Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les récompenses, une fausse bonne idée ?

Comme j’ai pu l’aborder auparavant, les punitions ne sont une voie éducative profitable ni pour les enfants ni pour les parents.
Il s’avère que les récompenses sont perçus comme étant, elles, favorables puisqu’elles sont positives.
Mais qu’en est-il réellement ?
Est-ce que ton enfant va avoir un meilleur comportement et plus de motivation en cherchant sa « carotte » ?

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  • Le principe et l’objectif des récompenses

Les récompenses, nous le savons tous, se traduisent par un bien matériel ou moral donné/reçu pour une bonne action ou un service rendu.

Grâce aux récompenses, on incite à agir avec bonne volonté « juste » en ayant une contrepartie pour son action.
On pourrait croire que c’est une bonne idée, puisque tant les enfants que les adultes vont procéder avec assez d’entrain… Cela peut détourner les protestations et garde une ambiance sereine à la maison.
Il faut juste prévoir un stock de récompenses mesurées en réponse aux faits.

Parce que c’est vrai qu’on aimerait bien tous, recevoir quelque chose pour nos bonnes actions quotidiennes.
Imagine, recevoir une mention d’excellence chaque soir où tu te coucherais avec une maison bien rangée. Et puis, à partir du moment où tu en as 6 / semaine, tu aurais droit à un cadeau ou une faveur.
C’est quand même plutôt agréable, plutôt que de n’avoir aucune compensation ni aucune gratitude pour le travail accompli à domicile.

Tu reçois ta compensation, semaine après semaine, mais parfois il y a des loupés. Il y a des impondérables, la vie ne te permet pas d’être au « top » plusieurs semaines de suite.
Tu te sentirais alors sûrement privé.e de cette compensation.
Tes actions, au quotidien, te paraissent de plus en plus mornes. Pour la simple raison que tu sais qu’il n’y aura pas de récompense à la clef… Alors, c’est comme s’il n’y avait plus de bonne raison pour agir.

Voilà, clairement, le problème principal du principe de récompense. L’action n’est plus motivée par les faits en tant que tels mais juste par l’envie d’accéder à la récompense.

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  • La dynamique des récompenses

C’est un problème parce que les individus, quel que soit leur âge, perdent alors le plus riches des actions : savoir pourquoi ces actes sont importants en eux-mêmes.
Chez les étudiants, cette tendance à la récompense peut être flagrante : certains étudient parce qu’ils sont passionnés, ou à tout le moins intéressés, par les matières abordées. Puis, au fur et à mesure, certains abandonnent par désintérêt et d’autres poursuivent, juste dans l’intention d’obtenir un diplôme.
Le premier estimera qu’il peut être utile d’avoir « les questions des examens » afin d’exercer ses compétences. Pendant que d’autres baseront leur apprentissage sur la faculté à répondre aux questions posées.
Certes, le résultat sera identique pour les deux étudiants : ils auront leur diplôme.

Mais il y a fort à parier que celui qui aura agi par passion fera un professionnel plus compétent et investi. Il retiendra probablement la matière qu’il a appris parce qu’il trouvait cela intéressant.

Il est ainsi manifeste de constater l’impact de l’intention sur le résultat… qui n’est pas la récompense mais bien « le chemin » pour y parvenir.

Dans un cadre éducatif, le recours aux récompenses est un chantage. Ni plus ni moins. Attention, je n’ai pas dit que c’était mal. J’effectue un constat.
Lorsqu’on promet une faveur suite à une action, on sous-entend qu’il en sera privé s’il n’effectue pas ce qui est attendu.
C’est avec cette mise en place d’une dynamique de récompense/privation, qu’il est possible de se rendre compte que les récompenses fonctionnent sur le même principe que les punitions.
Ces deux réponses aux actes des individus a pour objectif de faire obéir l’autre.

Imagine qu’un enfant ne veuille pas aller se laver.
Première option : tu sévis et menace de lui enlever le jeu qui monopolise son attention s’il n’y va pas.
Seconde option : tu lui demandes d’aller se laver et tu lui promets qu’il pourra regarder un dessin animé après.

La seconde option est plus sereine pour l’enfant. Mais il n’aura quand même absolument pas intégré la raison d’aller se laver et ne prendra peut-être même pas le temps du plaisir d’être dans l’eau afin de voir son dessin animé plus vite. En outre, quelle que soit l’option, ton intention est de faire obéir cet enfant… Même dans la seconde option, il ne collabore pas, il obéit dans l’espoir d’obtenir quelque chose.
Le lendemain, va-t-il plus apprécier se rendre dans la salle de bain ou va-t-il attendre que tu le gratifies de quelque chose ?

C’est parce que l’intention est dans l’obéissance et que cela engendre un sentiment de privation que les récompenses fonctionnent dans le même registre que les punitions. Ce sont des marqueurs de l’adultisme.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur les punitions, l’obéissance n’amène pas l’enfant à être autonome et responsable. Cela rend passif et n’aide pas à développer la conscience de la valeur des actes en eux-mêmes.
Maria Montessori allait jusqu’à dire que les récompenses sont une forme « d’esclavage de l’esprit », puisque l’enfant ne réfléchit plus à l’action mais souhaite seulement obtenir la faveur.

Les principes régissant la motivation sont très fouillés en psychologie.
Il y a deux composantes importantes dans la motivation : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.
La motivation intrinsèque est celle qui guide l’envie d’apprendre, de grandir, de profiter du trajet autant voire plus que de la destination.
La motivation extrinsèque amène à s’exécuter en vue d’obtenir quelque chose (comme c’est le cas des jobs alimentaires où l’on va juste chercher le salaire alors que les tâches laissent indifférents – au mieux !).

Le souci, c’est qu’un individu qui agit par pur plaisir/motivation interne peut perdre de vue ce positionnement si on lui propose des récompenses.
Typiquement, nombre de parents promettent des cadeaux afin de marquer de « bons résultats scolaires » et souvent, en corolaire, grondent ou punissent en cas de mauvais.
Un enfant qui, d’habitude, travaille volontiers peut avoir une baisse de régime. Le parent peut alors être tenté de promettre un avoir si le travail est « bien » effectué. Cela sera donc peut-être le cas, si ce qui engendrait les difficultés s’estompent.
Le problème, c’est que l’enfant va petit à petit considérer qu’il apprend pour obtenir quelque chose en plus et non plus juste pour apprendre/ faire murir ses réflexions / nourrir son appétit de découverte.
De plus, si l’enfant avait un réel problème (relationnel, d’apprentissage, émotionnel, …) qui se manifestait par des notes plus basses, il ignorerait toute récompense promise.

Les récompenses peuvent masquer ce qui retient les enfants d’entrer dans une action. Se questionner sur les raisons des résistances est plus favorable à long terme plutôt que de tenter de « passer en force » grâce à des incitatifs artificiels aux situations (promettre un dessin animé pour amener l’enfant à prendre son bain, les deux activités étant tout à fait distinctes).

L’octroi de récompenses fréquentes bride les enfants. Ces derniers vont avoir tendance à se comporter de manière à rencontrer les attentes des adultes et non plus à vivre en se laissant l’opportunité d’innover (et donc de prendre le risque de ne pas adhérer aux attentes).

 

  • Répondre aux attentes, l’obéissance et la relation de pouvoir

Comme je viens de l’expliquer, les enfants coutumiers des récompenses vont attendre systématiquement quelque chose en retour de leurs « bonnes » actions.
D’ailleurs certains parents finiront ensuite par dire que leurs enfants sont « ingrats » car ils réclament constamment des cadeaux pour autant qu’ils se soient tenus correctement.
Une autre situation : lorsqu’un parent part souvent en voyage, pour se faire pardonner de son absence, il ramène un cadeau. Si, le cadeau n’est pas au rendez-vous, l’enfant pourra bouder. Les parents considèreront que l’enfant est trop gâté et qu’il n’a vraiment aucun savoir-vivre… Alors que ce sont eux qui ont instauré ce fonctionnement d’obéissance/récompense.

La relation qui s’établit avec les enfants est alors un exercice du pouvoir. Tôt ou tard naîtra un sentiment de rancœur envers le parent qui octroie des récompenses fréquemment ou l’en prive à certains moments. Parce que ces avoirs sont déterminés par le jugement du parent et qu’il n’y a plus de place pour l’autodétermination de l’enfant. Ils ne peuvent plus développer de confiance en eux puisqu’ils sont soumis à la validation d’autrui pour le résultat de leurs efforts. Les efforts n’existent pas dans ce système de valeur, il n’y a que le résultat qui importe.
Les comportements des enfants visent à accéder aux gratifications des parents. Ils ne parviennent pas à sauver leur estime de soi, puisque leurs propres appréciations de leurs actes et l’effort ne sont pas reconnues.

