Éducation bienveillante

Comment gérer les « caprices » ?

Ah ! Ces fameuses crises lorsque les enfants sont frustrés. Mais aussi lorsqu’ils refusent de mettre certaines chaussures. Ou encore lorsqu’on lui refuse l’accès à certains objets.
Les crises, les larmes, les coups, les mots durs…
Les adultes, face à cela, estiment devoir rester stoïques et campés sur leurs positions… voire même sévir en punissant.
Conséquence : un redoublement de la « crise », le plus souvent.

 

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Et si l’on détaillait le phénomène pour se rendre compte de ce qu’il se passe pour les enfants ET les adultes ?

Le « caprice » est une expression utilisée largement pour faire état d’un comportement débordant des enfants qui n’aurait, selon les adultes, une ampleur immodérée et une raison injustifiée.
Dans le Larousse, c’est défini globalement comme : « Volonté soudaine, irréfléchie, changeante de quelqu’un, parfois d’un animal : lubie ».
Quand on regarde le reste des définitions, la notion de caprice est souvent liée à l’imagination, à la fantaisie voire à la virtuosité (en musique).

Pourquoi est-ce intéressant de se pencher sur une définition ?
Parce qu’on peut se rendre compte que les termes passent dans le langage commun… souvent avec une connotation négative. Cela me semble être une perte pour la compréhension que de demeurer obtu.e sur une expression.

Autant annoncer la couleur immédiatement, sur base de sources inhérentes en neurosciences affectives et du développement, je peux te garantir que les caprices n’existent pas… Et que les « crises injustifiées » n’apparaissent pas avant l’âge de 5/6 ans. D’ailleurs, il est préférable de nommer cela des « tempêtes émotionnelles » (d’où l’image d’orage!), qui figurent bien de quoi il s’agit réellement !

Pourquoi ?
Parce qu’avant cet âge, le cortex préfrontal (la partie avant du cerveau qui caractérise l’humain par rapport aux autres espèces et qui se développe en dernier) n’est pas assez mature que pour créer des enchaînements de situations qui demandent de la préméditation, de la manipulation ou de la provocation.
Avant l’âge de 5 ou 6 ans, le cerveau archaïque domine, est mu par les signes vitaux et déclenche les réactions émotionnelles.
Le cortex préfrontal, lorsqu’il arrive à maturation, permet de mettre de la distance par rapport aux situations.
Il est dès lors normal qu’un jeune enfant de 3 ans entre dans une tempête émotionnelle à cause d’une couleur de verre, d’une saveur de glace ou d’un jeu qui semble tentant.
Cet enfant n’est pas en train de tenter de vous provoquer ou de vous manipuler de manière bruyante.  Il n’est pas en mesure de prendre du recul par rapport à la situation qui l’émeut !
Il se sent réellement mal par ce qui lui arrive et, comme pour nous en tant qu’adulte, lui demander de se calmer n’aura pas d’impact positif… Tout en y comprenant qu’il n’est pas en mesure de le faire à cause de son immaturité corticale.

cortex préfrontal
Source: https://www.quora.com/What-side-is-the-prefrontal-cortex-on

 

C’est la raison pour laquelle il est absolument indispensable d’accompagner l’enfant dans sa tempête émotionnelle, d’y mettre les mots, de le questionner sur ses sentiments et d’avoir autant de patience que d’empathie (petit article pour y parvenir). Grâce à cette attitude bienveillance, et à l’exemplarité dont tu peux faire preuve face aux situations qui t’énervent, les enfants peuvent apprendre à tempérer et à verbaliser leurs émotions et leurs besoins sous-jacents.
C’est vers 7 ans que sonne l’approximative maturation de cette capacité, expliquant l’expression bien connue de « l’âge de raison ». Néanmoins, il demeure  nécessaire de mettre les mots sur les situations, d’expliquer les motifs d’un refus et de proposer des alternatives acceptables aux deux parties.

Mais que se passe-t-il pour les enfants lorsque les adultes catégorisent leurs réactions comme injustifiées ?

Le caprice est, par usage, une demande ou une attitude que les adultes considèrent comme inopportune.
Ce moment où un enfant souhaite des bonbons et que son adulte de référence refuse, l’enfant va avoir une expression émotionnelle qui sera qualifiée de caprice.
Je pense qu’il n’est pas difficile de voir ce qui est appelé un caprice, dans la société occidentale actuelle.

Afin de t’aider à te mettre en sympathie avec cette situation : imagine que tu souhaites vraiment manger quelque chose car tu as faim. Ensuite, alors que tu prends la chose qui te fait envie, quelqu’un te l’arrache des mains et te dit : « NON ! Tu ne manges pas maintenant. Dans 30 minutes, le repas sera sur la table ! ».
Maintenant, imagine que tu n’es pas en mesure de réguler tes émotions et que tu ne parviens pas à calmer le feu de la frustration.

Déjà, personnellement, quelqu’un me dirait ça, je répondrais : « Je crois que je mange ce que je veux quand je veux et je n’ai pas d’ordre à recevoir ! », et j’aurais repris mon aliment pour le mordre à pleines dents ! Namého!

Un enfant n’est pas en mesure de mettre les mots, d’argumenter avec calme et surtout, de gérer la frustration en restant impassible.
N’oublions pas que c’est aussi le cas pour énormément d’adultes… Sinon, il n’y aurait pas de violences (physiques ou verbales) dans le monde !

Les enfants vont alors réagir d’autant plus fort que la réponse des adultes seront catégoriques ou rudes, de la même manière que cela ferait réagir d’autres adultes… Mais ayant la capacité de gérer ses émotions, on ne s’exprime plus en trépignant (mais en boudant, en sifflant dans ses dents ou en levant les yeux au ciel… N’est-ce pas ?! On se penche sur l’adultisme ? ).

J’anticipe quelques remarques : Ok, les caprices n’existent pas, mais j’en fais quoi de mon gamin vociférant dans le magasin, moi ? Et donc quoi, si ce n’est pas un caprice, c’est quoi ?
Et puis, si je ne réagis pas, ça va devenir un enfant-roi exigeant tout et n’importe quoi ! Ça va être la débâcle !

D’abord, c’est la manière que les enfants trouvent pour exprimer leur insatisfaction/frustration (au demeurant, voici un petit article qui précise si oui ou non, il est nécessaire que les enfants apprennent la frustration).
As-tu vraiment envie que ton enfant ne réagisse pas lorsque quelque chose l’indispose ?
Parce que s’il ne réagit pas, cela ne dénote pas d’une santé mentale optimale. Un enfant qui ne réagirait pas à la frustration ne réagirait peut-être pas face à la douleur ou à d’autres alertes pour les signes vitaux.
Les besoins physiologiques sont à prendre (faim, soif, système digestif encombré, maladie, fatigue,…) dans l’explication des réactions émotionnelles.
En outre, il est indispensable de prendre en compte les éléments de contexte. Un enfant sera plus réactif dans un supermarché que dans un bois.
L’hyperstimulation intrinsèque aux lieux engendre, forcément, des attitudes qui peuvent apparaître plus fréquemment et/ou plus intensément.

