise sur l’endroit où se trouve un objet, ils vont avoir tendance à répondre l’endroit où ils pensent que tu aimerais que cet objet soit.
Son intention est de te contenter, pas de te tromper !
A partir de 3 ans, les enfants développement leurs images mentales et sont en mesure de les verbaliser.
Ils peuvent imaginer des faits et les énoncer comme ils décrivent la réalité.
Le langage s’étoffe et les parents peuvent être surpris des associations effectuées par les enfants.
Encore une fois, il n’y a pas une volonté de tromper les interlocuteurs, ils expriment ce qu’ils pensent indistinctement avec ce qu’ils font/ont fait. Encore une fois, il s’agit de fabulations.
C’est à ce moment-là qu’on peut constater clairement que les enfants n’ont pas accès au second degré ni à la distinction avec l’imaginaire : ils croiront que les monstres et les sorcières existent si tu leurs racontes ce type de contes imaginaires effrayants.
D’ailleurs, pour éviter des peurs irrationnelles, je déconseille la lecture des contes de ce type avant 6 ans !

Vers 3 ans et demi, les enfants commencent à prendre conscience que les personnes croient ce qu’ils disent… et qu’ils peuvent influencer autrui par leurs propos. Ils se découvrent maîtres de penser de façon autonome, sans que l’entourage ne sache ce qu’ils ont dans la tête.
De la même manière qu’ils ont pris conscience des phénomènes physiques tels que la gravité en jetant par terre bon nombre d’objets ou d’aliments… Maintenant, ils vont utiliser les mots pour estimer si les effets de ceux-ci sont concluants !
Souvent, c’est à ce moment-là que les premières étiquettes de mensonge arrivent.

Je ne reformule pas puisque c’est clairement exprimé dans cet article :
« Et là s’introduit entre adultes et enfants une formidable confusion que le psychanalyste Sandor Ferenczi appelait « confusion de langues ». Faute de saisir l’enjeu de cette confusion, d’en parler clairement à l’enfant (« Je sais que tu as raconté ce mensonge parce que tu voulais me faire plaisir ou parce que tu avais peur de me faire de la peine »), de lui expliquer le pourquoi d’une éventuelle sanction, nous risquons de passer à côté de la souffrance qui se cache derrière le « men-songe », le « rêve qui ment » comme l’appelle joliment Jean-Pierre Winter. »

Il est indispensable de prendre conscience que l’expérimentation des capacités langagière, des pensées autonomes voire secrètes et de leurs impacts, sont nécessaires pour la construction de leur cerveau et d’eux-mêmes.

A partir de 4 ans, les enfants sont susceptibles de raconter des choses de manière à obtenir ou éviter quelque chose.
Un enfant qui présume qu’il aura des remontrances s’il a mangé du chocolat, dira qu’il n’en a pas dégusté… Même si le tour de sa bouche démontre le contraire !
Il tente d’éviter la réaction estimée négative.
C’est à partir de cette étape que sont saillantes nos attitudes dans la perspective des enfants qui agissent alors de manière à fuir ce qui le rend inconfortable.

On comprend alors que pour diminuer l’occurrence des carabistouilles, c’est notre attitude qui est à surveiller (eh oui, encore ! Les enfants sont des éponges miroitantes !) !
D’abord, il est nécessaire de changer de perspective à la lumière des informations exposées ci-dessus : les enfants ne mentent pas de manière à influencer l’attitude d’autrui avant l’âge de 4 ans, environ.
Et à partir de cet âge-là, un enfant qui raconte des histoires ne le fait pas de manière anodine. C’est un acte mu par une raison tangible prenant racine dans l’attitude parentale (ou d’autres individus).

En rappel, l’être humain est un être social. Cela implique que chacun a besoin de se sentir inclus parmi ses pairs. C’est d’autant plus le cas durant l’enfance, puisque les petits d’humain ont bien conscience qu’ils ont un besoin vital de la présence d’autrui !
La crainte de l’exclusion est alors majeure. Ils font tout pour éviter de se sentir/être exclus de leur groupe d’appartenance.
Les fabulations sont alors susceptibles d’être utilisées de manière à éviter cette exclusion ou le sentiment d’exclusion.
Or, lire la déception dans les yeux d’un.e référent.e peut être interprété comme un signe de désamour et de détachement.
C’est la raison pour laquelle les enfants tentent alors de rire/faire rire, change de sujet, essaye de fuir la discussion, et autres stratégies, de manière à recréer/se rassurer du lien !
Ce n’est pas du tout un signe de provocation mais au contraire, une tentative de réconciliation.

Comment faire pour diminuer l’occurrence des mensonges chez les enfants ?

Un enfant qui a peur d’être puni (verbalement, émotionnellement ou physiquement) aura tendance à éviter cette sentence ! Alors, seront cherchées des stratégies permettant de les déjouer. Le mensonge est une des stratégies disponibles.
Je rappelle à l’occasion que les punitions sont totalement inefficaces et n’aident en rien à l’éducation des enfants : pour en savoir plus, tu peux aller lire cet article sur le sujet.

Les mensonges peuvent également être des stratégies les aidant à répondre à leurs besoins. Pour favoriser l’authenticité des enfants, il est nécessaire de les accompagner dans l’expression de leurs émotions et de leurs besoins.

Il est ensuite intéressant de se pencher sur ce que les enfants tentent d’atteindre par leurs mensonges… Et de leur proposer des alternatives !
Il est parfois facile d’élaborer de petits mensonges de manière à être inclus au groupe ou à éviter d’être gêné.e… D’autant plus dans un contexte où les enfants se savent sujet à l’humiliation (avec ses pairs ou face à des adultes malveillants).
Il faut leur montrer qu’ils peuvent être entendus et n’ont pas à mentir pour accéder à leurs envies/besoins.

Comme je l’ai précisé auparavant, l’usage des mots est déterminant : caractériser un enfant de « menteur » ou ses propos de « mensonges » engendrera un malaise et un effet contraire à celui escompté.
Je précise dans cet article « pourquoi les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) ! », en citant Marshall Rosenberg, initiateur de la CNV.

Bien sûr, comme pour l’empathie et l’attention, l’exemplarité est indispensable pour être cohérent aux yeux des enfants.
Si tu as tendance à maquiller la réalité, ton enfant s’en rendra compte tôt ou tard. Il se dira qu’il peut agir de la même manière.

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Les réponses face à des propos qui ne rencontrent pas la réalité perceptible sont déterminantes.
En fustigeant les enfants, ils se renferment.
En ignorant leurs propos, ils peuvent croire que leurs actions n’ont pas d’impact.
Il est ainsi indispensable de saisir la perspective bienveillante pour intervenir avec justesse et équilibre.

Bien entendu, les réponses doivent s’adapter à l’âge des enfants.
S’il s’agit des histoires racontées par les petit.e.s en dessous de 3 ans et demi, il est efficace de reconnaître leurs propos sans les rabrouer de manière vive.
Les enfants ont besoin d’entendre que leurs mots résonnent chez leur entourage, que ce qu’ils disent compte pour nous.
Il est possible de reformuler et ainsi d’acter ce qu’ils prononcent.
Si ce qu’ils disent n’est pas exact, par exemple, ma mère aurait pu dire : « Ah, Tu as déjà vu Papa boire dans le canapé ? Et moi, je te donne des biberons froids ? », tout en ajoutant ensuite un questionnement par les conséquences émotionnelles que cela engendre chez eux : « Et cela te fait quoi, quand je donne un biberon froid ? ».
Le principe est de permettre aux enfants d’être entendus, car c’est ce qu’ils demandent.

Au-delà de 3 ans et demi, il est nécessaire de faire comprendre aux enfants qu’on perçoit que leurs discours n’est pas gage de vérité tangible.
« Ce que tu dis là, c’est pas ce que je peux constater. Ce que je vois, c’est « ça » ! ».
L’objectif est de faire part de ses observations de manière neutre, sans jugement.

Il est ensuite nécessaire de focaliser son attention sur la réparation plutôt que sur la recherche de coupable, et cela vaut pour toutes les situations.
Cela peut se décliner de moult façons de façon à rappeler les valeurs de la maisonnée ou encore des suggestions de phrases pour aider les enfants à se livrer pour ainsi passer à l’étape de la recherche des solutions :

« Je rappelle qu’il n’y a ni brimade ni punition sous ce toit : l’objectif est simplement de nettoyer/trouver des solutions/être authentique sans avoir peur des autres. »
« La maladresse arrive à tout le monde ! », afin de rassurer quant à ces actions. Ensuite, en exprimant clairement « Oops, j’ai fait tomber une tasse ! », les enfants voient que les actions ayant des conséquences « néfastes » peuvent survenir avec tout le monde !

« Maman, j’ai mis du feutre sur le fauteuil. Tu peux m’aider à l’enlever ? » : le fait de verbaliser des phrases peut les aider à parler.

« Je te fais confiance, et c’est nécessaire pour que tu aies plus de responsabilités. Ça implique que tu prennes soin de cette confiance. », pour les inciter à conscientiser leur responsabilité dans le quotidien.

L’humour est une ressource inestimable pour autant qu’il ne méprise pas l’intégrité morale des enfants. L’objectif est de transmettre le message : « je sais que tu sais ».
« Oh ! Dis donc, c’était de l’air à la place de l’eau dans le robinet pour que tes mains soient encore pleines de tâches ? »
Je rappelle à l’occasion que les enfants ne perçoivent pas le second degré avant 4 ou 5 ans, c’est donc superflu avant cet âge !
Mais pourquoi mentent-ils ?

Il est indispensable de détecter ce qui motive les mensonges.
Est-ce que ton enfant veut préserver ses liens sociaux avec ses amis ?
Est-ce qu’ils veulent éviter une brimade ?
Est-ce qu’ils estiment ne pas avoir assez de liberté ?
Est-ce qu’ils souhaitent préserver ton amour en évitant ta déception ?
Est-ce qu’ils souhaitent te protéger de leurs propres erreurs, de manière à ce que tu ne t’inquiètes pas ?

Il peut être utile de mettre en exergue que le mensonge engendre de la culpabilité, en décrivant celle-ci dans ces composantes émotionnelles et physiques : sensation de malaise, de tension, de lourdeur, de tristesse, …
Ensuite, il est indispensable de les impliquer dans la recherche de solutions de manière à ce qu’ils investissent totalement l’impact de leurs actions. Il est aussi intéressant pour eux qu’ils intériorisent que les solutions sont plus aisées à trouver/mettre en place à plusieurs !
Cela vaut pour toute la vie ! On appelle cela « l’intelligence collective ».

Quid de l’après-mensonge ?

Faut-il revenir sur le fait du mensonge ? Avoir une discussion sous forme de morale ?

Il peut être intéressant de relever la fierté qu’ils peuvent avoir de s’être libérés d’une tension amenée par la culpabilité du mensonge.
Il est indispensable d’éviter de monter en épingle LE mensonge et encore moins accabler les enfants de qualificatif de menteur.
Par contre, il est possible de reconnaître les attitudes habituelles des enfants dont leur authenticité : « C’est parfois difficile de savoir comment réagir, hein ! Mais l’idéal, c’est de choisir de dire la vérité pour se sentir bien. C’est drôlement plus confortable de pouvoir tout se dire ! »

Il est important de renforcer l’estime de soi des enfants de manière à ce qu’ils ne se sentent pas dans le besoin de recourir aux mensonges.

Le mensonge, un vrai problème ?

Qui n’a jamais recourt aux mensonges sociaux… ? Vous savez ces propos que nous tenons pour éviter de blesser quelqu’un :

« Ta coupe ? Ouiiiii, ça te va bien ! »
« Il a quel âge ? Déjà ? Ouiiiii, il est adorable… ! »

Toute « Vérité » n’est pas bonne à dire… Il y a des contrats sociaux qui demandent certaines attitudes de manière à préserver ses relations sociales.
Ta relation à ta vieille tante ne sera pas plus agréable si tu lui dis qu’elle pique avec ses poils de moustache drus, sent la naphtaline, et que son ragoût te donne la nausée.
Bref, il vaut mieux taire certaines remarques afin de ne pas heurter la sensibilité de certaines personnes.

