Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les punitions : Pourquoi sont-elles toxiques, même si elles ont l’air efficace ?

Les punitions sont une espèce de tradition éducative considérées comme acceptables, normalisées et parfois nécessaires, lorsque l’enfant va trop loin.
Elles sont de plusieurs ordres : les brimades, les privations  et les châtiments corporels.
Par exemple : « Mettre au coin », « envoyer dans sa chambre », «priver de TV/tablette/sortie…. », Menacer de conséquences si opposition à l’ordre proféré.
Il peut être violent de lire « châtiments corporels », car cela véhicule une connotation de maltraitance. Et pourtant, la gifle, la fessée, une tape sur la main, se faire pincer l’oreille ou attraper par le col, sont bien des châtiments corporels puisqu’ils portent atteintes à l’intégrité physique de l’enfant.

« La punition corporelle est généralement définie comme un acte physique qui est socialement et légalement accepté et commis par un adulte en situation de pouvoir, peu importe son intention, dans le but d’entraîner une douleur ou un malaise physique chez un enfant, et ce, afin de corriger ou de contrôler un comportement jugé indésirable (ex. : taper les fesses de l’enfant, le pincer, le secouer). » – Définition de la chercheuse Marie-Ève Clément, Revue de psychoéducation, 2011, volume 40 (1)

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Pourquoi les punitions sont ordinaires ?
Les punitions donnent une impression de contrôle aux parents et surtout, un moyen d’action face à un comportement « inacceptable » de la part de l’enfant.
Tu la sens, la première coquille ? Il n’est pas difficile de constater que ce qui est « acceptable », « correct » ou « admis » dépend complétement du contexte.  Et étrangement, les punitions tombent d’autant plus facilement lorsque les parents ne sont pas disponibles physiquement ou moralement   (empressement, fatigue, occupations).

Il est d’ailleurs facile de tomber sur moults témoignages déculpabilisant les parents qui ont levé la main suite à un débordement de l’enfant : « Ça arrive ! », « Il ne faut pas se culpabiliser pour ça … ! », …

Les punitions, des plus « douces » aux plus « dures », sont utilisées par certains parents qui ont l’impression d’avoir tout essayé.
Isabelle Filiozat a écrit un merveilleux livre qui leur est adressé (mais intéressant pour tout un chacun) intitulé justement : « J’ai tout essayé ! ».

Les enfants apprennent assez vite la douleur (psychologique et physique) que les punitions occasionnent.  Ils cherchent souvent à éviter les punitions par diverses stratégies, dont la soumission aux volontés des adultes.
Donc, dans ces cas-là, les punitions semblent fonctionner puisque les enfants cessent leurs actions ou obéissent docilement.
Mais, en y regardant de plus près, il y a autant de cas où les punitions fonctionnent que de situations où elles n’ont aucune issue positive (ni pour les adultes ni pour les enfants).
Combien d’enfants ne se calment pas lors de l’isolement ?
Combien d’entre nous ont développé des trésors d’ingéniosité pour mettre en œuvre un stratagème avec plusieurs stylos ou dissimuler des photocopies afin de faire passer les « lignes à copier » plus vite ?

Il s’avère que le premier problème des punitions se situe là : la dissimulation.
La punition n’amène pas à réfléchir sur son action de manière autonome. Elle ouvre une brèche dans laquelle les enfants dissimulent les actions que les adultes estiment mauvaises.

Questionnements pour toi-même :

  • Quelle réaction aura un enfant face à une mauvaise note/s’il brise un verre/renverse de l’eau/… si :
  • Il sait qu’il sera puni
  • Il sait qu’il ne sera pas puni

Dans la plupart des cas où les enfants vivent des punitions, l’idée principale sera de dissimuler le problème pour éviter la punition. C’est ainsi que commence le recours volontaire aux mensonges (à différencier des histoires racontées par les petit.e.s d’environ 3 ans) et le déclenchement des réseaux neuronaux du stress et la crainte des adultes.

Les enfants qui ne sont pas habitués aux brimades seront plus à même de venir chercher des ressources auprès des adultes : de l’aide pour assimiler une matière incomprise, de l’aide pour ramasser le verre ou essuyer l’eau, etc.
Il n’y aura pas de climat de crainte face à la réaction des adultes.

Il est alors assez simple de percevoir que c’est le mécanisme de la peur qui intervient lorsque les enfants se soumettent au désir des adultes à la suite de l’exposition aux punitions.
La plupart du temps, ils n’ont pas intégré les motifs de leurs actions « correctes », ils répondent juste comportementalement de manière à éviter une punition.

Les punitions s’érigent en solution dans une société où l’on s’attend à ce que les Enfants obéissent aux Adultes. Les punitions sont des conséquences directes de l’adultisme (ici pour faire un point sur cette notion).
La société nous renvoie souvent une attente claire : l’enfant (comme entité) doit être maitrisé, dompté, corrigé si besoin, par l’adulte afin qu’il agisse de manière correcte.
Il est très mal perçu qu’un enfant donne son avis sur le choix du menu voire qu’il participe même au processus décisionnel au sein du foyer (l’heure de sa douche, de son coucher, de s’alimenter, …).
Cela paraît normal aux adultes d’imposer un rythme aux enfants.
Mieux, les parents légitiment la mise en place de ces rythmes à l’aide de rituels qui sont vantés pour rassurer l’enfant.
En gros, l’adulte contrôle le quotidien de l’enfant. Cela se passe presque bien jusqu’à l’âge de 18/24 mois environ, âge où les enfants cherchent à faire les choses seuls (retour sur la crise d’opposition ou le « terrible two »).
A la suite de ça, c’est souvent le déclenchement de la mécanique éducative. Les premières punitions arrivent (petite fessée, tape sur les mains, isolement, …) et c’est là aussi que débutent les affrontements qui feront toujours deux perdants (l’enfant et le parent).

A ma connaissance, aucun parent ne prend plaisir à punir son enfant. Comme aucun enfant parvient à retenir de manière consciente la leçon cachée d’une punition (sauf : « il faut que je planque mieux les choses la prochaine fois ! »).
Par exemple : Imagine un enfant âgé de 10 ans, un enfant privé de TV pendant une semaine à cause d’une chambre mal rangée. En vivant cette privation, il va avoir deux réactions disponibles :

  • « C’est injuste ! » : ruminations sur l’injustice et le sentiment d’être incompris
  • « Je suis vraiment bête de ne pas avoir rangé ma chambre, je ne peux qu’en vouloir à moi-même. J’avais trop envie de jouer plutôt que de ranger ! » : dépréciation de soi et intégration du modèle de soumission

Dans les deux cas, l’enfant se sent mal. La plupart des parents vont considérer que la seconde réaction est plutôt profitable : peut-être l’enfant sera-t-il plus sensible au rangement plus tard ?
En réalité, l’enfant sera surtout sensible au fait d’éviter la punition, et se conformera par crainte. Il n’a pas retenu l’intérêt d’avoir une chambre rangée, si ce n’est pour se plier aux impératifs parentaux (qui n’ont pas de sens en tant que tel).

Alors, est-ce que les punitions sont liées aux comportements des enfants, ou plutôt, à une recherche d’actions jugées efficaces par les parents ?

Mais pourquoi les Adultes ont cette attitude réflexe de punir lorsque quelque chose dérange le déroulement qu’ils attendent ?

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La répétition des schémas « éducatifs »

Il y a bien une raison pour laquelle les punitions et les punitions corporelles sont des réponses facilement accessibles à notre esprit.
Elles ne demandent d’ailleurs aucun effort de recherche de solution la plupart du temps : ce sont des réponses automatiques dans une situation donnée.
« Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu tellement peur en la voyant sur la route que je l’ai rattrapée en criant et une gifle est partie ! ».

Ces réponses automatiques sont créées par notre propre exposition à ces expériences.
Il est fort probable que tu aies été confronté.e à ces actions coercitives. En ayant vu des adultes agir de la sorte, ce sont des réactions qui sont activées rapidement, au-delà de notre conscience et de notre volonté.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de conscientiser nos réactions et de travailler sur soi-même.  Bien sûr, les relations auprès des parents est telle que, la plupart du temps, les devenus-adultes n’ont pas envie de questionner ces prises de conscience. Elles sont parfois douloureuses et peuvent faire émerger un nouveau sentiment d’injustice et d’incompréhension envers les anciens référents.

Parfois, ce n’est pas dans la sphère familiale mais dans la sphère collective que les adultes que nous sommes ont subi les punitions en réponse à certaines attitudes.
A une époque, je rappelle que les enseignants avaient le droit de frapper les enfants, jusqu’en 1852. Mais il s‘avère que la plupart de tes grands-parents voire de tes parents peuvent témoigner du fait que ces pratiques avaient encore lieu régulièrement jusqu’à 1968 !

Autant dire que les punitions sont des habitudes « éducatives » telles qu’il est logique qu’elles émergent spontanément dans les réactions.
MAIS (bah oui, il y a un mais !) comprendre le fonctionnement ne le cautionne pas pour autant et surtout permet de trouver des solutions alternatives.
Parce qu’il faut prendre conscience que les punitions ne sont pas exemptes de séquelles négatives… en plus de celle de propager ce modèle éducatif ! En 2 générations, il est possible de faire disparaître cette pratique des mœurs (comme le modèle suédois le prouve).

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Les conséquences des punitions

Il est probable que la plupart des gens fassent une distinction entre les punitions morales et physiques.
Certes, une gifle ou une fessée est plus impressionnante qu’un isolement au coin ou le fait de copier des lignes (ah ah ah ! La vieille punition !). Mais les punitions ont des séquelles d’ordre psychologique (à partir du moment où les gestes violents n’engendrent pas de marque…).
Il est encore largement cru que l’isolement est une punition douce. Par exemple, mettre au coin un enfant agité, exclure un élève de la classe, enfermer un enfant dans sa chambre sans dîner, …
C’est méconnaître le fonctionnement neurologique de l’être vivant.

La douleur psychologique utilise les mêmes réseaux neuronaux que la douleur physique !

Il s’avère que la douleur inhérente à l’isolement social découle du système de l’attachement chez les humains. Instinctivement, l’humain sait qu’il a besoin d’être inclus dans un  groupe pour survivre. L’humain va chercher à agir afin de ne plus être exclu à cause de la souffrance et la crainte que cela occasionne.
« La douleur sociale est une forme de douleur dérivant de la détresse suite à la distance sociale des autres. Cheng et al. (2008) ont observé que les participants peuvent revivre la douleur sociale plus facilement et plus intensément que la douleur physique. Leurs études démontrent que les personnes  déclarent  que  la  douleur  sociale  est  plus  dure  à  revivre  par  rapport  à  la  douleur  physique  et  que  les  personnes  ont  des  résultats  plus  bas  à  des  tâches  cognitives,  après  avoir subi une douleur sociale plutôt que physique. »  Source : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00845406/document

Pour être claire, la douleur sociale (infligée par l’isolement) est source de souffrance plus importante que les douleurs physiques lors des reviviscences. De plus, la douleur sociale cause un amoindrissement des capacités cognitives.
En isolant ou en punissant tout simplement, les adultes amènent les enfants à avoir de moindre capacité cognitive (entre autres).
Tant à la maison qu’à l’école, c’est contreproductif pour le développement des enfants, n’est-ce pas ?

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de pays légifèrent pour que les châtiments corporels (52 actuellement) soient interdits.
Cela fit grand débat en France, parce que certains estiment que la loi s’immisce dans leur vie familiale. Il s’avère qu’il s’agit d’une ingérence du même ordre que l’autonomie des femmes par rapport à leur père ou à leur mari.
Accessoirement, c’est seulement en 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire de manière autonome. Et ce n’est en 1970 que la notion d’ « autorité parentale » prend le pas sur l’ « autorité paternelle ».
C’est là aussi une « ingérence » de l’Etat dans la vie familiale… Pour un bien !

Pour revenir à l’exemple suédois, ils ont interdit la fessée en 1979. La génération de parents actuels n’a plus cette tendance à recourir à des châtiments corporels. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne comprennent pas pourquoi cela fait débat que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits individuels que les adultes. Aucun droit n’est retiré aux parents… Sauf celui de maltraiter leurs enfants (or, il est peu probable que ce soit une volonté franche d’avoir recours aux châtiments corporels…).
Car il s’agit de ça… Simplement.
Je ne sais pas toi, mais il me serait intolérable qu’on me tape la main ou qu’on me fesse si quelqu’un s’énerve face à mon attitude.

Grâce à cette loi contre les châtiments corporels, la Suède a fait diminuer l’occurrence de la maltraitance envers les enfants. Et les taux de délinquance juvénile et de suicides reculent !
Il a suffi de deux générations pour faire sortir la violence du champ social.
Le principe de la loi n’est pas d’être « Big Brother » avec une caméra dans chaque famille, mais de faire connaître les Violences Educatives Ordinaires (VEO) afin que les parents conscientisent leurs attitudes.
Savoir, c’est pouvoir !

Il est nécessaire d’intégrer que les enfants exposés à un adulte qui débordent en punissant (le débordement est paroxystique en cas de recours aux châtiments corporels) vont intérioriser ce type de réaction.
Plus les enfants sont exposés à des adultes qui s’emportent, plus ils auront tendance à recourir à la violence.

En outre, les punitions n’éveillent aucun apprentissage sur l’acte qui est le déclencheur de la réaction de l’adulte. Comme je l’ai déjà évoqué, il n’y a pas d’acquis qui ressort d’une punition, mais une perte de confiance en soi, un sentiment d’injustice et d’incompréhension et la recherche de stratégies de dissimulation face aux difficultés rencontrées.