Ensuite, il est primordial de comprendre que les enfants en dessous de 4 ans, et pas du tout avant 2 ans, n’ont pas toujours la capacité à inhiber leurs actions.
Ils vont avoir une idée en tête, et malgré tes protestations, ils vont agir tout de même.
C’est la raison pour laquelle il vaut mieux adapter son environnement aux enfants plutôt que croire qu’ils apprendront à ne pas toucher au vase à leur hauteur.
Bien sûr, cela arrivera. Mais pendant les premières années, autant t’éviter du stress inutile.
Précisément, il ne s’agit pas de provocation quand les enfants (16/36 mois généralement) fixent pendant qu’il fait une « bêtise ». Ils guettent si c’est bien ça qui fait réagir. Ce n’est pas de la provocation, ils tentent d’ancrer dans leur esprit qu’une action engendre telle ou l’autre réaction.

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« Donc, quand je lâche le verre, ça tombe ? Toujours ? »

Que faire, alors ?
Concernant la colère : voici un petit article que j’ai rédigé précédemment sur les stratégies à mettre en place pour déjouer les moments difficiles.

Il est nécessaire d’accueillir l’émotion qui s’exprime (même si, en effet, c’est vraaaaaiment pénible et particulièrement quand c’est en plein milieu d’un magasin bondé !) et de percevoir ce qui meut les enfants.

L’idéal est d’éviter les sources de frustration supplémentaires à celles qui sont inévitables. Non pas en cédant, mais en anticipant ce qui pourrait survenir et en distrayant !

On le dit souvent, quand on devient parent, tout doit être organisé.
C’est un peu exagéré, mais à certains égards, c’est très utile !

  • Votre enfant a faim et réclame à cors et à cris une glace/une gaufre/des bonbons. Aie toujours avec toi un encas qu’il/elle apprécie vraiment !
  • Dans les supermarchés, le rayon biscuits est problématique ? Évite-le !
    Sans rire, ça pourrait offrir d’autres perspectives alimentaires à ta famille de vous passer de ces sucreries… qui peuvent engendrer bon nombre de troubles du comportement (Merci les additifs !).
    Si vraiment, c’est un passage obligé, donne une mission à l’enfant (en fonction de son âge), « Trouve tes biscuits Untel Machin Truc ! » ou distraie-le avec un petit jeu qui aura été caché au préalable dans ton sac.
  • Il/elle refuse de se laver les dents/brosser les cheveux/se laver.
    Cela demande une stratégie de longue haleine (en parlant de dents ! ^^ ). D’abord, il est nécessaire que ton enfant voie que tu prends toi aussi soin de ton corps. L’enfant apprend par mimétisme… ! Et cela vaut pour tout.
    Ensuite, faire de ses moments des jeux : « Tu ne veux pas te brosser les dents tout.e seul.e, alors je te les lave et tu me laves les miennes ! ».
  • Un refus de mettre des vêtements précis ?
    Proposez deux choix de tenues. L’enfant pourra ainsi choisir quelque chose qui sera adéquat, puisque cela aura été mis en évidence dans ce qui convient à la météo. Plus de 2 choix les déborderaient.

Les refus/opposition de la part des enfants émergent souvent parce que les adultes donnent un ordre et attendent que l’enfant s’y conforme (article sur la crise d’opposition ou terrible two).
Mais eux, autant que nous en tant qu’adultes, n’apprécient pas les ordres donnés froidement.
Ils seront bien plus enclins à agir avec entrain s’ils participent au processus de décision.
« Que faut-il mettre comme chaussures quand il pleut ? »
« Que faut-il pour sortir quand il neige ? »
« Que peut-on faire maintenant qu’on a les mains toutes sales ? »

Interroger l’enfant, au lieu de lui ordonner, est une clef pour obtenir une relation harmonieuse.

Est-ce que cela prend plus de temps ?
On peut le croire et globalement, un enfant prend du temps. Son temps de réflexion et d’actions est plus lent que le nôtre puisque son cerveau est en développement.
Les houspiller pour qu’ils accélèrent n’aide pas… Puisque cela les met dans un état de stress (qui désordonne les actions entreprises).
Mais ce temps d’action librement consentie est bien plus serein qu’un temps perdu à batailler en finissant tou.t.e.s deux énervé.e.s.
En outre, suivre le rythme de l’enfant et observer la contemplation qu’il peut faire sur des petites choses qui nous semblent anodines appellent à quel point il a des capacités de pleine conscience (mindfulness) que les adultes oublient. Il peut être utile pour toi de revenir à ce mode de fonctionnement où tu ne t’agaces pas du temps perdu mais où tu profites des instants insignifiants.
Au quotidien, tu es amené à contempler cet enfant qui grandit et évolue chaque seconde. Il acquiert et précise ses nouvelles compétences minute par minute, sans que tu aies besoin d’être investie d’une tâche éducative active.
Un conseil simple : observe ce qui se passe dans des moments anodins ou l’enfant « te fait perdre du temps ». Tu auras moins l’impression « de ne pas l’avoir vu grandir ! ».


Lorsqu’une crise a eu lieu, il n’est pas utile pour l’enfant de revenir dessus en lui disant qu’il a eu un mauvais comportement.
Par contre, lorsqu’il est en âge de discuter, il est possible de revenir sur ce qu’il a ressenti et des solutions que vous pourrez trouver ensemble.
Dans le cas d’un plus petit, c’est à toi de jouer de trésors d’inventivité pour anticiper et divertir les bambins dans les moments tendus.
Ne cherche pas à revenir à froid sur une situation problématique si ton intention est de blâmer. Cela va cristalliser les situations problématiques.
Tu as besoin de déverser ton humeur et ton mécontentement (et c’est tout naturel ! Impossible d’être empathique si personne ne l’est avec nous) ?
Il y aura surement quelques personnes proches de toi et assez bienveillantes pour entendre tes difficultés sans juger tes compétences éducatives.

 

Cela ne te semble pas naturel de réagir avec toutes ces astuces « accueil/diversion/collaboration »?
Logique ! Nous n’avons pas été élevé.e.s comme ça.
Mais plus tu le feras, plus cela te semblera aisé ! C’est comme toutes les pratiques de la vie, cela s’exerce (un grand écart mental et attitudinal par rapport à nos vieux modèles !).

 

Mais ça ne risque pas de devenir un enfant-roi ?

