Communication Non-Violente

Comment parvenir à une communication bienveillante? (CNV)

Index des articles – La Communication Non-Violente

 

Dans la continuité logique d’un accompagnement bienveillant des enfants, il est nécessaire de repenser notre communication.
La communication non-violente a été théorisée par Marshall Rosenberg. La perspective qu’il offre par cette forme de communication permet de modifier totalement notre vision du monde.
Et ce n’est pas exagéré.
Cela propose de percevoir les humains comme des individus mus par des sentiments et des besoins afin de réagir en les prenant en compte.

La CNV et son application au quotidien rencontrent toutes les recherches sur les neurosciences affectives concernant l’importance d’un accompagnement bienveillant.

Alors, si tu veux pouvoir appréhender ce type de communication et bénéficier de tous ses apports, je te suggère la lecture de ces articles qui suivent.
Ils décryptent point par point les différents éléments constituant de la CNV, les stratégies de sa mise  en œuvre concrète et des pistes de réflexions pour revoir nos automatismes et conditionnements (tellement nombreux !).

Il y a du beau, au détour du voyage, promis !

cnv-bonnhomme

  • La Communication Non-Violente : Cet article introductif présente ce qu’est la CNV, dans sa globalité, pour comprendre ce qu’elle implique concrètement… au lieu d’être juste un acronyme pompeux !

 

  • L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante) : Cet article décrit et apporte des réflexions concernant le premier stade nécessaire pour communiquer avec bienveillance. Prêter attention aux faits n’est pas une attitude si habituelle, dans notre société de jugement perpétuel. Il n’y a pas que les enfants qui doivent apprendre à distinguer un fait (et pas une « Vérité »), d’une opinion. Et cela fait toute la différence au quotidien. 😉

fact or opinion

 

  • Et si nous revenions à nos besoins ! Voici la troisième étape de l’analyse de nos monde par la CNV, comprendre quels sont les besoins que nous exprimons à travers nos émotions et nos réactions. Prendre conscience de ses propres besoins et de ceux des autres est une étape indispensable afin d’agir de manière éclairée… et débarrassé.e des fausses croyances et des stratégies qui masquent nos réels impératifs !

 

  • « Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »
    Einstein disait (entre autres, bien entendu) « La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose, et d’attendre des résultats différents. »
    Nous avons l’art de dissimuler nos demandes, de les confondre avec des exigences et de ne pas être averti.e sur ces 2 concepts pourtant très distincts.
    Veut-on accompagner ou faire obéir ? Souhaite-t-on attendre qu’autrui devine ce qui te ferait plaisir, ce qui témoignerait de l’amour, ou plutôt devenir acteur de ton propre chemin ?
    Cet article permet de se questionner sur toutes ces questions aussi existentielles que fondamentales… Mais aussi de pouvoir agir pratiquement en ce sens.

 

  • Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie). Oui, il est nécessaire de conscientiser que nos relations dépendent aussi de notre attitude. Lapalissade pour certain.e.s, mais ce n’est pas forcément aisé à assumer. Parfois, nous manquons d’empathie.
    Mais sais-tu exactement ce que c’est et en quoi elle est primordiale pour avoir des relations sereines ? La lecture de cet article permet de démêler le vrai du faux et te donne des pistes pour devenir la personne que tu souhaiterais être.

 

  • La bienveillance, c’est quoi, en fait ? On entend parler de la bienveillance à tour de bras, dans tous les sujets. La bienveillance est revendiquée dans l’éducation, à l’école ou encore entre pairs. C’est optimiste pour le futur !
    Mais au fond, qu’est-ce que la bienveillance ? On en parle sans la définir. Cet article permet d’être au clair avec ce concept. Parce que pour être bienveillant.e avec les enfants, il faut l’être avec soi-même. Tu trouveras des clefs pour devenir celle ou celui que tu souhaites !

 

  • L’adultisme expliqué aux adultes : Terme assez peu connu il y a quelques années, il tend à se populariser (et tant mieux !). Le principe de l’adultisme est de considérer que les adultes savent ce qui est bon pour les enfants et qu’ils peuvent ainsi agir librement sans consentement réel des enfants (et donc ignorer sa qualité d’individu). L’objectif de cet article et de comprendre de quelle manière il est possible d’accompagner les enfants sans (trop) d’adultisme.

 

 

  • Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ? Les mots peuvent blesser… Parfois même ceux qui semblent anodins. Je suis sûre que tu as encore en tête certaines remarques qui t’ont été faites quand tu étais enfant. Comment éviter de reproduire ce problème avec les enfants ? Quels impacts cela peut avoir sur eux ?
    Et d’ailleurs, pourquoi notre vocabulaire influence notre manière de penser ? Tu ne me crois pas ? Rendez-vous dans l’article, tu verras, c’est passionnant !

 

  • Comment faire pour que les autres acceptent mes choix ? Tu commences à parler de tes idéaux parentaux, de tes désirs de grossesse/accouchement et suivi de couche, tu aimerais te plonger dans le maternage proximal dès que ton petit d’humain sera dans tes bras … Et tu te retrouves déjà face à des rabat-joies (au mieux !). Je te propose différentes manières de se faire entendre mais aussi de comprendre pourquoi les gens ont autant de résistances !

 

La manière de parler, nos attitudes, notre rapport au monde sont tant de manifestement de communication. Le principe de « non-violence » passe autant par le verbal que le non-verbal. Je souhaite sincèrement que ces lectures t’ouvriront de belles perspectives !

 

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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Préparer la naissance

Mais qu’est-ce que c’est que ces mots/maux ?

 

Il y a des mots qui blessent et des mots qui caressent.

Parfois, sans le vouloir, les mots engendrent des réactions contraires à la volonté de celui qui les émet.
Parfois, les mots amènent même celui qui les reçoit à se questionner sur son identité…

Et si, tant pour nous-même que pour les autres, on prêtait attention aux mots que l’on utilise ? Si on démasquait nos conditionnements ? Si on (se) permettait plus de liberté en faisant disparaître le poids de certaines expressions ?

Comment et pourquoi ?

C’est dans cet article que cela se passe !

 

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Les bases de la communication

Afin de pouvoir échanger, il y a divers canaux, dont ceux, si pratiques, de la verbalisation et de l’écriture.

Tous les parents savent bien qu’il y a moult démonstrations lorsqu’un bébé exprime ses besoins/désirs par d’autres biais. La communication non-verbale est totale dans les premiers temps de développement des enfants. Ce n’est pas pour rien que, de plus en plus, il est proposé aux enfants de faire des ateliers de bébés signeurs. Cela leur offre la possibilité d’apprendre les rudiments de la langue des signes afin qu’ils puissent s’exprimer avec plus de précisions, avant que le langage verbal ne lui soit accessible (je ferai un article spécifiquement sur le sujet. Pour répondre à la question principale : non, la langue des signes ne retardent pas l’acquisition de la parole : ce fut déjà démontré par Daniels en 1994 dans son article : « The effect of sign language on hearing children’s language development »).

Dès la naissance d’un enfant, il est préférable de lui parler afin d’ancrer l’interaction avec lui. Ensuite, au fur et à mesure, les enfants vont associer la sonorité des mots aux actes et à leur environnement.
La manière dont les mots sont prononcés a un impact sur la manière dont ils sont compris. Les émotions transparaissent clairement dans le ton de la voix et sur le visage de l’émetteur.

C’est comme ça qu’il réagira positivement aux mots doux et de manière craintive/interrogative aux ordres (donnés à un animal, par exemple) voire aux moments de tension.

A la naissance, les bébés ont la capacité de discriminer des sons très proches, une capacité que la plupart des humains perdent rapidement. Ils savent différencier le même phonème, par exemple « la », prononcé par des personnes ayant des langues maternelles différentes, aussi proches soient-elles les unes des autres.
Cependant, au bout de quelques semaines, ils discriminent au fur et à mesure les sonorités émanant de leur(s) langue(s) maternelle(s). Cependant, dès la naissance, ils auront une préférence pour celle(s)-ci, puisqu’ils y auront été exposée(s) durant la grossesse.

L’exposition aux locutions de l’entourage engendre que les enfants acquièrent un vocabulaire spécifique.
Il a déjà été démontré que faire la lecture à des tout-petits les rend coutumiers de la musicalité de la langue et les accompagne dans l’amplification de leur vocabulaire.

Mais, dans quelle mesure la structuration d’une langue et le vocabulaire auront un impact sur la construction des individus ?

 

La structuration du monde en fonction de la langue parlée

Nous voici dans une section qui va aborder la relativité linguistique !

Cela semble ardue, mais en réalité, c’est une notion anthropologique assez simple : « L’hypothèse de la relativité linguistique, c’est-à-dire la proposition selon laquelle la langue que nous parlons influence notre façon de concevoir la réalité, fait partie de la question plus large de savoir comment le langage influence la pensée » (Lucy A. John, 1997).

Cela peut paraître étrange mais… oui, la réalité n’est pas unique. Elle est déterminée par le filtre de nos perceptions. La réalité est aussi peu absolue que « La Vérité ».

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Dans la langue française, nous avons l’habitude de genrer les propos (tu remarques que j’utilise l’écriture inclusive), ce qui amène systématiquement à attirer l’attention ou à masquer le genre des sujets. Cela dénote que le genre a une importance particulière dans les sociétés dont les langues usent de pronoms genrées. Mais surtout, que les enfants doivent apprendre rapidement à discriminer le genre des individus… Mais aussi des animaux et encore plus fort : des objets !
Les anglo-saxons s’arrachent les cheveux avec le français: pourquoi LA chaise et LE canapé ? Pourquoi LA clé alors qu’en Allemand, cette clé est un objet du genre masculin ?
D’ailleurs, quand on y réfléchit, pourquoi les objets ont-ils un genre ? Pour les curieux, voici un article qui retrace cette question : https://fr.babbel.com/fr/magazine/pourquoi-les-mots-ont-ils-un-genre

Pour résumé, et parce que cela fait sens dans le présent article, il s’agit d’une empreinte sociologique et culturelle. Dans différentes langues, dont le Finnois, les pronoms sont neutres. La distinction s’effectue entre ce qui est animé et ce qui ne l’est pas.
Cette distinction semble préexistante à la question du genre dans l’Histoire des langues humaines. C’est surtout avec l’avènement des religions monothéistes, qui ont supplantés les religions animistes, que la question du genre se serait imposée.
En français, alors que les accords de proximité se faisaient habituellement (ex : les hommes et les femmes sont ponctuelles), c’est au XVII ème siècle que l’Abbé Bouhours considéra que c’était un affront à l’homme et que le masculin l’emporterait dorénavant (#égalitécastratrice ?).

Dans une société où le sexisme tente d’être aboli (on n’y est pas encore, je sais !), il semble logique de revenir aux accords de proximité ou d’accepter que la structure du langage évolue. Mais, en majorité, les académiciens ne sont pas de cet avis  et ne démontrent pas de proactivité ni même de reconnaissance vis-à-vis des hypothétiques évolutions de la langue française.

C’est étonnant, quand on sait que les suédois (encore eux !) ont introduit un pronom neutre (« her ») en 1966, afin de désigner « des concepts ou des objets asexués, mais surtout à émanciper le langage d’une vision du genre trop binaire ».

Voilà comment une société décide que la binarité n’est pas le seul cadre de perspective.
Et voilà pourquoi, en francophonie, il est tellement difficile de vivre avec des personnes qui ne se sentent pas résolument homme ou femme, car il n’existe aucun pronom dans notre langue pour les désigner.

Plus étonnant, une étude menée en 1980 avait démontré que les enfants parlant hébreu (dans cette langue, l’importance du genre des mots et des personnes est d’importance pour la grammaire, comme en français) avait une conscience de leur propre genre un an plus tôt que les finnois, dont la langue comporte des pronoms neutres et une distinction animé/inanimé, comme dit précédemment.
Autre fait étonnant : les enfants s’exprimant dans une langue dont les objets et les animaux n’ont pas de genre n’auront pas de confusion d’espèce, par exemple en croyant que LA grenouille serait la femelle du crapaud.
C’est un premier exemple de l’impact de notre langue dans la structuration de notre esprit.

Il en existe bien d’autres, comme la description des couleurs, par exemple.
Il semble parfois difficile pour un jeune enfant de rassembler les éléments bleus présents dans une pièce. En tant qu’adulte, nous avons appris que la catégorie « bleu » regroupe toutes les nuances. Mais pour les enfants, un bleu roi et un bleu turquoise ne sont pas dans la même catégorie, étant donné leur différence notable.
Les russes ont deux mots pour différencier les teintes de bleu… et cela les rend plus rapides dans la distinction des nuances de cette couleur.
De la même manière, certains peuples sibériens recourent à une trentaine de qualificatifs concernant la neige (forcément, à force dans les pieds, que dis-je, les jambes dedans !) alors qu’en français, nous n’avons que quelques mots tels que « poudreuse », « fraîche », « tassée », …

Ces différences dans les langues peuvent sembler anodines, cependant, elles se disséminent dans l’ensemble notre langage.  Elles ont ainsi un impact dans la perception de notre monde et de la formation de nos opinions.

Je reprends l’exemple fournit par David Louarpe, rédacteur de Sciences Étonnantes , concernant l’influence de la langue sur la perception de la culpabilité d’autrui.
En français, lorsqu’un verre échappe des mains à un individu (un accident donc), nous dirons aisément « Untel a fait tomber le verre », alors qu’en espagnol, il est courant d’utiliser une forme passive : « Le verre s’est brisé ». Puisque n’est un accident, il n’y a pas de mise en exergue d’un coupable de l’action.

 

Ok, tu vas me dire que la grammaire d’une langue à un impact… Mais quoi ? On a bien chacun une langue maternelle et/ou usuelle, on ne peut pas se confondre en néologismes et bouleversements arbitraires de la syntaxe.
Mais admets déjà que c’est un fameux changement de perspective de savoir que notre langue place d’ores et déjà un filtre face à nos perceptions.
Alors, quels autres filtres et conditionnements existent-ils et sur lesquels il est possible d’agir concrètement, dans notre manière de communiquer verbalement ?
J’en arrive au point principal de l’article : le vocabulaire auquel sont exposés les individus, dont les enfants !

 

Et si les mots n’étaient pas juste des mots ?

On l’a vu précédemment, la structure d’une langue et le vocabulaire impacte la perception du monde et la formation des opinions.

Mais si certains mots comportaient, intrinsèquement (considérant toujours l’ancrage culturel dont il est impossible de se défaire totalement), un signifiant ayant un impact sur la personne à qui ils sont adressés.

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Lors que nous nommons les différentes composantes de notre environnement, nous regroupons les singularités sous un terme commun. Nous catégorisons de manière à ordonner notre perception.
« Les nuages » rassemblent autant les cumulus, les stratus que les cirrus (merci wikipédia !). Cela vaut pour le terme mammifère qui conceptualise le fonctionnement reproducteur d’espèces aussi distinctes que les baleines, les ours et les humains !

Les mots sont ainsi plus des concepts que la volonté de prendre en compte la singularité de chaque élément. Et tant mieux, sinon nous prendrions beaucoup de temps  et nous mobiliserions une grande énergie intellectuelle pour nous exprimer si ce n’était pas le cas.
Te vois-tu détailler précisément l’espèce et de la teinte de la plante que ton ou ta conjoint.e doit arroser en ton absence ?

Cependant cela dénote que la langue ordonne le monde selon une taxinomie   conceptuelle.
Selon Bergson, les mots sont des étiquettes apposées sur les choses singulières. Pour citer cet article du Monde : « sans même que nous nous en rendions compte, notre langage classe, trie, distingue, rassemble, bref, ordonne le réel pour en faire un monde, si tant est que le monde (tout comme le cosmos grec), c’est précisément ce qui est beau parce qu’ordonné et non chaotique. Or ces catégories, c’est bien le langage et lui seul qui les institue : loin d’être tirées du monde, ce sont elles qui lui donnent sa forme et sa consistance. Cette convention ne nous semble naturelle que parce qu’elle est première, et exactement aussi vieille que notre monde, puisque c’est par elle que nous y venons ».

Quelques arguments qui font réfléchir intensément sur l’utilisation du langage… et surtout aux mots que l’on utilise avec les enfants.
Cela laisse à penser combien il est nécessaire d’enrichir le vocabulaire des enfants grâce à la lecture, à l’exposition aux évènements culturels mais aussi, et simplement, par la façon dont on s’adresse à eux !
Il n’est pas rare qu’un mot ait des synonymes. Souvent proche, mais pas forcément interchangeables.
Ce sont ces nuances qui vont permettre aux enfants d’élaborer une perception du monde plus fine. Un lapin n’est pas un lièvre.
Un sanglier n’est pas un cochon sauvage.
« Il pleut » n’est pas faux quand il bruine ou quand il « drache » pour les belges, mais cela dénote d’une réalité météorologique totalement différente.

Dès le plus jeune âge, il est possible d’étendre le champ lexical des enfants. Cela demande simplement que l’on surveille un peu sa façon de parler et, qui sait, d’avoir un vocabulaire un peu plus détaillé voire soutenu.

 

Caractériser le comportement des enfants

J’en arrive aux points sensibles de l’article… l’impact des mots sur la construction de soi.

Je suis certaine que tu as en mémoire la façon dont tes proches pouvaient te définir plus jeune : « c’est une enfance sage ! », « Elle est casse-cou ! », « C’est un Monsieur-Je-Sais-Tout ! », « Oh ! Tu fais ta timide ! », etc.
Quelle impression cela a créé en toi ?

mug monsieur madame
PS: Non, ce n’est pas une idée de cadeau!

Partie storytelling, j’étais l’enfant « bavarde, qui démonte tout, bruyante et menteuse.
Je me suis construite avec ces mots. TOUS mes bulletins de la maternelle à ma dernière année d’école secondaire (lycée) contenaient la même remarque : « Élève sans difficulté mais qui est bien trop bavarde ! ».
Encore aujourd’hui, j’aime parler. NON, en fait, j’ai BESOIN de parler, d’échanger, de communiquer. Le silence doit avoir un sens, sinon, cela me met mal à l’aise.
En classes, je m’ennuyais fermement. Ceci explique cela.

