Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les récompenses, une fausse bonne idée ?

Comme j’ai pu l’aborder auparavant, les punitions ne sont une voie éducative profitable ni pour les enfants ni pour les parents.
Il s’avère que les récompenses sont perçus comme étant, elles, favorables puisqu’elles sont positives.
Mais qu’en est-il réellement ?
Est-ce que ton enfant va avoir un meilleur comportement et plus de motivation en cherchant sa « carotte » ?

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  • Le principe et l’objectif des récompenses

Les récompenses, nous le savons tous, se traduisent par un bien matériel ou moral donné/reçu pour une bonne action ou un service rendu.

Grâce aux récompenses, on incite à agir avec bonne volonté « juste » en ayant une contrepartie pour son action.
On pourrait croire que c’est une bonne idée, puisque tant les enfants que les adultes vont procéder avec assez d’entrain… Cela peut détourner les protestations et garde une ambiance sereine à la maison.
Il faut juste prévoir un stock de récompenses mesurées en réponse aux faits.

Parce que c’est vrai qu’on aimerait bien tous, recevoir quelque chose pour nos bonnes actions quotidiennes.
Imagine, recevoir une mention d’excellence chaque soir où tu te coucherais avec une maison bien rangée. Et puis, à partir du moment où tu en as 6 / semaine, tu aurais droit à un cadeau ou une faveur.
C’est quand même plutôt agréable, plutôt que de n’avoir aucune compensation ni aucune gratitude pour le travail accompli à domicile.

Tu reçois ta compensation, semaine après semaine, mais parfois il y a des loupés. Il y a des impondérables, la vie ne te permet pas d’être au « top » plusieurs semaines de suite.
Tu te sentirais alors sûrement privé.e de cette compensation.
Tes actions, au quotidien, te paraissent de plus en plus mornes. Pour la simple raison que tu sais qu’il n’y aura pas de récompense à la clef… Alors, c’est comme s’il n’y avait plus de bonne raison pour agir.

Voilà, clairement, le problème principal du principe de récompense. L’action n’est plus motivée par les faits en tant que tels mais juste par l’envie d’accéder à la récompense.

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  • La dynamique des récompenses

C’est un problème parce que les individus, quel que soit leur âge, perdent alors le plus riches des actions : savoir pourquoi ces actes sont importants en eux-mêmes.
Chez les étudiants, cette tendance à la récompense peut être flagrante : certains étudient parce qu’ils sont passionnés, ou à tout le moins intéressés, par les matières abordées. Puis, au fur et à mesure, certains abandonnent par désintérêt et d’autres poursuivent, juste dans l’intention d’obtenir un diplôme.
Le premier estimera qu’il peut être utile d’avoir « les questions des examens » afin d’exercer ses compétences. Pendant que d’autres baseront leur apprentissage sur la faculté à répondre aux questions posées.
Certes, le résultat sera identique pour les deux étudiants : ils auront leur diplôme.

Mais il y a fort à parier que celui qui aura agi par passion fera un professionnel plus compétent et investi. Il retiendra probablement la matière qu’il a appris parce qu’il trouvait cela intéressant.

Il est ainsi manifeste de constater l’impact de l’intention sur le résultat… qui n’est pas la récompense mais bien « le chemin » pour y parvenir.

Dans un cadre éducatif, le recours aux récompenses est un chantage. Ni plus ni moins. Attention, je n’ai pas dit que c’était mal. J’effectue un constat.
Lorsqu’on promet une faveur suite à une action, on sous-entend qu’il en sera privé s’il n’effectue pas ce qui est attendu.
C’est avec cette mise en place d’une dynamique de récompense/privation, qu’il est possible de se rendre compte que les récompenses fonctionnent sur le même principe que les punitions.
Ces deux réponses aux actes des individus a pour objectif de faire obéir l’autre.

Imagine qu’un enfant ne veuille pas aller se laver.
Première option : tu sévis et menace de lui enlever le jeu qui monopolise son attention s’il n’y va pas.
Seconde option : tu lui demandes d’aller se laver et tu lui promets qu’il pourra regarder un dessin animé après.

La seconde option est plus sereine pour l’enfant. Mais il n’aura quand même absolument pas intégré la raison d’aller se laver et ne prendra peut-être même pas le temps du plaisir d’être dans l’eau afin de voir son dessin animé plus vite. En outre, quelle que soit l’option, ton intention est de faire obéir cet enfant… Même dans la seconde option, il ne collabore pas, il obéit dans l’espoir d’obtenir quelque chose.
Le lendemain, va-t-il plus apprécier se rendre dans la salle de bain ou va-t-il attendre que tu le gratifies de quelque chose ?

C’est parce que l’intention est dans l’obéissance et que cela engendre un sentiment de privation que les récompenses fonctionnent dans le même registre que les punitions. Ce sont des marqueurs de l’adultisme.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur les punitions, l’obéissance n’amène pas l’enfant à être autonome et responsable. Cela rend passif et n’aide pas à développer la conscience de la valeur des actes en eux-mêmes.
Maria Montessori allait jusqu’à dire que les récompenses sont une forme « d’esclavage de l’esprit », puisque l’enfant ne réfléchit plus à l’action mais souhaite seulement obtenir la faveur.

Les principes régissant la motivation sont très fouillés en psychologie.
Il y a deux composantes importantes dans la motivation : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.
La motivation intrinsèque est celle qui guide l’envie d’apprendre, de grandir, de profiter du trajet autant voire plus que de la destination.
La motivation extrinsèque amène à s’exécuter en vue d’obtenir quelque chose (comme c’est le cas des jobs alimentaires où l’on va juste chercher le salaire alors que les tâches laissent indifférents – au mieux !).

Le souci, c’est qu’un individu qui agit par pur plaisir/motivation interne peut perdre de vue ce positionnement si on lui propose des récompenses.
Typiquement, nombre de parents promettent des cadeaux afin de marquer de « bons résultats scolaires » et souvent, en corolaire, grondent ou punissent en cas de mauvais.
Un enfant qui, d’habitude, travaille volontiers peut avoir une baisse de régime. Le parent peut alors être tenté de promettre un avoir si le travail est « bien » effectué. Cela sera donc peut-être le cas, si ce qui engendrait les difficultés s’estompent.
Le problème, c’est que l’enfant va petit à petit considérer qu’il apprend pour obtenir quelque chose en plus et non plus juste pour apprendre/ faire murir ses réflexions / nourrir son appétit de découverte.
De plus, si l’enfant avait un réel problème (relationnel, d’apprentissage, émotionnel, …) qui se manifestait par des notes plus basses, il ignorerait toute récompense promise.

Les récompenses peuvent masquer ce qui retient les enfants d’entrer dans une action. Se questionner sur les raisons des résistances est plus favorable à long terme plutôt que de tenter de « passer en force » grâce à des incitatifs artificiels aux situations (promettre un dessin animé pour amener l’enfant à prendre son bain, les deux activités étant tout à fait distinctes).

L’octroi de récompenses fréquentes bride les enfants. Ces derniers vont avoir tendance à se comporter de manière à rencontrer les attentes des adultes et non plus à vivre en se laissant l’opportunité d’innover (et donc de prendre le risque de ne pas adhérer aux attentes).

 

  • Répondre aux attentes, l’obéissance et la relation de pouvoir

Comme je viens de l’expliquer, les enfants coutumiers des récompenses vont attendre systématiquement quelque chose en retour de leurs « bonnes » actions.
D’ailleurs certains parents finiront ensuite par dire que leurs enfants sont « ingrats » car ils réclament constamment des cadeaux pour autant qu’ils se soient tenus correctement.
Une autre situation : lorsqu’un parent part souvent en voyage, pour se faire pardonner de son absence, il ramène un cadeau. Si, le cadeau n’est pas au rendez-vous, l’enfant pourra bouder. Les parents considèreront que l’enfant est trop gâté et qu’il n’a vraiment aucun savoir-vivre… Alors que ce sont eux qui ont instauré ce fonctionnement d’obéissance/récompense.

La relation qui s’établit avec les enfants est alors un exercice du pouvoir. Tôt ou tard naîtra un sentiment de rancœur envers le parent qui octroie des récompenses fréquemment ou l’en prive à certains moments. Parce que ces avoirs sont déterminés par le jugement du parent et qu’il n’y a plus de place pour l’autodétermination de l’enfant. Ils ne peuvent plus développer de confiance en eux puisqu’ils sont soumis à la validation d’autrui pour le résultat de leurs efforts. Les efforts n’existent pas dans ce système de valeur, il n’y a que le résultat qui importe.
Les comportements des enfants visent à accéder aux gratifications des parents. Ils ne parviennent pas à sauver leur estime de soi, puisque leurs propres appréciations de leurs actes et l’effort ne sont pas reconnues.

