Communication Non-Violente

« Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »

Ou comment la formulation des demandes impacte les relations.

Et voici venir la dernière étape de la CNV, la formulation des demandes !

Pour rappel :

Étape 1 : l’observation des faits sous forme de constat objectif

Etape 2 : l’expression des sentiments dénués d’implication des autres et en se responsabilisant de ses émotions

Etape 3 : l’expression et la détection de ses besoins (sans qu’ils soient liés à d’autres personnes- et communs à tous les êtres humains)

 

Il n’est pas limpide de savoir ce dont nous avons réellement besoins (bien qu’on puisse chercher, cf mon article sur les besoins) et encore moins la manière dont ils peuvent être réellement satisfaits. Les demandes ont pour objectif de satisfaire les besoins. Lors de la demande, l’émetteur propose une stratégie pour les combler. C’est une alternative.
Il s’avère que nous ne sommes pas forcément sûr.e.s de ce que nous voulons vraiment… Sauf quand nous l’avons obtenu.

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La demande, pour être efficace, doit contenir des verbes d’action. Par exemple : « J’aimerais que tu ranges la vaisselle, quand elle est sèche. »
Une requête qui n’est pas efficace dans la même situation serait : « J’aimerais que tu sois plus ordonné.e. » ou « J’aimerais que la vaisselle ne traîne pas sur l’égouttoir ».
Une demande mettant en évident ce que l’on veut que l’autre SOIT est, par essence, une perte de temps : « J’aimerais que tu sois plus confiant », « J’aimerais que tu sois honnête », « j’aimerais que tu sois plus aimable ».
Il faudrait définir en acte concret ce que signifie pour ces personnes ce qu’est être confiant, honnête et aimable.
Si la réponse est : « Oh ! Tu sais bien ! » ou « C’est difficile à décrire ! », il pourrait être utile de transmettre à l’autre qu’il est bien ardu de savoir ce qui est dans sa propre tête et qu’il est encore plus compliqué de faire quelque chose qu’il ne parvient pas à formuler concrètement.
De la même manière, effectuer une requête en émettant ce que l’on ne veut pas ne donne aucune indication sur ce qui remplit notre besoin : « J’aimerais que tu évites de lui parler », « j’aimerais que tu ne cries pas », « j’aimerais que tu ne touches pas à mes affaires ».
Outre le fait que l’enfant jusqu’à un certain âge n’entend pas les formulations négatives et garde en tête l’action, l’adulte ne peut cibler les actions à entreprendre pour aider l’autre à combler son besoin.

Rosenberg suggère que toute demande contienne une action concrète, accessible et positive (dans la tournure de phrase). En plus de cela, il propose de :

  1. Cibler la volonté d’une relation de qualité plutôt que les effets : il est alors indispensable de  prendre en compte les propres besoins de mon interlocuteur et accepter sa réaction (dont un éventuel refus) avec empathie.
  2. Demander un feed-back : demander à l’interlocuteur de restituer ce qu’il a reçu de mon message.

 

Evoquer un besoin sans émettre une demande SMART (Spécifique, Mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini) peut engendrer de la crainte pour l’interlocuteur. Un besoin peut sembler énorme à combler et sans proposer une demande, autrui peut croire qu’on attend de SA personne toute la satisfaction du besoin.
Or, un besoin est, rappelons-le, détaché de tout individu !

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La différence entre la demande et l’exigence

Quand on y pense : à partir du moment où l’on a détecté le besoin (caché) derrière l’émotion et qu’on formule une requête concrète, on s’attend à ce que l’autre s’exécute.

La formulation était claire et polie (c’est plus facile pour se faire entendre) et les motivations ont été invoquées … Alors pourquoi y aurait-il résistance et comment distinguer la demande de l’exigence ?

La réponse est dans l’interaction avec l’Autre et, surtout, dans l’acceptation de l’opposition à la demande.
La demande est une exigence à partir du moment où le refus d’exécution est mal vécue. Le « Non » n’était en fait pas une option alors qu’on émettait la requête.

Là, je pressens une réaction : il serait logique d’être affecté.e à partir du moment où l’on n’obtient pas ce que l’on souhaite… (En effet, globalement, on aimerait plutôt s’en tenir à un accord suivi d’effet immédiat).
Mais il s’avère que l’Autre, face à soi, a aussi des sentiments et des besoins. Malencontreusement, les besoins ne sont pas forcément identiques en même temps et surtout, les stratégies pour les satisfaire sont divergentes.