Pour l’aspect du mensonge, j’y consacrerai aussi un article explicatif, mais en somme : oui, comme tous les enfants vers 3 ans, j’ai commencé à raconter des histoires.
Je racontais, semble-t-il puisque ma mémoire me fait défaut, que ma mère m’avait donné des biberons froids (comble de la maltraitance dans l’esprit d’une enfant de 3 ans !) et que mon père était buveur (comble de l’horreur, déjà à cette époque-là !).
Il semble que mes histoires furent racontées avec tant d’aplomb et sans ciller, que cela décontenançait énormément mes proches… Qui me qualifièrent alors de « celle qui ment comme elle respire ». J’étais imaginative et manifestement, cela n’était pas toujours perçu comme une qualité.

Il s’avère qu’encore aujourd’hui, je suis susceptible de m’échapper de situations ou de trouver des excuses avec une facilité déconcertante. Cette capacité m’a constamment renforcée dans cette croyance que je suis « une bonne menteuse ». Alors que, soyons honnête, ce n’est pas un qualificatif valorisant…
Mon éthique personnelle m’interdit de mentir, mais toutes les vérités ne sont pas utiles à dire, n’est-ce pas ?

C’est étonnant que des caractéristiques d’une enfant se soient prolongées dans le temps de manière aussi intense. Tu pourrais te dire que mes proches étaient perspicaces et qu’ils ont ciblé très tôt ma personnalité…
Mais il y a une autre hypothèse bien étayée : il est probable que le fait qu’on m’ait attribué ces étiquettes m’ait conduite vers l’adoption de ces dites attitudes.
Cela s’appelle l’effet Pygmalion (théorisé par Rosenthal et Jacobson en 1968) : c’est le phénomène selon lequel les attentes d’autrui (parents, professeurs) affectent les performances et/ou l’attitude d’une autre personne (les enfants, les élèves, les étudiants).

Voici le principe en schéma :

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Dans leur expérience, elles mirent en scène un « test d’épanouissement intellectuel » que devait passer les élèves en début d’année scolaire. Ce test aurait permis de prédire le développement intellectuel des enfants. Les tests furent corrigés et les résultats mis à la disposition des professeurs.
Il s’avère que ces derniers étaient truqués et que cela servit juste la mise en scène expérimentale : elles classèrent les enfants en 2 groupes : les enfants « standards », 80% des effectifs, et ceux « à potentiel » représentant les 20% restant. Les enfants furent répartis dans chaque groupe de manière aléatoire.

Le fait d’avoir un groupe d’enfants « à potentiel » engendre, chez les professeurs, des attentes positives à leurs égards.
Afin de tester l’effet de leurs attentes, les enfants furent soumis à un test de QI à plusieurs reprises après le début de l’expérience (+4 mois, +8 mois, +20 mois… Oui, le biais d’analyse test-retest n’était pas pris en compte à l’époque. D’ailleurs, il a été questionné depuis, mais il s’avère que les résultats obtenus sont tout de même valides dans une large mesure).  Les chercheuses prises également en compte les évaluations quotidiennes effectuées par les professeurs.

Seulement 4 mois après le début de l’expérience, les enfants du groupe « à potentiel » avaient un QI plus élevé que la moyenne des autres enfants.
A partir de 8 mois, il y a entre 10 et 15 points de QI d’écart entre les enfants « à potentiel » et les autres (en sachant qu’on considère qu’un QI Standard =  100).
En outre, les évaluations des enseignant.e.s étaient plus positives pour les enfants « à potentiel ».

Cela démontre donc que les attentes positives  (et cela fut étendu aux attentes négatives par d’autres chercheu.r.se.s) engendrent une évaluation plus clémentes de la part des professeur.e.s mais aussi, que le QI de ces enfants est influencé favorablement !

Comment est-ce possible ?

D’abord, il s’agit de phénomènes qui dépassent la sphère consciente : les enseignant.e.s ont sans doute eu des comportements plus positifs envers les élèves prédits « à potentiel », comme des sourires, des encouragements, etc. Inconsciemment, ils auraient été plus attentifs à leurs apprentissages qu’à ceux des autres. Enfin, comme ils s’attendaient à ce que ces élèves-là aient des compétences particulières, leurs évaluations en furent impactées.

 

L’effet Pygmalion explique combien il peut être délétère de coller des étiquettes aux enfants. Ce sont souvent les attitudes jugées comme négatives par les adultes qui finissent comme étiquettes, et rarement les éléments positifs.
Tu comprends dès lors pourquoi dire à son enfant : « Tu es insolent.e/méchant.e/pénible/… »  n’aura pas d’effet positif à long terme. Bien au contraire, elle ou il pourrait intérioriser ce qualificatif et se conformer aux attitudes qui l’accompagne.

De plus, si tu entretiens dans ta pensée que ton enfant est pénible, violent, ou autre, tu auras de plus en plus de mal à te comporter d’une manière affectueuse… et cela, tout à fait inconsciemment ! C’est un cercle vicieux qui s’installe. Et personne n’en ressort heureux.

Au lieu de dire : « Mais qu’est-ce que tu es pénible ! », tu pourrais évoquer combien son attitude t’indispose par : « Je ne tolère pas que tu aies ce comportement ! ».

Enfin, les mots prononcés par les proches peuvent résonner longtemps au creux de l’oreille et avoir un impact sur l’estime de soi.
Si des qualificatifs négatifs clouent au fur et à mesure la confiance en soi des enfants (eh oui, comme veux-tu construire une belle image de toi à coup de « tu es infernale : bavarde, casse-cou et insolente ! », il s’avère que les caractéristiques perçues comme positives au premier abord ont, elles aussi, des incidences non négligeables.

« Tu n’es quand même pas stupide ! », « Tu es trop intelligente pour agir comme ça », « Mais enfin, fais un effort, je sais que tu peux le faire ! », etc.
Toutes ces phrases, qui semblent mettre en exergue la certitude du parent quant aux capacités intellectuelles de leur enfant, sont des manifestations claires pour l’enfant qui les reçoit qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Les attentes positives peuvent, certes,  s’avérer plus favorables à long terme que des insultes, mais pas plus soutenantes pour sa confiance en soi.
Chaque échec ou expérience ne se déroulant pas comme prévu est alors soumise au jugement du « si j’avais été vraiment intelligent.e, cela ne serait pas arrivé ! ».
Un peu comme rien de profitable n’arrive derrière « Je ne suis pas raciste mais… », peu de qualificatifs sont bénéfiques après « tu es… » !

Afin d’accompagner les enfants dans la bienveillance et le respect de leur individualité, le principe est de revenir sur le comportement et non se fixer sur une perception de pseudo-personnalité.

 

Les jugements de valeurs de nos expressions

« C’est bien ! »

« Tu es grande, maintenant ! »

« Tu fais le bébé ? »

« Aller, mange ! C’est bon ! »

« C’est vraiment moche, ce vêtement ! »

Probablement, tu vas te reconnaître dans certaines de ces expressions (et moi aussi, parfois !). Tu dois te demander pourquoi je questionne le fait qu’on y ait recours…

Lorsqu’on s’exprime comme cela, cela met en évidence un jugement de valeur de la part du locutrice/locuteur.
Alors, évidemment, nous avons bien le droit d’avoir un avis sur les choses qui nous entourent.
Nous avons la possibilité de se lamenter sur la bêtise du voisin de droite, le comportement de la voisine de gauche, les choix de vêtements de nos proches ou encore le comportement indécent de telle ou l’autre personne…

Souvent, les phrases qui nous servent à exprimer cela sont courtes et incisives : « C’est moche ! » ; « Quel idiot ! », « Il est vraiment pénible ! », etc.

Mais qu’en retire-t-on vraiment ?
Qu’apportent dans nos vies ces jugements de valeur ?
Nous rendent-ils plus serein.e ou heureu.x.se ?

fact or opinion
« Fait ou Opinion: aide les enfants à déterminer si les phrases sont des faits ou des opinions! »

Les jugements de valeur formulés de telle façon sont des raccourcis de ce que contient notre esprit.
Et comme tous les résumés, ils perdent en détails.
Le problème est alors de se satisfaire de ce type de réflexion puisque cela empêche d’aller plus loin pour questionner ce qui plaît ou indispose dans une situation, par exemple.

Prenons une situation classique : le repas. Lorsqu’un met t’est servi, tu vas dire ce qu’il provoque chez toi. La plupart du temps, il s’agira de contentement ou d’insatisfaction formulé assez brièvement.
Mais cela ne précise en rien ce qui te plaît ou te déplaît dans le plat en question.
Ne serait-il pas plus appréciable pour celui qui se soumet aux jugements des goûteurs de savoir exactement ce qui est apprécié (ou pas) ?

En lieu et place de « C’est très bon ! » ou « Je n’aime pas ! », pourquoi ne pas spécifier : « j’aime beaucoup le mélange des saveurs et des textures ! » ou « A  mon goût, cela manque d’épices/cuisson/…. ».
La personne se sent dès lors moins jugée dans sa globalité et peut alors saisir le point précis de ce qui déclenche l’opinion.

Ce type de réflexions vaut aussi pour la relation avec les enfants. Il est profitable de leur permettre d’être des individus à part entière, il est préférable de spécifier ce qui nous fait réagir. Encore une fois, comme je l’ai précisé dans mon article « les récompenses, une fausse bonne idée ! », il vaut mieux s’orienter sur la description que sur les jugements de valeur.

« Je suis fièr.e de te voir monter ces escaliers ! »
« Je suis heureuse de te voir t’amuser avec ce jeu ! »
« Je vois que tu as du mal à être calme et j’ai du mal à recevoir tes émotions maintenant ! »

Ces réponses ne paraissent pas spontanées. Et je le conçois complètement !
Nous avons des automatismes bien ancrés. Le principe est de faire évoluer ceux-ci tout au long du cheminement qu’implique l’accompagnement des enfants vers leur épanouissement (et le nôtre simultanément !).
Donc, plus tu vas user de ce type de réflexion et de réactions, plus elles te viendront naturellement. C’est comme tout dans la vie, cela s’exerce !

Enfin, concernant l’expression même des jugements de valeurs, dans certains cas, il faudrait se questionner sur l’intérêt même de les exprimer…
Je pense souvent au principe de la passoire de Socrate :

Même si dans le quotidien, il ne s’agit pas de rumeurs, est-il vraiment utile d’exprimer ses opinions brèves, constamment ?
Parfois, il est bien intéressant de les garder pour soi et d’observer ce qui les déterminent en nous-même.
Cela permet d’apprendre beaucoup sur notre propre fonctionnement, des préjugés et des réactions automatiques qui nous habitent. Cela vaut d’ailleurs pour quasiment tout ce que nous prononçons. Dans une large mesure, nous pourrions faire passer davantage de messages bienveillants et positifs en décidant de revoir le lexique qui les composent.
« C’est une tuerie ! », pour évoquer quelque chose de très bon, peut être adapté en « Quelle explosion de saveurs ! ».

A côté de cela, il y a la possibilité (impératif dans mon cas !) d’avoir des ami.e.s ou des groupes de discussions sur facebook (par exemple) qui permettent de se mettre en mode « défouloir » !
L’objectif de ces moments est de libérer les tensions, de ne plus réfléchir à ce qu’on dit, de se défouler mentalement… Afin de pouvoir agir avec bienveillance le reste du temps !
#médisanceorganisée

 

Les surnoms, on en fait quoi ?

C’est un autre point sensible !
Je crois que la plupart des parents donnent des petits noms doux à leurs enfants, et ce, dès leur naissance : « Ma puce », « mon petit cœur », « ma princesse », « mon roudoudou », « chérinette », « mignonnette », « Blondinette », « amour de ma vie », « ma grande », « pipelette », etc.

Tu sais quoi, je plaide coupable ! Grandi avec une panoplie de surnoms, je reproduis ça allégrement… MAIS…

Je n’utilise que peu les pronoms possessifs, mal à l’aise avec l’idée de possession d’un être humain par rapport à un autre (même si je suis très fière qu’Elle soit ma fille !).
Cela dit, je remarque tout de même que je ressens une grande tendresse de la part de mes parents quand ils précèdent mon diminutif. Je suis heureuse que par ce petit mot, ils me signifient mon appartenance à notre famille.
Cette marque de reconnaissance est importante pour moi, dans l’histoire de vie qui est la mienne, par rapport à mes parents avec qui j’ai des relations agréables. Quelqu’un.e qui aurait des interactions tendues pourrait percevoir cette marque de possession comme une bride à sa liberté et un rappel à un environnement qui ne lui convient pas.
Tout est affaire de contexte et de perception personnelle !

Ensuite, j’évite radicalement les surnoms faisait référence à son âge, son intégrité psychologique, son statut de bébé (ok, j’ai du mal parfois à zapper le « bébé d’amour ! »… Mais ma mère m’appelle toujours comme ça, autant dire que je l’ai dans la tête !), à son genre ou encore à une caractéristique physique ou prétendument caractérielle.

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Pourquoi toutes ces restrictions ?

Parce que j’estime qu’elle a le droit de grandir sans avoir à être confrontée à un jugement de valeur clair puisqu’il s’agit d’une manière de la nommer.
Je ne sais pas comment elle vivra, à l’avenir, son rapport à son corps, et je ne souhaite pas l’impacter via des mots qui ne sont pas anodins comme « petit bidon rond », « joufflue », et d’autres parfois moins « mignons ».

Je ne sais pas non plus si elle vivra son identité de genre de manière à ce qu’elle corresponde au genre qui lui a été assigné à la naissance. C’est une fille, physiologiquement. Mais je ne suis absolument pas si elle se sentira fille ou si elle se sentira comme dans le « mauvais corps », ou bien si elle se définira comme non-binaire.
Dès lors, je ne compte pas lui compliquer la vie en l’affublant de surnom qui lui impose une identité de genre.

Ensuite, je n’utilise pas de qualificatif de son comportement, pour les moult raisons décrites ci-dessus : un comportement est davantage parlant qu’un caractère présumé… Je suis toujours étonnée d’entendre des parents appeler leur enfant « Mon petit râleur ».
Cela formule clairement la perception que les parents ont de leur enfant en général (et non plus juste exceptionnellement quand une attitude survient). Cela déclenche en cascade l’effet Pygmalion expliqué précédemment. Déjà affublé du surnom de « râleur », les parents s’attendent alors que leur enfant grommèle plus que le feraient les autres.  Cela engendre que l’attitude de cet enfant s’y conforme…
C’est un cercle vicieux en bonne et due forme.

Il en va de même avec les surnoms reprenant le nom d’une espèce animale. Si certains véhiculent des caractéristiques plutôt agréables (« chaton », « mon lapin », « ma grenouille »), d’autres sont bien moins valorisants (« mon crapaud », « petit veau », « petite pie »).
Outre le fait que cela part de l’imaginaire collectif par rapport à ces animaux-là, les enfants peuvent intérioriser le fait qu’ils auraient, eux-aussi, les caractéristiques négatives sous-entendues par l’espèce.

Enfin, il est nécessaire de prêter attention au recours que l’on fait des surnoms.
Souvent, les surnoms doux sont évoqués lorsque l’ambiance est bonne et détendue. Dès lors qu’une situation déstabilisante, le prénom est utilisé !
Qu’en est-il alors, dans l’imaginaire des enfants, du rapport entre démonstration d’amour et l’aspect conditionnel de celui-ci ?
Les enfants peuvent croire que dans les situations où le.s parent.s ne recourent pas à leur surnom doux, l’amour qu’ils leur portent est amoindri.
Dès lors, n’hésite pas à avoir des explications sur situations problématique/sérieuses en utilisant son surnom et aussi à l’appeler au quotidien par son prénom. De cette manière, lorsque les enfants entendront leur prénom, ils ne suspecteront pas un moment manquant de gaité !

Je ne sais pas toi, mais pour moi, mon prénom énoncé en entier me met toujours mal à l’aise. Je crois toujours qu’une information d’importance/grave va être évoquée, ou alors que c’est quelqu’un qui ne me connait ni d’Eve ni d’Adam qui m’interpelle. Comme quoi, ça laisse des marques !

Je tiens à préciser que, par le présent article, je ne souhaite pas propager l’idée qu’il ne faut plus utiliser de surnoms pour les enfants.
Il s’agit de conscientiser nos propos et de pouvoir réfléchir sur ces habitudes ancrées. Ces dernières peuvent être modifiées si nous nous rendons compte qu’elles peuvent être délétères. Les automatismes ne sont pas des fatalités. L’humain est doté d’une plasticité neuronale https://www.futura-sciences.com/sante/definitions/corps-humain-plasticite-cerebrale-15833/  incroyable qui permet de transformer nos compétences tout au long de la vie.

 

L’auto-observation comme outils d’accompagnement des enfants

Oui, on pourrait le mettre à toutes les sauces et pour tous les sujets. Observer la manière dont on réagit, comme si on était spectateur de soi-même, c’est le début de la remise en question et donc, du changement.
Mais c’est bien en s’auto-observant dans nos réactions et nos réflexions que l’on apprend de nous-même. Et cela sera le cas tout au long de notre vie.
Nous n’aurons jamais fini d’apprendre, c’est grâce à cela que la vie peut être passionnante et que nous pouvons évoluer !