Quant aux châtiments corporels spécifiquement, ces gestes n’auront peut-être pas de conséquence physique à long terme. Mais je tiens à rappeler que des centaines d’enfants meurent chaque année à cause de violence intrafamiliale. Les chiffres sont approximatifs étant donné que tous les décès ne sont pas suivis de procédures judiciaires. Cependant, au plus bas en France, il s’agirait d’un enfant tous les deux jours.
Alors la fameuse réponse : « On en est pas mort ! ». Non, la plupart des enfants n’en sont pas morts mais certains sont les victimes de cette banalisation des châtiments corporels dans l’éducation.
Voilà, voilà. Un premier coup peut partir… avant un déferlement d’autres !
Et si les enfants n’y perdent pas la vie, ils y perdent leur confiance en l’adulte, en soi et leur empathie spontanée.
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OK, ça craint. Mais avoir un enfant-roi, merci bien !

Le majeur problème lorsqu’on évoque le fait qu’il est nécessaire de sortir du système des punitions, c’est que la plupart des adultes n’ont pas idée des alternatives possibles… Parce que ces alternatives ne sont dispensées dans la population que depuis peu et à faible échelle (Coucou ! Je suis là pour ça !).

Les parents ont souvent peur que leurs enfants soient ingérables. Puisque le modèle de la soumission à l’adulte est celui qui est répandu, il y a une réelle appréhension à ne plus fonctionner de cette manière.
Surtout lorsqu’on agite devant les parents le mythe de l’enfant-roi (qui méritera un article, mais on peut déjà trouver des pistes dans mes articles sur la gestion de la frustration et sur celui de la colère).
La crainte d’élever un petit-être qui sera tyrannique qui serait une graine de dictateur.

Penses-tu que les grands dictateurs de l’Histoire ont été élevés dans la bienveillance, en l’absence de punitions en tout genre ?
Certainement pas ! Tous ces bonhommes ont intériorisé et extrapolé que la violence pouvait résoudre un conflit.
La violence implique une soumission au gagnant, au plus fort, à celui qui sait, …
Tout ce qu’on a baratiné aux enfants depuis des siècles : « Parce que je suis grand, et que tu es petit ! ».
Bref, la crainte c’est d’être celui qui a un enfant qui dérange les adultes, qui met en évidence et répond face aux incohérences, une enfant qui ne reste pas à la place que la société lui attribue.
Mais, tu en as vu beaucoup toi, des enfants qui sont pleins de vie tout en étant « sage, mutiques et polis » en toute circonstance ?
Personnellement, je trouverais ça presque effrayant. Genre « Village des Damnés ».

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Une image du film « Le village des Damnés », avec ses gamins hyper flippant!

Les enfants sont faits pour explorer, découvrir leur environnement et interroger les adultes. Bien sûr qu’ils « dérangent » le quotidien et la vie sociale des adultes. Si on fait des enfants, c’est intrinsèque que sa vie, sa maison, ses habitudes seront dérangées… Mettre un nouvel individu dans un foyer engendre de fameux bouleversements. C’est d’autant plus particulier que cet être évolue de jour en jour en acquérant de plus en plus d’autonomie et d’esprit critique.
Cela engendre un perpétuel questionnement sur la manière d’être avec les enfants, puisque leurs besoins se diversifient avec le temps.

Plus vite un enfant aura compris que les adultes qui l’entourent sont des ressources pour lui, plus il pourra devenir confiant et croquer la vie à pleines dents.
Non, les enfants ne sont pas plus dociles dans une éducation exempte de punitions… Mais ce sont des êtres à part entière, qui n’ont pas plus à être dociles qu’une femme devrait l’être docile face à son époux (#wife’slifebefore68!).

 

Et qu’est-ce qu’on peut faire ?

Aaaah ! Ma question préférée !

Réponse en quelques mots-clefs : réparation, alternative, collaboration, anticipation, responsabilisation, l’information (des parents) et, the last but not least : le travail sur soi des parents.

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Je détaille, pas de panique.

D’abord, imaginons une situation précise : un enfant de 3 ans est fort excité à table, il refuse de manger, s’énerve et finit pas jeter son assiette par terre (on va espérer que l’assiette soit d’une matière peu fragile).
Comment réagir ?
D’abord, si la situation met le parent dans un état d’énervement majeur : prendre du recul sur la situation. Boire quelques gorgées d’eau, souffler un grand coup (c’est le temps de pause). Rien de bon ne sort lorsque c’est mu par l’énervement (et ça vaut pour toutes les situations, donc la réaction face aux enfants ne fait pas exception).

Après, il faut mettre des mots sur ce qu’il se passe en utilisant un principe d’observation (comme expliqué ) : « Je vois que tu es très énervé. Ton assiette est maintenant par terre. »
Pas de mot du genre : «  Que tu es pénible ! Je vais encore devoir tout nettoyer ! Tu es infernal ! C’est toujours pareil ! Tu ne manges rien ! ».
Ces phrases n’apporteront rien à l’enfant ni à toi en fait… Puisque c’est un emportement émotionnel.

Il est ensuite nécessaire de voir comment va l’enfant : est-il calmé par le fait d’avoir jeté l’assiette ou se trouve-t-il encore dans un état d’excitation intense ?
Si tel est le cas, il est nécessaire de comprendre ce qui cause cette excitation et ne pas perdre de vue qu’un enfant n’agit jamais dans le but de nous exaspérer. Il cherche à manifester quelque chose par son attitude. Dans le cas proposé, il se pourrait que l’enfant soit trop fatigué, n’ai pas faim, ai eu une journée éprouvante (et lui n’a pas encore acquis la capacité à gérer ses émotions, il va apprendre d’autant plus vite que les adultes lui montrent comme agir quand ils sont énervés !), …
Étonnamment mais de manière pratique, le fait de proposer de le prendre dans les bras ou alors de sortir de table pour le laisser aller dans un endroit où il est bien est la réponse rapide la plus adaptée.
Si les adultes ont besoin d’un temps de pause pour retrouver leurs esprits avant d’agir, les enfants ont d’autant plus besoin de soutien et de temps pour sortir de la vague émotionnelle (qui ne dure pas plus de 90 secondes si elle n’est pas entretenue par des mots/attitudes de quelqu’un).
Petite aide du Dr. Daniel Siegel pour soutenir les enfants dans leur gestion émotionnelle, à expliquer à froid à l’enfant : https://www.youtube.com/watch?v=9aONSCU9v_w

L’idée est ensuite de faire en sorte que le « problème » soit résolu, ici l’assiette renversée.
Il est alors possible de proposer à l’enfant de nous aider à « réparer » les conséquences de son geste. Cependant, il faut attendre que l’enfant et l’adulte soient disponibles pour le faire.
Si tu as envie de manger ton assiette avant de nettoyer, fais-le !
Personne ne va débouler chez toi en te disant : « Eh dis donc ! Vous êtes en train de rater votre statut de maison bien tenue ! ». Cela peut attendre 15 ou 30 minutes sans aucun problème. De manière à ce que tu puisses manger sereinement après un épisode d’énervement.

Quand l’enfant est calme, il est possible de lui demander à ramener une éponge, un torchon ou tout ce qui pourra servir à ramasser les résidus alimentaires sur le sol. Faire le nettoyage ensemble lui permettra d’apprendre comment agir lorsqu’une assiette tombe (peu importe que ce soit lui qui l’ai jeté, pourvu que cela soit réparé). La collaboration au quotidien amènera à ce qu’il ne se sente plus coupable mais responsable face aux gestes « maladroits ».
Ça aide les enfants qui trouveront ça « logique » de venir aider quelqu’un qui a fait tomber quelque chose, au lieu d’être un spectateur inerte.
Il est inutile non plus de revenir sur l’incident en insistant sur le « mauvais » comportement.
Il est préférable de dire à l’enfant, en début de repas, « Si tu n’as pas faim, tu peux nous l’exprimer et juste pousser ton assiette au milieu de la table ».
Il vaut mieux une assiette repoussée, indiquant clairement sa volonté, qu’une assiette qui vole après un énervement majeur.

 

L’idéal est de ne plus être exposé.e à cette situation assez peu agréable. Il est dès lors nécessaire de se questionner sur les raisons qui ont engendrées que l’enfant ait agi  de telle sorte.
Si c’est parce que l’enfant est fatigué, il faudrait peut-être proposer le repas plus tôt. S’il n’a pas faim, il est juste nécessaire de l’écouter et de ne pas être exaspéré.e parce qu’il ne se sustente pas. Il y a beaucoup d’égo derrière les repas. Pourtant, cela ne devrait être que des propositions où l’on se gratifie soi-même de faire de son mieux… pour soi.
Je l’admets, ça demande un certain lâcher-prise. Mais c’est le premier pas d’un travail sur soi qui sera bénéfique à toute la famille !

Cela implique que les parents soient informés sur la manière de réagir de leurs enfants et aussi, sur le « sujet de discorde ».
Dans l’exemple, est-ce important qu’il demeure à table alors qu’il ne semble pas en état de manger ?
Est-ce qu’un enfant a réellement besoin de manger s’il affirme ne pas avoir faim ?
Ces questionnements et la recherche d’informations qui pourra y répondre permet de mettre en perspective ce qui est perçu comme important (qui est un jugement de valeur !).

L’objectif est de partir à la recherche d’informations pour comprendre son enfant, ses besoins réels mais aussi, fouiller ce qui nous rend mal en tant que parents (dans l’exemple, le rapport à la nourriture et à la place que cela prend pour celle/celui qui prépare)… et donc se retourner sur soi-même.
Cela réveille l’enfant en nous qui a vécu les petites phrases comme : « finis ton assiette ! », « tu manges lentement/salement ! », « c’est pénible de te nourrir ! », etc.
Cela implique qu’on prenne conscience de ses failles… afin d’éviter de les reproduire involontairement chez les enfants.
Un très bon ouvrage sur le sujet, de l’illustre Isabelle Filiozat : « Il n’y a pas de parent parfait », aide tous ses lectrices/lecteurs à mettre à jour leurs propres cicatrices émotionnelles pour améliorer la dynamique familiale.
Juste une question, pour finir cet article.
Si, au lieu de parcourir les diverses possibilités d’actions alternatives, le parent avait puni l’enfant ayant jeté l’assiette, que ce serait-il passé ?
L’adulte aurait été très énervé, longtemps. L’enfant aurait crié de colère face au sentiment d’injustice de la punition, ou au contraire serait prostré de tristesse.
Les émotions chez les deux protagonistes auraient duré bien plus de 90 secondes.
L’enfant n’aurait pas appris à participer à la réparation d’une « erreur ».
Le parent ne se serait pas questionner sur les causes de ce comportement et sur la recherche des possibilités pour éviter la récurrence de la situation.
Enfin, l’adulte n’aurait pas pu faire un retour sur son propre vécu… trop prisonnier d’une perception misérabiliste tant pour lui-même dans son rôle d’éducateur qu’envers son enfant perçu comme « ingérable » ou « impertinent ».

Sortir du système des punitions, c’est s’offrir pléthore de perspectives qui permettront à la famille de fonctionner plus sereinement.  Et enfin d’avoir, à terme, une société où la violence, la brimade et d’isolement ne sont jamais les premières options émergeantes à l’esprit.

 

A très bientôt Lectrice/Lecteur Curieuse.x !

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Communication Non-Violente

Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie)

Dans cet article, je vais faire le point sur ce qu’est l’empathie de manière précise. Le but est de faire la distinction entre des notions qui sont assimilées les unes aux autres.  Parce qu’il faut admettre que la vulgarisation des expressions peut complétement dénaturer leurs sens.
Je vais aborder l’empathie sous l’angle de la CNV puisque le paradigme qui sous-tend la CNV est le même que celui de l’éducation bienveillante : percevoir et entendre l’autre dans ses sentiments et ses besoins en regard sans jugement.

Tout d’abord, comment différents auteurs ont-ils défini l’empathie :

  • L’empathie est une qualité d’écoute et de présence à l’autre, à ses sentiments et à ses besoins, sans vouloir l’amener quelque part et sans souvenir du passé. – Marshall Rosenberg
  • L’empathie, c’est une posture et une éthique qui demande une qualité d’écoute, une capacité à se mettre en lien avec soi-même pour celui qui écoute et une ouverture à l’autre sans présupposés et sans préjugés. – Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho

Ce sont les mêmes fondements, explicités avec des mots qui résonneront plus ou moins chez toi.

L’empathie est un des besoins fondamentaux (voir mon article sur les besoins de l’humain : » et si nous revenions à nos besoins?  » ). Ce besoin est un des plus ignorés de la société occidentale. La mise de côté de cet aspect de la vie engendre énormément de souffrance chez les humains.
En somme, il est considéré comme normal de répondre un « oui » passif à « : « ça va ? ». Cette question n’en est pas une d’ailleurs, c’est rhétorique…
Rares sont les individus qui estiment avoir envie/besoin d’une réponse franche et complète.

Nous perdons alors beaucoup de temps à agir avec la dette d’empathie. Cela se transforme en frustration qui engendre tantôt l’amertume, de la colère intériorisée, une diminution/absence de confiance en soi, de la résignation affective, etc.

Conséquence de ce besoin occulté, nous ne sommes pas coutumiers  de l’écoute empathique et n’avons pas appris à être réellement présents à l’autre de façon détachée (sans entrer dans les émotions de l’autre comme dans la syn(= avec, ensemble en grec) pathie).
Pourtant, l’écoute active est connue pour être d’une utilité particulière. En psychothérapie, elle est considérée comme un indispensable. Mais il ne faudrait pas consulter un psy pour obtenir une réelle écoute…

C’est une des raisons d’être de cet article : rendre saillante la puissance de l’écoute empathique dans les relations quotidiennes. Elle nous relie à nos pairs, nous permet d’être soulagé.e, compris.e et pris.e en considération.

