Éducation bienveillante

Comment gérer les « caprices » ?

Ah ! Ces fameuses crises lorsque les enfants sont frustrés. Mais aussi lorsqu’ils refusent de mettre certaines chaussures. Ou encore lorsqu’on lui refuse l’accès à certains objets.
Les crises, les larmes, les coups, les mots durs…
Les adultes, face à cela, estiment devoir rester stoïques et campés sur leurs positions… voire même sévir en punissant.
Conséquence : un redoublement de la « crise », le plus souvent.

 

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Et si l’on détaillait le phénomène pour se rendre compte de ce qu’il se passe pour les enfants ET les adultes ?

Le « caprice » est une expression utilisée largement pour faire état d’un comportement débordant des enfants qui n’aurait, selon les adultes, une ampleur immodérée et une raison injustifiée.
Dans le Larousse, c’est défini globalement comme : « Volonté soudaine, irréfléchie, changeante de quelqu’un, parfois d’un animal : lubie ».
Quand on regarde le reste des définitions, la notion de caprice est souvent liée à l’imagination, à la fantaisie voire à la virtuosité (en musique).

Pourquoi est-ce intéressant de se pencher sur une définition ?
Parce qu’on peut se rendre compte que les termes passent dans le langage commun… souvent avec une connotation négative. Cela me semble être une perte pour la compréhension que de demeurer obtu.e sur une expression.

Autant annoncer la couleur immédiatement, sur base de sources inhérentes en neurosciences affectives et du développement, je peux te garantir que les caprices n’existent pas… Et que les « crises injustifiées » n’apparaissent pas avant l’âge de 5/6 ans. D’ailleurs, il est préférable de nommer cela des « tempêtes émotionnelles » (d’où l’image d’orage!), qui figurent bien de quoi il s’agit réellement !

Pourquoi ?
Parce qu’avant cet âge, le cortex préfrontal (la partie avant du cerveau qui caractérise l’humain par rapport aux autres espèces et qui se développe en dernier) n’est pas assez mature que pour créer des enchaînements de situations qui demandent de la préméditation, de la manipulation ou de la provocation.
Avant l’âge de 5 ou 6 ans, le cerveau archaïque domine, est mu par les signes vitaux et déclenche les réactions émotionnelles.
Le cortex préfrontal, lorsqu’il arrive à maturation, permet de mettre de la distance par rapport aux situations.
Il est dès lors normal qu’un jeune enfant de 3 ans entre dans une tempête émotionnelle à cause d’une couleur de verre, d’une saveur de glace ou d’un jeu qui semble tentant.
Cet enfant n’est pas en train de tenter de vous provoquer ou de vous manipuler de manière bruyante.  Il n’est pas en mesure de prendre du recul par rapport à la situation qui l’émeut !
Il se sent réellement mal par ce qui lui arrive et, comme pour nous en tant qu’adulte, lui demander de se calmer n’aura pas d’impact positif… Tout en y comprenant qu’il n’est pas en mesure de le faire à cause de son immaturité corticale.

cortex préfrontal
Source: https://www.quora.com/What-side-is-the-prefrontal-cortex-on

 

C’est la raison pour laquelle il est absolument indispensable d’accompagner l’enfant dans sa tempête émotionnelle, d’y mettre les mots, de le questionner sur ses sentiments et d’avoir autant de patience que d’empathie (petit article pour y parvenir). Grâce à cette attitude bienveillance, et à l’exemplarité dont tu peux faire preuve face aux situations qui t’énervent, les enfants peuvent apprendre à tempérer et à verbaliser leurs émotions et leurs besoins sous-jacents.
C’est vers 7 ans que sonne l’approximative maturation de cette capacité, expliquant l’expression bien connue de « l’âge de raison ». Néanmoins, il demeure  nécessaire de mettre les mots sur les situations, d’expliquer les motifs d’un refus et de proposer des alternatives acceptables aux deux parties.

Mais que se passe-t-il pour les enfants lorsque les adultes catégorisent leurs réactions comme injustifiées ?

Le caprice est, par usage, une demande ou une attitude que les adultes considèrent comme inopportune.
Ce moment où un enfant souhaite des bonbons et que son adulte de référence refuse, l’enfant va avoir une expression émotionnelle qui sera qualifiée de caprice.
Je pense qu’il n’est pas difficile de voir ce qui est appelé un caprice, dans la société occidentale actuelle.

Afin de t’aider à te mettre en sympathie avec cette situation : imagine que tu souhaites vraiment manger quelque chose car tu as faim. Ensuite, alors que tu prends la chose qui te fait envie, quelqu’un te l’arrache des mains et te dit : « NON ! Tu ne manges pas maintenant. Dans 30 minutes, le repas sera sur la table ! ».
Maintenant, imagine que tu n’es pas en mesure de réguler tes émotions et que tu ne parviens pas à calmer le feu de la frustration.

Déjà, personnellement, quelqu’un me dirait ça, je répondrais : « Je crois que je mange ce que je veux quand je veux et je n’ai pas d’ordre à recevoir ! », et j’aurais repris mon aliment pour le mordre à pleines dents ! Namého!

Un enfant n’est pas en mesure de mettre les mots, d’argumenter avec calme et surtout, de gérer la frustration en restant impassible.
N’oublions pas que c’est aussi le cas pour énormément d’adultes… Sinon, il n’y aurait pas de violences (physiques ou verbales) dans le monde !

Les enfants vont alors réagir d’autant plus fort que la réponse des adultes seront catégoriques ou rudes, de la même manière que cela ferait réagir d’autres adultes… Mais ayant la capacité de gérer ses émotions, on ne s’exprime plus en trépignant (mais en boudant, en sifflant dans ses dents ou en levant les yeux au ciel… N’est-ce pas ?! On se penche sur l’adultisme ? ).

J’anticipe quelques remarques : Ok, les caprices n’existent pas, mais j’en fais quoi de mon gamin vociférant dans le magasin, moi ? Et donc quoi, si ce n’est pas un caprice, c’est quoi ?
Et puis, si je ne réagis pas, ça va devenir un enfant-roi exigeant tout et n’importe quoi ! Ça va être la débâcle !

D’abord, c’est la manière que les enfants trouvent pour exprimer leur insatisfaction/frustration (au demeurant, voici un petit article qui précise si oui ou non, il est nécessaire que les enfants apprennent la frustration).
As-tu vraiment envie que ton enfant ne réagisse pas lorsque quelque chose l’indispose ?
Parce que s’il ne réagit pas, cela ne dénote pas d’une santé mentale optimale. Un enfant qui ne réagirait pas à la frustration ne réagirait peut-être pas face à la douleur ou à d’autres alertes pour les signes vitaux.
Les besoins physiologiques sont à prendre (faim, soif, système digestif encombré, maladie, fatigue,…) dans l’explication des réactions émotionnelles.
En outre, il est indispensable de prendre en compte les éléments de contexte. Un enfant sera plus réactif dans un supermarché que dans un bois.
L’hyperstimulation intrinsèque aux lieux engendre, forcément, des attitudes qui peuvent apparaître plus fréquemment et/ou plus intensément.

Ensuite, il est primordial de comprendre que les enfants en dessous de 4 ans, et pas du tout avant 2 ans, n’ont pas toujours la capacité à inhiber leurs actions.
Ils vont avoir une idée en tête, et malgré tes protestations, ils vont agir tout de même.
C’est la raison pour laquelle il vaut mieux adapter son environnement aux enfants plutôt que croire qu’ils apprendront à ne pas toucher au vase à leur hauteur.
Bien sûr, cela arrivera. Mais pendant les premières années, autant t’éviter du stress inutile.
Précisément, il ne s’agit pas de provocation quand les enfants (16/36 mois généralement) fixent pendant qu’il fait une « bêtise ». Ils guettent si c’est bien ça qui fait réagir. Ce n’est pas de la provocation, ils tentent d’ancrer dans leur esprit qu’une action engendre telle ou l’autre réaction.

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« Donc, quand je lâche le verre, ça tombe ? Toujours ? »

Que faire, alors ?
Concernant la colère : voici un petit article que j’ai rédigé précédemment sur les stratégies à mettre en place pour déjouer les moments difficiles.

Il est nécessaire d’accueillir l’émotion qui s’exprime (même si, en effet, c’est vraaaaaiment pénible et particulièrement quand c’est en plein milieu d’un magasin bondé !) et de percevoir ce qui meut les enfants.

L’idéal est d’éviter les sources de frustration supplémentaires à celles qui sont inévitables. Non pas en cédant, mais en anticipant ce qui pourrait survenir et en distrayant !

On le dit souvent, quand on devient parent, tout doit être organisé.
C’est un peu exagéré, mais à certains égards, c’est très utile !

  • Votre enfant a faim et réclame à cors et à cris une glace/une gaufre/des bonbons. Aie toujours avec toi un encas qu’il/elle apprécie vraiment !
  • Dans les supermarchés, le rayon biscuits est problématique ? Évite-le !
    Sans rire, ça pourrait offrir d’autres perspectives alimentaires à ta famille de vous passer de ces sucreries… qui peuvent engendrer bon nombre de troubles du comportement (Merci les additifs !).
    Si vraiment, c’est un passage obligé, donne une mission à l’enfant (en fonction de son âge), « Trouve tes biscuits Untel Machin Truc ! » ou distraie-le avec un petit jeu qui aura été caché au préalable dans ton sac.
  • Il/elle refuse de se laver les dents/brosser les cheveux/se laver.
    Cela demande une stratégie de longue haleine (en parlant de dents ! ^^ ). D’abord, il est nécessaire que ton enfant voie que tu prends toi aussi soin de ton corps. L’enfant apprend par mimétisme… ! Et cela vaut pour tout.
    Ensuite, faire de ses moments des jeux : « Tu ne veux pas te brosser les dents tout.e seul.e, alors je te les lave et tu me laves les miennes ! ».
  • Un refus de mettre des vêtements précis ?
    Proposez deux choix de tenues. L’enfant pourra ainsi choisir quelque chose qui sera adéquat, puisque cela aura été mis en évidence dans ce qui convient à la météo. Plus de 2 choix les déborderaient.

Les refus/opposition de la part des enfants émergent souvent parce que les adultes donnent un ordre et attendent que l’enfant s’y conforme (article sur la crise d’opposition ou terrible two).
Mais eux, autant que nous en tant qu’adultes, n’apprécient pas les ordres donnés froidement.
Ils seront bien plus enclins à agir avec entrain s’ils participent au processus de décision.
« Que faut-il mettre comme chaussures quand il pleut ? »
« Que faut-il pour sortir quand il neige ? »
« Que peut-on faire maintenant qu’on a les mains toutes sales ? »

Interroger l’enfant, au lieu de lui ordonner, est une clef pour obtenir une relation harmonieuse.

Est-ce que cela prend plus de temps ?
On peut le croire et globalement, un enfant prend du temps. Son temps de réflexion et d’actions est plus lent que le nôtre puisque son cerveau est en développement.
Les houspiller pour qu’ils accélèrent n’aide pas… Puisque cela les met dans un état de stress (qui désordonne les actions entreprises).
Mais ce temps d’action librement consentie est bien plus serein qu’un temps perdu à batailler en finissant tou.t.e.s deux énervé.e.s.
En outre, suivre le rythme de l’enfant et observer la contemplation qu’il peut faire sur des petites choses qui nous semblent anodines appellent à quel point il a des capacités de pleine conscience (mindfulness) que les adultes oublient. Il peut être utile pour toi de revenir à ce mode de fonctionnement où tu ne t’agaces pas du temps perdu mais où tu profites des instants insignifiants.
Au quotidien, tu es amené à contempler cet enfant qui grandit et évolue chaque seconde. Il acquiert et précise ses nouvelles compétences minute par minute, sans que tu aies besoin d’être investie d’une tâche éducative active.
Un conseil simple : observe ce qui se passe dans des moments anodins ou l’enfant « te fait perdre du temps ». Tu auras moins l’impression « de ne pas l’avoir vu grandir ! ».


Lorsqu’une crise a eu lieu, il n’est pas utile pour l’enfant de revenir dessus en lui disant qu’il a eu un mauvais comportement.
Par contre, lorsqu’il est en âge de discuter, il est possible de revenir sur ce qu’il a ressenti et des solutions que vous pourrez trouver ensemble.
Dans le cas d’un plus petit, c’est à toi de jouer de trésors d’inventivité pour anticiper et divertir les bambins dans les moments tendus.
Ne cherche pas à revenir à froid sur une situation problématique si ton intention est de blâmer. Cela va cristalliser les situations problématiques.
Tu as besoin de déverser ton humeur et ton mécontentement (et c’est tout naturel ! Impossible d’être empathique si personne ne l’est avec nous) ?
Il y aura surement quelques personnes proches de toi et assez bienveillantes pour entendre tes difficultés sans juger tes compétences éducatives.

 

Cela ne te semble pas naturel de réagir avec toutes ces astuces « accueil/diversion/collaboration »?
Logique ! Nous n’avons pas été élevé.e.s comme ça.
Mais plus tu le feras, plus cela te semblera aisé ! C’est comme toutes les pratiques de la vie, cela s’exerce (un grand écart mental et attitudinal par rapport à nos vieux modèles !).

 

Mais ça ne risque pas de devenir un enfant-roi ?

L’idée n’est pas de « céder » aux caprices en lui donnant systématiquement les bonbons qu’ils réclament ou en achetant tout ce qui lui passe dans les mains. Outre le fait que le concept d’enfant-roi est, lui aussi, galvaudé et peu représentatif, j’y reviendrai !