L’idée n’est pas de « céder » aux caprices en lui donnant systématiquement les bonbons qu’ils réclament ou en achetant tout ce qui lui passe dans les mains. Outre le fait que le concept d’enfant-roi est, lui aussi, galvaudé et peu représentatif, j’y reviendrai !

Les enfants apprennent à agir et à réagir grâce à nos propres attitudes.
S’ils sont confrontés à de la sévérité, de l’autoritarisme, des crises, des ordres, des refus sans discussion, les enfants apprendront tantôt à se rebeller plus fort… Tantôt à s’écraser face à celui qui semble détenir le pouvoir. Ils se diront alors qu’il faut obtenir ce pouvoir pour être entendu.
Rapport de force « agréable » à venir… !
De plus, il va être difficile de demander à un enfant de garder son calme lors d’une colère si, toi-même ou ton entourage, lui montre des démonstrations violentes en réaction de la colère (lancer des objets, taper dans les murs, …).

Il a été démontré, et Catherine Gueguen l’explique admirablement dans ses conférences ou ses livres (références en fin d’article), que le maternage/ l’écoute/ le soutien/les câlins apportent à l’enfant des capacités pour développer optimalement son cortex préfrontal. Plus un enfant va être materné (clique pour comprendre ce qu’est le maternage proximal), plus son système émotionnel (en lien avec le système hormonal) va pouvoir croître de manière à apprendre à gérer les émotions fortes et les réactions empathiques.
Un enfant qui est entendu dans ses besoins et avec empathie pourra, à son tour, devenir facilement un adulte ayant ces capacités.
Il est absolument évident que les adultes agressifs et violents ne sont pas ceux qui ont été maternés… !

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Les malfaiteurs n’ont pas dû être beaucoup entendus et maternés, plus petits! :-p

« Tout-petit déjà, il comprend bien comment cela marche pour être dans les bras, c’est un malin ! »

Cette phrase me fait froid dans le dos. Elle est d’une banalité sans nom, et pourtant elle véhicule une violence inouïe !

D’une part, elle part du principe que l’enfant est déjà en mesure de faire des relations de cause à effet complexe, voire d’actes de manipulation. Être manipulé.e par un enfant qui ne sait pas jouer à cache-cache sans dire où il se trouve… Comment dire ?!

Ensuite, elle met en évidence que le bébé devrait être posé et qu’il n’est pas normal qu’il soit porté. Le mythe du « bébé-bras », auquel j’ai consacré un article, a la peau dure ! Et pourtant, cela tombe sous le sens que le bébé ait besoin d’être porté alors qu’il a été bercé toute sa vie intra-utérine et que sa survie dépend des adultes aux alentours.
Physiologiquement et instinctivement, les bébés ont un besoin impérieux d’être au contact constant, ou du moins prolongé, avec leurs référents. C’est leur unique moyen de survie de manière sécurisée.

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Alors n’ai pas peur de garder ton bébé tout contre ton bras ou dans tes bras. Il ne deviendra pas capricieux, il va juste gagner en confiance en lui… puisqu’il a pu compter sur toi ! Il construira une base sécure qui lui permettra de découvrir le monde sans appréhension de perdre ses référents (donc sa sécurité physique et affective).

Si tu es sceptique parce que « les bébés qu’on a laissé pleurer réclament moins », c’est vrai.
Cela s’appelle la « Résignation Acquise ». C’est un concept très étudié en psychologie qui explique comment un être va finir par ne plus exprimer ses besoins (apathie) puisqu’il aura compris qu’il n’y a pas de réaction lorsqu’il le fait (pour aller plus loin dans la compréhension de la résignation acquise tant pour les enfants que pour les adultes: c’est ce lien!)
Cela amène à des enfants qui se coupent de leur ressenti émotionnel et mais aussi de la détection de leurs besoins. Or, j’ai déjà expliqué combien il était indispensable pour être équilibré de pouvoir exprimer ses besoins. Mais à quel point c’est dur car nous avons appris à les brimer.
Répondre aux besoins du bébé offre à celui-ci la possibilité de conserver cette capacité d’expression si précieuse.
Dans les faits, il est fatiguant d’être sur le qui-vive pour un petit enfant mais c’est un vrai cadeau que nous leur faisons à long terme : être à l’écoute de soi et ensuite développer des attitudes d’empathie avec les besoins d’autrui.

 

A chaque âge, il y a des réactions appropriées pour accompagner l’enfant dans ses tempêtes émotionnelles.
Les maître-mots sont la présence, l’accompagnement, l’écoute, la distraction et l’anticipation.

Chacun.e peut réussir à gagner en sérénité avec ses enfants, tout en leur donnant des outils de gestion émotionnelle… et ça, c’est un fameux cadeau pour la vie !

 

Le mode d’éducation influe sur la gestion et l’expression émotionnelle. Voici une petite vidéo fun et éloquente pour expliquer pourquoi les émotions sont en prendre en compte :

Et tout le monde s’en fout: les émotions

et tout le monde s'en fout

 

 

A très vite, Lectrice/lecteur curieuse.x. !

 

Références :

Catherine Guenguen : « Pour une enfance heureuse », « Vivre heureux avec son enfant »

Isabelle Filliozat : « au cœur des émotions de l’enfant », « j’ai tout essayé »

Faber et Mazlich : « Parler pour que l’enfant écoutent et écouter pour que les enfants parlent »

 

 

 

 

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Communication Non-Violente

Et si nous revenions à nos besoins !

Bam! Bam! Bam!

Voici l’Acte 3 de la communication non-violente : l’expression et l’importance des besoins

Pour retrouver les actes précédents:

  1. En préambule, l’introduction
  2. L’acte 1 : l’observation
  3. L’acte 2 : l’expression des sentiments

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Après avoir détaillé l’observation et l’expression des sentiments, j’en arrive au sujet sensible. Ce qui est caché tout au fond de nous… Enfin pour la plupart des adultes.
Et pourquoi juste des adultes ?
L’enfant naît avec une capacité inestimable pour sa survie : réagir en fonction de ses besoins fondamentaux. Les tout premiers mois, ce n’est d’ailleurs pas très élaboré :

  • le besoin de sécurité + cohérence (cadre de vie harmonieux et stable)
  • le besoin de se nourrir (d’être nourri, forcément)
  • le besoin de dormir (les rythmes des enfants évoluent à toute vitesse et leurs expressions diffèrent d’un enfant à l’autre)
  • le besoin d’être propre

 

Les parents, dans la prime enfance, sont responsables de la satisfaction de l’ensemble des besoins. Au fur et à mesure, l’enfant va devenir capable de répondre à ses besoins. Ces apprentissages et acquisition requièrent un accompagnement de la part de l’adulte.
Cependant, très vite, le petit être humain est conditionné à minimiser l’expression et la satisfaction des besoins.
Par exemple, à l’école, il est demandé aux enfants d’attendre lorsqu’ils ont faim ou lorsqu’ils doivent soulager leur vessie. Il est également convenu que les enfants travaillent seul, sans bavarder et son évaluer de manière à être comparés les uns aux autres.
De manière plus ou moins flagrante, il est demandé à la plupart des enfants de brimer leurs besoins. De plus, les sentiments suscités par l’insatisfaction desdits besoins ne doivent pas être bruyants.
Il est étonnant, tout de même, de constater que les adultes aient conscience que certains besoins monopolisent  les enfants plus que d’autres activités (que ce soit des activités manuelles ou des cours). Cependant, les rythmes scolaires classiques ne répondent pas à cela… et la vie des enfants dans un monde d’adultes, non plus! La dernière heure de la matinée et les vendredis après-midi ne sont pas des créneaux horaires où les enfants sont disponibles pour l’apprentissage, car ils ont faim ou ont besoin de se dépenser. Et que dire d’un enfant émotionnellement chargé qui revient chez lui, entouré de parents fatigués. Comment sont reçues ses manifestations émotionnelles?