 

  • Les formes que prennent les récompenses

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Dans le système scolaire, et dans certaines suggestions pédagogiques maladroites, il y a nombre de pratiques qui utilisent le système des récompenses :

  • Une météo des comportements en classe sur un panneau en classe qui montre l’état de chaque élève jour après jour, à la vue de tous ;
  • Même principe avec des gommettes colorées ou un papillon à colorier (jaune si le comportement était bon et noir s’il était turbulent)
  • Des bonbons donnés (les bonbons, on en parle ?!) par l’enseignant en fin de semaine aux bons élèves

Ils sont inventifs, ils déclinent le système sous diverses formes. C’est très agréable pour les bons élèves. Ils sont mis en avant, bien en évidence, par rapport au reste des élèves.
MAIS…
Qu’en est-il des enfants ayant un tableau plus sombre ?
Faut-il considérer que c’est de leur faute s’ils n’ont pas les soleils et autres gommettes favorables ?
Les « soleils » et toutes les autres marques positives mettent en exergue les élèves qui répondent aux attentes de l’enseignant. Dès lors, cela exclut immédiatement tous les enfants dys-, ceux qui ont une famille en situation précaire (si un enfant n’a pas la possibilité d’apprendre ses leçons ou de faire ses devoirs à cause de son rythme familial…) ou simplement ceux qui ne rentrent pas dans le moule standardisé de l’éducation collective.

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Les facteurs intervenant dans la dynamique des récompenses sont donc :

  • L’obéissance et la conformation aux attentes
  • La mise en évidence des « bons »
  • Évaluation quotidienne des enfants sur un seul aspect comportemental
  • Le sentiment d’estime de soi impacté chez les enfants
  • Le clivage dans la classe entre « les bons » et « les mauvais »
  • L’octroi de privilèges, la plupart du temps aux mêmes élèves
  • Le sentiment de privation des « moins bons »

Comment, avec un fonctionnement tel que celui-là, est-il possible de mettre en place un fonctionnement collaboratif et une absence de jugement entre élèves (et donc de remarques/attitudes) si l’enseignant lui-même est ce moteur de jugement ?

En outre, comment motiver des élèves qui seraient toujours mis en porte à faux par rapport aux autres, en les laissant croire qu’il leur suffit d’un peu de volonté ?
Après 3 ou 4 semaines à être traités comme les « élèves turbulents », les enseignants auront tendance à agir avec eux différemment qu’avec les « bons ». Ces derniers deviendront toujours meilleurs et les « turbulents » le seront, et auront une motivation scolaire en chute libre. C’est un exemple de ce qu’on appelle l’effet Pygmalion, théorisé par Rosenthal et Jacobson et très bien expliqué sur ce site, dont provient l’infographie suivante: https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/theories/categorisation/3-l-effet-pygmalion-a-l-ecole

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Les élèves entre eux auront tendance à faire des clans, à se séparer entre « bons » et « mauvais », comme le prouve cette expérience effarante de Jane Elliott en1970. Elle a simplement dit aux enfants que les élèves aux yeux bleus étaient plus brillants, intelligents et plus calmes que ceux aux yeux bruns. Ces derniers devaient d’ailleurs portés une marque pour être vite reconnus (ça ne te rappelle rien.. ?). Les enfants adoptèrent immédiatement des attitudes caractéristiques : les « yeux bleus » se moquaient des « yeux bruns » et eurent des comportements dignes de bourreaux. Les « yeux bruns » furent désemparés et perdirent la confiance en eux.
Le lendemain, Jane Elliott inversa les rôles et prétendit qu’en réalité, ce sont les « yeux bruns » qui avaient le plus de mérite, que ça avait été prouvé. Au cours de la journée, les victimes de la veille se transformèrent en bourreaux…

Cette expérience est largement détaillée ici : https://chroniquesduchapelier.com/2017/11/24/la-lecon-de-jane-elliott/
et en vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=tHjSu5Nez7I

Tout cela exemplifie de manière limpide pourquoi juger les enfants ne peut pas amener de sérénité dans un groupe (et pas non plus dans la société, puisque notre fonctionnement garde les empreintes de notre jeune âge).

Il y a une autre forme de récompense… Les compliments, surtout ceux dénués d’émotivité !

« Tu es trop forte ! » ; « Quelle championne ! » ; « Tu es vraiment le meilleur ! » ; « Tu es belle ! » ; « Tu es mignon comme un cœur ! » ; « Quel superbe dessin ! » ; …

Les compliments viennent vite à la bouche, dès que les enfants évoluent.
Nous y sommes habitués, en tant qu’adultes, puisque nous les avons entendus depuis notre enfance.

Lorsque que nous faisons un effort pour nous habiller, pour effectuer une tâche ardue ou lors d’une situation exceptionnelle, nous nous attendons souvent à entendre quelqu’un de « légitime » dans la situation qui relève ce qui est « exceptionnel », ce qui a trait à l’effort effectué.

Le problème, c’est que la plupart des compliments se concentrent sur le résultat uniquement.
Par exemple, un enfant a passé un certain temps à s’appliquer sur un dessin. Il arrive auprès d’un parent, fier de montrer sa réalisation !
La plupart des enfants vont entendre en retour un compliment du type : « Quel beau dessin ! » et au mieux, le dessin sera accroché sur la porte du frigo (pour peu que le dessin soit présenté à un bon moment et qu’il ait quelque chose d’exceptionnel aux yeux du parent).
Ce commentaire peut ravir l’enfant : lui qui était fier avait raison de l’être car son référent a validé sa perception en le jugeant bon.

En outre, il s’avère que les compliments contenant les « la plus forte », « champion », « la meilleure » comprennent des notions de comparaison aux autres. Cela sous-entend que pour être acclamé et reconnu comme « bon », il faut être meilleur que les autres. C’est ainsi que s’instaure, subtilement, le principe de compétition, au détriment du principe de collaboration et de la sphère empathique qui l’accompagne.

Est-ce que tu sens ce qui cloche à long terme dans cette réaction ?

D’une part, l’adulte valide la réalisation de l’enfant. Cela implique que l’enfant va, au fur et à mesure, calquer sa propre appréciation sur l’avis de l’adulte.
Si, durant une journée chargée, l’adulte réagit en disant seulement : « Oh oui ! Il est pas mal ce dessin. Mais je suis occupé.e, maintenant. ». L’enfant pourra penser que son dessin n’est pas réussi. Sa fierté se transformera en déception de lui-même car il n’a pas reçu la validation habituelle.
Cela sous-entend que l’enfant ne peut pas se faire confiance car quelqu’un qui aurait un avis plus « légitime » (c’est-à-dire adulte) aura un avis différent, ou qu’il interprétera comme tel.

D’autre part, avec ce genre de réponse-type, seule la réalisation finale est prise en compte. Nulle mention de l’effort que l’enfant à effectuer pour accéder à ce résultat qui le rend fier.
L’effort n’est pas mis en avant, seul compte le résultat. C’est d’ailleurs probant quand un enfant commence à gribouiller, une question fréquente est : « Tiens, qu’est-ce que tu essaies de représenter ? ».
Et si, en fait, il ne voulait rien représenter et juste expérimenter ses gestes ?!
D’ailleurs, souvent la réponse est lente à venir. Je peux supposer que certaines fois, ils tentent de reproduire quelque chose… mais que la plupart du temps, ils donnent une réponse pour satisfaire les adultes qui questionnent et qui semblent attendre une réponse précise.

Le problème liés aux compliments, s’avérant être des jugements sur le résultat, est qu’ils forment les individus à attendre une gratification, une validation et une reconnaissance à chaque action.
Dans ce système, auquel nous sommes habitué.e.s, il est fréquent que nous soyons déçu.e.s de l’abstention de reconnaissance pour nos actes. Cela vaut dans la sphère professionnelle, où nous espérons les remerciements ou les récompenses pour nos attitudes et surtout lorsqu’on a des résultats qu’on estime probants. C’est aussi le cas dans le quotidien du foyer où il est usuel de souhaiter des remerciements pour les services rendus et l’efficacité de l’organisation du foyer.
Mais ces remerciements et récompenses viennent rarement et la rancœur commence à s’installer. Parce que nous avons intériorisé le système des récompenses, a minima par les compliments, et que ne pas en recevoir est associé à une privation.
De plus, l’égo est touché lorsque nous recevons une récompense (la sensation de mérite) mais cela crée de l’envie envers ceux qui ont plus de privilèges… Toutes les expériences en psychologie sociale ont pu démontrer que lorsque les individus sont catégorisés en deux catégories, l’une ayant des privilèges et l’autre étant affublés de caractéristiques négatives, il y a des attitudes de violence, d’humiliation, de moquerie vis-à-vis des « mauvais ». Ceux qui ont des privilèges font ce qu’il faut pour les conserver. Ils peuvent même enfoncer les autres pour y parvenir.

Il y a un exemple classique de la fin de l’année : « Si tu ranges bien ta chambre et que tu es sage, le Père Noël/St Nicolas t’apportera des cadeaux ! ».
Il s’agit d’un chantage. Les enfants ne sont pas incités à apprécier l’ordre, ils sont jugés en « sage/turbulent » et cela induit la croyance que ceux qui n’ont pas de cadeau l’ont forcément mérité.
Quid des familles précarisées, dans ce système ?

