Allaitement·Maternage proximal·Préparer la naissance

Les freins à l’allaitement : faisons-les sauter!

Souvent, il est évoqué ce qui est nécessaire pour qu’un allaitement se déroule au mieux (moi, y compris, dans cet article des clefs pour démarrer un allaitement).
Mais, autant de fois, sont minimisés les freins à la conduite d’un allaitement serein.

Ce sont les parents, la proche famille mais aussi les professionnel.le.s de santé (médicaux ou paramédicaux)  qui s’avèrent peu ou pas formé.e.s concernant l’allaitement.
Je propose dès lors un focus sur les étraves principales à la sérénité lactée, et les solutions à y apporter !

 

La confusion sein/tétine

Je suis stupéfiée du nombre de fois où je suis confrontée à des situations où cette confusion est délibérément ignorée bien que ses effets soient perceptibles clairement.
« Mon bébé fait bien la différence, il n’est pas bête ! »
« Après 3 mois, il n’y a pas de risque ! »
« Je ne suis pas sa tétine, hein ! »

Rappelons-nous que les tétines quelles qu’elles soient, n’existent pas à l’origine. Elles sont utilisées pour substituer le sein maternel (ce n’est pas le sein maternelle qui sert de tétine !).

Le recours au biberon pour compléter les apports alimentaires du nourrisson génèrent une aggravation des problèmes inhérents à l’allaitement. J’avance « aggravation » puisque la supplémentation n’a pas lieu si l’allaitement se déroule bien.
La dernière revue de littérature effectuée par la Leche League a mis en évidence cet effet et signale cependant que l’usage de tétine (sucette/tutute/suce/machin-chose en plastique qui s’accroche aux vêtements) ne démontre pas, avec les études actuelles qui doivent être complétées, de conséquences majeures lors du nourrissage au sein.
Malgré tout, il est nécessaire de conscientiser que l’utilisation de cette tétine pour calmer le bébé (utilisée comme « bouchon à bébé ») ou le recours à des bouts de sein en silicone peuvent engendrer une réduction de la fréquence des tétées. Or, le manque de succion (ou une mauvaise succion)  cause une diminution de la lactation et, à terme, un manque de lait qui peut mener à un sevrage précoce avec besoin de compléter grâce à du Lait Artificiel (ou Préparation Commerciale pour Nourrisson – PCN).

Enfin, il faut se remémorer qu’une confusion sein/tétine est une modification de la prise du sein, à cause d’une mobilisation de groupes musculaires différents et une alterations des réflexes archaïques. Ils sont aussi susceptibles de se désintéresser du sein car ils ne parviennent plus à s’en satisfaire tant pour se réconforter que pour se nourrir.

Lors de l’allaitement, dès que l’on aperçoit qu’un enfant modifie sa prise du sein, il est indispensable de se débarrasser de tous les substituts au sein maternel (tétine de biberon ou de sucette, bouts de sein en silicone, etc).

Par précaution, et dans la volonté d’un allaitement le plus serein possible, il est préférable de se passer de tétine et de biberon. Une confusion peut survenir à tout moment, d’autant plus facilement dans la première année de vie, mais cela peut se produire après la prise d’un seul biberon après l’âge d’un an.
Voici d’autres modes d’administration du lait, en cas de nécessité :
alternative au biberon.jpg

Source de la revue de littérature effectuée par la LLL : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1942-da-119-le-point-sur-la-confusion-sein-tetine

Voici un article de MamanLune entièrement consacré à cette confusion : http://mamanlune.com/index.php/2017/05/25/le-biberon-la-tetine-les-bouts-de-sein-et-lallaitement-au-sein/

En train de vivre une confusion ? Voici des pistes pour y remédier, par Oummi-Materne : https://www.oummi-materne.com/confusion-sein-tetine-conseils-pour-reeduquer-la-succion-de-bebe/

 

Imposer un rythme ou une durée aux tétées

A leur naissance, les bébés découvrent la sensation de faim. En cas de bonne santé, ils rampent directement pour atteindre le sein. C’est totalement instinctif. Et dès le départ, cette « tétée de bienvenue » peut durer 2h, avec un bébé qui somnole après l’épreuve de l’accouchement.
Par la suite, les bébés vont avoir faim à chaque période d’ « éveil ». Ils vont avoir 3 besoins principaux : être au contact, se nourrir et éliminer.
Il n’y a dès lors pas lieu de restreindre l’accès aux seins à un enfant, ni à sa naissance ni dans les mois qui suivent, d’ailleurs. Les bébés savent de quoi ils ont besoin.
Il en va de même avec la durée des tétées : certain.e.s tètent très vite, d’autres prennent leur temps. Une mère peut, ou pas, avoir une hyperlactation et un débit de lait puissant, ce qui impacte forcément la durée des tétées.

Alors oui, un bébé peut téter toutes les 45 minutes, parfois toutes les 2h, parfois sans aucune régularité claire… Et ce n’est pas grave !
L’important est d’écouter les besoins que communique son enfant. Cela vaut également pour les bébés atteints de RGO (reflux gastro-oesophagien) : c’est un mythe de croire qu’il est nécessaire de laisser 2 ou 3h entre les tétées pour que le lait soit digéré. (voici un lien sur l’allaitement de bébés atteints de RGO : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1401-da-41-allaiter-un-bebe-souffrant-d-un-reflux-gastro-oesophagien )
Oui, pendant les 4 premiers mois, les bébés peuvent recracher un peu le trop plein (surtout en cas d’hyperlactation et de réflexe d’éjection fort – lait qui sort en jet). Je paraphrase la LLL : Avoir un bébé allaité du recrache du lait, tant que cela ne lui est pas douloureux, ce n’est qu’un problème… de lessives ! (PS : les bavoirs sont ainsi bien utiles, ainsi que les langes/tétras !). Pour d’autres articles sur les régurgitations des bébés : https://www.lllfrance.org/vous-informer/votre-allaitement/surmonter-les-obstacles/931-regurgitations-et-allaitement
N’oublions pas que l’alimentation des nourrissons est exclusivement liquide et que le cardia (Le cardia de l’estomac est l’orifice qui constitue la jonction entre l’œsophage et l’estomac) est immature à la naissance : le contenu stomacal remonte facilement dans l’œsophage.

anatomie estomac

 

Les douleurs inhérentes à l’allaitement (crevasse, érosions, etc.)

Lors des premiers jours de l’allaitement, il se peut qu’il y ait des inconforts au début de la tétée. Si cela n’engendre pas de blessure au niveau du téton, il est probable que l’inconfort se dissipe endéans les 15 jours.
Si la douleur est intense du début à la fin de la tétée et que, dès les premiers jours, le téton présentent des érosions et un début de crevasses : c’est que la prise du sein n’est pas correcte !
Il peut y avoir plusieurs causes à cela : naissance traumatique engendrant des blocages de la mâchoire, présence de freins restrictifs de lèvre et/ou de langue, mauvaise position du bébé, etc.

 

Voici comment doit se positionner le bébé pour assurer sa bonne prise du sein:

prise du sein bébé

Ici, un lien sur les freins restrictifs (qui sont coupés très facilement par les professionnel.le.s spécialisé.e.s) : https://mamanlune.com/index.php/2017/09/11/les-freins-et-lallaitement-le-bebe-qui-ne-savait-pas-teter/
Toujours concernant les freins, en cas de doute et d’accompagnement insuffisant au départ, voici un groupe Facebook de référence sur le sujet : Frénotomie et Freins : Support International https://www.facebook.com/groups/688846051316769/
Dans tous les cas, il est INDISPENSABLE de se faire accompagner aussi tôt que possible pas une consultante en lactation certifiée IBCLC. (voici un annuaire pour les trouver en France : http://consultants-lactation.org/annuaire-des-ibclc/ ; au Canada : https://www.ibclc.qc.ca/fr/ ; en Belgique : http://www.consultation-allaitement-maternel.be ; association européenne : https://www.elacta.eu/ )
Nous avons perdu les connaissances ancestrales nécessaires à la bonne mise en place d’un allaitement et du bon positionnement du bébé lors des tétées. Dès lors, l’accompagnement par une tierce personne formée permet de s’assurer que le bébé prend correctement le sein, garantissant un allaitement efficace et le plus agréable possible.