L’école n’est pas la structure « fautive » ni les parents en tant que tels. Les parents et toutes les structures éducatives considèrent que le développement de l’autonomie de l’enfant se coordonne avec la capacité à faire taire les besoins. Surtout à partir du moment où l’enfant s’exprime à « grand bruit », aux alentours de 2 ans (voir mon article sur le « terrible two »).

A force d’être confronté à cette contradiction, la détection naturelle des besoins s’efface graduellement et est remplacée/masquée par l’expression des désirs (d’autant plus dans la société consumériste dans laquelle nous évoluons).

Par exemple, il est fréquent d’entendre un enfant demander un gâteau peu de temps avant le repas. Il s’avère qu’il a faim. Il y a fort à parier que si on lui propose un morceau de pain, il s’en satisfera. La demande du gâteau est une stratégie pour satisfaire sa faim. Le morceau de pain est une stratégie alternative.
Faudrait-il faire patienter l’enfant ?
Cela dépend du délais jusqu’à ce que la préparation du repas soit achevée…
D’ailleurs, je voudrais juste savoir ce que tu fais lorsque tu prépares le repas et que tu as faim ?
Personnellement, je grignote quelques morceaux de légumes destinés à mon plat, je croque des cornichons ou autre.
L’enfant n’a pas ce choix… Il est soumis à la volonté de l’adulte sur le moment et les aliments à déguster.

Comme proposé dans mon article sur la présentation de la discipline positive, je te remets à disposition la grille des besoins cachés pour les enfants :

grille besoins cachés Jane Nelsen

Petit, l’enfant n’est pas à même de mettre des mots sur ses émotions et ses besoins. C’est la raison pour laquelle l’adulte a comme rôle de l’accompagner et de verbaliser ces sentiments. Adultes et enfants ont besoin d’empathie afin de se livrer à ces expressions et décodage émotionnel.

Dans un exemple concernant les adultes, je t’invite à te figurer une fin de journée chargée. Que souhaites-tu faire ?
Peut-être simplement te reposer dans le canapé avec un livre ? D’autres préfèrent regarder la télévision ou encore jouer à un jeu vidéo sur mobile, sur console ou sur ordinateur.
Toutes ces activités sont des stratégies pour remplir un besoin que ce soit le repos, le calme, l’amusement, la détente, …
Il faut bien différencier besoins et envies :

  • les besoins sont définis par Marshall Rosenberg comme :
    • Universels (communs à tous les êtres humains) ;
    • ils nous mobilisent pour agir dans le sens qui nous font croître ;
    • ils sont indépendants de tout contexte. Notamment, ils ne sont attachés :
      • ni à une personne en particulier,
      • ni à un objet,
      • ni à une action,
      • ni à une situation particulière ;
    • il y a un nombre infini de manières de les satisfaire. M. Rosenberg appelle « stratégies » les actions que l’on met en œuvre pour les satisfaire.

(source exacte : https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/fileadmin/fichiers_auteurs/cdi_outil_pedagogique/conduire_projets/Charlie_et_compagnie/CNV1.pdf)

 

  • Les envies/désirs sont multiples et très diversifiés. Elles sont des stratégies pour combler le besoin insatisfait.

 

Marshall Rosenberg (fondateur de la CNV), dans son livre : « les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) », offre une classification en 7 catégories de besoins (parfois 9, mais ce sont juste des catégories différentes, pas le contenu qui en est modifié). Il ne s’agit pas d’une classification pyramidale (comme présenté par Maslow), mais d’une coexistence de ces besoins :

Autonomie

  • Choisir nos rêves, nos buts, nos valeurs et déterminer une/des stratégies pour les accomplir

Exemple : Je rêve de devenir une actrice des réseaux alternatifs. Comment (quelle stratégie utiliser) ? Je peux être bénévole, participer à un potager collectif, intégrer une association de glanage et cuisine pour les plus démunis, je peux changer mes modes de consommation, etc. Les stratégies sont très nombreuses !

Célébration

  • Célébrer la vie et la réalisation de nos rêves

Cela veut dire reconnaître le chemin parcouru, mais aussi le chemin pendant que l’on y est. C’est reconnaître la joie d’agir comme on le fait au moment où l’on est engagé dans l’action.
L’humain a été conditionné à « ne pas se réjouir trop tôt ». De même, sous couvert d’humilité, il est de bon ton de tempérer ses réussites au lieu de les partager (un vrai partage qui cherche à amener de la joie et de l’espoir chez autrui, et non à créer un comparatif).
Il semble que l’humain ait l’impression d’être « pris en tort » lorsqu’autrui parvient à agir d’une autre manière. Il se produit une comparaison négative qui engendre un sentiment de malaise. Dans le cas où la célébration de quelqu’un engendre de telles réactions de malaise, je ne peux que suggérer une introspection. En effet, qu’est-ce que cette réussite suscite chez moi ? Et que cachent ses émotions ? Quels sont mes besoins non-satisfaits qui s’expriment par rapport à l’expression de cette réussite ?

  • Mais aussi, célébrer les pertes : la perte des êtres proches, la non-réalisation de nos rêves, etc. (le deuil).

Il s’agit de rites/rituels permettant le passage vers un autre état. Cela permet de participer activement à l’acceptation des situations  «tristes » et de s’engager dans une nouvelle vie sans ce qui a été perdu (et sans considérer que plus rien n’a de sens à cause de cette perte, par exemple).