Les enfants apprennent à agir et à réagir grâce à nos propres attitudes.
S’ils sont confrontés à de la sévérité, de l’autoritarisme, des crises, des ordres, des refus sans discussion, les enfants apprendront tantôt à se rebeller plus fort… Tantôt à s’écraser face à celui qui semble détenir le pouvoir. Ils se diront alors qu’il faut obtenir ce pouvoir pour être entendu.
Rapport de force « agréable » à venir… !
De plus, il va être difficile de demander à un enfant de garder son calme lors d’une colère si, toi-même ou ton entourage, lui montre des démonstrations violentes en réaction de la colère (lancer des objets, taper dans les murs, …).

Il a été démontré, et Catherine Gueguen l’explique admirablement dans ses conférences ou ses livres (références en fin d’article), que le maternage/ l’écoute/ le soutien/les câlins apportent à l’enfant des capacités pour développer optimalement son cortex préfrontal. Plus un enfant va être materné (clique pour comprendre ce qu’est le maternage proximal), plus son système émotionnel (en lien avec le système hormonal) va pouvoir croître de manière à apprendre à gérer les émotions fortes et les réactions empathiques.
Un enfant qui est entendu dans ses besoins et avec empathie pourra, à son tour, devenir facilement un adulte ayant ces capacités.
Il est absolument évident que les adultes agressifs et violents ne sont pas ceux qui ont été maternés… !

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Les malfaiteurs n’ont pas dû être beaucoup entendus et maternés, plus petits! :-p

« Tout-petit déjà, il comprend bien comment cela marche pour être dans les bras, c’est un malin ! »

Cette phrase me fait froid dans le dos. Elle est d’une banalité sans nom, et pourtant elle véhicule une violence inouïe !

D’une part, elle part du principe que l’enfant est déjà en mesure de faire des relations de cause à effet complexe, voire d’actes de manipulation. Être manipulé.e par un enfant qui ne sait pas jouer à cache-cache sans dire où il se trouve… Comment dire ?!

Ensuite, elle met en évidence que le bébé devrait être posé et qu’il n’est pas normal qu’il soit porté. Le mythe du « bébé-bras », auquel j’ai consacré un article, a la peau dure ! Et pourtant, cela tombe sous le sens que le bébé ait besoin d’être porté alors qu’il a été bercé toute sa vie intra-utérine et que sa survie dépend des adultes aux alentours.
Physiologiquement et instinctivement, les bébés ont un besoin impérieux d’être au contact constant, ou du moins prolongé, avec leurs référents. C’est leur unique moyen de survie de manière sécurisée.

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Alors n’ai pas peur de garder ton bébé tout contre ton bras ou dans tes bras. Il ne deviendra pas capricieux, il va juste gagner en confiance en lui… puisqu’il a pu compter sur toi ! Il construira une base sécure qui lui permettra de découvrir le monde sans appréhension de perdre ses référents (donc sa sécurité physique et affective).

Si tu es sceptique parce que « les bébés qu’on a laissé pleurer réclament moins », c’est vrai.
Cela s’appelle la « Résignation Acquise ». C’est un concept très étudié en psychologie qui explique comment un être va finir par ne plus exprimer ses besoins (apathie) puisqu’il aura compris qu’il n’y a pas de réaction lorsqu’il le fait (pour aller plus loin dans la compréhension de la résignation acquise tant pour les enfants que pour les adultes: c’est ce lien!)
Cela amène à des enfants qui se coupent de leur ressenti émotionnel et mais aussi de la détection de leurs besoins. Or, j’ai déjà expliqué combien il était indispensable pour être équilibré de pouvoir exprimer ses besoins. Mais à quel point c’est dur car nous avons appris à les brimer.
Répondre aux besoins du bébé offre à celui-ci la possibilité de conserver cette capacité d’expression si précieuse.
Dans les faits, il est fatiguant d’être sur le qui-vive pour un petit enfant mais c’est un vrai cadeau que nous leur faisons à long terme : être à l’écoute de soi et ensuite développer des attitudes d’empathie avec les besoins d’autrui.

 

A chaque âge, il y a des réactions appropriées pour accompagner l’enfant dans ses tempêtes émotionnelles.
Les maître-mots sont la présence, l’accompagnement, l’écoute, la distraction et l’anticipation.

Chacun.e peut réussir à gagner en sérénité avec ses enfants, tout en leur donnant des outils de gestion émotionnelle… et ça, c’est un fameux cadeau pour la vie !

 

Le mode d’éducation influe sur la gestion et l’expression émotionnelle. Voici une petite vidéo fun et éloquente pour expliquer pourquoi les émotions sont en prendre en compte :

Et tout le monde s’en fout: les émotions

et tout le monde s'en fout

 

 

A très vite, Lectrice/lecteur curieuse.x. !

 

Références :

Catherine Guenguen : « Pour une enfance heureuse », « Vivre heureux avec son enfant »

Isabelle Filliozat : « au cœur des émotions de l’enfant », « j’ai tout essayé »

Faber et Mazlich : « Parler pour que l’enfant écoutent et écouter pour que les enfants parlent »

 

 

 

 

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Communication Non-Violente

Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie)

Dans cet article, je vais faire le point sur ce qu’est l’empathie de manière précise. Le but est de faire la distinction entre des notions qui sont assimilées les unes aux autres.  Parce qu’il faut admettre que la vulgarisation des expressions peut complétement dénaturer leurs sens.
Je vais aborder l’empathie sous l’angle de la CNV puisque le paradigme qui sous-tend la CNV est le même que celui de l’éducation bienveillante : percevoir et entendre l’autre dans ses sentiments et ses besoins en regard sans jugement.

Tout d’abord, comment différents auteurs ont-ils défini l’empathie :

  • L’empathie est une qualité d’écoute et de présence à l’autre, à ses sentiments et à ses besoins, sans vouloir l’amener quelque part et sans souvenir du passé. – Marshall Rosenberg
  • L’empathie, c’est une posture et une éthique qui demande une qualité d’écoute, une capacité à se mettre en lien avec soi-même pour celui qui écoute et une ouverture à l’autre sans présupposés et sans préjugés. – Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho

Ce sont les mêmes fondements, explicités avec des mots qui résonneront plus ou moins chez toi.

L’empathie est un des besoins fondamentaux (voir mon article sur les besoins de l’humain : » et si nous revenions à nos besoins?  » ). Ce besoin est un des plus ignorés de la société occidentale. La mise de côté de cet aspect de la vie engendre énormément de souffrance chez les humains.
En somme, il est considéré comme normal de répondre un « oui » passif à « : « ça va ? ». Cette question n’en est pas une d’ailleurs, c’est rhétorique…
Rares sont les individus qui estiment avoir envie/besoin d’une réponse franche et complète.

Nous perdons alors beaucoup de temps à agir avec la dette d’empathie. Cela se transforme en frustration qui engendre tantôt l’amertume, de la colère intériorisée, une diminution/absence de confiance en soi, de la résignation affective, etc.

Conséquence de ce besoin occulté, nous ne sommes pas coutumiers  de l’écoute empathique et n’avons pas appris à être réellement présents à l’autre de façon détachée (sans entrer dans les émotions de l’autre comme dans la syn(= avec, ensemble en grec) pathie).
Pourtant, l’écoute active est connue pour être d’une utilité particulière. En psychothérapie, elle est considérée comme un indispensable. Mais il ne faudrait pas consulter un psy pour obtenir une réelle écoute…

C’est une des raisons d’être de cet article : rendre saillante la puissance de l’écoute empathique dans les relations quotidiennes. Elle nous relie à nos pairs, nous permet d’être soulagé.e, compris.e et pris.e en considération.

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Dans les moments d’écoute empathique, l’objectif est d’être entièrement présent à la relation. Il n’y a pas d’intention de conduire la personne vers un but déterminé, ni de la consoler ou de trouver une solution. L’écoute empathie est une posture d’accueil. Tu sens ce moment où quelqu’un dont tu es proche ne semble pas aller bien, mais que tu ne sais vraiment pas pourquoi elle n’est pas épanouie… ce moment où tu accueilles sans rien penser d’autre que :  « Que se passe-t-il pour elle/lui? ». Seule l’ouverture à l’autre est présente.
Ensuite, pour poursuivre dans l’empathie, Il s’agit d’être mu.e par la certitude que la personne écoutée a les ressources qui mènent vers un cheminement qui lui apporte ce dont elle a besoin. Celle-ci a « juste » besoin d’être accompagnée dans l’expression et la transformation des difficultés qui l’embarrassent.
Dans les faits, il s’agit de recevoir les mots tels qu’ils sont prononcés, l’intensité des émotions et les attitudes non-verbales (en rappelant que le non-verbal joue pour beaucoup dans la communication). Je ne tendrai pas vers l’affirmation que 93% de la communication est non-verbale. Les études d’Albert Mehrabian et ses collègues ont des limites qui, de l’aveu de ses auteurs, n’ont pas été prises en compte (Voici pourquoi : https://www.inxl.fr/le-mythe-du-7-38-55-le-non-verbal/).

Pour l’individu qui est entendu, l’empathie permet de reprendre la responsabilité de ce qui nous appartient dans ce qui nous dérange. Par exemple, se rendre compte que la colère ressentie n’est pas dirigée vers une personne, mais vers une situation qui entrave un des besoins. De cette manière, la personne écoutée retrouve la capacité d’agir d’une manière qui lui correspond réellement.

Seulement, ce n’est possible que si l’écoutant n’a pas l’intention d’éduquer l’autre (de lui faire comprendre qu’il fait fausse route/qu’il a tort), de le sauver de sa situation ou de l’orienter activement.
« La compétence empathique consiste à traduire l’expression de la personne dans le moment présent, de se relier aux sentiments et besoins derrière les histoires de vie, les théories et distinguer les interprétations des faits évoqués. » tiré du livre « La communication non violente, c’est malin » de Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho, éditions Leduc.s

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Afin de s’extirper du langage courant, il est nécessaire de faire une distinction entre l’empathie et d’autres attitudes telles que la compassion, l’altruisme, la sympathie ou encore la bienveillance. Dans la vie quotidienne, ces termes sont souvent utilisés de manière indifférenciée.
La compassion est le « sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui ». Ce sentiment part de la tristesse d’autrui et exprime le fait qu’on ressent avec l’autre ses problèmes.
L’altruisme est une « disposition bienveillante à l’égard des autres, fondée sur la sympathie » ou « dévouement », se consacrer à autrui de façon désintéressée, sans rien attendre en retour. Aider les autres. L’objectif dans le cas de l’altruisme est de l’aider de façon active.
La sympathie est la « participation à la joie, à la peine d’autrui ». Quand on y pense, c’est un peu étrange de pouvoir qualifier un objet de « sympa ». Mais cela explique bien en quoi il suffit simplement d’inoculer un peu de joie pour être sympa pour les autres.
La bienveillance est la « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ». C’est un ingrédient de l’écoute empathique. Mais on ne va pas dire qu’un œuf est un quatre quart, il faut d’autres ingrédients !

La majeure distinction entre l’empathie et ces diverses notions est la capacité de prise de distance par rapport aux émotions d’autrui et de n’avoir aucune intention de l’amener à un cheminement qui serait jugé comme LE bon par l’écoutant.
Avec ces définitions, il est aisé de comprendre combien le terme « empathe » est galvaudé. L’empathe est assimilé à de l’hypersensibilité émotionnelle par rapport aux vécus d’autrui. Les personnes qui se qualifient d’« empathes » expriment des bouleversements émotionnels incontrôlables puisqu’elles plongent dans le vécu d’autrui.
Avec les clarifications précédentes, tu peux voir que ce n’est pas de l’empathie au sens propre du terme.
J’admets que j’ai du mal avec tous ces termes qualificatifs. Ils enferment les personnes dans une case (ou plusieurs pour les chanceux !). Elles pensent se comprendre mieux en se caractérisant mais les possibilités existantes pour reprendre le pouvoir ne font pas parties du tableau. C’est un peu comme lorsqu’on liste ses défauts… Et qu’on passe plus de temps à leur trouver des raisons valables plutôt de se pencher sur la recherche de stratégies qui permettraient de s’extirper des fonctionnements qui nous déplaisent.

Cette mise au point linguistique effectuée, concrètement : que fait-on dans la relation ?

D’abord, il est primordial de conscientiser qu’il n’est pas possible d’être entièrement empathique si nous-même n’avons pas reçu l’empathie utile à faire émerger nos propres besoins.
Comment se distancer de l’écho que peut faire autrui si nous ne sommes pas au clair avec notre fort intérieur ?

Un premier élément essentiel est la capacité d’auto-empathie : commencer par nous offrir à nous-mêmes ce que nous aimerions recevoir des autres.
Si nous n’écoutons pas nos propres besoins, personne n’estimera qu’il faille le faire ! Il est nécessaire d’être honnête et d’exprimer ses ressentis et ses requêtes sans reproche ni jugement.

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Rosenberg propose trois solutions afin d’accéder à plus d’auto-empathie :

  • Prendre un temps de pause, respirer calmement, et ensuite faire un retour sur le sentiment qui nous habite ;
  • Exprimer vivement ses besoins, ce qui peut être fait en criant, lorsqu’on est dépassé énergétiquement. Je reprends le passage exemplatif de l’auteur : « Écoutez, je vais mal ! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre conflit, je voudrais simplement avoir la paix et du calme ! ».
    Il n’a incriminé qui que ce soit dans cette phrase, mais il a fait savoir qu’il n’était pas en mesure d’intervenir pour une autre personne que lui-même.
    Les jours où nous sommes fatigué.e.s/débordé.e.s/énervé.e.s/en retard, ce ne sont pas les autres qui sont responsables de nos émotions mais nos besoins qui sont insatisfaits (petit retour sur mes articles sur les émotions: « encore une crise! que faire avec les sentiments? » et sur les besoins).
  • Enfin, si une situation nous plonge dans un état d’inconfort émotionnel, il y a toujours la possibilité de se retirer physiquement pour proposer ultérieurement une écoute empathique. Oui, il est possible que tu dises : « Je vois que tu n’es pas bien, mais je n’ai pas le ressources pour y faire face maintenant. Peut-on en parler demain ? ». Cela peut sembler étrange, mais c’est comme ça aussi qu’on prend soin de soi : en exprimant nos besoins clairement. L’autre peut être déçu.e parce qu’il/elle avait un besoin d’écoute… Mais cela lui apprend à pouvoir s’autoriser une expression de ses besoins.