Lors de la « montée de lait » (qui peut avoir lieu de J1 à J4 voire 5 post-accouchement sans que cela soit anormal !), la pression inhérente à l’augmentation du volume dans les seins peut également engendrer des douleurs.
Dans ce cas-là, il ne faut pas utiliser de tire-lait (idéalement, sauf tire-allaitement exclusif –TAE) durant la mise en place de l’allaitement, soit les 6 premières semaines. Cela peut surstimuler le sein et amener à une hyperlactation induite.
Il est alors possible de se soulager en exprimant manuellement le trop plein (une vidéo te montre comment : https://www.youtube.com/watch?v=P63E5zzz5CA) ou par la technique du verre d’eau chaude (moins « technique » mais moins rapide https://www.youtube.com/watch?v=OVDx85D5RsI cela permet de soulager sans stimuler la production qui se met en place).

 

Le manque de lait lors des tirages

Il peut arriver qu’il soit nécessaire de tirer, ou qu’il soit conseillé (à tort) de le faire pour estimer la quantité assimilée par le bébé.
Or, ce qui est tiré n’est PAS représentatif de ce que la mère est susceptible de produire.
Les bébés sont faits pour téter alors que le tire-lait imite tant bien que mal.
En outre, il arrive régulièrement que les tire-laits ne soient pas efficaces (désolée, Kittet) et/ou que les téterelles ne soient pas à la bonne taille (eh oui, surprise : nous avons toutes des seins différents et il faut des embouts adaptés !) et cela impacte massivement le volume le lait tiré.
Petite blague physiologique : il est souvent nécessaire de changer de téterelles pour des plus petites après quelques mois … ! Ne crois pas forcément à une baisse de lactation, mais vérifie la taille de tes téterelles.
Donc, non, si tu ne tires pas suffisamment, ce n’est pas parce que tu ne produis pas assez !  Chassons ce mythe !

taille téterelle.jpg
Guide Medela

Voici un groupe Facebook très agréable pour la gestion des tirages et du du tire-allaitement plus globalement : les tires-allaitantes bienveillantes https://www.facebook.com/groups/1501753536777788/

 

L’introduction des produits laitiers
Outre le fait que l’on sache maintenant que la consommation de produit laitier (principalement de vache) a des effets controversés sur l’organisme (pour un résumé, ici https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-produits-laitiers-nos-amis-pour-la-vie_27560).
Le fait est que les adultes et les enfants après l’âge du sevrage naturel (entre 2 et 7 ans) n’ont métaboliquement plus besoin de lait. La plupart des adultes ne parviennent d’ailleurs plus à digérer aisément le lactose.
Eh oui, encore une fois, les lobbies agroalimentaires font grand bruit avec leur campagne de consommation de produits laitiers à tout crin…
J’outrepasse ici les explications concernant les produits laitiers spécialement dédiés pour les enfants qui sont des horreurs en terme de composition et à bannir dans tous les cas. Pourquoi ? Voici des bouts de réponse dans l’article « mon assiette, ma famille et moi ! ».

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Danonino de Danone…  8.5g/100 de sucre! Et… une controverse majeure sur la composition: http://www.leparisien.fr/societe/alimentation-food-watch-estime-trompeuse-l-etiquette-du-danonino-de-danone-01-03-2017-6722082.php

Dans le cas d’un allaitement, il est superflu de donner des produits laitiers puisque les enfants reçoivent déjà tout ce qui leur faut !

En outre, l’adjonction de produits laitiers peut engendrer un désintérêt progressif des enfants envers le sein. Tout ce que l’on ne souhaite pas, donc.

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La désinformation provenant des professionnel.le.s de santé

Ça pique un peu de l’écrire franc battant, mais c’est réel.

La part réservée à la formation des soignants concernant l’allaitement est très faible, voire quasiment inexistante (une pédiatre précisait que cela concerne 3 pages dans tout son cursus).
Autant dire que bon nombre sont totalement incompétents en la matière et propage simplement des « règles d’usage » occidentales mais totalement obsolètes.

 « Votre lait n’est que de l’eau/pas assez nourrissant/… »
« Après X mois, la nuit, iel n’a plus besoin de téter ! »
« Il faut espacer les téter ! »
« Il faut diversifier à partir de 4 mois ! »

Bref, concernant l’allaitement : avoir des réserves quant aux dires des professionnel.le.s qui vont à l’encontre des demandes de ton bébé, faire la beniouioui  et se référer systématiquement à une consultante en lactation IBCLC si tu penses devoir modifier quelque chose dans la conduite de ton allaitement!
Une pneumo-pédiatre, un.e kinésithérapeute ou un.e dentiste ne peut pas avoir toutes les spécialités, et ça vaut pour tous les professionnel.le.s. Il faut ainsi être indulgent.e.

Cela dit, une initiative rassemble des professionnel.le.s sensibilisés au maternage, au cododo à l’allaitement et à la bienveillance : le réseau grandit tout doucement. Voici la carte des pro déjà recensés : https://framacarte.org/fr/map/reseau-de-professionnelles-amies-du-parentage-prox_35361#6/44.965/-0.319

Et si tu es pro, tu peux t’inscrire sur ce groupe : https://www.facebook.com/groups/184793715764053/

Le site rassemblant tous les éléments arrivent bientôt !
Les habitudes familiales (rôle du père, participation de la famille au nourrissage, utilisation des tétines, etc.)

Le fait est qu’il y a souvent des familles de parents allaitant et des familles où le biberon règne en maître.
En outre, cela fait au moins deux siècles que la bien-pensance ordonne des préceptes qui ont transformé le rapport aux enfants, en les distançant et en minimisant les besoin corporels des enfants et de la mère.

Dans certains cas, un argument opposé à l’allaitement est que le père/partenaire/compagne ne peut s’investir auprès des enfants à cause de cela.
Certes, dans les toutes premières semaines, un bébé a besoin de passer de nombreuses heures au sein. MAIS il s’avère aussi que ce même bébé a besoin de dormir et d’être rassuré/porté quasiment constamment : et je pense que les bras de l’accompagnant.e sont disponibles pour cela.

Ensuite, avant de s’occuper de cet enfant, il y a une personne qui a besoin de la présence et du soutien du partenaire de vie : la jeune accouchée ! Que l’accompagnant.e mette tout son énergie pour rendre agréable le quotidien de la jeune mère, et elle/il trouvera une place de choix dans ce trio!
Très vite, les enfants auront des moments d’éveil longs…

J’ai comme l’impression que les jeunes parents/l’entourage a tendance à oublier que la période du nouveau-né est très courte ! L’alimentation est une part de la vie des enfants, comme pour tous les adultes, mais ne définit pas son être.

Enfin, il est tout de même particulier d’amoindrir la santé à long terme de son enfant pour des considérations d’égo de l’entourage qui veut tenir un biberon. Je rappelle les bienfaits de l’allaitement dans cet article.

Voici une petite série de BD qui explique bien le rôle de l’accompagnant.e au quotidien : https://www.facebook.com/firstsmileapp/photos/a.656948294431944/828099833983455/?type=3&theater

Il est cependant nécessaire de pouvoir entendre et discuter des perceptions des proches, et de comprendre leurs motivations. Pour t’aider, je te suggère cette lecture : « Comment faire en sorte pour que les gens acceptent mes choix ? ».

 

La course au bébé qui passe ses nuits

« Alors, il dort bien ? Il fait ses nuits ? »


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C’est surement une des questions les plus posées aux jeunes parents !

Le bébé d’humain a besoin d’apports alimentaires TRÈS réguliers. Le lait maternel est naturellement pauvre en calorie… Et cela a une explication physiologique.
Le bébé humain est dépendant de son environnement et  de ses référents, il a BESOIN de contact. Son organisme est prématuré (par rapport au terme de naissance des autres mammifères, principalement des primates dont nous sommes les plus proches) et il a besoin d’être dans un contact proximal afin de maintenir sa température corporelle, réguler son rythme cardiaque, sa tension artérielle et de s’assurer d’être en sécurité.

Un bébé n’a pas le métabolisme pour dormir des nuits de 12h sans réveil ! Ils ont besoin de d’hydrater très régulièrement et d’être en contact avec leurs référents.
Certains pourront dormir 4/5/6h de suite, vers 3 mois… Mais ce n’est pas la majorité, loin s’en faut !