 

  • Les formes que prennent les récompenses

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Dans le système scolaire, et dans certaines suggestions pédagogiques maladroites, il y a nombre de pratiques qui utilisent le système des récompenses :

  • Une météo des comportements en classe sur un panneau en classe qui montre l’état de chaque élève jour après jour, à la vue de tous ;
  • Même principe avec des gommettes colorées ou un papillon à colorier (jaune si le comportement était bon et noir s’il était turbulent)
  • Des bonbons donnés (les bonbons, on en parle ?!) par l’enseignant en fin de semaine aux bons élèves

Ils sont inventifs, ils déclinent le système sous diverses formes. C’est très agréable pour les bons élèves. Ils sont mis en avant, bien en évidence, par rapport au reste des élèves.
MAIS…
Qu’en est-il des enfants ayant un tableau plus sombre ?
Faut-il considérer que c’est de leur faute s’ils n’ont pas les soleils et autres gommettes favorables ?
Les « soleils » et toutes les autres marques positives mettent en exergue les élèves qui répondent aux attentes de l’enseignant. Dès lors, cela exclut immédiatement tous les enfants dys-, ceux qui ont une famille en situation précaire (si un enfant n’a pas la possibilité d’apprendre ses leçons ou de faire ses devoirs à cause de son rythme familial…) ou simplement ceux qui ne rentrent pas dans le moule standardisé de l’éducation collective.

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Les facteurs intervenant dans la dynamique des récompenses sont donc :

  • L’obéissance et la conformation aux attentes
  • La mise en évidence des « bons »
  • Évaluation quotidienne des enfants sur un seul aspect comportemental
  • Le sentiment d’estime de soi impacté chez les enfants
  • Le clivage dans la classe entre « les bons » et « les mauvais »
  • L’octroi de privilèges, la plupart du temps aux mêmes élèves
  • Le sentiment de privation des « moins bons »

Comment, avec un fonctionnement tel que celui-là, est-il possible de mettre en place un fonctionnement collaboratif et une absence de jugement entre élèves (et donc de remarques/attitudes) si l’enseignant lui-même est ce moteur de jugement ?

En outre, comment motiver des élèves qui seraient toujours mis en porte à faux par rapport aux autres, en les laissant croire qu’il leur suffit d’un peu de volonté ?
Après 3 ou 4 semaines à être traités comme les « élèves turbulents », les enseignants auront tendance à agir avec eux différemment qu’avec les « bons ». Ces derniers deviendront toujours meilleurs et les « turbulents » le seront, et auront une motivation scolaire en chute libre. C’est un exemple de ce qu’on appelle l’effet Pygmalion, théorisé par Rosenthal et Jacobson et très bien expliqué sur ce site, dont provient l’infographie suivante: https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/theories/categorisation/3-l-effet-pygmalion-a-l-ecole

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Les élèves entre eux auront tendance à faire des clans, à se séparer entre « bons » et « mauvais », comme le prouve cette expérience effarante de Jane Elliott en1970. Elle a simplement dit aux enfants que les élèves aux yeux bleus étaient plus brillants, intelligents et plus calmes que ceux aux yeux bruns. Ces derniers devaient d’ailleurs portés une marque pour être vite reconnus (ça ne te rappelle rien.. ?). Les enfants adoptèrent immédiatement des attitudes caractéristiques : les « yeux bleus » se moquaient des « yeux bruns » et eurent des comportements dignes de bourreaux. Les « yeux bruns » furent désemparés et perdirent la confiance en eux.
Le lendemain, Jane Elliott inversa les rôles et prétendit qu’en réalité, ce sont les « yeux bruns » qui avaient le plus de mérite, que ça avait été prouvé. Au cours de la journée, les victimes de la veille se transformèrent en bourreaux…

Cette expérience est largement détaillée ici : https://chroniquesduchapelier.com/2017/11/24/la-lecon-de-jane-elliott/
et en vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=tHjSu5Nez7I

Tout cela exemplifie de manière limpide pourquoi juger les enfants ne peut pas amener de sérénité dans un groupe (et pas non plus dans la société, puisque notre fonctionnement garde les empreintes de notre jeune âge).

Il y a une autre forme de récompense… Les compliments, surtout ceux dénués d’émotivité !

« Tu es trop forte ! » ; « Quelle championne ! » ; « Tu es vraiment le meilleur ! » ; « Tu es belle ! » ; « Tu es mignon comme un cœur ! » ; « Quel superbe dessin ! » ; …

Les compliments viennent vite à la bouche, dès que les enfants évoluent.
Nous y sommes habitués, en tant qu’adultes, puisque nous les avons entendus depuis notre enfance.

Lorsque que nous faisons un effort pour nous habiller, pour effectuer une tâche ardue ou lors d’une situation exceptionnelle, nous nous attendons souvent à entendre quelqu’un de « légitime » dans la situation qui relève ce qui est « exceptionnel », ce qui a trait à l’effort effectué.

Le problème, c’est que la plupart des compliments se concentrent sur le résultat uniquement.
Par exemple, un enfant a passé un certain temps à s’appliquer sur un dessin. Il arrive auprès d’un parent, fier de montrer sa réalisation !
La plupart des enfants vont entendre en retour un compliment du type : « Quel beau dessin ! » et au mieux, le dessin sera accroché sur la porte du frigo (pour peu que le dessin soit présenté à un bon moment et qu’il ait quelque chose d’exceptionnel aux yeux du parent).
Ce commentaire peut ravir l’enfant : lui qui était fier avait raison de l’être car son référent a validé sa perception en le jugeant bon.

En outre, il s’avère que les compliments contenant les « la plus forte », « champion », « la meilleure » comprennent des notions de comparaison aux autres. Cela sous-entend que pour être acclamé et reconnu comme « bon », il faut être meilleur que les autres. C’est ainsi que s’instaure, subtilement, le principe de compétition, au détriment du principe de collaboration et de la sphère empathique qui l’accompagne.

Est-ce que tu sens ce qui cloche à long terme dans cette réaction ?

D’une part, l’adulte valide la réalisation de l’enfant. Cela implique que l’enfant va, au fur et à mesure, calquer sa propre appréciation sur l’avis de l’adulte.
Si, durant une journée chargée, l’adulte réagit en disant seulement : « Oh oui ! Il est pas mal ce dessin. Mais je suis occupé.e, maintenant. ». L’enfant pourra penser que son dessin n’est pas réussi. Sa fierté se transformera en déception de lui-même car il n’a pas reçu la validation habituelle.
Cela sous-entend que l’enfant ne peut pas se faire confiance car quelqu’un qui aurait un avis plus « légitime » (c’est-à-dire adulte) aura un avis différent, ou qu’il interprétera comme tel.

D’autre part, avec ce genre de réponse-type, seule la réalisation finale est prise en compte. Nulle mention de l’effort que l’enfant à effectuer pour accéder à ce résultat qui le rend fier.
L’effort n’est pas mis en avant, seul compte le résultat. C’est d’ailleurs probant quand un enfant commence à gribouiller, une question fréquente est : « Tiens, qu’est-ce que tu essaies de représenter ? ».
Et si, en fait, il ne voulait rien représenter et juste expérimenter ses gestes ?!
D’ailleurs, souvent la réponse est lente à venir. Je peux supposer que certaines fois, ils tentent de reproduire quelque chose… mais que la plupart du temps, ils donnent une réponse pour satisfaire les adultes qui questionnent et qui semblent attendre une réponse précise.

Le problème liés aux compliments, s’avérant être des jugements sur le résultat, est qu’ils forment les individus à attendre une gratification, une validation et une reconnaissance à chaque action.
Dans ce système, auquel nous sommes habitué.e.s, il est fréquent que nous soyons déçu.e.s de l’abstention de reconnaissance pour nos actes. Cela vaut dans la sphère professionnelle, où nous espérons les remerciements ou les récompenses pour nos attitudes et surtout lorsqu’on a des résultats qu’on estime probants. C’est aussi le cas dans le quotidien du foyer où il est usuel de souhaiter des remerciements pour les services rendus et l’efficacité de l’organisation du foyer.
Mais ces remerciements et récompenses viennent rarement et la rancœur commence à s’installer. Parce que nous avons intériorisé le système des récompenses, a minima par les compliments, et que ne pas en recevoir est associé à une privation.
De plus, l’égo est touché lorsque nous recevons une récompense (la sensation de mérite) mais cela crée de l’envie envers ceux qui ont plus de privilèges… Toutes les expériences en psychologie sociale ont pu démontrer que lorsque les individus sont catégorisés en deux catégories, l’une ayant des privilèges et l’autre étant affublés de caractéristiques négatives, il y a des attitudes de violence, d’humiliation, de moquerie vis-à-vis des « mauvais ». Ceux qui ont des privilèges font ce qu’il faut pour les conserver. Ils peuvent même enfoncer les autres pour y parvenir.