Dans l’exercice quotidien de la Communication Non-Violente, je pense qu’il est possible d’être tous confrontés à des échecs. Parce que dans la relation, il est aisé de tomber dans la compassion ou la sympathie au lieu de rester dans une posture d’accueil empathique.
En tant que parent, il est fréquent d’avoir envie de trouver une solution rapide pour calmer l’émotion/le besoin de l’enfant.
En tant qu’ami.e, l’aspiration va souvent vers une recherche active d’actions à entreprendre.
Or, en cas de tempête émotionnelle, dans un tout premier temps, le besoin doit juste être entendu.  Il est  utile de laisser s’exprimer complètement les sentiments, les besoins voire les demandes si celles si émergent.

Est-ce que l’écoute empathique est simple à déclencher ? Est-ce un processus qu’on acquiert et qu’on peut activer à volonté ?
J’aimerais répondre : OUI !
Mais … cela demande de l’exercice et surtout… de la disponibilité mentale et émotionnelle.
N’as-tu pas déjà fait l’expérience de journée où lorsque l’on s’adresse à toi en se plaignant, tu n’as pas préféré clore la conversation de la manière la plus brève qui soit ?
C’est même fréquent. L’écoute et la posture empathiques demandent énormément d’énergie et d’être pleinement présent à l’autre.

 

Voici quelques pistes pour la mettre en place :

  1. Écouter réellement : être présent.e à l’autre à 100% (exit le smartphone qui distrait la conversation où les enfants qui courent autour… du moins, ça n’aide pas !) et s’abstenir de tous jugements et préjugés ;
  2. Focaliser son attention sur celui qui parle et son discours, en ignorant ce qui fait écho, en lui laissant tout le temps nécessaire pour s’exprimer. L’expression de ses tracas fait partie d’un processus de mieux-être. La psychologie a mis en évidence cela en l’appelant ça « l’effet cathartique de la parole ». La catharsis est définie comme une « purgation » des émotions vives.
  3. Bannir les phrases types qui coupent la relation, et donc : ne pas plaindre (« c’est vraiment injuste ce qui t’arrive ! »), ne pas questionner afin d’avoir des précisions (« Et que t’a-t-il dit après ça ? »), ne pas suggérer des actions (« je pense que tu devrais… ») et ne pas consoler (« ça va aller ! »). Toutes ses phrases n’offrent pas la possibilité à l’émetteur d’aller au plus profond de l’expression de son vécu émotionnel.
  4. En posture OSBD, il est utile de cibler 4 éléments dans le discours de l’autre : ses observations, ses sentiments, ses besoins et ses demandes. Et non pas questionner le pourquoi du comment des racines du problème, n’est-ce pas ?!
  5. Afin d’accéder à ces éléments, il est nécessaire de reformuler les propos d’autrui pour s’assurer qu’on comprend bien ce qui est dit mais aussi pour permettre à l’autre d’éclaircir ses émotions et ses besoins.
  6. L’écoute empathique est énergivore car elle n’est pas habituelle… Elle demande qu’on réfléchisse à ce qu’on dit sans entrer dans les écueils des phrases banales.
  7. L’intention est la prémisse indispensable : Pourquoi entrer en empathie avec l’autre? Il est nécessaire de vouloir être uniquement bienveillant avec l’autre. La seule intention que nous devons avoir est d’accompagner la personne dans l’expression de ses sentiments et la création de liens entre ses sentiments et ses besoins.
    En outre, il faut s’assurer que la personne ait envie que l’on entre dans son vécu émotionnel sans faire effraction dans son monde intérieur. Il y a fort à parier qu’un parfait inconnu prendra assez mal un : « Vous semblez vraiment en colère ! ».
  1. A partir du moment où l’individu se sent entendu intégralement, il se produit une accalmie de la tempête émotionnelle et cela lui laisse l’opportunité d’ouvrir le dialogue sur les stratégies à adopter.

 

Toutes ces informations nous aident à agir avec plus de présence à l’autre,  aussi par rapport à nos enfants… et à nous-même !

Il est indispensable d’être en empathie avec nous-même, afin de pouvoir vivre avec les autres. Lorsque l’on est au clair avec ses besoins, il est possible d’accueillir l’autre et de l’accompagner.

La frustration/la colère d’un enfant ne se calmera jamais si on lui dit : « tu as le droit d’être en colère mais j’ai raison de t’enlever ceci ou cela ! ». L’intention est alors d’éduquer…
Tu peux juste évoquer ce que tu constates : « Je vois que tu es en colère… » et se mettre en posture d’accueil en proposant un câlin, par exemple.
Si l’on n’en a pas l’énergie, il est utile de prendre un temps de pause ou se retirer momentanément afin de recouvrer les ressources indispensables à la gestion empathique de la situation.

 

J’espère sincèrement que ces informations te permettront d’améliorer tes relations aux autres et à toi-même.

A très vite, Lectrice.eur curieuses.x!

 

Sources : http://nvc-europe.org/SPIP/Place-de-l-empathie-dans-la

Inspirations :

Communication Non-Violente

« Je te l’ai déjà demandé 100 fois ! »

Ou comment la formulation des demandes impacte les relations.

Et voici venir la dernière étape de la CNV, la formulation des demandes !

Pour rappel :

Étape 1 : l’observation des faits sous forme de constat objectif

Etape 2 : l’expression des sentiments dénués d’implication des autres et en se responsabilisant de ses émotions

Etape 3 : l’expression et la détection de ses besoins (sans qu’ils soient liés à d’autres personnes- et communs à tous les êtres humains)

 

Il n’est pas limpide de savoir ce dont nous avons réellement besoins (bien qu’on puisse chercher, cf mon article sur les besoins) et encore moins la manière dont ils peuvent être réellement satisfaits. Les demandes ont pour objectif de satisfaire les besoins. Lors de la demande, l’émetteur propose une stratégie pour les combler. C’est une alternative.
Il s’avère que nous ne sommes pas forcément sûr.e.s de ce que nous voulons vraiment… Sauf quand nous l’avons obtenu.

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La demande, pour être efficace, doit contenir des verbes d’action. Par exemple : « J’aimerais que tu ranges la vaisselle, quand elle est sèche. »
Une requête qui n’est pas efficace dans la même situation serait : « J’aimerais que tu sois plus ordonné.e. » ou « J’aimerais que la vaisselle ne traîne pas sur l’égouttoir ».
Une demande mettant en évident ce que l’on veut que l’autre SOIT est, par essence, une perte de temps : « J’aimerais que tu sois plus confiant », « J’aimerais que tu sois honnête », « j’aimerais que tu sois plus aimable ».
Il faudrait définir en acte concret ce que signifie pour ces personnes ce qu’est être confiant, honnête et aimable.
Si la réponse est : « Oh ! Tu sais bien ! » ou « C’est difficile à décrire ! », il pourrait être utile de transmettre à l’autre qu’il est bien ardu de savoir ce qui est dans sa propre tête et qu’il est encore plus compliqué de faire quelque chose qu’il ne parvient pas à formuler concrètement.
De la même manière, effectuer une requête en émettant ce que l’on ne veut pas ne donne aucune indication sur ce qui remplit notre besoin : « J’aimerais que tu évites de lui parler », « j’aimerais que tu ne cries pas », « j’aimerais que tu ne touches pas à mes affaires ».
Outre le fait que l’enfant jusqu’à un certain âge n’entend pas les formulations négatives et garde en tête l’action, l’adulte ne peut cibler les actions à entreprendre pour aider l’autre à combler son besoin.

Rosenberg suggère que toute demande contienne une action concrète, accessible et positive (dans la tournure de phrase). En plus de cela, il propose de :

  1. Cibler la volonté d’une relation de qualité plutôt que les effets : il est alors indispensable de  prendre en compte les propres besoins de mon interlocuteur et accepter sa réaction (dont un éventuel refus) avec empathie.
  2. Demander un feed-back : demander à l’interlocuteur de restituer ce qu’il a reçu de mon message.

 

Evoquer un besoin sans émettre une demande SMART (Spécifique, Mesurable, atteignable, réaliste et temporellement défini) peut engendrer de la crainte pour l’interlocuteur. Un besoin peut sembler énorme à combler et sans proposer une demande, autrui peut croire qu’on attend de SA personne toute la satisfaction du besoin.
Or, un besoin est, rappelons-le, détaché de tout individu !

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La différence entre la demande et l’exigence

Quand on y pense : à partir du moment où l’on a détecté le besoin (caché) derrière l’émotion et qu’on formule une requête concrète, on s’attend à ce que l’autre s’exécute.

La formulation était claire et polie (c’est plus facile pour se faire entendre) et les motivations ont été invoquées … Alors pourquoi y aurait-il résistance et comment distinguer la demande de l’exigence ?

La réponse est dans l’interaction avec l’Autre et, surtout, dans l’acceptation de l’opposition à la demande.
La demande est une exigence à partir du moment où le refus d’exécution est mal vécue. Le « Non » n’était en fait pas une option alors qu’on émettait la requête.

Là, je pressens une réaction : il serait logique d’être affecté.e à partir du moment où l’on n’obtient pas ce que l’on souhaite… (En effet, globalement, on aimerait plutôt s’en tenir à un accord suivi d’effet immédiat).
Mais il s’avère que l’Autre, face à soi, a aussi des sentiments et des besoins. Malencontreusement, les besoins ne sont pas forcément identiques en même temps et surtout, les stratégies pour les satisfaire sont divergentes.

La communication va alors prendre tout son sens, puisqu’au moment où la requête est formulée, l’Autre va pouvoir démarrer son propre cheminement de pensées : OSBD (si l’utilisation de la « Langue Girafe Classique » est de mise entre ces deux protagonistes) ou simplement refuser. L’évocation des besoins personnelles et de la demande qui l’accompagne pourront permettre une discussion quant à la stratégie à privilégier pour que chacun sorte gagnant de cette situation.

Exemple : Le soir, A revient chez elle et constate que B, son enfant, a laissé son cartable dans l’entrée.
Cette observation l’énerve, car c’est récurrent… Et qu’A aime l’ordre. Elle a un besoin d’harmonie dans sa maison et estime que ce cartable gâche la perception d’ordre de son habitation, surtout dès qu’elle passe le seuil de la porte.
Elle demande à B de prendre le temps de ranger son cartable dans sa chambre et, qu’à l’avenir, il le range dès son retour de l’école.
B n’a aucune envie de lâcher son jeu et refuse de venir.
A est contrariée…

Comment donc se sortir de cette situation ?
L’empathie est le maître-mot pour prendre de la distance par rapport à nos demandes et aux exigences sous-jacentes.

L’empathie permet comprendre les sentiments et ses pensées d’autrui, en se mettant à sa place tout n’oubliant pas que nous n’y sommes pas.

Dans la situation décrite plus haut, A comprend que B est passionné par son jeu et qu’il n’est pas enthousiasmé par le fait de venir mettre de l’ordre à ce moment précis.
Une discussion peut alors être entamée. Il se peut que B ait besoin de décompresser et de partir jouer dès son retour de l’école. Il n’a pas envie de monter les 2 étages qui le séparent de sa chambre pour y déposer son sac. Alors, il pose son cartable en bas et file jouer.
A comprend le besoin d’amusement de B, et B entend le besoin d’ordre de sa mère. Il parvienne à une solution commune : B place son cartable dans l’entrée de l’escalier et le monte lorsqu’il va dans sa chambre.
Ainsi A n’est plus incommodée par la vue du cartable dans l’entrée et B peut aller jouer rapidement.
Personne n’a eu raison ou n’a perdu dans cette solution commune.

Bien sûr, j’expose ici une situation idyllique. Il y a fort à parier que d’autres situations nous mettent en difficulté par leur récurrence et le manque de collaboration d’autrui (par rapport à l’enfant, voire mon article sur la créativité dans l’éducation).

Cependant, la clef est là : l’empathie et la recherche de collaboration.
Il n’y a pas qu’une stratégie qui peut remplir chaque besoin (cela engendre d’ailleurs beaucoup de conflit de le croire). Il est utile de s’ouvrir à des possibilités et à une co-construction de stratégies qui répondent aux besoins de tous.

L’objectif d’une demande n’est pas de contraindre, mais de l’inciter à agir avec entrain. L’enthousiasme sera inhérent à l’empathie développée, à sa participation à une vie sociale sereine et enfin à la compréhension de son rôle dans la satisfaction du besoin d’autrui (si la stratégie demande la collaboration de l’autre).

Pour demeurer dans un processus positif et non-violent, celui qui formule la demande ne cherche pas que l’Autre s’exécute parce qu’il :

  • a peur d’une punition,
  • espère une récompense,
  • pense que je vais être aimé davantage,
  • a un sentiment de honte ou de culpabilité,
  • sent cette demande comme un devoir.

Le paradigme défendu dans la CNV, mais aussi dans l’éducation bienveillante et positive, est que toutes les actions doivent venir du cœur.
Thomas d’Asembourg a même intitulé un livre: « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ».
L’objectif n’est pas de remplir les besoins d’autrui en s’oubliant. Il s’agit de se comporter de manière à répondre à ses besoins (l’authenticité) et à prendre en compte ceux d’autrui (l’empathie).
Il ne faut pas anticiper et partir du principe que notre authenticité va blesser l’autre.