Donc, non, il ne faut pas s’attendre à ne pas être « tranquille » la nuit. C’est le lot lorsque l’on devient parent !
Pour passer des nuits sereinement, voici un article sur le cododo.
Je rappelle que l’OMS recommande fortement de partager le sommeil de son enfant durant ses 6 premiers mois de vie au moins, pour limiter les risques de mort inattendue du nourrisson.

Alors non, point de farines/céréales pour bébé donné dans un biberon de manière à la gaver avant la nuit… C’est dangereux pour sa santé et ça ne correspond pas à ses besoins.
Le sommeil est une acquisition lente et fluctuante jusqu’à l’âge de 3 ans.

Autant le savoir et s’épargner des recherches de solution alors que la seule chose qui vaille est de suivre le rythme de son enfant. Promis, ça passera !

Si tu estimes que ton bébé a un trouble du sommeil, il est nécessaire de consulter. Il est possible que des traitements alternatifs comme la chiropractie, l’ostéopathie et la kinésiologie te viennent en aide.

La pression sur la prise de poids et la prescription de complément de lait artificiel

« Madame, votre enfant n’a pris que 300g ce mois-ci ! »
Oui, et ?

pèse bébé

Il arrive que certains médecins adorent catégoriser les enfants grâce aux normes (et la courbe des carnets de santé n’est pas celle des bébés allaités, qui est différente des courbes des bébés nourris aux laits infantiles).
Il faut qu’il prenne un grammage particulier quotidiennement (20/25g/jour) et que la courbe soit suivie de manière stricte, que la croissance des enfants corresponde à ce qui est attendu… sinon c’est à cause de l’allaitement !

D’une part, certains enfants continuent à grandir et grossir mais plus doucement que le montre les normes. Ils sont pourtant en plein forme.

Ensuite, il y a des enfants qui ont des cassures dans la courbe et il est nécessaire de savoir pourquoi. Ça peut être un signe de la présence de freins de lèvres et/ou de langue restrictifs, mais aussi parce qu’ils ont été atteints de diverses maladies, qui impactent la croissance. Un enfant malade ne prend pas voire perd du poids.

Dans tous les cas, il y a des solutions. Rapproche-toi d’une consultante en lactation certifiée IBCLC ou change de pédiatre afin d’avoir un autre avis !

 

La reprise du travail

Dans l’inconscient populaire, la reprise du travail sonne la fin de l’allaitement. Certains articles web vont même promouvoir cette idée, occultant volontairement les possibilités et les droits des femmes de pouvoir allaiter en travaillant !
Dans la plupart des pays, les femmes ont la possibilité d’avoir 1h/journée de travail pour tirer leur lait. Elles doivent avoir accès à un local propre qui peut servir à cette action.

Oui, l’allaitement non écourté est possible malgré une activité professionnelle.
Encore une fois, je te conseille le groupe déjà cité ci-dessus : les tire-allaitantes bienveillantes mais aussi « reprise du travail en allaitement exclusif ». https://www.facebook.com/groups/allaitementtravail/

 

Les traitements médicamenteux

« Je dois me soigner/me faire opérer, je ne peux plus allaiter ! »

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Il est possible que certains traitements ou interventions soient réellement incompatibles avec l’allaitement (traitement de chimiothérapie, par exemple).

Pour les traitements temporaires, il est fort probable qu’un traitement compatible avec l’allaitement soit disponible.

Afin de vérifier si la prescription médicale peut être compatible avec la poursuite de l’allaitement voire d’obtenir une alternative : les sites du CRAT http://lecrat.fr/ et de e-lactantia http://e-lactancia.org/ sont disponibles). N’hésite pas à demander aux soignants de vérifier sur ces ressources avant de composer ta prescription.

 

La diversification précoce (et la préférence à donner des aliments plutôt que du lait avant 1 an)

Je rappelle qu’il est totalement contreproductif de diversifier avant que le bébé ait 6 mois. Ce n’est pas de moi, mais de l’OMS. Je pense qu’on peut leur faire confiance !
Voici un article qui relate la nutrition du bébé durant sa première année de vie.

Comme je le précise dans ce lien, il est nécessaire de privilégier les apports de lait par rapport à la nourriture. Le sein/lait doit être présenté avant les repas de manière à assurer aux enfants leurs apports.
Au fur et à mesure, les quantités caloriques vont pencher du côté des aliments solides.  Cependant, jusqu’à un an, le lait doit encore compter pour au moins 50% des apports. La composition du lait maternel est optimale pour la santé du bébé afin d’assurer son hydrater et de soutenir son système immunitaire.

Il y a une pression énorme sur la diversification des enfants, comme si un bébé qui ne mange pas des quantités normées à l’âge de 7/8/9 mois était forcément en mauvaise santé.
Il s’avère que certains enfants ont de l’appétence pour les aliments solides dès 6 mois (si tu as l’impression que ton enfant est intéressé par l’alimentation avant, sache que c’est normal : les enfants sont interpellés par cet acte récurrent dans la vie des référents. C’est une volonté de mimétisme. Cependant, son métabolisme n’est pas prêt à recevoir d’aliments). En revanche, d’autres commenceront plus volontiers que vers 12 mois et sont tout de même en parfaite santé.
La seule carence « classique » des bébés allaités (oui, dans les Laits Artificiels, ils mettent pleins de compléments, histoire de se targuer d’être corrects à minima) est celle de la carence en fer (parfois en zinc).
Tu peux alors proposer à son enfant, plusieurs fois par jour, des aliments riches en fer, en les associant avec des aliments riches en vitamine C qui aide à son assimilation.

aliments riches en fer.jpg

 

La grossesse

Comme dernier point, la grossesse qui peut induire un sevrage.

En effet, les bouleversements hormonaux inhérents à la grossesse peuvent provoquer différents phénomènes : une modification du goût du lait, des douleurs durant les tétées et une aversion pour la mère enceinte.

Cela ne vaut pas dans tous les cas. Certains enfants continuent à téter malgré la grossesse et cela se déroule sans trop d’encombres vers un co-allaitement (en sachant que le lait s’adapte aux enfants les plus jeunes et qu’avec deux enfants qui tètent, la production va s’adapter !).
Cependant, dans le cas de grossesses très rapprochées (qui ne sont guère conseillées pour le corps de la femme), il faut savoir que c’est un risque à prendre pour le bébé encore allaité qui a réellement besoin de lait jusqu’à 2.5/3 ans.

Ce risque de sevrage induit par la grossesse rappelle également que l’allaitement n’est absolument pas un contraceptif fiable : il est possible de tomber enceinte avant même le retour de couche (puisque celui-ci est précédé d’une ovulation).

Bref, un allaitement étant enceinte est peut-être l’explication à cet étrange constat  des vêtements d’allaitement qui sont presque toujours conçus pour les femmes enceintes ! 😉

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Grâce à cette lecture, et à celle des clefs pour démarrer un allaitement, te voilà parer à mener à bien ton projet d’allaitement !

Je te souhaite plein de bonheur dans cette fin d’année.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieux !

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Cododo, sommeil partagé : cachez cette proximité que je ne saurais voir !

Depuis le début de ce blog, je me disais qu’un article sur le cododo était superflu.
Dans mon esprit, maternage/parentage proximal= proximité physique continuelle, jusqu’au détachement des enfants, d’eux-mêmes. Cela implique que la nuit, forcément, c’est également le cas.
MAIS le problème que le cododo ou le “sommeil partagé” est tout de même assez mal perçu … en Occident !

Par exemple, voici le titre d’un article de 2011 : « Bad news for dads: Babies ‘should share mother’s bed until age three’ because it’s good for their hearts « 

Il faudrait déjà savoir pourquoi c’est une “mauvaise nouvelle pour les pères” de dormir avec leurs enfants. Le titre est évocateur et complétement influencé : dans le cododo, il y aurait un perdant : le/la conjoint.e !