La communication va alors prendre tout son sens, puisqu’au moment où la requête est formulée, l’Autre va pouvoir démarrer son propre cheminement de pensées : OSBD (si l’utilisation de la « Langue Girafe Classique » est de mise entre ces deux protagonistes) ou simplement refuser. L’évocation des besoins personnelles et de la demande qui l’accompagne pourront permettre une discussion quant à la stratégie à privilégier pour que chacun sorte gagnant de cette situation.

Exemple : Le soir, A revient chez elle et constate que B, son enfant, a laissé son cartable dans l’entrée.
Cette observation l’énerve, car c’est récurrent… Et qu’A aime l’ordre. Elle a un besoin d’harmonie dans sa maison et estime que ce cartable gâche la perception d’ordre de son habitation, surtout dès qu’elle passe le seuil de la porte.
Elle demande à B de prendre le temps de ranger son cartable dans sa chambre et, qu’à l’avenir, il le range dès son retour de l’école.
B n’a aucune envie de lâcher son jeu et refuse de venir.
A est contrariée…

Comment donc se sortir de cette situation ?
L’empathie est le maître-mot pour prendre de la distance par rapport à nos demandes et aux exigences sous-jacentes.

L’empathie permet comprendre les sentiments et ses pensées d’autrui, en se mettant à sa place tout n’oubliant pas que nous n’y sommes pas.

Dans la situation décrite plus haut, A comprend que B est passionné par son jeu et qu’il n’est pas enthousiasmé par le fait de venir mettre de l’ordre à ce moment précis.
Une discussion peut alors être entamée. Il se peut que B ait besoin de décompresser et de partir jouer dès son retour de l’école. Il n’a pas envie de monter les 2 étages qui le séparent de sa chambre pour y déposer son sac. Alors, il pose son cartable en bas et file jouer.
A comprend le besoin d’amusement de B, et B entend le besoin d’ordre de sa mère. Il parvienne à une solution commune : B place son cartable dans l’entrée de l’escalier et le monte lorsqu’il va dans sa chambre.
Ainsi A n’est plus incommodée par la vue du cartable dans l’entrée et B peut aller jouer rapidement.
Personne n’a eu raison ou n’a perdu dans cette solution commune.

Bien sûr, j’expose ici une situation idyllique. Il y a fort à parier que d’autres situations nous mettent en difficulté par leur récurrence et le manque de collaboration d’autrui (par rapport à l’enfant, voire mon article sur la créativité dans l’éducation).

Cependant, la clef est là : l’empathie et la recherche de collaboration.
Il n’y a pas qu’une stratégie qui peut remplir chaque besoin (cela engendre d’ailleurs beaucoup de conflit de le croire). Il est utile de s’ouvrir à des possibilités et à une co-construction de stratégies qui répondent aux besoins de tous.

L’objectif d’une demande n’est pas de contraindre, mais de l’inciter à agir avec entrain. L’enthousiasme sera inhérent à l’empathie développée, à sa participation à une vie sociale sereine et enfin à la compréhension de son rôle dans la satisfaction du besoin d’autrui (si la stratégie demande la collaboration de l’autre).

Pour demeurer dans un processus positif et non-violent, celui qui formule la demande ne cherche pas que l’Autre s’exécute parce qu’il :

  • a peur d’une punition,
  • espère une récompense,
  • pense que je vais être aimé davantage,
  • a un sentiment de honte ou de culpabilité,
  • sent cette demande comme un devoir.

Le paradigme défendu dans la CNV, mais aussi dans l’éducation bienveillante et positive, est que toutes les actions doivent venir du cœur.
Thomas d’Asembourg a même intitulé un livre: « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ».
L’objectif n’est pas de remplir les besoins d’autrui en s’oubliant. Il s’agit de se comporter de manière à répondre à ses besoins (l’authenticité) et à prendre en compte ceux d’autrui (l’empathie).
Il ne faut pas anticiper et partir du principe que notre authenticité va blesser l’autre.

Je pense que nous avons tous un exemple en tête qu’une personne « à prendre avec des pincettes » et qui entend des reproches/critiques là où l’on constate.
Exemple classique : A : « La voiture a un nouveau coup sur la portière ! », B : « Oui, ça va ! Je sais ! Tu crois que j’ai fait exprès ?! ».
A n’a pourtant pas sous-entendu que c’était le cas mais B anticipe et réagit comme s’il était sujet à un reproche.