Je pense que nous avons tous un exemple en tête qu’une personne « à prendre avec des pincettes » et qui entend des reproches/critiques là où l’on constate.
Exemple classique : A : « La voiture a un nouveau coup sur la portière ! », B : « Oui, ça va ! Je sais ! Tu crois que j’ai fait exprès ?! ».
A n’a pourtant pas sous-entendu que c’était le cas mais B anticipe et réagit comme s’il était sujet à un reproche.

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Accepter le refus (des autres et par soi-même)

Refuser une invitation ou annuler sa participation à un évènement peuvent être mal reçues. Pourtant, la personne qui décline soigne ses propres besoins et n’offense par l’autre.
Mieux vaut une présence plus rare mais enthousiaste qu’une participation récurrente dénuée de toute joie, n’est-ce pas ?

Les interlocuteurs sont susceptibles de tomber dans le piège de la culpabilité et dans les envies de revanche par rapport à l’autre. Il est possible que soient confondus « Je me sens blessé » et « tu m’as blessée ».
Comme je l’ai détaillé dans mon article sur les sentiments, il est nécessaire de s’en responsabiliser et de ne pas impliquer autrui.

Dans les situations où l’on sait que l’autre consent à une organisation « pour faire plaisir » et n’y prend pas part de manière heureuse, il est possible de questionner : « Comment puis-je dire ce que j’ai envie de faire aujourd’hui sans que l’autre ne le prenne comme une exigence à laquelle il doit céder à tout prix? ».
Ouvrir le dialogue, très frontalement, en mettant en évidence qu’il n’est pas souhaitable d’agir sous la contrainte peut libérer la relation d’un poids.
Cela ouvre la personne face à nous à s’ouvrir à ses propres besoins et au fait de ne pas agir par défaut. Encore une fois, c’est un exercice d’empathie à l’autre.

Enfin, La volonté d’effectuer une demande sans blesser l’autre (à partir du moment où l’on agit avec cœur et empathie) est impossible à tenir.
Si une personne perçoit chaque constat/sentiment/besoins/demande comme autant de manière d’être blessée, c’est parce qu’elle n’est pas dans un processus d’observation et d’empathie réciproque. La seule manière d’être sûre de ne blesser personne en agissant est d’être « une gentille personne morte » (pour citer Rosenberg).

 

Pour résumer, la formulation des demandes  doit être abordée comme une ouverture vers la collaboration et une relation d’empathie mutuelle.

Est-ce aisé en tout temps ?
Certainement pas.
Parce que pour donner de l’empathie, supporter de l’opposition et  démarrer un processus de collaboration, cela demande de l’énergie (et d’avoir soi-même reçu de l’empathie !).

La fatigue et l’énervement peuvent amoindrir drastiquement nos facultés à faire face.
Ces situations demandent de la compréhension de soi et un respect de ses propres besoin fondamentaux. Un temps de pause offre une partie de ce qui est nécessaire pour accepter la résistance ou la contradiction.
Apprendre à mettre de la distance et de sortir de l’immédiateté permet de revoir avec plus de calme les stratégies pour répondre à ses besoins.

Pour conclure : développe ton empathie, sois indulgent avec toi-même, et vise processus de collaboration… et non l’obéissance.

« C’est dangereux d’enseigner à un enfant qu’il n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui dit. » – Marshall Rosenberg.

 

A très bientôt, les Curieu.x.ses.

P.S. : Tu excuseras le délai de « livraison » du présent article. Les impondérables de la vie engendrent un vrai manque de disponibilité (#dentsdebébé #roséole #fièvredecheval)

Éducation bienveillante

La crise d’opposition, la terrible !

Tu les entends, ces expressions : « NON ! » ; « Moi, tout seul ! » ; « Veux pas ! » (toutes les déclinaisons sont possibles), le tout accompagné de pleurs, de cris, de fuite pour éviter une demande, d’absence de réaction ou d’autres vociférations difficilement audibles.

Aaaah, ce fameux « Terrible Two » ou aussi nommé « crise d’opposition » voire « trouble d’opposition » quand certains pathologisent cela. Il est craint… On le lit partout, dès 16 mois chez certains, jusqu’à 3 ans et demi, et plus chez d’autres.
C’est comme si s’abattait sur les parents une malédiction. Les crises à répétition, que c’est pénible ! Comme une impression de devoir se battre sur l’ensemble des sujets de la vie quotidienne : de l’habillage du matin, à la nourriture, aux jeux envoyés dans tous les coins jusqu’au refus d’aller dormir malgré le fait que ce petit tombe de sommeil.

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Mais pourquoi ces changements d’attitude ?

D’où vient cette crise et comment y faire face ?

Et surtout, ça passe quand ?

Ok… et si je te disais qu’en réalité, ce « Terrible Two » n’existe pas en tant que tel. Ce n’est pas une étape inéluctable du développement infantile en fait, un peu comme « la crise d’adolescence ».
Il est possible que tu te dises que je peux bien avancer cela mais bon, quand même, les comportements «pénibles » ils sont bels et biens là. Et c’est vrai. Je ne remets pas en cause les attitudes, mais bien qu’il s’agisse d’une crise et qu’on aborde la situation avec cette interprétation. Parce que qui dit crise, dit que cela passe, que c’est temporaire.
La seconde nouvelle est que cela passe… ou en fait, ça ne passe jamais. Au choix. Il y a de ceux qui voient le verre à moitié vide et ceux qui le voient à moitié plein.
En réalité, ce sont les parents qui adaptent leurs attitudes et leur état d’esprit. Cela engendre des changements de comportements pour les enfants.
Non, je ne viens pas de sous-entendre que c’est encore le parent qui est responsable de tout (bien qu’en soi, il faut admettre, en tant que parent, nos attitudes ont des répercussions constamment !). Je précise qu’il est possible de percevoir la situation sous un autre angle afin d’y apporter des réponses différentes.
En réalité, l’enfant se développe et, habituellement, les adultes de référence font tout pour l’aider dans ce cheminement vers l’autonomie.
D’abord, il acquiert la capacité à se déplacer puis il développe les compétences motrices qui lui permettent d’être un autre individu intégré à la société. C’est plutôt louable.
Mais…
Mais vers 12 mois, il ne faut pas plus de 10 minutes pour partir de la maison parce que mettre un manteau et des chaussures au petit, cela va assez vite. Il en va de même pour lui donner son bain, c’est l’adulte qui impose le timing : un jour plus long, l’autre raccourci…
Et voilà qu’aux alentours de 18 mois, il/elle va prendre des initiatives, essayer de faire les choses seul.e. Et cela prend du temps.
Et s’il y a bien une chose qui nous manque, c’est du temps !
Alors la pression monte, graduellement. Un petit qui développe ses compétences demande du temps qu’on n’a pas. Que notre quotidien d’alors ne comptait pas…

Petit flash-back, quelques mois auparavant : le passage de la vie seule (ou en couple) à l’arrivée du bébé. Grand chamboulement, n’est-ce pas ?
Je ne sais pas si toi aussi, tu as eu l’impression qu’une journée ne suffit pas pour effectuer tout ce qu’il y a à réaliser avec un nourrisson. Vraiment. Même manger, on le fait en 4 fois… Quand on y arrive (le maternage proximal, et le portage, ça aide vraiment beaucoup !). Et puis les mois passent et une routine s’installe. On s’habitue à cet autre qui devient un peu plus indépendant (biologiquement), mais qui n’a pas la capacité de prendre des initiatives. Il/Elle est un réceptacle d’apprentissage. Il ne tempête pas pour le choix des vêtements et s’accommode plutôt bien au temps passé avec toi, quelle que soit l’activité.
Puis progressivement, cet enfant commence à agir avec détermination. Il a la possibilité physique d’évoluer dans l’espace et de diriger ses gestes pour attraper ce qui est à sa hauteur.
Il prend conscience qu’il est un être qui a la possibilité de choisir ses actions. C’est d’ailleurs aux alentours de 18/24 mois qu’il reconnaît son image dans le miroir.
Cependant, il n’a pas encore la aptitude à accorder à l’autre des pensées/points de vue qui diffère des siens (cela n’arrive que vers 3-4 ans).
L’enfant est en perpétuelle progression dans ses capacités cognitives et motrices. Il expérimente au quotidien ses compétences pour les affiner.

A partir d’un stade d’évolution, il ne comprendra pas pourquoi on se réjouit de le voir faire seul certaines choses mais qu’à d’autres moments, cela nous énerve. En effet, nous allons être ravis de le voir porter son bol seul, verser lui-même le lait, prendre/choisir des vêtements, etc. Mais lorsque le temps manque, ou que l’organisation demande de la rapidité, l’adulte cherche à « reprendre le contrôle des opérations ». Et cette prise de pouvoir va être très mal vécue par le petit qui tente d’appréhender de nouveaux acquis et qui ne comprend pas les raisons qui poussent l’adulte tantôt à se réjouir, tantôt à avoir l’air énervé.
Le temps n’est pas une notion que le petit enfant peut assimiler. « Se dépêcher » n’a pas de sens en tant que tel. La seule impression que cela laisse à l’enfant, c’est que lorsqu’on lui dit « dépêche-toi ! », l’adulte semble énervé. Il ne semblait pas à ce petit qu’il y avait quelque chose de différent entre le fait d’empiler des cubes « à l’aise » et le faire d’aller chercher et enfiler des chaussures. Les enfants ne sont pas lents : ils amplifient leurs compétences. C’est comme si on considérait qu’un élève d’Académie de musique est maladroit, alors qu’il est en train de développer des habilités.

De plus, l’enfant d’environ 2 ans ne sait pas encore gérer ses émotions. Celles-ci sont susceptibles d’engendrer des tempêtes émotionnelles, ce sont ces fameuses crises.
Elles apparaissent lorsque l’enfant est en colère ou triste. Mais aussi lorsqu’il est frustré (ce qui est normal mais qui ne doit pas être provoqué volontairement dans un but « de lui faire apprendre ») et dans les moments où il a besoin de plus d’attention (changement de contexte de vie, stade de développement, etc.).
Il va peut-être aussi tout refuser, machinalement, ou effectuer l’exact l’opposé de ta demande. Parce qu’il se rend compte qu’il PEUT le faire, alors qu’auparavant, il n’était pas capable d’agir différemment des attentes des adultes (voire par agir du tout puisque ses capacités motrices ne lui permettaient pas).

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Mais que faire, alors ?

Il y a plusieurs axes d’actions :

  1. Ne pas croire que l’enfant s’oppose pour créer de la colère chez l’adulte. Tous les actes d’un enfant ont des intentions, mais pas des intentions malveillantes. Ses actions sont d’abord dirigées vers le développement de lui-même et la satisfaction de ses besoins. Ce sont les stratégies qu’il utilise qui peuvent laisser l’adulte perlexe.
  2. Garder son calme et user de temps de pause, avant de réagir. En te voyant calme face aux situations, l’enfant apprendra que c’est une réaction possible.
  3. Être à l’écoute de l’enfant, en ciblant ses émotions et ses besoins sous-jacents ; Se demander ce qu’il essaye de communiquer par son comportement.
  4. Lorsque la tempête émotionnelle est apaisée, il est nécessaire de faire part à l’enfant des conséquences pour toi et ses pairs de son attitude: il doit encore apprendre les compétences sociales et il agira au fur et à mesure de manière à prendre en compte l’existence des autres.
  5. Être empathique. Cela va avec le faire d’être calme : parler à l’enfant en reconnaissant ce qu’il est en train de vivre et lui proposer un câlin.
  6. Se mettre à sa hauteur pour lui faire connaître les raisons qui motivent certaines interdictions et d’autres refus.
  7. L’impliquer dans les situations, le/la questionner plutôt qu’imposer. C’est à ce moment-là qu’il est nécessaire de faire preuve de créativité (que j’ai abordé dans cet article).

L’objectif, pour éviter l’occurrence chronique de débordement émotionnel et de conflit adulte-enfant, il est utile d’anticiper et de réfléchir aux situations.
Dans un premier temps, il est nécessaire de vérifier que les besoins fondamentaux sont remplis (avoir quelque chose à manger sur soi, une écharpe de portage/poussette pour qu’il se repose). Ensuite, je te suggère de transformer ta manière de communiquer envers l’enfant : au lieu de dire/répéter/menacer qu’il/elle mette sa veste, demande lui quels sont les vêtements adaptés au temps qu’il fait.
Il est utile de prévenir de ce qui va se passer, et le responsabiliser sur son comportement : par exemple, lui dire qu’on va faire des courses qui sont sur la liste (et que celles-là !) et qu’il/elle va nous aider à mettre les choses dans le caddy.

Cette phase de développement de l’enfant montre que celui-ci évolue et acquiert une autonomie fondamentale à son développement. Elle demande un réajustement des adultes dans leurs rôles d’accompagnant éducatif. L’enfant va provoquer des réactions afin d’appréhender celles-ci et savoir quel impact il peut avoir sur les situations (et non pour te faire sortir de tes gonds). Ses comportements l’aident à prendre conscience de lui-même et de son rôle en collectivité.

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J’espère que cet article t’aura permis de voir ton/ta petit.e d’une autre manière.
Contacte-moi si tu as envie d’évoquer tes difficultés et/ou laisse un commentaire avec ce que tu as vécu/vis avec ton enfant.

A bientôt, les curieu.x.ses !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

« Encore une crise ! » Ou que faire avec les sentiments ?

Etape 2 de la CNV

Pour rappel, voici la première étape du processus de communication non-violente : l’observation.
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Cette fois, j’aborde les émotions, leur reconnaissance et leur « gestion ». Cela fait donc partie du processus de la CNV, mais, comme tous éléments d’un processus, les informations s’avèrent pertinentes dans toutes les circonstances.
La gestion émotionnelle est une chose qui semble à la fois simple et complexe, en fonction des situations. En tant qu’adulte bien portant, les déclinaisons de la joie sont assez aisées (et agréables) à prendre en charge. L’acceptation du sentiment est évident… La plupart du temps, on ne se refuse pas de la joie (je dis bien « la plupart du temps », des évènements de vie traumatiques peuvent engendrer une réactivité à la joie et de la culpabilité d’être heureux alors que d’autres situations sont censées prendre le pas sur ce qui crée des sentiments positifs).