Il y a un exemple classique de la fin de l’année : « Si tu ranges bien ta chambre et que tu es sage, le Père Noël/St Nicolas t’apportera des cadeaux ! ».
Il s’agit d’un chantage. Les enfants ne sont pas incités à apprécier l’ordre, ils sont jugés en « sage/turbulent » et cela induit la croyance que ceux qui n’ont pas de cadeau l’ont forcément mérité.
Quid des familles précarisées, dans ce système ?

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Je sens qu’une crispation va monter chez les adultes qui lisent… Parce qu’il y a aura comme une impression de ne jamais pouvoir rien dire qui soit dénué d’impact et que « rien n’est bon ».
STOOOOOP !

L’idée n’est pas de taxer de « bons » ou de « mauvais », les comportements. D’ailleurs, tu remarqueras que je mets des guillemets à chaque jugement de valeur.
Chaque attitude révèle quelque chose de nous-même, de nos habitudes, de nos ancrages affectifs et des schémas éducatifs auxquels nous avons été exposés.
Dans cet article, mon objectif est de mettre en évidence les actes/les mots qui ont un impact dans la construction de l’enfant et du futur adulte.
Le but recherché est d’accompagner les enfants à se sentir bien en tant qu’individu,  confiants en eux, comme nous l’aimerions tous: savoir se faire confiance et faire fi de l’avis des autres.
Nous sommes tous d’accord pour dire à nos proches : « Peu importe ce que pensent les autres, tant que tu te sens bien ! ». C’est louable comme intention.
Mais c’est ignoré le fait que la construction de la confiance en soi peut être ébranlée juste par des compliments jugeants et des récompenses à outrance.
En outre, l’humain a une propension (nécessaire !) à conserver son appartenance sociale. Cela le pousse à rechercher une manière d’être au sein du groupe qui soit en harmonie avec les autres membres… Cela explique les effets de mode vestimentaire, mais aussi les résistances aux changements d’attitudes dans les familles. Les conduites alternatives peuvent être perçues comme une distanciation de ses racines. La plupart des gens confonde l’amour qui leur est porté et l’adéquation avec l’ensemble de leurs principes de vie. C’est ce qui crispe énormément les relations familiales lorsque les générations se succèdent.
Si c’est le cas pour toi, je te renvoie vers mon article « Que faire pour que les autres acceptent mes choix ? ».

  • Et, je fais comment pour motiver mon enfant à agir, alors ?

Voilà la partie que je préfère : la recherche d’alternatives et de pistes de solution.

D’abord, les récompenses sont souvent allouées afin de faire plaisir.
Il n’est pas question de retirer les moments de plaisir, mais au contraire, de rendre leur accès dénué de conditions sine qua none.
Peut-on seulement regarder un film si la maison est bien rangée ?
Peut-on seulement prendre une pause que lorsque le travail commencé est parfaitement achevé ?

Fais plaisir à ton enfant. Offre-lui des moments agréables, en dehors de toute exigence, juste pour un réel plaisir d’être ensemble ou pour qu’il/elle puisse avoir la joie de s’amuser sans contrepartie.

Nous sommes élevés dans une société méritocratique où seuls ceux qui ont des résultats peuvent bénéficier de certains privilèges.
Il y a une dimension sociale : on sait qu’être né au bon endroit, dans la bonne famille donne accès à bien plus de privilèges que d’autres. Le « mérite » est une notion directement liée aux récompenses et ce qu’il implique. C’est destructeur pour l’égo de ceux qui sont « mal nés » et qui n’ont pas accès aux richesses… Au fond d’eux, cela ancre la croyance qu’ils ont fait quelque chose de mal pour être précarisé de la sorte.
Les enfants qui ont intériorisé le système des récompenses et du mérite, en voyant d’autres individus être privés de certains privilèges, viendront à penser qu’ils sont forcément responsables de leur situation. Cela entame les possibilités d’empathie et d’humanité dont les enfants peuvent faire preuve.

Ensuite, il faut d’abord distinguer les récompenses et les encouragements.
Ces derniers sont, par essence, axés sur l’effort fourni, sur le « courage » nécessaire pour agir.
C’est ce qui en fait tout l’intérêt. Il n’y a plus de jugement sur le résultat mais une focalisation sur l’action de l’enfant en tant que telle.

L’alternative pour intervenir avec des encouragements est de demeurer dans la description de ce que l’enfant fait.
« Oh ! Ton dessin est plein de couleurs ! Tu as l’air d’être fièr.e de ce que tu as fait ! »
« Qu’est-ce que tu fais comme effort pour courir vite ! C’est incroyable ! »

J’y consens, de prime abord, cela peut manquer de spontanéité… Parce que nous ne sommes pas coutimier.e.s de ce type d’encouragements.
Il est possible de se changer son vocabulaire au fur et à mesure, en reformulant après un compliment « classique » fait spontanément : « Oh ! Qu’est-ce que c’est joli !… Il y a plein de couleurs ! Tu as l’air de bien t’amuser ! ». C’est comme tout dans la vie : la pratique amène à des automatismes.
Petit à petit, la notion de jugement disparaîtra et laissera place à la seule observation/description de ce que l’enfant fait mais aussi de ce qu’il semble ressentir !

L’absence de jugement permettra aux enfants d’explorer diverses manières de faire une même chose, sans être bridés par le regard des adultes.

A la suite d’une réussite particulière, il est possible d’orienter l’attention des enfants sur le « chemin » parcouru pour y parvenir et sur les plaisirs trouvés durant les actions.

Au quotidien, il est facile de mettre l’accent sur les plaisirs simples pour les enfants, mais aussi pour nous :
Par exemples : « C’est chouette d’avoir les mains dans la farine ! Et on va faire un super pain ! », « Maintenant que tu as appris cette chose-là, tu fais les exercices très facilement ! », « Comme c’est rigolo d’avoir de la mousse partout quand on se lave les dents et en plus, après, tu sens tes dents toutes lisses ! », « Oh ! Qu’est-ce que c’est agréable de s’allonger à la fin de la journée ! », « Tu avais vraiment l’air passionné.e quand tu lisais tout à l’heure ! », …

C’est quotidiennement que les détails de nos actions peuvent être mis en exergue. Ils deviennent ainsi les motivations intrinsèques, en agissant en pleine conscience des différents éléments qui composent l’action et la recherche d’un objectif.

Pour les enfants qui manquent de motivation pour se préparer, se laver, aider au quotidien, etc, pourquoi ne pas faire de la vie, un jeu ?
J’en parle déjà dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! ».
Mais cela peut s’appliquer à toutes les situations. A partir du moment où le besoin d’autonomie des enfants est entendu et qu’ils ont le temps nécessaire pour faire les choses (l’empressement de l’adulte n’a aucun sens pour les enfants), il est possible de leur proposer des jeux pour que les actions deviennent drôles d’elles-mêmes.
Certains peuvent initier des courses pour s’habiller ou aller se laver.
Je suis partagée. C’est efficace, mais cela implique une notion de compétition qui me dérange.
Il est possible d’inventer une manière de marcher « bizarre » pour se rendre à la salle de bain ou dans sa chambre, de mettre la table version « Mission Impossible », de chantonner pour faire passer le temps plus vite, de se laisser brosser les dents pendant qu’on le fait aux enfants, etc.
Alors évidemment, cela demande de l’investissement pour les adultes. Mais, faire du bain un moment de jeu n’est-ce pas la meilleure manière de profiter d’un temps de qualité ensemble ?
Dès qu’ils sont en âge de le faire, propose-leur de participer à la cuisine. Il peut par être un moment de partage et de confidences complices ? Et plus petit, c’est une vraie activité manuelle.
Oui, il faut peut-être commencer à préparer le repas à 17h30. Mais ce n’est plus une corvée, cela devient une vraie activité commune et une manière d’être ensemble.

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Une autre possibilité pour diminuer les conflits quotidiens et ne pas être embarqué.e par la dynamique de punitions/récompenses, ne serait-elle pas de créer tous ensemble une charte interne à la maison ? Chacun prend part à la décision des règles et s’engage à les respecter.
Cela implique que les règles et leur légitimité peuvent être discutées librement… et non pas que les parents décident et que les enfants y consentent.
Par exemple, les parents aimeraient que les chaussures ne passent pas le seuil de la maison, les enfants trouvent cela inutile.
L’idée est alors de discuter tous ensemble pourquoi les parents veulent cette règle,qu’est-ce qui dérange les enfants. Parfois, de simples aménagements intérieurs aident à faire qu’une règle de vie soit respectée… mais il s’avère aussi que la discussion concernant les motifs de la règle puisse la mettre en perspective, et qu’elle perde en importance.
C’est par ce type de communication familiale ouverte et dénuée de jugement que chacun parvient à se faire entendre et que la vie communautaire est agréable. Cela implique que les enfants aient la certitude qu’ils puissent s’exprimer franchement et qu’il n’y ait pas une croyance que l’amour est conditionnel à l’obéissance. L’utilisation de la communication non-violente est un outil avantageux.