Mais il faut être claire : c’est très difficile de faire la part des choses…
Il y a des commentaires que tu ne « peux » pas faire avec certaines personnes mais aisément à d’autres… Et cela en fonction de l’étroitesse des relations émotionnelles.

Dans la sphère sociale, il y a ainsi les mensonges proscrits et ceux qui sont prescrits. La gestion de cette distinction est délicate et demande de l’apprentissage …
Donc il est fort probable que tes enfants de 4 ou 5 voire 6 ans puissent dire à ta tantine que son plat ne ressemble à rien et qu’il n’y touchera pas !

Il est assez simple de constater que l’usage du mensonge révèle une contrainte. La question principale est de savoir de quel type de contrainte il s’agit. Il faut alors interroger si l’authenticité peut être mobilisée dans ce contexte.
C’est justement cette authenticité qu’il est utile à mettre au cœur des valeurs. Celle-ci n’est en mesure de se développer que dans un cadre serein qui garantit tant la confiance en soi que l’attachement indéfectible des parents.

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Je souhaite que cette lecture puisse avoir été inspirante. Fais-moi un retour si tu as des questionnements ou des difficultés spécifiques : je me ferai un plaisir de t’aider.

A très bientôt, pour toujours plus de curiosités bienveillantes autour de l’enfance !

Voici deux ouvrages à lire avec les enfants sur ce thème:
un si gros mensonge ,
– le mensonge de Nino

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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Le genre, une histoire d’identité ou de société ?

 

« Alors, c’est une fille ou un garçon, que tu attends ? »
« Oh, il est beau ce bébé ! C’est un garçon ? »
« Oh ! Elle est timide, comme toutes les petites filles ! »
« Actif, votre garçon ! Un vrai aventurier ! »
« Alors, ma princesse, tu vas bien ? »

Cela me coûte d’écrire ces phrases. Elles sont à mille lieux de ma conception de l’identité des enfants. Pourquoi ?
C’est pour l’expliquer que j’écris cet article !

Mais d’abord … Je voudrais mettre un contexte :

Eté 2017 : Je fus ravie d’apprendre que j’étais enceinte d’une fille.
J’avais toujours dit que l’important était un enfant en santé, bien sûr.
Alors, pourquoi être réjouie d’avoir un enfant de sexe féminin ?

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Parce que ma vie a toujours été entourée de femmes. Elevée par ma mère, avec ma sœur et ayant toujours des entourages féminins.
J’ai grandi dans l’idée de l’empowerment féminin et dans la lutte contre le patriarcat.
Je pense que j’ai intériorisé le principe selon lequel j’aurais plus de facilités à accompagner une petite fille qu’un garçon, par habitude.

Les semaines passent et je me rendais compte que les gens projetaient énormément de caractéristiques sur ce bébé à naître, juste à cause de son genre présumé.
Cela m’exaspérait totalement. En plus de cela, il n’y avait pas une semaine qui passe sans qu’on me dise : « Oh ! Vous le portez haut ! C’est un garçon ! », « Vu les vêtements que vous achetez, c’est un garçon ! ».
J’avais d’ores et déjà décidé que ma fille serait habillée de manière non genrée. L’idée selon laquelle « elle » pourrait être intersexe ou encore trans me touche alors de plein fouet !
Je refuse d’avoir des attentes précises concernant son individualité en fonction de son genre présumé.
Cela renforça mon envie d’acquérir une majorité de vêtements unisexes bien que je ne me priva pas de garnir sa garde-robe par quelques pièces estimées tantôt plus « fille » ou plus « garçon ».

La suite de la grossesse se poursuivit et je répondis différemment : « Il apparaît que c’est une fille, mais je ne sais pas comme ce bébé se sentira ! ».
Je te le concède, ça laissait perplexe  mes interlocut.rices.eurs, mais cela correspondait à mes valeurs.

Avant d’entrer en matière concernant les stéréotypes de genre,   il est nécessaire de rappeler des termes distincts :

  • Le genre est un ensemble de traits communs à des êtres ou à des choses caractérisant et constituant un type, un groupe, un ensemble.
    Concernant les organes sexuels et la classification selon les deux genres majoritaires, le genre assigné à la naissance est déterminé par l’aspect des organes sexuels à ce moment-là.

 

  • L’orientation sexuelle peut être définie comme « l’attirance durable pour le même sexe que le sien, le sexe opposé ou les deux sexes. On définit ces attirances avec les termes bisexualité, pansexualité, homosexualité et hétérosexualité. On parle parfois d’une cinquième orientation, l’asexualité, qui est la non-attirance sexuelle pour l’autre.»

 

  • « La notion d’identité sexuelle fait référence à l’expérience intime et personnelle de son genre, telle que vécue par chacun. Elle a trait au fait de se sentir femme, homme, les deux, aucun ou autrement, selon où l’on se positionne sur le continuum de l’identité sexuelle. L’identité sexuelle d’une personne peut correspondre ou non au sexe qui lui a été assigné à la naissance, et est fondamentalement différente de l’orientation sexuelle. »

Il n’y a pas de lien direct entre ces notions comme c’est sous-entendu la plupart du temps.
La majeure partie de la population est cis-genre (reconnaît et accepte le genre assigné à la naissance comme étant celui correspondant à soi-même) et hétérosexuelle. La majorité pense alors que les autres déclinaisons ne sont pas totalement légitimes dans leur existence voire ne seraient que des fantaisies ou encore, des pathologies psychiatriques.

Il est nécessaire de savoir que les personnes transgenres ou intersexes ne sont pas atteintes de maladie mentale.
La dysphorie de genre est un mal-être concernant le sentiment d’inadéquation par rapport au genre assigné à la naissance et leur identité de genre. Pour aller plus loin: http://www.infotransgenre.be/m/soins/dysphorie-de-genre/

Tous les « trans » ne vivent pas de dysphorie de genre, ou du moins, pas constamment… Souvent, c’est une période dans leur vie.
Les personnes intersexes également, peuvent vivre avec souffrance cette inadéquation.
L’intersexualité c’est la présence « dans une plus ou moins grande mesure des caractéristiques des deux sexes. Ces conditions intersexuelles peuvent être dues à une anomalie chromosomique ou à une insensibilité à l’action des hormones sexuelles au cours du développement prénatal. Ces conditions intersexuelles sont en partie visibles à la naissance puisque le médecin constate que les organes génitaux présentent une forme inhabituelle. Il est alors difficile de se prononcer à la naissance sur le sexe de l’enfant en fonction de ses organes génitaux. D’autres formes d’intersexualité se manifestent lorsque les hormones sexuelles entrent en action (ou non) lors de la puberté. »

Alors, non ! La Nature  n’a pas prévu 2 sexes/2 genres, qui seraient complémentaires et qui pourraient simplement donner naissance à une progéniture.
Et pourtant, c’est ce que la culture et les dogmes religieux nous enseignent… c’est l’habitude que nous avons.
L’humain aime catégoriser, et souvent, use de classifications manichéennes.

Lorsque l’on se renseigne, on constate aisément qu’il y a une diversité d’expressions : physiquement (présence d’appareils génitaux tant mâle que femelle, à divers niveaux) mais aussi de manière chromosomique, avec les syndromes comme celui de Klinefelter (au lieu de deux chromosomes sexuels, il y a en a 3 : XXY ou XYY) ou celui de Turner (les femmes n’ayant d’un seul chromosome X au lieu des deux habituels).

En réalité, toutes les notions décritent ci-dessus se positionnent le long d’un continuum.

Mais pourquoi est-ce nécessaire d’en prendre conscience ?
Parce que la « féminité » et la « masculinité » sont, de ce fait, des constructions sociales !
Eh non ! Toutes les femmes n’aiment pas le maquillage et les ongles colorés.
Toutes les femmes qui n’apprécient ces derniers éléments ne sont pas hétérosexuelles.
Tous les hommes n’aiment pas les femmes ayant des caractères sexuelles féminins soulignés.
Il y a des hommes, qui ne sentent bien homme, mais qui aiment se maquiller et porter certains vêtements dits « féminins ».

Mais voilà, la société n’aime pas ces nuances.
Alors il y a le terme « androgyne » qui a permis de classer encore les personnes dont le « look » n’est pas typiquement masculin ou féminin.
Les « androgynes » s’habillent tant dans les rayons Homme et Femme.
Certaines personnes peuvent, selon les jours, se sentir plus homme ou femme et adaptent ainsi leur style vestimentaire de manière à se sentir en adéquation avec eux-mêmes, chaque jour.
Autant être claire dès le départ, je considère que les rayons Homme/Femme ou pire, les rayons de jouets Fille/Garçon sont de grandes aberrations de notre société.

Pourquoi ?

Parce que cela propage sempiternellement les stéréotypes de genre !
Qu’est-ce donc ? « Les stéréotypes de genre sont la croyance que certaines aptitudes ou certains traits de personnalité spécifiques aux garçons d’une part, aux filles d’autre part, seraient présents dès la naissance. Avec, comme corollaire, l’idée que le matériel génétique conditionne les uns et les autres à assurer certains rôles dans la société, selon qu’on est né mâle ou femelle. »

Les stéréotypes de genre, c’est croire que « les garçons, c’est turbulent ! » ou que « les filles sont plus timides ! », c’est acheter des vêtements roses avec des paillettes aux filles, pendant que les garçons portent du bleu et des couleurs plus sombres.
C’est couper les cheveux courts d’un enfant parce que sinon, cela fait « fille », alors que l’enfant semble être un garçon.
C’est contraindre les filles à porter des vêtements/chaussures qui bloquent leurs mouvements, parce que c’est joli. J’en profite pour glisser une précaution particulière sur les bandeaux dont sont affublées des petites filles pour marquer leur genre… Car sur un visage de jeune bébé, il semble indispensable que soit détectable le genre assigné à la naissance. Mais, les bandeaux créent des pressions sur le crâne: souvent trop serrés, ils engendrent des maux de tête aux enfants… qui n’ont pas la motricité pour les retirer.
Toutes les femmes qui ont porté des serre-têtes ou des bandeaux savent que ce n’est pas supportable plusieurs heures d’affilés sauf rares modèles. Alors pourquoi contraindre les petites filles avec cela ? Est-ce si important que l’on voit qu’elle a une vulve dans sa couche dès le premier coup d’œil ?

Ce sont des contraintes culturelles qui impactent le développement des enfants, puisqu’ils ne sont plus libres d’agir en tant qu’individu singulier, mais, de prime abord, selon leur genre.

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Tu les vois, les stéréotypes, là ?

Ce qui est problématique, c’est que ce sont les stéréotypes de genre qui créent certains mal-êtres : sans être intersexe ou transgenre, il est tout à fait possible de ne pas se sentir en phase avec les attentes sociales.
Par exemple, les femmes sont censées s’épiler. Sinon, c’est sale/pas féminins/etc. Elles doivent aussi aimer être perchées sur des talons, s’efforcer d’avoir une taille fine, un teint de pêche, du maquillage à minima et dépenser de l’argent en sous-vêtement affriolant.
Quid des personnes de sexe féminin qui ne se sentent pas en phase avec ces injonctions ?
Quid des conditionnements qui engendrent que, sans même se poser de question, on s’épile et on prend en charge certaines tâches quotidiennes ?

Ces mêmes stéréotypes amènent les hommes à croire qu’ils doivent faire passer leur vie professionnelle avant leur famille. Ils devraient aimer les alcools forts et pas des cocktails sucrés (catégorisé « boisson de filles » !).
Les stéréotypes s’immiscent partout : des goûts alimentaires, du choix des vêtements  à la prépondérance de certaines émotions et autres compétences intellectuelles ou motrices.