Intégrité

  • Authenticité = être vrai.e avec soi-même et les autres, avoir la capacité de s’écouter et de se faire entendre
  • Créativité = Innovation, invention, possibilité de développer des réponses originales
  • Sens = ce qui nous anime et forme une cohérence dans la vie
  • Estime de soi = attitude intérieure  qui  consiste  à  se  dire  qu’on  a  de  la  valeur,  qu’on  est  unique  et    C’est  se  connaître  et  s’aimer  comme  on  est  avec  ses  qualités  et  ses  limites.  C’est  s’apprécier  et  s’accepter comme on est. (Source : http://www.acsm-ca.qc.ca/assets/99-estime-de-soi.pdf)

 

Interdépendance

  • Acceptation, par l’autre, de ce que nous sommes dans notre authenticité
  • Appréciation et attachement
  • Proximité tant mentale que physique (le rôle de l’ocytocine est majeure dans le sentiment de bien-être et cette hormone est notamment libérée lors du contact physique)
  • Communauté, plus précisément, faire partie de… Être au sein d’un réseau
  • Considération, par et pour l’autre
  • Contribution à l’enrichissement de la vie, afin de donner du sens à son existence
  • Sécurité émotionnelle
  • Empathie, envers soi et pour l’autre
  • Honnêteté, parler avec … dans la mesure où cela sert la relation
  • Amour, pour soi et pour l’autre
  • Réassurance afin d’avoir la possibilité d’être entendu, compris et pris en compte
  • Respect, où le fait de traiter soi-même et autrui avec égard et en conférant de l’estime
  • Soutien, par et pour autrui
  • Confiance dans l’autre
  • Compréhension mutuelle

 

Nourriture sur le plan physique

  • Air (ça fonctionne mieux avec que sans 😉 )
  • Nourriture
  • Mouvement, exercice (C’est un besoin du corps, réellement !)
  • Protection contre les formes de vie menaçantes : virus, bactéries, insectes, animaux prédateurs
  • Repos (essayer donc de vivre sans dormir…)
  • Expression sexuelle (dans le sens de la reproduction, nécessaire à la survie de l’espèce, mais c’est un besoin que j’estime biaisé… L’être humain n’étant pas sujet aux instincts)
  • Abri
  • Toucher
  • Eau (ou lait, en fonction de l’âge !)

Jeu

  • Amusement
  • Rire

Communion d’esprit

  • Beauté, ou plutôt esthétisme, régularité, symétrie
  • Harmonie
  • Inspiration
  • Ordre
  • Paix

 

La talentueuse dessinatrice Art-Mella a créé une fiche des besoins, possible à télécharger gratuitement, qui peut être utile à imprimer pour l’avoir à vue lorsqu’on cherche à s’exprimer avec justesse. Les besoins ne sont pas toujours exprimer sous les mêmes termes que ci-dessus, mais cela se rejoint grandement. Cette dessinatrice a un niveau pédagogique merveilleux : https://conscience-quantique.com/boutique/index.php?id_product=33&controller=product

Les listes de besoins ne sont ni exhaustives ni définitives. Elles sont des bases qui permettent de débuter dans la connaissance de soi. En outre, la prise de conscience de ses besoins (et donc qu’autrui en a aussi) engendre des compétences pour mettre en place des relations de qualité.
Dans l’objectif de la CNV, tout est fait pour être au service de la relation !

 

« Mieux nous parviendrons à associer nos sentiments à nos besoins, mieux l’autre pourra y répondre avec empathie. » Marshall Rosenberg

 

Mais comment distinguer les besoins cachés derrière nos sentiments ?
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Certains parviennent avec aisance à pointer ce dont ils ont besoin/ce qu’ils aiment vivre (qui est une perception plus agréable). Une fin de journée implique clairement un besoin de repos/de divertissement/de jeu/…
Pour d’autres, ce sont les expressions émotionnelles et les sentiments qui prennent le pas.

Afin de cibler le besoin derrière une réaction émotionnelle ou un sentiment, il s’avère utile de se « distancer » de son propre corps.
Comme si on s’observait d’en haut, regardant notre personne évoluer dans le contexte qui engendre les sentiments. Le but est de constater la situation sans émettre de commentaire.
Par exemple :

  1. Subjectivité : A « Quand je suis arrivée, il (B) était affalé sur le canapé et n’a même pas levé les yeux vers moi ! Comme j’étais transparente ! ».
  2. Objectivité : « Quand je suis rentrée, il était assis sur le canapé et ne m’a pas regardé. »

Effectuer un constat objectif n’a absolument pas pour ambition d’ignorer les manifestations émotionnelles. Il s’agit d’envisager la situation sous un angle neutre, où les deux protagonistes ne versent pas dans le jugement. Les sentiments sont des indicateurs d’un besoin insatisfait, dans le cas présenté : le sentiment d’être blessée et déçue. En somme, il s’agit de déclinaisons de la tristesse.

Une question simple peut faire émerger ce qui manque dans sa vie ou, en rapport avec l’exemple, dans sa relation à l’autre : « Qu’aimerais-tu vivre et que tu ne vis pas actuellement ? ». La liste des besoins peut aider à répondre à cette question, si la réponse ne survient pas spontanément.
En l’occurrence, A pourrait répondre : la considération et l’harmonie, ou encore le besoin de proximité mentale.
On peut estimer que la A souhaite satisfaire ses besoins grâce à B… Mais B ne démontre pas les attitudes attendues par A.

 

Où se situent les points de discorde ?

Une fois qu’on est capable de distinguer les besoins des envies, qu’on sait détecter le besoin caché derrière le sentiment, il est possible de se pencher sur ce qui anime les points de discordance.
Les conflits naissent bien souvent des attitudes et comportements (=les stratégies pour remplir le besoin) et non au niveau des besoins (communs à tous les êtres humains).
C’est un lieu-commun de suggérer que la communication est ce qui permet d’être compris de l’autre et de parvenir à une relation où les protagonistes peuvent s’épanouir.
Seulement, dans un quotidien classique, il n’est pas rare d’être bousculé par des automatismes qui masquent cet objectif d’épanouissement mutuel.
La CNV a cette vertu : faire ressortir ce qui est important pour soi, et pour l’autre, dans le but de mettre en œuvre des décisions offrant à chacun la satisfaction de ses besoins.
Si l’on ne dit pas ouvertement ce dont nous avons besoin pour être satisfait, nous entretenons/accumulons de la rancœur envers l’autre puisqu’il n’est pas en mesure de répondre adéquatement à nos attentes.