Qu’en est-il des émotions d’autrui ? Peut-être as-tu déjà été surpris.e par des expressions émotionnelles positives plus fortes que ce que tu attendais dans une circonstance. C’est susceptible de te mettre mal à l’aise… Mais  « l’excès » d’enthousiasme (nous sommes alors dans le jugement puisqu’on estime que c’est en excès) est souvent plus drôle à constater qu’autre chose.

Et comment réagir rapport aux émotions négatives, tant les nôtres que celles d’autrui ?

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Cela se gâte un peu, globalement. Ces émotions n’étant pas perçue comme plaisantes sont moins enclins à être acceptées.
Les émotions « négatives » (c’est un jugement de considérer qu’elles le sont) ont pourtant le même rôle que les émotions « positives ».
Mais quel est ce rôle, Watson ?

Les réactions émotives nous sont utiles pour adapter notre comportement en fonction des situations. Elles aident à améliorer le  bien-être et à éviter les dangers/obstacle. Elles sont utiles à nous guider afin de parvenir à la satisfaction de nos besoins (la détection des besoins : l’étape suivante de la CNV !). Donc, ce sont des indicateurs essentiels à la détection de nos besoins !
Les principales émotions sont les suivantes : La colère, la tristesse, la joie, la peur, la surprise, le dégoût, le mépris, la honte et la culpabilité.
Les émotions se déclinent en fonction de la manière dont on se sent précisément. Les listes ci-dessous sont non-exhaustives mais permettent de bien faire comprendre de quoi il s’agit.

Par exemple, la joie s’exprime par différents biais : le fait d’être heureu.x.se, émerveillé.e, intéressé.e, joyeu.x.se, amusé.e, excité.e, ou le fait d’être fier.e.
Il en va de même pour la colère qui se décline en expression telle que l’exaspération, la contrariété, l’irritation, être plein de ressentiments, envieu.x.se ou encore tendu.e.
De la même manière, la tristesse peut se conjuguer par le fait de se sentir seul.e, démoralisé.e, mélancolique, déçu.e ou peiné.e.
Quant à la peur, cela peut se manifester par le fait d’être crainti.f.ve, anxieu.x.se, nerveu.x.se, inquiet.e ou embarrassé.e.

Ce sont bien sûr des exemples, et il y a bien plus de manifestations émotionnelles. Le principe est que ces attitudes, ces émotions sous-tendent pléthore de sentiments.

En somme, il est nécessaire de percevoir des manifestations émotionnelles comme des signaux précis  d’un besoin insatisfait. A nouveau, il faut passer par l’observation et non pas le filtre du jugement : le fait de pleurer (en cas de tristesse) ne relève d’aucune forme de faiblesse. Une « crise » (disons plutôt une tempête émotionnelle) relève plutôt de la colère et prend régulièrement sa source dans un sentiment de frustration. Mais la colère est rarement perçue comme une énergie qui peut être mise à profit afin de dépasser l’obstacle qui la génère. Or, c’est le principe même d’une émotion de nous mettre en mouvement !

L’objectif de la CNV, c’est qu’après avoir effectué le constat de la situation qui meut l’émotivité  c’est de pouvoir exprimer les sentiments qui surgissent. A cette étape, le piège est de masquer le sentiment/émotion « brute » avec l’interprétation de la situation. Il est fort probable qu’une phrase qui place l’autre comme sujet ne soit pas un sentiment. Par exemple, « tu ne m’écoutes pas ! » ou « tu m’ignores ».
En outre, le fait d’être ignoré.e ne peut être compris comme un sentiment, puisqu’il implique quelqu’un d’autre (il faut être deux pour que l’un ignore et l’autre soit ignoré). Cela rend l’autre responsable de nos sentiments. En réalité… Nous sommes les seul.e.s responsables de nos émotions !
Certes, certains actes pourront être majoritairement perçus comme exaspérant, mais tant l’émotion que son intensité découlent du filtre qui œuvre au  sein du « récepteur ». Certain.e.s vont « ronger leur frein » pendant des jours alors que d’autres préfèreront mettre ce qui dérange sous le tapis. Quelle merveilleuse preuve que nos émotions nous appartiennent que de constater notre moindre patience (et l’énervement) lorsque notre état de fatigue se fait sentir ?!

Autant dans les relations entre adultes que dans les relations parent/enfant, il est utile de s’axer sur l’expression émotionnelle et, en priorité, sur la reconnaissance/l’acceptation de ses propres émotions. Autant pour soi que pour son interlocuteur, les émotions (et les besoins sous-jacents) ne demandent qu’à être entendues.
Dans le cas d’une dispute, par exemple, il est profitable d’exprimer son ressenti et de tolérer que l’on ressente cela. Parfois, cela peut paraître futile, l’émotion peut sembler surdimensionnée… Mais elle « s’évapore » à partir du moment où l’on prend le temps de l’accueillir. Pouvoir accepter que « je me sens blessé.e » ou que « je suis furieu.x.se » offre la possibilité d’observer le décours de l’émotion. Celle-ci s’estompera au fur et à mesure, d’autant plus s’il a été possible d’en faire part à la personne avec qui l’oignon devait être pelé.

Face à un enfant qui est  sujet à une tempête émotionnelle, l’objectif sera de reconnaître son émotion et de lui laisser de la place. Souvent, il est tentant d’amoindrir l’émotion : « Ce n’est pas grave quand même ! » ou bien « Tu voulais rester ? Mais tu vas revoir Untelle bientôt, et puis telle chose t’attend ! ». Cela paraît infime, et pourtant, cela ne reconnaît pas le sentiment qu’éprouve l’enfant. L’idéal est de tenter de mettre des mots sur ce qu’il traverse (je rappelle que les jeunes enfants –et certains adultes apparemment… !) n’ont pas la capacité à maîtriser leurs émotions. Elles débordent facilement et cela engendre certains passages à l’acte (cris, larmes, jet d’objet, …). A partir du moment où l’adulte peut s’adresser à l’enfant en lui disant : « Oh ! Tu sembles vraiment triste de quitter cet endroit ! » ou « Je vois que tu es vraiment en colère de ne pas pouvoir obtenir telle chose ! », la pression diminue. L’enfant se sent compris.  Si l’adulte s’est trompé d’émotions, l’enfant va ouvrir le dialogue et sortir de sa tempête émotionnelle.

Une idée complémentaire est de se concentrer sur les ressentis corporels et la respiration pour retrouver le calme. En effet, les émotions ont des manifestations corporelles spécifiques en fonction des individus. S’il est possible de se concentrer dessus et de reconnaître les prémisses ces signaux, cela permet de guider nos actions avant de se sentir débordé.e.

Comme je l’ai dit précédemment, l’émotion fait foi qu’un besoin insatisfait. Il est donc primordial de percevoir quels sont ces besoins (pour nous, et pour l’enfant face à nous aussi). Cela fera l’objet d’un autre article.

Tant pour l’enfant que pour l’adulte, et le plus tôt possible, je ne peux que suggérer de développer un vocabulaire affectif étendu pour exprimer ses sentiments.
Il est également utile de prendre conscience que c’est un besoin insatisfait qui guide l’émotion.
Enfin, nous sommes responsables de nos émotions et de la manière dont nous les maintenons (en les refoulant) ou les laissons « s’évaporer » lorsque nous les observons.

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Cette attitude d’ouverture aux émotions offre une posture de bienveillance par rapport à nous-même mais également par rapport à autrui. Il est primordial d’avoir reçu assez d’empathie et d’écoute de ses propres émotions pour, à son tour, donner toute l’attention nécessaire à l’autre. Quel que soit l’individu, il est toujours possible de dire : « Je me sens vraiment fatigué.e ce soir. J’ai besoin de calme et de câlins ».  C’est rarement mal compris. Cela permet d’éviter de bouillir intérieurement et de craquer en hurlant « Tu m’épuises avec ton comportement ! ».  Cela ne veut pas dire que l’autre voudra forcément prendre part à la demande des câlins, par exemple. Mais ça, j’y reviendrai après l’expression des besoins dans le cadre de la formulation des demandes (qui ne sont pas des exigences… Teaser !).

 

J’espère que cette lecture, faisait suite à ce premier article, t’aura plu.
Laisse donc un commentaire sur tes états émotionnels et la façon dont tu gères les tiens et ceux de tes proches.

« La curiosité naturelle à l’homme lui inspire l’envie d’apprendre. »J.-J. Rousseau ; Les confessions (1765-1770)

A très vite, Internaute Curieux !

 

Éducation bienveillante

Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?

Le sujet de l’éducation est régulièrement abordé lorsqu’il s’agit de faire face à une difficulté.
Tant que tout va bien, on n’en parle pas voire on n’y pense pas.
Puis arrivent les premières prises d’autonomie des enfants, leurs premières compétences et les initiatives perçues (par les adultes) aussi maladroites qu’inopportunes.
On entend parler du «Terrible Two», de la crise d’opposition et des colères. Et là, ça y est ! On se dit qu’il faut trouver des solutions pour que l’enfant soit plus agréable à vivre.
C’est vrai qu’une colère à cause de la couleur d’un verre, le manque d’enthousiasme à se préparer ou à enfiler ses chaussures et la propension curieuse à jeter ses jouets les plus lourds à travers la pièce (je peux continuer sur les adolescent.e.s : l’insolence, le bazar laissé partout, …), sont des attitudes qui sont observées avec suspicion par l’adulte. Je dirai même plus qu’elles génèrent souvent agacement et énervement.

Alors, en réaction, on se doit d’intervenir (Accessoirement, si on peut se passer d’un bloc de bois en pleine tête, c’est plus sympa !). La réaction de base est « On ne fait PAS ça ! » (Tu déclines le « ça » en milles possibilités inventives 😉 ) associé d’un « NON ! ». Ou alors on minimise l’importance de ce qui déclenche la colère : « Mais enfin, ce n’est qu’un verre ! », « tu peux quand même te dépêcher ! ».
C’est assez logique pour les adultes, puisqu’on parvient à mettre en perspective les différents éléments qui engendrent de la contrariété. On sait que la couleur d’un verre ne change rien au goût du contenu ; que même si l’on n’a pas vraiment envie, il faut bien bouger et donc enfiler ses chaussures… Et que jeter des objets n’est pas adapté à une vie sociale harmonieuse (Je ne sais pas pour toi, mais je connais des personnes qui ont quand même tendance à le faire, sur le coup de l’agacement… !).

Seulement, le petit enfant n’a pas le même niveau réflexif et de lien de causalité que nous, adultes. Le cerveau n’acquiert son plein potentiel qu’aux alentours de 25 ans (pour autant qu’on ne l’ait pas maltraité avec trop de substances psychoactives… Eh oui ! L’alcool et les drogues sont lourdement délétères pour le développement cérébral et, donc, toutes les compétences émotionnelles et cognitives).

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L’éducation bienveillante, comme je l’ai décrite dans mon article sur la discipline positive, est une manière d’aborder l’enfant et ses réactions différemment. En somme, elle offre, à l’adulte, une autre perspective de sa situation auprès de l’enfant.
En ouvrant le champ des possibles grâce à la compréhension du développement cognitif et émotionnel, l’adulte s’offre de nouvelles possibilités d’actions.

Pour être plus concrète, quelques menus exemples :

  • « Stop ! » est plus efficace pour arrêter une action que le « Non », qui est utilisé dans tous les contextes ;
  • La tournure de phrase négative : « Tu ne dois pas faire…. » n’est pas assimilée par le petit qui n’entend que l’action et pas la négation ;
  • La distraction est un outil majeur ! Après un refus (S’opposer au fait que Petit Cœur prenne sa deuxième glace de la journée en juxtaposant, immédiatement après le refus, une autre source d’attention. Par exemple : « Non, tu as déjà eu une glace aujourd’hui ! Oh, dis donc, là-bas il y a des ballons/chats/autres enfants (le contexte fera la réponse !), allons voir ! ». Jusqu’à un certain âge, l’enfant se distrait et change de point d’attention très rapidement.

Bien sûr, ce n’est pas tout ! Mon objectif présent n’est pas de te fournir un annuaire des outils, mais de répondre à « Quel rapport avec le fait de s’amuser ? ».
J’y viens.

Quand j’ai découvert la discipline positive et plus largement, l’éducation bienveillante, j’ai pris conscience de la nécessité d’écouter ses besoins, ceux de l’enfant, de comprendre ses réactions en regard de son développement émotionnel et cognitif, d’adapter son environnement à l’enfant et qu’il fallait lâcher-prise. Mais j’avais l’impression que les réactions bienveillantes demandaient quelque chose de plus… Cela ne me semblait pas « simple et naturel », bien qu’à la lecture des propositions, c’était évident et tout-à-fait pertinent !
Lectures faisant, par une exploration plus profonde de divers sujets et d’une perspective de vie plus harmonieuse (en chassant la violence et la tension, grâce à un« mode de vie CNV »), j’ai mis le doigt sur le dénominateur commun aux réactions dans le cadre d’une éducation bienveillante : être dans la joie et avoir de la créativité !