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Dans les moments d’écoute empathique, l’objectif est d’être entièrement présent à la relation. Il n’y a pas d’intention de conduire la personne vers un but déterminé, ni de la consoler ou de trouver une solution. L’écoute empathie est une posture d’accueil. Tu sens ce moment où quelqu’un dont tu es proche ne semble pas aller bien, mais que tu ne sais vraiment pas pourquoi elle n’est pas épanouie… ce moment où tu accueilles sans rien penser d’autre que :  « Que se passe-t-il pour elle/lui? ». Seule l’ouverture à l’autre est présente.
Ensuite, pour poursuivre dans l’empathie, Il s’agit d’être mu.e par la certitude que la personne écoutée a les ressources qui mènent vers un cheminement qui lui apporte ce dont elle a besoin. Celle-ci a « juste » besoin d’être accompagnée dans l’expression et la transformation des difficultés qui l’embarrassent.
Dans les faits, il s’agit de recevoir les mots tels qu’ils sont prononcés, l’intensité des émotions et les attitudes non-verbales (en rappelant que le non-verbal joue pour beaucoup dans la communication). Je ne tendrai pas vers l’affirmation que 93% de la communication est non-verbale. Les études d’Albert Mehrabian et ses collègues ont des limites qui, de l’aveu de ses auteurs, n’ont pas été prises en compte (Voici pourquoi : https://www.inxl.fr/le-mythe-du-7-38-55-le-non-verbal/).

Pour l’individu qui est entendu, l’empathie permet de reprendre la responsabilité de ce qui nous appartient dans ce qui nous dérange. Par exemple, se rendre compte que la colère ressentie n’est pas dirigée vers une personne, mais vers une situation qui entrave un des besoins. De cette manière, la personne écoutée retrouve la capacité d’agir d’une manière qui lui correspond réellement.

Seulement, ce n’est possible que si l’écoutant n’a pas l’intention d’éduquer l’autre (de lui faire comprendre qu’il fait fausse route/qu’il a tort), de le sauver de sa situation ou de l’orienter activement.
« La compétence empathique consiste à traduire l’expression de la personne dans le moment présent, de se relier aux sentiments et besoins derrière les histoires de vie, les théories et distinguer les interprétations des faits évoqués. » tiré du livre « La communication non violente, c’est malin » de Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho, éditions Leduc.s

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Afin de s’extirper du langage courant, il est nécessaire de faire une distinction entre l’empathie et d’autres attitudes telles que la compassion, l’altruisme, la sympathie ou encore la bienveillance. Dans la vie quotidienne, ces termes sont souvent utilisés de manière indifférenciée.
La compassion est le « sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui ». Ce sentiment part de la tristesse d’autrui et exprime le fait qu’on ressent avec l’autre ses problèmes.
L’altruisme est une « disposition bienveillante à l’égard des autres, fondée sur la sympathie » ou « dévouement », se consacrer à autrui de façon désintéressée, sans rien attendre en retour. Aider les autres. L’objectif dans le cas de l’altruisme est de l’aider de façon active.
La sympathie est la « participation à la joie, à la peine d’autrui ». Quand on y pense, c’est un peu étrange de pouvoir qualifier un objet de « sympa ». Mais cela explique bien en quoi il suffit simplement d’inoculer un peu de joie pour être sympa pour les autres.
La bienveillance est la « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ». C’est un ingrédient de l’écoute empathique. Mais on ne va pas dire qu’un œuf est un quatre quart, il faut d’autres ingrédients !

La majeure distinction entre l’empathie et ces diverses notions est la capacité de prise de distance par rapport aux émotions d’autrui et de n’avoir aucune intention de l’amener à un cheminement qui serait jugé comme LE bon par l’écoutant.
Avec ces définitions, il est aisé de comprendre combien le terme « empathe » est galvaudé. L’empathe est assimilé à de l’hypersensibilité émotionnelle par rapport aux vécus d’autrui. Les personnes qui se qualifient d’« empathes » expriment des bouleversements émotionnels incontrôlables puisqu’elles plongent dans le vécu d’autrui.
Avec les clarifications précédentes, tu peux voir que ce n’est pas de l’empathie au sens propre du terme.
J’admets que j’ai du mal avec tous ces termes qualificatifs. Ils enferment les personnes dans une case (ou plusieurs pour les chanceux !). Elles pensent se comprendre mieux en se caractérisant mais les possibilités existantes pour reprendre le pouvoir ne font pas parties du tableau. C’est un peu comme lorsqu’on liste ses défauts… Et qu’on passe plus de temps à leur trouver des raisons valables plutôt de se pencher sur la recherche de stratégies qui permettraient de s’extirper des fonctionnements qui nous déplaisent.

Cette mise au point linguistique effectuée, concrètement : que fait-on dans la relation ?

D’abord, il est primordial de conscientiser qu’il n’est pas possible d’être entièrement empathique si nous-même n’avons pas reçu l’empathie utile à faire émerger nos propres besoins.
Comment se distancer de l’écho que peut faire autrui si nous ne sommes pas au clair avec notre fort intérieur ?

Un premier élément essentiel est la capacité d’auto-empathie : commencer par nous offrir à nous-mêmes ce que nous aimerions recevoir des autres.
Si nous n’écoutons pas nos propres besoins, personne n’estimera qu’il faille le faire ! Il est nécessaire d’être honnête et d’exprimer ses ressentis et ses requêtes sans reproche ni jugement.

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Rosenberg propose trois solutions afin d’accéder à plus d’auto-empathie :

  • Prendre un temps de pause, respirer calmement, et ensuite faire un retour sur le sentiment qui nous habite ;
  • Exprimer vivement ses besoins, ce qui peut être fait en criant, lorsqu’on est dépassé énergétiquement. Je reprends le passage exemplatif de l’auteur : « Écoutez, je vais mal ! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre conflit, je voudrais simplement avoir la paix et du calme ! ».
    Il n’a incriminé qui que ce soit dans cette phrase, mais il a fait savoir qu’il n’était pas en mesure d’intervenir pour une autre personne que lui-même.
    Les jours où nous sommes fatigué.e.s/débordé.e.s/énervé.e.s/en retard, ce ne sont pas les autres qui sont responsables de nos émotions mais nos besoins qui sont insatisfaits (petit retour sur mes articles sur les émotions: « encore une crise! que faire avec les sentiments? » et sur les besoins).
  • Enfin, si une situation nous plonge dans un état d’inconfort émotionnel, il y a toujours la possibilité de se retirer physiquement pour proposer ultérieurement une écoute empathique. Oui, il est possible que tu dises : « Je vois que tu n’es pas bien, mais je n’ai pas le ressources pour y faire face maintenant. Peut-on en parler demain ? ». Cela peut sembler étrange, mais c’est comme ça aussi qu’on prend soin de soi : en exprimant nos besoins clairement. L’autre peut être déçu.e parce qu’il/elle avait un besoin d’écoute… Mais cela lui apprend à pouvoir s’autoriser une expression de ses besoins.

Dans l’exercice quotidien de la Communication Non-Violente, je pense qu’il est possible d’être tous confrontés à des échecs. Parce que dans la relation, il est aisé de tomber dans la compassion ou la sympathie au lieu de rester dans une posture d’accueil empathique.
En tant que parent, il est fréquent d’avoir envie de trouver une solution rapide pour calmer l’émotion/le besoin de l’enfant.
En tant qu’ami.e, l’aspiration va souvent vers une recherche active d’actions à entreprendre.
Or, en cas de tempête émotionnelle, dans un tout premier temps, le besoin doit juste être entendu.  Il est  utile de laisser s’exprimer complètement les sentiments, les besoins voire les demandes si celles si émergent.

Est-ce que l’écoute empathique est simple à déclencher ? Est-ce un processus qu’on acquiert et qu’on peut activer à volonté ?
J’aimerais répondre : OUI !
Mais … cela demande de l’exercice et surtout… de la disponibilité mentale et émotionnelle.
N’as-tu pas déjà fait l’expérience de journée où lorsque l’on s’adresse à toi en se plaignant, tu n’as pas préféré clore la conversation de la manière la plus brève qui soit ?
C’est même fréquent. L’écoute et la posture empathiques demandent énormément d’énergie et d’être pleinement présent à l’autre.

 

Voici quelques pistes pour la mettre en place :

  1. Écouter réellement : être présent.e à l’autre à 100% (exit le smartphone qui distrait la conversation où les enfants qui courent autour… du moins, ça n’aide pas !) et s’abstenir de tous jugements et préjugés ;
  2. Focaliser son attention sur celui qui parle et son discours, en ignorant ce qui fait écho, en lui laissant tout le temps nécessaire pour s’exprimer. L’expression de ses tracas fait partie d’un processus de mieux-être. La psychologie a mis en évidence cela en l’appelant ça « l’effet cathartique de la parole ». La catharsis est définie comme une « purgation » des émotions vives.
  3. Bannir les phrases types qui coupent la relation, et donc : ne pas plaindre (« c’est vraiment injuste ce qui t’arrive ! »), ne pas questionner afin d’avoir des précisions (« Et que t’a-t-il dit après ça ? »), ne pas suggérer des actions (« je pense que tu devrais… ») et ne pas consoler (« ça va aller ! »). Toutes ses phrases n’offrent pas la possibilité à l’émetteur d’aller au plus profond de l’expression de son vécu émotionnel.
  4. En posture OSBD, il est utile de cibler 4 éléments dans le discours de l’autre : ses observations, ses sentiments, ses besoins et ses demandes. Et non pas questionner le pourquoi du comment des racines du problème, n’est-ce pas ?!
  5. Afin d’accéder à ces éléments, il est nécessaire de reformuler les propos d’autrui pour s’assurer qu’on comprend bien ce qui est dit mais aussi pour permettre à l’autre d’éclaircir ses émotions et ses besoins.
  6. L’écoute empathique est énergivore car elle n’est pas habituelle… Elle demande qu’on réfléchisse à ce qu’on dit sans entrer dans les écueils des phrases banales.
  7. L’intention est la prémisse indispensable : Pourquoi entrer en empathie avec l’autre? Il est nécessaire de vouloir être uniquement bienveillant avec l’autre. La seule intention que nous devons avoir est d’accompagner la personne dans l’expression de ses sentiments et la création de liens entre ses sentiments et ses besoins.
    En outre, il faut s’assurer que la personne ait envie que l’on entre dans son vécu émotionnel sans faire effraction dans son monde intérieur. Il y a fort à parier qu’un parfait inconnu prendra assez mal un : « Vous semblez vraiment en colère ! ».
  1. A partir du moment où l’individu se sent entendu intégralement, il se produit une accalmie de la tempête émotionnelle et cela lui laisse l’opportunité d’ouvrir le dialogue sur les stratégies à adopter.

 

Toutes ces informations nous aident à agir avec plus de présence à l’autre,  aussi par rapport à nos enfants… et à nous-même !

Il est indispensable d’être en empathie avec nous-même, afin de pouvoir vivre avec les autres. Lorsque l’on est au clair avec ses besoins, il est possible d’accueillir l’autre et de l’accompagner.

La frustration/la colère d’un enfant ne se calmera jamais si on lui dit : « tu as le droit d’être en colère mais j’ai raison de t’enlever ceci ou cela ! ». L’intention est alors d’éduquer…
Tu peux juste évoquer ce que tu constates : « Je vois que tu es en colère… » et se mettre en posture d’accueil en proposant un câlin, par exemple.
Si l’on n’en a pas l’énergie, il est utile de prendre un temps de pause ou se retirer momentanément afin de recouvrer les ressources indispensables à la gestion empathique de la situation.

 

J’espère sincèrement que ces informations te permettront d’améliorer tes relations aux autres et à toi-même.

A très vite, Lectrice.eur curieuses.x!

 

Sources : http://nvc-europe.org/SPIP/Place-de-l-empathie-dans-la

Inspirations :

Préparer la naissance

Comment avoir l’accouchement que l’on souhaite ?

Préparer un projet de naissance
Il est commun d’entendre que cela ne se passe jamais comme prévu.
Et c’est vrai.
Voilà, Clap de fin !

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Sans blague…
Il est vrai que le déroulement des « opérations » ne se passera sûrement pas comme il avait été imaginé.
Mais ce n’est pas parce qu’il y a des imprévus que tout le projet désiré est bâclé.

La rédaction d’un projet de naissance sert à être au clair avec ce qu’on envisage et ce qu’on veut éviter.
Cela aide à conscientiser le cadre dans lequel on accouche et à préciser ce que l’on attend des gens autour de nous.
Un projet de naissance a du sens dans tous les cas : maternité hospitalière, maison de naissance ou encore accouchement à domicile.
Il permet de se renseigner sur le déroulé de différents accouchements et de connaître les pratiques habituelles. Il offre la possibilité de faire le point sur ce que l’on souhaite vraiment et les besoins que l’on estime avoir en tant que jeune maman.
Par exemple, en tant que maman solo, je n’envisageais pas un accouchement à domicile ou encore en maison de naissance parce que j’avais besoin d’être entourée les premiers jours. J’avais besoin d’avoir des professionnelles pour m’aider h24 si nécessaire et m’assurer un bon début d’allaitement (et je remercie encore le personnel de la maternité du CHR de Namur !).