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Je sens qu’une crispation va monter chez les adultes qui lisent… Parce qu’il y a aura comme une impression de ne jamais pouvoir rien dire qui soit dénué d’impact et que « rien n’est bon ».
STOOOOOP !

L’idée n’est pas de taxer de « bons » ou de « mauvais », les comportements. D’ailleurs, tu remarqueras que je mets des guillemets à chaque jugement de valeur.
Chaque attitude révèle quelque chose de nous-même, de nos habitudes, de nos ancrages affectifs et des schémas éducatifs auxquels nous avons été exposés.
Dans cet article, mon objectif est de mettre en évidence les actes/les mots qui ont un impact dans la construction de l’enfant et du futur adulte.
Le but recherché est d’accompagner les enfants à se sentir bien en tant qu’individu,  confiants en eux, comme nous l’aimerions tous: savoir se faire confiance et faire fi de l’avis des autres.
Nous sommes tous d’accord pour dire à nos proches : « Peu importe ce que pensent les autres, tant que tu te sens bien ! ». C’est louable comme intention.
Mais c’est ignoré le fait que la construction de la confiance en soi peut être ébranlée juste par des compliments jugeants et des récompenses à outrance.
En outre, l’humain a une propension (nécessaire !) à conserver son appartenance sociale. Cela le pousse à rechercher une manière d’être au sein du groupe qui soit en harmonie avec les autres membres… Cela explique les effets de mode vestimentaire, mais aussi les résistances aux changements d’attitudes dans les familles. Les conduites alternatives peuvent être perçues comme une distanciation de ses racines. La plupart des gens confonde l’amour qui leur est porté et l’adéquation avec l’ensemble de leurs principes de vie. C’est ce qui crispe énormément les relations familiales lorsque les générations se succèdent.
Si c’est le cas pour toi, je te renvoie vers mon article « Que faire pour que les autres acceptent mes choix ? ».

  • Et, je fais comment pour motiver mon enfant à agir, alors ?

Voilà la partie que je préfère : la recherche d’alternatives et de pistes de solution.

D’abord, les récompenses sont souvent allouées afin de faire plaisir.
Il n’est pas question de retirer les moments de plaisir, mais au contraire, de rendre leur accès dénué de conditions sine qua none.
Peut-on seulement regarder un film si la maison est bien rangée ?
Peut-on seulement prendre une pause que lorsque le travail commencé est parfaitement achevé ?

Fais plaisir à ton enfant. Offre-lui des moments agréables, en dehors de toute exigence, juste pour un réel plaisir d’être ensemble ou pour qu’il/elle puisse avoir la joie de s’amuser sans contrepartie.

Nous sommes élevés dans une société méritocratique où seuls ceux qui ont des résultats peuvent bénéficier de certains privilèges.
Il y a une dimension sociale : on sait qu’être né au bon endroit, dans la bonne famille donne accès à bien plus de privilèges que d’autres. Le « mérite » est une notion directement liée aux récompenses et ce qu’il implique. C’est destructeur pour l’égo de ceux qui sont « mal nés » et qui n’ont pas accès aux richesses… Au fond d’eux, cela ancre la croyance qu’ils ont fait quelque chose de mal pour être précarisé de la sorte.
Les enfants qui ont intériorisé le système des récompenses et du mérite, en voyant d’autres individus être privés de certains privilèges, viendront à penser qu’ils sont forcément responsables de leur situation. Cela entame les possibilités d’empathie et d’humanité dont les enfants peuvent faire preuve.

Ensuite, il faut d’abord distinguer les récompenses et les encouragements.
Ces derniers sont, par essence, axés sur l’effort fourni, sur le « courage » nécessaire pour agir.
C’est ce qui en fait tout l’intérêt. Il n’y a plus de jugement sur le résultat mais une focalisation sur l’action de l’enfant en tant que telle.

L’alternative pour intervenir avec des encouragements est de demeurer dans la description de ce que l’enfant fait.
« Oh ! Ton dessin est plein de couleurs ! Tu as l’air d’être fièr.e de ce que tu as fait ! »
« Qu’est-ce que tu fais comme effort pour courir vite ! C’est incroyable ! »

J’y consens, de prime abord, cela peut manquer de spontanéité… Parce que nous ne sommes pas coutimier.e.s de ce type d’encouragements.
Il est possible de se changer son vocabulaire au fur et à mesure, en reformulant après un compliment « classique » fait spontanément : « Oh ! Qu’est-ce que c’est joli !… Il y a plein de couleurs ! Tu as l’air de bien t’amuser ! ». C’est comme tout dans la vie : la pratique amène à des automatismes.
Petit à petit, la notion de jugement disparaîtra et laissera place à la seule observation/description de ce que l’enfant fait mais aussi de ce qu’il semble ressentir !

L’absence de jugement permettra aux enfants d’explorer diverses manières de faire une même chose, sans être bridés par le regard des adultes.

A la suite d’une réussite particulière, il est possible d’orienter l’attention des enfants sur le « chemin » parcouru pour y parvenir et sur les plaisirs trouvés durant les actions.

Au quotidien, il est facile de mettre l’accent sur les plaisirs simples pour les enfants, mais aussi pour nous :
Par exemples : « C’est chouette d’avoir les mains dans la farine ! Et on va faire un super pain ! », « Maintenant que tu as appris cette chose-là, tu fais les exercices très facilement ! », « Comme c’est rigolo d’avoir de la mousse partout quand on se lave les dents et en plus, après, tu sens tes dents toutes lisses ! », « Oh ! Qu’est-ce que c’est agréable de s’allonger à la fin de la journée ! », « Tu avais vraiment l’air passionné.e quand tu lisais tout à l’heure ! », …

C’est quotidiennement que les détails de nos actions peuvent être mis en exergue. Ils deviennent ainsi les motivations intrinsèques, en agissant en pleine conscience des différents éléments qui composent l’action et la recherche d’un objectif.

Pour les enfants qui manquent de motivation pour se préparer, se laver, aider au quotidien, etc, pourquoi ne pas faire de la vie, un jeu ?
J’en parle déjà dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! ».
Mais cela peut s’appliquer à toutes les situations. A partir du moment où le besoin d’autonomie des enfants est entendu et qu’ils ont le temps nécessaire pour faire les choses (l’empressement de l’adulte n’a aucun sens pour les enfants), il est possible de leur proposer des jeux pour que les actions deviennent drôles d’elles-mêmes.
Certains peuvent initier des courses pour s’habiller ou aller se laver.
Je suis partagée. C’est efficace, mais cela implique une notion de compétition qui me dérange.
Il est possible d’inventer une manière de marcher « bizarre » pour se rendre à la salle de bain ou dans sa chambre, de mettre la table version « Mission Impossible », de chantonner pour faire passer le temps plus vite, de se laisser brosser les dents pendant qu’on le fait aux enfants, etc.
Alors évidemment, cela demande de l’investissement pour les adultes. Mais, faire du bain un moment de jeu n’est-ce pas la meilleure manière de profiter d’un temps de qualité ensemble ?
Dès qu’ils sont en âge de le faire, propose-leur de participer à la cuisine. Il peut par être un moment de partage et de confidences complices ? Et plus petit, c’est une vraie activité manuelle.
Oui, il faut peut-être commencer à préparer le repas à 17h30. Mais ce n’est plus une corvée, cela devient une vraie activité commune et une manière d’être ensemble.

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Une autre possibilité pour diminuer les conflits quotidiens et ne pas être embarqué.e par la dynamique de punitions/récompenses, ne serait-elle pas de créer tous ensemble une charte interne à la maison ? Chacun prend part à la décision des règles et s’engage à les respecter.
Cela implique que les règles et leur légitimité peuvent être discutées librement… et non pas que les parents décident et que les enfants y consentent.
Par exemple, les parents aimeraient que les chaussures ne passent pas le seuil de la maison, les enfants trouvent cela inutile.
L’idée est alors de discuter tous ensemble pourquoi les parents veulent cette règle,qu’est-ce qui dérange les enfants. Parfois, de simples aménagements intérieurs aident à faire qu’une règle de vie soit respectée… mais il s’avère aussi que la discussion concernant les motifs de la règle puisse la mettre en perspective, et qu’elle perde en importance.
C’est par ce type de communication familiale ouverte et dénuée de jugement que chacun parvient à se faire entendre et que la vie communautaire est agréable. Cela implique que les enfants aient la certitude qu’ils puissent s’exprimer franchement et qu’il n’y ait pas une croyance que l’amour est conditionnel à l’obéissance. L’utilisation de la communication non-violente est un outil avantageux.