 

En outre, il faut bien distinguer le besoin des éventuelles stratégies qui peuvent être mises en place pour le combler. Il y a des abus de langage courant. Par exemple : « J’ai besoin de toi ».
En réalité, les besoins sont déconnectés des personnes. Ils sont en tant que tels : le besoin d’attachement (à qui que ce soit, l’humain en a besoin).
Dans cette exemple « J’ai besoin de toi », il s’agit d’une demande (prochain article sur la CNV) : A souhaite que B soit présent dans sa vie d’une manière que seul A peut expliquer.
En lieu et place de cette phrase, il conviendrait de ra son besoin de connexion. Ensuite, il est possible d’effectuer la demande : « Est-ce possible de passer du temps avec moi ? » ou « Peut-on se téléphoner d’avantage ? » ou encore « Est-ce que tu peux être disponible à tel moment ? ». Ces différentes demandes sont des propositions de stratégies pour satisfaire le besoin de connexion.
Bien que la formulation puisse sembler plus lourde voire périlleuse dans un premier temps, il s’avère que la différenciation entre besoin et demande est indispensable. Grâce à cette méthode, il est possible de cibler des stratégies variées et de cibler celles qui combleront les deux (ou plus) protagonistes.
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« A partir du moment où les gens parlent de leurs besoins plutôt que des torts des autres, il devient beaucoup plus facile de trouver des moyens de satisfaire tout le monde. » Marshall Rosenberg

A partir du moment où le besoin est identifié, il est temps d’effectuer la demande qui permet de remplir ce qui nous apporte de la joie.

La formulation de la demande sera le thème du prochain article CNV !

Je te souhaite de l’éclaircissement après la lecture de cette publication et espère te revoir pour la suite des aventures.

A très vite, Lect.rice/eur curieu.se.x.

« Quand on est curieux, on trouve de nombreuses choses intéressantes à faire ! » Walt Disney

Éducation bienveillante

Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?

Le sujet de l’éducation est régulièrement abordé lorsqu’il s’agit de faire face à une difficulté.
Tant que tout va bien, on n’en parle pas voire on n’y pense pas.
Puis arrivent les premières prises d’autonomie des enfants, leurs premières compétences et les initiatives perçues (par les adultes) aussi maladroites qu’inopportunes.
On entend parler du «Terrible Two», de la crise d’opposition et des colères. Et là, ça y est ! On se dit qu’il faut trouver des solutions pour que l’enfant soit plus agréable à vivre.
C’est vrai qu’une colère à cause de la couleur d’un verre, le manque d’enthousiasme à se préparer ou à enfiler ses chaussures et la propension curieuse à jeter ses jouets les plus lourds à travers la pièce (je peux continuer sur les adolescent.e.s : l’insolence, le bazar laissé partout, …), sont des attitudes qui sont observées avec suspicion par l’adulte. Je dirai même plus qu’elles génèrent souvent agacement et énervement.

Alors, en réaction, on se doit d’intervenir (Accessoirement, si on peut se passer d’un bloc de bois en pleine tête, c’est plus sympa !). La réaction de base est « On ne fait PAS ça ! » (Tu déclines le « ça » en milles possibilités inventives 😉 ) associé d’un « NON ! ». Ou alors on minimise l’importance de ce qui déclenche la colère : « Mais enfin, ce n’est qu’un verre ! », « tu peux quand même te dépêcher ! ».
C’est assez logique pour les adultes, puisqu’on parvient à mettre en perspective les différents éléments qui engendrent de la contrariété. On sait que la couleur d’un verre ne change rien au goût du contenu ; que même si l’on n’a pas vraiment envie, il faut bien bouger et donc enfiler ses chaussures… Et que jeter des objets n’est pas adapté à une vie sociale harmonieuse (Je ne sais pas pour toi, mais je connais des personnes qui ont quand même tendance à le faire, sur le coup de l’agacement… !).

Seulement, le petit enfant n’a pas le même niveau réflexif et de lien de causalité que nous, adultes. Le cerveau n’acquiert son plein potentiel qu’aux alentours de 25 ans (pour autant qu’on ne l’ait pas maltraité avec trop de substances psychoactives… Eh oui ! L’alcool et les drogues sont lourdement délétères pour le développement cérébral et, donc, toutes les compétences émotionnelles et cognitives).

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L’éducation bienveillante, comme je l’ai décrite dans mon article sur la discipline positive, est une manière d’aborder l’enfant et ses réactions différemment. En somme, elle offre, à l’adulte, une autre perspective de sa situation auprès de l’enfant.
En ouvrant le champ des possibles grâce à la compréhension du développement cognitif et émotionnel, l’adulte s’offre de nouvelles possibilités d’actions.

Pour être plus concrète, quelques menus exemples :

  • « Stop ! » est plus efficace pour arrêter une action que le « Non », qui est utilisé dans tous les contextes ;
  • La tournure de phrase négative : « Tu ne dois pas faire…. » n’est pas assimilée par le petit qui n’entend que l’action et pas la négation ;
  • La distraction est un outil majeur ! Après un refus (S’opposer au fait que Petit Cœur prenne sa deuxième glace de la journée en juxtaposant, immédiatement après le refus, une autre source d’attention. Par exemple : « Non, tu as déjà eu une glace aujourd’hui ! Oh, dis donc, là-bas il y a des ballons/chats/autres enfants (le contexte fera la réponse !), allons voir ! ». Jusqu’à un certain âge, l’enfant se distrait et change de point d’attention très rapidement.

Bien sûr, ce n’est pas tout ! Mon objectif présent n’est pas de te fournir un annuaire des outils, mais de répondre à « Quel rapport avec le fait de s’amuser ? ».
J’y viens.

Quand j’ai découvert la discipline positive et plus largement, l’éducation bienveillante, j’ai pris conscience de la nécessité d’écouter ses besoins, ceux de l’enfant, de comprendre ses réactions en regard de son développement émotionnel et cognitif, d’adapter son environnement à l’enfant et qu’il fallait lâcher-prise. Mais j’avais l’impression que les réactions bienveillantes demandaient quelque chose de plus… Cela ne me semblait pas « simple et naturel », bien qu’à la lecture des propositions, c’était évident et tout-à-fait pertinent !
Lectures faisant, par une exploration plus profonde de divers sujets et d’une perspective de vie plus harmonieuse (en chassant la violence et la tension, grâce à un« mode de vie CNV »), j’ai mis le doigt sur le dénominateur commun aux réactions dans le cadre d’une éducation bienveillante : être dans la joie et avoir de la créativité !

Trouver une alternative à un comportement jugé inadéquat ne peut être initié que par l’adulte. L’enfant va agir en mettant en œuvre ses compétences à l’instant « T » et démontre « la solution » ou « l’expérience actuelle» qu’il acquiert (dans la tête de l’enfant : Ok, j’ai la force de lancer des blocs en bois et même assez loin. Puis ça fait du bruit. Hum ! Je vais un peu voir si cela fonctionne pareil si je l’envoie là-bas !). L’enfant n’a pas d’intention malveillante : il explore son environnement, découvre les propriétés physiques des éléments qui l’entoure et agit dans l’idée d’appréhender son univers (L’eau, ça se renverse, ça coule et je peux l’étaler… comme la peinture…Mais, étrangement, Untel, l’adulte face à moi semble plus catastrophé de me voir mouillé de peinture que d’eau… !)
L’enfant va aussi apprendre énormément en observant et en écoutant. Le ton de voix et la manière de bouger, par exemple, vont influencer le développement de l’enfant. Si un adulte a tendance à s’emporter régulièrement, il est fort probable que le mimétisme survienne. Tout comme un comportement physiquement démonstratif (Jeter quelque chose à terre par énervement ou attraper quelqu’un par le bras) sera tôt ou tard imiter par le petit.