Enfin, éviter les récompenses dont les compliments, ne doit pas être assimilé à de la froideur et à de l’absence de considération. Au contraire !
Il s’agit d’apporter sa présence toute entière aux enfants, afin de faire une remarque qui est précise et non stéréotypées.
Il est aussi favorable d’exprimer ses sentiments aux enfants face à leurs actions et leurs réalisations. « Je suis très fièr.e de te voir t’épanouir dans cette activité pour laquelle tu démontres un talent et dans laquelle tu fais énormément d’efforts ! »
Cette phrase fera bien plus plaisir aux enfants qu’un : « Bravo ! T’es un.e champion.ne ! ». De plus, si un jour, il y a une baisse de régime, il/elle pourrait croire que tu serais déçu.e car le statut de champion n’est plus d’actualité.
Mieux vaut un enfant qui adore jouer au tennis pour le plaisir mais refuse les compétitions qu’une graine de champion qui peste dès qu’elle n’accède pas au meilleur classement. cela ne veut pas dire qu’il faut chasser les compliments dans les moindres tréfonds. Cependant, il peut être épanouissant de penser à les élaborer avec des sentiments et sans que nos propos laissent entendre une attente de résultats.

Dans tous les cas, l’exemplarité est inestimable pour l’accompagnement des enfants.
Ne te fustige pas en cas de tentatives « ratées »! Ne te juge pas! « Goûte aux plaisirs d’être et au contenu des actes quotidiens.
Beaucoup d’entre nous disent facilement : « Je ne suis vraiment pas douée ! » ou « Je suis maladroite ». Je te propose une autre formulation, que tes enfants pourront intérioriser : « Je manque d’entraînement pour… ! ».
Rien n’est figé. Souvent, ce n’est pas une question de don ou de maladresse mais simplement de présence entière à une situation donnée ou de manque d’expérience.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x !

Pour aller plus loin :

  • « Eduquer sans punition et récompense » Philippe Faure
  • Une conférence de M. Rosenberg sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=53_qlO_8qqo
  • « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » Faber & Mazlish
  • « Qui veut jouer avec moi ? » Lawrence J. Cohen
  • L’adultisme expliqué aux adultes
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Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les punitions : Pourquoi sont-elles toxiques, même si elles ont l’air efficace ?

Les punitions sont une espèce de tradition éducative considérées comme acceptables, normalisées et parfois nécessaires, lorsque l’enfant va trop loin.
Elles sont de plusieurs ordres : les brimades, les privations  et les châtiments corporels.
Par exemple : « Mettre au coin », « envoyer dans sa chambre », «priver de TV/tablette/sortie…. », Menacer de conséquences si opposition à l’ordre proféré.
Il peut être violent de lire « châtiments corporels », car cela véhicule une connotation de maltraitance. Et pourtant, la gifle, la fessée, une tape sur la main, se faire pincer l’oreille ou attraper par le col, sont bien des châtiments corporels puisqu’ils portent atteintes à l’intégrité physique de l’enfant.

« La punition corporelle est généralement définie comme un acte physique qui est socialement et légalement accepté et commis par un adulte en situation de pouvoir, peu importe son intention, dans le but d’entraîner une douleur ou un malaise physique chez un enfant, et ce, afin de corriger ou de contrôler un comportement jugé indésirable (ex. : taper les fesses de l’enfant, le pincer, le secouer). » – Définition de la chercheuse Marie-Ève Clément, Revue de psychoéducation, 2011, volume 40 (1)

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Pourquoi les punitions sont ordinaires ?
Les punitions donnent une impression de contrôle aux parents et surtout, un moyen d’action face à un comportement « inacceptable » de la part de l’enfant.
Tu la sens, la première coquille ? Il n’est pas difficile de constater que ce qui est « acceptable », « correct » ou « admis » dépend complétement du contexte.  Et étrangement, les punitions tombent d’autant plus facilement lorsque les parents ne sont pas disponibles physiquement ou moralement   (empressement, fatigue, occupations).

Il est d’ailleurs facile de tomber sur moults témoignages déculpabilisant les parents qui ont levé la main suite à un débordement de l’enfant : « Ça arrive ! », « Il ne faut pas se culpabiliser pour ça … ! », …

Les punitions, des plus « douces » aux plus « dures », sont utilisées par certains parents qui ont l’impression d’avoir tout essayé.
Isabelle Filiozat a écrit un merveilleux livre qui leur est adressé (mais intéressant pour tout un chacun) intitulé justement : « J’ai tout essayé ! ».

Les enfants apprennent assez vite la douleur (psychologique et physique) que les punitions occasionnent.  Ils cherchent souvent à éviter les punitions par diverses stratégies, dont la soumission aux volontés des adultes.
Donc, dans ces cas-là, les punitions semblent fonctionner puisque les enfants cessent leurs actions ou obéissent docilement.
Mais, en y regardant de plus près, il y a autant de cas où les punitions fonctionnent que de situations où elles n’ont aucune issue positive (ni pour les adultes ni pour les enfants).
Combien d’enfants ne se calment pas lors de l’isolement ?
Combien d’entre nous ont développé des trésors d’ingéniosité pour mettre en œuvre un stratagème avec plusieurs stylos ou dissimuler des photocopies afin de faire passer les « lignes à copier » plus vite ?

Il s’avère que le premier problème des punitions se situe là : la dissimulation.
La punition n’amène pas à réfléchir sur son action de manière autonome. Elle ouvre une brèche dans laquelle les enfants dissimulent les actions que les adultes estiment mauvaises.

Questionnements pour toi-même :

  • Quelle réaction aura un enfant face à une mauvaise note/s’il brise un verre/renverse de l’eau/… si :
  • Il sait qu’il sera puni
  • Il sait qu’il ne sera pas puni

Dans la plupart des cas où les enfants vivent des punitions, l’idée principale sera de dissimuler le problème pour éviter la punition. C’est ainsi que commence le recours volontaire aux mensonges (à différencier des histoires racontées par les petit.e.s d’environ 3 ans) et le déclenchement des réseaux neuronaux du stress et la crainte des adultes.

Les enfants qui ne sont pas habitués aux brimades seront plus à même de venir chercher des ressources auprès des adultes : de l’aide pour assimiler une matière incomprise, de l’aide pour ramasser le verre ou essuyer l’eau, etc.
Il n’y aura pas de climat de crainte face à la réaction des adultes.

Il est alors assez simple de percevoir que c’est le mécanisme de la peur qui intervient lorsque les enfants se soumettent au désir des adultes à la suite de l’exposition aux punitions.
La plupart du temps, ils n’ont pas intégré les motifs de leurs actions « correctes », ils répondent juste comportementalement de manière à éviter une punition.

Les punitions s’érigent en solution dans une société où l’on s’attend à ce que les Enfants obéissent aux Adultes. Les punitions sont des conséquences directes de l’adultisme (ici pour faire un point sur cette notion).
La société nous renvoie souvent une attente claire : l’enfant (comme entité) doit être maitrisé, dompté, corrigé si besoin, par l’adulte afin qu’il agisse de manière correcte.
Il est très mal perçu qu’un enfant donne son avis sur le choix du menu voire qu’il participe même au processus décisionnel au sein du foyer (l’heure de sa douche, de son coucher, de s’alimenter, …).
Cela paraît normal aux adultes d’imposer un rythme aux enfants.
Mieux, les parents légitiment la mise en place de ces rythmes à l’aide de rituels qui sont vantés pour rassurer l’enfant.
En gros, l’adulte contrôle le quotidien de l’enfant. Cela se passe presque bien jusqu’à l’âge de 18/24 mois environ, âge où les enfants cherchent à faire les choses seuls (retour sur la crise d’opposition ou le « terrible two »).
A la suite de ça, c’est souvent le déclenchement de la mécanique éducative. Les premières punitions arrivent (petite fessée, tape sur les mains, isolement, …) et c’est là aussi que débutent les affrontements qui feront toujours deux perdants (l’enfant et le parent).