Les précautions concernant le champ lexical sont d’autant plus importantes dans les premières années de vie des enfants.
C’est durant celles-ci qu’ils assimilent la syntaxe de sa/ses langue(s) maternelle(s), qu’il peut développer très rapidement une richesse de vocabulaire incroyable et, surtout, qu’il construit son rapport au monde (qui passe par les mots, comme je l’ai démontré largement).
En outre, les expressions ou surnoms faisant référence à du second degré n’a aucune plus-value pour un enfant de moins de 6 ou 7 ans. Jusqu’à cet âge-là, les enfants n’ont pas ou très peu accès à cette forme de (auto)dérision.
Je paraphrase Jane Nelsen (autrice de « la discipline positive », dont j’ai décrit l’ouvrage ici) : Les enfants comprennent tout, mais interprètent avec leur propre degré de développement cognitif et émotionnel.
Ils sont susceptibles de développer des croyances qui ne sont pas du tout dans les intentions initiales du/des parent(s). Mais leur croyances sont difficiles à déloger et peuvent leur causer de lourds questionnements existentiels : « Ma mère ne m’aime pas quand je fais ceci ou cela », « Mon père pense que je suis gros ! », « Je suis quelqu’un de méchant/insolent et mes parents ne m’aiment pas à cause de ça ! », etc.

Il peut suffire de conscientiser certaines actions pour s’engager sur une voie de recherche d’alternatives qui correspondent mieux à ce que nous voulons partager avec nos proches !

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« Va en avant et n’arrête jamais! »

J’espère que cette lecture aura pu soulever quelques éléments qui résonnent en toi.

Passe de belles fêtes de fin d’année, Lectrice/Lecteur Curieux !

A bientôt, en 2019, pour le prochain article !

 

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Raisons et usages des « limites » éducatives : self-help aux parents !

Il est extrêmement fréquent d’entendre dans la plupart des « bons » conseils éducatifs qu’il est impératif de donner des limites claires  aux enfants.
Ces limites sont présentées comme étant sécurisantes et indispensables au bon développement psychologique des enfants.

Je « souris » souvent quand je lis les plaidoyers de certains sur l’utilité fondamentale des limites pour structurer l’enfant… Ils en vantent les mérites, cependant aucune notion concrète en explique leurs aspects sécurisants.

« Il faut un cadre ! ». Oui, mais pourquoi ?

En fait, ce qui plane au-dessus de l’absence de limites, c’est le laxisme.
Alors… Que faire avec ses enfants et comment ?

Il est primordial de comprendre que les enfants ne sont pas des êtres débordants et qui cherchent à gagner « du terrain » sur la liberté des parents.
Cela peut sembler étonnant,  mais c’est le principe qui sous-tend la crainte de la plupart des parents : se faire déborder par un enfant-roi !
Donc, cela sous-entend qu’il est nécessaire de cadrer les enfants afin d’éviter de verser dans ces difficultés. Certains iront jusqu’à affirmer avec foi que la frustration est indispensable car « On n’obtient pas tout ce qu’on veut dans la vie ! ». Si cette question te taraude, je t’invite à lire cet article spécialement dédié à la frustration de l’enfant.

 

En préalable, il est utile de définir la notion de laxisme, puisque c’est ce que l’on souhaite éviter ! Qui est donc cet « ennemi » ?
« C’est l’attitude de quelqu’un qui est excessivement indulgent, tolérant ».
Dans le cadre de l’éducation, le laxisme, c’est surtout ce que les parents ne veulent pas être … sans savoir exactement ce que cela induit.
De plus, cette qualification de « parents laxistes »  est souvent attribuée par l’extérieur comme les ami.e.s et la famille.
Ces personnes basent souvent leur sentence sur une perception adultiste de l’enfance.
Selon une large part de la société, les parents doivent avoir de l’autorité sur leurs enfants. Les enfants seraient censés obéir, se soumettre aux volontés parentales et surtout, respecter les règles édictées puisqu’elles le sont pour leur bien.

Outre la perception adultiste, il est nécessaire de détailler réellement ce que contient le laxisme éducatif.
Il s’agit de parents qui ont perdu de vue les besoins de leurs enfants, surtout en termes relationnels soit par dépit soit par ignorance. Les parents ne parviennent plus à accompagner les enfants.
Le laxisme, à l’extrême, c’est le parent « démissionnaire ».
Par exemple, certains parents ne différencient pas les besoins des envies. Que se passe-t-il pour un enfant qui réclame frénétiquement des bonbons ou qui souhaite constamment regarder la télévision ?
Certains, souvent en difficultés et privés d’alternatives qu’ils jugent accessibles, cèdent à toutes les demandes des enfants de manière à s’assurer qu’ils semblent comblés.
Ces parents peuvent soit être désinvestis de leur rôle parental ou alors agir dans la crainte de perdre l’amour de leur enfant.

C’est à ce niveau-là que la plupart des professionnels de la petite enfance vont s’alarmer en disant que la frustration est nécessaire et qu’il est indispensable de dire « NON ! » de manière suffisante.
J’aborde les aspects concernant l’utilité de la frustration dans cet article, déjà suggéré plus haut.
Mais en s’opposant univoquement aux demandes/comportements des enfants, les parents passent à côté des besoins exprimés par diverses stratégies… tout comme ils passent à côté en accordant toutes les envies passagères. Ils sont confrontés seuls à leurs émotions et à tous les tourments d’enfant au lieu d’être accompagnés et compris réellement.
Tant lorsque les enfants sont confrontés à des murs que lorsqu’ils sont confrontés à du vide, ils ne peuvent plus évoluer dans un environnement « sécure », c’est-à-dire qui comble leurs besoins dont ceux d’attachement et sa confiance afin d’explorer sereinement.

Lorsqu’un parent met une limite au comportement de son enfant (et non pas des « limites à un enfant »), il affirme que son comportement ne convient pas dans le cadre actuel mais qu’il l’aime totalement malgré cela.
Il faut néanmoins ne pas tomber dans le « je fais ça pour son bien ! », car si cela vaut pour certaines choses, cela ne vaut pas pour tout, loin s’en faut !

 

Mais alors, quelles sont les règles/limites qui sont nécessaires pour les enfants … mais aussi pour les parents ?

Faut-il poser des limites, simplement ?

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Les limites ou des règles poreuses ?

Les limites représentent les frontières que les parents ne veulent pas que les enfants franchissent.
Je rejoins Catherine Dumonteuil-Kremer qui estime qu’il vaut mieux parler de règles plutôt que de limites. Les limites, à l’instar des frontières territoriales, sont ancrées et immuables (ou souvent issue de conflits entre États). Les règles, quant à elles, peuvent être repoussées et négociées avec l’ensemble des membres de la famille.

Parce qu’il faut être honnête, les règles ou les limites sont tout à fait personnelles au contexte.
Certains enfants auront le droit de crapahuter sur le canapé, alors que ça hérisse les poils ailleurs.
Une famille peut accepter que son enfant se serve à boire et à manger seul, alors que d’autres refuseront catégoriquement.
Au départ, on peut penser « Non, mon enfant ne sera pas autorisé à grimper sur le canapé ni se servir. »
Bien.
Mais pourquoi ne pas nous questionner intérieure sur ce qui fait infléchir ces décisions ?
Pourquoi sommes-nous parfois aussi radicaux dans certaines «limites » ?

Une piste de réponse se situe dans la « mémoire traumatique ». Nous même, en tant qu’enfant, nous avons été exposés à des situations où l’on nous a opposé des règles.
Sans forcément en avoir conscience, nous avons tendance à répéter celles-ci, juste avec la justification « Cela ne se fait pas ! ».
Petit gag : à une autre époque, cela ne se faisait pas, pour une femme, de porter des pantalons et d’avoir un compte en banque. Heureusement que la société a su se remettre en question !

C’est pour cette raison qu’il est indispensable que les parents puissent rechercher par introspection ce qui les pousse à réagir de façon automatique. (Spoiler Alert : Mon prochain article sera d’ailleurs dédié à cela : comment se connaître pour mieux accompagner les enfants.)

Il y a plusieurs motifs des règles édictées par les parents : la perception de leurs enfants, de leur environnement (les règles peuvent parfois être durcies dans un lieu hors de la maison) mais aussi de leurs propres besoins.
Or, souvent, ce dernier point est négligé.  Faute d’habitude, les parents ne parviennent plus à écouter leurs besoins réels.
Les règles sont imposées lorsqu’une attitude dérange… Mais justement, que dérange-t-elle ?
La plupart du temps, nos réactions sont mues par nos besoins. Pour faire le point sur ce que représentent clairement les besoins, je t’invite à lire cet article.

Il faut être honnête, je suis certaine que ta tolérance est clairement liée à ton état émotionnel, de fatigue voire même de faim !
Il est bien plus difficile d’être empathique et bienveillant quand nos propres besoins ne sont pas comblés.

Tu crois peut-être que pour certaines règles, « Cela va sans dire ».
Non, RIEN ne va sans dire, pour personne… Et encore moins pour les enfants !
Alors n’hésite pas à les exprimer, ces besoins. Pour ce faire, je ne peux que t’inviter à te renseigner sur la communication non-violente qui est un trésor d’optimisme et de baume au cœur… Raison pour laquelle tu trouveras quelques articles sur le blog dans la catégorie correspondante.

Une chose est sûre, les règles ne sont pas un moyen d’exercer de l’autorité sur les enfants, et d’agir « pour leur bien » sans réfléchir au bien-fondé réel de l’intervention des adultes.
Il n’y a plus d’enfants qui désobéissent s’ils n’y a plus de parents qui attendent de la soumission.

point de vue

 

OK, des règles, mais comment ?

 « Un vendre vide n’a pas d’oreille ! »

« Qui dort, dîne ! »

« Un « tiens » vaut mieux que deux « « tu l’auras » ».

« Les câlins ont été inventés pour montrer aux personnes que tu les aimes sans avoir à dire quoi que ce soit. »

Pourquoi ces proverbes ?
Parce que chacun d’eux fait référence à un besoin de base des humains !
Avant de vouloir fixer des règles, il est indispensable de se questionner sur ce qui peut motiver les enfants à agir de manière à nous faire réagir.
Est-ce la fatigue ? La faim ? Le besoin de proximité ? Les besoins relationnels ?

Parce qu’il est absolument nécessaire de garder en mémoire que les besoins de contact/de proximité/relationnels sont des besoins de base !
Les enfants ont besoin de temps de qualité avec leurs référent.e.s.
Il s’agit d’un des besoins les plus malmenés par notre rythme de vie effréné ! Nous avons de multiples tâches à gérer simultanément. Les journées semblent toujours trop courtes…
En réalité, dans le cadre d’une vie active à temps plein, il est difficile de trouver le temps d’être parent auprès des enfants.
Il n’est pas rare qu’on passe du temps « avec les enfants », mais sans réellement « être présent.e aux enfants ».
En plus de cela, les smartphones kidnappent régulièrement l’attention, si on ne décide pas de les laisser choir temporairement.

Dès lors, les enfants en manque de leurs parents, surtout après des journées chargées tant physiquement qu’émotionnellement, peuvent recourir à diverses stratégies pour attirer/conserver leur attention.
Ces attitudes peuvent être agréables mais pas toujours. Les enfants sont susceptibles de demander de l’attention en cherchant tout ce qui fait réagir les parents.

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J’en viens aux différents types de règles qui régissent l’ensemble de nos vies. Ce n’est pas exhaustif, mais cela donne une idée de nos fonctionnements habituels.

Bien sûr, il y a des règles de sécurité : ne pas monter sur la balustrade du balcon, ne pas ouvrir le gaz, ne pas jouer avec les couteaux, ne pas approcher la porte du four, s’attacher en voiture ou encore tenir la main quand nous sommes dehors.
Pour la plupart de ces éléments, la règle ne suffit pas. Il faut sécuriser afin que des moyens physiques gardent les enfants en sécurité.
Concernant la sécurité en voiture ou dehors, il est nécessaire de les sensibiliser aux raisons profondes qui engendrent les demandes et de les faire participer activement.
Il est possible de leur demander de s’attacher eux-mêmes, de placer des jouets sur la ceinture et d’avoir le rôle de « surveillant.e de la sécurité à bord ».
Lorsque l’on marche dehors, il faut observer les comportements des enfants. Est-ce nécessaire de donner la main (et confortable quand ils sont petits, avec le bras en extension ?). Est-il possible de tenir un intermédiaire (une peluche, une écharpe, …) ? Est-il possible d’aménager le trajet avec de jeux, de manière à captiver l’attention des enfants sur les amusements ainsi créés ?

Oui, cela demande plus d’attention et de créativité. Cela demande que les parents soient présents totalement à leurs enfants ! Mais la plupart du temps, ceux-ci ne sont en attente que de cela, et c’est moins énergivore que de répéter sans cesse des interdits et de finir par se fâcher (sans compter que cela dégage une énergie bien plus négative !).

Concernant les règles sociales, il est possible de questionner cela en famille, tout au long de l’évolution des enfants.
Il est nécessaire de mettre à plat ce que tu souhaites transmettre comme valeur à ton/tes enfants. Ensuite, il est utile de rechercher les méthodes par lesquelles tu peux y parvenir.
Exemples concrets : tu aimerais que ton enfant mange et aille se laver les mains ensuite avant de mettre ses jolies mains poisseuses sur les baies vitrées.
C’est légitime.
Certains parents laisseraient couler… ils ont un chien, alors essuyer une trace en plus celles de la truffe du chien… Aucune importance !
Mais pour toi, cela a du sens. Tu as besoin d’ordre, de propreté et que ton enfant acquière cette compétence d’hygiène.
Alors je te propose de l’accompagner dans la salle de bain/à l’évier de la cuisine, en proposant d’y aller avec une démarche la plus étrange possible. Cela la/le motivera à avancer vers cet endroit précis.
Ensuite, il faut s’assurer qu’il/elle a accès au point d’eau sans trop de difficulté, afin d’être autonome dans le geste (marchepied, savon à disposition, essuie-main à hauteur, etc).
Pour finir, tu peux te réjouir de voir ses mains si propres et faire des bisous sur les paumes !
Attention cependant à ne pas laisser un espace où les enfants pourraient croire qu’ils ne sont aimés que lorsqu’ils agissent dans le sens de l’adulte. Les démonstrations d’amour ne doivent pas se limiter aux moments où les enfants obtempèrent.

Il y a un autre élément clef de la réussite d’une vie heureuse : voir les aspects positifs des situations.
Globalement, dans nos vies, nous nous attardons rarement sur ses beaux aspects « simples ».
Par exemple : la chaleur dégagée par les rayons de soleil ; le plaisir gustatif de nos mets quotidiens ; le plaisir d’effectuer des tâches telles que prendre une douche ou aller aux toilettes (eh oui ! Quand l’enfant acquiert sa continence, autant qu’il ait déjà entendu que cela fait du BIEN de se soulager dans les toilettes !).

Tu peux être un exemple pour tes enfants dans cette perception optimiste de la vie, de manière à rendre le quotidien agréable et de mettre en évidence tous les profits intrinsèques qu’il y a à respecter les règles sociales.

D’ailleurs, les règles sociales font parties de celles qui sont les plus longues à apprendre.
Un enfant de 18 mois ne voient pas l’intérêt de dire « Bonjour », « Merci » ou encore de manger « proprement », ou d’aller systématiquement aux toilettes pour se soulager (sauf s’il est en Hygiène Naturelle Infantile !). Tous ces principes vont s’ancrer graduellement, par exposition à son environnement et par mimétisme !
Mais il n’y a aucun intérêt à forcer sur ces principes sociaux, cela viendra en temps et en heure. Par exemple, forcer un enfant à remercier pour un cadeau qu’il n’a manifestement pas apprécié.
Oui, en tant que parent, tu as envie que ton enfant exprime cette gratitude pour l’acte… Il le fera… Mais tout jeune, il n’a pas encore appris à mimer cela de manière à ne pas blesser celle ou celui qui offre. Cela viendra. En attendant, tu peux remercier à sa place.
Les adolescents sont encore en croissance en termes de développement cérébral et d’acquisition de la gestion émotionnelle.
Si la maturité de notre « matière grise » arrive entre 21 et 25 ans, la gestion émotionnelle peut évoluer tout au long de la vie.
Donc encore une fois, il faut être tolérant sur les individus en construction… Qui n’a pas le souvenir de ses propres attitudes inconvenantes à l’adolescence ?!

Tout vient à point à qui sait attendre… et qui compte sur l’exemplarité sans culpabiliser les enfants de leurs attitudes « anti-sociales ».

 

Dans la vie quotidienne, il y a aussi les règles d’hygiène : se laver le corps, les dents, les mains avant de manger et après les toilettes, etc.
Toutes ces habitudes de vie sont éminemment culturelles et dépendent de la vie familiale. Il ne faut pas l’oublier. Toute la manière dont nous rythmons notre hygiène n’a rien d’inné !
Et pourtant, en étant adulte, ce sont presque des automatismes, des moyens qui permettent de se sentir bien.
Dans ce cadre aussi, il est nécessaire de miser sur la créativité, le jeu et l’exemplarité afin de faire en sorte que les enfants prennent part à tout cela.
Mais pas uniquement !
Parfois, il peut être tentant d’user de subterfuges pour que les enfants obtempèrent… obéissent, finalement.
Or, la volonté de s’ancrer dans une parentalité bienveillante, c’est accompagner les enfants dans leur développement et leur donner une voix qui, parfois, remet en question les habitudes de vie… et donc les règles d’hygiène.
Faut-il vraiment se laver les dents tous les jours ?
Faut-il se laver les cheveux un jour sur deux ? (Dans mon cas, cela fait des années que mon eczéma m’a ordonné de cesser cela ! J’avais le choix : changer mes habitudes ou laisser mon cuir chevelu mourir … !)
Faut-il prendre une douche tous les jours ?
Il peut être intéressant que les parents s’interrogent lorsqu’un enfant émet une résistance. Pourquoi agir comme ceci et pas comme cela ?

Les enfants ont l’art de remettre en question nos fonctionnements les plus élémentaires et nos émotions. Il faut entendre ce que cela implique pour eux, mais aussi prendre conscience de tous les conditionnements qui habitent les adultes.