Enfin, éviter les récompenses dont les compliments, ne doit pas être assimilé à de la froideur et à de l’absence de considération. Au contraire !
Il s’agit d’apporter sa présence toute entière aux enfants, afin de faire une remarque qui est précise et non stéréotypées.
Il est aussi favorable d’exprimer ses sentiments aux enfants face à leurs actions et leurs réalisations. « Je suis très fièr.e de te voir t’épanouir dans cette activité pour laquelle tu démontres un talent et dans laquelle tu fais énormément d’efforts ! »
Cette phrase fera bien plus plaisir aux enfants qu’un : « Bravo ! T’es un.e champion.ne ! ». De plus, si un jour, il y a une baisse de régime, il/elle pourrait croire que tu serais déçu.e car le statut de champion n’est plus d’actualité.
Mieux vaut un enfant qui adore jouer au tennis pour le plaisir mais refuse les compétitions qu’une graine de champion qui peste dès qu’elle n’accède pas au meilleur classement. cela ne veut pas dire qu’il faut chasser les compliments dans les moindres tréfonds. Cependant, il peut être épanouissant de penser à les élaborer avec des sentiments et sans que nos propos laissent entendre une attente de résultats.

Dans tous les cas, l’exemplarité est inestimable pour l’accompagnement des enfants.
Ne te fustige pas en cas de tentatives « ratées »! Ne te juge pas! « Goûte aux plaisirs d’être et au contenu des actes quotidiens.
Beaucoup d’entre nous disent facilement : « Je ne suis vraiment pas douée ! » ou « Je suis maladroite ». Je te propose une autre formulation, que tes enfants pourront intérioriser : « Je manque d’entraînement pour… ! ».
Rien n’est figé. Souvent, ce n’est pas une question de don ou de maladresse mais simplement de présence entière à une situation donnée ou de manque d’expérience.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x !

Pour aller plus loin :

  • « Eduquer sans punition et récompense » Philippe Faure
  • Une conférence de M. Rosenberg sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=53_qlO_8qqo
  • « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » Faber & Mazlish
  • « Qui veut jouer avec moi ? » Lawrence J. Cohen
  • L’adultisme expliqué aux adultes
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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les punitions : Pourquoi sont-elles toxiques, même si elles ont l’air efficace ?

Les punitions sont une espèce de tradition éducative considérées comme acceptables, normalisées et parfois nécessaires, lorsque l’enfant va trop loin.
Elles sont de plusieurs ordres : les brimades, les privations  et les châtiments corporels.
Par exemple : « Mettre au coin », « envoyer dans sa chambre », «priver de TV/tablette/sortie…. », Menacer de conséquences si opposition à l’ordre proféré.
Il peut être violent de lire « châtiments corporels », car cela véhicule une connotation de maltraitance. Et pourtant, la gifle, la fessée, une tape sur la main, se faire pincer l’oreille ou attraper par le col, sont bien des châtiments corporels puisqu’ils portent atteintes à l’intégrité physique de l’enfant.

« La punition corporelle est généralement définie comme un acte physique qui est socialement et légalement accepté et commis par un adulte en situation de pouvoir, peu importe son intention, dans le but d’entraîner une douleur ou un malaise physique chez un enfant, et ce, afin de corriger ou de contrôler un comportement jugé indésirable (ex. : taper les fesses de l’enfant, le pincer, le secouer). » – Définition de la chercheuse Marie-Ève Clément, Revue de psychoéducation, 2011, volume 40 (1)

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Pourquoi les punitions sont ordinaires ?
Les punitions donnent une impression de contrôle aux parents et surtout, un moyen d’action face à un comportement « inacceptable » de la part de l’enfant.
Tu la sens, la première coquille ? Il n’est pas difficile de constater que ce qui est « acceptable », « correct » ou « admis » dépend complétement du contexte.  Et étrangement, les punitions tombent d’autant plus facilement lorsque les parents ne sont pas disponibles physiquement ou moralement   (empressement, fatigue, occupations).

Il est d’ailleurs facile de tomber sur moults témoignages déculpabilisant les parents qui ont levé la main suite à un débordement de l’enfant : « Ça arrive ! », « Il ne faut pas se culpabiliser pour ça … ! », …

Les punitions, des plus « douces » aux plus « dures », sont utilisées par certains parents qui ont l’impression d’avoir tout essayé.
Isabelle Filiozat a écrit un merveilleux livre qui leur est adressé (mais intéressant pour tout un chacun) intitulé justement : « J’ai tout essayé ! ».

Les enfants apprennent assez vite la douleur (psychologique et physique) que les punitions occasionnent.  Ils cherchent souvent à éviter les punitions par diverses stratégies, dont la soumission aux volontés des adultes.
Donc, dans ces cas-là, les punitions semblent fonctionner puisque les enfants cessent leurs actions ou obéissent docilement.
Mais, en y regardant de plus près, il y a autant de cas où les punitions fonctionnent que de situations où elles n’ont aucune issue positive (ni pour les adultes ni pour les enfants).
Combien d’enfants ne se calment pas lors de l’isolement ?
Combien d’entre nous ont développé des trésors d’ingéniosité pour mettre en œuvre un stratagème avec plusieurs stylos ou dissimuler des photocopies afin de faire passer les « lignes à copier » plus vite ?

Il s’avère que le premier problème des punitions se situe là : la dissimulation.
La punition n’amène pas à réfléchir sur son action de manière autonome. Elle ouvre une brèche dans laquelle les enfants dissimulent les actions que les adultes estiment mauvaises.

Questionnements pour toi-même :

  • Quelle réaction aura un enfant face à une mauvaise note/s’il brise un verre/renverse de l’eau/… si :
  • Il sait qu’il sera puni
  • Il sait qu’il ne sera pas puni

Dans la plupart des cas où les enfants vivent des punitions, l’idée principale sera de dissimuler le problème pour éviter la punition. C’est ainsi que commence le recours volontaire aux mensonges (à différencier des histoires racontées par les petit.e.s d’environ 3 ans) et le déclenchement des réseaux neuronaux du stress et la crainte des adultes.

Les enfants qui ne sont pas habitués aux brimades seront plus à même de venir chercher des ressources auprès des adultes : de l’aide pour assimiler une matière incomprise, de l’aide pour ramasser le verre ou essuyer l’eau, etc.
Il n’y aura pas de climat de crainte face à la réaction des adultes.

Il est alors assez simple de percevoir que c’est le mécanisme de la peur qui intervient lorsque les enfants se soumettent au désir des adultes à la suite de l’exposition aux punitions.
La plupart du temps, ils n’ont pas intégré les motifs de leurs actions « correctes », ils répondent juste comportementalement de manière à éviter une punition.

Les punitions s’érigent en solution dans une société où l’on s’attend à ce que les Enfants obéissent aux Adultes. Les punitions sont des conséquences directes de l’adultisme (ici pour faire un point sur cette notion).
La société nous renvoie souvent une attente claire : l’enfant (comme entité) doit être maitrisé, dompté, corrigé si besoin, par l’adulte afin qu’il agisse de manière correcte.
Il est très mal perçu qu’un enfant donne son avis sur le choix du menu voire qu’il participe même au processus décisionnel au sein du foyer (l’heure de sa douche, de son coucher, de s’alimenter, …).
Cela paraît normal aux adultes d’imposer un rythme aux enfants.
Mieux, les parents légitiment la mise en place de ces rythmes à l’aide de rituels qui sont vantés pour rassurer l’enfant.
En gros, l’adulte contrôle le quotidien de l’enfant. Cela se passe presque bien jusqu’à l’âge de 18/24 mois environ, âge où les enfants cherchent à faire les choses seuls (retour sur la crise d’opposition ou le « terrible two »).
A la suite de ça, c’est souvent le déclenchement de la mécanique éducative. Les premières punitions arrivent (petite fessée, tape sur les mains, isolement, …) et c’est là aussi que débutent les affrontements qui feront toujours deux perdants (l’enfant et le parent).

A ma connaissance, aucun parent ne prend plaisir à punir son enfant. Comme aucun enfant parvient à retenir de manière consciente la leçon cachée d’une punition (sauf : « il faut que je planque mieux les choses la prochaine fois ! »).
Par exemple : Imagine un enfant âgé de 10 ans, un enfant privé de TV pendant une semaine à cause d’une chambre mal rangée. En vivant cette privation, il va avoir deux réactions disponibles :

  • « C’est injuste ! » : ruminations sur l’injustice et le sentiment d’être incompris
  • « Je suis vraiment bête de ne pas avoir rangé ma chambre, je ne peux qu’en vouloir à moi-même. J’avais trop envie de jouer plutôt que de ranger ! » : dépréciation de soi et intégration du modèle de soumission

Dans les deux cas, l’enfant se sent mal. La plupart des parents vont considérer que la seconde réaction est plutôt profitable : peut-être l’enfant sera-t-il plus sensible au rangement plus tard ?
En réalité, l’enfant sera surtout sensible au fait d’éviter la punition, et se conformera par crainte. Il n’a pas retenu l’intérêt d’avoir une chambre rangée, si ce n’est pour se plier aux impératifs parentaux (qui n’ont pas de sens en tant que tel).

Alors, est-ce que les punitions sont liées aux comportements des enfants, ou plutôt, à une recherche d’actions jugées efficaces par les parents ?

Mais pourquoi les Adultes ont cette attitude réflexe de punir lorsque quelque chose dérange le déroulement qu’ils attendent ?