A ma connaissance, aucun parent ne prend plaisir à punir son enfant. Comme aucun enfant parvient à retenir de manière consciente la leçon cachée d’une punition (sauf : « il faut que je planque mieux les choses la prochaine fois ! »).
Par exemple : Imagine un enfant âgé de 10 ans, un enfant privé de TV pendant une semaine à cause d’une chambre mal rangée. En vivant cette privation, il va avoir deux réactions disponibles :

  • « C’est injuste ! » : ruminations sur l’injustice et le sentiment d’être incompris
  • « Je suis vraiment bête de ne pas avoir rangé ma chambre, je ne peux qu’en vouloir à moi-même. J’avais trop envie de jouer plutôt que de ranger ! » : dépréciation de soi et intégration du modèle de soumission

Dans les deux cas, l’enfant se sent mal. La plupart des parents vont considérer que la seconde réaction est plutôt profitable : peut-être l’enfant sera-t-il plus sensible au rangement plus tard ?
En réalité, l’enfant sera surtout sensible au fait d’éviter la punition, et se conformera par crainte. Il n’a pas retenu l’intérêt d’avoir une chambre rangée, si ce n’est pour se plier aux impératifs parentaux (qui n’ont pas de sens en tant que tel).

Alors, est-ce que les punitions sont liées aux comportements des enfants, ou plutôt, à une recherche d’actions jugées efficaces par les parents ?

Mais pourquoi les Adultes ont cette attitude réflexe de punir lorsque quelque chose dérange le déroulement qu’ils attendent ?

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La répétition des schémas « éducatifs »

Il y a bien une raison pour laquelle les punitions et les punitions corporelles sont des réponses facilement accessibles à notre esprit.
Elles ne demandent d’ailleurs aucun effort de recherche de solution la plupart du temps : ce sont des réponses automatiques dans une situation donnée.
« Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu tellement peur en la voyant sur la route que je l’ai rattrapée en criant et une gifle est partie ! ».

Ces réponses automatiques sont créées par notre propre exposition à ces expériences.
Il est fort probable que tu aies été confronté.e à ces actions coercitives. En ayant vu des adultes agir de la sorte, ce sont des réactions qui sont activées rapidement, au-delà de notre conscience et de notre volonté.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de conscientiser nos réactions et de travailler sur soi-même.  Bien sûr, les relations auprès des parents est telle que, la plupart du temps, les devenus-adultes n’ont pas envie de questionner ces prises de conscience. Elles sont parfois douloureuses et peuvent faire émerger un nouveau sentiment d’injustice et d’incompréhension envers les anciens référents.

Parfois, ce n’est pas dans la sphère familiale mais dans la sphère collective que les adultes que nous sommes ont subi les punitions en réponse à certaines attitudes.
A une époque, je rappelle que les enseignants avaient le droit de frapper les enfants, jusqu’en 1852. Mais il s‘avère que la plupart de tes grands-parents voire de tes parents peuvent témoigner du fait que ces pratiques avaient encore lieu régulièrement jusqu’à 1968 !

Autant dire que les punitions sont des habitudes « éducatives » telles qu’il est logique qu’elles émergent spontanément dans les réactions.
MAIS (bah oui, il y a un mais !) comprendre le fonctionnement ne le cautionne pas pour autant et surtout permet de trouver des solutions alternatives.
Parce qu’il faut prendre conscience que les punitions ne sont pas exemptes de séquelles négatives… en plus de celle de propager ce modèle éducatif ! En 2 générations, il est possible de faire disparaître cette pratique des mœurs (comme le modèle suédois le prouve).

la fessée


Les conséquences des punitions

Il est probable que la plupart des gens fassent une distinction entre les punitions morales et physiques.
Certes, une gifle ou une fessée est plus impressionnante qu’un isolement au coin ou le fait de copier des lignes (ah ah ah ! La vieille punition !). Mais les punitions ont des séquelles d’ordre psychologique (à partir du moment où les gestes violents n’engendrent pas de marque…).
Il est encore largement cru que l’isolement est une punition douce. Par exemple, mettre au coin un enfant agité, exclure un élève de la classe, enfermer un enfant dans sa chambre sans dîner, …
C’est méconnaître le fonctionnement neurologique de l’être vivant.

La douleur psychologique utilise les mêmes réseaux neuronaux que la douleur physique !

Il s’avère que la douleur inhérente à l’isolement social découle du système de l’attachement chez les humains. Instinctivement, l’humain sait qu’il a besoin d’être inclus dans un  groupe pour survivre. L’humain va chercher à agir afin de ne plus être exclu à cause de la souffrance et la crainte que cela occasionne.
« La douleur sociale est une forme de douleur dérivant de la détresse suite à la distance sociale des autres. Cheng et al. (2008) ont observé que les participants peuvent revivre la douleur sociale plus facilement et plus intensément que la douleur physique. Leurs études démontrent que les personnes  déclarent  que  la  douleur  sociale  est  plus  dure  à  revivre  par  rapport  à  la  douleur  physique  et  que  les  personnes  ont  des  résultats  plus  bas  à  des  tâches  cognitives,  après  avoir subi une douleur sociale plutôt que physique. »  Source : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00845406/document

Pour être claire, la douleur sociale (infligée par l’isolement) est source de souffrance plus importante que les douleurs physiques lors des reviviscences. De plus, la douleur sociale cause un amoindrissement des capacités cognitives.
En isolant ou en punissant tout simplement, les adultes amènent les enfants à avoir de moindre capacité cognitive (entre autres).
Tant à la maison qu’à l’école, c’est contreproductif pour le développement des enfants, n’est-ce pas ?

C’est la raison pour laquelle de plus en plus de pays légifèrent pour que les châtiments corporels (52 actuellement) soient interdits.
Cela fit grand débat en France, parce que certains estiment que la loi s’immisce dans leur vie familiale. Il s’avère qu’il s’agit d’une ingérence du même ordre que l’autonomie des femmes par rapport à leur père ou à leur mari.
Accessoirement, c’est seulement en 1965 que les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire de manière autonome. Et ce n’est en 1970 que la notion d’ « autorité parentale » prend le pas sur l’ « autorité paternelle ».
C’est là aussi une « ingérence » de l’Etat dans la vie familiale… Pour un bien !

Pour revenir à l’exemple suédois, ils ont interdit la fessée en 1979. La génération de parents actuels n’a plus cette tendance à recourir à des châtiments corporels. D’ailleurs, la plupart d’entre eux ne comprennent pas pourquoi cela fait débat que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits individuels que les adultes. Aucun droit n’est retiré aux parents… Sauf celui de maltraiter leurs enfants (or, il est peu probable que ce soit une volonté franche d’avoir recours aux châtiments corporels…).
Car il s’agit de ça… Simplement.
Je ne sais pas toi, mais il me serait intolérable qu’on me tape la main ou qu’on me fesse si quelqu’un s’énerve face à mon attitude.

Grâce à cette loi contre les châtiments corporels, la Suède a fait diminuer l’occurrence de la maltraitance envers les enfants. Et les taux de délinquance juvénile et de suicides reculent !
Il a suffi de deux générations pour faire sortir la violence du champ social.
Le principe de la loi n’est pas d’être « Big Brother » avec une caméra dans chaque famille, mais de faire connaître les Violences Educatives Ordinaires (VEO) afin que les parents conscientisent leurs attitudes.
Savoir, c’est pouvoir !

Il est nécessaire d’intégrer que les enfants exposés à un adulte qui débordent en punissant (le débordement est paroxystique en cas de recours aux châtiments corporels) vont intérioriser ce type de réaction.
Plus les enfants sont exposés à des adultes qui s’emportent, plus ils auront tendance à recourir à la violence.

En outre, les punitions n’éveillent aucun apprentissage sur l’acte qui est le déclencheur de la réaction de l’adulte. Comme je l’ai déjà évoqué, il n’y a pas d’acquis qui ressort d’une punition, mais une perte de confiance en soi, un sentiment d’injustice et d’incompréhension et la recherche de stratégies de dissimulation face aux difficultés rencontrées.

Quant aux châtiments corporels spécifiquement, ces gestes n’auront peut-être pas de conséquence physique à long terme. Mais je tiens à rappeler que des centaines d’enfants meurent chaque année à cause de violence intrafamiliale. Les chiffres sont approximatifs étant donné que tous les décès ne sont pas suivis de procédures judiciaires. Cependant, au plus bas en France, il s’agirait d’un enfant tous les deux jours.
Alors la fameuse réponse : « On en est pas mort ! ». Non, la plupart des enfants n’en sont pas morts mais certains sont les victimes de cette banalisation des châtiments corporels dans l’éducation.
Voilà, voilà. Un premier coup peut partir… avant un déferlement d’autres !
Et si les enfants n’y perdent pas la vie, ils y perdent leur confiance en l’adulte, en soi et leur empathie spontanée.
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OK, ça craint. Mais avoir un enfant-roi, merci bien !