L’adulte qui souhaite faire évoluer les attitudes de son enfant, doit lui-même se pencher sur ses propres attitudes. Et je sais à quel point cela peut être difficile de se regarder dans le miroir… Mais aussi combien cela fait grandir !
C’est là que la joie et la créativité font leur entrée dans l’éducation de l’enfant… Mais aussi dans la vie, en général.
L’espoir principal des parents est que l’enfant soit heureux et se développe harmonieusement. Quelle meilleure motivation que de voir ses référent.e.s exister avec joie et enthousiasme ?

La joie, ce n’est pas éviter toute la tristesse du monde et/ou la cacher. La joie, c’est un sentiment de satisfaction, un sentiment de bonheur, de gaieté et de bonne humeur. Pour se faire, il faut que nos besoins (à différencier des envies) soient comblés et que les évènements négatifs puissent être perçus sans exagération (c’est en ce sens que le lâcher-prise est important : relativiser). C’est dans ce cadre-là que tu mobilises ta créativité et ta flexibilité d’esprit.
Comme tout exercice de la pensée, cela demande de l’entraînement, ainsi que de l’indulgence tant envers soi qu’envers son enfant.

La créativité, dans tous les domaines, s’exerce. Il devient plus facile d’inventer des histoires à partir du moment où l’on en crée chaque jour. Il est plus naturel d’écrire quand c’est fait régulièrement. Il est plus facile d’apporter une alternative comportementale quand on l’a déjà fait auparavant.

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Les débuts peuvent être poussifs et cela peut être décourageant, comme on a l’impression de ne pas être naturel en situation. C’est sûrement le cas, mais l’enfant ne prête pas d’attention spécifique à ce flottement mais plutôt à la finalité, à ce que tu maintiens au final.
Cas fréquent d’un enfant qui va taper, où la réaction classique est « On ne tape pas ! », puis on se remémore l’utilité de recourir à des formulations positives et on se rattrape en disant : « les mains, c’est pour les caresses ! ». On peut y adjoindre l’acte à la parole en montrant l’exemple à l’enfant.
Le résultat ne sera peut-être pas immédiat, mais au fur et à mesure, les formulations négatives ne seront plus autant activées, les réponses seront plus naturelles (Oui ! il faudra répéter 1000 fois : « On fait des caresses au chat ! Ta main à plat, c’est plus doux ! ». Donc vous aurez le temps de l’exercer … 😉 ).
Cela vaut aussi pour les réactions émotionnelles face à une « bêtise » (je préfère appeler cela des «expériences curieuses ») : la tendance générale est de monter dans les tours. Un enfant qui dessine sur le mur du salon, fraîchement repeint (ou pas d’ailleurs), ce n’est pas vraiment le style de déco qu’on attendait. L’idée dans ce cas-là, c’est de se créer des réactions calmes. D’abord, en constatant les faits, il est utile de s’offrir 3 secondes pour inspirer et souffler (c’est le temps de pause). Oui, c’est moche. Non, ce n’est pas grave en fait…
Une proposition de réaction pourrait être : « je crois que le feutre fonctionne mieux sur une feuille ! (en montrant la feuille et en invitant l’enfant à se diriger vers l’endroit adéquat) ». La coupure du geste cessera sans doute l’action. Si l’enfant est assez grand, on peut aussi l’inviter à réparer son action : prendre un chiffon et frotter.
Il en va de même avec les enfants plus grands. Le désordre est pénible à supporter, mais s’énerver et ranger à leur place n’a pas d’impact à long terme. L’idéal est de constater les faits (l’observation des faits est clef : va donc jeter un œil sur cet article !) et de les accompagner dans la « réparation ».

Ce principe de réparation responsabilise l’enfant, lui apprend à agir et permet à l’adulte d’être dans une posture de transmission et non pas de punition/énervement sous l’emprise d’émotions non contrôlées. Là aussi, tu fais appel à ta créativité pour accompagner la réparation et les alternatives… Et à ta joie de vivre, parce que réparer une « bévue » peut aussi s’effectuer en chantant. C’est d’ailleurs vraiment plus agréable de s’entraîner à chanter une mélodie gaie en ramassant du verre cassé plutôt qu’en pestant envers notre maladresse (ou celle d’autrui).

La joie favorise une plus grande créativité puisqu’un état émotionnel calme permet de fonctionner de manière optimale. Il est alors intéressant de s’orienter vers une nouvelle approche du rapport au monde. Un automobiliste qui nous coupe la route de manière soudaine, engendre une réaction de colère (ponctuées de toutes les manifestations fleuries assorties) : et si tu instaurais une autre réaction lors d’une bouffée de colère. Cela s’appelle «créer de nouveaux automatismes». Il pourrait suffire de respirer profondément lorsqu’une bouffée de colère monte. « Ce comportement m’énerve ! Bon ! Je vais souffler! » Et ceci, en joignant l’acte à la parole.
Le fait de prendre ce temps de respiration et d’exprimer son émotion vont faire en sorte que le climat émotionnel se régule plus vite qu’en restant sur « c’est vraiment un BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, il conduit comme un BUUUUUUUUUUP ! Non, mais vraiment ! ». De plus, en agissant de la sorte, tu montres l’exemple à l’enfant : une manière de réagir en cas de colère. C’est un coup double gagnant !

La joie et la créativité, c’est aussi faire du jeu un outil de collaboration avec l’enfant : « Faisons la course pour mettre son pyjama ! » ; « On quitte le parc, qui fait des pas de géants jusqu’à la voiture ? » (Pour quitter le parc de jeux sans heurt) ; « Oh ! Le lit, ça rebondit! Et si on allait plutôt faire des cabrioles ensemble dehors ?! » (Pour éviter d’exploser le sommier… Foi d’enfant qui a détruit son lit, à l’époque !) ; « Viens que je te chatouille les dents avec la brosse et tu feras pareil avec moi ! » ; Je vois que tu as vraiment envie de ce jouet-là. D’ailleurs, j’aimerais te prendre bien plus de jouets que celui qu’on a choisi hier. Il nous faudrait des bacs à jouets gigantesques ! Grands comment, tu crois ? ».
Toutes ces petites actions distrairont l’enfant et lui offriront la reconnaissance de ses envies (dont il a besoin), sans pour autant accéder à la demande.