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La répétition des schémas « éducatifs »

Il y a bien une raison pour laquelle les punitions et les punitions corporelles sont des réponses facilement accessibles à notre esprit.
Elles ne demandent d’ailleurs aucun effort de recherche de solution la plupart du temps : ce sont des réponses automatiques dans une situation donnée.
« Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu tellement peur en la voyant sur la route que je l’ai rattrapée en criant et une gifle est partie ! ».

Ces réponses automatiques sont créées par notre propre exposition à ces expériences.
Il est fort probable que tu aies été confronté.e à ces actions coercitives. En ayant vu des adultes agir de la sorte, ce sont des réactions qui sont activées rapidement, au-delà de notre conscience et de notre volonté.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de conscientiser nos réactions et de travailler sur soi-même.  Bien sûr, les relations auprès des parents est telle que, la plupart du temps, les devenus-adultes n’ont pas envie de questionner ces prises de conscience. Elles sont parfois douloureuses et peuvent faire émerger un nouveau sentiment d’injustice et d’incompréhension envers les anciens référents.

Parfois, ce n’est pas dans la sphère familiale mais dans la sphère collective que les adultes que nous sommes ont subi les punitions en réponse à certaines attitudes.
A une époque, je rappelle que les enseignants avaient le droit de frapper les enfants, jusqu’en 1852. Mais il s‘avère que la plupart de tes grands-parents voire de tes parents peuvent témoigner du fait que ces pratiques avaient encore lieu régulièrement jusqu’à 1968 !

Autant dire que les punitions sont des habitudes « éducatives » telles qu’il est logique qu’elles émergent spontanément dans les réactions.
MAIS (bah oui, il y a un mais !) comprendre le fonctionnement ne le cautionne pas pour autant et surtout permet de trouver des solutions alternatives.
Parce qu’il faut prendre conscience que les punitions ne sont pas exemptes de séquelles négatives… en plus de celle de propager ce modèle éducatif ! En 2 générations, il est possible de faire disparaître cette pratique des mœurs (comme le modèle suédois le prouve).

la fessée


Les conséquences des punitions

Il est probable que la plupart des gens fassent une distinction entre les punitions morales et physiques.
Certes, une gifle ou une fessée est plus impressionnante qu’un isolement au coin ou le fait de copier des lignes (ah ah ah ! La vieille punition !). Mais les punitions ont des séquelles d’ordre psychologique (à partir du moment où les gestes violents n’engendrent pas de marque…).
Il est encore largement cru que l’isolement est une punition douce. Par exemple, mettre au coin un enfant agité, exclure un élève de la classe, enfermer un enfant dans sa chambre sans dîner, …
C’est méconnaître le fonctionnement neurologique de l’être vivant.

La douleur psychologique utilise les mêmes réseaux neuronaux que la douleur physique !

Il s’avère que la douleur inhérente à l’isolement social découle du système de l’attachement chez les humains. Instinctivement, l’humain sait qu’il a besoin d’être inclus dans un  groupe pour survivre. L’humain va chercher à agir afin de ne plus être exclu à cause de la souffrance et la crainte que cela occasionne.
« La douleur sociale est une forme de douleur dérivant de la détresse suite à la distance sociale des autres. Cheng et al. (2008) ont observé que les participants peuvent revivre la douleur sociale plus facilement et plus intensément que la douleur physique. Leurs études démontrent que les personnes  déclarent  que  la  douleur  sociale  est  plus  dure  à  revivre  par  rapport  à  la  douleur  physique  et  que  les  personnes  ont  des  résultats  plus  bas  à  des  tâches  cognitives,  après  avoir subi une douleur sociale plutôt que physique. »  Source : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00845406/document

Pour être claire, la douleur sociale (infligée par l’isolement) est source de souffrance plus importante que les douleurs physiques lors des reviviscences. De plus, la douleur sociale cause un amoindrissement des capacités cognitives.
En isolant ou en punissant tout simplement, les adultes amènent les enfants à avoir de moindre capacité cognitive (entre autres).
Tant à la maison qu’à l’école, c’est contreproductif pour le développement des enfants, n’est-ce pas ?

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de pays légifèrent pour que les châtiments corporels (52 actuellement) soient interdits.
Cela fit grand débat en France, parce que certains estiment que la loi s’immisce dans leur vie familiale. Il s’avère qu’il s’agit d’une ingérence du même ordre que l’autonomie des femmes par rapport à leur père ou à leur mari.
Accessoirement, c’est seulement en 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire de manière autonome. Et ce n’est en 1970 que la notion d’ « autorité parentale » prend le pas sur l’ « autorité paternelle ».
C’est là aussi une « ingérence » de l’Etat dans la vie familiale… Pour un bien !

Pour revenir à l’exemple suédois, ils ont interdit la fessée en 1979. La génération de parents actuels n’a plus cette tendance à recourir à des châtiments corporels. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne comprennent pas pourquoi cela fait débat que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits individuels que les adultes. Aucun droit n’est retiré aux parents… Sauf celui de maltraiter leurs enfants (or, il est peu probable que ce soit une volonté franche d’avoir recours aux châtiments corporels…).
Car il s’agit de ça… Simplement.
Je ne sais pas toi, mais il me serait intolérable qu’on me tape la main ou qu’on me fesse si quelqu’un s’énerve face à mon attitude.

Grâce à cette loi contre les châtiments corporels, la Suède a fait diminuer l’occurrence de la maltraitance envers les enfants. Et les taux de délinquance juvénile et de suicides reculent !
Il a suffi de deux générations pour faire sortir la violence du champ social.
Le principe de la loi n’est pas d’être « Big Brother » avec une caméra dans chaque famille, mais de faire connaître les Violences Educatives Ordinaires (VEO) afin que les parents conscientisent leurs attitudes.
Savoir, c’est pouvoir !

Il est nécessaire d’intégrer que les enfants exposés à un adulte qui débordent en punissant (le débordement est paroxystique en cas de recours aux châtiments corporels) vont intérioriser ce type de réaction.
Plus les enfants sont exposés à des adultes qui s’emportent, plus ils auront tendance à recourir à la violence.

En outre, les punitions n’éveillent aucun apprentissage sur l’acte qui est le déclencheur de la réaction de l’adulte. Comme je l’ai déjà évoqué, il n’y a pas d’acquis qui ressort d’une punition, mais une perte de confiance en soi, un sentiment d’injustice et d’incompréhension et la recherche de stratégies de dissimulation face aux difficultés rencontrées.

Quant aux châtiments corporels spécifiquement, ces gestes n’auront peut-être pas de conséquence physique à long terme. Mais je tiens à rappeler que des centaines d’enfants meurent chaque année à cause de violence intrafamiliale. Les chiffres sont approximatifs étant donné que tous les décès ne sont pas suivis de procédures judiciaires. Cependant, au plus bas en France, il s’agirait d’un enfant tous les deux jours.
Alors la fameuse réponse : « On en est pas mort ! ». Non, la plupart des enfants n’en sont pas morts mais certains sont les victimes de cette banalisation des châtiments corporels dans l’éducation.
Voilà, voilà. Un premier coup peut partir… avant un déferlement d’autres !
Et si les enfants n’y perdent pas la vie, ils y perdent leur confiance en l’adulte, en soi et leur empathie spontanée.
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OK, ça craint. Mais avoir un enfant-roi, merci bien !

Le majeur problème lorsqu’on évoque le fait qu’il est nécessaire de sortir du système des punitions, c’est que la plupart des adultes n’ont pas idée des alternatives possibles… Parce que ces alternatives ne sont dispensées dans la population que depuis peu et à faible échelle (Coucou ! Je suis là pour ça !).

Les parents ont souvent peur que leurs enfants soient ingérables. Puisque le modèle de la soumission à l’adulte est celui qui est répandu, il y a une réelle appréhension à ne plus fonctionner de cette manière.
Surtout lorsqu’on agite devant les parents le mythe de l’enfant-roi (qui méritera un article, mais on peut déjà trouver des pistes dans mes articles sur la gestion de la frustration et sur celui de la colère).
La crainte d’élever un petit-être qui sera tyrannique qui serait une graine de dictateur.

Penses-tu que les grands dictateurs de l’Histoire ont été élevés dans la bienveillance, en l’absence de punitions en tout genre ?
Certainement pas ! Tous ces bonhommes ont intériorisé et extrapolé que la violence pouvait résoudre un conflit.
La violence implique une soumission au gagnant, au plus fort, à celui qui sait, …
Tout ce qu’on a baratiné aux enfants depuis des siècles : « Parce que je suis grand, et que tu es petit ! ».
Bref, la crainte c’est d’être celui qui a un enfant qui dérange les adultes, qui met en évidence et répond face aux incohérences, une enfant qui ne reste pas à la place que la société lui attribue.
Mais, tu en as vu beaucoup toi, des enfants qui sont pleins de vie tout en étant « sage, mutiques et polis » en toute circonstance ?
Personnellement, je trouverais ça presque effrayant. Genre « Village des Damnés ».

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Une image du film « Le village des Damnés », avec ses gamins hyper flippant!