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Enfin, il y a les règles de vie commune. Manger à une heure précise, se réveiller dans une fourchette horaire « convenable » (Avoue, que tu détestes quand ton enfant se réveille à 5h mais que tu seras tout aussi énervé.e quand ado, elle/il se lèvera vers midi !), ne pas mettre ses pieds sur la table, ne pas dessiner sur les murs, ne pas jouer avec les interrupteurs et les portes, ne pas demander d’acheter des jouets à chaque sortie, etc.
Volontairement, j’utilise la formulation négative pour se rendre compte qu’elle est très présente… TROP présente dans nos vies.
Dans les règles de la maisonnée, il se mêle l’histoire familiale et les règles sociales. Aucunes ne sont innées, et certaines ne trouvent pas de justifications intrinsèques.
Là, encore, il est utile d’accepter la remise en question.

Ton enfant a faim 30 minutes avant le repas ? Il te réclame à manger et peut avoir un comportement irritant à cause de cette sensation dévorante … Tu peux très bien lui donner à manger pendant la préparation du repas.
Il a le temps d’acquérir cette capacité à patienter jusqu’à une heure où tous les membres du foyer sont rassemblés.
Et là encore, cela dépend des familles. Certains mangent séparément, à l’heure où ils ont faim. Cela semble moins convivial, mais d’autres rassemblements en famille peuvent être organisés à d’autres moments comme des soirées jeux/des temps d’échange en famille (outils de la discipline positive qui ressemble un peu au « conseil de famille » hebdomadaire) ou encore grande promenade où chacun échange avec les autres.

Un autre exemple : ton enfant refuse d’enlever ses chaussures avant de rentrer chez vous.
Tu peux prévoir une paire de chaussures d’intérieur ou prévoir des sur-chaussures (des espèces de sacs dans lequel on met ses pieds chaussés afin de ne pas salir. NON ! Ce n’est pas élégant, mais si ça lui convient … !).

Dans tous les cas de règles, il est nécessaire de garder en tête qu’elles seront mieux adoptées si elles sont comprises et qu’elles ont une justification intrinsèque.
Comme tout : ce qui est arbitraire peut sembler insensé ou injuste.

Au-delà de la règle en tant que telle, lorsque l’on surprend les enfants en train d’agir ou avec l’intention de passer à l’acte, il peut être très utile de verbaliser ce que tu vois.
Par exemple : « Oh ! Je vois que tu voulais prendre ceci/faire cela ! ».
Grâce à ce type de remarque observatrice, les enfants vont pouvoir apprécier le fait d’être reconnu dans leurs actions/intentions. Il arrive souvent que cela freine l’action des enfants et qu’il puisse réorienter son action grâce à ta suggestion.
Quelle que soit la situation ou le « conflit » d’opinion avec les enfants ou leurs attitudes, il est important de les écouter. Cela permet de se faire une idée de leurs besoins cachés derrière la stratégie comportementale adoptée.

 

En tant que parent, il est indispensable de prendre soin de toi… et de tes besoins !
Il n’est pas utile de rester accroché.e aux stratégies qui permettent de les combler, mais plutôt de les mettre à jour et de trouver des alternatives qui remplissent autant ton besoin que ceux de tes enfants.
Je pense que la réalité des règles est ici !
Pour les mettre en place et supporter les « transgressions » des enfants, il importe de comprendre leur fonctionnement tant développemental qu’émotionnel, et de savoir affirmer ses besoins profonds !
Personne ne te demande d’abdiquer sur ton bien-être. Au contraire, la meilleure manière d’être un parent bienveillant est d’être un parent épanouis. Pour ce faire, il n’y a pas 36 solutions… Il faut s’écouter et être d’égal à égal avec l’individu qu’est ton enfant.
Nul n’a le dessus ni le cherche à l’obtenir.
Cela demande du lâcher-prise mais aussi de l’accompagnement, donc autant de relaxation et de compréhension de soi que d’amour et de compréhension d’autrui.
Et SCOOP : cela ne vaut pas que pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes qui peuplent ta vie régulièrement. Ça permettra de devenir une famille bienveillante… et d’être une personne entièrement bienveillante puisqu’en accord avec elle-même.

Enfin, pour clore ce questionnement sur les « limites », je cite Isabelle Filiozat (une fois n’est pas coutume.. !), cet extrait provient de cet article sur le blog les-super-parents :
« Je ne dis pas qu’il ne faut pas de limites, mais simplement que ce ne sont pas les limites que nous imposons à l’enfant qui le sécurisent. La parentalité positive s’appuie sur la théorie du Lien d’attachement, qui explique que, ce qui sécurise le plus l’enfant, c’est l’amour et l’attention que lui portent ses parents, ainsi que la structure du temps et de l’espace qu’ils organisent autour de lui, les règles et les consignes claires et non les « interdits et limites ».

 

Encore cette fois, je te souhaite plein de questionnements à venir grâce à cette lecture.

 

A bientôt cher.e Lectrice et Lecteur Curieu.se.x !

 

Voici un article excellent qui donner des clefs pour agir concrètement dans l’élaboration des règles et des consignes au quotidien : http://apprendreaeduquer.fr/poser-des-limites-aux-enfants/

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

La bienveillance, c’est quoi, en fait ?

On en parle de plus en plus : la bienveillance dans l’éducation, dans la pédagogie et dans la vie, en général.
Et c’est heureux puisque la bienveillance est  une « disposition de l’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui » dixit le Larousse.

Le concept de bienveillance  dans l’éducation et aussi pour revoir les modèles pédagogiques dans l’enseignement est très fréquemment abordé tant par écrit que dans les émissions médiatiques.
Mais, de facto, j’ai la sensation que peu de personnes peuvent mettre des mots concrets sur ce qu’est une conduite bienveillante.
Cet article a donc pour objectif de mettre en évidence ce qui sous-tend la terme de bienveillance. De cette manière, il sera plus simple de l’appliquer sans la confondre avec du laxisme.

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La bienveillance, ce n’est pas juste ne pas être malveillant. Ça tombe sous le sens, mais pourtant, quand la bienveillance fait défaut, il est souvent rétorqué : « ça va ! je ne suis pas malveillant non plus ! ».
Il y a toute une palette d’attitudes entre la malveillance et la bienveillance, autant qu’il y a de niveaux de gris entre le blanc et le noir.
C’est pour ça qu’il est compliqué d’appréhender le concept de bienveillance si le questionnement reste superficiel et non dans une globalité.

En effet, pour comprendre ce qu’implique la bienveillance, il faut prendre de la distance par rapport aux situations et se positionner en observateur.
Agir avec bienveillance demande de changer de perspective sur les relations humaines et donc… sur le devenir de l’humanité. Tu penses que c’est exagéré ? Je vais t’expliquer pourquoi ça ne l’est pas et que c’est très « rentable » de croire en une humanité qui s’améliorera grâce à la bienveillance.

Il est difficile d’agir avec bienveillance si l’on est persuadé que l’humain est mauvais par essence.
Il est impossible d’agir avec bienveillance si l’on estime que les enfants doivent être obéissants et sages.
Pourquoi ?
L’obéissance implique de la soumission et donc, de la crainte et le renoncement à l’esprit critique. Il est alors nécessaire que l’enfant ait peur de ses référent.e.s adultes pour être soumis à leurs volontés. Cela engendre une dénégation de ses propres besoins et donc, à terme, un enfermement émotionnel. Et la perpétuation des violences éducatives ordinaires peut alors se poursuivre …
En outre, la sagesse n’est pas une caractéristique à attribuer à un enfant. Pourquoi et dans quel but serait-il sage ? Qu’est-ce que ça lui apprendrait de rester immobile sans émettre de son ?
Ironiquement, si  quelqu’un souhaite vivre avec  un être sage à domicile, je conseille une plante verte. Même le poisson rouge pourrait être caractérisé de « sale », si l’aquarium se salit relativement vite.

Le manque de bienveillance peut se marquer d’une façon anodine : en caractérisant l’individu au lieu des comportements.
« Mon enfant est turbulent » ; « Mon enfant est agité ! » ; « mes élèves sont fainéants… ».
Combien sommes-nous à avoir entendu : « De notre temps, ça ne se passait pas comme ça ! Les enfants ne respectent plus l’autorité ! » ?
J’ai un scoop, pour tous les parents et les grands-parents qui pensent que les enfants sont trop dissipés et peu sensibles à l’autorité… Platon pensait comme vous !

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,

Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,

Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,

Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,

Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie »

Ce texte est issu de «  La République ». Je rappelle que l’auteur est né en 472 avant J.-C.

Autant dire que la crainte de la jeunesse incontrôlée qui engendre la tyrannie…  n’est pas neuve !
Platon est un penseur dont les écrits sont passionnants. Mais comme quelques philosophes après lui, leur perception de l’éducation est diamétralement opposée à la lame de fond actuelle souhaitant adopter des attitudes bienveillantes et dénuées de Violences Éducatives Ordinaires (VEO) envers les enfants. Cette lame de fond est, je le rappelle, complètement soutenue par les nouvelles connaissances en neurosciences et psychologie du développement.

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Pour approcher les relations dans une optique bienveillante, il faut arrêter d’avoir peur de l’autre et des hypothétiques comportements réactionnels.
Pour être plus claire, envers l’enfant, une éducation positive laisse souvent craindre une tyrannie de la part de l’enfant, une toute-puissance dont les parents seraient totalement débordés. Un enfant qui, suite à cette éducation, deviendrait un délinquant, à la marge de la société.
Voilà ce qu’on appelle une belle projection pour aller au bout des craintes soulevées par un sujet.

Il est nécessaire de ne plus qualifier la personne mais les comportements.
La plupart des attitudes sont explicables par la situation.
Par exemple : Il est peu probable qu’un enfant de 8 ans s’amuse à vider son assiette en jetant, l’un après l’autre les aliments par terre.
Pourtant, ce même enfant entre 6 et 18 mois le faisait régulièrement.
Était-il « méchant », « mauvais », « turbulent » à cet âge-là et est-il devenu sage entre temps ?

Autre exemple : un jeune homme, 20 ans et étudiant, trouve un portefeuille par terre. Il découvre qu’il contient de l’argent. Il décide de le prendre et de ramener le portefeuille vide à un commissariat. L’homme, maintenant âgé de 35 ans en trouve à nouveau un. Il ne touche pas à l’argent qu’il contient et le ramène au commissariat.
Était-il mauvais à 20 ans et est-il devenu raisonné, « bon », plus tard ?

En réalité, les enfants de 6 à 18 mois découvrent ses capacités physiques et les propriétés physiques des aliments et des objets qu’ils manipulent. La nourriture est d’ailleurs la seule possibilité qu’ils ont pour s’exercer à la préhension et à la manipulation de petits objets.
A 8 ans, cette découverte est passée et il est en train d’apprendre les codes sociaux de la tenue à table.
Pour l’homme et l’argent du portefeuille, il s’avère qu’à 20 ans, il était étudiant et en fin de mois. Il n’avait plus que des pâtes pour les 5 jours à venir et cet argent tombait à point pour acheter le traitement médical  qu’il n’avait pu acquérir. Plus tard, il gagnait suffisamment sa vie pour ne pas utiliser cet apport d’argent.

Tout est à mettre en perspective avec le contexte… Et nous invite à faire preuve d’indulgence envers les personnes.


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La bienveillance appelle à de la compréhension pour autrui.
Non seulement, il faut prendre en compte le contexte, mais il est également nécessaire de comprendre le comportement pour réagir avec efficacité.
Il n’est pas utile de dire à l’enfant de 12 mois de se tenir correctement à table  et de manger aisément avec ses deux couverts. Ça tombe sous le sens.
Mais, cela n’est pas plus utile de crier d’exaspération ou d’appeler son enfant « le petit cochon » face à ses expériences balistiques avec les aliments.

Comprendre les comportements implique de la curiosité et une remise en question des croyances et adages populaires.
Si l’on continue à croire qu’un enfant a besoin de « faire ses poumons », il pleurera car ses parents ne le prendront pas. Si l’on sait que cela engendre du stress et des hormones délétères (cortisol, entre autres) pour le développement, cela sera sûrement évité.

Tant dans l’éducation que dans l’enseignement, cela demande des connaissances précises sur le développement infantile et la pédagogie.
C’est une des raisons d’être de ce blog et de mes futures activités (#placementdeproduitdiscretoupas).
Pour agir avec bienveillance, il est indispensable de se renseigner sur les raisons qui pourraient motiver une attitude.

La bienveillance demande que l’observateur de la situation soit en capacité de prendre de la distance et de ne pas céder à la réaction à chaud.
Le temps de pause (prendre quelques secondes pour respirer en conscience et de défaire de la bouffée de colère) est un outil excellent afin de pouvoir mettre de côté la pression avant de décider d’une action-réponse.
Afin de comprendre et d’agir avec bienveillance, il est nécessaire de  percevoir la situation sous un angle que j’ai présenté dans la communication non-violente. D’abord, se placer en observateur des faits, ensuite, tenter d’interpréter les émotions  et chercher les besoins exprimés (tant pour l’autre que pour soi).

En termes de pratique, ce qui sollicite une participation collaborative de l’individu part déjà avec une intention intéressante.
Car une autre clef de la bienveillance se situe au niveau de l’intention.
L’objectif n’est pas de considérer que l’autre fait « faux » ou « mal » mais différemment et que les attitudes réponses ont pour objectif de conserver la relation, en respectant les émotions et le besoins de chaque partie.

Face à un enfant qui a un comportement désagréable à votre sens, il y a plusieurs phases possibles.
D’abord, prendre le temps de respirer si l’on se sent énervé.e.
Ensuite, observer les faits et se questionner sur l’âge de l’enfant ainsi que ses compétences d’inhibition de ses actions (jusqu’à 18/24 mois, les interdits et les formulations négatives n’ont pas de sens pour l’enfant).
En terme d’action, il est utile d’aller dans un sens de réparation : aider à éponger l’eau renversée, amener la balayette pour ramasser, frotter un mur sur lequel le dessin a été fait, etc.

Dans la sphère pédagogique, il est nécessaire d’accompagner l’enfant à faire ses propres expériences et à apprendre pour l’envie d’acquérir des connaissances/compétences.
Il est alors possible de mettre en lien chaque apprentissage avec l’usage qui pourra en être fait (au-delà de dire « Tu en auras besoin pour tes études »).

Il en va de même pour les réactions face à une attitude qui ne sied pas à l’enseignant : admettons qu’un élève ne cesse de parler en classe.
Une des réactions classiques pourraient être d’exclure le bavard.
Isolement, mise en exergue du comportement par rapport aux autres jeunes, perte d’apprentissage pour la suite de la matière, les conséquences sont nombreuses pour des paroles de trop.
L’enseignant peut alors se questionner sur les raisons d’être dissipé de cet élève… mais aussi sur les manières de régler le problème structurellement au lieu de partir vers les réprimandes inutiles à long terme.
L’élève s’ennuie peut-être ou, au contraire, a des difficultés. Il pourrait alors être utile de l’investir d’une mission en classe pour l’occuper et/ou le valoriser.
En outre, concernant le bavardage… Les écoles à pédagogie alternatives ont bien compris que la classe taiseuse et en ligne devant un enseignant n’était pas une structuration facilitant l’apprentissage.
Les classes actives utilisent le travail autonome par projets, organisées en ilots, de manière à promouvoir le dialogue entre petits groupes.
De plus en plus d’écoles proposent des aménagements flexibles des classes (flexible seating).
Toutes ces méthodes permettent de respecter au mieux les besoins de l’enfant… ce qui, par essence, est bienveillant.

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Exemple de Flexible Seating (merci Pinterest)

Pour résumé, il faudrait axer ses actions de manière à répondre (pour les enfants) aux besoins ou, à tout le moins, les prendre en compte dans sa réaction.
Ainsi, on comprend vite que les phrases culpabilisantes, les cris, les punitions, l’isolement et même les récompenses n’ont pas de sens si l’on souhaite agir avec bienveillance.
En conscientisant ses propres besoins et émotions qui surgissent face aux comportements des enfants, cela offre la possibilité de travailler sur soi.

 

Je te souhaite d’avoir trouvé un peu d’éclaircissement sur la notion de bienveillance.

A très vite, chèr.e Lectrice/eur  Curieuse.x !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’adultisme expliqué aux adultes

C’est quoi ce mot ?
L’adultisme est un néologisme qui fait référence à la discrimination basée sur le fait d’être un enfant. Comme l’âgisme fait état des discriminations concernant les personnes âgées.
Le terme d’adultisme n’est pas référencé puisque la position des adultes face aux enfants ne questionne pas la majeure partie de la population.

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Oui, je me doute que la définition brute du terme ne te laisse pas rêveuse.r. Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’une discrimination envers les enfants ?

Pour être plus claire, je vais citer Barry Checkoway de l’université d’Ann Arbor dans le Michigan qui définit l’adultisme : « Tous les comportements et les attitudes qui partent du postulat que les adultes sont meilleurs que les jeunes, et qu’ils sont autorisés à se comporter avec eux de n’importe quelle manière, sans leur demander leur avis. »

Ça rajoute une pierre au mur de la compréhension. Deux éléments clefs ressortent : la considération que l’adulte est le sachant/le meilleur/le juste ; le fait que l’avis des enfants n’est pas pris en compte. Mais l’expression « de n’importe quelle manière » laisse place à bien des interprétations.
Afin de concevoir un peu mieux le terme d’adultisme, il s’agit aussi de l’ensemble des privilèges et des tolérances accordés aux adultes par le simple fait que ce sont des adultes et qu’ils sont déniés aux enfants parce qu’ils en sont.