C’est bien là le problème. En soi, le fait que les petites filles jouent à la poupée avec de la dinette rose n’est pas l’élément clef.
Ce qui est interrogé, c’est le regard que l’on peut poser sur un petit garçon qui en ferait autant. Certains parents vont refuser à leurs enfants des jeux en « inadéquation » avec leur genre, sous prétexte que cela aurait une influence sur leur expression de genre et leur orientation sexuelle.
Or, comme mis en exergue au début de l’article, il n’y a pas de lien direct entre ces notions et le genre assigné à la naissance.

Une autre influence des stéréotypes de genre est l’impact sur la construction de l’estime de soi et le développement.
Par exemple, il a été démontré à plusieurs reprises que les enseignants et les parents n’ont pas les mêmes attentes concernant les résultats scolaires, dépendamment du genre des enfants.
Les sciences seraient perçues comme plus importantes pour les garçons alors que les filles seraient poussées involontairement vers la lecture.
Ainsi, les résultats concordent avec cela : le rapport des enfants concernant les différentes matières est guidé par l’attitude et les attentes des parents mais aussi celles des professeurs.
Pour rappel, comme je l’explique dans mon article « Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ? », l’effet Pygmalion est le phénomène selon lequel les attentes d’autrui (parents, professeurs) affectent les performances et/ou l’attitude d’une autre personne (les enfants, les élèves, les étudiants).

Il est étonnant également de constater que les filles réussissent moins bien les tests de géométrie (associée aux mathématiques) que les garçons… pour autant qu’ils soient présentés comme tels.
S’ils sont présentés comme des exercices de dessin, les filles réussissent mieux que les garçons.
La seule évocation des mathématiques engendrent une attitude face à l’exercice engendrant de moindres résultats… Parce que les stéréotypes laissent penser que les filles sont moins douées en math que les garçons.

Il est également clair que les stéréotypes de genre sont intériorisés très jeunes, avant 6 ans, et que qu’ils conditionnement les intérêts futurs des enfants …
Conditionner un enfant est facile et rapide : il suffit de quelques petites phrases semblant anodines.
« Tu ne vas pas pleurer pour ça ! » ; « Ça, c’est pour les filles/garçons ! » ; « Tu aimes vraiment ça ?! (en indiquant quelques choses qui ne semblent pas correspondre au genre de l’enfant).
Et bien sûr, l’exposition à certains types de jouets et aux publicités forment les stéréotypes en l’absence de conscience parentale.
A partir du moment où les enfants sont confrontés à des images laissant penser que seuls les garçons ou les filles peuvent être intéressé.e.s par un jouet, alors ils s’y conforment.
C’est flagrant dans la plupart des catalogues de jouets ou dans les publicités télévisuelles.

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Il est interpellant de constater que les petites filles jouant aux Barbie sont d’avantage touchées par différents troubles liés à l’estime d’elles-mêmes et à la recherche d’avoir un corps plus fin ! Les jeux avec ces poupées mannequin seraient également liés avec l’occurrence de troubles alimentaires et des variations de poids.

D’autres recherches démontrent que la résistance aux stéréotypes déclinent avec l’âge : la crainte de l’exclusion grandit à l’approche de l’adolescence. Les garçons semblent d’ailleurs plus en difficulté à combattre ces stéréotypes.
Mon hypothèse est que l’image véhiculée d’un garçon ayant des « traits féminins » évoque immédiatement sa prétendue homosexualité. Or, l’homosexualité masculine a une perception sociale plus négative que l’homosexualité féminine.
D’une part, l’homosexualité féminine est vectrice de fantasmes sexuels de nombreux hétérosexuels. D’autre part, car l’homosexualité masculine porterait atteinte à la « virilité », surtout dans l’imagination où les rapports sexuels sont scindés par des rôles actifs/passifs.
La perception de l’homosexualité semble dépendante des interprétations effectuées concernant le type de rapport sexuel. Pour être limpide, deux femmes sont perçues comme étant simplement en train de se caresser alors que les hommes en couple pratiquent la sodomie.
L’image sociale de ces pratiques sont tout à fait différentes, l’une étant considérées comme douce alors que l’autre serait brutale.

Faut-il préciser que ce sont des projections hétéronormatives ?
En outre, il s’agit d’amalgame grossier entre identité et orientation sexuelle…


Les stéréotypes de genre influencent également la répartition des rôles dans la société.
Les filles sont conditionnées à être plus désintéressées et soucieuses d’autrui, moins assertives et motivées par le contrôle que les hommes.
Dès lors, les femmes acceptent et ont, objectivement, des rôles de plus bas statuts sociaux, requérant peu d’autorité. Elles sont plus nombreuses que les hommes à être au foyer. Elles tolèrent plus aisément des postes moins rémunérés.
Ce n’est donc pas une invention, notre liberté individuelle est amoindrie par nos conditionnements…
La question est de savoir si nous souhaitons soumettre les enfants à ce type de stéréotypes qui développeront certaines attitudes genrées, comme si celles-ci allaient de soi.

Peut-on encore considérer que les stéréotypes de genre n’ont pas d’impact ? Autant admettre tout de suite que je ne promeus pas ce type de stéréotypes qui amoindrissent la liberté des enfants, mais aussi de tous les individus d’une société.
Combien de femmes ne souffrent-elles pas de ne pas correspondre aux injonctions sociales correspondant à leur genre et se questionnant des raisons de ces différences ?
Combien d’hommes se refusent à certaines pratiques sportives, sous prétexte que ce n’est pas assez masculin ?
Ces cases « féminité » et « masculinité » enferment plus qu’elles n’ouvrent.
Si l’on considère le genre comme un continuum et non comme des classifications dichotomiques, on peut éviter bon nombre de mal-être, notamment chez les personnes non-binaires ou transgenres !
Et comme vu ci-dessus, la perception d’un continuum permettrait à tous les individus d’avoir réellement le choix de s’orienter dans une voie ou dans une autre, sans influence sociale majeure.

 

Les pièges du quotidien

Les jouets genrés sont indiqués dans tous les catalogues. Disney proposera constamment la version garçon et la version fille, tout comme VTech, qui aime tout coloriser en rose ou mauve.
Je mets également en évidence que la taxe rose commence dès l’enfance avec ces jouets « pour filles » plus chers que leur équivalent « pour garçon ».

jouets taxe rose

 

Il en va de même pour les vêtements.
N’as-tu jamais remarqué les inscriptions sur les vêtements fille vs. garçon ?

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Pourquoi les filles sont décrites comme «douces », « mignonnes », « amoureuses », pendant que les garçons s’affaireraient à devenir des « héro » et à être « courageux ».

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Ils sont à peine en âge de se reconnaître dans le miroir qu’on les affuble déjà d’intentions … Et les filles sont nées vénales, c’est connu … !

Il en va de même avec certaines collections de livre qui n’hésitent pas à faire des versions genrées, proposant aux garçons des méthodes pour devenir intelligents, alors que les filles sont guidées pour devenir… belles !

livre sexiste

Pour autant que les parents n’y prennent pas garde, et qu’ils aient une fille, ils se retrouvent avec un intérieur entièrement rose/mauve/blanc.
Tous les jouets présentés dans cette section ont leur version fille en rose/mauve et autres déclinaisons de couleurs douces.
Les petits garçons, eux, ont le droit à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, sauf le rose et le mauve, bien sûr !
Est-ce vraiment utile d’avoir des versions genrées des objets, de peluches et « d’ordinateurs » ?

jouet sexistes
Pourquoi les couleurs sont-elles genrées de cette manière en Occident ?
Que veut-on communiquer à nos enfants en leur démontrant que TOUT le matériel peut être genré ?
De quoi a-t-on peur en mettant des vêtements avec un cœur et du rose à un garçon et en mettant du vert foncé et de l’orange à une fille ?

Globalement, j’ai une réponse concernant le genre des jouets :

jouet fille garçon

Voici un article qui aborde spécifiquement l’aspect genré des jouets : http://www.adequations.org/spip.php?article1911

Cependant, il est nécessaire de pouvoir déconstruire les craintes et les croyances qui nous habitent afin d’offrir une réelle liberté aux futures générations.
Cela implique également que les adultes changent leur rapport aux genres et prêtent attention à leur propos. Des pistes sont disponibles sur ce dernier point dans cet article.

 

Quelles alternatives ?

Cela me semble assez simple : éviter les jouets, les vêtements et les accessoires très genrés.
Par exemple, on peut se passer des poupées maquillées excès et les imageries récurrentes de princesses pour les enfants assignées filles à la naissance. Oui, les princesses Disney propagent les stéréotypes de genre
Il est également possible de ne pas contraindre les enfants assignés garçons dans des jeux de guerre, à l’aise d’armes et autres missiles.

Il y a des alternatives accessibles au sein des jouets neutres : les dinettes, les poupons, les objets simulant le quotidien, les jeux de construction et d’adresse, les jeux de magie et les « labo de petits chimistes ».
Concernant la couleur des jeux, le problème n’est pas tant d’avoir quelques jouets bleu ou rose, mais de n’avoir qu’un panel de couleur, principalement pour les filles.

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Tenue et jouet unisexes

Il est également réducteur de ne pas laisser un enfant porter certains vêtements ou s’adonner à certains jeux sous prétexte que cela ne correspondrait pas à son genre.
Tous les enfants d’environ deux ans développement les jeux d’imitation dans lesquels ils vont pouponner et imiter les tâches quotidiennes.
Par ailleurs, les enfants vont s’amouracher d’héro.ïne et les imiter. Par exemple, pendant que Cars ou Pat Patrouille passionneront une certaine partie, d’autres vont rechercher l’accoutrement d’Elsa (La Reine des Neiges).
Doit-on s’inquiéter qu’un garçon adore cette dernière et veuille porter des robes ?
La réponse est NON ! Cela n’a aucun impact sur son développement … au contraire, c’est le fait de brimer ses jeux qui seraient dévastateurs pour sa créativité.
Regardez cette joie : https://www.youtube.com/watch?v=Jn47eRpqz4A

Il en va de même pour les vêtements : pourquoi ne pas les laisser expérimenter, de manière libre ?
Certains parents ont fait des actions publiques de façon à augmenter l’acceptation sociale de ces possibilités n’ayant aucun autre impact que la remise en question des stéréotypes!

Il est également simple de ne pas acquérir des vêtements qui s’évertuent à caractériser les personnes qui les portent. C’est un message aux fabricants de laisser en rayon les habits dotés d’inscriptions  pleines de préjugés telles que « Amoureuse », « Capricieuse », « séducteur en herbe » et autres (cela vaut aussi pour les adultes, cela dit !). Le boycott est une vraie alternative en tant que consomm’acteur !

Enfin, la question du genre va plus loin.
A l’heure actuelle, de plus en plus de pays reconnaissent l’existence du sexe neutre, noté X. Cependant, certaines ségrégations existent encore sur des aspects aussi triviaux que … les toilettes !
Alors que certains lieux ont des toilettes mixtes (les avions et les trains, par exemple), il est tout à fait possible de se passer de cette ségrégation de manière à ne plus devoir se définir de manière binaire dès le plus jeune âge.

 

L’acceptation de la diversité et la tolérance à la liberté est simple, dans les faits.
Les résistances s’opèrent au sein de certains individus par craintes. Il est alors primordial d’oser se questionner.

 

Bref, c’est l’ensemble de la société occidentale qui a besoin de conscientiser le FAIT que les humaines n’existent pas selon deux genres définis.
Dans nos foyers, il est déjà possible d’accompagner les enfants vers eux-mêmes mais aussi dans la connaissance et l’acception de l’autre tel qu’il/elle/iel (qui est le pronom neutre) est !