Ensuite, il y a des croyances : dormir ensemble rend les enfants dépendants. Une idée préconçue veut que les enfants soient censés « apprendre à dormir seul ». Pour cela, diverses techniques dont le « 5-10-15 », où le principe est simplement de laisser le bébé pleurer de plus en plus longtemps. Jusqu’à ce qu’il se taise et cesse de réclamer.
C’est donc de la résignation acquise. Le bébé n’apprend nullement à dormir seul. Il intègre que son environnement ne lui assure pas la réponse à ses besoins et se met en mode « survie ».
Les « problèmes de sommeil » des enfants (c’est-à-dire des résistances à l’endormissent) sont typiques de l’Occident. Surtout, le rapport au sommeil des enfants est très particulier, puisque éminemment culturel. Si l’on effectue des comparaisons, le modèle d’enfant précocement indépendant, par rapport au sommeil, est rare (Crawford, 1994, p. 46).
Même dans d’autres société industrialisée, comme au Japon, en Chine ou en Corée du Sud, il est normal de considérer que les enfants ont besoin de leurs pairs pour être équilibrés et sereins. Cela implique qu’ils partagent sans encombre l’espace de repos, de manière à assurer une présence corporelle aux enfants.
En outre, les réveils durant la nuit sont considérés comme normaux. Grâce au cododo, le sommeil des parents n’est que peu dérangé puisque les enfants ont la possibilité d’être rapidement rassurés.
A l’inverse dans les sociétés occidentales, la question du « bon sommeil » des enfants est un des sujets privilégiés.
« Alors, il fait ses nuits ? » doit être dans le top 3 des questions posées aux jeunes parents. Il est attendu que, très vite, un bébé ne se réveille plus et ne boive plus de lait la nuit (certains pédiatres vont évoquer un poids ou un âge (différent en fonction de chaque professionnels) auquel il n’est plus nécessaire que les enfants boivent la nuit).
Le rapport au sommeil partagé et aux « troubles du sommeil » présumés sont ainsi totalement différent.

Mais pourquoi un tel rejet ?

Cela prend racine au Moyen-Âge, avec la progression de la religion qui a rendu tous les rapports au corps impurs. Il n’était alors pas bien perçu d’être dans une proximité physique. En outre, il est suggéré que l’Eglise a découragé le cododo. Les naissances ne bénéficiant pas de régulation comme c’est le cas actuellement, il était suspecté que certains parents commettent des infanticides prétextant un étouffement accidentel pendant le sommeil.

A notre époque, il n’est pas rare que considérer que le lit est un domaine conjugal, et non familial, et qu’il doit rester l’espace spécifique du couple.
Il est étonnant de savoir qu’il n’y a pas si longtemps, le fait de partager son lit avec le partenaire pour dormir était très mal considéré ! Durant l’époque victorienne, partager le lit était perçu comme malsain et dangereux : ses forces de vie seraient happées par celui/celle dont on partage le lit (écrit dans « Dreamland: Adventures in the Strange Science of Sleep », David K. Randall).

Des différences sont également notables en fonction du climat : il est commun dans les pays très chauds de dormir séparément.

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Hamacs en Guyane

A l’heure actuelle, en Occident, il est entendu que les couples partagent le même lit. La plupart des gens s’alarment en apprenant qu’un couple ne dort plus ensemble toutes les nuits.
C’est oublié rapidement les habitudes de certains de nos arrière-grands-parents qui dormaient souvent sur deux matelas séparés voire dans deux chambres différentes.
C’est parfois une solution encore adoptée par des couples dont l’un des deux ronfle, si l’un.e des partenaires se lèvent ou se couchent particulièrement tard, et aussi, dans certains cas de cododo avec les enfants.
Le rapport au sommeil partagé n’est pas problématique s’il est discuté (comme tout, en réalit é!). Certains couples ne parlent pas de ces situations quotidiennes et peuvent développer de l’amertume qui ressort par des petites phrases acerbes : « Oh ! Tu as encore bougé/ronflé/t’es levé.e beaucoup cette nuit! Ça me réveille ! Tu es pénible ! ».
Cela peut être un choix délibéré que de dormir séparément. Cela demande de la discussion et de jouer carte sur table concernant les besoins de chacun.
Il en va de même pour le cododo, et donc le partage du lit ou de la chambre avec le.s enfant.s. Cela peut être subi ou vécu de manière épanouie.

Le Cododo et ses mythes

La société en a une mauvaise image car cela laisse penser que les enfants ne sont pas indépendants de leurs parents (ce qui est attendu très tôt, en Occident). De plus, on sous-entend que les adultes « abdiquent » et laissent les enfants décider leur lieu de sommeil, sans respecter leur intimité. D’ailleurs, il est considéré que le cododo est un frein à la sexualité. Enfin, il serait en cause dans l’augmentation de la fréquence de la MIN (Mort Inattendue du nourrisson, ou SIDS en acronyme anglo-saxon).
Mythes ou pas ?

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Non, c’est un fait. Les enfants ne sont pas indépendants des adultes. D’ailleurs, aucun humain ne peut être considéré comme réellement « indépendant » puisque nous sommes une espèce totalement grégaire et ayant besoin de relations interpersonnelles.
A sa naissance, le bébé humain est dans une dépendance folle par rapport à ses référents. Sans eux, il meurt. Et il le sait.
C’est la raison pour laquelle, après avoir passé 9 mois contenu dans un environnement globalement constant, en l’absence de sensations digestives, avec un thermostat intégré et une présence intégrale, il/elle ne peut pas être serein.e posé.e dans un berceau.
Au contraire, le bébé a besoin du contact constamment les premiers mois. C’est pour ça que le portage est indispensable pour ne pas se ruiner les épaules. Il est profitable lâcher-prise et prolonger sans résistance dans le maternage proximal… C’est vraiment la voie la plus simple pour une sérénité quotidienne (sérénité spécifique de jeunes parents, faut-il le rappeler ?!). Le cododo répond au besoin de présence rassurante pour les enfants. Je rappelle que la plupart des organismes de santé tels que l’OMS ou l’UNICEF recommande le cododo, ou a minima le partage de la chambre, jusqu’à l’âge de 6 mois et tend à une prolongation jusqu’à 9 mois.

Le deuxième mythe est que les enfants décideraient de leur lieu de repos et que cela dénote d’une démission parentale et d’un certain laxisme face au cadre.
Cette perception de l’enfance et de l’accompagnement des petits est traditionnaliste… et inconstestablement adultiste (ici pour un point sur cette notion).
Je pense que les gens qui estiment que les parents abdiquent quand ils répondent aux besoins de leurs enfants sans attendre souffrent d’un manque de connaissances en la matière. Que ce soit pour l’allaitement, les pleurs, le cododo, il est maintenant très clair dans la littérature scientifique que la réponse sans délais aux besoins des bébés leur est profitable.
Il n’y a strictement aucun bénéfice à différer une réponse à un besoin.
Dans le livre de Margot Sunderland « La science de l’enfant heureux : épanouir son enfant grâce aux connaissances sur le cerveau », tous ces éléments sont bien précisés et expliqués. Catherine Gueguen également a fait ce travail de rendre accessibles ces informations, de manière à ce que la réactivité aux besoins des enfants prime sur tout le reste. C’est une question de construction même du cerveau et, par la suite, des relations interpersonnelles.
Il fut démontré que la propension spontanée à câliner un enfant qui pleure est déterminée par ce que furent les réponses de nos référents à nos propres pleurs.
Si tes parents avaient tendance à s’énerver, à crier ou à te laisser pleurer, il est fort probable que les pleurs de ton enfant n’engendrent pas seulement de l’empathie. Cela réveillera également de l’énervement et un empressement de le faire taire.
L’absence de réaction empathique dans la petite enfance interfère avec la construction de la régulation émotionnelle.
Bref, point de laxisme ou de débordement du cadre lorsqu’un enfant dort avec ses parents : il s’agit juste d’un cadre plus opportun pour son développement et ses besoins actuels.

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Une illustratrice au top, cette Fanny !