Le majeur problème lorsqu’on évoque le fait qu’il est nécessaire de sortir du système des punitions, c’est que la plupart des adultes n’ont pas idée des alternatives possibles… Parce que ces alternatives ne sont dispensées dans la population que depuis peu et à faible échelle (Coucou ! Je suis là pour ça !).

Les parents ont souvent peur que leurs enfants soient ingérables. Puisque le modèle de la soumission à l’adulte est celui qui est répandu, il y a une réelle appréhension à ne plus fonctionner de cette manière.
Surtout lorsqu’on agite devant les parents le mythe de l’enfant-roi (qui méritera un article, mais on peut déjà trouver des pistes dans mes articles sur la gestion de la frustration et sur celui de la colère).
La crainte d’élever un petit-être qui sera tyrannique qui serait une graine de dictateur.

Penses-tu que les grands dictateurs de l’Histoire ont été élevés dans la bienveillance, en l’absence de punitions en tout genre ?
Certainement pas ! Tous ces bonhommes ont intériorisé et extrapolé que la violence pouvait résoudre un conflit.
La violence implique une soumission au gagnant, au plus fort, à celui qui sait, …
Tout ce qu’on a baratiné aux enfants depuis des siècles : « Parce que je suis grand, et que tu es petit ! ».
Bref, la crainte c’est d’être celui qui a un enfant qui dérange les adultes, qui met en évidence et répond face aux incohérences, une enfant qui ne reste pas à la place que la société lui attribue.
Mais, tu en as vu beaucoup toi, des enfants qui sont pleins de vie tout en étant « sage, mutiques et polis » en toute circonstance ?
Personnellement, je trouverais ça presque effrayant. Genre « Village des Damnés ».

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Une image du film « Le village des Damnés », avec ses gamins hyper flippant!

Les enfants sont faits pour explorer, découvrir leur environnement et interroger les adultes. Bien sûr qu’ils « dérangent » le quotidien et la vie sociale des adultes. Si on fait des enfants, c’est intrinsèque que sa vie, sa maison, ses habitudes seront dérangées… Mettre un nouvel individu dans un foyer engendre de fameux bouleversements. C’est d’autant plus particulier que cet être évolue de jour en jour en acquérant de plus en plus d’autonomie et d’esprit critique.
Cela engendre un perpétuel questionnement sur la manière d’être avec les enfants, puisque leurs besoins se diversifient avec le temps.

Plus vite un enfant aura compris que les adultes qui l’entourent sont des ressources pour lui, plus il pourra devenir confiant et croquer la vie à pleines dents.
Non, les enfants ne sont pas plus dociles dans une éducation exempte de punitions… Mais ce sont des êtres à part entière, qui n’ont pas plus à être dociles qu’une femme devrait l’être docile face à son époux (#wife’slifebefore68!).

 

Et qu’est-ce qu’on peut faire ?

Aaaah ! Ma question préférée !

Réponse en quelques mots-clefs : réparation, alternative, collaboration, anticipation, responsabilisation, l’information (des parents) et, the last but not least : le travail sur soi des parents.

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Je détaille, pas de panique.

D’abord, imaginons une situation précise : un enfant de 3 ans est fort excité à table, il refuse de manger, s’énerve et finit pas jeter son assiette par terre (on va espérer que l’assiette soit d’une matière peu fragile).
Comment réagir ?
D’abord, si la situation met le parent dans un état d’énervement majeur : prendre du recul sur la situation. Boire quelques gorgées d’eau, souffler un grand coup (c’est le temps de pause). Rien de bon ne sort lorsque c’est mu par l’énervement (et ça vaut pour toutes les situations, donc la réaction face aux enfants ne fait pas exception).

Après, il faut mettre des mots sur ce qu’il se passe en utilisant un principe d’observation (comme expliqué ) : « Je vois que tu es très énervé. Ton assiette est maintenant par terre. »
Pas de mot du genre : «  Que tu es pénible ! Je vais encore devoir tout nettoyer ! Tu es infernal ! C’est toujours pareil ! Tu ne manges rien ! ».
Ces phrases n’apporteront rien à l’enfant ni à toi en fait… Puisque c’est un emportement émotionnel.

Il est ensuite nécessaire de voir comment va l’enfant : est-il calmé par le fait d’avoir jeté l’assiette ou se trouve-t-il encore dans un état d’excitation intense ?
Si tel est le cas, il est nécessaire de comprendre ce qui cause cette excitation et ne pas perdre de vue qu’un enfant n’agit jamais dans le but de nous exaspérer. Il cherche à manifester quelque chose par son attitude. Dans le cas proposé, il se pourrait que l’enfant soit trop fatigué, n’ai pas faim, ai eu une journée éprouvante (et lui n’a pas encore acquis la capacité à gérer ses émotions, il va apprendre d’autant plus vite que les adultes lui montrent comme agir quand ils sont énervés !), …
Étonnamment mais de manière pratique, le fait de proposer de le prendre dans les bras ou alors de sortir de table pour le laisser aller dans un endroit où il est bien est la réponse rapide la plus adaptée.
Si les adultes ont besoin d’un temps de pause pour retrouver leurs esprits avant d’agir, les enfants ont d’autant plus besoin de soutien et de temps pour sortir de la vague émotionnelle (qui ne dure pas plus de 90 secondes si elle n’est pas entretenue par des mots/attitudes de quelqu’un).
Petite aide du Dr. Daniel Siegel pour soutenir les enfants dans leur gestion émotionnelle, à expliquer à froid à l’enfant : https://www.youtube.com/watch?v=9aONSCU9v_w

L’idée est ensuite de faire en sorte que le « problème » soit résolu, ici l’assiette renversée.
Il est alors possible de proposer à l’enfant de nous aider à « réparer » les conséquences de son geste. Cependant, il faut attendre que l’enfant et l’adulte soient disponibles pour le faire.
Si tu as envie de manger ton assiette avant de nettoyer, fais-le !
Personne ne va débouler chez toi en te disant : « Eh dis donc ! Vous êtes en train de rater votre statut de maison bien tenue ! ». Cela peut attendre 15 ou 30 minutes sans aucun problème. De manière à ce que tu puisses manger sereinement après un épisode d’énervement.

Quand l’enfant est calme, il est possible de lui demander à ramener une éponge, un torchon ou tout ce qui pourra servir à ramasser les résidus alimentaires sur le sol. Faire le nettoyage ensemble lui permettra d’apprendre comment agir lorsqu’une assiette tombe (peu importe que ce soit lui qui l’ai jeté, pourvu que cela soit réparé). La collaboration au quotidien amènera à ce qu’il ne se sente plus coupable mais responsable face aux gestes « maladroits ».
Ça aide les enfants qui trouveront ça « logique » de venir aider quelqu’un qui a fait tomber quelque chose, au lieu d’être un spectateur inerte.
Il est inutile non plus de revenir sur l’incident en insistant sur le « mauvais » comportement.
Il est préférable de dire à l’enfant, en début de repas, « Si tu n’as pas faim, tu peux nous l’exprimer et juste pousser ton assiette au milieu de la table ».
Il vaut mieux une assiette repoussée, indiquant clairement sa volonté, qu’une assiette qui vole après un énervement majeur.

 

L’idéal est de ne plus être exposé.e à cette situation assez peu agréable. Il est dès lors nécessaire de se questionner sur les raisons qui ont engendrées que l’enfant ait agi  de telle sorte.
Si c’est parce que l’enfant est fatigué, il faudrait peut-être proposer le repas plus tôt. S’il n’a pas faim, il est juste nécessaire de l’écouter et de ne pas être exaspéré.e parce qu’il ne se sustente pas. Il y a beaucoup d’égo derrière les repas. Pourtant, cela ne devrait être que des propositions où l’on se gratifie soi-même de faire de son mieux… pour soi.
Je l’admets, ça demande un certain lâcher-prise. Mais c’est le premier pas d’un travail sur soi qui sera bénéfique à toute la famille !

Cela implique que les parents soient informés sur la manière de réagir de leurs enfants et aussi, sur le « sujet de discorde ».
Dans l’exemple, est-ce important qu’il demeure à table alors qu’il ne semble pas en état de manger ?
Est-ce qu’un enfant a réellement besoin de manger s’il affirme ne pas avoir faim ?
Ces questionnements et la recherche d’informations qui pourra y répondre permet de mettre en perspective ce qui est perçu comme important (qui est un jugement de valeur !).