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Accepter le refus (des autres et par soi-même)

Refuser une invitation ou annuler sa participation à un évènement peuvent être mal reçues. Pourtant, la personne qui décline soigne ses propres besoins et n’offense par l’autre.
Mieux vaut une présence plus rare mais enthousiaste qu’une participation récurrente dénuée de toute joie, n’est-ce pas ?

Les interlocuteurs sont susceptibles de tomber dans le piège de la culpabilité et dans les envies de revanche par rapport à l’autre. Il est possible que soient confondus « Je me sens blessé » et « tu m’as blessée ».
Comme je l’ai détaillé dans mon article sur les sentiments, il est nécessaire de s’en responsabiliser et de ne pas impliquer autrui.

Dans les situations où l’on sait que l’autre consent à une organisation « pour faire plaisir » et n’y prend pas part de manière heureuse, il est possible de questionner : « Comment puis-je dire ce que j’ai envie de faire aujourd’hui sans que l’autre ne le prenne comme une exigence à laquelle il doit céder à tout prix? ».
Ouvrir le dialogue, très frontalement, en mettant en évidence qu’il n’est pas souhaitable d’agir sous la contrainte peut libérer la relation d’un poids.
Cela ouvre la personne face à nous à s’ouvrir à ses propres besoins et au fait de ne pas agir par défaut. Encore une fois, c’est un exercice d’empathie à l’autre.

Enfin, La volonté d’effectuer une demande sans blesser l’autre (à partir du moment où l’on agit avec cœur et empathie) est impossible à tenir.
Si une personne perçoit chaque constat/sentiment/besoins/demande comme autant de manière d’être blessée, c’est parce qu’elle n’est pas dans un processus d’observation et d’empathie réciproque. La seule manière d’être sûre de ne blesser personne en agissant est d’être « une gentille personne morte » (pour citer Rosenberg).

 

Pour résumer, la formulation des demandes  doit être abordée comme une ouverture vers la collaboration et une relation d’empathie mutuelle.

Est-ce aisé en tout temps ?
Certainement pas.
Parce que pour donner de l’empathie, supporter de l’opposition et  démarrer un processus de collaboration, cela demande de l’énergie (et d’avoir soi-même reçu de l’empathie !).

La fatigue et l’énervement peuvent amoindrir drastiquement nos facultés à faire face.
Ces situations demandent de la compréhension de soi et un respect de ses propres besoin fondamentaux. Un temps de pause offre une partie de ce qui est nécessaire pour accepter la résistance ou la contradiction.
Apprendre à mettre de la distance et de sortir de l’immédiateté permet de revoir avec plus de calme les stratégies pour répondre à ses besoins.

Pour conclure : développe ton empathie, sois indulgent avec toi-même, et vise processus de collaboration… et non l’obéissance.

« C’est dangereux d’enseigner à un enfant qu’il n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit. » – Marshall Rosenberg.

 

A très bientôt, les Curieu.x.ses.

P.S. : Tu excuseras le délai de « livraison » du présent article. Les impondérables de la vie engendrent un vrai manque de disponibilité (#dentsdebébé #roséole #fièvredecheval)

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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Comment faire pour que les autres acceptent mes choix ?

Aaah ! La jolie question !
On ne se sent pas trop seule, quand on est sur Facebook dans des groupes de parents (ok, honnêtement, de mamans) prônant la bienveillance, l’allaitement et tutti quanti.
Mais qu’en est-il quand la bulle virtuelle n’est plus ?

Que faire quand on entend : « Ah, elle est tout le temps dans tes bras. Tu vas en faire une capricieuse ! », ou encore : « Alors, il fait bien ses nuits ? Non ? En cododo ? Mais quelle mauvaise habitude ! », et d’autres : « tu comptes l’allaiter longtemps ? ».
Ça exaspère sérieusement, surtout si c’est fréquent et que cela vient de proches et de collègues qu’on côtoie au quotidien.
Mais c’est quelque chose que chaque parent doit gérer, parce qu’il s’avère que les personnes sont souvent tendance à croire qu’ils ont un droit de regard sur le comment du pourquoi de la dynamique familiale des autres. C’est presque culturel, tellement ces questions sont récurrentes.
Alors, que faire pour parer à ces remarques ?
D’abord, la réponse va changer en fonction de l’interlocuteur que tu as. En effet, si c’est face à un illustre inconnu, tu pourrais te satisfaire de te dire que ce n’est qu’un ignare, et basta. Même si cela véhicule une énergie négative, la personne que tu croises une fois dans ta vie… On s’en fiche qu’elle accepte tes choix. Par rapport à tes proches, l’impact est logiquement plus fort. Certainement parce que c’est frustrant de constater que ces personnes ne t’accorderaient pas de confiance par rapport à tes actes vis-à-vis de ton enfant.