Ensuite, le sujet de l’intimité du couple vient sur la table. LE sujet qui revient en boucle chez l’entourage qui, jusque-là, n’avait jamais questionné ta vie sexuelle. Étrange quand même que le fait de devenir parents et les habitudes de vie qui l’accompagne offrent une tribune publique à ce sujet.
Alors, en effet, il est possible que le fait d’avoir un enfant entame la libido d’un ou des deux partenaires. Certain.e.s n’éprouvent plus énormément de désir pendant une période, parce que l’arrivée et la vie avec un bébé en bas-âge est plutôt… sportive !
Alors, avec souvent des nuits coupées, il est fréquent que l’investissement soit plutôt mis dans le repos/sommeil que dans les galipettes.
Est-ce que le cododo freine d’autant plus la libido ? Je pense que cela dépend de chaque couple.
Si la sexualité du couple se passait exclusivement dans le lit et la nuit, il est possible que cela ait un impact. Mais, concrètement, rien n’empêche les deux partenaires motivés à quitter la chambre habituelle pour investir un autre espace aussi propice (je crois que tous les parents qui pratiquent le cododo voient régulièrement leur canapé sous un autre angle, pendant cette période).
Je me remémore le témoignage d’un papa qui évoquait sa joie : « C’était chouette quand ils étaient petits. On pouvait le faire partout ! Maintenant qu’ils sont ado… On est cloîtré dans la chambre ! ».
Le fait est qu’avoir un enfant modifie la vie et aussi la vie sexuelle. La disponibilité physique et parfois mentale peut être moindre.
Il est indispensable d’être honnête sur le sujet au sein du couple. Il se peut que Madame n’ait pas envie pendant de longues semaines voire mois après son accouchement. Il se peut aussi qu’ils/elles aient du mal à trouver leurs repères dans cette nouvelle vie et qu’ils/elles soient en décalage l’un avec l’autre.
L’arrivée d’un enfant, que ce soit le premier ou le troisième, rebat les cartes et investit massivement l’esprit et le corps. Forcément, la personne qui a porté l’enfant a un vécu corporel que l’autre ne peut expérimenter en tant que tel.
De toute manière, à tous les sujets, les perceptions peuvent être totalement discordantes au sein des couples. L’important est de discuter, sans rancune, sans heurt et avec authenticité.
Il est nécessaire de pouvoir dire : « Non, je n’ai pas envie de ça » et/ou « Tu me manques ! ». Il est ensuite possible de trouver des moyens de combler les besoins de chacun (/ !\ à différencier des envies, ici pour lire un retour sur les besoins de l’humain).
Enfin, je rassure quand même : certains couples ne vivent aucune période de disette ou du moins, n’en souffre pas, parce qu’ils partagent les mêmes ressentis.
Aller, histoire de clore le sujet : n’hésitez pas à vous munir de lubrifiant pour les premières fois (au moins). L’allaitement peut générer quelques épisodes de sécheresses vaginales. Pas d’inquiétude si le corps ne réagit pas tout à fait comme avant, il y a eu un sacré chambardement durant l’accouchement et avec le travail des hormones.

Comme dernier mythe aussi persistant que controversé : la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN, terme qui a remplacé Mort Subite du Nourrison)
C’est la terreur des jeunes parents, indubitablement. Je crois que tous, autant que nous sommes, avons scruté/scrutons les mouvements respiratoires de nos tout-petits.
Je ne sais pas si tu le sais mais l’allaitement diminue le risque de MIN… Il y a plusieurs facteurs (peut-être cela fera-t-il l’objet d’un autre article ?!) et l’un d’eux est la proximité mère-bébé pendant le sommeil. Il a également été démontré de nombreuses fois, dont par l’équipe du Dr. Bergman, que le « Kangaroo Mother Care » dont les contacts peau-à-peau sont déterminants pour le nouveau-né. Lors de ces contacts, le rythme cardiaque des bébés ralentit notablement démontrant une décontraction maximale et la température corporelle se régule.
Bergman dit même: “The mother’s body is the only natural, healthy environment for a new baby” (Le corps de la mère est le seul environnement naturel et sain pour un nouveau-né).
Cela implique donc forcément des relations proximales durant les moments de sommeil.

Certaines études ont mis en évidence que le cododo, sur le même matelas, augmente les risques de MIN. Il s’avère que dans ces études, les règles de sécurité régissant un cododo sécuritaire n’ont pas été observées de manière rigoureuse.
La plupart du temps, dans le cas de décès en cododo, les parents avaient consommés des substances psychoactives (drogues ou alcool), fumaient (et cela engendre des dégagements gazeux risqués pour le fragile système respiratoire du nouveau-né), avaient laissé des édredons et autres coussins à proximité du bébé ou avaient un matelas trop souple.
Pendant des années, les méta-analyses, se servant des données des études précédentes, ont répété invariablement que le bedsharing (le partage de lit) était un facteur de risque. Les dernières recherches en la matière s’efforcent de contrôler les conditions non sécuritaires. Il apparaît alors que le partage de lit sécuritaire est relativement équivalent en termes de sureté au partage de chambre (qui lui est recommandé fermement jusqu’à 6 mois).

Il s’avère que les études ont été effectuées aux États-Unis, ce qui explique la perception anthropocentrée de celle-ci. Par la suite, le milieu scientifique s’est tout de même questionné sur les pratiques inhérentes au sommeil dans d’autres cultures… dont des pays industrialisés comme le Chine, la Corée du Sud ou le Japon.
Dans ces pays-là (comme dans la plupart du Monde hors Occident), le cododo (partage de lit !) est pratiqué de manière traditionnelle, parfois jusqu’à l’adolescence. Et pourtant, il est notable de constater que le taux de MIN à Hong-Kong est parmi les plus bas du Monde.
Il s’agit ainsi de questionnements et de peur totalement occidentales, puisque ces pratiques ne sont pas questionnées ailleurs sur le globe. La plupart des ethnies ne comprennent pas pourquoi il serait question de laisser un bébé dormir seul et assimilent, pour certaines, cela à de la maltraitance.
En outre, j’apprécie énormément la réponse du Dr. Alain Benoît (Pédiatre) et intervenant cette fois-là dans « La Maison des Maternelles » dans cette émission-là (je précise à dessein car ils ont déjà invités d’autres « spécialistes » qui vont à l’encontre de ce que ce pédiatre a dit…) : « C’est vraiment un problème de riches ! La plupart des populations du Globe, il n’y a pas de choix entre faire ou non du cododo. (…) Dire que le bébé peut s’en passer, c’est oublier qu’il sort du ventre de sa mère ! (…) En regardant de plus près dans les études, on a pu démontrer que le cododo prévenait la MIN et non l’inverse ! ».
Je mets en sources quelques articles que j’ai lus (pas tous, sinon, ça prendrait trop de place !) afin de fonder mon propos.

Tout ça pour dire, qu’encore une fois comme pour le portage, le maternage proximal et l’allaitement, il ne faut pas regarder dans l’histoire de l’Occident. Au nom de l’esprit, nos pays ont fait fi des besoins corporels primaires. Les communautés, où les besoins sont des moteurs d’actions concrètes, sont des sources intarissables d’inspiration pour s’épanouir dans le vécu de la parentalité (voir le Concept de Continuum).

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Pourquoi le pratiquer ?

Tu n’es pas sans savoir qu’un nourrisson a besoin d’une protection constante. En oubliant le conditionnement social, nous suivons nos intuitions qui nous poussent vers une tendance « enracinées » en nous depuis des millénaires.
La plupart des parents l’expérimentent d’ailleurs : « Il dort tellement bien en portage et dès qu’on veut le poser, il pleure ! ». Oui, c’est normal et mu par son besoin de proximité qui lui assure de la sécurité.
L’Humain, en tant que mammifère, fait partie des primates portés. Cela se différencie notablement, des espèces nidicoles comme le chien ou le loup. Il y a un rapport clair entre l’intensité des besoins des nouveau-nés et le nombre de petits ainsi que la rapidité de leur croissance. On remarque allègrement que les chiens/chats/lapins/… sont indépendants relativement rapidement (aux alentours de 3 mois). Combien faut-il de temps pour qu’un humain soit considéré comme possiblement indépendant ?
Bref, cela démontre que la dépendance du nourrisson est intégrale et que les moments de sommeil ne font, bien entendu pas exception.
Souviens-toi que l’humain fut nomade avant qu’il se sédentarise et construise ses habitats. Cela implique que le nourrisson ne pouvait pas être posé sereinement, il était forcément au contact constant d’un autre humain. Ces nécessités sont ancrées profondément en nous. Définitivement, l’anthropologie a beaucoup à nous apprendre concernant le soin aux enfants !

De plus, il est nécessaire de rappeler que les enfants se développent en fonction de l’environnement auquel ils sont confrontés. Il a été démontré à plusieurs reprises que le cerveau du bébé se développe différemment en fonction des soins qu’il reçoit. Toujours dans le livre de Margot Sunderland « La science de l’enfant heureux : épanouir son enfant grâce aux connaissances sur le cerveau », des clichés d’imagerie médicale témoignent des effets des soins sur le cerveau. Il est maintenant tout à fait clair qu’un accompagnement empathique, la proximité physique et une réponse immédiate aux besoins des enfants leur permettent de développer leur cerveau de manière optimale. La régulation émotionnelle est la compétence qui souffre le plus d’un manque de soin attentif. Or, les émotions habitent l’ensemble des expériences vécues.
Énormément de personnes éprouvent des difficultés à accepter/gérer/détecter leurs émotions. Cela handicape complétement le quotidien … et est une cause classique de consultation psychologique.