Il n’y a pas de mal à faire de sa vie un jeu. Autant adulte qu’enfant, si nous nous plaisons à agir avec une perspective autre que la contrainte, en ayant une motivation intrinsèque à le faire, les situations sont plus agréables. L’adoption de la communication non-violente est également un processus qui aura des répercutions majeures sur le mode d’éducation et dans la perception du monde, tout simplement. J’aime toujours me rappeler qu’il est essentiel de détacher l’individu de ses actes.
Untel n’est pas pénible : il a un comportement perçu comme pénible. Cela permet de se questionner sur la/les raisons qui engendrent ces actions-là, à cet instant-là.
Cela permet de rechercher des éléments de contexte et des explications plutôt que la caractérisation de l’individu qui cristallise autant les émotions négatives que l’absence d’empathie (attention, comprendre n’est pas cautionner ! 😉 ).

C’est un exercice qui demande quelques tâtonnements, mais qui vaut vraiment le détour afin de percevoir le monde et l’enfant sous un angle propice à la sérénité de tous.

La « zenitude » s’apprend, comme tout le reste !

Dis-moi ce que tu en penses, et éventuellement les difficultés que tu rencontres.
Est-ce que ces notions de joie et de créativité dans l’éducation résonnent chez toi ?

A très bientôt, invité.e curieu.x.se.

Communication Non-Violente

La Communication Nonviolente

Cette matière qu’est la communication nonviolente (CNV) engendre en moi un foisonnement d’idées et d’envies. Je pense que c’est en cheminant vers ce mode de fonctionnement que j’ai commencé à avoir vraiment envie de partager.

Je ne comprends pas comment il est possible que la communication non-violente puisse, parfois, être seulement considérée comme un outil à utiliser lors des conflits.

En réalité, la communication non-violente se prête à l’ensemble de l’existence… et pas seulement en termes de communication. C’est un état d’esprit, un mode de vie, un cheminement.

En toute logique, lorsqu’on parle de communication (en fait, à partir du moment où nous sommes en relation… c’est-à-dire assez souvent étant donné le caractère social de l’être humain), il faut prêter attention à l’autre, mais aussi à soi. La CNV demande que chacun ait conscience de soi et de l’autre afin d’obtenir des relations authentiques et saines.

La CNV est souvent décrite par la structure en 4 étapes qui doit être intégrée (et non pas utilisée telle quelle ! Lolilol, sinon je vous promets des échanges assez peu sereins !).

Alors, pour résumer (avant de détailler ! :-p), lorsque nous nous trouvons dans une situation susceptible de créer de la tension en soi ou chez l’autre, il convient :

  1. D’observer les FAITS de manière neutre et objective: pas les impressions, pas le jugement/diagnostic de la situation (ex : « mon voisin est stupide » est un diagnostic du problème !), juste ce qu’il se passe. Par exemple : Mon voisin passe la tondeuse à l’heure du barbecue dominical.
  2. Identifier et expression le(s) émotion(s) que nous ressentons, par exemple : je me sens en colère et embarrassée.
  3. Identifier et exprimer le(s) besoin(s) à l’origine des sentiments, par exemple : j’ai besoin de quiétude et d’être dans une ambiance agréable quand je reçois du monde.
  4. Formuler une demande à l’autre. Celle-ci doit répondre à différents critères : SMART = Spécifique/concrète, mesurable, acceptable, réaliste et temporellement défini. Elle doit aussi être négociable. Par exemple, « Pourrais-tu passer la tondeuse à un autre moment de la journée qu’entre 12h et 14h le dimanche ? »

Afin de pouvoir entrer en relation avec l’autre, la détection de SES besoins est nécessaire. Il est fort utile de conscientiser que chaque comportement est mu par un besoin (ça ne vous rappelle pas quelque chose dans mon précédent article sur la discipline positive ?). Si nous parvenons à considérer que l’autre use d’un moyen/d’une stratégie pour combler son besoin, nous pouvons sortir de la spirale culpabilisante et accusatrice : « Il fait ça pour m’énerver ! ».

La CNV est un mode d’expression en conscience. Il est optimal de pouvoir

être calme pour s’exprimer, et encore une fois, cela nécessite de l’exercice.

En outre, la CNV demande de sortir du jugement et des présomptions des comportements d’autrui. On présume que ses attitudes répondent à un besoin, mais il est indispensable de questionner l’autre pour

savoir ce qui le meut, et non pas en rester à ses

point de vue

propres suppositions.
La communication reprend tout son sens, puisqu’elle sert à améliorer la compréhension mutuelle, mais aussi son propre fonctionnement.

Je ne sais pas si tu en déjà pris conscience mais, sortir du jugement, implique un changement de vocabulaire.
Pourquoi ?

Simplement parce que notre langue est pavée de notions telles que : bien/mal, normal/original, facile/compliqué, etc. Outre la construction binaire imposée par ce vocable, cela démontre un jugement d’ordre moral. Comme si un ordre avant établi ce qu’il faut penser ou non d’une situation. Et c’est le cas… Presque toutes les sociétés du monde ont été construites avec des bases d’ordres religieux dictant à ses disciples la « bonne » manière de se conduire.

L’intention derrière la mise en évidence de ceci n’est pas de cautionner tous les comportements sans y voir ceux qui sont délétères, mais bien de comprendre comment ils sont apparus chez l’individu… Pour ensuite y apporter une demande/une solution qui résultera de l’échange entre les protagonistes (là aussi, ça devrait vous rappeler quelque chose.. ! 😉 ).

Se débarrasser des attitudes et des propos jugeants implique une restructuration de son espace de pensée. L’objectif n’est pas de vivre au pays des bisounours, mais de prendre en compte la situation/l’attitude plus que de caractériser l’individu en soi.

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D’ailleurs, cette notion d’intention est primordiale. Lorsque nous rentrons dans un processus de communication, il faut avoir conscience de pourquoi nous décidons de le faire.
Est-ce pour préserver le lien avec l’autre ?

Est-ce pour lui communiquer un inconfort ?

Ou est-ce pour lui dire que ce qu’il pense ne convient pas ?
Tu auras compris que la dernière option peut être vaine. Il est possible (voire même probable) que certaines personnes heurtent ton cadre de vie en exprimant une opinion. Mais si ton intention pour entrer en communication, même en respectant les 4 étapes de la CNV, est celle de lui faire comprendre qu’il pense « faux », alors il y a fort à parier que l’échange ne sera pas fructueux.

Je reviendrai très prochainement sur d’autres aspects de la CNV, pour préciser son fonctionnement et rendre limpide son intérêt majeure dans l’éducation bienveillante. Et ce n’est pas moi qui l’invente, puisque Marshall Rosenberg, le théoricien de cette communication, a milité une bonne partie de sa vie pour faire évoluer le système éducatif.

Si tu as envie de partager une situation que tu estimes difficile à gérer, ou quelconque autre élément à apporter : mets vite un commentaire.

A très bientôt, Lecteur Curieux !