Il pourrait être utile que tu te questionnes sur ce que la personne tente de te partager en faisant cette remarque-là. Tu peux lui demander : « Tiens, je vois que tu t’intéresses à tel sujet. Y a-t-il une raison précise ? ». Les personnes tentent généralement d’exprimer quelque chose derrière une question ou une critique. Approfondir le sujet avec cette personne peut permettre de discuter avec plus de profondeur et sans que personne ne se sente jugé.

Une autre technique est de retourner la question ou la remarque envers la personne, par exemple : – – « Tu l’allaites encore ? » ; – « Oui, pourquoi ne le ferais-je plus ? ». De cette manière, c’est à cet individu de justifier son questionnement, et pas à vous. L’idée est que ce soit la personne qui fasse une remarque qui ait à expliquer son cheminement de pensée… Parce que je me demande quelle argumentation quelqu’un peut trouver pour prouver qu’un enfant deviendra capricieux s’il est materné.

Ensuite, il est possible de simplement affirmer son choix et d’évoquer, de manière ferme, assurée et souriante qu’on est très au clair avec ce que la personne met en évidence. Dans la plupart des cas, on est ravi de fonctionner de telle sorte. Alors pourquoi se perdre en justification qui nous place en position basse ? à «Oui, on fait du cododo ! C’est génial. On dort sereinement et je n’ai même pas besoin de poser le pied par terre, c’est hyper pratique ! ». Simple, efficace, s’affirmer et ne pas laisser de place à la discussion quand on en veut pas. Tu as le droit de refuser le « débat ».

Si certaines personnes, à qui tu es susceptible de confier tes enfants, par exemple, ne veulent pas ou ne comprennent pas tous tes principes, tu peux leur expliquer simplement ton cheminement de pensée. Sans te sentir jugé.e mais sans non plus mettre en évidence que leur choix sont/étaient mauvais. Ils sont/étaient différents. C’est sûrement une des difficultés, c’est que les personnes se sentent jugées sur leur manière de faire quand tu exposes la tienne. Elles acquièrent souvent la sensation qu’elles ont mal agi et que tu veux faire mieux qu’elles. Incontestablement, cela doit être vraiment difficile à vivre de se sentir jugée. Veille à bien exprimer que tu as fait des choix en fonction de tes affinités et des dernières connaissances en neurosciences éducatives, et que tu te sens bien là-dedans. Tu peux aussi préciser que tu reconnais leurs compétences pour telles ou l’autre élément mais que tu n’as pas envie que cela s’applique à ton/tes enfant.s.

« Oui, Maman/Papa/Autrui, j’ai mangé souvent plein de Nute**a quand j’étais petit.e et je ne m’en suis pas mal porté.e. Mais je n’ai pas envie qu’eux en mangent. On a appris des informations sur les conséquences à long terme et je veux préserver leur capitale santé. Je compte vraiment sur toi comme partenaire là-dedans ! »

Après, il est aussi nécessaire, avec les plus proches de lâcher-prise sur certains aspects. Le mieux étant de choisir ses batailles. Refuser catégoriquement les écrans, la nourriture non biologique, les goûter hyper sucré, les jeux électroniques, c’est valable au quotidien par les parents qui donnent une ligne de conduite constante. Si, ponctuellement, il y a des écarts de conduite, cela ne met pas en péril l’enfant.

Cela va dépendre du degré de confiance donné à la personne en question. Il n’est pas question de lâcher-prise sur quelqu’un qui dirait : « Moi, quand je le garderai, je le laisserai pleurer, qu’il comprenne qu’il n’a pas à décider ! ». Forcément, ce genre d’individu, résistant à toutes explications tangibles, on ne leur confie pas la prunelle de nos yeux. S’il y a vraiment des indices qui vous rendent épidermiques et malades, il ne faut pas céder et, dans ces cas-là, réduise voire éloigne-toi totalement des personnes « malveillantes ».