Trouver une alternative à un comportement jugé inadéquat ne peut être initié que par l’adulte. L’enfant va agir en mettant en œuvre ses compétences à l’instant « T » et démontre « la solution » ou « l’expérience actuelle» qu’il acquiert (dans la tête de l’enfant : Ok, j’ai la force de lancer des blocs en bois et même assez loin. Puis ça fait du bruit. Hum ! Je vais un peu voir si cela fonctionne pareil si je l’envoie là-bas !). L’enfant n’a pas d’intention malveillante : il explore son environnement, découvre les propriétés physiques des éléments qui l’entoure et agit dans l’idée d’appréhender son univers (L’eau, ça se renverse, ça coule et je peux l’étaler… comme la peinture…Mais, étrangement, Untel, l’adulte face à moi semble plus catastrophé de me voir mouillé de peinture que d’eau… !)
L’enfant va aussi apprendre énormément en observant et en écoutant. Le ton de voix et la manière de bouger, par exemple, vont influencer le développement de l’enfant. Si un adulte a tendance à s’emporter régulièrement, il est fort probable que le mimétisme survienne. Tout comme un comportement physiquement démonstratif (Jeter quelque chose à terre par énervement ou attraper quelqu’un par le bras) sera tôt ou tard imiter par le petit.

L’adulte qui souhaite faire évoluer les attitudes de son enfant, doit lui-même se pencher sur ses propres attitudes. Et je sais à quel point cela peut être difficile de se regarder dans le miroir… Mais aussi combien cela fait grandir !
C’est là que la joie et la créativité font leur entrée dans l’éducation de l’enfant… Mais aussi dans la vie, en général.
L’espoir principal des parents est que l’enfant soit heureux et se développe harmonieusement. Quelle meilleure motivation que de voir ses référent.e.s exister avec joie et enthousiasme ?

La joie, ce n’est pas éviter toute la tristesse du monde et/ou la cacher. La joie, c’est un sentiment de satisfaction, un sentiment de bonheur, de gaieté et de bonne humeur. Pour se faire, il faut que nos besoins (à différencier des envies) soient comblés et que les évènements négatifs puissent être perçus sans exagération (c’est en ce sens que le lâcher-prise est important : relativiser). C’est dans ce cadre-là que tu mobilises ta créativité et ta flexibilité d’esprit.
Comme tout exercice de la pensée, cela demande de l’entraînement, ainsi que de l’indulgence tant envers soi qu’envers son enfant.

La créativité, dans tous les domaines, s’exerce. Il devient plus facile d’inventer des histoires à partir du moment où l’on en crée chaque jour. Il est plus naturel d’écrire quand c’est fait régulièrement. Il est plus facile d’apporter une alternative comportementale quand on l’a déjà fait auparavant.

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Les débuts peuvent être poussifs et cela peut être décourageant, comme on a l’impression de ne pas être naturel en situation. C’est sûrement le cas, mais l’enfant ne prête pas d’attention spécifique à ce flottement mais plutôt à la finalité, à ce que tu maintiens au final.
Cas fréquent d’un enfant qui va taper, où la réaction classique est « On ne tape pas ! », puis on se remémore l’utilité de recourir à des formulations positives et on se rattrape en disant : « les mains, c’est pour les caresses ! ». On peut y adjoindre l’acte à la parole en montrant l’exemple à l’enfant.
Le résultat ne sera peut-être pas immédiat, mais au fur et à mesure, les formulations négatives ne seront plus autant activées, les réponses seront plus naturelles (Oui ! il faudra répéter 1000 fois : « On fait des caresses au chat ! Ta main à plat, c’est plus doux ! ». Donc vous aurez le temps de l’exercer … 😉 ).
Cela vaut aussi pour les réactions émotionnelles face à une « bêtise » (je préfère appeler cela des «expériences curieuses ») : la tendance générale est de monter dans les tours. Un enfant qui dessine sur le mur du salon, fraîchement repeint (ou pas d’ailleurs), ce n’est pas vraiment le style de déco qu’on attendait. L’idée dans ce cas-là, c’est de se créer des réactions calmes. D’abord, en constatant les faits, il est utile de s’offrir 3 secondes pour inspirer et souffler (c’est le temps de pause). Oui, c’est moche. Non, ce n’est pas grave en fait…
Une proposition de réaction pourrait être : « je crois que le feutre fonctionne mieux sur une feuille ! (en montrant la feuille et en invitant l’enfant à se diriger vers l’endroit adéquat) ». La coupure du geste cessera sans doute l’action. Si l’enfant est assez grand, on peut aussi l’inviter à réparer son action : prendre un chiffon et frotter.
Il en va de même avec les enfants plus grands. Le désordre est pénible à supporter, mais s’énerver et ranger à leur place n’a pas d’impact à long terme. L’idéal est de constater les faits (l’observation des faits est clef : va donc jeter un œil sur cet article !) et de les accompagner dans la « réparation ».

Ce principe de réparation responsabilise l’enfant, lui apprend à agir et permet à l’adulte d’être dans une posture de transmission et non pas de punition/énervement sous l’emprise d’émotions non contrôlées. Là aussi, tu fais appel à ta créativité pour accompagner la réparation et les alternatives… Et à ta joie de vivre, parce que réparer une « bévue » peut aussi s’effectuer en chantant. C’est d’ailleurs vraiment plus agréable de s’entraîner à chanter une mélodie gaie en ramassant du verre cassé plutôt qu’en pestant envers notre maladresse (ou celle d’autrui).

La joie favorise une plus grande créativité puisqu’un état émotionnel calme permet de fonctionner de manière optimale. Il est alors intéressant de s’orienter vers une nouvelle approche du rapport au monde. Un automobiliste qui nous coupe la route de manière soudaine, engendre une réaction de colère (ponctuées de toutes les manifestations fleuries assorties) : et si tu instaurais une autre réaction lors d’une bouffée de colère. Cela s’appelle «créer de nouveaux automatismes». Il pourrait suffire de respirer profondément lorsqu’une bouffée de colère monte. « Ce comportement m’énerve ! Bon ! Je vais souffler! » Et ceci, en joignant l’acte à la parole.
Le fait de prendre ce temps de respiration et d’exprimer son émotion vont faire en sorte que le climat émotionnel se régule plus vite qu’en restant sur « c’est vraiment un BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP, il conduit comme un BUUUUUUUUUUP ! Non, mais vraiment ! ». De plus, en agissant de la sorte, tu montres l’exemple à l’enfant : une manière de réagir en cas de colère. C’est un coup double gagnant !

La joie et la créativité, c’est aussi faire du jeu un outil de collaboration avec l’enfant : « Faisons la course pour mettre son pyjama ! » ; « On quitte le parc, qui fait des pas de géants jusqu’à la voiture ? » (Pour quitter le parc de jeux sans heurt) ; « Oh ! Le lit, ça rebondit! Et si on allait plutôt faire des cabrioles ensemble dehors ?! » (Pour éviter d’exploser le sommier… Foi d’enfant qui a détruit son lit, à l’époque !) ; « Viens que je te chatouille les dents avec la brosse et tu feras pareil avec moi ! » ; Je vois que tu as vraiment envie de ce jouet-là. D’ailleurs, j’aimerais te prendre bien plus de jouets que celui qu’on a choisi hier. Il nous faudrait des bacs à jouets gigantesques ! Grands comment, tu crois ? ».
Toutes ces petites actions distrairont l’enfant et lui offriront la reconnaissance de ses envies (dont il a besoin), sans pour autant accéder à la demande.

Il n’y a pas de mal à faire de sa vie un jeu. Autant adulte qu’enfant, si nous nous plaisons à agir avec une perspective autre que la contrainte, en ayant une motivation intrinsèque à le faire, les situations sont plus agréables. L’adoption de la communication non-violente est également un processus qui aura des répercutions majeures sur le mode d’éducation et dans la perception du monde, tout simplement. J’aime toujours me rappeler qu’il est essentiel de détacher l’individu de ses actes.
Untel n’est pas pénible : il a un comportement perçu comme pénible. Cela permet de se questionner sur la/les raisons qui engendrent ces actions-là, à cet instant-là.
Cela permet de rechercher des éléments de contexte et des explications plutôt que la caractérisation de l’individu qui cristallise autant les émotions négatives que l’absence d’empathie (attention, comprendre n’est pas cautionner ! 😉 ).

C’est un exercice qui demande quelques tâtonnements, mais qui vaut vraiment le détour afin de percevoir le monde et l’enfant sous un angle propice à la sérénité de tous.

La « zenitude » s’apprend, comme tout le reste !

Dis-moi ce que tu en penses, et éventuellement les difficultés que tu rencontres.
Est-ce que ces notions de joie et de créativité dans l’éducation résonnent chez toi ?

A très bientôt, invité.e curieu.x.se.

Maternage proximal

Tu vas en faire un « bébé-bras »!

Oui, puisque c’est un bébé et qu’il ne se déplace pas seul !

Porter son bébé, tu l’as vécu ou tu vas le vivre. « Mon bébé ne se sent bien que si on le porte ». C’est vrai, et c’est parce que cela répond à tous ses besoins de sécurité.
Petit d’humain n’a pas beaucoup d’autonomie (c’est peu dire) et ses soins dépendent uniquement de ses proches. Sans eux, il ne pourrait pas survivre ! Tout simplement… Il faut donc que le bébé, dans ses capacités innées, puisse adopter un comportement qui lui assure de recevoir l’attention et les soins qui lui sont vitaux.

En plus de cela, le bébé aime vivre de nouvelles expériences (c’est d’ailleurs son job à temps plein !) tout blotti et sécurisé. L’enfant va ainsi être sensibilisé à tout son environnement. C’est une raison de plus pour emmener les petits absolument partout !
Les jeunes parents craignent parfois certaines activités avec un tout petit, mais au contraire, il est tout à fait inutile de se priver. Plus ils vivront de sorties collés à l’adulte, plus ils se sentiront à l’aise dans toutes les situations.

portage

la tête ébouriffée par le vent, en janvier, en balade avec notre équidé !

En outre, le fait de porter les bébés, ce qui est vraiment plus facile avec une écharpe de portage ou un moyen de portage physiologique (attention à vérifier ce que tu souhaites acquérir ! ), apporte de nombreux avantages.
Les bébés portés pleurent moins car ils sont souvent dans un climat de sécurité. Le portage est une aide non négligeable à l’endormissement, et au sommeil dans une phase qui permet d’éviter les pauses respiratoires. Les coliques sont également soulagées par la position regroupée en grenouille ainsi que les mouvements du corps de celui qui porte. Il y a aussi un effet sur la régulation thermique du bébé : celui-ci est réchauffé par la température corporelle de l’adulte. Mais étonnamment, celle-ci s’adapte quand l’enfant a de la fièvre, il y a une régulation thermique qui réduit l’occurrence de déshydratation.

Les bébés portés acquièrent un éveil psychomoteur précoce. Il est étonnant de constater que dans les cultures où le bébé est énormément porté, les enfants marchent plus tôt. Le bébé tient sa tête et acquiert un équilibre grâce à l’expérience des mouvements continuels du/de la porteu.r.se. En effet, puisqu’ils sont exposés à nos mouvements, leurs corps compensent, agissent en réaction et se tonifient.
Ensuite, les bébés ont le crâne souple (heureusement pour les parturientes !). Laisser un bébé posé trop souvent peut engendrer divers problèmes de plagiocéphalie positionnelle.
C’est donc tout bénéf’ de porter son bébé!
Et c’est aussi pratique pour ceux qui s’occupent dudit bébé. Simplement parce qu’un bébé calme, parce qu’il se sent sécurisé, est un gage de sérénité. Il aura moins de pleurs, les inconforts seront amoindris par le mouvement. Et avec un moyen de portage, il n’y a pas de douleur dorsale, et il est possible de TOUT faire avec un bébé en portage.
Porter son bébé, c’est aussi s’assurer un confort à soi-même, pour effectuer tout ce qu’on souhaite qu’il soit effectué (j’ai découvert que le bruit de l’aspirateur est un très bon soporifique !). Et franchement, prendre un repas chaud sans prise de tête, avec juste « un gros ventre » (recouvert d’un tétra !), c’est vraiment relax. On n’a pas « le style », mais on se permet de bien manger tout en remplissant le réservoir affectif du tout-petit. En abordant l’absence de style, oui, on va aux toilettes avec le bébé en portage. On s’y fait… et on troque son style et sa pudeur (je rappelle d’où il vient?!) pour le sommeil du petit ! :-p

Le bébé porté va s’intéresser à tout son environnement et bénéficie d’être à hauteur d’adulte, d’égal à égal. Ce partage d’expérience est une haute valeur ajoutée pour lui. Bien sûr, ce bébé porté aimera ces expériences, mais il appréciera aussi les moments où il est étendu sur une surface plane (rembourrée au début ! ^^), avec des mobiles et des jouets (ou n’importe quoi qui peut se manipuler sans risque !). D’expérience, je sais que ma fille reste étendue à jouer environ 1h30 après son réveil (un bon temps pour se préparer et petit-déjeuner !). Puis elle est portée, fait sa sieste dans l’écharpe (je n’essaie pas de la poser, c’est une perte de temps à mon sens !) et déambule avec moi, jusqu’à sa prochaine période d’éveil actif. Les rythmes du bébé évoluent très rapidement… Ce n’est pas du tout pareil à 1 mois et à 6 mois. Mais j’ai pu voir très clairement que le fait qu’elle soit portée n’influence pas son rythme et qu’il se met en place tout seul.

D’ailleurs, pour préciser pourquoi j’estime cela inutile d’essayer de poser un bébé endormi (s’il se réveille à chaque tentative d’être posé) ou chercher à ce qu’il s’endorme seul… Parce que c’est un jeu où on est souvent perdant ! Le bébé se réveille et montre un inconfort : c’est très explicite. Il veut dormir porté. Alors pourquoi se prendre la tête à tenter de le poser pour qu’il fasse sa sieste dans son lit (si tant est qu’il a un lit… #cododo), alors qu’il peut avoir son quota de sommeil paisible contre l’adulte et que ce dernier peut alors dédier ce temps à faire ce qui lui plaît ?
Les enfants ne restent pas portés pour dormir toute leur vie, ils construisent leurs bases de sécurité grâce auxquelles ils pourront s’autonomiser.
Mais attendre qu’un tout-petit soit autonome dans le sommeil… Il n’est pas programmé pour cela. Alors autant se rappeler que ces périodes de vie sont courtes et profiter de leur chaude respiration contre notre poitrine (oui, elle a 6 mois et je ne peux pas me passer de la position ventrale… J’ai trop aimé ma grossesse et lui sentir le crâne ! ^^).