J’exemplifie un peu :

  • Renverser/casser un verre. Un adulte n’aura pas de commentaire mais un enfant se fera souvent molesté
  • Le choix des vêtements est laissé à un adulte alors qu’il est imposé aux enfants ;
  • Le temps de la douche/du bain : les adultes peuvent se réguler, les enfants doivent répondre en « s’activant » afin de combler les attentes de leurs parents ;
  • Le choix du repas : il est fréquent que ce soit une discussion aux adultes mais qu’on estime que c’est aux adultes de choisir et non pas aux enfants ;
  • Le partage de photos peu flatteuses mettant en scène les enfants ;
  • Les règles instaurées qui ne sont pas respectées par les adultes ;
  • La planification catégorique des heures de repos et du temps nécessaire pour effectuer certaines tâches ;
  • L’utilisation de la force physique prohibé envers un autre adulte mais tolérée dans « certains cas » envers les enfants ;

Il y a des centaines d’exemples dans la vie quotidienne, mais aussi dans la société plus généralement.

En inoculant aux enfants la croyance (voire la certitude) que les adultes ont le pouvoir de choisir pour eux « car ce sont des adultes et qu’ils prennent les bonnes décisions parce que ce sont des adultes », nous enseignons aux enfants que celui qui a majoritairement le pouvoir peut contrôler celui qui en a moins.

En somme, subtilement, malgré la volonté d’accéder à des comportements égalitaires et respectueux de la Terre, en agissant avec les enfants de manière arbitraire, les adultes continuent à propager une logique d’injustice et de pouvoir.

Dans les modes d’éducation perpétuant les anciens modèles, la vie des enfants est celle qui s’avère être la plus contrôlées dans la société… mis à part celles des prisonniers (Ouf ! Quand même ! Bien que l’expression des prisons actuelles pose questions… Mais c’est un vaste sujet !).

Cela paraît fort à lire mais dans quel autre contexte les adultes peuvent punir, menacer, priver de plaisirs, voire les frapper ? Et surtout, que ce soit considéré comme une bonne chose puisqu’il s’agit d’éducation et que les adultes font ce qui est jugé comme bon pour les enfants par ces actes ? Si l’on sort « les enfants » de l’équation, il s’agit proprement d’oppression d’un groupe plus faible en voix (et en représentation sociale et accès au Droit).

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Cependant, c’est extrêmement difficile pour les adultes d’entendre qu’on assimile ces modes d’éducation à de l’oppression
Pourquoi ?
Parce que la plupart d’entre nous ont grandi dans ce système-là !
Qui n’a jamais eu envie « d’être plus grand pour enfin faire ce que je veux » ?
CQFD (ce qu’il fallait démontrer, pour celles/ceux qui se posent la question) !

Mais alors, on peut considérer que les enfants sont maîtres de leur destin et qu’ils peuvent tout mener à la baguette ?
Parce que la grosse crainte des adultes, c’est ça : que les enfants deviennent des tyrans ingérables, des enfants-roi, des êtres insensibles à autrui car tout tourne autour de leur bon vouloir (cf l’article « Il faut bien qu’il apprenne la frustration ! »).
D’ailleurs, les enfants n’acquerraient que tardivement la notion de responsabilité et de prise de risque, donc il ne serait pas possible de leur faire confiance !
Il faudrait les discipliner car leur nature profonde ne leur offrirait pas la possibilité d’agir raisonnablement. Il serait nécessaire de leur apprendre la citoyenneté, leur enseigner les lois et surtout les règles à respecter.

C’est le schéma institutionnalisé dans les écoles (instruction obligatoire et règlement intérieur strict qui demande même des cahiers à ligne ou à carreaux spécifiques.. !), dans la sphère médicale (« Tu te déshabilles maintenant pour que je t’ausculte ! », dans le domaine religieux où « l’Enfant » doit être éduqué afin de pourfendre sa nature sauvage, etc. Les mineurs n’ont définitivement pas les mêmes droits que les majeurs et sont traités différemment par l’unique raison qu’ils sont mineurs.

J’ajoute aussi qu’il est habituel de parler du développement de l’Enfant, des droits de l’Enfant ou encore du tempérament de l’Enfant.
Imaginons un instant que l’on nomme un autre groupe d’individus par un terme catégorique : la Femme, le Protestant, le Chinois, …
C’est gênant, n’est-ce pas, qui inclut un sous-entendu que ces groupes ont une nature unique ?!
Elle a été utilisée pendant longtemps dans les régimes totalitaires, afin d’anéantir l’image de la pluralité des personnes pouvant entrer dans ces groupes.

Grâce à cela, il est possible de comprendre pourquoi il est absurde de parler de développement de l’Enfant et de chercher à faire entrer le développement des enfants dans des normes (totalement ethnocentrées, par ailleurs, puisque les différences de culture engendrent une diversité des stimulations offertes aux petits). Il n’est pas rare de voir des jeunes enfants cuisiner dans certains pays puisqu’ils le font quotidiennement en famille et qu’ils ne sont pas exclus de cette tâche sociale. Verrait-on un petit occidental manier le couteau, le hachoir ou encore le mortier à 2 ans ? Rarement… et pourtant, on voit bien qu’ailleurs, ils en sont capables !
Cela fait partie des stéréotypes et préjugés occidentaux véhiculés auprès des enfants. Les adultes contreplaquent ce qu’ils pensent être de leur capacité ou non aux enfants… ce qui engendre que les ces derniers agissent avec un niveau de compétence en regard des attentes (sauf de temps où ils nous épatent). Et surtout, à la mesure de ce qu’ils ont à disposition.
Un enfant n’apprendra jamais à utiliser un couteau si on ne lui fasse pas l’occasion de le faire, et il en va de même pour tous les outils.

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Les adultes entrent ainsi dans un système habituel d’autorité face aux enfants. Il est possible de leur laisser certains choix, mais les décisions importantes demeurent aux adultes. Les besoins d’autonomie et le libre-arbitre des enfants sont sacrifiés (à grand prix, voire l’article sur le « terrible two ») pour répondre à de l’ordre et de la productivité. Par exemple : on ne va pas lui laisser mettre ses chaussures seul ; couper les légumes ; nettoyer la table … parce que ça prend trop de temps de laisser un petit agir avec ses gestes encore approximatifs.
Il est donc considéré comme logique que les enfants n’aient pas leur mot à dire sur tout et qu’ils « respectent » la décision des adultes… En réalité, le terme à utiliser est : « qu’ils se soumettent », même si cela fait moins plaisir à lire.

Pour résumé, par ce fonctionnement de domination/soumission aux adultes,

  • Ils apprennent que les « plus petits » ont moins de pouvoir ;
  • les enfants enregistrent qu’ils ne peuvent pas éveiller leur compréhension et leur soutien (d’où les cas de harcèlement/violence que les enfants taisent),
  • Et ils fonctionnement dans ce qu’Yves Bonnardel appelle « l’éducation à l’incompétence ».

Le besoin ignoré d’autonomie explique pourquoi il est si fréquent que les jeunes gens transgressent les règles sociales et ont des conduites à risque, puisque c’est souvent leur seule opportunité d’exprimer leur libre-arbitre.

Bien sûr, l’objectif de la déconstruction sociale de l’adultisme (qui va bien au-delà de l’éducation puisque c’est ancré politiquement et culturellement, Yves Bonnardel propose des topos très clairs sur l’évolution des mouvements de libération des jeunes dans l’Histoire et comment les intégrer à la société actuelle) n’est pas que les enfants grandissent en dehors de toute éducation et apprentissage guidé. L’idée qu’il y a une voie entre l’autoritarisme (la domination) et le laxisme (le laisser-faire).
Les enfants sont tout-à-fait en mesure de comprendre et d’adhérer à des règles qui ont un sens et qui correspondent à un besoin clairement explicité. La présentation de ces principes sera bien mieux acceptée si on les présente comme sécuritaires au lieu de leur évoquer que « nous savons ce qui est bon pour eux ».

En outre, comme j’ai déjà pu l’écrire dans d’autres articles comme « Tu es en colère ? Et si on s’amusait ?! », les enfants ont besoin d’explorer car c’est leur moteur même d’énergie. Ils découvrent leur environnement et tous les éléments qui le composent. L’exploration passe par l’expérimentation d’actes : se disputer, refuser, faire seul, se coucher tard, faire pipi par terre (par exemple), dire des « gros mots », estimer leur effet sur le monde (appelé influence), etc. Comment les enfants peuvent appréhender les raisons de nos manières de vivre (appelées « Règles ») s’ils ne peuvent pas tester ce qui sort du cadre ?
Nous-mêmes, en tant qu’adultes, nous avons bien tendance à mettre à l’épreuve certaines solutions alors que nous avons été mis en garde ?
Nous avons tous besoin de nous rendre compte de nos propres yeux que certaines expériences ne sont pas profitables. Les enfants aussi, en toute logique, ont ce besoin de découvrir par eux-mêmes l’intérêt de ces règles et du rythme de vie.
Les adultes pourraient se contenter de cadrer l’environnement d’un point de vue sécuritaire.

L’objectif de cet article est, en autres, de se rendre saillantes certaines attitudes que les adultes peuvent avoir envers les enfants, de manière automatique, sans penser à mal.
Les adultes ont énormément de pouvoir sur les enfants et tant la société que nos relations aux enfants profiteraient d’horizontalité dans les rapports enfants-adultes.

Yves Bonnardel, dans son livre « La domination adulte. L’oppression des mineurs » 2015, met en évidence que « l’organisation politique qui découle de ce « système social complexe » qu’est l’enfance : après « 18 années de formation en régime dictatorial et disciplinaire, la liberté politique peut être octroyée sans risques », car « le contenu fondamental de l’éducation […] n’est rien moins que la soumission » ».

Alors évidemment, s’extraire ou, du moins, réfléchir aux rapports de pouvoir entre enfants et adultes dépend de nos ambitions sociales et relationnelles. Ce n’est pas aisé de remettre en question ce qui est inculqué depuis aussi loin qu’on se souvienne… Surtout sans avoir d’alternatives prêtes à l’emploi.

Mais alors, justement, que faire à partir du moment où le constat est fait ?
Quelles en sont les limites ? A quelle mesure peut-on laisser à l’enfant l’expression de son libre-arbitre ?

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D’abord, il convient de détailler notre quotidien avec les enfants, sans se limiter aux situations qui posent problème en termes de coopération de l’enfant. L’ensemble des relations peut être réfléchi de manière à ne pas inculquer aux enfants un principe de soumission (plus ou moins subtile).

Quelques questionnements peuvent ouvrir des pistes des réflexions :

  • Les rituels mis en place rendent-ils vraiment notre vie plus agréable ?
  • Ai-je tendance à vouloir envoyer les enfants se coucher/se calmer parce que je suis moi-même fatigué.e ?
  • Fais-je usage de force dans certaines situations ?
  • Les interdits/limites que je mets sont-ils sécuritaires ou arbitraires… aux yeux de l’enfant ?
  • Est-ce étrange pour moi d’entreprendre une relation d’égal à égal avec les enfants ?
  • Estimerais-je que le libre-arbitre laissé à l’enfant est dangereux/problématique ?
  • Est-ce que l’usage de force/punitions/menaces me permet d’être en harmonie dans mon foyer ?
  • Quelles sont mes craintes concernant les conséquences de l’expression de la liberté individuelle des enfants ?
  • Ai-je peur d’être laxiste ?
  • Est-ce gênant si mon enfant refuse de faire la bise aux personnes qui le saluent ?

Ces petites interrogations permettent de mettre en évidence ce qui te meut et les craintes qui t’habitent.

Je ne peux pas finir l’article là-dessus, parce que moi-même, je me questionne sur l’ampleur de mes actions et des limites des relations totalement égalitaires.
J’adhère complètement aux principes, néanmois …
Comment faire pour effectuer les soins d’un enfant en bas-âge qui s’y oppose (car en dessous de 18 mois, ils ne parviennent pas à comprendre les bénéfices de nos actions) ?
Comment gérer le fait qu’un enfant veuille aller dans un lieu public sans changer ses vêtements sales ?
Comment laisser les enfants faire leurs expériences et évoluer dans l’environnement librement sans qu’ils ne se blessent ?

J’ai certaines pistes, mais d’autres voies et stratégies bienveillantes dépendent de chaque couple parent/enfant :

  • Le niveau de libre-arbitre va évoluer au cours de la vie, en fonction des capacités cognitives de l’enfant.
  • L’idée est de s’orienter vers une dynamique de coopération dès le départ (ou au moment où l’on prend conscience que le mode éducatif dans lequel tu évolues ne te convient plus).
    Distraire, laisser le choix, favoriser le mimétisme et surtout… prendre le temps.
    Un enfant jusqu’à 5/6 ans n’a pas de notion de temps. Les « dépêche-toi ! », « Plus vite ! », n’ont pas de sens.
  • Exprimer clairement ses besoins (voir l’article sur le sujet) à l’enfant, de manière à ce qu’il puisse également le faire.
  • Parler, expliquer, rassurer lorsqu’on pose un acte qui déplait à l’enfant. Ne pas le brusquer et suivre l’acte désagréable par une séance de câlins. Les enfants qui se débattent cherchent juste à préserver leur intégrité physique qu’ils interprètent comme atteintes.
  • S’excuser lorsqu’on a eu une action qu’on estime injuste et expliquer les raisons qui l’ont motivé.
    Je tiens juste à préciser qu’il est indispensable de s’excuser si une fessée ou un autre sévice corporel est malheureusement posé… Mais que c’est digne de la manipulation et de la violence psychologique de dire aux enfants (à n’importe qui, en réalité) que c’est LEUR comportement qui a engendré le coup.
    Dans aucun cas, un être vivant (enfant, femme, animal, souvent sujets des violences domestiques) n’est responsable du comportement d’autrui. C’est celui qui pose l’acte qui est responsable car IL a été débordé émotionnellement.
  • Adapter son environnement aux enfants. Au lieu de paniquer pour que l’enfant ne se blesse pas/ne tombe pas de haut/ne casse pas tel ou l’autre objet : fais de ton intérieur un endroit à explorer en toute sécurité.
    Cette période ne dure pas et cela enlèvera une tension considérable.

En outre, de manière plus globale et sociétale, il existe de plus en plus d’écoles à pédagogie alternative qui adopte un fonctionnement démocratique et favorise les apprentissages autonomes. Le rôle des adultes est alors de proposer et de guider les expériences des enfants sans y mettre d’évaluations ou d’attentes précises.

Il y a une recrudescence de familles qui optent pour l’instruction en famille de manière à éviter aux enfants les logiques de compétitions et de comparaisons aux pairs, alors que chacun est unique.
Bien évidemment, ce n’est pas accessible pour tous les cadres familiaux.
Le principe serait du moins de rendre saillant ce qui ne correspond pas à des relations égalitaires quand les enfants y sont confrontés. Les adultes peuvent aider les enfants à aiguiser leur esprit critique afin que ceux-ci puissent avoir plus de résilience face aux situations « injustes ».

Est-ce que l’abandon de l’adultisme et l’éducation bienveillante (qui fonctionne de concert harmonieusement) font en sorte que les enfants soient plus obéissants ?
Certainement pas !
Puisque la notion d’obéissance découle du paradigme de la soumission.
Pour sa vie en général, un enfant gagnera bien plus à questionner les règles plutôt qu’à s’y plier par la crainte.

Je citerai Teresa Graham-Brett qui peut finir cet article de manière claire et que je n’ai pas jugé utile de reformuler : « Nous pouvons insuffler le changement que nous désirons voir émerger dans le monde. Pour cela, nous devons commencer avec la relation la plus importante que nous avons en tant que parents : celle que nous construisons avec nos enfants.
Si nous parvenons à éliminer l’adultisme au cœur de ces relations parents-enfants, alors l’actuelle génération d’enfants pourra voir le monde avec des yeux différents.
Mieux encore, ils pourront agir à partir de cette nouvelle façon de voir les choses. S’ils n’ont pas expérimenté le sentiment d’être déshumanisés, négligés et marginalisés en tant qu’enfants, ils n’auront pas besoin de perpétuer l’injustice sur d’autres quand ils grandiront et auront davantage de pouvoir dans leur vie. S’ils ont expérimenté la confiance, le respect et la solidarité comme modèles de référence, alors ils pourront incarner le changement dont notre monde a besoin »

 

Je vous souhaite une belle réflexion.

A très bientôt, Lectrice.eur curieuse.x !

PS : A partir de maintenant, je cesse l’usage du terme absolu Enfant, afin de répondre logiquement à ce que j’ai pu expliciter plus haut.

Inspirations et sources :

https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2016-1-page-176.htm

Yves Bonnardel (2015). La domination adulte. L’oppression des mineurs. Éditions Myriadis, 360 pages.

Teresa Graham-Brett version abrégée dans le n° 1 (mars-avril 2012) de Kaizen. https://www.oveo.org/ladultisme-ce-poison-invisible-qui-intoxique-nos-relations-avec-les-enfants/

https://changerderegardblog.wordpress.com/2018/01/30/ladultisme-ou-la-domination-silencieuse/

Communication Non-Violente

Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie)

Dans cet article, je vais faire le point sur ce qu’est l’empathie de manière précise. Le but est de faire la distinction entre des notions qui sont assimilées les unes aux autres.  Parce qu’il faut admettre que la vulgarisation des expressions peut complétement dénaturer leurs sens.
Je vais aborder l’empathie sous l’angle de la CNV puisque le paradigme qui sous-tend la CNV est le même que celui de l’éducation bienveillante : percevoir et entendre l’autre dans ses sentiments et ses besoins en regard sans jugement.

Tout d’abord, comment différents auteurs ont-ils défini l’empathie :

  • L’empathie est une qualité d’écoute et de présence à l’autre, à ses sentiments et à ses besoins, sans vouloir l’amener quelque part et sans souvenir du passé. – Marshall Rosenberg
  • L’empathie, c’est une posture et une éthique qui demande une qualité d’écoute, une capacité à se mettre en lien avec soi-même pour celui qui écoute et une ouverture à l’autre sans présupposés et sans préjugés. – Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho

Ce sont les mêmes fondements, explicités avec des mots qui résonneront plus ou moins chez toi.