J’espère que cet article t’aura permis d’avoir une autre perspective sur la question du genre.
Je sais pertinemment que la question de l’expression de genre est en lien avec la « crainte » de l’homosexualité.
Si l’homophobie est en recrudescence dans certains milieux, elle est aussi mieux acceptée dans d’autres.
Toujours est-il que, souvent, on espère que ça ne soit pas un questionnement pour nos propres enfants.

Il faut savoir que l’homosexualité concerne au moins 10% de la population. Tout comme le genre, il n’y a pas l’hétérosexualité et l’homosexualité, mais bien une diversité d’orientation sexuelle, dont l’asexualité !
Bref, je t’invite à regarder cette vidéo YouTube de Max Bird qui explique avec humour pourquoi l’homosexualité n’est pas contre-nature : https://www.youtube.com/watch?v=Ad5Lxf_kKRU
Je t’invite également à découvrir le travail de Sophie Labelle, aka Assignée Garçon : https://www.facebook.com/assigneegarcon/
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A très bientôt pour un nouvel article qui éveillera ta curiosité !

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Communication Non-Violente

Comment parvenir à une communication bienveillante? (CNV)

Index des articles – La Communication Non-Violente

 

Dans la continuité logique d’un accompagnement bienveillant des enfants, il est nécessaire de repenser notre communication.
La communication non-violente a été théorisée par Marshall Rosenberg. La perspective qu’il offre par cette forme de communication permet de modifier totalement notre vision du monde.
Et ce n’est pas exagéré.
Cela propose de percevoir les humains comme des individus mus par des sentiments et des besoins afin de réagir en les prenant en compte.

La CNV et son application au quotidien rencontrent toutes les recherches sur les neurosciences affectives concernant l’importance d’un accompagnement bienveillant.

Alors, si tu veux pouvoir appréhender ce type de communication et bénéficier de tous ses apports, je te suggère la lecture de ces articles qui suivent.
Ils décryptent point par point les différents éléments constituant de la CNV, les stratégies de sa mise  en œuvre concrète et des pistes de réflexions pour revoir nos automatismes et conditionnements (tellement nombreux !).

Il y a du beau, au détour du voyage, promis !

cnv-bonnhomme

  • La Communication Non-Violente : Cet article introductif présente ce qu’est la CNV, dans sa globalité, pour comprendre ce qu’elle implique concrètement… au lieu d’être juste un acronyme pompeux !

 

  • L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante) : Cet article décrit et apporte des réflexions concernant le premier stade nécessaire pour communiquer avec bienveillance. Prêter attention aux faits n’est pas une attitude si habituelle, dans notre société de jugement perpétuel. Il n’y a pas que les enfants qui doivent apprendre à distinguer un fait (et pas une « Vérité »), d’une opinion. Et cela fait toute la différence au quotidien. 😉

fact or opinion

 

  • Et si nous revenions à nos besoins ! Voici la troisième étape de l’analyse de nos monde par la CNV, comprendre quels sont les besoins que nous exprimons à travers nos émotions et nos réactions. Prendre conscience de ses propres besoins et de ceux des autres est une étape indispensable afin d’agir de manière éclairée… et débarrassé.e des fausses croyances et des stratégies qui masquent nos réels impératifs !

 

  • « Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »
    Einstein disait (entre autres, bien entendu) « La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose, et d’attendre des résultats différents. »
    Nous avons l’art de dissimuler nos demandes, de les confondre avec des exigences et de ne pas être averti.e sur ces 2 concepts pourtant très distincts.
    Veut-on accompagner ou faire obéir ? Souhaite-t-on attendre qu’autrui devine ce qui te ferait plaisir, ce qui témoignerait de l’amour, ou plutôt devenir acteur de ton propre chemin ?
    Cet article permet de se questionner sur toutes ces questions aussi existentielles que fondamentales… Mais aussi de pouvoir agir pratiquement en ce sens.

 

  • Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie). Oui, il est nécessaire de conscientiser que nos relations dépendent aussi de notre attitude. Lapalissade pour certain.e.s, mais ce n’est pas forcément aisé à assumer. Parfois, nous manquons d’empathie.
    Mais sais-tu exactement ce que c’est et en quoi elle est primordiale pour avoir des relations sereines ? La lecture de cet article permet de démêler le vrai du faux et te donne des pistes pour devenir la personne que tu souhaiterais être.

 

  • La bienveillance, c’est quoi, en fait ? On entend parler de la bienveillance à tour de bras, dans tous les sujets. La bienveillance est revendiquée dans l’éducation, à l’école ou encore entre pairs. C’est optimiste pour le futur !
    Mais au fond, qu’est-ce que la bienveillance ? On en parle sans la définir. Cet article permet d’être au clair avec ce concept. Parce que pour être bienveillant.e avec les enfants, il faut l’être avec soi-même. Tu trouveras des clefs pour devenir celle ou celui que tu souhaites !

 

  • L’adultisme expliqué aux adultes : Terme assez peu connu il y a quelques années, il tend à se populariser (et tant mieux !). Le principe de l’adultisme est de considérer que les adultes savent ce qui est bon pour les enfants et qu’ils peuvent ainsi agir librement sans consentement réel des enfants (et donc ignorer sa qualité d’individu). L’objectif de cet article et de comprendre de quelle manière il est possible d’accompagner les enfants sans (trop) d’adultisme.

 

 

  • Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ? Les mots peuvent blesser… Parfois même ceux qui semblent anodins. Je suis sûre que tu as encore en tête certaines remarques qui t’ont été faites quand tu étais enfant. Comment éviter de reproduire ce problème avec les enfants ? Quels impacts cela peut avoir sur eux ?
    Et d’ailleurs, pourquoi notre vocabulaire influence notre manière de penser ? Tu ne me crois pas ? Rendez-vous dans l’article, tu verras, c’est passionnant !

 

  • Comment faire pour que les autres acceptent mes choix ? Tu commences à parler de tes idéaux parentaux, de tes désirs de grossesse/accouchement et suivi de couche, tu aimerais te plonger dans le maternage proximal dès que ton petit d’humain sera dans tes bras … Et tu te retrouves déjà face à des rabat-joies (au mieux !). Je te propose différentes manières de se faire entendre mais aussi de comprendre pourquoi les gens ont autant de résistances !

 

La manière de parler, nos attitudes, notre rapport au monde sont tant de manifestement de communication. Le principe de « non-violence » passe autant par le verbal que le non-verbal. Je souhaite sincèrement que ces lectures t’ouvriront de belles perspectives !

 

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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Préparer la naissance

Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ?

 

Il y a des mots qui blessent et des mots qui caressent.

Parfois, sans le vouloir, les mots engendrent des réactions contraires à la volonté de celui qui les émet.
Parfois, les mots amènent même celui qui les reçoit à se questionner sur son identité…

Et si, tant pour nous-même que pour les autres, on prêtait attention aux mots que l’on utilise ? Si on démasquait nos conditionnements ? Si on (se) permettait plus de liberté en faisant disparaître le poids de certaines expressions ?

Comment et pourquoi ?

C’est dans cet article que cela se passe !

 

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Les bases de la communication

Afin de pouvoir échanger, il y a divers canaux, dont ceux, si pratiques, de la verbalisation et de l’écriture.

Tous les parents savent bien qu’il y a moult démonstrations lorsqu’un bébé exprime ses besoins/désirs par d’autres biais. La communication non-verbale est totale dans les premiers temps de développement des enfants. Ce n’est pas pour rien que, de plus en plus, il est proposé aux enfants de faire des ateliers de bébés signeurs. Cela leur offre la possibilité d’apprendre les rudiments de la langue des signes afin qu’ils puissent s’exprimer avec plus de précisions, avant que le langage verbal ne lui soit accessible (je ferai un article spécifiquement sur le sujet. Pour répondre à la question principale : non, la langue des signes ne retardent pas l’acquisition de la parole : ce fut déjà démontré par Daniels en 1994 dans son article : « The effect of sign language on hearing children’s language development »).

Dès la naissance d’un enfant, il est préférable de lui parler afin d’ancrer l’interaction avec lui. Ensuite, au fur et à mesure, les enfants vont associer la sonorité des mots aux actes et à leur environnement.
La manière dont les mots sont prononcés a un impact sur la manière dont ils sont compris. Les émotions transparaissent clairement dans le ton de la voix et sur le visage de l’émetteur.

C’est comme ça qu’il réagira positivement aux mots doux et de manière craintive/interrogative aux ordres (donnés à un animal, par exemple) voire aux moments de tension.

A la naissance, les bébés ont la capacité de discriminer des sons très proches, une capacité que la plupart des humains perdent rapidement. Ils savent différencier le même phonème, par exemple « la », prononcé par des personnes ayant des langues maternelles différentes, aussi proches soient-elles les unes des autres.
Cependant, au bout de quelques semaines, ils discriminent au fur et à mesure les sonorités émanant de leur(s) langue(s) maternelle(s). Cependant, dès la naissance, ils auront une préférence pour celle(s)-ci, puisqu’ils y auront été exposée(s) durant la grossesse.

L’exposition aux locutions de l’entourage engendre que les enfants acquièrent un vocabulaire spécifique.
Il a déjà été démontré que faire la lecture à des tout-petits les rend coutumiers de la musicalité de la langue et les accompagne dans l’amplification de leur vocabulaire.

Mais, dans quelle mesure la structuration d’une langue et le vocabulaire auront un impact sur la construction des individus ?

 

La structuration du monde en fonction de la langue parlée

Nous voici dans une section qui va aborder la relativité linguistique !

Cela semble ardue, mais en réalité, c’est une notion anthropologique assez simple : « L’hypothèse de la relativité linguistique, c’est-à-dire la proposition selon laquelle la langue que nous parlons influence notre façon de concevoir la réalité, fait partie de la question plus large de savoir comment le langage influence la pensée » (Lucy A. John, 1997).

Cela peut paraître étrange mais… oui, la réalité n’est pas unique. Elle est déterminée par le filtre de nos perceptions. La réalité est aussi peu absolue que « La Vérité ».

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Dans la langue française, nous avons l’habitude de genrer les propos (tu remarques que j’utilise l’écriture inclusive), ce qui amène systématiquement à attirer l’attention ou à masquer le genre des sujets. Cela dénote que le genre a une importance particulière dans les sociétés dont les langues usent de pronoms genrées. Mais surtout, que les enfants doivent apprendre rapidement à discriminer le genre des individus… Mais aussi des animaux et encore plus fort : des objets !
Les anglo-saxons s’arrachent les cheveux avec le français: pourquoi LA chaise et LE canapé ? Pourquoi LA clé alors qu’en Allemand, cette clé est un objet du genre masculin ?
D’ailleurs, quand on y réfléchit, pourquoi les objets ont-ils un genre ? Pour les curieux, voici un article qui retrace cette question : https://fr.babbel.com/fr/magazine/pourquoi-les-mots-ont-ils-un-genre

Pour résumé, et parce que cela fait sens dans le présent article, il s’agit d’une empreinte sociologique et culturelle. Dans différentes langues, dont le Finnois, les pronoms sont neutres. La distinction s’effectue entre ce qui est animé et ce qui ne l’est pas.
Cette distinction semble préexistante à la question du genre dans l’Histoire des langues humaines. C’est surtout avec l’avènement des religions monothéistes, qui ont supplantés les religions animistes, que la question du genre se serait imposée.
En français, alors que les accords de proximité se faisaient habituellement (ex : les hommes et les femmes sont ponctuelles), c’est au XVII ème siècle que l’Abbé Bouhours considéra que c’était un affront à l’homme et que le masculin l’emporterait dorénavant (#égalitécastratrice ?).

Dans une société où le sexisme tente d’être aboli (on n’y est pas encore, je sais !), il semble logique de revenir aux accords de proximité ou d’accepter que la structure du langage évolue. Mais, en majorité, les académiciens ne sont pas de cet avis  et ne démontrent pas de proactivité ni même de reconnaissance vis-à-vis des hypothétiques évolutions de la langue française.