Bref, le projet de naissance sera un outil de choix pour communiquer avec les personnes présentes lors de votre accouchement.
Si tu arrives déjà en phase active et que tu n’as plus envie de discuter, avoir couché sur papier tes désidératas pourra aider à ce qu’on t’accompagne dans ton objectif.

Mais voilà, ce ne sont pas seulement des listes de désidératas, enfin, pas uniquement !

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Voilà pourquoi je propose un petit guide du « comment rédiger un projet de naissance sympa à lire ».
Parce que dans l’absolu, s’il y a bien un moment où l’on a envie de recevoir de la bienveillance, c’est celui-là ! Et quoi de mieux que de communiquer avec précision, empathie et bienveillance pour en recevoir en retour ? :-p

Tout d’abord, prends la peine d’écrire à la main (de manière lisible, je sais à quel point cet aspect peut-être difficile!). Ensuite, je peux te conseiller de commencer ta lettre de projet par la confiance que tu éprouves dans la structure dans laquelle tu accouches.
Ensuite, il est nécessaire que tu évoques ce que tu aimerais vivre (et non pas ce que tu ne voudrais pas vivre !). Par exemple, un accouchement physiologique, dans une ambiance feutrée, la participation active de ton/ta accompagnant.e, le peau à peau, le clampage tardif, etc. Mais cela vaut aussi pour les accouchements sous péridurale (en précisant la dose escomptée), la volonté de bouger pendant le travail ou encore les accouchements sous césarienne programmée (durant lesquels il est possible de demander le peau à peau le plus rapide possible, ou qu’il soit effectué par l’accompagnant.e, par exemple).

Après cela, je te suggère de préciser que tu/vous as besoin que l’équipe (ou les personnes présentes) communique avec toi et te prévienne de chaque acte et de toute évolution dans le travail. Revendique ton besoin de soutien de leur part pour rester en confiance dans ce moment émotionnel qu’est la naissance.

Après cela, tu peux évoquer avec une formulation positive ce que tu ne veux pas.
Imaginons que tu ne veuilles pas d’épisiotomie préventive, pas d’injection de syntocinon (ocytocine), pas de rupture de la poche des eaux ou autres…
L’idéal serait de le présenter sous cette forme :

  • J’aimerais éviter l’intervention d’une épisiotomie préventive ;
  • Je souhaiterais éviter d’injection d’ocytocine si le décours du travail ne l’exige pas expressément et que je n’ai pas émis mon accord

La formulation positive aide à faire passer ton message de manière plus ouverte et disponible à la discussion.
En effet, il ne faudrait pas oublier qu’une naissance peut être pavée de faits inattendus.
La médecine moderne a pu se positionner de telle manière à défaire les femmes de leurs pouvoirs lors de l’accouchement. L’objectif actuel, et surtout dans les accouchements physiologiques, est clairement de promouvoir un enpowerment des parturientes.
Cela dit, il ne faut pas se couper des possibilités et des avantages des soins accessibles à l’heure actuelle.
Il est tout de même heureux que nous ayons accès à des soins qui permettent de faire face à ces imprévus qui peuvent altérer la santé des femmes et de leurs bébés.

Il est donc nécessaire de préciser que toutes les requêtes amenées dans le projet de naissance, ne sont à considérer que dans le cadre où la mère et l’enfant sont en bonne santé. S’il faut se prémunir face à de l’excès d’interventionnisme, il n’est pas prudent d’être hermétique à tous les actes qui peuvent être réellement utiles.

Exemple anecdotique me concernant : Je voulais absolument accoucher dans une position physiologique (qui aide à la descente naturelle du bébé). Au moment venu de pousser (on en reparlera, parce que … si j’avais su qu’il était possible de ne pas pousser avant.. !), je me suis donc mise à 4 patte.
Et j’ai été incapable de garder cette position. Je n’étais ni confortable ni dans la capacité à canaliser mes efforts. La sage-femme m’a suggéré de basculer sur le côté, « à l’anglaise », et là non plus, je n’u parvenais pas.
La gynécologue m’a alors demandé si j’acceptais de me mettre sur le dos. Je connaissais tous les blocages que cela engendre… et que cela n’aidait vraiment pas.
Mais je n’y arrivais pas autrement, j’étais à 14h de travail, 4h de sommeil en 48h …
Alors, je me suis dit qu’il fallait tenter (même si j’avais peur des interventions qui seraient facilitées par cette position). Et là, cela a bien débloquer le déroulement des évènements.
Ma puce était « bloquée » vers le pubis et passer sur le dos l’a fait descendre. Cela expliquait pourquoi je ne supportais pas de rester vers l’avant tout le travail.
Malgré cet expulsion en position gynécologique, il n’y a eu aucun acte ni souffrance. Comme quoi…

 

En somme, il faut être informé.e (comme je le suggère dans cet article sur la préparation) , savoir ce que l’on souhaite et être en mesure de le communiquer en usant des méthodes de demande de la communication non-violente afin que cela soit entendu et respecté.

A très bientôt, les Curieuses.x!

« Un esprit curieux est l’attribut le plus important qu’un homme ou un femme peut posséder. » M.J. Rose

 

Communication Non-Violente

« Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »

Ou comment la formulation des demandes impacte les relations.

Et voici venir la dernière étape de la CNV, la formulation des demandes !

Pour rappel :

Étape 1 : l’observation des faits sous forme de constat objectif

Etape 2 : l’expression des sentiments dénués d’implication des autres et en se responsabilisant de ses émotions

Etape 3 : l’expression et la détection de ses besoins (sans qu’ils soient liés à d’autres personnes- et communs à tous les êtres humains)

 

Il n’est pas limpide de savoir ce dont nous avons réellement besoins (bien qu’on puisse chercher, cf mon article sur les besoins) et encore moins la manière dont ils peuvent être réellement satisfaits. Les demandes ont pour objectif de satisfaire les besoins. Lors de la demande, l’émetteur propose une stratégie pour les combler. C’est une alternative.
Il s’avère que nous ne sommes pas forcément sûr.e.s de ce que nous voulons vraiment… Sauf quand nous l’avons obtenu.

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La demande, pour être efficace, doit contenir des verbes d’action. Par exemple : « J’aimerais que tu ranges la vaisselle, quand elle est sèche. »
Une requête qui n’est pas efficace dans la même situation serait : « J’aimerais que tu sois plus ordonné.e. » ou « J’aimerais que la vaisselle ne traîne pas sur l’égouttoir ».
Une demande mettant en évident ce que l’on veut que l’autre SOIT est, par essence, une perte de temps : « J’aimerais que tu sois plus confiant », « J’aimerais que tu sois honnête », « j’aimerais que tu sois plus aimable ».
Il faudrait définir en acte concret ce que signifie pour ces personnes ce qu’est être confiant, honnête et aimable.
Si la réponse est : « Oh ! Tu sais bien ! » ou « C’est difficile à décrire ! », il pourrait être utile de transmettre à l’autre qu’il est bien ardu de savoir ce qui est dans sa propre tête et qu’il est encore plus compliqué de faire quelque chose qu’il ne parvient pas à formuler concrètement.
De la même manière, effectuer une requête en émettant ce que l’on ne veut pas ne donne aucune indication sur ce qui remplit notre besoin : « J’aimerais que tu évites de lui parler », « j’aimerais que tu ne cries pas », « j’aimerais que tu ne touches pas à mes affaires ».
Outre le fait que l’enfant jusqu’à un certain âge n’entend pas les formulations négatives et garde en tête l’action, l’adulte ne peut cibler les actions à entreprendre pour aider l’autre à combler son besoin.

Rosenberg suggère que toute demande contienne une action concrète, accessible et positive (dans la tournure de phrase). En plus de cela, il propose de :

  1. Cibler la volonté d’une relation de qualité plutôt que les effets : il est alors indispensable de  prendre en compte les propres besoins de mon interlocuteur et accepter sa réaction (dont un éventuel refus) avec empathie.
  2. Demander un feed-back : demander à l’interlocuteur de restituer ce qu’il a reçu de mon message.

 

Evoquer un besoin sans émettre une demande SMART (Spécifique, Mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini) peut engendrer de la crainte pour l’interlocuteur. Un besoin peut sembler énorme à combler et sans proposer une demande, autrui peut croire qu’on attend de SA personne toute la satisfaction du besoin.
Or, un besoin est, rappelons-le, détaché de tout individu !

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La différence entre la demande et l’exigence

Quand on y pense : à partir du moment où l’on a détecté le besoin (caché) derrière l’émotion et qu’on formule une requête concrète, on s’attend à ce que l’autre s’exécute.

La formulation était claire et polie (c’est plus facile pour se faire entendre) et les motivations ont été invoquées … Alors pourquoi y aurait-il résistance et comment distinguer la demande de l’exigence ?

La réponse est dans l’interaction avec l’Autre et, surtout, dans l’acceptation de l’opposition à la demande.
La demande est une exigence à partir du moment où le refus d’exécution est mal vécue. Le « Non » n’était en fait pas une option alors qu’on émettait la requête.

Là, je pressens une réaction : il serait logique d’être affecté.e à partir du moment où l’on n’obtient pas ce que l’on souhaite… (En effet, globalement, on aimerait plutôt s’en tenir à un accord suivi d’effet immédiat).
Mais il s’avère que l’Autre, face à soi, a aussi des sentiments et des besoins. Malencontreusement, les besoins ne sont pas forcément identiques en même temps et surtout, les stratégies pour les satisfaire sont divergentes.

La communication va alors prendre tout son sens, puisqu’au moment où la requête est formulée, l’Autre va pouvoir démarrer son propre cheminement de pensées : OSBD (si l’utilisation de la « Langue Girafe Classique » est de mise entre ces deux protagonistes) ou simplement refuser. L’évocation des besoins personnelles et de la demande qui l’accompagne pourront permettre une discussion quant à la stratégie à privilégier pour que chacun sorte gagnant de cette situation.

Exemple : Le soir, A revient chez elle et constate que B, son enfant, a laissé son cartable dans l’entrée.
Cette observation l’énerve, car c’est récurrent… Et qu’A aime l’ordre. Elle a un besoin d’harmonie dans sa maison et estime que ce cartable gâche la perception d’ordre de son habitation, surtout dès qu’elle passe le seuil de la porte.
Elle demande à B de prendre le temps de ranger son cartable dans sa chambre et, qu’à l’avenir, il le range dès son retour de l’école.
B n’a aucune envie de lâcher son jeu et refuse de venir.
A est contrariée…

Comment donc se sortir de cette situation ?
L’empathie est le maître-mot pour prendre de la distance par rapport à nos demandes et aux exigences sous-jacentes.

L’empathie permet comprendre les sentiments et ses pensées d’autrui, en se mettant à sa place tout n’oubliant pas que nous n’y sommes pas.

Dans la situation décrite plus haut, A comprend que B est passionné par son jeu et qu’il n’est pas enthousiasmé par le fait de venir mettre de l’ordre à ce moment précis.
Une discussion peut alors être entamée. Il se peut que B ait besoin de décompresser et de partir jouer dès son retour de l’école. Il n’a pas envie de monter les 2 étages qui le séparent de sa chambre pour y déposer son sac. Alors, il pose son cartable en bas et file jouer.
A comprend le besoin d’amusement de B, et B entend le besoin d’ordre de sa mère. Il parvienne à une solution commune : B place son cartable dans l’entrée de l’escalier et le monte lorsqu’il va dans sa chambre.
Ainsi A n’est plus incommodée par la vue du cartable dans l’entrée et B peut aller jouer rapidement.
Personne n’a eu raison ou n’a perdu dans cette solution commune.

Bien sûr, j’expose ici une situation idyllique. Il y a fort à parier que d’autres situations nous mettent en difficulté par leur récurrence et le manque de collaboration d’autrui (par rapport à l’enfant, voire mon article sur la créativité dans l’éducation).

Cependant, la clef est là : l’empathie et la recherche de collaboration.
Il n’y a pas qu’une stratégie qui peut remplir chaque besoin (cela engendre d’ailleurs beaucoup de conflit de le croire). Il est utile de s’ouvrir à des possibilités et à une co-construction de stratégies qui répondent aux besoins de tous.

L’objectif d’une demande n’est pas de contraindre, mais de l’inciter à agir avec entrain. L’enthousiasme sera inhérent à l’empathie développée, à sa participation à une vie sociale sereine et enfin à la compréhension de son rôle dans la satisfaction du besoin d’autrui (si la stratégie demande la collaboration de l’autre).

Pour demeurer dans un processus positif et non-violent, celui qui formule la demande ne cherche pas que l’Autre s’exécute parce qu’il :

  • a peur d’une punition,
  • espère une récompense,
  • pense que je vais être aimé davantage,
  • a un sentiment de honte ou de culpabilité,
  • sent cette demande comme un devoir.

Le paradigme défendu dans la CNV, mais aussi dans l’éducation bienveillante et positive, est que toutes les actions doivent venir du cœur.
Thomas d’Asembourg a même intitulé un livre: « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ».
L’objectif n’est pas de remplir les besoins d’autrui en s’oubliant. Il s’agit de se comporter de manière à répondre à ses besoins (l’authenticité) et à prendre en compte ceux d’autrui (l’empathie).
Il ne faut pas anticiper et partir du principe que notre authenticité va blesser l’autre.

Je pense que nous avons tous un exemple en tête qu’une personne « à prendre avec des pincettes » et qui entend des reproches/critiques là où l’on constate.
Exemple classique : A : « La voiture a un nouveau coup sur la portière ! », B : « Oui, ça va ! Je sais ! Tu crois que j’ai fait exprès ?! ».
A n’a pourtant pas sous-entendu que c’était le cas mais B anticipe et réagit comme s’il était sujet à un reproche.