L’empathie est un des besoins fondamentaux (voir mon article sur les besoins de l’humain : » et si nous revenions à nos besoins?  » ). Ce besoin est un des plus ignorés de la société occidentale. La mise de côté de cet aspect de la vie engendre énormément de souffrance chez les humains.
En somme, il est considéré comme normal de répondre un « oui » passif à « : « ça va ? ». Cette question n’en est pas une d’ailleurs, c’est rhétorique…
Rares sont les individus qui estiment avoir envie/besoin d’une réponse franche et complète.

Nous perdons alors beaucoup de temps à agir avec la dette d’empathie. Cela se transforme en frustration qui engendre tantôt l’amertume, de la colère intériorisée, une diminution/absence de confiance en soi, de la résignation affective, etc.

Conséquence de ce besoin occulté, nous ne sommes pas coutumiers  de l’écoute empathique et n’avons pas appris à être réellement présents à l’autre de façon détachée (sans entrer dans les émotions de l’autre comme dans la syn(= avec, ensemble en grec) pathie).
Pourtant, l’écoute active est connue pour être d’une utilité particulière. En psychothérapie, elle est considérée comme un indispensable. Mais il ne faudrait pas consulter un psy pour obtenir une réelle écoute…

C’est une des raisons d’être de cet article : rendre saillante la puissance de l’écoute empathique dans les relations quotidiennes. Elle nous relie à nos pairs, nous permet d’être soulagé.e, compris.e et pris.e en considération.

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Dans les moments d’écoute empathique, l’objectif est d’être entièrement présent à la relation. Il n’y a pas d’intention de conduire la personne vers un but déterminé, ni de la consoler ou de trouver une solution. L’écoute empathie est une posture d’accueil. Tu sens ce moment où quelqu’un dont tu es proche ne semble pas aller bien, mais que tu ne sais vraiment pas pourquoi elle n’est pas épanouie… ce moment où tu accueilles sans rien penser d’autre que :  « Que se passe-t-il pour elle/lui? ». Seule l’ouverture à l’autre est présente.
Ensuite, pour poursuivre dans l’empathie, Il s’agit d’être mu.e par la certitude que la personne écoutée a les ressources qui mènent vers un cheminement qui lui apporte ce dont elle a besoin. Celle-ci a « juste » besoin d’être accompagnée dans l’expression et la transformation des difficultés qui l’embarrassent.
Dans les faits, il s’agit de recevoir les mots tels qu’ils sont prononcés, l’intensité des émotions et les attitudes non-verbales (en rappelant que le non-verbal joue pour beaucoup dans la communication). Je ne tendrai pas vers l’affirmation que 93% de la communication est non-verbale. Les études d’Albert Mehrabian et ses collègues ont des limites qui, de l’aveu de ses auteurs, n’ont pas été prises en compte (Voici pourquoi : https://www.inxl.fr/le-mythe-du-7-38-55-le-non-verbal/).

Pour l’individu qui est entendu, l’empathie permet de reprendre la responsabilité de ce qui nous appartient dans ce qui nous dérange. Par exemple, se rendre compte que la colère ressentie n’est pas dirigée vers une personne, mais vers une situation qui entrave un des besoins. De cette manière, la personne écoutée retrouve la capacité d’agir d’une manière qui lui correspond réellement.

Seulement, ce n’est possible que si l’écoutant n’a pas l’intention d’éduquer l’autre (de lui faire comprendre qu’il fait fausse route/qu’il a tort), de le sauver de sa situation ou de l’orienter activement.
« La compétence empathique consiste à traduire l’expression de la personne dans le moment présent, de se relier aux sentiments et besoins derrière les histoires de vie, les théories et distinguer les interprétations des faits évoqués. » tiré du livre « La communication non violente, c’est malin » de Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho, éditions Leduc.s

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Afin de s’extirper du langage courant, il est nécessaire de faire une distinction entre l’empathie et d’autres attitudes telles que la compassion, l’altruisme, la sympathie ou encore la bienveillance. Dans la vie quotidienne, ces termes sont souvent utilisés de manière indifférenciée.
La compassion est le « sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui ». Ce sentiment part de la tristesse d’autrui et exprime le fait qu’on ressent avec l’autre ses problèmes.
L’altruisme est une « disposition bienveillante à l’égard des autres, fondée sur la sympathie » ou « dévouement », se consacrer à autrui de façon désintéressée, sans rien attendre en retour. Aider les autres. L’objectif dans le cas de l’altruisme est de l’aider de façon active.
La sympathie est la « participation à la joie, à la peine d’autrui ». Quand on y pense, c’est un peu étrange de pouvoir qualifier un objet de « sympa ». Mais cela explique bien en quoi il suffit simplement d’inoculer un peu de joie pour être sympa pour les autres.
La bienveillance est la « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ». C’est un ingrédient de l’écoute empathique. Mais on ne va pas dire qu’un œuf est un quatre quart, il faut d’autres ingrédients !

La majeure distinction entre l’empathie et ces diverses notions est la capacité de prise de distance par rapport aux émotions d’autrui et de n’avoir aucune intention de l’amener à un cheminement qui serait jugé comme LE bon par l’écoutant.
Avec ces définitions, il est aisé de comprendre combien le terme « empathe » est galvaudé. L’empathe est assimilé à de l’hypersensibilité émotionnelle par rapport aux vécus d’autrui. Les personnes qui se qualifient d’« empathes » expriment des bouleversements émotionnels incontrôlables puisqu’elles plongent dans le vécu d’autrui.
Avec les clarifications précédentes, tu peux voir que ce n’est pas de l’empathie au sens propre du terme.
J’admets que j’ai du mal avec tous ces termes qualificatifs. Ils enferment les personnes dans une case (ou plusieurs pour les chanceux !). Elles pensent se comprendre mieux en se caractérisant mais les possibilités existantes pour reprendre le pouvoir ne font pas parties du tableau. C’est un peu comme lorsqu’on liste ses défauts… Et qu’on passe plus de temps à leur trouver des raisons valables plutôt de se pencher sur la recherche de stratégies qui permettraient de s’extirper des fonctionnements qui nous déplaisent.

Cette mise au point linguistique effectuée, concrètement : que fait-on dans la relation ?

D’abord, il est primordial de conscientiser qu’il n’est pas possible d’être entièrement empathique si nous-même n’avons pas reçu l’empathie utile à faire émerger nos propres besoins.
Comment se distancer de l’écho que peut faire autrui si nous ne sommes pas au clair avec notre fort intérieur ?

Un premier élément essentiel est la capacité d’auto-empathie : commencer par nous offrir à nous-mêmes ce que nous aimerions recevoir des autres.
Si nous n’écoutons pas nos propres besoins, personne n’estimera qu’il faille le faire ! Il est nécessaire d’être honnête et d’exprimer ses ressentis et ses requêtes sans reproche ni jugement.

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Rosenberg propose trois solutions afin d’accéder à plus d’auto-empathie :

  • Prendre un temps de pause, respirer calmement, et ensuite faire un retour sur le sentiment qui nous habite ;
  • Exprimer vivement ses besoins, ce qui peut être fait en criant, lorsqu’on est dépassé énergétiquement. Je reprends le passage exemplatif de l’auteur : « Écoutez, je vais mal ! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre conflit, je voudrais simplement avoir la paix et du calme ! ».
    Il n’a incriminé qui que ce soit dans cette phrase, mais il a fait savoir qu’il n’était pas en mesure d’intervenir pour une autre personne que lui-même.
    Les jours où nous sommes fatigué.e.s/débordé.e.s/énervé.e.s/en retard, ce ne sont pas les autres qui sont responsables de nos émotions mais nos besoins qui sont insatisfaits (petit retour sur mes articles sur les émotions: « encore une crise! que faire avec les sentiments? » et sur les besoins).
  • Enfin, si une situation nous plonge dans un état d’inconfort émotionnel, il y a toujours la possibilité de se retirer physiquement pour proposer ultérieurement une écoute empathique. Oui, il est possible que tu dises : « Je vois que tu n’es pas bien, mais je n’ai pas le ressources pour y faire face maintenant. Peut-on en parler demain ? ». Cela peut sembler étrange, mais c’est comme ça aussi qu’on prend soin de soi : en exprimant nos besoins clairement. L’autre peut être déçu.e parce qu’il/elle avait un besoin d’écoute… Mais cela lui apprend à pouvoir s’autoriser une expression de ses besoins.

Dans l’exercice quotidien de la Communication Non-Violente, je pense qu’il est possible d’être tous confrontés à des échecs. Parce que dans la relation, il est aisé de tomber dans la compassion ou la sympathie au lieu de rester dans une posture d’accueil empathique.
En tant que parent, il est fréquent d’avoir envie de trouver une solution rapide pour calmer l’émotion/le besoin de l’enfant.
En tant qu’ami.e, l’aspiration va souvent vers une recherche active d’actions à entreprendre.
Or, en cas de tempête émotionnelle, dans un tout premier temps, le besoin doit juste être entendu.  Il est  utile de laisser s’exprimer complètement les sentiments, les besoins voire les demandes si celles si émergent.

Est-ce que l’écoute empathique est simple à déclencher ? Est-ce un processus qu’on acquiert et qu’on peut activer à volonté ?
J’aimerais répondre : OUI !
Mais … cela demande de l’exercice et surtout… de la disponibilité mentale et émotionnelle.
N’as-tu pas déjà fait l’expérience de journée où lorsque l’on s’adresse à toi en se plaignant, tu n’as pas préféré clore la conversation de la manière la plus brève qui soit ?
C’est même fréquent. L’écoute et la posture empathiques demandent énormément d’énergie et d’être pleinement présent à l’autre.

 

Voici quelques pistes pour la mettre en place :

  1. Écouter réellement : être présent.e à l’autre à 100% (exit le smartphone qui distrait la conversation où les enfants qui courent autour… du moins, ça n’aide pas !) et s’abstenir de tous jugements et préjugés ;
  2. Focaliser son attention sur celui qui parle et son discours, en ignorant ce qui fait écho, en lui laissant tout le temps nécessaire pour s’exprimer. L’expression de ses tracas fait partie d’un processus de mieux-être. La psychologie a mis en évidence cela en l’appelant ça « l’effet cathartique de la parole ». La catharsis est définie comme une « purgation » des émotions vives.
  3. Bannir les phrases types qui coupent la relation, et donc : ne pas plaindre (« c’est vraiment injuste ce qui t’arrive ! »), ne pas questionner afin d’avoir des précisions (« Et que t’a-t-il dit après ça ? »), ne pas suggérer des actions (« je pense que tu devrais… ») et ne pas consoler (« ça va aller ! »). Toutes ses phrases n’offrent pas la possibilité à l’émetteur d’aller au plus profond de l’expression de son vécu émotionnel.
  4. En posture OSBD, il est utile de cibler 4 éléments dans le discours de l’autre : ses observations, ses sentiments, ses besoins et ses demandes. Et non pas questionner le pourquoi du comment des racines du problème, n’est-ce pas ?!
  5. Afin d’accéder à ces éléments, il est nécessaire de reformuler les propos d’autrui pour s’assurer qu’on comprend bien ce qui est dit mais aussi pour permettre à l’autre d’éclaircir ses émotions et ses besoins.
  6. L’écoute empathique est énergivore car elle n’est pas habituelle… Elle demande qu’on réfléchisse à ce qu’on dit sans entrer dans les écueils des phrases banales.
  7. L’intention est la prémisse indispensable : Pourquoi entrer en empathie avec l’autre? Il est nécessaire de vouloir être uniquement bienveillant avec l’autre. La seule intention que nous devons avoir est d’accompagner la personne dans l’expression de ses sentiments et la création de liens entre ses sentiments et ses besoins.
    En outre, il faut s’assurer que la personne ait envie que l’on entre dans son vécu émotionnel sans faire effraction dans son monde intérieur. Il y a fort à parier qu’un parfait inconnu prendra assez mal un : « Vous semblez vraiment en colère ! ».
  1. A partir du moment où l’individu se sent entendu intégralement, il se produit une accalmie de la tempête émotionnelle et cela lui laisse l’opportunité d’ouvrir le dialogue sur les stratégies à adopter.

 

Toutes ces informations nous aident à agir avec plus de présence à l’autre,  aussi par rapport à nos enfants… et à nous-même !

Il est indispensable d’être en empathie avec nous-même, afin de pouvoir vivre avec les autres. Lorsque l’on est au clair avec ses besoins, il est possible d’accueillir l’autre et de l’accompagner.

La frustration/la colère d’un enfant ne se calmera jamais si on lui dit : « tu as le droit d’être en colère mais j’ai raison de t’enlever ceci ou cela ! ». L’intention est alors d’éduquer…
Tu peux juste évoquer ce que tu constates : « Je vois que tu es en colère… » et se mettre en posture d’accueil en proposant un câlin, par exemple.
Si l’on n’en a pas l’énergie, il est utile de prendre un temps de pause ou se retirer momentanément afin de recouvrer les ressources indispensables à la gestion empathique de la situation.

 

J’espère sincèrement que ces informations te permettront d’améliorer tes relations aux autres et à toi-même.

A très vite, Lectrice.eur curieuses.x!

 

Sources : http://nvc-europe.org/SPIP/Place-de-l-empathie-dans-la

Inspirations :

Préparer la naissance

Comment avoir l’accouchement que l’on souhaite ?

Préparer un projet de naissance
Il est commun d’entendre que cela ne se passe jamais comme prévu.
Et c’est vrai.
Voilà, Clap de fin !

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Sans blague…
Il est vrai que le déroulement des « opérations » ne se passera sûrement pas comme il avait été imaginé.
Mais ce n’est pas parce qu’il y a des imprévus que tout le projet désiré est bâclé.

La rédaction d’un projet de naissance sert à être au clair avec ce qu’on envisage et ce qu’on veut éviter.
Cela aide à conscientiser le cadre dans lequel on accouche et à préciser ce que l’on attend des gens autour de nous.
Un projet de naissance a du sens dans tous les cas : maternité hospitalière, maison de naissance ou encore accouchement à domicile.
Il permet de se renseigner sur le déroulé de différents accouchements et de connaître les pratiques habituelles. Il offre la possibilité de faire le point sur ce que l’on souhaite vraiment et les besoins que l’on estime avoir en tant que jeune maman.
Par exemple, en tant que maman solo, je n’envisageais pas un accouchement à domicile ou encore en maison de naissance parce que j’avais besoin d’être entourée les premiers jours. J’avais besoin d’avoir des professionnelles pour m’aider h24 si nécessaire et m’assurer un bon début d’allaitement (et je remercie encore le personnel de la maternité du CHR de Namur !).

Bref, le projet de naissance sera un outil de choix pour communiquer avec les personnes présentes lors de votre accouchement.
Si tu arrives déjà en phase active et que tu n’as plus envie de discuter, avoir couché sur papier tes désidératas pourra aider à ce qu’on t’accompagne dans ton objectif.

Mais voilà, ce ne sont pas seulement des listes de désidératas, enfin, pas uniquement !

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Voilà pourquoi je propose un petit guide du « comment rédiger un projet de naissance sympa à lire ».
Parce que dans l’absolu, s’il y a bien un moment où l’on a envie de recevoir de la bienveillance, c’est celui-là ! Et quoi de mieux que de communiquer avec précision, empathie et bienveillance pour en recevoir en retour ? :-p

Tout d’abord, prends la peine d’écrire à la main (de manière lisible, je sais à quel point cet aspect peut-être difficile!). Ensuite, je peux te conseiller de commencer ta lettre de projet par la confiance que tu éprouves dans la structure dans laquelle tu accouches.
Ensuite, il est nécessaire que tu évoques ce que tu aimerais vivre (et non pas ce que tu ne voudrais pas vivre !). Par exemple, un accouchement physiologique, dans une ambiance feutrée, la participation active de ton/ta accompagnant.e, le peau à peau, le clampage tardif, etc. Mais cela vaut aussi pour les accouchements sous péridurale (en précisant la dose escomptée), la volonté de bouger pendant le travail ou encore les accouchements sous césarienne programmée (durant lesquels il est possible de demander le peau à peau le plus rapide possible, ou qu’il soit effectué par l’accompagnant.e, par exemple).

Après cela, je te suggère de préciser que tu/vous as besoin que l’équipe (ou les personnes présentes) communique avec toi et te prévienne de chaque acte et de toute évolution dans le travail. Revendique ton besoin de soutien de leur part pour rester en confiance dans ce moment émotionnel qu’est la naissance.

Après cela, tu peux évoquer avec une formulation positive ce que tu ne veux pas.
Imaginons que tu ne veuilles pas d’épisiotomie préventive, pas d’injection de syntocinon (ocytocine), pas de rupture de la poche des eaux ou autres…
L’idéal serait de le présenter sous cette forme :

  • J’aimerais éviter l’intervention d’une épisiotomie préventive ;
  • Je souhaiterais éviter d’injection d’ocytocine si le décours du travail ne l’exige pas expressément et que je n’ai pas émis mon accord

La formulation positive aide à faire passer ton message de manière plus ouverte et disponible à la discussion.
En effet, il ne faudrait pas oublier qu’une naissance peut être pavée de faits inattendus.
La médecine moderne a pu se positionner de telle manière à défaire les femmes de leurs pouvoirs lors de l’accouchement. L’objectif actuel, et surtout dans les accouchements physiologiques, est clairement de promouvoir un enpowerment des parturientes.
Cela dit, il ne faut pas se couper des possibilités et des avantages des soins accessibles à l’heure actuelle.
Il est tout de même heureux que nous ayons accès à des soins qui permettent de faire face à ces imprévus qui peuvent altérer la santé des femmes et de leurs bébés.

Il est donc nécessaire de préciser que toutes les requêtes amenées dans le projet de naissance, ne sont à considérer que dans le cadre où la mère et l’enfant sont en bonne santé. S’il faut se prémunir face à de l’excès d’interventionnisme, il n’est pas prudent d’être hermétique à tous les actes qui peuvent être réellement utiles.