L’objectif est de partir à la recherche d’informations pour comprendre son enfant, ses besoins réels mais aussi, fouiller ce qui nous rend mal en tant que parents (dans l’exemple, le rapport à la nourriture et à la place que cela prend pour celle/celui qui prépare)… et donc se retourner sur soi-même.
Cela réveille l’enfant en nous qui a vécu les petites phrases comme : « finis ton assiette ! », « tu manges lentement/salement ! », « c’est pénible de te nourrir ! », etc.
Cela implique qu’on prenne conscience de ses failles… afin d’éviter de les reproduire involontairement chez les enfants.
Un très bon ouvrage sur le sujet, de l’illustre Isabelle Filiozat : « Il n’y a pas de parent parfait », aide tous ses lectrices/lecteurs à mettre à jour leurs propres cicatrices émotionnelles pour améliorer la dynamique familiale.
Juste une question, pour finir cet article.
Si, au lieu de parcourir les diverses possibilités d’actions alternatives, le parent avait puni l’enfant ayant jeté l’assiette, que ce serait-il passé ?
L’adulte aurait été très énervé, longtemps. L’enfant aurait crié de colère face au sentiment d’injustice de la punition, ou au contraire serait prostré de tristesse.
Les émotions chez les deux protagonistes auraient duré bien plus de 90 secondes.
L’enfant n’aurait pas appris à participer à la réparation d’une « erreur ».
Le parent ne se serait pas questionner sur les causes de ce comportement et sur la recherche des possibilités pour éviter la récurrence de la situation.
Enfin, l’adulte n’aurait pas pu faire un retour sur son propre vécu… trop prisonnier d’une perception misérabiliste tant pour lui-même dans son rôle d’éducateur qu’envers son enfant perçu comme « ingérable » ou « impertinent ».

Sortir du système des punitions, c’est s’offrir pléthore de perspectives qui permettront à la famille de fonctionner plus sereinement.  Et enfin d’avoir, à terme, une société où la violence, la brimade et d’isolement ne sont jamais les premières options émergeantes à l’esprit.

 

A très bientôt Lectrice/Lecteur Curieuse.x !

Communication Non-Violente

Trucs et astuces pour obtenir les relations que l’on rêverait d’avoir (#empathie)

Dans cet article, je vais faire le point sur ce qu’est l’empathie de manière précise. Le but est de faire la distinction entre des notions qui sont assimilées les unes aux autres.  Parce qu’il faut admettre que la vulgarisation des expressions peut complétement dénaturer leurs sens.
Je vais aborder l’empathie sous l’angle de la CNV puisque le paradigme qui sous-tend la CNV est le même que celui de l’éducation bienveillante : percevoir et entendre l’autre dans ses sentiments et ses besoins en regard sans jugement.

Tout d’abord, comment différents auteurs ont-ils défini l’empathie :

  • L’empathie est une qualité d’écoute et de présence à l’autre, à ses sentiments et à ses besoins, sans vouloir l’amener quelque part et sans souvenir du passé. – Marshall Rosenberg
  • L’empathie, c’est une posture et une éthique qui demande une qualité d’écoute, une capacité à se mettre en lien avec soi-même pour celui qui écoute et une ouverture à l’autre sans présupposés et sans préjugés. – Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho

Ce sont les mêmes fondements, explicités avec des mots qui résonneront plus ou moins chez toi.

L’empathie est un des besoins fondamentaux (voir mon article sur les besoins de l’humain : » et si nous revenions à nos besoins?  » ). Ce besoin est un des plus ignorés de la société occidentale. La mise de côté de cet aspect de la vie engendre énormément de souffrance chez les humains.
En somme, il est considéré comme normal de répondre un « oui » passif à « : « ça va ? ». Cette question n’en est pas une d’ailleurs, c’est rhétorique…
Rares sont les individus qui estiment avoir envie/besoin d’une réponse franche et complète.

Nous perdons alors beaucoup de temps à agir avec la dette d’empathie. Cela se transforme en frustration qui engendre tantôt l’amertume, de la colère intériorisée, une diminution/absence de confiance en soi, de la résignation affective, etc.

Conséquence de ce besoin occulté, nous ne sommes pas coutumiers  de l’écoute empathique et n’avons pas appris à être réellement présents à l’autre de façon détachée (sans entrer dans les émotions de l’autre comme dans la syn(= avec, ensemble en grec) pathie).
Pourtant, l’écoute active est connue pour être d’une utilité particulière. En psychothérapie, elle est considérée comme un indispensable. Mais il ne faudrait pas consulter un psy pour obtenir une réelle écoute…

C’est une des raisons d’être de cet article : rendre saillante la puissance de l’écoute empathique dans les relations quotidiennes. Elle nous relie à nos pairs, nous permet d’être soulagé.e, compris.e et pris.e en considération.

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Dans les moments d’écoute empathique, l’objectif est d’être entièrement présent à la relation. Il n’y a pas d’intention de conduire la personne vers un but déterminé, ni de la consoler ou de trouver une solution. L’écoute empathie est une posture d’accueil. Tu sens ce moment où quelqu’un dont tu es proche ne semble pas aller bien, mais que tu ne sais vraiment pas pourquoi elle n’est pas épanouie… ce moment où tu accueilles sans rien penser d’autre que :  « Que se passe-t-il pour elle/lui? ». Seule l’ouverture à l’autre est présente.
Ensuite, pour poursuivre dans l’empathie, Il s’agit d’être mu.e par la certitude que la personne écoutée a les ressources qui mènent vers un cheminement qui lui apporte ce dont elle a besoin. Celle-ci a « juste » besoin d’être accompagnée dans l’expression et la transformation des difficultés qui l’embarrassent.
Dans les faits, il s’agit de recevoir les mots tels qu’ils sont prononcés, l’intensité des émotions et les attitudes non-verbales (en rappelant que le non-verbal joue pour beaucoup dans la communication). Je ne tendrai pas vers l’affirmation que 93% de la communication est non-verbale. Les études d’Albert Mehrabian et ses collègues ont des limites qui, de l’aveu de ses auteurs, n’ont pas été prises en compte (Voici pourquoi : https://www.inxl.fr/le-mythe-du-7-38-55-le-non-verbal/).

Pour l’individu qui est entendu, l’empathie permet de reprendre la responsabilité de ce qui nous appartient dans ce qui nous dérange. Par exemple, se rendre compte que la colère ressentie n’est pas dirigée vers une personne, mais vers une situation qui entrave un des besoins. De cette manière, la personne écoutée retrouve la capacité d’agir d’une manière qui lui correspond réellement.

Seulement, ce n’est possible que si l’écoutant n’a pas l’intention d’éduquer l’autre (de lui faire comprendre qu’il fait fausse route/qu’il a tort), de le sauver de sa situation ou de l’orienter activement.
« La compétence empathique consiste à traduire l’expression de la personne dans le moment présent, de se relier aux sentiments et besoins derrière les histoires de vie, les théories et distinguer les interprétations des faits évoqués. » tiré du livre « La communication non violente, c’est malin » de Geneviève Bouchez Wilson et Pascale Molho, éditions Leduc.s

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Afin de s’extirper du langage courant, il est nécessaire de faire une distinction entre l’empathie et d’autres attitudes telles que la compassion, l’altruisme, la sympathie ou encore la bienveillance. Dans la vie quotidienne, ces termes sont souvent utilisés de manière indifférenciée.
La compassion est le « sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui ». Ce sentiment part de la tristesse d’autrui et exprime le fait qu’on ressent avec l’autre ses problèmes.
L’altruisme est une « disposition bienveillante à l’égard des autres, fondée sur la sympathie » ou « dévouement », se consacrer à autrui de façon désintéressée, sans rien attendre en retour. Aider les autres. L’objectif dans le cas de l’altruisme est de l’aider de façon active.
La sympathie est la « participation à la joie, à la peine d’autrui ». Quand on y pense, c’est un peu étrange de pouvoir qualifier un objet de « sympa ». Mais cela explique bien en quoi il suffit simplement d’inoculer un peu de joie pour être sympa pour les autres.
La bienveillance est la « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ». C’est un ingrédient de l’écoute empathique. Mais on ne va pas dire qu’un œuf est un quatre quart, il faut d’autres ingrédients !

La majeure distinction entre l’empathie et ces diverses notions est la capacité de prise de distance par rapport aux émotions d’autrui et de n’avoir aucune intention de l’amener à un cheminement qui serait jugé comme LE bon par l’écoutant.
Avec ces définitions, il est aisé de comprendre combien le terme « empathe » est galvaudé. L’empathe est assimilé à de l’hypersensibilité émotionnelle par rapport aux vécus d’autrui. Les personnes qui se qualifient d’« empathes » expriment des bouleversements émotionnels incontrôlables puisqu’elles plongent dans le vécu d’autrui.
Avec les clarifications précédentes, tu peux voir que ce n’est pas de l’empathie au sens propre du terme.
J’admets que j’ai du mal avec tous ces termes qualificatifs. Ils enferment les personnes dans une case (ou plusieurs pour les chanceux !). Elles pensent se comprendre mieux en se caractérisant mais les possibilités existantes pour reprendre le pouvoir ne font pas parties du tableau. C’est un peu comme lorsqu’on liste ses défauts… Et qu’on passe plus de temps à leur trouver des raisons valables plutôt de se pencher sur la recherche de stratégies qui permettraient de s’extirper des fonctionnements qui nous déplaisent.