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Accepter le refus (des autres et par soi-même)

Refuser une invitation ou annuler sa participation à un évènement peuvent être mal reçues. Pourtant, la personne qui décline soigne ses propres besoins et n’offense par l’autre.
Mieux vaut une présence plus rare mais enthousiaste qu’une participation récurrente dénuée de toute joie, n’est-ce pas ?

Les interlocuteurs sont susceptibles de tomber dans le piège de la culpabilité et dans les envies de revanche par rapport à l’autre. Il est possible que soient confondus « Je me sens blessé » et « tu m’as blessée ».
Comme je l’ai détaillé dans mon article sur les sentiments, il est nécessaire de s’en responsabiliser et de ne pas impliquer autrui.

Dans les situations où l’on sait que l’autre consent à une organisation « pour faire plaisir » et n’y prend pas part de manière heureuse, il est possible de questionner : « Comment puis-je dire ce que j’ai envie de faire aujourd’hui sans que l’autre ne le prenne comme une exigence à laquelle il doit céder à tout prix? ».
Ouvrir le dialogue, très frontalement, en mettant en évidence qu’il n’est pas souhaitable d’agir sous la contrainte peut libérer la relation d’un poids.
Cela ouvre la personne face à nous à s’ouvrir à ses propres besoins et au fait de ne pas agir par défaut. Encore une fois, c’est un exercice d’empathie à l’autre.

Enfin, La volonté d’effectuer une demande sans blesser l’autre (à partir du moment où l’on agit avec cœur et empathie) est impossible à tenir.
Si une personne perçoit chaque constat/sentiment/besoins/demande comme autant de manière d’être blessée, c’est parce qu’elle n’est pas dans un processus d’observation et d’empathie réciproque. La seule manière d’être sûre de ne blesser personne en agissant est d’être « une gentille personne morte » (pour citer Rosenberg).

 

Pour résumer, la formulation des demandes  doit être abordée comme une ouverture vers la collaboration et une relation d’empathie mutuelle.

Est-ce aisé en tout temps ?
Certainement pas.
Parce que pour donner de l’empathie, supporter de l’opposition et  démarrer un processus de collaboration, cela demande de l’énergie (et d’avoir soi-même reçu de l’empathie !).

La fatigue et l’énervement peuvent amoindrir drastiquement nos facultés à faire face.
Ces situations demandent de la compréhension de soi et un respect de ses propres besoin fondamentaux. Un temps de pause offre une partie de ce qui est nécessaire pour accepter la résistance ou la contradiction.
Apprendre à mettre de la distance et de sortir de l’immédiateté permet de revoir avec plus de calme les stratégies pour répondre à ses besoins.

Pour conclure : développe ton empathie, sois indulgent avec toi-même, et vise processus de collaboration… et non l’obéissance.

« C’est dangereux d’enseigner à un enfant qu’il n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit. » – Marshall Rosenberg.

 

A très bientôt, les Curieu.x.ses.

P.S. : Tu excuseras le délai de « livraison » du présent article. Les impondérables de la vie engendrent un vrai manque de disponibilité (#dentsdebébé #roséole #fièvredecheval)

Communication Non-Violente

Et si nous revenions à nos besoins !

Bam! Bam! Bam!

Voici l’Acte 3 de la communication non-violente : l’expression et l’importance des besoins

Pour retrouver les actes précédents:

  1. En préambule, l’introduction
  2. L’acte 1 : l’observation
  3. L’acte 2 : l’expression des sentiments

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Après avoir détaillé l’observation et l’expression des sentiments, j’en arrive au sujet sensible. Ce qui est caché tout au fond de nous… Enfin pour la plupart des adultes.
Et pourquoi juste des adultes ?
L’enfant naît avec une capacité inestimable pour sa survie : réagir en fonction de ses besoins fondamentaux. Les tout premiers mois, ce n’est d’ailleurs pas très élaboré :

  • le besoin de sécurité + cohérence (cadre de vie harmonieux et stable)
  • le besoin de se nourrir (d’être nourri, forcément)
  • le besoin de dormir (les rythmes des enfants évoluent à toute vitesse et leurs expressions diffèrent d’un enfant à l’autre)
  • le besoin d’être propre

 

Les parents, dans la prime enfance, sont responsables de la satisfaction de l’ensemble des besoins. Au fur et à mesure, l’enfant va devenir capable de répondre à ses besoins. Ces apprentissages et acquisition requièrent un accompagnement de la part de l’adulte.
Cependant, très vite, le petit être humain est conditionné à minimiser l’expression et la satisfaction des besoins.
Par exemple, à l’école, il est demandé aux enfants d’attendre lorsqu’ils ont faim ou lorsqu’ils doivent soulager leur vessie. Il est également convenu que les enfants travaillent seul, sans bavarder et son évaluer de manière à être comparés les uns aux autres.
De manière plus ou moins flagrante, il est demandé à la plupart des enfants de brimer leurs besoins. De plus, les sentiments suscités par l’insatisfaction desdits besoins ne doivent pas être bruyants.
Il est étonnant, tout de même, de constater que les adultes aient conscience que certains besoins monopolisent  les enfants plus que d’autres activités (que ce soit des activités manuelles ou des cours). Cependant, les rythmes scolaires classiques ne répondent pas à cela… et la vie des enfants dans un monde d’adultes, non plus! La dernière heure de la matinée et les vendredis après-midi ne sont pas des créneaux horaires où les enfants sont disponibles pour l’apprentissage, car ils ont faim ou ont besoin de se dépenser. Et que dire d’un enfant émotionnellement chargé qui revient chez lui, entouré de parents fatigués. Comment sont reçues ses manifestations émotionnelles?

L’école n’est pas la structure « fautive » ni les parents en tant que tels. Les parents et toutes les structures éducatives considèrent que le développement de l’autonomie de l’enfant se coordonne avec la capacité à faire taire les besoins. Surtout à partir du moment où l’enfant s’exprime à « grand bruit », aux alentours de 2 ans (voir mon article sur le « terrible two »).

A force d’être confronté à cette contradiction, la détection naturelle des besoins s’efface graduellement et est remplacée/masquée par l’expression des désirs (d’autant plus dans la société consumériste dans laquelle nous évoluons).

Par exemple, il est fréquent d’entendre un enfant demander un gâteau peu de temps avant le repas. Il s’avère qu’il a faim. Il y a fort à parier que si on lui propose un morceau de pain, il s’en satisfera. La demande du gâteau est une stratégie pour satisfaire sa faim. Le morceau de pain est une stratégie alternative.
Faudrait-il faire patienter l’enfant ?
Cela dépend du délais jusqu’à ce que la préparation du repas soit achevée…
D’ailleurs, je voudrais juste savoir ce que tu fais lorsque tu prépares le repas et que tu as faim ?
Personnellement, je grignote quelques morceaux de légumes destinés à mon plat, je croque des cornichons ou autre.
L’enfant n’a pas ce choix… Il est soumis à la volonté de l’adulte sur le moment et les aliments à déguster.

Comme proposé dans mon article sur la présentation de la discipline positive, je te remets à disposition la grille des besoins cachés pour les enfants :

grille besoins cachés Jane Nelsen

Petit, l’enfant n’est pas à même de mettre des mots sur ses émotions et ses besoins. C’est la raison pour laquelle l’adulte a comme rôle de l’accompagner et de verbaliser ces sentiments. Adultes et enfants ont besoin d’empathie afin de se livrer à ces expressions et décodage émotionnel.

Dans un exemple concernant les adultes, je t’invite à te figurer une fin de journée chargée. Que souhaites-tu faire ?
Peut-être simplement te reposer dans le canapé avec un livre ? D’autres préfèrent regarder la télévision ou encore jouer à un jeu vidéo sur mobile, sur console ou sur ordinateur.
Toutes ces activités sont des stratégies pour remplir un besoin que ce soit le repos, le calme, l’amusement, la détente, …
Il faut bien différencier besoins et envies :

  • les besoins sont définis par Marshall Rosenberg comme :
    • Universels (communs à tous les êtres humains) ;
    • ils nous mobilisent pour agir dans le sens qui nous font croître ;
    • ils sont indépendants de tout contexte. Notamment, ils ne sont attachés :
      • ni à une personne en particulier,
      • ni à un objet,
      • ni à une action,
      • ni à une situation particulière ;
    • il y a un nombre infini de manières de les satisfaire. M. Rosenberg appelle « stratégies » les actions que l’on met en œuvre pour les satisfaire.

(source exacte : https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/fileadmin/fichiers_auteurs/cdi_outil_pedagogique/conduire_projets/Charlie_et_compagnie/CNV1.pdf)

 

  • Les envies/désirs sont multiples et très diversifiés. Elles sont des stratégies pour combler le besoin insatisfait.

 

Marshall Rosenberg (fondateur de la CNV), dans son livre : « les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) », offre une classification en 7 catégories de besoins (parfois 9, mais ce sont juste des catégories différentes, pas le contenu qui en est modifié). Il ne s’agit pas d’une classification pyramidale (comme présenté par Maslow), mais d’une coexistence de ces besoins :

Autonomie

  • Choisir nos rêves, nos buts, nos valeurs et déterminer une/des stratégies pour les accomplir

Exemple : Je rêve de devenir une actrice des réseaux alternatifs. Comment (quelle stratégie utiliser) ? Je peux être bénévole, participer à un potager collectif, intégrer une association de glanage et cuisine pour les plus démunis, je peux changer mes modes de consommation, etc. Les stratégies sont très nombreuses !

Célébration

  • Célébrer la vie et la réalisation de nos rêves

Cela veut dire reconnaître le chemin parcouru, mais aussi le chemin pendant que l’on y est. C’est reconnaître la joie d’agir comme on le fait au moment où l’on est engagé dans l’action.
L’humain a été conditionné à « ne pas se réjouir trop tôt ». De même, sous couvert d’humilité, il est de bon ton de tempérer ses réussites au lieu de les partager (un vrai partage qui cherche à amener de la joie et de l’espoir chez autrui, et non à créer un comparatif).
Il semble que l’humain ait l’impression d’être « pris en tort » lorsqu’autrui parvient à agir d’une autre manière. Il se produit une comparaison négative qui engendre un sentiment de malaise. Dans le cas où la célébration de quelqu’un engendre de telles réactions de malaise, je ne peux que suggérer une introspection. En effet, qu’est-ce que cette réussite suscite chez moi ? Et que cachent ses émotions ? Quels sont mes besoins non-satisfaits qui s’expriment par rapport à l’expression de cette réussite ?

  • Mais aussi, célébrer les pertes : la perte des êtres proches, la non-réalisation de nos rêves, etc. (le deuil).

Il s’agit de rites/rituels permettant le passage vers un autre état. Cela permet de participer activement à l’acceptation des situations  «tristes » et de s’engager dans une nouvelle vie sans ce qui a été perdu (et sans considérer que plus rien n’a de sens à cause de cette perte, par exemple).

Intégrité

  • Authenticité = être vrai.e avec soi-même et les autres, avoir la capacité de s’écouter et de se faire entendre
  • Créativité = Innovation, invention, possibilité de développer des réponses originales
  • Sens = ce qui nous anime et forme une cohérence dans la vie
  • Estime de soi = attitude intérieure  qui  consiste  à  se  dire  qu’on  a  de  la  valeur,  qu’on  est  unique  et    C’est  se  connaître  et  s’aimer  comme  on  est  avec  ses  qualités  et  ses  limites.  C’est  s’apprécier  et  s’accepter comme on est. (Source : http://www.acsm-ca.qc.ca/assets/99-estime-de-soi.pdf)

 

Interdépendance

  • Acceptation, par l’autre, de ce que nous sommes dans notre authenticité
  • Appréciation et attachement
  • Proximité tant mentale que physique (le rôle de l’ocytocine est majeure dans le sentiment de bien-être et cette hormone est notamment libérée lors du contact physique)
  • Communauté, plus précisément, faire partie de… Être au sein d’un réseau
  • Considération, par et pour l’autre
  • Contribution à l’enrichissement de la vie, afin de donner du sens à son existence
  • Sécurité émotionnelle
  • Empathie, envers soi et pour l’autre
  • Honnêteté, parler avec … dans la mesure où cela sert la relation
  • Amour, pour soi et pour l’autre
  • Réassurance afin d’avoir la possibilité d’être entendu, compris et pris en compte
  • Respect, où le fait de traiter soi-même et autrui avec égard et en conférant de l’estime
  • Soutien, par et pour autrui
  • Confiance dans l’autre
  • Compréhension mutuelle

 

Nourriture sur le plan physique

  • Air (ça fonctionne mieux avec que sans 😉 )
  • Nourriture
  • Mouvement, exercice (C’est un besoin du corps, réellement !)
  • Protection contre les formes de vie menaçantes : virus, bactéries, insectes, animaux prédateurs
  • Repos (essayer donc de vivre sans dormir…)
  • Expression sexuelle (dans le sens de la reproduction, nécessaire à la survie de l’espèce, mais c’est un besoin que j’estime biaisé… L’être humain n’étant pas sujet aux instincts)
  • Abri
  • Toucher
  • Eau (ou lait, en fonction de l’âge !)