Exemple anecdotique me concernant : Je voulais absolument accoucher dans une position physiologique (qui aide à la descente naturelle du bébé). Au moment venu de pousser (on en reparlera, parce que … si j’avais su qu’il était possible de ne pas pousser avant.. !), je me suis donc mise à 4 patte.
Et j’ai été incapable de garder cette position. Je n’étais ni confortable ni dans la capacité à canaliser mes efforts. La sage-femme m’a suggéré de basculer sur le côté, « à l’anglaise », et là non plus, je n’u parvenais pas.
La gynécologue m’a alors demandé si j’acceptais de me mettre sur le dos. Je connaissais tous les blocages que cela engendre… et que cela n’aidait vraiment pas.
Mais je n’y arrivais pas autrement, j’étais à 14h de travail, 4h de sommeil en 48h …
Alors, je me suis dit qu’il fallait tenter (même si j’avais peur des interventions qui seraient facilitées par cette position). Et là, cela a bien débloquer le déroulement des évènements.
Ma puce était « bloquée » vers le pubis et passer sur le dos l’a fait descendre. Cela expliquait pourquoi je ne supportais pas de rester vers l’avant tout le travail.
Malgré cet expulsion en position gynécologique, il n’y a eu aucun acte ni souffrance. Comme quoi…

 

En somme, il faut être informé.e (comme je le suggère dans cet article sur la préparation) , savoir ce que l’on souhaite et être en mesure de le communiquer en usant des méthodes de demande de la communication non-violente afin que cela soit entendu et respecté.

A très bientôt, les Curieuses.x!

« Un esprit curieux est l’attribut le plus important qu’un homme ou un femme peut posséder. » M.J. Rose

 

Communication Non-Violente

« Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »

Ou comment la formulation des demandes impacte les relations.

Et voici venir la dernière étape de la CNV, la formulation des demandes !

Pour rappel :

Étape 1 : l’observation des faits sous forme de constat objectif

Etape 2 : l’expression des sentiments dénués d’implication des autres et en se responsabilisant de ses émotions

Etape 3 : l’expression et la détection de ses besoins (sans qu’ils soient liés à d’autres personnes- et communs à tous les êtres humains)

 

Il n’est pas limpide de savoir ce dont nous avons réellement besoins (bien qu’on puisse chercher, cf mon article sur les besoins) et encore moins la manière dont ils peuvent être réellement satisfaits. Les demandes ont pour objectif de satisfaire les besoins. Lors de la demande, l’émetteur propose une stratégie pour les combler. C’est une alternative.
Il s’avère que nous ne sommes pas forcément sûr.e.s de ce que nous voulons vraiment… Sauf quand nous l’avons obtenu.

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La demande, pour être efficace, doit contenir des verbes d’action. Par exemple : « J’aimerais que tu ranges la vaisselle, quand elle est sèche. »
Une requête qui n’est pas efficace dans la même situation serait : « J’aimerais que tu sois plus ordonné.e. » ou « J’aimerais que la vaisselle ne traîne pas sur l’égouttoir ».
Une demande mettant en évident ce que l’on veut que l’autre SOIT est, par essence, une perte de temps : « J’aimerais que tu sois plus confiant », « J’aimerais que tu sois honnête », « j’aimerais que tu sois plus aimable ».
Il faudrait définir en acte concret ce que signifie pour ces personnes ce qu’est être confiant, honnête et aimable.
Si la réponse est : « Oh ! Tu sais bien ! » ou « C’est difficile à décrire ! », il pourrait être utile de transmettre à l’autre qu’il est bien ardu de savoir ce qui est dans sa propre tête et qu’il est encore plus compliqué de faire quelque chose qu’il ne parvient pas à formuler concrètement.
De la même manière, effectuer une requête en émettant ce que l’on ne veut pas ne donne aucune indication sur ce qui remplit notre besoin : « J’aimerais que tu évites de lui parler », « j’aimerais que tu ne cries pas », « j’aimerais que tu ne touches pas à mes affaires ».
Outre le fait que l’enfant jusqu’à un certain âge n’entend pas les formulations négatives et garde en tête l’action, l’adulte ne peut cibler les actions à entreprendre pour aider l’autre à combler son besoin.

Rosenberg suggère que toute demande contienne une action concrète, accessible et positive (dans la tournure de phrase). En plus de cela, il propose de :

  1. Cibler la volonté d’une relation de qualité plutôt que les effets : il est alors indispensable de  prendre en compte les propres besoins de mon interlocuteur et accepter sa réaction (dont un éventuel refus) avec empathie.
  2. Demander un feed-back : demander à l’interlocuteur de restituer ce qu’il a reçu de mon message.

 

Evoquer un besoin sans émettre une demande SMART (Spécifique, Mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini) peut engendrer de la crainte pour l’interlocuteur. Un besoin peut sembler énorme à combler et sans proposer une demande, autrui peut croire qu’on attend de SA personne toute la satisfaction du besoin.
Or, un besoin est, rappelons-le, détaché de tout individu !

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La différence entre la demande et l’exigence

Quand on y pense : à partir du moment où l’on a détecté le besoin (caché) derrière l’émotion et qu’on formule une requête concrète, on s’attend à ce que l’autre s’exécute.

La formulation était claire et polie (c’est plus facile pour se faire entendre) et les motivations ont été invoquées … Alors pourquoi y aurait-il résistance et comment distinguer la demande de l’exigence ?

La réponse est dans l’interaction avec l’Autre et, surtout, dans l’acceptation de l’opposition à la demande.
La demande est une exigence à partir du moment où le refus d’exécution est mal vécue. Le « Non » n’était en fait pas une option alors qu’on émettait la requête.

Là, je pressens une réaction : il serait logique d’être affecté.e à partir du moment où l’on n’obtient pas ce que l’on souhaite… (En effet, globalement, on aimerait plutôt s’en tenir à un accord suivi d’effet immédiat).
Mais il s’avère que l’Autre, face à soi, a aussi des sentiments et des besoins. Malencontreusement, les besoins ne sont pas forcément identiques en même temps et surtout, les stratégies pour les satisfaire sont divergentes.

La communication va alors prendre tout son sens, puisqu’au moment où la requête est formulée, l’Autre va pouvoir démarrer son propre cheminement de pensées : OSBD (si l’utilisation de la « Langue Girafe Classique » est de mise entre ces deux protagonistes) ou simplement refuser. L’évocation des besoins personnelles et de la demande qui l’accompagne pourront permettre une discussion quant à la stratégie à privilégier pour que chacun sorte gagnant de cette situation.

Exemple : Le soir, A revient chez elle et constate que B, son enfant, a laissé son cartable dans l’entrée.
Cette observation l’énerve, car c’est récurrent… Et qu’A aime l’ordre. Elle a un besoin d’harmonie dans sa maison et estime que ce cartable gâche la perception d’ordre de son habitation, surtout dès qu’elle passe le seuil de la porte.
Elle demande à B de prendre le temps de ranger son cartable dans sa chambre et, qu’à l’avenir, il le range dès son retour de l’école.
B n’a aucune envie de lâcher son jeu et refuse de venir.
A est contrariée…

Comment donc se sortir de cette situation ?
L’empathie est le maître-mot pour prendre de la distance par rapport à nos demandes et aux exigences sous-jacentes.

L’empathie permet comprendre les sentiments et ses pensées d’autrui, en se mettant à sa place tout n’oubliant pas que nous n’y sommes pas.

Dans la situation décrite plus haut, A comprend que B est passionné par son jeu et qu’il n’est pas enthousiasmé par le fait de venir mettre de l’ordre à ce moment précis.
Une discussion peut alors être entamée. Il se peut que B ait besoin de décompresser et de partir jouer dès son retour de l’école. Il n’a pas envie de monter les 2 étages qui le séparent de sa chambre pour y déposer son sac. Alors, il pose son cartable en bas et file jouer.
A comprend le besoin d’amusement de B, et B entend le besoin d’ordre de sa mère. Il parvienne à une solution commune : B place son cartable dans l’entrée de l’escalier et le monte lorsqu’il va dans sa chambre.
Ainsi A n’est plus incommodée par la vue du cartable dans l’entrée et B peut aller jouer rapidement.
Personne n’a eu raison ou n’a perdu dans cette solution commune.

Bien sûr, j’expose ici une situation idyllique. Il y a fort à parier que d’autres situations nous mettent en difficulté par leur récurrence et le manque de collaboration d’autrui (par rapport à l’enfant, voire mon article sur la créativité dans l’éducation).

Cependant, la clef est là : l’empathie et la recherche de collaboration.
Il n’y a pas qu’une stratégie qui peut remplir chaque besoin (cela engendre d’ailleurs beaucoup de conflit de le croire). Il est utile de s’ouvrir à des possibilités et à une co-construction de stratégies qui répondent aux besoins de tous.

L’objectif d’une demande n’est pas de contraindre, mais de l’inciter à agir avec entrain. L’enthousiasme sera inhérent à l’empathie développée, à sa participation à une vie sociale sereine et enfin à la compréhension de son rôle dans la satisfaction du besoin d’autrui (si la stratégie demande la collaboration de l’autre).

Pour demeurer dans un processus positif et non-violent, celui qui formule la demande ne cherche pas que l’Autre s’exécute parce qu’il :

  • a peur d’une punition,
  • espère une récompense,
  • pense que je vais être aimé davantage,
  • a un sentiment de honte ou de culpabilité,
  • sent cette demande comme un devoir.

Le paradigme défendu dans la CNV, mais aussi dans l’éducation bienveillante et positive, est que toutes les actions doivent venir du cœur.
Thomas d’Asembourg a même intitulé un livre: « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ».
L’objectif n’est pas de remplir les besoins d’autrui en s’oubliant. Il s’agit de se comporter de manière à répondre à ses besoins (l’authenticité) et à prendre en compte ceux d’autrui (l’empathie).
Il ne faut pas anticiper et partir du principe que notre authenticité va blesser l’autre.

Je pense que nous avons tous un exemple en tête qu’une personne « à prendre avec des pincettes » et qui entend des reproches/critiques là où l’on constate.
Exemple classique : A : « La voiture a un nouveau coup sur la portière ! », B : « Oui, ça va ! Je sais ! Tu crois que j’ai fait exprès ?! ».
A n’a pourtant pas sous-entendu que c’était le cas mais B anticipe et réagit comme s’il était sujet à un reproche.

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Accepter le refus (des autres et par soi-même)

Refuser une invitation ou annuler sa participation à un évènement peuvent être mal reçues. Pourtant, la personne qui décline soigne ses propres besoins et n’offense par l’autre.
Mieux vaut une présence plus rare mais enthousiaste qu’une participation récurrente dénuée de toute joie, n’est-ce pas ?

Les interlocuteurs sont susceptibles de tomber dans le piège de la culpabilité et dans les envies de revanche par rapport à l’autre. Il est possible que soient confondus « Je me sens blessé » et « tu m’as blessée ».
Comme je l’ai détaillé dans mon article sur les sentiments, il est nécessaire de s’en responsabiliser et de ne pas impliquer autrui.

Dans les situations où l’on sait que l’autre consent à une organisation « pour faire plaisir » et n’y prend pas part de manière heureuse, il est possible de questionner : « Comment puis-je dire ce que j’ai envie de faire aujourd’hui sans que l’autre ne le prenne comme une exigence à laquelle il doit céder à tout prix? ».
Ouvrir le dialogue, très frontalement, en mettant en évidence qu’il n’est pas souhaitable d’agir sous la contrainte peut libérer la relation d’un poids.
Cela ouvre la personne face à nous à s’ouvrir à ses propres besoins et au fait de ne pas agir par défaut. Encore une fois, c’est un exercice d’empathie à l’autre.

Enfin, La volonté d’effectuer une demande sans blesser l’autre (à partir du moment où l’on agit avec cœur et empathie) est impossible à tenir.
Si une personne perçoit chaque constat/sentiment/besoins/demande comme autant de manière d’être blessée, c’est parce qu’elle n’est pas dans un processus d’observation et d’empathie réciproque. La seule manière d’être sûre de ne blesser personne en agissant est d’être « une gentille personne morte » (pour citer Rosenberg).

 

Pour résumer, la formulation des demandes  doit être abordée comme une ouverture vers la collaboration et une relation d’empathie mutuelle.

Est-ce aisé en tout temps ?
Certainement pas.
Parce que pour donner de l’empathie, supporter de l’opposition et  démarrer un processus de collaboration, cela demande de l’énergie (et d’avoir soi-même reçu de l’empathie !).

La fatigue et l’énervement peuvent amoindrir drastiquement nos facultés à faire face.
Ces situations demandent de la compréhension de soi et un respect de ses propres besoin fondamentaux. Un temps de pause offre une partie de ce qui est nécessaire pour accepter la résistance ou la contradiction.
Apprendre à mettre de la distance et de sortir de l’immédiateté permet de revoir avec plus de calme les stratégies pour répondre à ses besoins.

Pour conclure : développe ton empathie, sois indulgent avec toi-même, et vise processus de collaboration… et non l’obéissance.

« C’est dangereux d’enseigner à un enfant qu’il n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit. » – Marshall Rosenberg.

 

A très bientôt, les Curieu.x.ses.

P.S. : Tu excuseras le délai de « livraison » du présent article. Les impondérables de la vie engendrent un vrai manque de disponibilité (#dentsdebébé #roséole #fièvredecheval)

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

« Encore une crise ! » Ou que faire avec les sentiments ?

Etape 2 de la CNV

Pour rappel, voici la première étape du processus de communication non-violente : l’observation.
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Cette fois, j’aborde les émotions, leur reconnaissance et leur « gestion ». Cela fait donc partie du processus de la CNV, mais, comme tous éléments d’un processus, les informations s’avèrent pertinentes dans toutes les circonstances.
La gestion émotionnelle est une chose qui semble à la fois simple et complexe, en fonction des situations. En tant qu’adulte bien portant, les déclinaisons de la joie sont assez aisées (et agréables) à prendre en charge. L’acceptation du sentiment est évident… La plupart du temps, on ne se refuse pas de la joie (je dis bien « la plupart du temps », des évènements de vie traumatiques peuvent engendrer une réactivité à la joie et de la culpabilité d’être heureux alors que d’autres situations sont censées prendre le pas sur ce qui crée des sentiments positifs).

Qu’en est-il des émotions d’autrui ? Peut-être as-tu déjà été surpris.e par des expressions émotionnelles positives plus fortes que ce que tu attendais dans une circonstance. C’est susceptible de te mettre mal à l’aise… Mais  « l’excès » d’enthousiasme (nous sommes alors dans le jugement puisqu’on estime que c’est en excès) est souvent plus drôle à constater qu’autre chose.

Et comment réagir rapport aux émotions négatives, tant les nôtres que celles d’autrui ?

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Cela se gâte un peu, globalement. Ces émotions n’étant pas perçue comme plaisantes sont moins enclins à être acceptées.
Les émotions « négatives » (c’est un jugement de considérer qu’elles le sont) ont pourtant le même rôle que les émotions « positives ».
Mais quel est ce rôle, Watson ?

Les réactions émotives nous sont utiles pour adapter notre comportement en fonction des situations. Elles aident à améliorer le  bien-être et à éviter les dangers/obstacle. Elles sont utiles à nous guider afin de parvenir à la satisfaction de nos besoins (la détection des besoins : l’étape suivante de la CNV !). Donc, ce sont des indicateurs essentiels à la détection de nos besoins !
Les principales émotions sont les suivantes : La colère, la tristesse, la joie, la peur, la surprise, le dégoût, le mépris, la honte et la culpabilité.
Les émotions se déclinent en fonction de la manière dont on se sent précisément. Les listes ci-dessous sont non-exhaustives mais permettent de bien faire comprendre de quoi il s’agit.

Par exemple, la joie s’exprime par différents biais : le fait d’être heureu.x.se, émerveillé.e, intéressé.e, joyeu.x.se, amusé.e, excité.e, ou le fait d’être fier.e.
Il en va de même pour la colère qui se décline en expression telle que l’exaspération, la contrariété, l’irritation, être plein de ressentiments, envieu.x.se ou encore tendu.e.
De la même manière, la tristesse peut se conjuguer par le fait de se sentir seul.e, démoralisé.e, mélancolique, déçu.e ou peiné.e.
Quant à la peur, cela peut se manifester par le fait d’être crainti.f.ve, anxieu.x.se, nerveu.x.se, inquiet.e ou embarrassé.e.

Ce sont bien sûr des exemples, et il y a bien plus de manifestations émotionnelles. Le principe est que ces attitudes, ces émotions sous-tendent pléthore de sentiments.

En somme, il est nécessaire de percevoir des manifestations émotionnelles comme des signaux précis  d’un besoin insatisfait. A nouveau, il faut passer par l’observation et non pas le filtre du jugement : le fait de pleurer (en cas de tristesse) ne relève d’aucune forme de faiblesse. Une « crise » (disons plutôt une tempête émotionnelle) relève plutôt de la colère et prend régulièrement sa source dans un sentiment de frustration. Mais la colère est rarement perçue comme une énergie qui peut être mise à profit afin de dépasser l’obstacle qui la génère. Or, c’est le principe même d’une émotion de nous mettre en mouvement !

L’objectif de la CNV, c’est qu’après avoir effectué le constat de la situation qui meut l’émotivité  c’est de pouvoir exprimer les sentiments qui surgissent. A cette étape, le piège est de masquer le sentiment/émotion « brute » avec l’interprétation de la situation. Il est fort probable qu’une phrase qui place l’autre comme sujet ne soit pas un sentiment. Par exemple, « tu ne m’écoutes pas ! » ou « tu m’ignores ».
En outre, le fait d’être ignoré.e ne peut être compris comme un sentiment, puisqu’il implique quelqu’un d’autre (il faut être deux pour que l’un ignore et l’autre soit ignoré). Cela rend l’autre responsable de nos sentiments. En réalité… Nous sommes les seul.e.s responsables de nos émotions !
Certes, certains actes pourront être majoritairement perçus comme exaspérant, mais tant l’émotion que son intensité découlent du filtre qui œuvre au  sein du « récepteur ». Certain.e.s vont « ronger leur frein » pendant des jours alors que d’autres préfèreront mettre ce qui dérange sous le tapis. Quelle merveilleuse preuve que nos émotions nous appartiennent que de constater notre moindre patience (et l’énervement) lorsque notre état de fatigue se fait sentir ?!