C’est étonnant, quand on sait que les suédois (encore eux !) ont introduit un pronom neutre (« her ») en 1966, afin de désigner « des concepts ou des objets asexués, mais surtout à émanciper le langage d’une vision du genre trop binaire ».

Voilà comment une société décide que la binarité n’est pas le seul cadre de perspective.
Et voilà pourquoi, en francophonie, il est tellement difficile de vivre avec des personnes qui ne se sentent pas résolument homme ou femme, car il n’existe aucun pronom dans notre langue pour les désigner.

Plus étonnant, une étude menée en 1980 avait démontré que les enfants parlant hébreu (dans cette langue, l’importance du genre des mots et des personnes est d’importance pour la grammaire, comme en français) avait une conscience de leur propre genre un an plus tôt que les finnois, dont la langue comporte des pronoms neutres et une distinction animé/inanimé, comme dit précédemment.
Autre fait étonnant : les enfants s’exprimant dans une langue dont les objets et les animaux n’ont pas de genre n’auront pas de confusion d’espèce, par exemple en croyant que LA grenouille serait la femelle du crapaud.
C’est un premier exemple de l’impact de notre langue dans la structuration de notre esprit.

Il en existe bien d’autres, comme la description des couleurs, par exemple.
Il semble parfois difficile pour un jeune enfant de rassembler les éléments bleus présents dans une pièce. En tant qu’adulte, nous avons appris que la catégorie « bleu » regroupe toutes les nuances. Mais pour les enfants, un bleu roi et un bleu turquoise ne sont pas dans la même catégorie, étant donné leur différence notable.
Les russes ont deux mots pour différencier les teintes de bleu… et cela les rend plus rapides dans la distinction des nuances de cette couleur.
De la même manière, certains peuples sibériens recourent à une trentaine de qualificatifs concernant la neige (forcément, à force dans les pieds, que dis-je, les jambes dedans !) alors qu’en français, nous n’avons que quelques mots tels que « poudreuse », « fraîche », « tassée », …

Ces différences dans les langues peuvent sembler anodines, cependant, elles se disséminent dans l’ensemble notre langage.  Elles ont ainsi un impact dans la perception de notre monde et de la formation de nos opinions.

Je reprends l’exemple fournit par David Louarpe, rédacteur de Sciences Étonnantes , concernant l’influence de la langue sur la perception de la culpabilité d’autrui.
En français, lorsqu’un verre échappe des mains à un individu (un accident donc), nous dirons aisément « Untel a fait tomber le verre », alors qu’en espagnol, il est courant d’utiliser une forme passive : « Le verre s’est brisé ». Puisque n’est un accident, il n’y a pas de mise en exergue d’un coupable de l’action.

 

Ok, tu vas me dire que la grammaire d’une langue à un impact… Mais quoi ? On a bien chacun une langue maternelle et/ou usuelle, on ne peut pas se confondre en néologismes et bouleversements arbitraires de la syntaxe.
Mais admets déjà que c’est un fameux changement de perspective de savoir que notre langue place d’ores et déjà un filtre face à nos perceptions.
Alors, quels autres filtres et conditionnements existent-ils et sur lesquels il est possible d’agir concrètement, dans notre manière de communiquer verbalement ?
J’en arrive au point principal de l’article : le vocabulaire auquel sont exposés les individus, dont les enfants !

 

Et si les mots n’étaient pas juste des mots ?

On l’a vu précédemment, la structure d’une langue et le vocabulaire impacte la perception du monde et la formation des opinions.

Mais si certains mots comportaient, intrinsèquement (considérant toujours l’ancrage culturel dont il est impossible de se défaire totalement), un signifiant ayant un impact sur la personne à qui ils sont adressés.

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Lors que nous nommons les différentes composantes de notre environnement, nous regroupons les singularités sous un terme commun. Nous catégorisons de manière à ordonner notre perception.
« Les nuages » rassemblent autant les cumulus, les stratus que les cirrus (merci wikipédia !). Cela vaut pour le terme mammifère qui conceptualise le fonctionnement reproducteur d’espèces aussi distinctes que les baleines, les ours et les humains !

Les mots sont ainsi plus des concepts que la volonté de prendre en compte la singularité de chaque élément. Et tant mieux, sinon nous prendrions beaucoup de temps  et nous mobiliserions une grande énergie intellectuelle pour nous exprimer si ce n’était pas le cas.
Te vois-tu détailler précisément l’espèce et de la teinte de la plante que ton ou ta conjoint.e doit arroser en ton absence ?

Cependant cela dénote que la langue ordonne le monde selon une taxinomie   conceptuelle.
Selon Bergson, les mots sont des étiquettes apposées sur les choses singulières. Pour citer cet article du Monde : « sans même que nous nous en rendions compte, notre langage classe, trie, distingue, rassemble, bref, ordonne le réel pour en faire un monde, si tant est que le monde (tout comme le cosmos grec), c’est précisément ce qui est beau parce qu’ordonné et non chaotique. Or ces catégories, c’est bien le langage et lui seul qui les institue : loin d’être tirées du monde, ce sont elles qui lui donnent sa forme et sa consistance. Cette convention ne nous semble naturelle que parce qu’elle est première, et exactement aussi vieille que notre monde, puisque c’est par elle que nous y venons ».

Quelques arguments qui font réfléchir intensément sur l’utilisation du langage… et surtout aux mots que l’on utilise avec les enfants.
Cela laisse à penser combien il est nécessaire d’enrichir le vocabulaire des enfants grâce à la lecture, à l’exposition aux évènements culturels mais aussi, et simplement, par la façon dont on s’adresse à eux !
Il n’est pas rare qu’un mot ait des synonymes. Souvent proche, mais pas forcément interchangeables.
Ce sont ces nuances qui vont permettre aux enfants d’élaborer une perception du monde plus fine. Un lapin n’est pas un lièvre.
Un sanglier n’est pas un cochon sauvage.
« Il pleut » n’est pas faux quand il bruine ou quand il « drache » pour les belges, mais cela dénote d’une réalité météorologique totalement différente.

Dès le plus jeune âge, il est possible d’étendre le champ lexical des enfants. Cela demande simplement que l’on surveille un peu sa façon de parler et, qui sait, d’avoir un vocabulaire un peu plus détaillé voire soutenu.

 

Caractériser le comportement des enfants

J’en arrive aux points sensibles de l’article… l’impact des mots sur la construction de soi.

Je suis certaine que tu as en mémoire la façon dont tes proches pouvaient te définir plus jeune : « c’est une enfance sage ! », « Elle est casse-cou ! », « C’est un Monsieur-Je-Sais-Tout ! », « Oh ! Tu fais ta timide ! », etc.
Quelle impression cela a créé en toi ?

mug monsieur madame
PS: Non, ce n’est pas une idée de cadeau!

Partie storytelling, j’étais l’enfant « bavarde, qui démonte tout, bruyante et menteuse.
Je me suis construite avec ces mots. TOUS mes bulletins de la maternelle à ma dernière année d’école secondaire (lycée) contenaient la même remarque : « Élève sans difficulté mais qui est bien trop bavarde ! ».
Encore aujourd’hui, j’aime parler. NON, en fait, j’ai BESOIN de parler, d’échanger, de communiquer. Le silence doit avoir un sens, sinon, cela me met mal à l’aise.
En classes, je m’ennuyais fermement. Ceci explique cela.

Pour l’aspect du mensonge, j’y consacrerai aussi un article explicatif, mais en somme : oui, comme tous les enfants vers 3 ans, j’ai commencé à raconter des histoires.
Je racontais, semble-t-il puisque ma mémoire me fait défaut, que ma mère m’avait donné des biberons froids (comble de la maltraitance dans l’esprit d’une enfant de 3 ans !) et que mon père était buveur (comble de l’horreur, déjà à cette époque-là !).
Il semble que mes histoires furent racontées avec tant d’aplomb et sans ciller, que cela décontenançait énormément mes proches… Qui me qualifièrent alors de « celle qui ment comme elle respire ». J’étais imaginative et manifestement, cela n’était pas toujours perçu comme une qualité.

Il s’avère qu’encore aujourd’hui, je suis susceptible de m’échapper de situations ou de trouver des excuses avec une facilité déconcertante. Cette capacité m’a constamment renforcée dans cette croyance que je suis « une bonne menteuse ». Alors que, soyons honnête, ce n’est pas un qualificatif valorisant…
Mon éthique personnelle m’interdit de mentir, mais toutes les vérités ne sont pas utiles à dire, n’est-ce pas ?

C’est étonnant que des caractéristiques d’une enfant se soient prolongées dans le temps de manière aussi intense. Tu pourrais te dire que mes proches étaient perspicaces et qu’ils ont ciblé très tôt ma personnalité…
Mais il y a une autre hypothèse bien étayée : il est probable que le fait qu’on m’ait attribué ces étiquettes m’ait conduite vers l’adoption de ces dites attitudes.
Cela s’appelle l’effet Pygmalion (théorisé par Rosenthal et Jacobson en 1968) : c’est le phénomène selon lequel les attentes d’autrui (parents, professeurs) affectent les performances et/ou l’attitude d’une autre personne (les enfants, les élèves, les étudiants).

Voici le principe en schéma :

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Dans leur expérience, elles mirent en scène un « test d’épanouissement intellectuel » que devait passer les élèves en début d’année scolaire. Ce test aurait permis de prédire le développement intellectuel des enfants. Les tests furent corrigés et les résultats mis à la disposition des professeurs.
Il s’avère que ces derniers étaient truqués et que cela servit juste la mise en scène expérimentale : elles classèrent les enfants en 2 groupes : les enfants « standards », 80% des effectifs, et ceux « à potentiel » représentant les 20% restant. Les enfants furent répartis dans chaque groupe de manière aléatoire.

Le fait d’avoir un groupe d’enfants « à potentiel » engendre, chez les professeurs, des attentes positives à leurs égards.
Afin de tester l’effet de leurs attentes, les enfants furent soumis à un test de QI à plusieurs reprises après le début de l’expérience (+4 mois, +8 mois, +20 mois… Oui, le biais d’analyse test-retest n’était pas pris en compte à l’époque. D’ailleurs, il a été questionné depuis, mais il s’avère que les résultats obtenus sont tout de même valides dans une large mesure).  Les chercheuses prises également en compte les évaluations quotidiennes effectuées par les professeurs.

Seulement 4 mois après le début de l’expérience, les enfants du groupe « à potentiel » avaient un QI plus élevé que la moyenne des autres enfants.
A partir de 8 mois, il y a entre 10 et 15 points de QI d’écart entre les enfants « à potentiel » et les autres (en sachant qu’on considère qu’un QI Standard =  100).
En outre, les évaluations des enseignant.e.s étaient plus positives pour les enfants « à potentiel ».

Cela démontre donc que les attentes positives  (et cela fut étendu aux attentes négatives par d’autres chercheu.r.se.s) engendrent une évaluation plus clémentes de la part des professeur.e.s mais aussi, que le QI de ces enfants est influencé favorablement !

Comment est-ce possible ?

D’abord, il s’agit de phénomènes qui dépassent la sphère consciente : les enseignant.e.s ont sans doute eu des comportements plus positifs envers les élèves prédits « à potentiel », comme des sourires, des encouragements, etc. Inconsciemment, ils auraient été plus attentifs à leurs apprentissages qu’à ceux des autres. Enfin, comme ils s’attendaient à ce que ces élèves-là aient des compétences particulières, leurs évaluations en furent impactées.

 

L’effet Pygmalion explique combien il peut être délétère de coller des étiquettes aux enfants. Ce sont souvent les attitudes jugées comme négatives par les adultes qui finissent comme étiquettes, et rarement les éléments positifs.
Tu comprends dès lors pourquoi dire à son enfant : « Tu es insolent.e/méchant.e/pénible/… »  n’aura pas d’effet positif à long terme. Bien au contraire, elle ou il pourrait intérioriser ce qualificatif et se conformer aux attitudes qui l’accompagne.