Les enfants sont faits pour explorer, découvrir leur environnement et interroger les adultes. Bien sûr qu’ils « dérangent » le quotidien et la vie sociale des adultes. Si on fait des enfants, c’est intrinsèque que sa vie, sa maison, ses habitudes seront dérangées… Mettre un nouvel individu dans un foyer engendre de fameux bouleversements. C’est d’autant plus particulier que cet être évolue de jour en jour en acquérant de plus en plus d’autonomie et d’esprit critique.
Cela engendre un perpétuel questionnement sur la manière d’être avec les enfants, puisque leurs besoins se diversifient avec le temps.

Plus vite un enfant aura compris que les adultes qui l’entourent sont des ressources pour lui, plus il pourra devenir confiant et croquer la vie à pleines dents.
Non, les enfants ne sont pas plus dociles dans une éducation exempte de punitions… Mais ce sont des êtres à part entière, qui n’ont pas plus à être dociles qu’une femme devrait l’être docile face à son époux (#wife’slifebefore68!).

 

Et qu’est-ce qu’on peut faire ?

Aaaah ! Ma question préférée !

Réponse en quelques mots-clefs : réparation, alternative, collaboration, anticipation, responsabilisation, l’information (des parents) et, the last but not least : le travail sur soi des parents.

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Je détaille, pas de panique.

D’abord, imaginons une situation précise : un enfant de 3 ans est fort excité à table, il refuse de manger, s’énerve et finit pas jeter son assiette par terre (on va espérer que l’assiette soit d’une matière peu fragile).
Comment réagir ?
D’abord, si la situation met le parent dans un état d’énervement majeur : prendre du recul sur la situation. Boire quelques gorgées d’eau, souffler un grand coup (c’est le temps de pause). Rien de bon ne sort lorsque c’est mu par l’énervement (et ça vaut pour toutes les situations, donc la réaction face aux enfants ne fait pas exception).

Après, il faut mettre des mots sur ce qu’il se passe en utilisant un principe d’observation (comme expliqué ) : « Je vois que tu es très énervé. Ton assiette est maintenant par terre. »
Pas de mot du genre : «  Que tu es pénible ! Je vais encore devoir tout nettoyer ! Tu es infernal ! C’est toujours pareil ! Tu ne manges rien ! ».
Ces phrases n’apporteront rien à l’enfant ni à toi en fait… Puisque c’est un emportement émotionnel.

Il est ensuite nécessaire de voir comment va l’enfant : est-il calmé par le fait d’avoir jeté l’assiette ou se trouve-t-il encore dans un état d’excitation intense ?
Si tel est le cas, il est nécessaire de comprendre ce qui cause cette excitation et ne pas perdre de vue qu’un enfant n’agit jamais dans le but de nous exaspérer. Il cherche à manifester quelque chose par son attitude. Dans le cas proposé, il se pourrait que l’enfant soit trop fatigué, n’ai pas faim, ai eu une journée éprouvante (et lui n’a pas encore acquis la capacité à gérer ses émotions, il va apprendre d’autant plus vite que les adultes lui montrent comme agir quand ils sont énervés !), …
Étonnamment mais de manière pratique, le fait de proposer de le prendre dans les bras ou alors de sortir de table pour le laisser aller dans un endroit où il est bien est la réponse rapide la plus adaptée.
Si les adultes ont besoin d’un temps de pause pour retrouver leurs esprits avant d’agir, les enfants ont d’autant plus besoin de soutien et de temps pour sortir de la vague émotionnelle (qui ne dure pas plus de 90 secondes si elle n’est pas entretenue par des mots/attitudes de quelqu’un).
Petite aide du Dr. Daniel Siegel pour soutenir les enfants dans leur gestion émotionnelle, à expliquer à froid à l’enfant : https://www.youtube.com/watch?v=9aONSCU9v_w

L’idée est ensuite de faire en sorte que le « problème » soit résolu, ici l’assiette renversée.
Il est alors possible de proposer à l’enfant de nous aider à « réparer » les conséquences de son geste. Cependant, il faut attendre que l’enfant et l’adulte soient disponibles pour le faire.
Si tu as envie de manger ton assiette avant de nettoyer, fais-le !
Personne ne va débouler chez toi en te disant : « Eh dis donc ! Vous êtes en train de rater votre statut de maison bien tenue ! ». Cela peut attendre 15 ou 30 minutes sans aucun problème. De manière à ce que tu puisses manger sereinement après un épisode d’énervement.

Quand l’enfant est calme, il est possible de lui demander à ramener une éponge, un torchon ou tout ce qui pourra servir à ramasser les résidus alimentaires sur le sol. Faire le nettoyage ensemble lui permettra d’apprendre comment agir lorsqu’une assiette tombe (peu importe que ce soit lui qui l’ai jeté, pourvu que cela soit réparé). La collaboration au quotidien amènera à ce qu’il ne se sente plus coupable mais responsable face aux gestes « maladroits ».
Ça aide les enfants qui trouveront ça « logique » de venir aider quelqu’un qui a fait tomber quelque chose, au lieu d’être un spectateur inerte.
Il est inutile non plus de revenir sur l’incident en insistant sur le « mauvais » comportement.
Il est préférable de dire à l’enfant, en début de repas, « Si tu n’as pas faim, tu peux nous l’exprimer et juste pousser ton assiette au milieu de la table ».
Il vaut mieux une assiette repoussée, indiquant clairement sa volonté, qu’une assiette qui vole après un énervement majeur.

 

L’idéal est de ne plus être exposé.e à cette situation assez peu agréable. Il est dès lors nécessaire de se questionner sur les raisons qui ont engendrées que l’enfant ait agi  de telle sorte.
Si c’est parce que l’enfant est fatigué, il faudrait peut-être proposer le repas plus tôt. S’il n’a pas faim, il est juste nécessaire de l’écouter et de ne pas être exaspéré.e parce qu’il ne se sustente pas. Il y a beaucoup d’égo derrière les repas. Pourtant, cela ne devrait être que des propositions où l’on se gratifie soi-même de faire de son mieux… pour soi.
Je l’admets, ça demande un certain lâcher-prise. Mais c’est le premier pas d’un travail sur soi qui sera bénéfique à toute la famille !

Cela implique que les parents soient informés sur la manière de réagir de leurs enfants et aussi, sur le « sujet de discorde ».
Dans l’exemple, est-ce important qu’il demeure à table alors qu’il ne semble pas en état de manger ?
Est-ce qu’un enfant a réellement besoin de manger s’il affirme ne pas avoir faim ?
Ces questionnements et la recherche d’informations qui pourra y répondre permet de mettre en perspective ce qui est perçu comme important (qui est un jugement de valeur !).

L’objectif est de partir à la recherche d’informations pour comprendre son enfant, ses besoins réels mais aussi, fouiller ce qui nous rend mal en tant que parents (dans l’exemple, le rapport à la nourriture et à la place que cela prend pour celle/celui qui prépare)… et donc se retourner sur soi-même.
Cela réveille l’enfant en nous qui a vécu les petites phrases comme : « finis ton assiette ! », « tu manges lentement/salement ! », « c’est pénible de te nourrir ! », etc.
Cela implique qu’on prenne conscience de ses failles… afin d’éviter de les reproduire involontairement chez les enfants.
Un très bon ouvrage sur le sujet, de l’illustre Isabelle Filiozat : « Il n’y a pas de parent parfait », aide tous ses lectrices/lecteurs à mettre à jour leurs propres cicatrices émotionnelles pour améliorer la dynamique familiale.
Juste une question, pour finir cet article.
Si, au lieu de parcourir les diverses possibilités d’actions alternatives, le parent avait puni l’enfant ayant jeté l’assiette, que ce serait-il passé ?
L’adulte aurait été très énervé, longtemps. L’enfant aurait crié de colère face au sentiment d’injustice de la punition, ou au contraire serait prostré de tristesse.
Les émotions chez les deux protagonistes auraient duré bien plus de 90 secondes.
L’enfant n’aurait pas appris à participer à la réparation d’une « erreur ».
Le parent ne se serait pas questionner sur les causes de ce comportement et sur la recherche des possibilités pour éviter la récurrence de la situation.
Enfin, l’adulte n’aurait pas pu faire un retour sur son propre vécu… trop prisonnier d’une perception misérabiliste tant pour lui-même dans son rôle d’éducateur qu’envers son enfant perçu comme « ingérable » ou « impertinent ».

Sortir du système des punitions, c’est s’offrir pléthore de perspectives qui permettront à la famille de fonctionner plus sereinement.  Et enfin d’avoir, à terme, une société où la violence, la brimade et d’isolement ne sont jamais les premières options émergeantes à l’esprit.

 

A très bientôt Lectrice/Lecteur Curieuse.x !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’adultisme expliqué aux adultes

C’est quoi ce mot ?
L’adultisme est un néologisme qui fait référence à la discrimination basée sur le fait d’être un enfant. Comme l’âgisme fait état des discriminations concernant les personnes âgées.
Le terme d’adultisme n’est pas référencé puisque la position des adultes face aux enfants ne questionne pas la majeure partie de la population.

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Oui, je me doute que la définition brute du terme ne te laisse pas rêveuse.r. Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’une discrimination envers les enfants ?