En portant l’enfant, on connait facilement son rythme et ses signaux expressifs dès leurs prémisses. Cela aide à réagir adéquatement aux besoins sans être d’abord stressé.e par les pleurs d’un enfant qui se sent incompris. En outre, il /elle se fera comprendre très vite. Il y a eu une évidence, dans mon cas, ma fille s’endormait systématiquement après son bain du soir. Et elle n’avait plus de période d’éveil en soirée/début de nuit. Elle avait 4 mois et c’est alors que j’ai pu la poser dans notre lit le soir et elle commence la nuit sans moi (avec des rappels pour les tétées !). J’ai su que je pouvais la déposer car l’absence de réveil prolongé et le fait que mes bruits semblaient la gêner m’ont mis la puce à l’oreille.
Bien sûr chaque bébé est différent, mais dans tous les cas, le portage est recommandé pour endormir l’enfant et l’avoir auprès de soi sans contrainte et sans stress.

Le plus grand combat peut-être d’aller à l’encontre des adages et des propos non-fondés qui sont avancés. C’est parfois usant de se confronter à ces remarques qui mettent en gardent (J’ai fait un petit guide de survie par rapport aux choix que l’on fait, si ça intéresse).
Le principal conseil que je peux fournir c’est de prendre les choses « à la cool ». Parce que le bébé lui, n’est pas dans la confrontation ou l’attente de quoique ce soit. Alors si tu peux aussi te sortir de cela, éviter les comparaisons, et juste vivre avec ton bébé de manière la plus instinctive possible : je te promets du bonheur !

Il y a un inconvénient au portage.
Un seul : Les pantalons qui remontent ! Et sincèrement, j’ai quand même trouvé 4 solutions.

  1. Je n’ai habillé ma fille qu’à partir de ses 4 mois : avant ça, c’était pyjama (assez grand pour ne pas créer de tension). Le must…
  2. Les leggings : c’est élastique et ça ne remonte pas trop.
  3. Les hautes chaussettes (des jambières existent aussi), c’est top pour l’hiver.
  4. Les sarouels : mon favori, le must du must du bébé de 3 mois à la propreté à mon sens. Pourquoi ? Parce que c’est hyper confort, super mignon en style (subjectivité, certes !), les enfants ont énormément d’aisance et la couche n’est pas comprimée. Cela ne remonte pas trop et les élastiques coupent le vent aux jambes et rendent la ceinture hyper agréable. Et enfin : c’est un vêtement qu’ils gardent longtemps ! Un même sarouel peut être porté de 4/5 mois jusqu’à 15/18 mois (vive les élastiques !). L’idéal quand on constate la croissance expresse la première année et la garde-robe monumentale nécessaire en diverses tailles ! Il y a de super créatrices (j’adore choisir tous les éléments d’un vêtement fait à la demande) dont « La maman du p’tit koala ». J’ai craqué sur ce sarouel dernièrement et j’en suis fan ! je tiens à en parler car son contact et ses créations m’ont été fort agréables.

En conclusion : sois cool et garde ton bébé près de ton cœur ! Le portage : c’est la vie ! ❤

Partage, aime, commente : je n’attends que ça que d’interagir. J
Et toi, tu as porté ? Avec quoi ? Comment ?

A très bientôt, pour le pouvoir de la curiosité !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante)

Comme introduit lors de mon article de présentation sur la CNV, il est nécessaire d’être capable d’observer froidement et objectivement les faits d’une situation.

Rosenberg annonce d’entrée de jeu : « Observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine».

Cela peut sembler facile, dans un premier temps, mais l’exercice s’avère souvent semé d’embuches.

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Tout dépend du cadre d’interprétation… Sauf si on enlève l’interprétation!

Je peux te suggérer d’imaginer un contexte, une conversation ou une dispute récurrente avec quelqu’un. Visualise bien ce qui est échangé lors de ce cas.

Peux-tu exprimer ce que la personne FAIT qui te dérange ?

Il est important de ne pas caractériser la personne lors de cette description des faits. Par exemple, « Il est vraiment pénible, il n’arrête pas de m’ignorer et de jouer sur sa console ! ».

« Il est pénible » s’avère être un diagnostic que tu fais de la personne. C’est un jugement, une perception que tu as. En outre, en caractérisant un individu, une étiquette lui est donnée et dans certains cas, cela peut l’enfermer dans ce cadre restreint. Comment un individu (quelque soit son âge) peut-il se sentir si on ne cesse de lui répéter : « Tu es méchant ! Tu ne veux pas dire  Bonjour ! » ?

De même, accoler des étiquettes ou des expressions négatives à certaines situations peut les rendre insupportables. Qui n’a jamais entendu « faire les corvées ». Je ne sais pas toi, mais quand j’entends : « Aujourd’hui, c’est le jour des corvées ! », je sous-entends aussi qu’il n’y a là qu’une perception négative des actions à entreprendre. En utilisant le terme « ménage », cela connote moins négativement les évènements. Et il n’y a pas que du négatif à faire du ménage, puisque l’objectif est de parvenir à avoir une maison propre et rangée (là encore la notion de propreté et de rangement est subjective !).Pour autant, il est plus simple à un enfant « d’entretenir » un habitat, que de rentrer dans un routine de « corvées ». 😉

Je peux ainsi te suggérer de modifier ton vocabulaire au fur et à mesure, afin d’avoir une perception plus objective des situations sans qu’elles soient pavées de jugement. Et cela vaut tout autant pour les expressions positives. Simplement, parce qu’il est impossible de savoir comment une personne va réagir à une situation au moment précis. Il n’est pas opportun de lui faire comprendre que son attitude doit être positive ou négative, du moins  si l’objectif est de développer une relation authentique.
Le fait peut sembler être  « il m’ignore ». Là, encore, c’est une interprétation puisque l’ignorance s’effectue toujours de quelqu’un envers autrui. Or, un fait est dénué de notion relationnelle. Un des écueils relationnels récurrents est de croire qu’une personne fait quelque chose et que cela nous vise directement. Dans l’exemple précité, la personne ne parle pas et demeure concentré sur son jeu. L’autre considère qu’il y a une intention derrière ce silence. La croyance d’intention cachée est une cause majeure de conflit. Tout comme le fait de croire qu’autrui ment lorsqu’il évoque une explication à une attitude.

Quand bien même l’individu masquerait une partie de son ressenti par une explication jugée peut probante, le « mensonge » (qui a une connotation bien négative !) peut tout à fait être salvateur pour les relations humaines.  Point de levée de bouclier contre cette affirmation ! Je m’explique : dans certaines situations, il est plus judicieux de s’abstenir de faire un commentaire négatif que de mentionner avec des pincettes la pensée réelle.

Tu ne dirais pas à une amie proche, RAVIE de sa nouvelle entreprise, que tu penses qu’elle va se crasher et que son business est pipé d’avance… Surtout si elle a déjà effectué tous les investissements et qu’elle aime réellement son projet.

Ton point de vue n’aurait aucun bénéfice sur votre relation et elle a tout le choix personnel de se lancer dans un projet.
Ton opinion aurait pu être utile en amont du business model, par exemple, si tu as la capacité de démontrer par des faits les « défauts » de son entreprise.

Une réaction adéquate face à une personne aussi enthousiaste pourrait simplement être : « C’est vraiment agréable de te voir aussi heureuse grâce à ce nouveau projet ! ».  Tu adhères à son sentiment et  tu le reconnais (le principe de l’empathie).

 

« Il joue sur sa console sans parler » est le fait derrière la phrase.

C’est simple et univoque. Le tout, après cela, c’est de détecter le sentiment qui engendre ce fait, puisque c’est ce qui meut l’interprétation d’ignorance et et les présomptions intentions cachées. Je proposerai  un article sur cette étape des sentiments sous peu.

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Je t’invite à effectuer une auto-observation de ta manière de parler au quotidien et des expressions répandue.
Nous avons été élevé dans le jugement constant des faits et des situations.
« Il fait beau ! » parle d’une météo clémente, mais cela ne donne aucune indication réelle. Personnellement, lorsqu’il fait plus de 30 degrés pendant plusieurs jours, je suis ravie de voir revenir un temps plus couvert avec un vent plus frais  (oui, je suis un animal du Nord !).
« Tu as bien mangé ! » sous-entend que la personne a rempli les attentes –non précisées- de l’autre. La perception ne sera pas du tout identique si quelqu’un mange « « bien » ses légumes ou mange « bien » les chips présentées.

« Tu es gentil/sage ! » mentionne aussi des attentes sous-jacentes qui ne sont pas exprimées, mais juste entendues dans le langage commun.

En l’occurrence, nous, adultes avons bien du mal à sortir de ce schéma de pensée et des expressions pleins de jugements qui nous ont été transmises depuis l’enfance. L’idée principale, c’est d’en prendre conscience et d’essayer de créer de nouveaux automatismes. Cela pourrait être d’une richesse inouïe que nos enfants grandissent en étant en capacité de décrire les choses plutôt que de contreplaquer une interprétation dessus. Ce qui nous semble si peu naturel serait pour eux tout à fait simple à mettre en œuvre. Cela leur donnerait la possibilité de s’extirper des étiquettes préconçues et de ne pas propager celles-ci auprès de leurs pairs.
On pourrait alors imaginer un monde où les enfants (et les adultes !) ne se moqueront plus de la différence, mais la constateront et apporteront des suggestions pour « faire avec ». Je n’effectuerai pas non plus un topo sur les prophéties auto-réalisatrices qu’engendrent les étiquettes données aux enfants. Mais en somme, leur éviter les qualificatifs permet qu’ils se développent en pleine potentialité et non en réaction.
Nous pouvons devenir des personnes en capacité de communiquer ce que nous voyons et ce que nous souhaitons sans interprétation supposée. Cela s’avère être une attitude qui amène bien de la sérénité dans la perception du monde et de son rapport aux autres.

J’espère sincèrement que cet article t’aura ouvert un point de vue sur la communication. Je te propose de le partager si cela fait écho en toi.

A la prochaine étape de la CNV, l’expression des sentiments ! Quelle aventure ! 😉

A la revoyure, curieux de la comm’ !

Communication Non-Violente

La Communication Nonviolente

Cette matière qu’est la communication nonviolente (CNV) engendre en moi un foisonnement d’idées et d’envies. Je pense que c’est en cheminant vers ce mode de fonctionnement que j’ai commencé à avoir vraiment envie de partager.

Je ne comprends pas comment il est possible que la communication non-violente puisse, parfois, être seulement considérée comme un outil à utiliser lors des conflits.

En réalité, la communication non-violente se prête à l’ensemble de l’existence… et pas seulement en termes de communication. C’est un état d’esprit, un mode de vie, un cheminement.

En toute logique, lorsqu’on parle de communication (en fait, à partir du moment où nous sommes en relation… c’est-à-dire assez souvent étant donné le caractère social de l’être humain), il faut prêter attention à l’autre, mais aussi à soi. La CNV demande que chacun ait conscience de soi et de l’autre afin d’obtenir des relations authentiques et saines.

La CNV est souvent décrite par la structure en 4 étapes qui doit être intégrée (et non pas utilisée telle quelle ! Lolilol, sinon je vous promets des échanges assez peu sereins !).

Alors, pour résumer (avant de détailler ! :-p), lorsque nous nous trouvons dans une situation susceptible de créer de la tension en soi ou chez l’autre, il convient :

  1. D’observer les FAITS de manière neutre et objective: pas les impressions, pas le jugement/diagnostic de la situation (ex : « mon voisin est stupide » est un diagnostic du problème !), juste ce qu’il se passe. Par exemple : Mon voisin passe la tondeuse à l’heure du barbecue dominical.
  2. Identifier et expression le(s) émotion(s) que nous ressentons, par exemple : je me sens en colère et embarrassée.
  3. Identifier et exprimer le(s) besoin(s) à l’origine des sentiments, par exemple : j’ai besoin de quiétude et d’être dans une ambiance agréable quand je reçois du monde.
  4. Formuler une demande à l’autre. Celle-ci doit répondre à différents critères : SMART = Spécifique/concrète, mesurable, acceptable, réaliste et temporellement défini. Elle doit aussi être négociable. Par exemple, « Pourrais-tu passer la tondeuse à un autre moment de la journée qu’entre 12h et 14h le dimanche ? »

Afin de pouvoir entrer en relation avec l’autre, la détection de SES besoins est nécessaire. Il est fort utile de conscientiser que chaque comportement est mu par un besoin (ça ne vous rappelle pas quelque chose dans mon précédent article sur la discipline positive ?). Si nous parvenons à considérer que l’autre use d’un moyen/d’une stratégie pour combler son besoin, nous pouvons sortir de la spirale culpabilisante et accusatrice : « Il fait ça pour m’énerver ! ».

La CNV est un mode d’expression en conscience. Il est optimal de pouvoir

être calme pour s’exprimer, et encore une fois, cela nécessite de l’exercice.

En outre, la CNV demande de sortir du jugement et des présomptions des comportements d’autrui. On présume que ses attitudes répondent à un besoin, mais il est indispensable de questionner l’autre pour

savoir ce qui le meut, et non pas en rester à ses

point de vue

propres suppositions.
La communication reprend tout son sens, puisqu’elle sert à améliorer la compréhension mutuelle, mais aussi son propre fonctionnement.

Je ne sais pas si tu en déjà pris conscience mais, sortir du jugement, implique un changement de vocabulaire.
Pourquoi ?