Tu n’as pas à supporter que votre collègue de bureau te surnomme Marguerite parce que vous tirez votre lait, si tu le vis mal ! Si les explications, le questionnement et l’introspection n’ont pas fait effet, tu as tout le loisir du monde d’ignorer l’individu voire d’en faire mention à tes supérieurs.

Il est possible, en adoptant une posture d’observateur, de ne plus sentir aussi vivement les remarques comme des critiques. Si l’on considère que l’autre évoque quelque chose de son vécu et de ses besoins par sa remarque, il est possible de l’emmener dans son propre questionnement, au lieu de rester sur la surface réflexive. A partir du moment où l’on rentre dans sa voie de pensée, il est possible de sortir de la sensation d’être jugée et en plus, d’améliorer le lien avec la personne. Celle-ci sera probablement étonnée, puisqu’elle devra approfondir sa réflexion sur le sujet. Les 4 étapes de la CNV (Observation des faits ; sentiments ressentis ; besoins qui s’expriment ; formulation d’une demande, voir mon article sur la CNV) sont des outils inestimables face aux personnes qui vous agacent !
J’espère que cet article sera une aide pour parer aux phrases piquantes. Peux-tu me dire quelles ont été celles qui t’ont le plus ennuyées ? Et celles où n’a pas su trouver de réponse ? Met un commentaire !

A la prochaine, car la curiosité n’est jamais un vilain défaut !

Éducation bienveillante

La discipline Positive

Je vais te présenter « la discipline positive ». Je range cet article dans la catégorie « Éducation bienveillante » car c’est qu’elle peut être catégorisée (au cas où l’on n’avait pas compris, hein).

Toi qui me lis, n’en déduis pas que l’éducation bienveillante n’est QUE la discipline positive.
Il y a déjà énormément de sites et de blogs qui définissent cette notion. Je ne peux pas en parler sans avoir rédigé un article « de référence », comme je l’ai fait pour le maternage proximal. C’est un début de blog… Alors je pose les fondations. :-p

Déjà, si tu penses que la discipline positive va te donner des solutions toutes faites, que c’est une Méthode, il est possible que tu sois déçu.e ou plutôt rassuré.e. Il n’y a, en effet, pas UNE manière de faire avec les enfants. Quiconque vend ce principe se fourvoie (et fait des déçu.e.s !). Une métaphore explique bien cela : lorsque le lait bout, l’idée de l’éducation bienveillante n’est pas de mettre un couvercle (je ne sais pas si vous avez essayé, mais la cuisinière finit vraiment sale) mais de trouver une solution pour réduire le feu.
Cela va sembler théorique, mais, en réalité, je vais juste présenter la structure d’un état d’esprit à acquérir pour entrer dans la parentalité positive.

La discipline positive puise ses sources dans les 8 principes adlériens (issus d’A. Adler) :

  1. L’enfant est un être social ;
  2. Le comportement des enfants est tendu vers un but (qui n’est pas « de nous énerver ! ») ;
  3. Les besoins essentiels de l’être humain est d’appartenir et d’avoir de l’importance ;
  4. Un enfant qui se comporte « mal » est un enfant découragé ;
  5. Le sens de la communauté (dans le sens de participer à la société) ;
  6. Le principe d’égalité, le fondement de la coopération ;
  7. Les erreurs sont une merveilleuse opportunité d’apprentissage ;
  8. S’assurer de faire passer le message d’Amour

(Oui, je sais ! Ça paraît très conceptuel. Cela dit, je t’invite à m’adresser tes questions ou à lire « La discipline Positive de Jane Nelsen, pour aller plus loin dans ce mode de vie. Je reviendrai à diverses occasions sur les principes évoqués.)

Il est également nécessaire d’être attentif aux 3R de la réconciliation lors des conflits, quand l’adulte se rend compte qu’il tient un rôle dans le maintien ou l’apparition d’une situation problématique (tu sais, ce moment où tu veux que l’enfant agisse et qu’un mot blessant à son égard part, un cri, un geste) :

  1. Reconnaitre son erreur/sa responsabilité
  2. Se réconcilier : aller vers l’autre en s’excusant
  3. Réparer : chercher une solution, une alternative qui convient à tout le monde

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(Tu remarqueras que cela ne s’adresse pas qu’aux relations envers un enfant…! 😉 )