Ensuite, d’un point de vue pratique : j’ai du mal à considérer qu’on se pose réellement la question. Qui a envie de se lever de 3 à 10 fois par nuit pour aller cajoler un bébé… et ensuite tenter de le reposer une fois endormi, ce qui le réveille 9 fois sur 10 ?
Si l’objectif est d’épuiser la mère jeune accouchée (ne nous mentons pas, c’est tout de même plus souvent les mères que les pères qui se lèvent dans une large majorité des cas), je suis sûre que cela fonctionne.
Personnellement, c’était inconcevable. Impossible pour moi de me lever autant. Déjà, je suis réveillée 4 fois par nuit pour une tétée (durant laquelle je me rendors !), je ne vois pas pourquoi je devrais me contraindre à déplacer mon enfant dans son lit une fois assoupi. Cela demande bien trop de vigilance à nos pauvres organismes déjà éreintés par la naissance et la vie quotidienne avec un tout petit.

Jusque-là, je n’ai abordé que les nouveau-nés et la recommandation du sommeil partagé jusqu’à 6 voire 9 mois. Après cette période, cela va dépendre complétement des enfants.
Certains seront sereins et continueront à profiter du cododo. Souvent, le.s parent.s est alors très à l’aise pour poursuivre cette pratique jusqu’à ce que les enfants fassent la demande de dormir seul.
Dans d’autres cas, le.s parents ne parviennent pas à dormir correctement avec leur enfant dans leur lit ou dans leur chambre. Les bruits émis par leur enfant le.s réveillent. Souvent, les mères qui ont des craintes particulières et ne parviennent pas à se rendormir pendant les tétées nocturnes. Il est alors possible de proposer aux enfants de rejoindre leur chambre et d’aller les allaiter la nuit.
Il n’est pas rare que les enfants qui se réveillent encore 2 ou 3 fois par nuit ne le fassent plus lorsqu’ils sont dans leur chambre. Au-delà de 6/9 mois, cela ne constitue plus un risque concernant la MIN ou l’allaitement.
Cependant, cela explique pourquoi il est indispensable de garder les enfants auprès de soi durant les premiers mois ! Les phases de sommeil trop profondes et trop longues ne sont pas adaptées à la physiologie du nouveau-né. Ce dernier peut se mettre en « mode survie » et ne plus se réveiller pour téter car il n’en a pas l’énergie.

Comment faire rimer sommeil partagé avec sécurité ?

La plupart des scientifiques NON ethnocentrés sur l’Occident mettent en évidence la nécessité d’instruire aux futurs parents les bases sécuritaires du sommeil partagé. Il est largement préférable de donner accès aux règles de sécurité plutôt que de les décourager à pratiquer le cododo… et qu’ils le fassent « en secret » sans connaître les mesures sécuritaires.

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Exemple de configuration avec un lit annexe

Voici donc les précautions à appliquer :

  • Ne pas pratiquer le cododo après la consommation de substances psychoactives (alcool, drogues, somnifère)
  • Le matelas doit être ferme et plat (il faut aussi que l’éventuelle alaise soit respirante !)
  • Le bébé ne doit pas pouvoir rouler du lit ou se retrouver coincé entre le matelas et le mur, ou entre son lit de cododo et le matelas du/des parents.
  • La pièce doit être à une température entre 18 et 20 degrés.
  • Le bébé ne doit pas être trop couvert (body + pyjama + gigoteuse/surpyjama)
    Le drap ou la couverture ne doivent pas recouvrir tout le buste du bébé
  • Ne jamais laisser d’oreiller/coussin d’allaitement à proximité de bébé (pas avant l’âge de la marche à peu près).
  • Si le bébé se retrouve seul dans le lit (sieste ou début de nuit), il est nécessaire que le bébé ne puisse pas tomber par l’arrangement de la chambre. Idéalement, un lit au sol est le plus sécuritaire.
  • Le bébé doit se trouvé du côté extérieur de la mère allaitante, et non au milieu du lit s’il y a un.e partenaire.
  • Si un enfant plus âgé partage aussi le lit, un parent doit se positionner entre eux.
  • Exclure les animaux de compagnie du lit familial, surtout avant l’âge où l’enfant est en mesure de parler ou de se mouvoir avec aisance.
  • Il ne faut pas dormir avec son bébé dans un canapé/sofa/fauteuil.

Pour finir, en reprenant les mots du pape scientifique du cododo, le Dr. James McKenna, éminent anthropologiste : « Dormir comme un bébé » est une expression commune, mais que veut-elle dire vraiment ? Cela implique un bébé qui dort auprès de sa mère avec des tétées régulières ».

Repose-toi bien, Lectrice ou Lecteur curieu.se.x !

Quelques articles et références que j’affectionne :

Allaitement

Biberon vs Allaitement : le choix est-il éclairé ?

Quand je parle d’un choix éclairé, j’entends qu’il s’effectue en prenant en compte l’ensemble des aspects du sujet concerné.

Je ne compte vraiment pas faire fuir les femmes qui pensent utiliser des biberons à l’avenir ou celles qui le font déjà.
Cet article s’adresse spécifiquement aux femmes qui envisagent de (re)devenir mère.
L’information à propos de l’allaitement semble fournie et elle semble souvent culpabilisante par les femmes qui n’ont pas l’intention d’allaiter.
L’objectif n’est pas de vous donner une revue de littérature sur l’allaitement ou encore de vous parler des avantages vs. inconvénients de l’allaitement et du biberon. Personnellement, ces comparatifs me semblent toujours partiaux, et ils regorgent de subjectivité (et ça me dérange vraiment lorsqu’une « information » pousse les humains dans une position ou l’autre).

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Présentement, il s’agit de t’aider à comprendre pourquoi tu as fait un choix et non l’autre. Il est toujours intéressant de se pencher sur les positions adverses afin de compléter, arguer et approfondir sa réflexion. Il en va de même pour l’allaitement.

Le problème de l’allaitement, c’est qu’il n’a pas eu une très bonne presse depuis deux siècles. On a tenté d’éloigner les enfants des mères pour qu’ils soient allaités, mais pas dans leur famille aisée car la bienséance se le refusait. Puis le biberon est arrivé, afin de substituer le sein pour les enfants ayant un réel problème. Et puis, ce sont les producteurs de lait artificiel (LA) qui ont été très efficaces dans leur lobbying. L’industrie laitière s’est frottée les mains, les industriels ont compris qu’il y avait (et a toujours) un marché énorme récurent. Il y a eu des influences du corps médical pour favoriser l’usage de ces LA. L’argumentaire était assez aisé à trouver : au sortir de la guerre, l’alimentation n’avait pas été des plus nutritives, les corps étaient fatigués et il y avait une crainte de la pénurie. Le LA, enrichi en vitamines (les débuts de la pub et du marketing) , a eu le vent en poupe… A l’époque, on ne connaissait pas la composition du lait maternel et on le pensait pas assez nourrissant dans certains cas.
C’est d’ailleurs un mythe qui a la peau dure, puisqu’il court encore. Ce mythe tient au fait que lorsqu’on exprime manuellement du lait (avant une tétée), le lait est très clair, presque transparent. Mais ce ne sont que les premiers millilitres. L’expression manuelle, en fin de tétée, atteste d’un lait bien plus dense. Le « premier » lait est riche en lactose et désaltérant (ce qui est utile l’été, le bébé va venir abreuver sa soif en quelques petites minutes, sans qu’il ait besoin d’eau en complément) alors qu’en fin de tétée, il est plus chargé en gras. C’est pour cela qu’on conseille l’alternance des seins en schéma ABBA (voir mon article précédent sur les clefs pour démarrer un allaitement).