Jeu

  • Amusement
  • Rire

Communion d’esprit

  • Beauté, ou plutôt esthétisme, régularité, symétrie
  • Harmonie
  • Inspiration
  • Ordre
  • Paix

 

La talentueuse dessinatrice Art-Mella a créé une fiche des besoins, possible à télécharger gratuitement, qui peut être utile à imprimer pour l’avoir à vue lorsqu’on cherche à s’exprimer avec justesse. Les besoins ne sont pas toujours exprimer sous les mêmes termes que ci-dessus, mais cela se rejoint grandement. Cette dessinatrice a un niveau pédagogique merveilleux : https://conscience-quantique.com/boutique/index.php?id_product=33&controller=product

Les listes de besoins ne sont ni exhaustives ni définitives. Elles sont des bases qui permettent de débuter dans la connaissance de soi. En outre, la prise de conscience de ses besoins (et donc qu’autrui en a aussi) engendre des compétences pour mettre en place des relations de qualité.
Dans l’objectif de la CNV, tout est fait pour être au service de la relation !

 

« Mieux nous parviendrons à associer nos sentiments à nos besoins, mieux l’autre pourra y répondre avec empathie. » Marshall Rosenberg

 

Mais comment distinguer les besoins cachés derrière nos sentiments ?
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Certains parviennent avec aisance à pointer ce dont ils ont besoin/ce qu’ils aiment vivre (qui est une perception plus agréable). Une fin de journée implique clairement un besoin de repos/de divertissement/de jeu/…
Pour d’autres, ce sont les expressions émotionnelles et les sentiments qui prennent le pas.

Afin de cibler le besoin derrière une réaction émotionnelle ou un sentiment, il s’avère utile de se « distancer » de son propre corps.
Comme si on s’observait d’en haut, regardant notre personne évoluer dans le contexte qui engendre les sentiments. Le but est de constater la situation sans émettre de commentaire.
Par exemple :

  1. Subjectivité : A « Quand je suis arrivée, il (B) était affalé sur le canapé et n’a même pas levé les yeux vers moi ! Comme j’étais transparente ! ».
  2. Objectivité : « Quand je suis rentrée, il était assis sur le canapé et ne m’a pas regardé. »

Effectuer un constat objectif n’a absolument pas pour ambition d’ignorer les manifestations émotionnelles. Il s’agit d’envisager la situation sous un angle neutre, où les deux protagonistes ne versent pas dans le jugement. Les sentiments sont des indicateurs d’un besoin insatisfait, dans le cas présenté : le sentiment d’être blessée et déçue. En somme, il s’agit de déclinaisons de la tristesse.

Une question simple peut faire émerger ce qui manque dans sa vie ou, en rapport avec l’exemple, dans sa relation à l’autre : « Qu’aimerais-tu vivre et que tu ne vis pas actuellement ? ». La liste des besoins peut aider à répondre à cette question, si la réponse ne survient pas spontanément.
En l’occurrence, A pourrait répondre : la considération et l’harmonie, ou encore le besoin de proximité mentale.
On peut estimer que la A souhaite satisfaire ses besoins grâce à B… Mais B ne démontre pas les attitudes attendues par A.

 

Où se situent les points de discorde ?

Une fois qu’on est capable de distinguer les besoins des envies, qu’on sait détecter le besoin caché derrière le sentiment, il est possible de se pencher sur ce qui anime les points de discordance.
Les conflits naissent bien souvent des attitudes et comportements (=les stratégies pour remplir le besoin) et non au niveau des besoins (communs à tous les êtres humains).
C’est un lieu-commun de suggérer que la communication est ce qui permet d’être compris de l’autre et de parvenir à une relation où les protagonistes peuvent s’épanouir.
Seulement, dans un quotidien classique, il n’est pas rare d’être bousculé par des automatismes qui masquent cet objectif d’épanouissement mutuel.
La CNV a cette vertu : faire ressortir ce qui est important pour soi, et pour l’autre, dans le but de mettre en œuvre des décisions offrant à chacun la satisfaction de ses besoins.
Si l’on ne dit pas ouvertement ce dont nous avons besoin pour être satisfait, nous entretenons/accumulons de la rancœur envers l’autre puisqu’il n’est pas en mesure de répondre adéquatement à nos attentes.

 

En outre, il faut bien distinguer le besoin des éventuelles stratégies qui peuvent être mises en place pour le combler. Il y a des abus de langage courant. Par exemple : « J’ai besoin de toi ».
En réalité, les besoins sont déconnectés des personnes. Ils sont en tant que tels : le besoin d’attachement (à qui que ce soit, l’humain en a besoin).
Dans cette exemple « J’ai besoin de toi », il s’agit d’une demande (prochain article sur la CNV) : A souhaite que B soit présent dans sa vie d’une manière que seul A peut expliquer.
En lieu et place de cette phrase, il conviendrait de ra son besoin de connexion. Ensuite, il est possible d’effectuer la demande : « Est-ce possible de passer du temps avec moi ? » ou « Peut-on se téléphoner d’avantage ? » ou encore « Est-ce que tu peux être disponible à tel moment ? ». Ces différentes demandes sont des propositions de stratégies pour satisfaire le besoin de connexion.
Bien que la formulation puisse sembler plus lourde voire périlleuse dans un premier temps, il s’avère que la différenciation entre besoin et demande est indispensable. Grâce à cette méthode, il est possible de cibler des stratégies variées et de cibler celles qui combleront les deux (ou plus) protagonistes.
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« A partir du moment où les gens parlent de leurs besoins plutôt que des torts des autres, il devient beaucoup plus facile de trouver des moyens de satisfaire tout le monde. » Marshall Rosenberg

A partir du moment où le besoin est identifié, il est temps d’effectuer la demande qui permet de remplir ce qui nous apporte de la joie.

La formulation de la demande sera le thème du prochain article CNV !

Je te souhaite de l’éclaircissement après la lecture de cette publication et espère te revoir pour la suite des aventures.

A très vite, Lect.rice/eur curieu.se.x.

« Quand on est curieux, on trouve de nombreuses choses intéressantes à faire ! » Walt Disney

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

« Encore une crise ! » Ou que faire avec les sentiments ?

Etape 2 de la CNV

Pour rappel, voici la première étape du processus de communication non-violente : l’observation.
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Cette fois, j’aborde les émotions, leur reconnaissance et leur « gestion ». Cela fait donc partie du processus de la CNV, mais, comme tous éléments d’un processus, les informations s’avèrent pertinentes dans toutes les circonstances.
La gestion émotionnelle est une chose qui semble à la fois simple et complexe, en fonction des situations. En tant qu’adulte bien portant, les déclinaisons de la joie sont assez aisées (et agréables) à prendre en charge. L’acceptation du sentiment est évident… La plupart du temps, on ne se refuse pas de la joie (je dis bien « la plupart du temps », des évènements de vie traumatiques peuvent engendrer une réactivité à la joie et de la culpabilité d’être heureux alors que d’autres situations sont censées prendre le pas sur ce qui crée des sentiments positifs).

Qu’en est-il des émotions d’autrui ? Peut-être as-tu déjà été surpris.e par des expressions émotionnelles positives plus fortes que ce que tu attendais dans une circonstance. C’est susceptible de te mettre mal à l’aise… Mais  « l’excès » d’enthousiasme (nous sommes alors dans le jugement puisqu’on estime que c’est en excès) est souvent plus drôle à constater qu’autre chose.

Et comment réagir rapport aux émotions négatives, tant les nôtres que celles d’autrui ?

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Cela se gâte un peu, globalement. Ces émotions n’étant pas perçue comme plaisantes sont moins enclins à être acceptées.
Les émotions « négatives » (c’est un jugement de considérer qu’elles le sont) ont pourtant le même rôle que les émotions « positives ».
Mais quel est ce rôle, Watson ?

Les réactions émotives nous sont utiles pour adapter notre comportement en fonction des situations. Elles aident à améliorer le  bien-être et à éviter les dangers/obstacle. Elles sont utiles à nous guider afin de parvenir à la satisfaction de nos besoins (la détection des besoins : l’étape suivante de la CNV !). Donc, ce sont des indicateurs essentiels à la détection de nos besoins !
Les principales émotions sont les suivantes : La colère, la tristesse, la joie, la peur, la surprise, le dégoût, le mépris, la honte et la culpabilité.
Les émotions se déclinent en fonction de la manière dont on se sent précisément. Les listes ci-dessous sont non-exhaustives mais permettent de bien faire comprendre de quoi il s’agit.

Par exemple, la joie s’exprime par différents biais : le fait d’être heureu.x.se, émerveillé.e, intéressé.e, joyeu.x.se, amusé.e, excité.e, ou le fait d’être fier.e.
Il en va de même pour la colère qui se décline en expression telle que l’exaspération, la contrariété, l’irritation, être plein de ressentiments, envieu.x.se ou encore tendu.e.
De la même manière, la tristesse peut se conjuguer par le fait de se sentir seul.e, démoralisé.e, mélancolique, déçu.e ou peiné.e.
Quant à la peur, cela peut se manifester par le fait d’être crainti.f.ve, anxieu.x.se, nerveu.x.se, inquiet.e ou embarrassé.e.

Ce sont bien sûr des exemples, et il y a bien plus de manifestations émotionnelles. Le principe est que ces attitudes, ces émotions sous-tendent pléthore de sentiments.

En somme, il est nécessaire de percevoir des manifestations émotionnelles comme des signaux précis  d’un besoin insatisfait. A nouveau, il faut passer par l’observation et non pas le filtre du jugement : le fait de pleurer (en cas de tristesse) ne relève d’aucune forme de faiblesse. Une « crise » (disons plutôt une tempête émotionnelle) relève plutôt de la colère et prend régulièrement sa source dans un sentiment de frustration. Mais la colère est rarement perçue comme une énergie qui peut être mise à profit afin de dépasser l’obstacle qui la génère. Or, c’est le principe même d’une émotion de nous mettre en mouvement !

L’objectif de la CNV, c’est qu’après avoir effectué le constat de la situation qui meut l’émotivité  c’est de pouvoir exprimer les sentiments qui surgissent. A cette étape, le piège est de masquer le sentiment/émotion « brute » avec l’interprétation de la situation. Il est fort probable qu’une phrase qui place l’autre comme sujet ne soit pas un sentiment. Par exemple, « tu ne m’écoutes pas ! » ou « tu m’ignores ».
En outre, le fait d’être ignoré.e ne peut être compris comme un sentiment, puisqu’il implique quelqu’un d’autre (il faut être deux pour que l’un ignore et l’autre soit ignoré). Cela rend l’autre responsable de nos sentiments. En réalité… Nous sommes les seul.e.s responsables de nos émotions !
Certes, certains actes pourront être majoritairement perçus comme exaspérant, mais tant l’émotion que son intensité découlent du filtre qui œuvre au  sein du « récepteur ». Certain.e.s vont « ronger leur frein » pendant des jours alors que d’autres préfèreront mettre ce qui dérange sous le tapis. Quelle merveilleuse preuve que nos émotions nous appartiennent que de constater notre moindre patience (et l’énervement) lorsque notre état de fatigue se fait sentir ?!

Autant dans les relations entre adultes que dans les relations parent/enfant, il est utile de s’axer sur l’expression émotionnelle et, en priorité, sur la reconnaissance/l’acceptation de ses propres émotions. Autant pour soi que pour son interlocuteur, les émotions (et les besoins sous-jacents) ne demandent qu’à être entendues.
Dans le cas d’une dispute, par exemple, il est profitable d’exprimer son ressenti et de tolérer que l’on ressente cela. Parfois, cela peut paraître futile, l’émotion peut sembler surdimensionnée… Mais elle « s’évapore » à partir du moment où l’on prend le temps de l’accueillir. Pouvoir accepter que « je me sens blessé.e » ou que « je suis furieu.x.se » offre la possibilité d’observer le décours de l’émotion. Celle-ci s’estompera au fur et à mesure, d’autant plus s’il a été possible d’en faire part à la personne avec qui l’oignon devait être pelé.

Face à un enfant qui est  sujet à une tempête émotionnelle, l’objectif sera de reconnaître son émotion et de lui laisser de la place. Souvent, il est tentant d’amoindrir l’émotion : « Ce n’est pas grave quand même ! » ou bien « Tu voulais rester ? Mais tu vas revoir Untelle bientôt, et puis telle chose t’attend ! ». Cela paraît infime, et pourtant, cela ne reconnaît pas le sentiment qu’éprouve l’enfant. L’idéal est de tenter de mettre des mots sur ce qu’il traverse (je rappelle que les jeunes enfants –et certains adultes apparemment… !) n’ont pas la capacité à maîtriser leurs émotions. Elles débordent facilement et cela engendre certains passages à l’acte (cris, larmes, jet d’objet, …). A partir du moment où l’adulte peut s’adresser à l’enfant en lui disant : « Oh ! Tu sembles vraiment triste de quitter cet endroit ! » ou « Je vois que tu es vraiment en colère de ne pas pouvoir obtenir telle chose ! », la pression diminue. L’enfant se sent compris.  Si l’adulte s’est trompé d’émotions, l’enfant va ouvrir le dialogue et sortir de sa tempête émotionnelle.

Une idée complémentaire est de se concentrer sur les ressentis corporels et la respiration pour retrouver le calme. En effet, les émotions ont des manifestations corporelles spécifiques en fonction des individus. S’il est possible de se concentrer dessus et de reconnaître les prémisses ces signaux, cela permet de guider nos actions avant de se sentir débordé.e.

Comme je l’ai dit précédemment, l’émotion fait foi qu’un besoin insatisfait. Il est donc primordial de percevoir quels sont ces besoins (pour nous, et pour l’enfant face à nous aussi). Cela fera l’objet d’un autre article.