De plus, si tu entretiens dans ta pensée que ton enfant est pénible, violent, ou autre, tu auras de plus en plus de mal à te comporter d’une manière affectueuse… et cela, tout à fait inconsciemment ! C’est un cercle vicieux qui s’installe. Et personne n’en ressort heureux.

Au lieu de dire : « Mais qu’est-ce que tu es pénible ! », tu pourrais évoquer combien son attitude t’indispose par : « Je ne tolère pas que tu aies ce comportement ! ».

Enfin, les mots prononcés par les proches peuvent résonner longtemps au creux de l’oreille et avoir un impact sur l’estime de soi.
Si des qualificatifs négatifs clouent au fur et à mesure la confiance en soi des enfants (eh oui, comme veux-tu construire une belle image de toi à coup de « tu es infernale : bavarde, casse-cou et insolente ! », il s’avère que les caractéristiques perçues comme positives au premier abord ont, elles aussi, des incidences non négligeables.

« Tu n’es quand même pas stupide ! », « Tu es trop intelligente pour agir comme ça », « Mais enfin, fais un effort, je sais que tu peux le faire ! », etc.
Toutes ces phrases, qui semblent mettre en exergue la certitude du parent quant aux capacités intellectuelles de leur enfant, sont des manifestations claires pour l’enfant qui les reçoit qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Les attentes positives peuvent, certes,  s’avérer plus favorables à long terme que des insultes, mais pas plus soutenantes pour sa confiance en soi.
Chaque échec ou expérience ne se déroulant pas comme prévu est alors soumise au jugement du « si j’avais été vraiment intelligent.e, cela ne serait pas arrivé ! ».
Un peu comme rien de profitable n’arrive derrière « Je ne suis pas raciste mais… », peu de qualificatifs sont bénéfiques après « tu es… » !

Afin d’accompagner les enfants dans la bienveillance et le respect de leur individualité, le principe est de revenir sur le comportement et non se fixer sur une perception de pseudo-personnalité.

 

Les jugements de valeurs de nos expressions

« C’est bien ! »

« Tu es grande, maintenant ! »

« Tu fais le bébé ? »

« Aller, mange ! C’est bon ! »

« C’est vraiment moche, ce vêtement ! »

Probablement, tu vas te reconnaître dans certaines de ces expressions (et moi aussi, parfois !). Tu dois te demander pourquoi je questionne le fait qu’on y ait recours…

Lorsqu’on s’exprime comme cela, cela met en évidence un jugement de valeur de la part du locutrice/locuteur.
Alors, évidemment, nous avons bien le droit d’avoir un avis sur les choses qui nous entourent.
Nous avons la possibilité de se lamenter sur la bêtise du voisin de droite, le comportement de la voisine de gauche, les choix de vêtements de nos proches ou encore le comportement indécent de telle ou l’autre personne…

Souvent, les phrases qui nous servent à exprimer cela sont courtes et incisives : « C’est moche ! » ; « Quel idiot ! », « Il est vraiment pénible ! », etc.

Mais qu’en retire-t-on vraiment ?
Qu’apportent dans nos vies ces jugements de valeur ?
Nous rendent-ils plus serein.e ou heureu.x.se ?

fact or opinion
« Fait ou Opinion: aide les enfants à déterminer si les phrases sont des faits ou des opinions! »

Les jugements de valeur formulés de telle façon sont des raccourcis de ce que contient notre esprit.
Et comme tous les résumés, ils perdent en détails.
Le problème est alors de se satisfaire de ce type de réflexion puisque cela empêche d’aller plus loin pour questionner ce qui plaît ou indispose dans une situation, par exemple.

Prenons une situation classique : le repas. Lorsqu’un met t’est servi, tu vas dire ce qu’il provoque chez toi. La plupart du temps, il s’agira de contentement ou d’insatisfaction formulé assez brièvement.
Mais cela ne précise en rien ce qui te plaît ou te déplaît dans le plat en question.
Ne serait-il pas plus appréciable pour celui qui se soumet aux jugements des goûteurs de savoir exactement ce qui est apprécié (ou pas) ?

En lieu et place de « C’est très bon ! » ou « Je n’aime pas ! », pourquoi ne pas spécifier : « j’aime beaucoup le mélange des saveurs et des textures ! » ou « A  mon goût, cela manque d’épices/cuisson/…. ».
La personne se sent dès lors moins jugée dans sa globalité et peut alors saisir le point précis de ce qui déclenche l’opinion.

Ce type de réflexions vaut aussi pour la relation avec les enfants. Il est profitable de leur permettre d’être des individus à part entière, il est préférable de spécifier ce qui nous fait réagir. Encore une fois, comme je l’ai précisé dans mon article « les récompenses, une fausse bonne idée ! », il vaut mieux s’orienter sur la description que sur les jugements de valeur.

« Je suis fièr.e de te voir monter ces escaliers ! »
« Je suis heureuse de te voir t’amuser avec ce jeu ! »
« Je vois que tu as du mal à être calme et j’ai du mal à recevoir tes émotions maintenant ! »

Ces réponses ne paraissent pas spontanées. Et je le conçois complètement !
Nous avons des automatismes bien ancrés. Le principe est de faire évoluer ceux-ci tout au long du cheminement qu’implique l’accompagnement des enfants vers leur épanouissement (et le nôtre simultanément !).
Donc, plus tu vas user de ce type de réflexion et de réactions, plus elles te viendront naturellement. C’est comme tout dans la vie, cela s’exerce !

Enfin, concernant l’expression même des jugements de valeurs, dans certains cas, il faudrait se questionner sur l’intérêt même de les exprimer…
Je pense souvent au principe de la passoire de Socrate :

Même si dans le quotidien, il ne s’agit pas de rumeurs, est-il vraiment utile d’exprimer ses opinions brèves, constamment ?
Parfois, il est bien intéressant de les garder pour soi et d’observer ce qui les déterminent en nous-même.
Cela permet d’apprendre beaucoup sur notre propre fonctionnement, des préjugés et des réactions automatiques qui nous habitent. Cela vaut d’ailleurs pour quasiment tout ce que nous prononçons. Dans une large mesure, nous pourrions faire passer davantage de messages bienveillants et positifs en décidant de revoir le lexique qui les composent.
« C’est une tuerie ! », pour évoquer quelque chose de très bon, peut être adapté en « Quelle explosion de saveurs ! ».

A côté de cela, il y a la possibilité (impératif dans mon cas !) d’avoir des ami.e.s ou des groupes de discussions sur facebook (par exemple) qui permettent de se mettre en mode « défouloir » !
L’objectif de ces moments est de libérer les tensions, de ne plus réfléchir à ce qu’on dit, de se défouler mentalement… Afin de pouvoir agir avec bienveillance le reste du temps !
#médisanceorganisée

 

Les surnoms, on en fait quoi ?

C’est un autre point sensible !
Je crois que la plupart des parents donnent des petits noms doux à leurs enfants, et ce, dès leur naissance : « Ma puce », « mon petit cœur », « ma princesse », « mon roudoudou », « chérinette », « mignonnette », « Blondinette », « amour de ma vie », « ma grande », « pipelette », etc.

Tu sais quoi, je plaide coupable ! Grandi avec une panoplie de surnoms, je reproduis ça allégrement… MAIS…

Je n’utilise que peu les pronoms possessifs, mal à l’aise avec l’idée de possession d’un être humain par rapport à un autre (même si je suis très fière qu’Elle soit ma fille !).
Cela dit, je remarque tout de même que je ressens une grande tendresse de la part de mes parents quand ils précèdent mon diminutif. Je suis heureuse que par ce petit mot, ils me signifient mon appartenance à notre famille.
Cette marque de reconnaissance est importante pour moi, dans l’histoire de vie qui est la mienne, par rapport à mes parents avec qui j’ai des relations agréables. Quelqu’un.e qui aurait des interactions tendues pourrait percevoir cette marque de possession comme une bride à sa liberté et un rappel à un environnement qui ne lui convient pas.
Tout est affaire de contexte et de perception personnelle !

Ensuite, j’évite radicalement les surnoms faisait référence à son âge, son intégrité psychologique, son statut de bébé (ok, j’ai du mal parfois à zapper le « bébé d’amour ! »… Mais ma mère m’appelle toujours comme ça, autant dire que je l’ai dans la tête !), à son genre ou encore à une caractéristique physique ou prétendument caractérielle.

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Pourquoi toutes ces restrictions ?

Parce que j’estime qu’elle a le droit de grandir sans avoir à être confrontée à un jugement de valeur clair puisqu’il s’agit d’une manière de la nommer.
Je ne sais pas comment elle vivra, à l’avenir, son rapport à son corps, et je ne souhaite pas l’impacter via des mots qui ne sont pas anodins comme « petit bidon rond », « joufflue », et d’autres parfois moins « mignons ».

Je ne sais pas non plus si elle vivra son identité de genre de manière à ce qu’elle corresponde au genre qui lui a été assigné à la naissance. C’est une fille, physiologiquement. Mais je ne suis absolument pas si elle se sentira fille ou si elle se sentira comme dans le « mauvais corps », ou bien si elle se définira comme non-binaire.
Dès lors, je ne compte pas lui compliquer la vie en l’affublant de surnom qui lui impose une identité de genre.

Ensuite, je n’utilise pas de qualificatif de son comportement, pour les moult raisons décrites ci-dessus : un comportement est davantage parlant qu’un caractère présumé… Je suis toujours étonnée d’entendre des parents appeler leur enfant « Mon petit râleur ».
Cela formule clairement la perception que les parents ont de leur enfant en général (et non plus juste exceptionnellement quand une attitude survient). Cela déclenche en cascade l’effet Pygmalion expliqué précédemment. Déjà affublé du surnom de « râleur », les parents s’attendent alors que leur enfant grommèle plus que le feraient les autres.  Cela engendre que l’attitude de cet enfant s’y conforme…
C’est un cercle vicieux en bonne et due forme.

Il en va de même avec les surnoms reprenant le nom d’une espèce animale. Si certains véhiculent des caractéristiques plutôt agréables (« chaton », « mon lapin », « ma grenouille »), d’autres sont bien moins valorisants (« mon crapaud », « petit veau », « petite pie »).
Outre le fait que cela part de l’imaginaire collectif par rapport à ces animaux-là, les enfants peuvent intérioriser le fait qu’ils auraient, eux-aussi, les caractéristiques négatives sous-entendues par l’espèce.

Enfin, il est nécessaire de prêter attention au recours que l’on fait des surnoms.
Souvent, les surnoms doux sont évoqués lorsque l’ambiance est bonne et détendue. Dès lors qu’une situation déstabilisante, le prénom est utilisé !
Qu’en est-il alors, dans l’imaginaire des enfants, du rapport entre démonstration d’amour et l’aspect conditionnel de celui-ci ?
Les enfants peuvent croire que dans les situations où le.s parent.s ne recourent pas à leur surnom doux, l’amour qu’ils leur portent est amoindri.
Dès lors, n’hésite pas à avoir des explications sur situations problématique/sérieuses en utilisant son surnom et aussi à l’appeler au quotidien par son prénom. De cette manière, lorsque les enfants entendront leur prénom, ils ne suspecteront pas un moment manquant de gaité !

Je ne sais pas toi, mais pour moi, mon prénom énoncé en entier me met toujours mal à l’aise. Je crois toujours qu’une information d’importance/grave va être évoquée, ou alors que c’est quelqu’un qui ne me connait ni d’Eve ni d’Adam qui m’interpelle. Comme quoi, ça laisse des marques !

Je tiens à préciser que, par le présent article, je ne souhaite pas propager l’idée qu’il ne faut plus utiliser de surnoms pour les enfants.
Il s’agit de conscientiser nos propos et de pouvoir réfléchir sur ces habitudes ancrées. Ces dernières peuvent être modifiées si nous nous rendons compte qu’elles peuvent être délétères. Les automatismes ne sont pas des fatalités. L’humain est doté d’une plasticité neuronale https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/corps-humain-plasticite-cerebrale-15833/  incroyable qui permet de transformer nos compétences tout au long de la vie.