Donc, on a fait la peau à l’allaitement. Mais c’était pavé de bonnes intentions. Au départ, ces laits de substitution étaient très utiles pour les bébés qui ne pouvaient vraiment pas être nourris au sein. Et puis, Nestlé et Guigoz se sont emballés dans la propagation de leurs produits. L’industrie agro-alimentaire commençait ses heures de gloire… Et le lait de vache était abondant (encore une histoire de l’après-guerre), il y avait donc une manne d’écoulement toute trouvée. Je ne souhaite pas diaboliser ces laits artificiels, mais ils devraient retrouver leur statut d’aide d’ultime recours (oui, là, je me positionne).

Si on résume, entre la bienséance occidentale de l’époque qui fait passer l’allaitement pour un « truc de pauvre et de paysans », puis la promotion du lait artificiel par les médecins en après-guerre, les connaissances sur l’allaitement se sont perdues.
Il y a même eu des injections effectuées sans consentement afin de bloquer la montée de lait, des biberons donnés dès le départ car « le bébé ne va pas attendre deux jours le ventre vide avant que le lait ne vienne ». En scrutant les ouvrages périnataux à diverses époques, il est possible de trouver des conseils comme l’espacement des tétées, la pesé avant et avant les tétées et l’obligation de rythmes aux bébés, dès la naissance. Tout cela dénote d’une méconnaissance du métabolisme activant la lactation. Il n’y avait là aucune mauvaise volonté, juste une démonstration que la médecine a évolué… Au même titre qu’on ne conseille plus les saignées pour soigner quoique ce soit.

Aujourd’hui, l’allaitement est l’objet de recherches scientifiques abondantes. L’anatomie du sein, le mécanisme de la lactation ainsi que celui du bébé (qui se satisfait amplement des quelques millilitres de colostrum les premiers jours, étant donné la petitesse de son estomac) sont connus.
Mais ces connaissances sont relativement récentes, et sont popularisées depuis encore moins longtemps.

En tant que femme prête à enfante, nous sommes confrontées à du personnel soignant. Certain.e.s dont les connaissances sont à jour et des « ancien.ne.s » qui n’ont pas eu l’opportunité d’acquérir ces savoirs. Pour ces dernièr.es, il est parfois déroutant de remettre en question des apprentissages qui étaient univoques durant de nombreuses années.

De plus, nos proches, nos aïeux, ont elles et eux également acquis leurs connaissances en allaitement à cette époque où les recherches n’avaient pas encore mis en évidence le bénéfice du lait maternel et le fonctionnement de la lactation. Leurs conseils sont donc empreints de ces « erreurs » du passé. Là encore, il faut n’y voir aucune mauvaise intention. Elles/Ils transmettent ce qu’ils savent.

J’ai moi-même été allaitée durant 4 mois, en mixte à la fin, parce que ma mère n’avait plus assez de lait (pensait-elle). L’introduction des compléments a fait baisser sa lactation (principe de l’offre et de la demande), ce qui a fini par engendrer un réel manque de lait. J’ai été nourrie au lait artificiel, de vache jusqu’à ce qu’on découvre que tous mes maux étaient causés par une grosse intolérance. Me voilà donc toute grandie avec du LA végétal et l’éviction totale des produits laitiers (et je culmine à 1m80 avec une densité osseuse excellente, pas de souci de manque de calcium à cause du l’absence des produits laitiers dans mon alimentation 😉 ).

Cela dit, me concernant, l’allaitement a toujours été une évidence. Je n’avais pas de connaissances précises sur le sujet, mais je trouvais ça logique. De plus, j’ai une culture scientifique et j’ai toujours (à mon bon souvenir) été avertie des bénéfices du lait maternel. Je n’avais aucune résistance à entrer dans ce « don de soi », bien au contraire. Cela dit, je n’ai jamais eu d’opposition envers le biberon… Que j’ai allègrement pris tous les matins jusqu’à mes 6 ans (et jusqu’à ce que ma mère le fasse disparaître pour mon pire cauchemar, à l’époque). Mon choix est assez linéaire, logique… je n’ai pas du cheminer à l’encontre des croyances de mes proches (même si je leur fais découvrir qu’un allaitement peut durer bien plus tard que les 6 mois « réglementaires »).

Peut-être est-ce aussi le cas pour toi qui me lit. Allaitée ou biberonnée, tu penches d’un côté plus que de l’autre, parce que tu as bien grandi comme ça. La question ne se pose pas vraiment.

Mais peut-être, y en a t-il d’autres pour qui l’allaitement est vraiment dérangeant ?
Et c’est à toutes que je m’adresse en questionnant les motivations de votre choix. Juste, dans l’objectif que ce choix soit réellement construit.

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La maternité amène un nombre incalculable de remises en question, d’inquiétudes, de nouveautés. Et c’est aussi une période où va se jouer de nombreuses répétitions de notre vécu d’enfant et des identifications que l’on a vis à vis de nos mères. Ce vécu et ces identifications vont intervenir tout au long de notre vie, ils vont parfois conditionner nos réactions (j’aborderai cela longuement dans un article ultérieur) et, nécessairement, influencer nos choix.

De plus, la société nous renvoie un bon nombre de messages latents. La femme a toujours été soumise à de nombreuses injonctions. Dont l’une est très fréquentes c’est : « il faut enfanter » et juste après : « Il doit acquérir de l’autonomie, il faut couper le cordon ». L’attente est qu’on mette au monde un enfant, mais qu’on n’en soit pas trop proche, pas trop longtemps, pas trop fort. Comme s’il y avait un risque à aimer intensément. Le risque est mis en évidence avec ces parents surprotecteurs et oppressants, comme si c’était de la faute de l’attachement à l’enfant. Mais qui dit « couper le cordon », dit aussi qu’il faut amoindrir la proximité physique. Or, l’allaitement est physique et implique un investissement du corps. La société ne s’attend pas à ce qu’une femme active puisse allaiter. C’est une injonction largement véhiculée que si l’enfant a été allaité, il doit être sevré quand le travail reprend.
La question à poser c’est : « Pourquoi ? ». Il y a un marché énorme concernant le tire-allaitement. Et tu en as vu beaucoup, toi, des femmes s’isoler et conserver leur lait dans le frigo du bureau ? Est-ce même un sujet (au-delà de la clause légale mentionnée vaguement mais qui est tue) ?
Non, il y en a peu, tellement peu que cela semble étrange. L’image renvoyée à une femme qui fait ce choix est qu’elle s’ennuie pour rien, voire même que c’est sale (?!).
Autre message de la société contemporaine : le corps de la femme est un objet de désir. Les seins sont un attribut sexuel du désir sexuel. Les années passant, certaines femmes ont intériorisé que les seins ne devaient servir qu’à être regardé, mais ne devaient pas être nourriciers. Certains psychologues/psychiatres (oserais-je dire d’orientation analytique…) vont plus loin en confondant même l’usage du sein nourricier et l’excitation érotique que cela engendrerait (c’est une légende urbaine ! Je vous assure, ça ne doit pas faire mal –sinon, il y a une solution à trouver- mais ça n’excite rien du tout, sauf du soulagement quand c’est plein !). Alors en effet, avec cette intériorisation des codes et des amalgames sexuels, cette image de l’allaitement peut devenir dérangeante.

Ce que je souhaiterais pour celles qui sont prises dans ces réflexions au sujet de leur corps, c’est qu’elles puissent envisager leurs impressions sous un autre angle. Questionner ce qui dérange, approfondir les croyances développées et faire un choix qui soit dénué d’influence externe.
La maternité occasionne un moment unique où les injonctions sociales et les « évidences » venues du passé sont susceptibles d’être conscientisées mais aussi (et surtout!) modifiées.

Personnellement, je suis pour la remise sur le métier des habitudes, c’est d’ailleurs une des raisons d’exister de ce blog. Je ne supporte plus que l’on prenne pour acquis des croyances et des idéaux qui n’ont plus lieu d’être. Je souhaite populariser des connaissances et des pratiques utiles aux femmes. En se questionnant et en agissant à l’encontre de ce qui est attendu de nous, il est possible que la société oublie ces injonctions. Il faudra peut-être quelques générations, mais c’est le moment de commencer.

Dans le cas qui m’occupe ici, je veux juste te proposer une autre perspective sur ta situation de maman en devenir.

