Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante)

Comme introduit lors de mon article de présentation sur la CNV, il est nécessaire d’être capable d’observer froidement et objectivement les faits d’une situation.

Rosenberg annonce d’entrée de jeu : « Observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine».

Cela peut sembler facile, dans un premier temps, mais l’exercice s’avère souvent semé d’embuches.

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Tout dépend du cadre d’interprétation… Sauf si on enlève l’interprétation!

Je peux te suggérer d’imaginer un contexte, une conversation ou une dispute récurrente avec quelqu’un. Visualise bien ce qui est échangé lors de ce cas.

Peux-tu exprimer ce que la personne FAIT qui te dérange ?

Il est important de ne pas caractériser la personne lors de cette description des faits. Par exemple, « Il est vraiment pénible, il n’arrête pas de m’ignorer et de jouer sur sa console ! ».

« Il est pénible » s’avère être un diagnostic que tu fais de la personne. C’est un jugement, une perception que tu as. En outre, en caractérisant un individu, une étiquette lui est donnée et dans certains cas, cela peut l’enfermer dans ce cadre restreint. Comment un individu (quelque soit son âge) peut-il se sentir si on ne cesse de lui répéter : « Tu es méchant ! Tu ne veux pas dire  Bonjour ! » ?

De même, accoler des étiquettes ou des expressions négatives à certaines situations peut les rendre insupportables. Qui n’a jamais entendu « faire les corvées ». Je ne sais pas toi, mais quand j’entends : « Aujourd’hui, c’est le jour des corvées ! », je sous-entends aussi qu’il n’y a là qu’une perception négative des actions à entreprendre. En utilisant le terme « ménage », cela connote moins négativement les évènements. Et il n’y a pas que du négatif à faire du ménage, puisque l’objectif est de parvenir à avoir une maison propre et rangée (là encore la notion de propreté et de rangement est subjective !).Pour autant, il est plus simple à un enfant « d’entretenir » un habitat, que de rentrer dans un routine de « corvées ». 😉

Je peux ainsi te suggérer de modifier ton vocabulaire au fur et à mesure, afin d’avoir une perception plus objective des situations sans qu’elles soient pavées de jugement. Et cela vaut tout autant pour les expressions positives. Simplement, parce qu’il est impossible de savoir comment une personne va réagir à une situation au moment précis. Il n’est pas opportun de lui faire comprendre que son attitude doit être positive ou négative, du moins  si l’objectif est de développer une relation authentique.
Le fait peut sembler être  « il m’ignore ». Là, encore, c’est une interprétation puisque l’ignorance s’effectue toujours de quelqu’un envers autrui. Or, un fait est dénué de notion relationnelle. Un des écueils relationnels récurrents est de croire qu’une personne fait quelque chose et que cela nous vise directement. Dans l’exemple précité, la personne ne parle pas et demeure concentré sur son jeu. L’autre considère qu’il y a une intention derrière ce silence. La croyance d’intention cachée est une cause majeure de conflit. Tout comme le fait de croire qu’autrui ment lorsqu’il évoque une explication à une attitude.

Quand bien même l’individu masquerait une partie de son ressenti par une explication jugée peut probante, le « mensonge » (qui a une connotation bien négative !) peut tout à fait être salvateur pour les relations humaines.  Point de levée de bouclier contre cette affirmation ! Je m’explique : dans certaines situations, il est plus judicieux de s’abstenir de faire un commentaire négatif que de mentionner avec des pincettes la pensée réelle.

Tu ne dirais pas à une amie proche, RAVIE de sa nouvelle entreprise, que tu penses qu’elle va se crasher et que son business est pipé d’avance… Surtout si elle a déjà effectué tous les investissements et qu’elle aime réellement son projet.

Ton point de vue n’aurait aucun bénéfice sur votre relation et elle a tout le choix personnel de se lancer dans un projet.
Ton opinion aurait pu être utile en amont du business model, par exemple, si tu as la capacité de démontrer par des faits les « défauts » de son entreprise.

Une réaction adéquate face à une personne aussi enthousiaste pourrait simplement être : « C’est vraiment agréable de te voir aussi heureuse grâce à ce nouveau projet ! ».  Tu adhères à son sentiment et  tu le reconnais (le principe de l’empathie).

 

« Il joue sur sa console sans parler » est le fait derrière la phrase.

C’est simple et univoque. Le tout, après cela, c’est de détecter le sentiment qui engendre ce fait, puisque c’est ce qui meut l’interprétation d’ignorance et et les présomptions intentions cachées. Je proposerai  un article sur cette étape des sentiments sous peu.

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Je t’invite à effectuer une auto-observation de ta manière de parler au quotidien et des expressions répandue.
Nous avons été élevé dans le jugement constant des faits et des situations.
« Il fait beau ! » parle d’une météo clémente, mais cela ne donne aucune indication réelle. Personnellement, lorsqu’il fait plus de 30 degrés pendant plusieurs jours, je suis ravie de voir revenir un temps plus couvert avec un vent plus frais  (oui, je suis un animal du Nord !).
« Tu as bien mangé ! » sous-entend que la personne a rempli les attentes –non précisées- de l’autre. La perception ne sera pas du tout identique si quelqu’un mange « « bien » ses légumes ou mange « bien » les chips présentées.

« Tu es gentil/sage ! » mentionne aussi des attentes sous-jacentes qui ne sont pas exprimées, mais juste entendues dans le langage commun.

En l’occurrence, nous, adultes avons bien du mal à sortir de ce schéma de pensée et des expressions pleins de jugements qui nous ont été transmises depuis l’enfance. L’idée principale, c’est d’en prendre conscience et d’essayer de créer de nouveaux automatismes. Cela pourrait être d’une richesse inouïe que nos enfants grandissent en étant en capacité de décrire les choses plutôt que de contreplaquer une interprétation dessus. Ce qui nous semble si peu naturel serait pour eux tout à fait simple à mettre en œuvre. Cela leur donnerait la possibilité de s’extirper des étiquettes préconçues et de ne pas propager celles-ci auprès de leurs pairs.
On pourrait alors imaginer un monde où les enfants (et les adultes !) ne se moqueront plus de la différence, mais la constateront et apporteront des suggestions pour « faire avec ». Je n’effectuerai pas non plus un topo sur les prophéties auto-réalisatrices qu’engendrent les étiquettes données aux enfants. Mais en somme, leur éviter les qualificatifs permet qu’ils se développent en pleine potentialité et non en réaction.
Nous pouvons devenir des personnes en capacité de communiquer ce que nous voyons et ce que nous souhaitons sans interprétation supposée. Cela s’avère être une attitude qui amène bien de la sérénité dans la perception du monde et de son rapport aux autres.

J’espère sincèrement que cet article t’aura ouvert un point de vue sur la communication. Je te propose de le partager si cela fait écho en toi.

A la prochaine étape de la CNV, l’expression des sentiments ! Quelle aventure ! 😉

A la revoyure, curieux de la comm’ !

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