Simplement parce que notre langue est pavée de notions telles que : bien/mal, normal/original, facile/compliqué, etc. Outre la construction binaire imposée par ce vocable, cela démontre un jugement d’ordre moral. Comme si un ordre avant établi ce qu’il faut penser ou non d’une situation. Et c’est le cas… Presque toutes les sociétés du monde ont été construites avec des bases d’ordres religieux dictant à ses disciples la « bonne » manière de se conduire.

L’intention derrière la mise en évidence de ceci n’est pas de cautionner tous les comportements sans y voir ceux qui sont délétères, mais bien de comprendre comment ils sont apparus chez l’individu… Pour ensuite y apporter une demande/une solution qui résultera de l’échange entre les protagonistes (là aussi, ça devrait vous rappeler quelque chose.. ! 😉 ).

Se débarrasser des attitudes et des propos jugeants implique une restructuration de son espace de pensée. L’objectif n’est pas de vivre au pays des bisounours, mais de prendre en compte la situation/l’attitude plus que de caractériser l’individu en soi.

stratégie

D’ailleurs, cette notion d’intention est primordiale. Lorsque nous rentrons dans un processus de communication, il faut avoir conscience de pourquoi nous décidons de le faire.
Est-ce pour préserver le lien avec l’autre ?

Est-ce pour lui communiquer un inconfort ?

Ou est-ce pour lui dire que ce qu’il pense ne convient pas ?
Tu auras compris que la dernière option peut être vaine. Il est possible (voire même probable) que certaines personnes heurtent ton cadre de vie en exprimant une opinion. Mais si ton intention pour entrer en communication, même en respectant les 4 étapes de la CNV, est celle de lui faire comprendre qu’il pense « faux », alors il y a fort à parier que l’échange ne sera pas fructueux.

Je reviendrai très prochainement sur d’autres aspects de la CNV, pour préciser son fonctionnement et rendre limpide son intérêt majeure dans l’éducation bienveillante. Et ce n’est pas moi qui l’invente, puisque Marshall Rosenberg, le théoricien de cette communication, a milité une bonne partie de sa vie pour faire évoluer le système éducatif.

Si tu as envie de partager une situation que tu estimes difficile à gérer, ou quelconque autre élément à apporter : mets vite un commentaire.

A très bientôt, Lecteur Curieux !

Éducation bienveillante

La discipline Positive

Je vais te présenter « la discipline positive ». Je range cet article dans la catégorie « Éducation bienveillante » car c’est qu’elle peut être catégorisée (au cas où l’on n’avait pas compris, hein).

Toi qui me lis, n’en déduis pas que l’éducation bienveillante n’est QUE la discipline positive.
Il y a déjà énormément de sites et de blogs qui définissent cette notion. Je ne peux pas en parler sans avoir rédigé un article « de référence », comme je l’ai fait pour le maternage proximal. C’est un début de blog… Alors je pose les fondations. :-p

Déjà, si tu penses que la discipline positive va te donner des solutions toutes faites, que c’est une Méthode, il est possible que tu sois déçu.e ou plutôt rassuré.e. Il n’y a, en effet, pas UNE manière de faire avec les enfants. Quiconque vend ce principe se fourvoie (et fait des déçu.e.s !). Une métaphore explique bien cela : lorsque le lait bout, l’idée de l’éducation bienveillante n’est pas de mettre un couvercle (je ne sais pas si vous avez essayé, mais la cuisinière finit vraiment sale) mais de trouver une solution pour réduire le feu.
Cela va sembler théorique, mais, en réalité, je vais juste présenter la structure d’un état d’esprit à acquérir pour entrer dans la parentalité positive.

La discipline positive puise ses sources dans les 8 principes adlériens (issus d’A. Adler) :

  1. L’enfant est un être social ;
  2. Le comportement des enfants est tendu vers un but (qui n’est pas « de nous énerver ! ») ;
  3. Les besoins essentiels de l’être humain est d’appartenir et d’avoir de l’importance ;
  4. Un enfant qui se comporte « mal » est un enfant découragé ;
  5. Le sens de la communauté (dans le sens de participer à la société) ;
  6. Le principe d’égalité, le fondement de la coopération ;
  7. Les erreurs sont une merveilleuse opportunité d’apprentissage ;
  8. S’assurer de faire passer le message d’Amour

(Oui, je sais ! Ça paraît très conceptuel. Cela dit, je t’invite à m’adresser tes questions ou à lire « La discipline Positive de Jane Nelsen, pour aller plus loin dans ce mode de vie. Je reviendrai à diverses occasions sur les principes évoqués.)

Il est également nécessaire d’être attentif aux 3R de la réconciliation lors des conflits, quand l’adulte se rend compte qu’il tient un rôle dans le maintien ou l’apparition d’une situation problématique (tu sais, ce moment où tu veux que l’enfant agisse et qu’un mot blessant à son égard part, un cri, un geste) :

  1. Reconnaitre son erreur/sa responsabilité
  2. Se réconcilier : aller vers l’autre en s’excusant
  3. Réparer : chercher une solution, une alternative qui convient à tout le monde

image enfant1

(Tu remarqueras que cela ne s’adresse pas qu’aux relations envers un enfant…! 😉 )

En réalité, pour obtenir des résultats dans une voie d’éducation bienveillante, il est nécessaire de faire entrer l’enfant dans une dynamique de collaboration : 4 étapes sont suggérées. Celles-ci doivent être accomplies avec sincérité et bienveillance (Si c’est fait à contrecœur, et sans intention louable, l’enfant le ressent… Tes attitudes non-verbales te trahissent !) :

  1. Montrer à l’enfant que l’on comprend ses émotions en lui posant des questions et en reformulant ses ressentis
  2. Faire preuve d’empathie, sans excuser ni approuver l’action. Juste montrer qu’on a compris la perception de l’enfant.
  3. Partager nos perceptions et ressentis en tant qu’adulte. Il faut que l’enfant soit revenu au calme pour qu’il soit en mesure d’écouter
  4. Inviter l’enfant à se centrer sur une solution, pour éviter le problème à l’avenir. S’il ne trouve pas d’idées, on peut lui proposer des suggestions. L’idée est donc de suggérer, de faire avec l’enfant et non à la place, pour l’ancrer dans un processus
  5. d’autonomie.

image enfant parent

 

La discipline positive, c’est aussi changer de regard sur les comportements que les adultes considèrent comme inappropriés.

En premier lieu, les enfants explorent leur environnement. En deçà d’un certain âge, je suggère plutôt d’adapter le lieu de vie à l’enfant, plutôt que d’avoir l’espoir que vous arriverez à faire comprendre à un tout-petit qu’il ne faut pas toucher les bibelots situés à sa hauteur. On dit bien de mettre les produits dangereux en hauteur, cela vaut aussi pour les choses fragiles ou précieuses.

En tant qu’adulte, certaines attitudes peuvent devenir exaspérantes. Pourtant, il n’est pas rare que dans l’occurrence de comportements dérangeantes, les adultes aient une part de responsabilités.

Les enfants ne sont pas en mesure d’envisager leurs actes sous le même angle que les adultes, pour différentes raisons :

  • Parce qu’il manque de compétence, de conscience ou de connaissance par rapport au comportement attendu ;
  • Le comportement correspond au stade normal du développement. Par exemple : jeter les jouets par terre systématiquement, ouvrir/fermer les portes, allumer/éteindre la lumière ;
  • Il a un sentiment de découragement ou d’incapacité, ex : l’enfant s’énerve, pleure, parce qu’il a mal (aux dents par exemple), s’ennuie, tente de se déplacer sans y parvenir, tente de se faire comprendre mais n’y parvient pas encore ;
  • Le comportement est guidé par le cerveau reptilien (les émotions) : si l’émotion est accueillie par l’adulte, reconnue, l’espace d’expression émotionnelle durera environ 90 secondes. Si l’enfant est très énervé : il faut réfléchir à son besoin de motricité.

Les comportements perçus comme inappropriés sont des opportunités d’apprentissage. Pour se faire, il faut accompagner l’enfant vers la responsabilisation et l’autonomie.

Il est utile de faire usage de temps de pause face aux comportements afin d’éviter les réponses instinctives. Cela invite l’adulte à se maîtriser pour montrer à l’enfant que c’est cette attitude de maîtrise qu’il est utile d’acquérir. En outre, il est nécessaire de vérifier que l’enfant soit connecté à l’adulte (Il n’est plus en train de bouillir émotionnellement) et que son besoin d’appartenance est bien rempli (qu’il ne se sent pas rejeter ou aimer conditionnellement).

Plus le comportement est compris par l’adulte, plus sa perception sera fine et la réaction apportée sera adéquate pour guider l’enfant dans les repères éducatifs.

Il est important de prendre en compte les besoins de l’enfant, avec justesse, afin de comprendre son comportement et d’apporter  la réponse la plus efficace.
(Je sors un peu du contenu strict du livre de Jane Nelsen, mais ça donne du sens à son contenu.)

  • Les besoins physiologiques
  • Les besoins d’appartenance / d’attachement
  • Le besoin d’autonomie, de contrôle et de liberté
  • Les besoins émotionnels
  • Les besoins intellectuels

Jane Nelsen, met en évidence 4 « objectifs-mirages », qui ont des intentions précises, et qui visent à remplir les besoins précités :

  • Accaparer l’attention
  • Prendre le « pouvoir » (être en situation de maîtrise, l’enfant n’est pas un dictateur ! 😉 )
  • Prendre une revanche (mise en chose égale, l’enfant a plus un notion d’égalité que d’équité…)
  • Renforcer sa « croyance d’incapacité » (comme les adultes, ils ont tôt faire de s’autoconvaincre qu’ils sont incapables.)

L’enjeu principal pour l’adulte est de détecter les besoins cachés derrière les comportements. Jane Nelsen propose un tableau d’identification des besoins cachés, qui s’avère être une mine d’or. Voilà, c’est cadeau :

grille besoins cachés Jane Nelsen

 

Pour réagir face à des comportements inappropriés, il est nécessaire que le climat émotionnel de l’adulte soit maîtrisé. Il est, dès lors, pertinent d’apprendre à gérer ses émotions et à les reconnaître (Bon, il faut aussi se dire qu’on est parfois débordé émotionnellement. La réaction ne sera donc pas optimale, mais il est tout à fait possible de corriger le tir après avoir pris un temps calme. C’est l’avantage des relations humaines : elles ne sont jamais figées, si on ne veut pas qu’elles le soient !). Pour revenir à son propre calme, il peut être nécessaire de mettre en perspective le comportement en regard des besoins éventuellement non-assouvis de l’enfant.

Pour la juste détection des besoins, il est tout à fait possible de questionner l’enfant sur son comportement. Il est alors utile d’effectuer un questionnement, en prenant bien le temps d’écouter les réponses successives, en reprenant les 4 objectifs-mirages expliqués ci-dessus. Il ne faut pas oublier que l’enfant n’a pas vocation ne nous « ennuyer » volontairement. Cela ne remplit aucun bénéfice pour lui. Les comportements sont des stratégies pour parvenir à remplir ses besoins ou une expression émotionnelle.

Jane Nelsen propose un outil pour favoriser la coopération : « les temps d’échange en famille ». Ces moments ont pour objectif d’enseigner la responsabilité sociale et l’implication des enfants dans le processus de décision. Durant ce temps hebdomadaire, il est demandé à tous les protagonistes d’une maisonnée de se réunir afin de mettre à jour les éléments inconfortables et de se concentrer ensemble sur la résolution du/des problèmes. Je consacrerai un article entier à ce sujet plus tard.

Qui dit Discipline Positive dit éducation sans punition ni récompense. Cependant, la discipline positive n’est pas laxiste, les principes sont de la fermeté et de la bienveillance : il s’agit de trouver des solutions aux problèmes et non pas de les faire disparaître en les invisibilisant.

Je ne peux pas faire un résumé concis du contenu de ce livre de manière harmonieuse. Je ferai un article clair et limpide sur la manière d’aborder une situation qui, de prime abord, pourrait requérir une punition selon l’éducation transmise.

La Discipline Positive nous propose des outils pour parvenir à une fin d’éducation sans violence et respectueuse de chacun.

Il est primordial de retenir que ce n’est pas une méthode d’intervention auprès de l’enfant, mais bien un changement de paradigme par rapport à celui-ci. L’objectif n’est pas de démunir le parent de ses possibilités d’action, mais, au contraire, d’étendre sa compréhension du problème et d’agir avec plus de justesse.

Cela nécessite de l’introspection (qui peut faire mal… Coucou, je suis là, si tu veux en parler !) et des intentions qui ne sont pas de soumettre l’enfant aux désirs parentaux (déjà qu’il est arrivé par nos désirs, alors bon… !). L’idée première est de faire de cet être qui rassemble tant d’espoirs chez l’adulte, un être susceptible de coopérer à un fonctionnement social. Cela implique qu’on soit prêt à entendre que les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres et que les stratégies ne sont pas identiques pour tout un chacun.

La parentalité positive fait grandir les enfants dans la bienveillance et les préserves d’une violence normative, psychologique et physique. Cela nécessite de l’expérience, des « ratés », qui sont très justement, des opportunités d’apprentissage pour les parents.

Un peu comme on s’exerce à toutes activités, la Discipline Positive demande du temps. Tout n’est pas évident dans un premier temps, mais quel fonctionnement est si simple qu’il peut être intégré immédiatement ?

 

illustrations besoins

Le sujet est vaste !

C’est mon deuxième article fleuve. Il y en aura un troisième (histoire de fondement, etc.), sur la Communication Non-Violente.
Tout cela a un but précis, je t’invite donc à revenir rapidement pour aiguiser encore ta curiosité (parce que oui, plus nous en savons, plus on mesure l’étendue des connaissances à acquérir encore. Mais c’est génial : ça veut dire qu’il y a encore tant à apprendre !).