Alors, je te propose une petite liste de questions, juste pour l’exercice de se pencher sur soi-même :

  • Qu’est-ce que je ressens quand je pense à l’allaitement ?
  • Qu’est-ce que le biberon m’évoque ?
  • Comment me vois-je comme mère avec mon enfant ?
  • Qu’est-ce qui me vient à l’esprit concernant l’alimentation de mon enfant ?
  • Qu’ai-je déjà entendu, de la part de mes proches, au sujet de l’allaitement ?
  • Qu’ai-je déjà entendu, de la part de mes proches, au sujet du biberon ?
  • Qu’est-ce qui provoque des appréhensions quand je pense à l’allaitement ? (ex : le devenir des seins, la pudeur, la place du père/de la coparente, les connaissances à acquérir, etc.)

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J’espère sincèrement que cet article aura pu ouvrir une fenêtre pour regarder en toi-même, sans jugement et sans te dire qu’il y a de bonnes et de mauvaises mères. La bienveillance commence par soi-même, en excluant toute notion de jugement en bien/mal/meilleur/pire. J’ai écrit en pensant aux femmes qui portent, mais le/la coparent.e. peut très bien s’y retrouver aussi, dans son propre rapport à l’alimentation du bébé.

Oui, je suis allaitante et c’est un choix que je considère être le plus adapté à ma fille. Mais certaines ne parviendront pas à dépasser leurs appréhensions.
Je serai ravie de partager avec elles, de discuter de nos opinions et de cheminer. Non pas pour les convaincre, mais pour qu’elles m’apportent un autre point de vue et, si nécessaire, qu’elles acceptent leur choix sans ressentir de culpabilité ou de jugement des autres.

A très bientôt, pour que la curiosité grandisse encore !

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Comment faire pour que les autres acceptent mes choix ?

Aaah ! La jolie question !
On ne se sent pas trop seule, quand on est sur Facebook dans des groupes de parents (ok, honnêtement, de mamans) prônant la bienveillance, l’allaitement et tutti quanti.
Mais qu’en est-il quand la bulle virtuelle n’est plus ?

Que faire quand on entend : « Ah, elle est tout le temps dans tes bras. Tu vas en faire une capricieuse ! », ou encore : « Alors, il fait bien ses nuits ? Non ? En cododo ? Mais quelle mauvaise habitude ! », et d’autres : « tu comptes l’allaiter longtemps ? ».
Ça exaspère sérieusement, surtout si c’est fréquent et que cela vient de proches et de collègues qu’on côtoie au quotidien.
Mais c’est quelque chose que chaque parent doit gérer, parce qu’il s’avère que les personnes sont souvent tendance à croire qu’ils ont un droit de regard sur le comment du pourquoi de la dynamique familiale des autres. C’est presque culturel, tellement ces questions sont récurrentes.
Alors, que faire pour parer à ces remarques ?
D’abord, la réponse va changer en fonction de l’interlocuteur que tu as. En effet, si c’est face à un illustre inconnu, tu pourrais te satisfaire de te dire que ce n’est qu’un ignare, et basta. Même si cela véhicule une énergie négative, la personne que tu croises une fois dans ta vie… On s’en fiche qu’elle accepte tes choix. Par rapport à tes proches, l’impact est logiquement plus fort. Certainement parce que c’est frustrant de constater que ces personnes ne t’accorderaient pas de confiance par rapport à tes actes vis-à-vis de ton enfant.

Il pourrait être utile que tu te questionnes sur ce que la personne tente de te partager en faisant cette remarque-là. Tu peux lui demander : « Tiens, je vois que tu t’intéresses à tel sujet. Y a-t-il une raison précise ? ». Les personnes tentent généralement d’exprimer quelque chose derrière une question ou une critique. Approfondir le sujet avec cette personne peut permettre de discuter avec plus de profondeur et sans que personne ne se sente jugé.

Une autre technique est de retourner la question ou la remarque envers la personne, par exemple : – – « Tu l’allaites encore ? » ; – « Oui, pourquoi ne le ferais-je plus ? ». De cette manière, c’est à cet individu de justifier son questionnement, et pas à vous. L’idée est que ce soit la personne qui fasse une remarque qui ait à expliquer son cheminement de pensée… Parce que je me demande quelle argumentation quelqu’un peut trouver pour prouver qu’un enfant deviendra capricieux s’il est materné.

Ensuite, il est possible de simplement affirmer son choix et d’évoquer, de manière ferme, assurée et souriante qu’on est très au clair avec ce que la personne met en évidence. Dans la plupart des cas, on est ravi de fonctionner de telle sorte. Alors pourquoi se perdre en justification qui nous place en position basse ? à «Oui, on fait du cododo ! C’est génial. On dort sereinement et je n’ai même pas besoin de poser le pied par terre, c’est hyper pratique ! ». Simple, efficace, s’affirmer et ne pas laisser de place à la discussion quand on en veut pas. Tu as le droit de refuser le « débat ».

Si certaines personnes, à qui tu es susceptible de confier tes enfants, par exemple, ne veulent pas ou ne comprennent pas tous tes principes, tu peux leur expliquer simplement ton cheminement de pensée. Sans te sentir jugé.e mais sans non plus mettre en évidence que leur choix sont/étaient mauvais. Ils sont/étaient différents. C’est sûrement une des difficultés, c’est que les personnes se sentent jugées sur leur manière de faire quand tu exposes la tienne. Elles acquièrent souvent la sensation qu’elles ont mal agi et que tu veux faire mieux qu’elles. Incontestablement, cela doit être vraiment difficile à vivre de se sentir jugée. Veille à bien exprimer que tu as fait des choix en fonction de tes affinités et des dernières connaissances en neurosciences éducatives, et que tu te sens bien là-dedans. Tu peux aussi préciser que tu reconnais leurs compétences pour telles ou l’autre élément mais que tu n’as pas envie que cela s’applique à ton/tes enfant.s.

« Oui, Maman/Papa/Autrui, j’ai mangé souvent plein de Nute**a quand j’étais petit.e et je ne m’en suis pas mal porté.e. Mais je n’ai pas envie qu’eux en mangent. On a appris des informations sur les conséquences à long terme et je veux préserver leur capitale santé. Je compte vraiment sur toi comme partenaire là-dedans ! »

Après, il est aussi nécessaire, avec les plus proches de lâcher-prise sur certains aspects. Le mieux étant de choisir ses batailles. Refuser catégoriquement les écrans, la nourriture non biologique, les goûter hyper sucré, les jeux électroniques, c’est valable au quotidien par les parents qui donnent une ligne de conduite constante. Si, ponctuellement, il y a des écarts de conduite, cela ne met pas en péril l’enfant.

Cela va dépendre du degré de confiance donné à la personne en question. Il n’est pas question de lâcher-prise sur quelqu’un qui dirait : « Moi, quand je le garderai, je le laisserai pleurer, qu’il comprenne qu’il n’a pas à décider ! ». Forcément, ce genre d’individu, résistant à toutes explications tangibles, on ne leur confie pas la prunelle de nos yeux. S’il y a vraiment des indices qui vous rendent épidermiques et malades, il ne faut pas céder et, dans ces cas-là, réduise voire éloigne-toi totalement des personnes « malveillantes ».

Tu n’as pas à supporter que votre collègue de bureau te surnomme Marguerite parce que vous tirez votre lait, si tu le vis mal ! Si les explications, le questionnement et l’introspection n’ont pas fait effet, tu as tout le loisir du monde d’ignorer l’individu voire d’en faire mention à tes supérieurs.

Il est possible, en adoptant une posture d’observateur, de ne plus sentir aussi vivement les remarques comme des critiques. Si l’on considère que l’autre évoque quelque chose de son vécu et de ses besoins par sa remarque, il est possible de l’emmener dans son propre questionnement, au lieu de rester sur la surface réflexive. A partir du moment où l’on rentre dans sa voie de pensée, il est possible de sortir de la sensation d’être jugée et en plus, d’améliorer le lien avec la personne. Celle-ci sera probablement étonnée, puisqu’elle devra approfondir sa réflexion sur le sujet. Les 4 étapes de la CNV (Observation des faits ; sentiments ressentis ; besoins qui s’expriment ; formulation d’une demande, voir mon article sur la CNV) sont des outils inestimables face aux personnes qui vous agacent !
J’espère que cet article sera une aide pour parer aux phrases piquantes. Peux-tu me dire quelles ont été celles qui t’ont le plus ennuyées ? Et celles où n’a pas su trouver de réponse ? Met un commentaire !

A la prochaine, car la curiosité n’est jamais un vilain défaut !