 

L’auto-observation comme outils d’accompagnement des enfants

Oui, on pourrait le mettre à toutes les sauces et pour tous les sujets. Observer la manière dont on réagit, comme si on était spectateur de soi-même, c’est le début de la remise en question et donc, du changement.
Mais c’est bien en s’auto-observant dans nos réactions et nos réflexions que l’on apprend de nous-même. Et cela sera le cas tout au long de notre vie.
Nous n’aurons jamais fini d’apprendre, c’est grâce à cela que la vie peut être passionnante et que nous pouvons évoluer !

Les précautions concernant le champ lexical sont d’autant plus importantes dans les premières années de vie des enfants.
C’est durant celles-ci qu’ils assimilent la syntaxe de sa/ses langue(s) maternelle(s), qu’il peut développer très rapidement une richesse de vocabulaire incroyable et, surtout, qu’il construit son rapport au monde (qui passe par les mots, comme je l’ai démontré largement).
En outre, les expressions ou surnoms faisant référence à du second degré n’a aucune plus-value pour un enfant de moins de 6 ou 7 ans. Jusqu’à cet âge-là, les enfants n’ont pas ou très peu accès à cette forme de (auto)dérision.
Je paraphrase Jane Nelsen (autrice de « la discipline positive », dont j’ai décrit l’ouvrage ici) : Les enfants comprennent tout, mais interprètent avec leur propre degré de développement cognitif et émotionnel.
Ils sont susceptibles de développer des croyances qui ne sont pas du tout dans les intentions initiales du/des parent(s). Mais leur croyances sont difficiles à déloger et peuvent leur causer de lourds questionnements existentiels : « Ma mère ne m’aime pas quand je fais ceci ou cela », « Mon père pense que je suis gros ! », « Je suis quelqu’un de méchant/insolent et mes parents ne m’aiment pas à cause de ça ! », etc.

Il peut suffire de conscientiser certaines actions pour s’engager sur une voie de recherche d’alternatives qui correspondent mieux à ce que nous voulons partager avec nos proches !

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« Va en avant et n’arrête jamais! »

J’espère que cette lecture aura pu soulever quelques éléments qui résonnent en toi.

Passe de belles fêtes de fin d’année, Lectrice/Lecteur Curieux !

A bientôt, en 2019, pour le prochain article !

 

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Conflits et tiraillements autour des principes éducatifs, comment s’en sort-on ?

A la base de cet article, plusieurs constats :

  • Les couples ne se portent que rarement mieux après avoir fait des enfants ;
  • Il y a beaucoup de conflits conjugaux autour de la manière de s’occuper des enfants ;
  • Entre l’avant naissance et l’après, les principes portés par les parents ont souvent changé ;
  • Les jeunes parents modifient leur cercle d’ami.e.s ou voient celui-ci se restreindre ;
  • Certaines des attitudes de nos enfants mettent les parents hors d’eux :
  • Quand les enfants émettent des remarques ou ont des attitudes dans lesquelles les parents se reconnaissent, il y a un vif sentiment d’étrangeté qui émerge.

Pourquoi de telles explosions et ces décalages qui rendent le déroulement de la vie de jeunes parents compliquée ?

C’est la société, le problème !

Bon, dis comme ça, ça ne veut rien dire …mais ça veut tout dire. Est-ce que ça fait de moi une espèce de « social justice warrior » des enfants et de la parentalité ? B-)

smiley lunette soleil

Il s’avère qu’en Occident, nous évoluons dans un univers assez cloisonné.
Les enfants sont souvent éloignés des situations de la vie de tous les jours et des environnements qui ne leurs sont pas spécifiquement dédiés.
Par exemple, il est rare de croiser des enfants accompagnant leur mère à une formation, d’un rendez-vous médical, ou encore lorsqu’on veut se rendre dans un lieu plus « guindé ».

On peut se dire que c’est logique, car les enfants sont remuants et pas forcément épanouis dans le cadre restrictif de lieux clos où les gens ont besoin de concentration.
Mais la société ne semble pas croire que parents et enfants veuillent profiter d’activités et d’expériences de vie plus variées que ce qui est prévu pour les enfants… Et qui ne dérangerait pas trop les adultes !
Les femmes seule ou les couples ensemble  n’ont pas le droit de participer à des évènements sans faire garder leurs enfants. C’est donc totalement discriminant.
Je ne dis pas que les parents ne peuvent pas se séparer de leurs enfants s’ils en ont envie, mais qu’ils devraient avoir le choix.

En outre, avoir une société si cloisonnée engendre une méconnaissance totale de ce qu’est un nouveau-né, une mère en suites de couche et les gestes qui permettent l’allaitement et les soins de base. Cela amène à ce que la plupart des personnes, n’ayant pas de grandes familles, n’a jamais eu à s’occuper d’un jeune bébé ou à accompagner une mère récemment accouchée.
Alors il y a énormément d’angoisses autour de la naissance.
L’accouchement a été rendu totalement médicalisé, sous prétexte de se prémunir de morts en couche. Mais on a alors installé les femmes de manière à  ce qu’elles soient facilement accessibles par les médecins… au détriment de la physiologie !

position gynéco
Ensuite, il a été possible de proposer des sédations puis la péridurale pour épargner la douleur de l’accouchement… mais aussi soulager la prise en charge des patientes par le personnel.
C’est une réalité : une femme qui accouche sans péridurale demande plus de présence lors du travail. Mais ce sont elles qui auront, majoritairement, des suites de couche les plus agréables  (je te renvoie à mes articles sur l’accouchement et la préparation à celui-ci).

Ensuite, viennent les inquiétudes anticipées des premières semaines de vie du nouveau-né. Comment va se comporter ce petit-être ? Comment vais-je être comme parent ?
Et la fatigue ? Les suites de couche (tiens, on m’avait pas parlé assez des tranchées !) ? Et comment je vais m’en sortir si elle/il pleure à pleins poumons ?
Ces inquiétudes sont d’autant plus fortes que nous n’avons pas la possibilité de voir régulièrement d’autres nouveaux-nés au quotidien, avant le(s) sien(s).

 

Les Principes vs. La Réalité

La réalité du vécu est, fréquemment, en décalage totale avec la conception que les futurs parents élaborent. Se mêlent alors des angoisses excessives et un manque de confiance en soi face aux réactions du nouvel arrivant.
Nous apprenons grâce à l’observation d’autrui.
Qui observe encore une mère vivre au quotidien avec son nouveau-né en ensuite ses enfants avant d’avoir les siens ?
Dans la société occidentale, c’est très rare.
Au mieux, on voit les jeunes parents pendant 2h, chez eux, le temps d’un café/thé/chocolat chaud/jus de goyave/jus vert (pour les plus maso ! Ok, je plaisante !) mais on ne s’imprègne pas de leur vie. La plupart d’entre nous ne savent pas comment s’articule une vie avec des enfants avant d’en avoir.

En plus de ce manque d’exposition aux situations concrètes, notre histoire personnelle nous amène un filtre pour la perception de ces situations.
Certains seront choqués d’entendre le ton monter alors que d’autres trouveront ça normal. Il en va de même pour les enfants « remuants ». Beaucoup se dise que leurs enfants ne sont jamais aussi actifs voire dérangeants.
Au mieux, il s’agit de méconnaissance du développement infantile, au pire, c’est parce que ces personnes-là ont été élevé avec des principes adultistes forts. Pour un retour sur la notion d’adultisme : voici un article.
Ils pensent qu’un enfant doit obéir ou se comporter « en rapport avec la situation ».
A titre d’exemple personnel, j’avais 23 ans, et en pleine études de psychologie. J’essayais de convaincre mon ex-belle-sœur qu’il fallait ABSOLUMENT que son fils de 3 ans dorme seul, surtout avant l’arrivée de la seconde.
Pourquoi ?
Rétrospectivement, je n’en sais rien ! Je ne saurais mettre le doigt sur ce que je trouvais impérieux à l’époque.

Peut-être parce qu’en occident, on croit que les enfants vont bien s’ils dorment seuls. Que c’est un bon indicateur de bien-être… « Alors, il dort bien ? Il fait ses nuits ? ». Vous souhaitez la réponse consensuelle ou la réalité ? Globalement, elles sont diamétralement opposées, pour avoir la paix !
Ensuite, parce que moi-même, j’ai été mise dans mon lit, dans ma chambre très tôt.
Parce que, peut-être aussi, certaines théories psy des vieux de la vieilles font miroiter que les enfants ont besoin de développer leur « autonomie » pour se sentir tel un individu unique et qu’il faut absolument faire ça avant le complexe d’Œdipe (Lolilol, on en reparlera de ça … ! Spoiler : c’est un peu du bullshit ce qu’on en dit dans le cadre de l’accompagnement des enfants).

Bref, à 23 ans, j’étais pleine de préjugés, de fausses croyances et surtout, de méconnaissance du développement infantile et de ce que c’est qu’être parent, en VRAI ! (PS : Laeti, si tu passes par-là, pardon ! Tu es et as toujours été une maman géniale, c’est vraiment nul qu’on ait pu te faire croire l’inverse !).

 

En devenant parents, on confronte les «principes éducatifs » et les besoins de son/ses enfant(s).
Le second point devrait gagner haut la main sans qu’on se pose de question. Mais cela marche mieux si on est informé.e ! C’est pour ça que j’ai fait un article sur le 4ème trimestre de « grossesse ».

« Avant, j’avais des principes et puis j’ai eu des enfants ! »
On entend beaucoup cette maxime, assez réaliste mais qui démontrent à quel point l’information est nécessaire en amont pour ne pas vivre un sentiment d’échec si les évènements ne se déroulent pas comme prévus.

Dans mon cas, je suis tombée sur le sujet de l’éducation bienveillante et positive avant d’être enceinte. Je me suis passionnée pour le sujet et tous les domaines connexes (HNI, langue des signes pour bébé, allaitement, communication non-violente, etc).
Quelle chance ! Vraiment ! Tous les jours, je suis heureuse d’avoir pu apprendre cela avant de vivre ma vie de mère.

La connaissance des besoins des enfants et du développement infantile modifie radicalement la perspective que nous avons de ces petits êtres. Cela permet de travailler sur ses propres « démons », ses failles et de pousser plus loin les questionnements sur les manières d’agir.
Grâce à cela, je n’ai pas été « étonnée » de la réalité du nouveau-né. J’ai lâché-prise aisément et j’ai pris les choses comme elles venaient.
L’allaitement à la demande et le cododo sont une évidence pour garder la sérénité du bébé et sa santé mentale intacte (ou presque).
J’estime réellement que le plus grand soutien de l’entourage est nécessaire. Il ne doit pas forcément être actif… L’abstention de commentaires désobligeants est déjà une victoire !
Cela dit, je souhaite à toutes les mères de pouvoir être entourées de manière active, pour être délestées des tâches pénibles. Et cela à tous les âges des enfants !
S’informer et discuter !

Il y a peu, je disais à une femme que les discussions de couple sur la manière d’accompagner les enfants (je commence à vraiment avoir du mal avec le terme « éducation », je lui préfère « accompagnement », puisque je ne considère pas que je suis en mesure de modeler mon enfant mais de l’impacter).
Réaction immédiate : « Nous l’avions fait ! Mais depuis, je me suis renseignée davantage et tous les principes que nous avions ont volé en éclats, car cela ne répond pas aux besoins réels des enfants. Et mon/ma conjoint.e n’a pas voulu entendre parler de ces changements de perspectives. Il les subit et m’en veut ».
Aïe !
C’est vrai ! Les femmes qui portent l’enfant sont d’autant plus susceptibles de changer de point de vue … parce que leur corps est investi autant que leur esprit. Beaucoup d’entre elles passent énormément de temps à s’informer (et là, l’important est d’avoir les sources d’informations fiables) et à se projeter en tant que mère. La personne « à côté » est souvent moins monopolisée par ses idées et donc, effectue moins de recherches d’informations.
Un décalage peut se créer comme ça.