En réalité, pour obtenir des résultats dans une voie d’éducation bienveillante, il est nécessaire de faire entrer l’enfant dans une dynamique de collaboration : 4 étapes sont suggérées. Celles-ci doivent être accomplies avec sincérité et bienveillance (Si c’est fait à contrecœur, et sans intention louable, l’enfant le ressent… Tes attitudes non-verbales te trahissent !) :

  1. Montrer à l’enfant que l’on comprend ses émotions en lui posant des questions et en reformulant ses ressentis
  2. Faire preuve d’empathie, sans excuser ni approuver l’action. Juste montrer qu’on a compris la perception de l’enfant.
  3. Partager nos perceptions et ressentis en tant qu’adulte. Il faut que l’enfant soit revenu au calme pour qu’il soit en mesure d’écouter
  4. Inviter l’enfant à se centrer sur une solution, pour éviter le problème à l’avenir. S’il ne trouve pas d’idées, on peut lui proposer des suggestions. L’idée est donc de suggérer, de faire avec l’enfant et non à la place, pour l’ancrer dans un processus
  5. d’autonomie.

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La discipline positive, c’est aussi changer de regard sur les comportements que les adultes considèrent comme inappropriés.

En premier lieu, les enfants explorent leur environnement. En deçà d’un certain âge, je suggère plutôt d’adapter le lieu de vie à l’enfant, plutôt que d’avoir l’espoir que vous arriverez à faire comprendre à un tout-petit qu’il ne faut pas toucher les bibelots situés à sa hauteur. On dit bien de mettre les produits dangereux en hauteur, cela vaut aussi pour les choses fragiles ou précieuses.

En tant qu’adulte, certaines attitudes peuvent devenir exaspérantes. Pourtant, il n’est pas rare que dans l’occurrence de comportements dérangeantes, les adultes aient une part de responsabilités.

Les enfants ne sont pas en mesure d’envisager leurs actes sous le même angle que les adultes, pour différentes raisons :

  • Parce qu’il manque de compétence, de conscience ou de connaissance par rapport au comportement attendu ;
  • Le comportement correspond au stade normal du développement. Par exemple : jeter les jouets par terre systématiquement, ouvrir/fermer les portes, allumer/éteindre la lumière ;
  • Il a un sentiment de découragement ou d’incapacité, ex : l’enfant s’énerve, pleure, parce qu’il a mal (aux dents par exemple), s’ennuie, tente de se déplacer sans y parvenir, tente de se faire comprendre mais n’y parvient pas encore ;
  • Le comportement est guidé par le cerveau reptilien (les émotions) : si l’émotion est accueillie par l’adulte, reconnue, l’espace d’expression émotionnelle durera environ 90 secondes. Si l’enfant est très énervé : il faut réfléchir à son besoin de motricité.

Les comportements perçus comme inappropriés sont des opportunités d’apprentissage. Pour se faire, il faut accompagner l’enfant vers la responsabilisation et l’autonomie.

Il est utile de faire usage de temps de pause face aux comportements afin d’éviter les réponses instinctives. Cela invite l’adulte à se maîtriser pour montrer à l’enfant que c’est cette attitude de maîtrise qu’il est utile d’acquérir. En outre, il est nécessaire de vérifier que l’enfant soit connecté à l’adulte (Il n’est plus en train de bouillir émotionnellement) et que son besoin d’appartenance est bien rempli (qu’il ne se sent pas rejeter ou aimer conditionnellement).

Plus le comportement est compris par l’adulte, plus sa perception sera fine et la réaction apportée sera adéquate pour guider l’enfant dans les repères éducatifs.

Il est important de prendre en compte les besoins de l’enfant, avec justesse, afin de comprendre son comportement et d’apporter  la réponse la plus efficace.
(Je sors un peu du contenu strict du livre de Jane Nelsen, mais ça donne du sens à son contenu.)

  • Les besoins physiologiques
  • Les besoins d’appartenance / d’attachement
  • Le besoin d’autonomie, de contrôle et de liberté
  • Les besoins émotionnels
  • Les besoins intellectuels

Jane Nelsen, met en évidence 4 « objectifs-mirages », qui ont des intentions précises, et qui visent à remplir les besoins précités :

  • Accaparer l’attention
  • Prendre le « pouvoir » (être en situation de maîtrise, l’enfant n’est pas un dictateur ! 😉 )
  • Prendre une revanche (mise en chose égale, l’enfant a plus un notion d’égalité que d’équité…)
  • Renforcer sa « croyance d’incapacité » (comme les adultes, ils ont tôt faire de s’autoconvaincre qu’ils sont incapables.)