Tant pour l’enfant que pour l’adulte, et le plus tôt possible, je ne peux que suggérer de développer un vocabulaire affectif étendu pour exprimer ses sentiments.
Il est également utile de prendre conscience que c’est un besoin insatisfait qui guide l’émotion.
Enfin, nous sommes responsables de nos émotions et de la manière dont nous les maintenons (en les refoulant) ou les laissons « s’évaporer » lorsque nous les observons.

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Cette attitude d’ouverture aux émotions offre une posture de bienveillance par rapport à nous-même mais également par rapport à autrui. Il est primordial d’avoir reçu assez d’empathie et d’écoute de ses propres émotions pour, à son tour, donner toute l’attention nécessaire à l’autre. Quel que soit l’individu, il est toujours possible de dire : « Je me sens vraiment fatigué.e ce soir. J’ai besoin de calme et de câlins ».  C’est rarement mal compris. Cela permet d’éviter de bouillir intérieurement et de craquer en hurlant « Tu m’épuises avec ton comportement ! ».  Cela ne veut pas dire que l’autre voudra forcément prendre part à la demande des câlins, par exemple. Mais ça, j’y reviendrai après l’expression des besoins dans le cadre de la formulation des demandes (qui ne sont pas des exigences… Teaser !).

 

J’espère que cette lecture, faisait suite à ce premier article, t’aura plu.
Laisse donc un commentaire sur tes états émotionnels et la façon dont tu gères les tiens et ceux de tes proches.

« La curiosité naturelle à l’homme lui inspire l’envie d’apprendre. »J.-J. Rousseau ; Les confessions (1765-1770)

A très vite, Internaute Curieux !

 

Allaitement·Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Maternage proximal

C’est vraiment une mode !

Le portage, revenir à l’allaitement (et l’allaitement non écourté), le maternage,  l’éducation bienveillante, la nourriture bio, le minimalisme et l’écologie seraient-ils une simple mode ou un mode de vie ?

Je crois que pas mal de personnes s’investissent dans un domaine, pour découvrir « ce qui va avec » au fur et à mesure.
Est-ce alors une « mode » (qui a un sens péjoratif et sur laquelle je surfe éhontément, alors !) ?

Cela se popularise puisque les moyens de communication nous permettent de partager et d’apprendre d’autres modes de vie. Et si cela semble être à la mode, c’est parce que ce fonctionnement rencontre les aspirations de plus en plus de personnes sceptiques avec les habitudes transmises et le monde que l’on nous propose. Dans les faits, les différentes mouvances sur lesquelles je partage au sein de ce blog rencontrent cette volonté : sortir des schémas et des habitudes pour amener vers une réalité qui donne du sens et de l’harmonie.

Ça fait ésotérique, dis comme cela. Mais dans les faits, l’harmonie est une articulation d’éléments qui sont agréables ensembles.
C’est pour cela qu’un sujet amène vers les autres.

L’éducation bienveillante est un corolaire avec la communication non-violente : avant tout, c’est comprendre la situation, être en empathie avec autrui et proposer des solutions via la coopération.

L’allaitement, le portage et le maternage forment un tout cohérent. Il ravive les fondements évolutifs de notre espèce humaine. Ces pratiques se basent sur l’écoute des besoins de l’enfant et de la sérénité de l’adulte.
En intellectualisant les réactions face aux enfants durant des siècles, les attitudes naturelles ont été perdues de vue. Aujourd’hui, il est nécessaire de sortir des carcans intériorisés pour s’autoriser à agir différemment… et nous rencontrons parfois un peu de résistance (mais des solutions existent, comme je l’évoque dans mon article sur la manière de pouvoir l’acceptation de nos choix).

La remise en question du système économique, le minimalisme et l’agriculture biologique (qu’on oppose à la « conventionnelle » LOL, conventionnelle de quoi ?! La joie des étiquettes et du vocabulaire… Ici pour comprendre la « private joke ») fonctionnent également dans le même sens. Il s’agit de questionner les attitudes développées pendant des générations, afin de retrouver un monde qui fait sens.

De plus en plus d’initiatives citoyennes voient le jour. Parfois, malgré tout, on se sent un peu seul.e dans ce cheminement, car l’entourage proche n’est pas forcément en adéquation avec ce nouveau mode de vie. L’idéal est de garder à l’esprit cette métaphore du colibri, qui m’anime depuis longtemps:

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit :

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » .

 Le colibri lui répondit alors : « Je le sais, mais je fais ma part. »

La légende raconte que chaque animal se sentant alors concerné, « fit sa part », chacun à sa manière et que la forêt fut sauvée. »

 

Pour amener le monde vers un autre fonctionnement, peu importe si d’autres continuent avec plus de poids à faire tourner la roue dans l’autre sens, l’important est de poursuivre son chemin. « Ce sont les petits ruisseaux qui engendrent les grandes rivières ».

En cherchant des illustrations sympa pour le blog, je suis tombée sur un site dans cette mouvance :  http://lesecolohumanistes.fr/

Comme leur nom l’indique, ils promeuvent l’écologie et l’humaniste.
Pour les citer via leur moyen favori :

LesEcoloHumanistes-Definition

 

Ils font des infographies afin d’expliquer les différents enjeux sociaux et ce vers quoi ils espèrent amener le monde, au fur et à mesure.
J’ai trouvé leurs infographies pertinentes, drôles et positives. Tout ce dont on a besoin lorsqu’on veut faire évoluer le monde.
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Je ne sais pas si tou.te.s ceux qui entrent dans une démarche d’allaitement non écourté ou d’éducation bienveillante ont cette intention au départ.
Peut-être n’y a-t-il pas d’autres intentions que de se sentir bien en famille et de fonctionner selon ce qui est agréable pour soi ?!
Mais à partir du moment où l’on n’agit plus comme le « tout-venant », on se heurte aux perceptions d’autrui et souvent, on devient alors un acteur du changement puisqu’on défend une autre manière de vivre. Aussi minimes soient-ils, ces changements amènent à faire grandir le rapport au monde en diversifiant les points de vue.

Dans les faits, l’éducation bienveillante a comme objectif de porter les enfants (et leurs éducateurs) à fonctionner sur un principe de coopération, d’empathie et d’absence de jugement. Il n’est pas illusoire de penser qu’en l’espace de quelques générations, si l’éducation bienveillante continue à se propager (comme je crois que cela sera le cas), il est fort possible que les luttes de pouvoir perdent leur sens. Et sortir de la recherche du pouvoir promet un fonctionnement social bien plus égalitaire, promouvant l’initiative, l’inclusion et la solidarité.

J’ai toujours eu envie de changer le monde. On m’a dit qu’en vieillissant, je me rendrai compte que ce n’était pas possible. Pendant quelques années, je l’ai cru… Et puis je me suis aperçue qu’il n’était nullement nécessaire d’être au pouvoir (ce que je ne souhaitais pas !) pour faire changer les choses. Il suffit de changer soi-même.

Alors, j’ai envie de te dire, à toi, qui fais en sorte que l’enfant puisse exister dans la société, qu’il puisse s’exprimer, qu’il puisse grandir comme un individu à part entière en prenant en compte son développement,

à toi qui te bats pour l’écologie et une autre répartition/utilisation des ressources,

à toi qui communiques avec tes pairs,

Tu plantes des graines et celles-ci finiront par germer ! Merci de fonctionner comme cela.
Le cheminement est pavé d’aléas, mais le fond demeure.

Nos enfants sont l’avenir (ce n’est pas original) et nous pouvons mettre en place des principes qu’ils pourront améliorer.

Alors, à partir du moment où ce mode de pensée est une lame de fond dans la société, non, ce n’est pas une mode !
Mais même si cela l’était : c’est une mode qui laissera des marques indélébiles (comme le jeans pattes d’ef et le mouvement hippie ! :-p ).
C’était la chronique des gens curieux et heureux.
Il y a de quoi être fier.e de soi, on a le droit de se le dire. J

A bientôt, Curieux et heureux (j’espère !) lectrice/lecteur, pour un nouvel article plus informatif à nouveau ! 😉

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante)

Comme introduit lors de mon article de présentation sur la CNV, il est nécessaire d’être capable d’observer froidement et objectivement les faits d’une situation.

Rosenberg annonce d’entrée de jeu : « Observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine».

Cela peut sembler facile, dans un premier temps, mais l’exercice s’avère souvent semé d’embuches.

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Tout dépend du cadre d’interprétation… Sauf si on enlève l’interprétation!

Je peux te suggérer d’imaginer un contexte, une conversation ou une dispute récurrente avec quelqu’un. Visualise bien ce qui est échangé lors de ce cas.

Peux-tu exprimer ce que la personne FAIT qui te dérange ?

Il est important de ne pas caractériser la personne lors de cette description des faits. Par exemple, « Il est vraiment pénible, il n’arrête pas de m’ignorer et de jouer sur sa console ! ».

« Il est pénible » s’avère être un diagnostic que tu fais de la personne. C’est un jugement, une perception que tu as. En outre, en caractérisant un individu, une étiquette lui est donnée et dans certains cas, cela peut l’enfermer dans ce cadre restreint. Comment un individu (quelque soit son âge) peut-il se sentir si on ne cesse de lui répéter : « Tu es méchant ! Tu ne veux pas dire  Bonjour ! » ?

De même, accoler des étiquettes ou des expressions négatives à certaines situations peut les rendre insupportables. Qui n’a jamais entendu « faire les corvées ». Je ne sais pas toi, mais quand j’entends : « Aujourd’hui, c’est le jour des corvées ! », je sous-entends aussi qu’il n’y a là qu’une perception négative des actions à entreprendre. En utilisant le terme « ménage », cela connote moins négativement les évènements. Et il n’y a pas que du négatif à faire du ménage, puisque l’objectif est de parvenir à avoir une maison propre et rangée (là encore la notion de propreté et de rangement est subjective !).Pour autant, il est plus simple à un enfant « d’entretenir » un habitat, que de rentrer dans un routine de « corvées ». 😉

Je peux ainsi te suggérer de modifier ton vocabulaire au fur et à mesure, afin d’avoir une perception plus objective des situations sans qu’elles soient pavées de jugement. Et cela vaut tout autant pour les expressions positives. Simplement, parce qu’il est impossible de savoir comment une personne va réagir à une situation au moment précis. Il n’est pas opportun de lui faire comprendre que son attitude doit être positive ou négative, du moins  si l’objectif est de développer une relation authentique.
Le fait peut sembler être  « il m’ignore ». Là, encore, c’est une interprétation puisque l’ignorance s’effectue toujours de quelqu’un envers autrui. Or, un fait est dénué de notion relationnelle. Un des écueils relationnels récurrents est de croire qu’une personne fait quelque chose et que cela nous vise directement. Dans l’exemple précité, la personne ne parle pas et demeure concentré sur son jeu. L’autre considère qu’il y a une intention derrière ce silence. La croyance d’intention cachée est une cause majeure de conflit. Tout comme le fait de croire qu’autrui ment lorsqu’il évoque une explication à une attitude.

Quand bien même l’individu masquerait une partie de son ressenti par une explication jugée peut probante, le « mensonge » (qui a une connotation bien négative !) peut tout à fait être salvateur pour les relations humaines.  Point de levée de bouclier contre cette affirmation ! Je m’explique : dans certaines situations, il est plus judicieux de s’abstenir de faire un commentaire négatif que de mentionner avec des pincettes la pensée réelle.

Tu ne dirais pas à une amie proche, RAVIE de sa nouvelle entreprise, que tu penses qu’elle va se crasher et que son business est pipé d’avance… Surtout si elle a déjà effectué tous les investissements et qu’elle aime réellement son projet.

Ton point de vue n’aurait aucun bénéfice sur votre relation et elle a tout le choix personnel de se lancer dans un projet.
Ton opinion aurait pu être utile en amont du business model, par exemple, si tu as la capacité de démontrer par des faits les « défauts » de son entreprise.

Une réaction adéquate face à une personne aussi enthousiaste pourrait simplement être : « C’est vraiment agréable de te voir aussi heureuse grâce à ce nouveau projet ! ».  Tu adhères à son sentiment et  tu le reconnais (le principe de l’empathie).

 

« Il joue sur sa console sans parler » est le fait derrière la phrase.

C’est simple et univoque. Le tout, après cela, c’est de détecter le sentiment qui engendre ce fait, puisque c’est ce qui meut l’interprétation d’ignorance et et les présomptions intentions cachées. Je proposerai  un article sur cette étape des sentiments sous peu.

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Je t’invite à effectuer une auto-observation de ta manière de parler au quotidien et des expressions répandue.
Nous avons été élevé dans le jugement constant des faits et des situations.
« Il fait beau ! » parle d’une météo clémente, mais cela ne donne aucune indication réelle. Personnellement, lorsqu’il fait plus de 30 degrés pendant plusieurs jours, je suis ravie de voir revenir un temps plus couvert avec un vent plus frais  (oui, je suis un animal du Nord !).
« Tu as bien mangé ! » sous-entend que la personne a rempli les attentes –non précisées- de l’autre. La perception ne sera pas du tout identique si quelqu’un mange « « bien » ses légumes ou mange « bien » les chips présentées.

« Tu es gentil/sage ! » mentionne aussi des attentes sous-jacentes qui ne sont pas exprimées, mais juste entendues dans le langage commun.