Pour être plus claire, je vais citer Barry Checkoway de l’université d’Ann Arbor dans le Michigan qui définit l’adultisme : « Tous les comportements et les attitudes qui partent du postulat que les adultes sont meilleurs que les jeunes, et qu’ils sont autorisés à se comporter avec eux de n’importe quelle manière, sans leur demander leur avis. »

Ça rajoute une pierre au mur de la compréhension. Deux éléments clefs ressortent : la considération que l’adulte est le sachant/le meilleur/le juste ; le fait que l’avis des enfants n’est pas pris en compte. Mais l’expression « de n’importe quelle manière » laisse place à bien des interprétations.
Afin de concevoir un peu mieux le terme d’adultisme, il s’agit aussi de l’ensemble des privilèges et des tolérances accordés aux adultes par le simple fait que ce sont des adultes et qu’ils sont déniés aux enfants parce qu’ils en sont.

J’exemplifie un peu :

  • Renverser/casser un verre. Un adulte n’aura pas de commentaire mais un enfant se fera souvent molesté
  • Le choix des vêtements est laissé à un adulte alors qu’il est imposé aux enfants ;
  • Le temps de la douche/du bain : les adultes peuvent se réguler, les enfants doivent répondre en « s’activant » afin de combler les attentes de leurs parents ;
  • Le choix du repas : il est fréquent que ce soit une discussion aux adultes mais qu’on estime que c’est aux adultes de choisir et non pas aux enfants ;
  • Le partage de photos peu flatteuses mettant en scène les enfants ;
  • Les règles instaurées qui ne sont pas respectées par les adultes ;
  • La planification catégorique des heures de repos et du temps nécessaire pour effectuer certaines tâches ;
  • L’utilisation de la force physique prohibé envers un autre adulte mais tolérée dans « certains cas » envers les enfants ;

Il y a des centaines d’exemples dans la vie quotidienne, mais aussi dans la société plus généralement.

En inoculant aux enfants la croyance (voire la certitude) que les adultes ont le pouvoir de choisir pour eux « car ce sont des adultes et qu’ils prennent les bonnes décisions parce que ce sont des adultes », nous enseignons aux enfants que celui qui a majoritairement le pouvoir peut contrôler celui qui en a moins.

En somme, subtilement, malgré la volonté d’accéder à des comportements égalitaires et respectueux de la Terre, en agissant avec les enfants de manière arbitraire, les adultes continuent à propager une logique d’injustice et de pouvoir.

Dans les modes d’éducation perpétuant les anciens modèles, la vie des enfants est celle qui s’avère être la plus contrôlées dans la société… mis à part celles des prisonniers (Ouf ! Quand même ! Bien que l’expression des prisons actuelles pose questions… Mais c’est un vaste sujet !).

Cela paraît fort à lire mais dans quel autre contexte les adultes peuvent punir, menacer, priver de plaisirs, voire les frapper ? Et surtout, que ce soit considéré comme une bonne chose puisqu’il s’agit d’éducation et que les adultes font ce qui est jugé comme bon pour les enfants par ces actes ? Si l’on sort « les enfants » de l’équation, il s’agit proprement d’oppression d’un groupe plus faible en voix (et en représentation sociale et accès au Droit).

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Cependant, c’est extrêmement difficile pour les adultes d’entendre qu’on assimile ces modes d’éducation à de l’oppression
Pourquoi ?
Parce que la plupart d’entre nous ont grandi dans ce système-là !
Qui n’a jamais eu envie « d’être plus grand pour enfin faire ce que je veux » ?
CQFD (ce qu’il fallait démontrer, pour celles/ceux qui se posent la question) !

Mais alors, on peut considérer que les enfants sont maîtres de leur destin et qu’ils peuvent tout mener à la baguette ?
Parce que la grosse crainte des adultes, c’est ça : que les enfants deviennent des tyrans ingérables, des enfants-roi, des êtres insensibles à autrui car tout tourne autour de leur bon vouloir (cf l’article « Il faut bien qu’il apprenne la frustration ! »).
D’ailleurs, les enfants n’acquerraient que tardivement la notion de responsabilité et de prise de risque, donc il ne serait pas possible de leur faire confiance !
Il faudrait les discipliner car leur nature profonde ne leur offrirait pas la possibilité d’agir raisonnablement. Il serait nécessaire de leur apprendre la citoyenneté, leur enseigner les lois et surtout les règles à respecter.

C’est le schéma institutionnalisé dans les écoles (instruction obligatoire et règlement intérieur strict qui demande même des cahiers à ligne ou à carreaux spécifiques.. !), dans la sphère médicale (« Tu te déshabilles maintenant pour que je t’ausculte ! », dans le domaine religieux où « l’Enfant » doit être éduqué afin de pourfendre sa nature sauvage, etc. Les mineurs n’ont définitivement pas les mêmes droits que les majeurs et sont traités différemment par l’unique raison qu’ils sont mineurs.

J’ajoute aussi qu’il est habituel de parler du développement de l’Enfant, des droits de l’Enfant ou encore du tempérament de l’Enfant.
Imaginons un instant que l’on nomme un autre groupe d’individus par un terme catégorique : la Femme, le Protestant, le Chinois, …
C’est gênant, n’est-ce pas, qui inclut un sous-entendu que ces groupes ont une nature unique ?!
Elle a été utilisée pendant longtemps dans les régimes totalitaires, afin d’anéantir l’image de la pluralité des personnes pouvant entrer dans ces groupes.

Grâce à cela, il est possible de comprendre pourquoi il est absurde de parler de développement de l’Enfant et de chercher à faire entrer le développement des enfants dans des normes (totalement ethnocentrées, par ailleurs, puisque les différences de culture engendrent une diversité des stimulations offertes aux petits). Il n’est pas rare de voir des jeunes enfants cuisiner dans certains pays puisqu’ils le font quotidiennement en famille et qu’ils ne sont pas exclus de cette tâche sociale. Verrait-on un petit occidental manier le couteau, le hachoir ou encore le mortier à 2 ans ? Rarement… et pourtant, on voit bien qu’ailleurs, ils en sont capables !
Cela fait partie des stéréotypes et préjugés occidentaux véhiculés auprès des enfants. Les adultes contreplaquent ce qu’ils pensent être de leur capacité ou non aux enfants… ce qui engendre que les ces derniers agissent avec un niveau de compétence en regard des attentes (sauf de temps où ils nous épatent). Et surtout, à la mesure de ce qu’ils ont à disposition.
Un enfant n’apprendra jamais à utiliser un couteau si on ne lui fasse pas l’occasion de le faire, et il en va de même pour tous les outils.

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Les adultes entrent ainsi dans un système habituel d’autorité face aux enfants. Il est possible de leur laisser certains choix, mais les décisions importantes demeurent aux adultes. Les besoins d’autonomie et le libre-arbitre des enfants sont sacrifiés (à grand prix, voire l’article sur le « terrible two ») pour répondre à de l’ordre et de la productivité. Par exemple : on ne va pas lui laisser mettre ses chaussures seul ; couper les légumes ; nettoyer la table … parce que ça prend trop de temps de laisser un petit agir avec ses gestes encore approximatifs.
Il est donc considéré comme logique que les enfants n’aient pas leur mot à dire sur tout et qu’ils « respectent » la décision des adultes… En réalité, le terme à utiliser est : « qu’ils se soumettent », même si cela fait moins plaisir à lire.

Pour résumé, par ce fonctionnement de domination/soumission aux adultes,

  • Ils apprennent que les « plus petits » ont moins de pouvoir ;
  • les enfants enregistrent qu’ils ne peuvent pas éveiller leur compréhension et leur soutien (d’où les cas de harcèlement/violence que les enfants taisent),
  • Et ils fonctionnement dans ce qu’Yves Bonnardel appelle « l’éducation à l’incompétence ».

Le besoin ignoré d’autonomie explique pourquoi il est si fréquent que les jeunes gens transgressent les règles sociales et ont des conduites à risque, puisque c’est souvent leur seule opportunité d’exprimer leur libre-arbitre.

Bien sûr, l’objectif de la déconstruction sociale de l’adultisme (qui va bien au-delà de l’éducation puisque c’est ancré politiquement et culturellement, Yves Bonnardel propose des topos très clairs sur l’évolution des mouvements de libération des jeunes dans l’Histoire et comment les intégrer à la société actuelle) n’est pas que les enfants grandissent en dehors de toute éducation et apprentissage guidé. L’idée qu’il y a une voie entre l’autoritarisme (la domination) et le laxisme (le laisser-faire).
Les enfants sont tout-à-fait en mesure de comprendre et d’adhérer à des règles qui ont un sens et qui correspondent à un besoin clairement explicité. La présentation de ces principes sera bien mieux acceptée si on les présente comme sécuritaires au lieu de leur évoquer que « nous savons ce qui est bon pour eux ».