L’enjeu principal pour l’adulte est de détecter les besoins cachés derrière les comportements. Jane Nelsen propose un tableau d’identification des besoins cachés, qui s’avère être une mine d’or. Voilà, c’est cadeau :

grille besoins cachés Jane Nelsen

 

Pour réagir face à des comportements inappropriés, il est nécessaire que le climat émotionnel de l’adulte soit maîtrisé. Il est, dès lors, pertinent d’apprendre à gérer ses émotions et à les reconnaître (Bon, il faut aussi se dire qu’on est parfois débordé émotionnellement. La réaction ne sera donc pas optimale, mais il est tout à fait possible de corriger le tir après avoir pris un temps calme. C’est l’avantage des relations humaines : elles ne sont jamais figées, si on ne veut pas qu’elles le soient !). Pour revenir à son propre calme, il peut être nécessaire de mettre en perspective le comportement en regard des besoins éventuellement non-assouvis de l’enfant.

Pour la juste détection des besoins, il est tout à fait possible de questionner l’enfant sur son comportement. Il est alors utile d’effectuer un questionnement, en prenant bien le temps d’écouter les réponses successives, en reprenant les 4 objectifs-mirages expliqués ci-dessus. Il ne faut pas oublier que l’enfant n’a pas vocation ne nous « ennuyer » volontairement. Cela ne remplit aucun bénéfice pour lui. Les comportements sont des stratégies pour parvenir à remplir ses besoins ou une expression émotionnelle.

Jane Nelsen propose un outil pour favoriser la coopération : « les temps d’échange en famille ». Ces moments ont pour objectif d’enseigner la responsabilité sociale et l’implication des enfants dans le processus de décision. Durant ce temps hebdomadaire, il est demandé à tous les protagonistes d’une maisonnée de se réunir afin de mettre à jour les éléments inconfortables et de se concentrer ensemble sur la résolution du/des problèmes. Je consacrerai un article entier à ce sujet plus tard.

Qui dit Discipline Positive dit éducation sans punition ni récompense. Cependant, la discipline positive n’est pas laxiste, les principes sont de la fermeté et de la bienveillance : il s’agit de trouver des solutions aux problèmes et non pas de les faire disparaître en les invisibilisant.

Je ne peux pas faire un résumé concis du contenu de ce livre de manière harmonieuse. Je ferai un article clair et limpide sur la manière d’aborder une situation qui, de prime abord, pourrait requérir une punition selon l’éducation transmise.

La Discipline Positive nous propose des outils pour parvenir à une fin d’éducation sans violence et respectueuse de chacun.

Il est primordial de retenir que ce n’est pas une méthode d’intervention auprès de l’enfant, mais bien un changement de paradigme par rapport à celui-ci. L’objectif n’est pas de démunir le parent de ses possibilités d’action, mais, au contraire, d’étendre sa compréhension du problème et d’agir avec plus de justesse.

Cela nécessite de l’introspection (qui peut faire mal… Coucou, je suis là, si tu veux en parler !) et des intentions qui ne sont pas de soumettre l’enfant aux désirs parentaux (déjà qu’il est arrivé par nos désirs, alors bon… !). L’idée première est de faire de cet être qui rassemble tant d’espoirs chez l’adulte, un être susceptible de coopérer à un fonctionnement social. Cela implique qu’on soit prêt à entendre que les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres et que les stratégies ne sont pas identiques pour tout un chacun.

La parentalité positive fait grandir les enfants dans la bienveillance et les préserves d’une violence normative, psychologique et physique. Cela nécessite de l’expérience, des « ratés », qui sont très justement, des opportunités d’apprentissage pour les parents.

Un peu comme on s’exerce à toutes activités, la Discipline Positive demande du temps. Tout n’est pas évident dans un premier temps, mais quel fonctionnement est si simple qu’il peut être intégré immédiatement ?

 

illustrations besoins

Le sujet est vaste !

C’est mon deuxième article fleuve. Il y en aura un troisième (histoire de fondement, etc.), sur la Communication Non-Violente.
Tout cela a un but précis, je t’invite donc à revenir rapidement pour aiguiser encore ta curiosité (parce que oui, plus nous en savons, plus on mesure l’étendue des connaissances à acquérir encore. Mais c’est génial : ça veut dire qu’il y a encore tant à apprendre !).