En l’occurrence, nous, adultes avons bien du mal à sortir de ce schéma de pensée et des expressions pleins de jugements qui nous ont été transmises depuis l’enfance. L’idée principale, c’est d’en prendre conscience et d’essayer de créer de nouveaux automatismes. Cela pourrait être d’une richesse inouïe que nos enfants grandissent en étant en capacité de décrire les choses plutôt que de contreplaquer une interprétation dessus. Ce qui nous semble si peu naturel serait pour eux tout à fait simple à mettre en œuvre. Cela leur donnerait la possibilité de s’extirper des étiquettes préconçues et de ne pas propager celles-ci auprès de leurs pairs.
On pourrait alors imaginer un monde où les enfants (et les adultes !) ne se moqueront plus de la différence, mais la constateront et apporteront des suggestions pour « faire avec ». Je n’effectuerai pas non plus un topo sur les prophéties auto-réalisatrices qu’engendrent les étiquettes données aux enfants. Mais en somme, leur éviter les qualificatifs permet qu’ils se développent en pleine potentialité et non en réaction.
Nous pouvons devenir des personnes en capacité de communiquer ce que nous voyons et ce que nous souhaitons sans interprétation supposée. Cela s’avère être une attitude qui amène bien de la sérénité dans la perception du monde et de son rapport aux autres.

J’espère sincèrement que cet article t’aura ouvert un point de vue sur la communication. Je te propose de le partager si cela fait écho en toi.

A la prochaine étape de la CNV, l’expression des sentiments ! Quelle aventure ! 😉

A la revoyure, curieux de la comm’ !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Comment faire pour que les autres acceptent mes choix ?

Aaah ! La jolie question !
On ne se sent pas trop seule, quand on est sur Facebook dans des groupes de parents (ok, honnêtement, de mamans) prônant la bienveillance, l’allaitement et tutti quanti.
Mais qu’en est-il quand la bulle virtuelle n’est plus ?

Que faire quand on entend : « Ah, elle est tout le temps dans tes bras. Tu vas en faire une capricieuse ! », ou encore : « Alors, il fait bien ses nuits ? Non ? En cododo ? Mais quelle mauvaise habitude ! », et d’autres : « tu comptes l’allaiter longtemps ? ».
Ça exaspère sérieusement, surtout si c’est fréquent et que cela vient de proches et de collègues qu’on côtoie au quotidien.
Mais c’est quelque chose que chaque parent doit gérer, parce qu’il s’avère que les personnes sont souvent tendance à croire qu’ils ont un droit de regard sur le comment du pourquoi de la dynamique familiale des autres. C’est presque culturel, tellement ces questions sont récurrentes.
Alors, que faire pour parer à ces remarques ?
D’abord, la réponse va changer en fonction de l’interlocuteur que tu as. En effet, si c’est face à un illustre inconnu, tu pourrais te satisfaire de te dire que ce n’est qu’un ignare, et basta. Même si cela véhicule une énergie négative, la personne que tu croises une fois dans ta vie… On s’en fiche qu’elle accepte tes choix. Par rapport à tes proches, l’impact est logiquement plus fort. Certainement parce que c’est frustrant de constater que ces personnes ne t’accorderaient pas de confiance par rapport à tes actes vis-à-vis de ton enfant.

Il pourrait être utile que tu te questionnes sur ce que la personne tente de te partager en faisant cette remarque-là. Tu peux lui demander : « Tiens, je vois que tu t’intéresses à tel sujet. Y a-t-il une raison précise ? ». Les personnes tentent généralement d’exprimer quelque chose derrière une question ou une critique. Approfondir le sujet avec cette personne peut permettre de discuter avec plus de profondeur et sans que personne ne se sente jugé.

Une autre technique est de retourner la question ou la remarque envers la personne, par exemple : – – « Tu l’allaites encore ? » ; – « Oui, pourquoi ne le ferais-je plus ? ». De cette manière, c’est à cet individu de justifier son questionnement, et pas à vous. L’idée est que ce soit la personne qui fasse une remarque qui ait à expliquer son cheminement de pensée… Parce que je me demande quelle argumentation quelqu’un peut trouver pour prouver qu’un enfant deviendra capricieux s’il est materné.

Ensuite, il est possible de simplement affirmer son choix et d’évoquer, de manière ferme, assurée et souriante qu’on est très au clair avec ce que la personne met en évidence. Dans la plupart des cas, on est ravi de fonctionner de telle sorte. Alors pourquoi se perdre en justification qui nous place en position basse ? à «Oui, on fait du cododo ! C’est génial. On dort sereinement et je n’ai même pas besoin de poser le pied par terre, c’est hyper pratique ! ». Simple, efficace, s’affirmer et ne pas laisser de place à la discussion quand on en veut pas. Tu as le droit de refuser le « débat ».

Si certaines personnes, à qui tu es susceptible de confier tes enfants, par exemple, ne veulent pas ou ne comprennent pas tous tes principes, tu peux leur expliquer simplement ton cheminement de pensée. Sans te sentir jugé.e mais sans non plus mettre en évidence que leur choix sont/étaient mauvais. Ils sont/étaient différents. C’est sûrement une des difficultés, c’est que les personnes se sentent jugées sur leur manière de faire quand tu exposes la tienne. Elles acquièrent souvent la sensation qu’elles ont mal agi et que tu veux faire mieux qu’elles. Incontestablement, cela doit être vraiment difficile à vivre de se sentir jugée. Veille à bien exprimer que tu as fait des choix en fonction de tes affinités et des dernières connaissances en neurosciences éducatives, et que tu te sens bien là-dedans. Tu peux aussi préciser que tu reconnais leurs compétences pour telles ou l’autre élément mais que tu n’as pas envie que cela s’applique à ton/tes enfant.s.

« Oui, Maman/Papa/Autrui, j’ai mangé souvent plein de Nute**a quand j’étais petit.e et je ne m’en suis pas mal porté.e. Mais je n’ai pas envie qu’eux en mangent. On a appris des informations sur les conséquences à long terme et je veux préserver leur capitale santé. Je compte vraiment sur toi comme partenaire là-dedans ! »

Après, il est aussi nécessaire, avec les plus proches de lâcher-prise sur certains aspects. Le mieux étant de choisir ses batailles. Refuser catégoriquement les écrans, la nourriture non biologique, les goûter hyper sucré, les jeux électroniques, c’est valable au quotidien par les parents qui donnent une ligne de conduite constante. Si, ponctuellement, il y a des écarts de conduite, cela ne met pas en péril l’enfant.

Cela va dépendre du degré de confiance donné à la personne en question. Il n’est pas question de lâcher-prise sur quelqu’un qui dirait : « Moi, quand je le garderai, je le laisserai pleurer, qu’il comprenne qu’il n’a pas à décider ! ». Forcément, ce genre d’individu, résistant à toutes explications tangibles, on ne leur confie pas la prunelle de nos yeux. S’il y a vraiment des indices qui vous rendent épidermiques et malades, il ne faut pas céder et, dans ces cas-là, réduise voire éloigne-toi totalement des personnes « malveillantes ».

Tu n’as pas à supporter que votre collègue de bureau te surnomme Marguerite parce que vous tirez votre lait, si tu le vis mal ! Si les explications, le questionnement et l’introspection n’ont pas fait effet, tu as tout le loisir du monde d’ignorer l’individu voire d’en faire mention à tes supérieurs.

Il est possible, en adoptant une posture d’observateur, de ne plus sentir aussi vivement les remarques comme des critiques. Si l’on considère que l’autre évoque quelque chose de son vécu et de ses besoins par sa remarque, il est possible de l’emmener dans son propre questionnement, au lieu de rester sur la surface réflexive. A partir du moment où l’on rentre dans sa voie de pensée, il est possible de sortir de la sensation d’être jugée et en plus, d’améliorer le lien avec la personne. Celle-ci sera probablement étonnée, puisqu’elle devra approfondir sa réflexion sur le sujet. Les 4 étapes de la CNV (Observation des faits ; sentiments ressentis ; besoins qui s’expriment ; formulation d’une demande, voir mon article sur la CNV) sont des outils inestimables face aux personnes qui vous agacent !
J’espère que cet article sera une aide pour parer aux phrases piquantes. Peux-tu me dire quelles ont été celles qui t’ont le plus ennuyées ? Et celles où n’a pas su trouver de réponse ? Met un commentaire !

A la prochaine, car la curiosité n’est jamais un vilain défaut !

Communication Non-Violente

La Communication Nonviolente

Cette matière qu’est la communication nonviolente (CNV) engendre en moi un foisonnement d’idées et d’envies. Je pense que c’est en cheminant vers ce mode de fonctionnement que j’ai commencé à avoir vraiment envie de partager.

Je ne comprends pas comment il est possible que la communication non-violente puisse, parfois, être seulement considérée comme un outil à utiliser lors des conflits.

En réalité, la communication non-violente se prête à l’ensemble de l’existence… et pas seulement en termes de communication. C’est un état d’esprit, un mode de vie, un cheminement.

En toute logique, lorsqu’on parle de communication (en fait, à partir du moment où nous sommes en relation… c’est-à-dire assez souvent étant donné le caractère social de l’être humain), il faut prêter attention à l’autre, mais aussi à soi. La CNV demande que chacun ait conscience de soi et de l’autre afin d’obtenir des relations authentiques et saines.

La CNV est souvent décrite par la structure en 4 étapes qui doit être intégrée (et non pas utilisée telle quelle ! Lolilol, sinon je vous promets des échanges assez peu sereins !).

Alors, pour résumer (avant de détailler ! :-p), lorsque nous nous trouvons dans une situation susceptible de créer de la tension en soi ou chez l’autre, il convient :

  1. D’observer les FAITS de manière neutre et objective: pas les impressions, pas le jugement/diagnostic de la situation (ex : « mon voisin est stupide » est un diagnostic du problème !), juste ce qu’il se passe. Par exemple : Mon voisin passe la tondeuse à l’heure du barbecue dominical.
  2. Identifier et expression le(s) émotion(s) que nous ressentons, par exemple : je me sens en colère et embarrassée.
  3. Identifier et exprimer le(s) besoin(s) à l’origine des sentiments, par exemple : j’ai besoin de quiétude et d’être dans une ambiance agréable quand je reçois du monde.
  4. Formuler une demande à l’autre. Celle-ci doit répondre à différents critères : SMART = Spécifique/concrète, mesurable, acceptable, réaliste et temporellement défini. Elle doit aussi être négociable. Par exemple, « Pourrais-tu passer la tondeuse à un autre moment de la journée qu’entre 12h et 14h le dimanche ? »

Afin de pouvoir entrer en relation avec l’autre, la détection de SES besoins est nécessaire. Il est fort utile de conscientiser que chaque comportement est mu par un besoin (ça ne vous rappelle pas quelque chose dans mon précédent article sur la discipline positive ?). Si nous parvenons à considérer que l’autre use d’un moyen/d’une stratégie pour combler son besoin, nous pouvons sortir de la spirale culpabilisante et accusatrice : « Il fait ça pour m’énerver ! ».

La CNV est un mode d’expression en conscience. Il est optimal de pouvoir

être calme pour s’exprimer, et encore une fois, cela nécessite de l’exercice.

En outre, la CNV demande de sortir du jugement et des présomptions des comportements d’autrui. On présume que ses attitudes répondent à un besoin, mais il est indispensable de questionner l’autre pour

savoir ce qui le meut, et non pas en rester à ses

point de vue

propres suppositions.
La communication reprend tout son sens, puisqu’elle sert à améliorer la compréhension mutuelle, mais aussi son propre fonctionnement.

Je ne sais pas si tu en déjà pris conscience mais, sortir du jugement, implique un changement de vocabulaire.
Pourquoi ?

Simplement parce que notre langue est pavée de notions telles que : bien/mal, normal/original, facile/compliqué, etc. Outre la construction binaire imposée par ce vocable, cela démontre un jugement d’ordre moral. Comme si un ordre avant établi ce qu’il faut penser ou non d’une situation. Et c’est le cas… Presque toutes les sociétés du monde ont été construites avec des bases d’ordres religieux dictant à ses disciples la « bonne » manière de se conduire.

L’intention derrière la mise en évidence de ceci n’est pas de cautionner tous les comportements sans y voir ceux qui sont délétères, mais bien de comprendre comment ils sont apparus chez l’individu… Pour ensuite y apporter une demande/une solution qui résultera de l’échange entre les protagonistes (là aussi, ça devrait vous rappeler quelque chose.. ! 😉 ).

Se débarrasser des attitudes et des propos jugeants implique une restructuration de son espace de pensée. L’objectif n’est pas de vivre au pays des bisounours, mais de prendre en compte la situation/l’attitude plus que de caractériser l’individu en soi.

stratégie

D’ailleurs, cette notion d’intention est primordiale. Lorsque nous rentrons dans un processus de communication, il faut avoir conscience de pourquoi nous décidons de le faire.
Est-ce pour préserver le lien avec l’autre ?

Est-ce pour lui communiquer un inconfort ?

Ou est-ce pour lui dire que ce qu’il pense ne convient pas ?
Tu auras compris que la dernière option peut être vaine. Il est possible (voire même probable) que certaines personnes heurtent ton cadre de vie en exprimant une opinion. Mais si ton intention pour entrer en communication, même en respectant les 4 étapes de la CNV, est celle de lui faire comprendre qu’il pense « faux », alors il y a fort à parier que l’échange ne sera pas fructueux.

Je reviendrai très prochainement sur d’autres aspects de la CNV, pour préciser son fonctionnement et rendre limpide son intérêt majeure dans l’éducation bienveillante. Et ce n’est pas moi qui l’invente, puisque Marshall Rosenberg, le théoricien de cette communication, a milité une bonne partie de sa vie pour faire évoluer le système éducatif.

Si tu as envie de partager une situation que tu estimes difficile à gérer, ou quelconque autre élément à apporter : mets vite un commentaire.

A très bientôt, Lecteur Curieux !