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Ensuite, il y a le vécu post-accouchement. La jeune accouchée sent bien certains besoins de son bébé, en contradiction avec les croyances : dormir uniquement porté et téter très régulièrement sont les principaux étonnements des premières semaines/mois.
C’est grâce à cette « surprise » que les inventeurs du milieu de la puériculture essaye de faire acheter n’importe quoi pour endormir le bébé (balancelle, peluche aux bruits blancs, etc)  et qu’il tête autre chose que le sein (la tétine, une arme anti-allaitement). Or, les besoins de contact et de succion sont vitaux pour le nouveau-né : le contact lui assure chaleur et attention, la succion permet de mettre en route la lactation. En adoptant un substitut tel que la tétine, on propose aux enfants de se passer du sein pour se rassurer (ce qui est déjà une méprise car ils ont besoin de bien plus que juste la succion à vide d’un bout de plastique) et cela met un coup à l’allaitement puisque le bébé ne stimule pas suffisamment.

En plus de cela, il faut savoir que les enfants ne sont pas ces petits « pervers narcissiques » qui deviendraient des tyrans à coup de caprices.
Grâce aux connaissances en neurosciences affectives, nous avons la certitude que les enfants agissent sous la gouverne de leurs émotions et sans intention nocive.
Mais les mythes ont la peau dure, dont le fameux « tu vas en faire un bébé-bras ! » (j’y ai consacré un article, sur le portage !) .

S’informer et partager ces éléments à l’entourage, de manière à les faire se questionner, permet d’amorcer un changement de paradigme entre les principes et la réalité.

Alors, oui, Il faut s’informer et discuter en amont même de la grossesse, si c’est possible. Parce que sincèrement, dans certains cas, l’attitude de son/sa conjoint.e face aux enfants peuvent être tellement rébarbative que les couples explosent avant la concrétisation des enfants.
Il faudrait aussi parler, en couple, du « baby-clash ». Ce passage à vide très fréquent qui a lieu dans les couples après la naissance d’un enfant.

Il semble qu’il y ait un taux de séparation de l’ordre de 20 à 25% dans les mois qui suivent la naissance (selon le Dr Geberowicz, co-auteur avec Colette Barroux du livre : «  Le Baby-clash : Le couple à l’épreuve de l’enfant »).
Même s’il n’est pas possible d’anticiper toutes ses réactions, il semble indispensable de discuter de ce fait et de s’attendre à des difficultés.

Afin de pouvoir passer outre, il faut savoir que ces conflits sont susceptibles de survenir : à cause de la fatigue, parce qu’un des deux partenaires se sent délaissé.e.s, que l’autre ne se sent pas aussi épanoui.e.s que prévu, qu’il y a des embauches en termes de santé… Bref, savoir qu’il y a des facteurs qui vont amener ces désaccords.
La seule solution est une authenticité totale : vraiment échanger, sur ses états d’âme, ses peurs, ses sentiments, et sur le fait qu’on est, finalement, en désaccords avec les principes qui furent communément déterminés auparavant.

Anticiper ou lâcher-prise ?

Pour éviter de se perdre dans les méandres du casse-tête moral,  une solution : lâcher-prise !
Une fois que tu t’es bien renseigné.e (et cela ne s’achève jamais !), il est utile d’apprendre à lâcher-prise concernant les éléments sur lesquels tu n’as de toute façon pas prise !

Par exemple ? Le rythme des tétées ou encore, les moments/heures de sommeil, sa propre pudeur, le fait de passer des soirées avec un bébé qui dort sur soi pendant plusieurs mois, etc.

J’ai tendance à rappeler une chose, qui n’est pas une solution, mais un constat : ces moments passent !

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C’est une lapalissade, mais il ne faut pas le perdre de vue, dans les jours où cette dépendance extrême des enfants peut être difficile à vivre.
Pendant quelques mois, cela sera intense. Et puis de moins en moins, en termes de maternage pur. Ensuite, ce sont d’autres demandes qui surgiront, mais c’est toujours pareil… La petite-enfance passe en un éclair.
Sur le moment, il peut y avoir un sentiment de découragement ou d’être débordé.e. Mais  lorsque cela sera remis en perspective, quelques années plus tard, cela semblera très court… Car ça l’est, en regard de la durée d’une vie.

Il faut apprendre à lâcher-prise, à prendre les évènements comme ils surviennent et y réagir en mettant en avant les besoins des enfants.

Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. Et d’autant plus lorsqu’il y a un couple où il y a ainsi deux cerveaux susceptibles de soulever deux fois plus d’interrogations.

Il s’avère que les enfants ont les codes pour déclencher des réactions enfouies !
Avant d’être plongé dans ce rôle de parents, notre vécu en tant qu’enfant n’avait pas une résonance aussi forte.
A partir du moment où vient la parentalité, cela plonge les (futurs) parents dans leur propre vécu.
Pendant la grossesse, il est fréquent que les futurs grands-parents soient questionnés tant et plus sur la manière dont cela s’était passé pour soi-même.
Au fur et à mesure, on se crée une image de ce qu’on souhaiterait et de ce qu’on pourrait vivre.
Et puis les mois défilent et le bébé est, souvent, différent du bébé imaginé.
Les proches peuvent effectuer des remarques qui piquent au vif tant la susceptibilité que l’égo. Subtilement, cela peut remettre en question les attitudes adoptées avec les enfants.
Ensuite, ces derniers grandissent et développent des comportements qui peuvent nous attendrir mais aussi… nous exaspérer !
Par exemple, un enfant qui aurait tendance à chouiner fréquemment, ou à taper des pieds de frustration (tiens, j’en parle là, de la frustration !).
Étrangement, certaines attitudes déclenchent un vrai agacement ! Mais pourquoi spécifiquement celles-là ?

Il est probable qu’en tant qu’enfant, cet adulte irrité ait du des comportements similaires à ceux de son enfant et qu’il ait reçu, au mieux, une « fin de non-recevoir » en réponse.
Dans tous les cas, ces comportements sont restés ancrés en nous, inconsciemment… Et ils sont réactivés par l’exposition à son propre enfant.
Les réactions des parents sont alors vives et peuvent être explosives sans crier gare.

Retour sur son propre vécu

Lorsqu’une réaction volcanique survient ou qu’une irritation est persistante, il est opportun de s’y pencher.
C’est un indicateur fiable qu’il y a matière à s’interroger !

En mettant sous la loupe ses propres réponses aux attitudes des enfants, il est possible de découvrir un part de soi.
Cela peut être la manifestation qu’il y a une émotion cachée là-dessous.

Dans les dernières générations, il n’était pas prioritaire d’amener les enfants à exprimer et vivre leurs émotions. Loin s’en faut !
Le modèle était plutôt à l’éducation d’enfants obéissants et sages, dont les frustrations se vivaient à bas bruit. Si ce n’était pas la réalité de l’enfance, c’est l’image qui était considérée comme « idéale ».
Beaucoup de subterfuges furent/sont utilisés pour y parvenir, des brimades aux punitions (dont je parle ici) mais aussi à l’ordre de ne pas exprimer ses émotions (« taistoi! », « file dans ta chambre! », …), tout simplement !
Hors, toutes ces émotions rentrées finissent souvent par sortir d’une manière ou d’une autre lorsqu’un déclencheur les active.
Et les enfants sont de merveilleux déclencheurs.

Lorsqu’on est soumis (car c’est plus fort que nous) à de telles réponses de notre part, je suggère de prendre le temps de prendre du recul.
Il serait plus simple de mettre ça sur le compte de la fatigue (qui est un accélérateur à particules d’énervement !) mais c’est perdre de l’information. Et puis, quel parent n’est pas un peu fatigué ?

Lorsque tu as été « mis.e à bout » par ton enfant, essaye de pointer précisément ce qui t’a agacé dans l’attitude de ton/tes enfant(s).
Ensuite, projette-toi en tant qu’enfant et tente de te rappeler les réactions de tes parents.
D’une part, ça t’aidera à te remémorer le fait que ce n’est qu’un enfant qui n’a pas les mêmes capacités de gestion émotionnelle que les adultes. D’autre part, cela permettra de fouiller les éléments qui t’incommodent.
Les phrases : « Arrête de soupirer ! » ; « Ne lève pas les yeux au ciel quand je te parle ! » ; « On se tait, à table ! » ; « Mange la bouche fermée ! », etc, te semblent familières ?
Et toi, tu les répètes à ton enfant ?
Quelles sont tes réactions lorsqu’il ne va pas dans le sens que tu souhaiterais ?

Il est fort étonnant aussi de constater que l’énervement fort en réaction  à un comportement ne survient quasiment que face à un enfant.
Imagine que tu déjeunes avec quelqu’un qui mange très salement, et qui fait énormément de bruits en mastiquant (OK, j’admets, c’est une de les failles personnelles. Je ne supporte pas les tenues à table approximatives !).
Te viendrait-il à l’idée de sermonner cet adulte face à toi ?
Or, quand c’est ton enfant, ça te fait bondir. Parce que tu lui as déjà répété de se tenir d’une manière ou d’une autre, et que cette volonté d’avoir un enfant qui sait se tenir est forte… Mais sans doute aussi parce que tu as essuyé énormément de remarques à ce sujet-là (Oui ! Je me suis faite chambrée longtemps par ma mère car « Quand on enlève ton assiette, on voit la trace avec ce qu’il y a autour ! ». Par chance, elle m’a simplement toujours montré comment utiliser mes couverts avec calme, à surveiller ma posture en me rappelant de faire attention afin que je sache « me tenir en société ». Ce fut très bienveillant mais j’en garde une aversion énorme pour les gens qui n’ont pas une tenue irréprochable… Alors que quand je suis seule, je me permets l’opposé de ces codes sociaux !).

Acquérir la capacité à prendre du recul vis-à-vis de ses réactions émotionnelles est déjà un pas inestimable tant pour sa relation à autrui que pour la connaissance de soi.

Tu peux ensuite formuler des observations, sans jugement de toi-même, et chercher des solutions pour reprogrammer tes réactions face aux déclencheurs.
Ce sont souvent des situations où il est nécessaire de finir par lâcher-prise… Et de formuler ses attentes aux enfants en âge de les entendre. Cela n’implique pas qu’ils s’exécuteront, mais tu auras pu extérioriser ton inconfort de manière plus bienveillante tout en respectant tes besoins (si tu veux une perspective sur nos besoins : ici !).

illustrations besoins

Forcément, plus sa propre enfance a été marquée par des comportements agressifs, violents ou réprobateurs, plus nombreux seront les déclencheurs inconscients.
Cela peut être plus dur, mais il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir mener sa parentalité comme on le souhaite.
L’humain est doté d’une capacité de résilience merveilleuse qui peut le faire vivre malgré des expériences traumatiques. Boris Cyrulnik va à l’encontre des adages et raccourcis fréquents qui font état qu’un enfant battu fera un adulte violent. Il précise qu’en développant des liens d’attachement, la résilience peut s’ancrer et que grâce à cet entourage bienveillant, la majorité des enfants battus ne reproduisent pas ce schéma.
Bien sûr, si l’exposition à ces déclencheurs et à l’introspection que cela demande engendre trop d’émotions négatives et de mal-être, il est indispensable de se faire accompagner, à l’aide d’un psychologue, par exemple.

En légitimant et en faisant la paix avec l’enfant que nous étions, en nous rappelant qu’il a existé, nous garantissons de plus belles relations avec nos enfants … et une sérénité pour les générations à venir qui n’auront plus à se battre contre leurs expressions émotionnelles !

A très bientôt, les Curieuses.x !