Autant dans les relations entre adultes que dans les relations parent/enfant, il est utile de s’axer sur l’expression émotionnelle et, en priorité, sur la reconnaissance/l’acceptation de ses propres émotions. Autant pour soi que pour son interlocuteur, les émotions (et les besoins sous-jacents) ne demandent qu’à être entendues.
Dans le cas d’une dispute, par exemple, il est profitable d’exprimer son ressenti et de tolérer que l’on ressente cela. Parfois, cela peut paraître futile, l’émotion peut sembler surdimensionnée… Mais elle « s’évapore » à partir du moment où l’on prend le temps de l’accueillir. Pouvoir accepter que « je me sens blessé.e » ou que « je suis furieu.x.se » offre la possibilité d’observer le décours de l’émotion. Celle-ci s’estompera au fur et à mesure, d’autant plus s’il a été possible d’en faire part à la personne avec qui l’oignon devait être pelé.

Face à un enfant qui est  sujet à une tempête émotionnelle, l’objectif sera de reconnaître son émotion et de lui laisser de la place. Souvent, il est tentant d’amoindrir l’émotion : « Ce n’est pas grave quand même ! » ou bien « Tu voulais rester ? Mais tu vas revoir Untelle bientôt, et puis telle chose t’attend ! ». Cela paraît infime, et pourtant, cela ne reconnaît pas le sentiment qu’éprouve l’enfant. L’idéal est de tenter de mettre des mots sur ce qu’il traverse (je rappelle que les jeunes enfants –et certains adultes apparemment… !) n’ont pas la capacité à maîtriser leurs émotions. Elles débordent facilement et cela engendre certains passages à l’acte (cris, larmes, jet d’objet, …). A partir du moment où l’adulte peut s’adresser à l’enfant en lui disant : « Oh ! Tu sembles vraiment triste de quitter cet endroit ! » ou « Je vois que tu es vraiment en colère de ne pas pouvoir obtenir telle chose ! », la pression diminue. L’enfant se sent compris.  Si l’adulte s’est trompé d’émotions, l’enfant va ouvrir le dialogue et sortir de sa tempête émotionnelle.

Une idée complémentaire est de se concentrer sur les ressentis corporels et la respiration pour retrouver le calme. En effet, les émotions ont des manifestations corporelles spécifiques en fonction des individus. S’il est possible de se concentrer dessus et de reconnaître les prémisses ces signaux, cela permet de guider nos actions avant de se sentir débordé.e.

Comme je l’ai dit précédemment, l’émotion fait foi qu’un besoin insatisfait. Il est donc primordial de percevoir quels sont ces besoins (pour nous, et pour l’enfant face à nous aussi). Cela fera l’objet d’un autre article.

Tant pour l’enfant que pour l’adulte, et le plus tôt possible, je ne peux que suggérer de développer un vocabulaire affectif étendu pour exprimer ses sentiments.
Il est également utile de prendre conscience que c’est un besoin insatisfait qui guide l’émotion.
Enfin, nous sommes responsables de nos émotions et de la manière dont nous les maintenons (en les refoulant) ou les laissons « s’évaporer » lorsque nous les observons.

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Cette attitude d’ouverture aux émotions offre une posture de bienveillance par rapport à nous-même mais également par rapport à autrui. Il est primordial d’avoir reçu assez d’empathie et d’écoute de ses propres émotions pour, à son tour, donner toute l’attention nécessaire à l’autre. Quel que soit l’individu, il est toujours possible de dire : « Je me sens vraiment fatigué.e ce soir. J’ai besoin de calme et de câlins ».  C’est rarement mal compris. Cela permet d’éviter de bouillir intérieurement et de craquer en hurlant « Tu m’épuises avec ton comportement ! ».  Cela ne veut pas dire que l’autre voudra forcément prendre part à la demande des câlins, par exemple. Mais ça, j’y reviendrai après l’expression des besoins dans le cadre de la formulation des demandes (qui ne sont pas des exigences… Teaser !).

 

J’espère que cette lecture, faisait suite à ce premier article, t’aura plu.
Laisse donc un commentaire sur tes états émotionnels et la façon dont tu gères les tiens et ceux de tes proches.

« La curiosité naturelle à l’homme lui inspire l’envie d’apprendre. »J.-J. Rousseau ; Les confessions (1765-1770)

A très vite, Internaute Curieux !

 

Éducation bienveillante

Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?

Le sujet de l’éducation est régulièrement abordé lorsqu’il s’agit de faire face à une difficulté.
Tant que tout va bien, on n’en parle pas voire on n’y pense pas.
Puis arrivent les premières prises d’autonomie des enfants, leurs premières compétences et les initiatives perçues (par les adultes) aussi maladroites qu’inopportunes.
On entend parler du «Terrible Two», de la crise d’opposition et des colères. Et là, ça y est ! On se dit qu’il faut trouver des solutions pour que l’enfant soit plus agréable à vivre.
C’est vrai qu’une colère à cause de la couleur d’un verre, le manque d’enthousiasme à se préparer ou à enfiler ses chaussures et la propension curieuse à jeter ses jouets les plus lourds à travers la pièce (je peux continuer sur les adolescent.e.s : l’insolence, le bazar laissé partout, …), sont des attitudes qui sont observées avec suspicion par l’adulte. Je dirai même plus qu’elles génèrent souvent agacement et énervement.

Alors, en réaction, on se doit d’intervenir (Accessoirement, si on peut se passer d’un bloc de bois en pleine tête, c’est plus sympa !). La réaction de base est « On ne fait PAS ça ! » (Tu déclines le « ça » en milles possibilités inventives 😉 ) associé d’un « NON ! ». Ou alors on minimise l’importance de ce qui déclenche la colère : « Mais enfin, ce n’est qu’un verre ! », « tu peux quand même te dépêcher ! ».
C’est assez logique pour les adultes, puisqu’on parvient à mettre en perspective les différents éléments qui engendrent de la contrariété. On sait que la couleur d’un verre ne change rien au goût du contenu ; que même si l’on n’a pas vraiment envie, il faut bien bouger et donc enfiler ses chaussures… Et que jeter des objets n’est pas adapté à une vie sociale harmonieuse (Je ne sais pas pour toi, mais je connais des personnes qui ont quand même tendance à le faire, sur le coup de l’agacement… !).

Seulement, le petit enfant n’a pas le même niveau réflexif et de lien de causalité que nous, adultes. Le cerveau n’acquiert son plein potentiel qu’aux alentours de 25 ans (pour autant qu’on ne l’ait pas maltraité avec trop de substances psychoactives… Eh oui ! L’alcool et les drogues sont lourdement délétères pour le développement cérébral et, donc, toutes les compétences émotionnelles et cognitives).

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L’éducation bienveillante, comme je l’ai décrite dans mon article sur la discipline positive, est une manière d’aborder l’enfant et ses réactions différemment. En somme, elle offre, à l’adulte, une autre perspective de sa situation auprès de l’enfant.
En ouvrant le champ des possibles grâce à la compréhension du développement cognitif et émotionnel, l’adulte s’offre de nouvelles possibilités d’actions.

Pour être plus concrète, quelques menus exemples :

  • « Stop ! » est plus efficace pour arrêter une action que le « Non », qui est utilisé dans tous les contextes ;
  • La tournure de phrase négative : « Tu ne dois pas faire…. » n’est pas assimilée par le petit qui n’entend que l’action et pas la négation ;
  • La distraction est un outil majeur ! Après un refus (S’opposer au fait que Petit Cœur prenne sa deuxième glace de la journée en juxtaposant, immédiatement après le refus, une autre source d’attention. Par exemple : « Non, tu as déjà eu une glace aujourd’hui ! Oh, dis donc, là-bas il y a des ballons/chats/autres enfants (le contexte fera la réponse !), allons voir ! ». Jusqu’à un certain âge, l’enfant se distrait et change de point d’attention très rapidement.

Bien sûr, ce n’est pas tout ! Mon objectif présent n’est pas de te fournir un annuaire des outils, mais de répondre à « Quel rapport avec le fait de s’amuser ? ».
J’y viens.

Quand j’ai découvert la discipline positive et plus largement, l’éducation bienveillante, j’ai pris conscience de la nécessité d’écouter ses besoins, ceux de l’enfant, de comprendre ses réactions en regard de son développement émotionnel et cognitif, d’adapter son environnement à l’enfant et qu’il fallait lâcher-prise. Mais j’avais l’impression que les réactions bienveillantes demandaient quelque chose de plus… Cela ne me semblait pas « simple et naturel », bien qu’à la lecture des propositions, c’était évident et tout-à-fait pertinent !
Lectures faisant, par une exploration plus profonde de divers sujets et d’une perspective de vie plus harmonieuse (en chassant la violence et la tension, grâce à un« mode de vie CNV »), j’ai mis le doigt sur le dénominateur commun aux réactions dans le cadre d’une éducation bienveillante : être dans la joie et avoir de la créativité !

Trouver une alternative à un comportement jugé inadéquat ne peut être initié que par l’adulte. L’enfant va agir en mettant en œuvre ses compétences à l’instant « T » et démontre « la solution » ou « l’expérience actuelle» qu’il acquiert (dans la tête de l’enfant : Ok, j’ai la force de lancer des blocs en bois et même assez loin. Puis ça fait du bruit. Hum ! Je vais un peu voir si cela fonctionne pareil si je l’envoie là-bas !). L’enfant n’a pas d’intention malveillante : il explore son environnement, découvre les propriétés physiques des éléments qui l’entoure et agit dans l’idée d’appréhender son univers (L’eau, ça se renverse, ça coule et je peux l’étaler… comme la peinture…Mais, étrangement, Untel, l’adulte face à moi semble plus catastrophé de me voir mouillé de peinture que d’eau… !)
L’enfant va aussi apprendre énormément en observant et en écoutant. Le ton de voix et la manière de bouger, par exemple, vont influencer le développement de l’enfant. Si un adulte a tendance à s’emporter régulièrement, il est fort probable que le mimétisme survienne. Tout comme un comportement physiquement démonstratif (Jeter quelque chose à terre par énervement ou attraper quelqu’un par le bras) sera tôt ou tard imiter par le petit.

L’adulte qui souhaite faire évoluer les attitudes de son enfant, doit lui-même se pencher sur ses propres attitudes. Et je sais à quel point cela peut être difficile de se regarder dans le miroir… Mais aussi combien cela fait grandir !
C’est là que la joie et la créativité font leur entrée dans l’éducation de l’enfant… Mais aussi dans la vie, en général.
L’espoir principal des parents est que l’enfant soit heureux et se développe harmonieusement. Quelle meilleure motivation que de voir ses référent.e.s exister avec joie et enthousiasme ?

La joie, ce n’est pas éviter toute la tristesse du monde et/ou la cacher. La joie, c’est un sentiment de satisfaction, un sentiment de bonheur, de gaieté et de bonne humeur. Pour se faire, il faut que nos besoins (à différencier des envies) soient comblés et que les évènements négatifs puissent être perçus sans exagération (c’est en ce sens que le lâcher-prise est important : relativiser). C’est dans ce cadre-là que tu mobilises ta créativité et ta flexibilité d’esprit.
Comme tout exercice de la pensée, cela demande de l’entraînement, ainsi que de l’indulgence tant envers soi qu’envers son enfant.

La créativité, dans tous les domaines, s’exerce. Il devient plus facile d’inventer des histoires à partir du moment où l’on en crée chaque jour. Il est plus naturel d’écrire quand c’est fait régulièrement. Il est plus facile d’apporter une alternative comportementale quand on l’a déjà fait auparavant.

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Les débuts peuvent être poussifs et cela peut être décourageant, comme on a l’impression de ne pas être naturel en situation. C’est sûrement le cas, mais l’enfant ne prête pas d’attention spécifique à ce flottement mais plutôt à la finalité, à ce que tu maintiens au final.
Cas fréquent d’un enfant qui va taper, où la réaction classique est « On ne tape pas ! », puis on se remémore l’utilité de recourir à des formulations positives et on se rattrape en disant : « les mains, c’est pour les caresses ! ». On peut y adjoindre l’acte à la parole en montrant l’exemple à l’enfant.
Le résultat ne sera peut-être pas immédiat, mais au fur et à mesure, les formulations négatives ne seront plus autant activées, les réponses seront plus naturelles (Oui ! il faudra répéter 1000 fois : « On fait des caresses au chat ! Ta main à plat, c’est plus doux ! ». Donc vous aurez le temps de l’exercer … 😉 ).
Cela vaut aussi pour les réactions émotionnelles face à une « bêtise » (je préfère appeler cela des «expériences curieuses ») : la tendance générale est de monter dans les tours. Un enfant qui dessine sur le mur du salon, fraîchement repeint (ou pas d’ailleurs), ce n’est pas vraiment le style de déco qu’on attendait. L’idée dans ce cas-là, c’est de se créer des réactions calmes. D’abord, en constatant les faits, il est utile de s’offrir 3 secondes pour inspirer et souffler (c’est le temps de pause). Oui, c’est moche. Non, ce n’est pas grave en fait…
Une proposition de réaction pourrait être : « je crois que le feutre fonctionne mieux sur une feuille ! (en montrant la feuille et en invitant l’enfant à se diriger vers l’endroit adéquat) ». La coupure du geste cessera sans doute l’action. Si l’enfant est assez grand, on peut aussi l’inviter à réparer son action : prendre un chiffon et frotter.
Il en va de même avec les enfants plus grands. Le désordre est pénible à supporter, mais s’énerver et ranger à leur place n’a pas d’impact à long terme. L’idéal est de constater les faits (l’observation des faits est clef : va donc jeter un œil sur cet article !) et de les accompagner dans la « réparation ».

Ce principe de réparation responsabilise l’enfant, lui apprend à agir et permet à l’adulte d’être dans une posture de transmission et non pas de punition/énervement sous l’emprise d’émotions non contrôlées. Là aussi, tu fais appel à ta créativité pour accompagner la réparation et les alternatives… Et à ta joie de vivre, parce que réparer une « bévue » peut aussi s’effectuer en chantant. C’est d’ailleurs vraiment plus agréable de s’entraîner à chanter une mélodie gaie en ramassant du verre cassé plutôt qu’en pestant envers notre maladresse (ou celle d’autrui).

La joie favorise une plus grande créativité puisqu’un état émotionnel calme permet de fonctionner de manière optimale. Il est alors intéressant de s’orienter vers une nouvelle approche du rapport au monde. Un automobiliste qui nous coupe la route de manière soudaine, engendre une réaction de colère (ponctuées de toutes les manifestations fleuries assorties) : et si tu instaurais une autre réaction lors d’une bouffée de colère. Cela s’appelle «créer de nouveaux automatismes». Il pourrait suffire de respirer profondément lorsqu’une bouffée de colère monte. « Ce comportement m’énerve ! Bon ! Je vais souffler! » Et ceci, en joignant l’acte à la parole.
Le fait de prendre ce temps de respiration et d’exprimer son émotion vont faire en sorte que le climat émotionnel se régule plus vite qu’en restant sur « c’est vraiment un BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, il conduit comme un BUUUUUUUUUUP ! Non, mais vraiment ! ». De plus, en agissant de la sorte, tu montres l’exemple à l’enfant : une manière de réagir en cas de colère. C’est un coup double gagnant !

La joie et la créativité, c’est aussi faire du jeu un outil de collaboration avec l’enfant : « Faisons la course pour mettre son pyjama ! » ; « On quitte le parc, qui fait des pas de géants jusqu’à la voiture ? » (Pour quitter le parc de jeux sans heurt) ; « Oh ! Le lit, ça rebondit! Et si on allait plutôt faire des cabrioles ensemble dehors ?! » (Pour éviter d’exploser le sommier… Foi d’enfant qui a détruit son lit, à l’époque !) ; « Viens que je te chatouille les dents avec la brosse et tu feras pareil avec moi ! » ; Je vois que tu as vraiment envie de ce jouet-là. D’ailleurs, j’aimerais te prendre bien plus de jouets que celui qu’on a choisi hier. Il nous faudrait des bacs à jouets gigantesques ! Grands comment, tu crois ? ».
Toutes ces petites actions distrairont l’enfant et lui offriront la reconnaissance de ses envies (dont il a besoin), sans pour autant accéder à la demande.

Il n’y a pas de mal à faire de sa vie un jeu. Autant adulte qu’enfant, si nous nous plaisons à agir avec une perspective autre que la contrainte, en ayant une motivation intrinsèque à le faire, les situations sont plus agréables. L’adoption de la communication non-violente est également un processus qui aura des répercutions majeures sur le mode d’éducation et dans la perception du monde, tout simplement. J’aime toujours me rappeler qu’il est essentiel de détacher l’individu de ses actes.
Untel n’est pas pénible : il a un comportement perçu comme pénible. Cela permet de se questionner sur la/les raisons qui engendrent ces actions-là, à cet instant-là.
Cela permet de rechercher des éléments de contexte et des explications plutôt que la caractérisation de l’individu qui cristallise autant les émotions négatives que l’absence d’empathie (attention, comprendre n’est pas cautionner ! 😉 ).

C’est un exercice qui demande quelques tâtonnements, mais qui vaut vraiment le détour afin de percevoir le monde et l’enfant sous un angle propice à la sérénité de tous.

La « zenitude » s’apprend, comme tout le reste !

Dis-moi ce que tu en penses, et éventuellement les difficultés que tu rencontres.
Est-ce que ces notions de joie et de créativité dans l’éducation résonnent chez toi ?

A très bientôt, invité.e curieu.x.se.