En outre, comme j’ai déjà pu l’écrire dans d’autres articles comme « Tu es en colère ? Et si on s’amusait ?! », les enfants ont besoin d’explorer car c’est leur moteur même d’énergie. Ils découvrent leur environnement et tous les éléments qui le composent. L’exploration passe par l’expérimentation d’actes : se disputer, refuser, faire seul, se coucher tard, faire pipi par terre (par exemple), dire des « gros mots », estimer leur effet sur le monde (appelé influence), etc. Comment les enfants peuvent appréhender les raisons de nos manières de vivre (appelées « Règles ») s’ils ne peuvent pas tester ce qui sort du cadre ?
Nous-mêmes, en tant qu’adultes, nous avons bien tendance à mettre à l’épreuve certaines solutions alors que nous avons été mis en garde ?
Nous avons tous besoin de nous rendre compte de nos propres yeux que certaines expériences ne sont pas profitables. Les enfants aussi, en toute logique, ont ce besoin de découvrir par eux-mêmes l’intérêt de ces règles et du rythme de vie.
Les adultes pourraient se contenter de cadrer l’environnement d’un point de vue sécuritaire.

L’objectif de cet article est, en autres, de se rendre saillantes certaines attitudes que les adultes peuvent avoir envers les enfants, de manière automatique, sans penser à mal.
Les adultes ont énormément de pouvoir sur les enfants et tant la société que nos relations aux enfants profiteraient d’horizontalité dans les rapports enfants-adultes.

Yves Bonnardel, dans son livre « La domination adulte. L’oppression des mineurs » 2015, met en évidence que « l’organisation politique qui découle de ce « système social complexe » qu’est l’enfance : après « 18 années de formation en régime dictatorial et disciplinaire, la liberté politique peut être octroyée sans risques », car « le contenu fondamental de l’éducation […] n’est rien moins que la soumission » ».

Alors évidemment, s’extraire ou, du moins, réfléchir aux rapports de pouvoir entre enfants et adultes dépend de nos ambitions sociales et relationnelles. Ce n’est pas aisé de remettre en question ce qui est inculqué depuis aussi loin qu’on se souvienne… Surtout sans avoir d’alternatives prêtes à l’emploi.

Mais alors, justement, que faire à partir du moment où le constat est fait ?
Quelles en sont les limites ? A quelle mesure peut-on laisser à l’enfant l’expression de son libre-arbitre ?

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D’abord, il convient de détailler notre quotidien avec les enfants, sans se limiter aux situations qui posent problème en termes de coopération de l’enfant. L’ensemble des relations peut être réfléchi de manière à ne pas inculquer aux enfants un principe de soumission (plus ou moins subtile).

Quelques questionnements peuvent ouvrir des pistes des réflexions :

  • Les rituels mis en place rendent-ils vraiment notre vie plus agréable ?
  • Ai-je tendance à vouloir envoyer les enfants se coucher/se calmer parce que je suis moi-même fatigué.e ?
  • Fais-je usage de force dans certaines situations ?
  • Les interdits/limites que je mets sont-ils sécuritaires ou arbitraires… aux yeux de l’enfant ?
  • Est-ce étrange pour moi d’entreprendre une relation d’égal à égal avec les enfants ?
  • Estimerais-je que le libre-arbitre laissé à l’enfant est dangereux/problématique ?
  • Est-ce que l’usage de force/punitions/menaces me permet d’être en harmonie dans mon foyer ?
  • Quelles sont mes craintes concernant les conséquences de l’expression de la liberté individuelle des enfants ?
  • Ai-je peur d’être laxiste ?
  • Est-ce gênant si mon enfant refuse de faire la bise aux personnes qui le saluent ?

Ces petites interrogations permettent de mettre en évidence ce qui te meut et les craintes qui t’habitent.

Je ne peux pas finir l’article là-dessus, parce que moi-même, je me questionne sur l’ampleur de mes actions et des limites des relations totalement égalitaires.
J’adhère complètement aux principes, néanmois …
Comment faire pour effectuer les soins d’un enfant en bas-âge qui s’y oppose (car en dessous de 18 mois, ils ne parviennent pas à comprendre les bénéfices de nos actions) ?
Comment gérer le fait qu’un enfant veuille aller dans un lieu public sans changer ses vêtements sales ?
Comment laisser les enfants faire leurs expériences et évoluer dans l’environnement librement sans qu’ils ne se blessent ?

J’ai certaines pistes, mais d’autres voies et stratégies bienveillantes dépendent de chaque couple parent/enfant :

  • Le niveau de libre-arbitre va évoluer au cours de la vie, en fonction des capacités cognitives de l’enfant.
  • L’idée est de s’orienter vers une dynamique de coopération dès le départ (ou au moment où l’on prend conscience que le mode éducatif dans lequel tu évolues ne te convient plus).
    Distraire, laisser le choix, favoriser le mimétisme et surtout… prendre le temps.
    Un enfant jusqu’à 5/6 ans n’a pas de notion de temps. Les « dépêche-toi ! », « Plus vite ! », n’ont pas de sens.
  • Exprimer clairement ses besoins (voir l’article sur le sujet) à l’enfant, de manière à ce qu’il puisse également le faire.
  • Parler, expliquer, rassurer lorsqu’on pose un acte qui déplait à l’enfant. Ne pas le brusquer et suivre l’acte désagréable par une séance de câlins. Les enfants qui se débattent cherchent juste à préserver leur intégrité physique qu’ils interprètent comme atteintes.
  • S’excuser lorsqu’on a eu une action qu’on estime injuste et expliquer les raisons qui l’ont motivé.
    Je tiens juste à préciser qu’il est indispensable de s’excuser si une fessée ou un autre sévice corporel est malheureusement posé… Mais que c’est digne de la manipulation et de la violence psychologique de dire aux enfants (à n’importe qui, en réalité) que c’est LEUR comportement qui a engendré le coup.
    Dans aucun cas, un être vivant (enfant, femme, animal, souvent sujets des violences domestiques) n’est responsable du comportement d’autrui. C’est celui qui pose l’acte qui est responsable car IL a été débordé émotionnellement.
  • Adapter son environnement aux enfants. Au lieu de paniquer pour que l’enfant ne se blesse pas/ne tombe pas de haut/ne casse pas tel ou l’autre objet : fais de ton intérieur un endroit à explorer en toute sécurité.
    Cette période ne dure pas et cela enlèvera une tension considérable.

En outre, de manière plus globale et sociétale, il existe de plus en plus d’écoles à pédagogie alternative qui adopte un fonctionnement démocratique et favorise les apprentissages autonomes. Le rôle des adultes est alors de proposer et de guider les expériences des enfants sans y mettre d’évaluations ou d’attentes précises.

Il y a une recrudescence de familles qui optent pour l’instruction en famille de manière à éviter aux enfants les logiques de compétitions et de comparaisons aux pairs, alors que chacun est unique.
Bien évidemment, ce n’est pas accessible pour tous les cadres familiaux.
Le principe serait du moins de rendre saillant ce qui ne correspond pas à des relations égalitaires quand les enfants y sont confrontés. Les adultes peuvent aider les enfants à aiguiser leur esprit critique afin que ceux-ci puissent avoir plus de résilience face aux situations « injustes ».

Est-ce que l’abandon de l’adultisme et l’éducation bienveillante (qui fonctionne de concert harmonieusement) font en sorte que les enfants soient plus obéissants ?
Certainement pas !
Puisque la notion d’obéissance découle du paradigme de la soumission.
Pour sa vie en général, un enfant gagnera bien plus à questionner les règles plutôt qu’à s’y plier par la crainte.

Je citerai Teresa Graham-Brett qui peut finir cet article de manière claire et que je n’ai pas jugé utile de reformuler : « Nous pouvons insuffler le changement que nous désirons voir émerger dans le monde. Pour cela, nous devons commencer avec la relation la plus importante que nous avons en tant que parents : celle que nous construisons avec nos enfants.
Si nous parvenons à éliminer l’adultisme au cœur de ces relations parents-enfants, alors l’actuelle génération d’enfants pourra voir le monde avec des yeux différents.
Mieux encore, ils pourront agir à partir de cette nouvelle façon de voir les choses. S’ils n’ont pas expérimenté le sentiment d’être déshumanisés, négligés et marginalisés en tant qu’enfants, ils n’auront pas besoin de perpétuer l’injustice sur d’autres quand ils grandiront et auront davantage de pouvoir dans leur vie. S’ils ont expérimenté la confiance, le respect et la solidarité comme modèles de référence, alors ils pourront incarner le changement dont notre monde a besoin »

 

Je vous souhaite une belle réflexion.

A très bientôt, Lectrice.eur curieuse.x !

PS : A partir de maintenant, je cesse l’usage du terme absolu Enfant, afin de répondre logiquement à ce que j’ai pu expliciter plus haut.

Inspirations et sources :

https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2016-1-page-176.htm

Yves Bonnardel (2015). La domination adulte. L’oppression des mineurs. Éditions Myriadis, 360 pages.

Teresa Graham-Brett version abrégée dans le n° 1 (mars-avril 2012) de Kaizen. https://www.oveo.org/ladultisme-ce-poison-invisible-qui-intoxique-nos-relations-avec-les-enfants/

https://changerderegardblog.wordpress.com/2018/01/30/ladultisme-ou-la-domination-silencieuse/