Cette mise au point linguistique effectuée, concrètement : que fait-on dans la relation ?

D’abord, il est primordial de conscientiser qu’il n’est pas possible d’être entièrement empathique si nous-même n’avons pas reçu l’empathie utile à faire émerger nos propres besoins.
Comment se distancer de l’écho que peut faire autrui si nous ne sommes pas au clair avec notre fort intérieur ?

Un premier élément essentiel est la capacité d’auto-empathie : commencer par nous offrir à nous-mêmes ce que nous aimerions recevoir des autres.
Si nous n’écoutons pas nos propres besoins, personne n’estimera qu’il faille le faire ! Il est nécessaire d’être honnête et d’exprimer ses ressentis et ses requêtes sans reproche ni jugement.

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Rosenberg propose trois solutions afin d’accéder à plus d’auto-empathie :

  • Prendre un temps de pause, respirer calmement, et ensuite faire un retour sur le sentiment qui nous habite ;
  • Exprimer vivement ses besoins, ce qui peut être fait en criant, lorsqu’on est dépassé énergétiquement. Je reprends le passage exemplatif de l’auteur : « Écoutez, je vais mal ! Je n’ai pas envie de m’occuper de votre conflit, je voudrais simplement avoir la paix et du calme ! ».
    Il n’a incriminé qui que ce soit dans cette phrase, mais il a fait savoir qu’il n’était pas en mesure d’intervenir pour une autre personne que lui-même.
    Les jours où nous sommes fatigué.e.s/débordé.e.s/énervé.e.s/en retard, ce ne sont pas les autres qui sont responsables de nos émotions mais nos besoins qui sont insatisfaits (petit retour sur mes articles sur les émotions: « encore une crise! que faire avec les sentiments? » et sur les besoins).
  • Enfin, si une situation nous plonge dans un état d’inconfort émotionnel, il y a toujours la possibilité de se retirer physiquement pour proposer ultérieurement une écoute empathique. Oui, il est possible que tu dises : « Je vois que tu n’es pas bien, mais je n’ai pas le ressources pour y faire face maintenant. Peut-on en parler demain ? ». Cela peut sembler étrange, mais c’est comme ça aussi qu’on prend soin de soi : en exprimant nos besoins clairement. L’autre peut être déçu.e parce qu’il/elle avait un besoin d’écoute… Mais cela lui apprend à pouvoir s’autoriser une expression de ses besoins.

Dans l’exercice quotidien de la Communication Non-Violente, je pense qu’il est possible d’être tous confrontés à des échecs. Parce que dans la relation, il est aisé de tomber dans la compassion ou la sympathie au lieu de rester dans une posture d’accueil empathique.
En tant que parent, il est fréquent d’avoir envie de trouver une solution rapide pour calmer l’émotion/le besoin de l’enfant.
En tant qu’ami.e, l’aspiration va souvent vers une recherche active d’actions à entreprendre.
Or, en cas de tempête émotionnelle, dans un tout premier temps, le besoin doit juste être entendu.  Il est  utile de laisser s’exprimer complètement les sentiments, les besoins voire les demandes si celles si émergent.

Est-ce que l’écoute empathique est simple à déclencher ? Est-ce un processus qu’on acquiert et qu’on peut activer à volonté ?
J’aimerais répondre : OUI !
Mais … cela demande de l’exercice et surtout… de la disponibilité mentale et émotionnelle.
N’as-tu pas déjà fait l’expérience de journée où lorsque l’on s’adresse à toi en se plaignant, tu n’as pas préféré clore la conversation de la manière la plus brève qui soit ?
C’est même fréquent. L’écoute et la posture empathiques demandent énormément d’énergie et d’être pleinement présent à l’autre.

 

Voici quelques pistes pour la mettre en place :

  1. Écouter réellement : être présent.e à l’autre à 100% (exit le smartphone qui distrait la conversation où les enfants qui courent autour… du moins, ça n’aide pas !) et s’abstenir de tous jugements et préjugés ;
  2. Focaliser son attention sur celui qui parle et son discours, en ignorant ce qui fait écho, en lui laissant tout le temps nécessaire pour s’exprimer. L’expression de ses tracas fait partie d’un processus de mieux-être. La psychologie a mis en évidence cela en l’appelant ça « l’effet cathartique de la parole ». La catharsis est définie comme une « purgation » des émotions vives.
  3. Bannir les phrases types qui coupent la relation, et donc : ne pas plaindre (« c’est vraiment injuste ce qui t’arrive ! »), ne pas questionner afin d’avoir des précisions (« Et que t’a-t-il dit après ça ? »), ne pas suggérer des actions (« je pense que tu devrais… ») et ne pas consoler (« ça va aller ! »). Toutes ses phrases n’offrent pas la possibilité à l’émetteur d’aller au plus profond de l’expression de son vécu émotionnel.
  4. En posture OSBD, il est utile de cibler 4 éléments dans le discours de l’autre : ses observations, ses sentiments, ses besoins et ses demandes. Et non pas questionner le pourquoi du comment des racines du problème, n’est-ce pas ?!
  5. Afin d’accéder à ces éléments, il est nécessaire de reformuler les propos d’autrui pour s’assurer qu’on comprend bien ce qui est dit mais aussi pour permettre à l’autre d’éclaircir ses émotions et ses besoins.
  6. L’écoute empathique est énergivore car elle n’est pas habituelle… Elle demande qu’on réfléchisse à ce qu’on dit sans entrer dans les écueils des phrases banales.
  7. L’intention est la prémisse indispensable : Pourquoi entrer en empathie avec l’autre? Il est nécessaire de vouloir être uniquement bienveillant avec l’autre. La seule intention que nous devons avoir est d’accompagner la personne dans l’expression de ses sentiments et la création de liens entre ses sentiments et ses besoins.
    En outre, il faut s’assurer que la personne ait envie que l’on entre dans son vécu émotionnel sans faire effraction dans son monde intérieur. Il y a fort à parier qu’un parfait inconnu prendra assez mal un : « Vous semblez vraiment en colère ! ».
  1. A partir du moment où l’individu se sent entendu intégralement, il se produit une accalmie de la tempête émotionnelle et cela lui laisse l’opportunité d’ouvrir le dialogue sur les stratégies à adopter.

 

Toutes ces informations nous aident à agir avec plus de présence à l’autre,  aussi par rapport à nos enfants… et à nous-même !

Il est indispensable d’être en empathie avec nous-même, afin de pouvoir vivre avec les autres. Lorsque l’on est au clair avec ses besoins, il est possible d’accueillir l’autre et de l’accompagner.

La frustration/la colère d’un enfant ne se calmera jamais si on lui dit : « tu as le droit d’être en colère mais j’ai raison de t’enlever ceci ou cela ! ». L’intention est alors d’éduquer…
Tu peux juste évoquer ce que tu constates : « Je vois que tu es en colère… » et se mettre en posture d’accueil en proposant un câlin, par exemple.
Si l’on n’en a pas l’énergie, il est utile de prendre un temps de pause ou se retirer momentanément afin de recouvrer les ressources indispensables à la gestion empathique de la situation.

 

J’espère sincèrement que ces informations te permettront d’améliorer tes relations aux autres et à toi-même.

A très vite, Lectrice.eur curieuses.x!

 

Sources : http://nvc-europe.org/SPIP/Place-de-l-empathie-dans-la

Inspirations :

Allaitement·Maternage proximal·Préparer la naissance

« Ah, tu allaites encore … ?! »

L’allaitement non-écourté (ou pas trop)

L’allaitement exclusif est à privilégier jusqu’à 6 mois. C’est un fait scientifiquement avéré. Les instances de santé estiment que le sevrage commence graduellement à partir de la diversification. Plus les aliments solides prendront de la place dans le bol alimentaire, moins le lait maternel trouvera sa place.
Les études mettent en évidence le profit pour l’enfant de la poursuite de l’allaitement jusqu’à 24 mois, en complément de l’alimentation solide. Comme je l’ai dit dans mon article « Bébé, que manges-tu ? », de 6 à 12 mois, le lait maternel représente au moins 50% des apports énergétiques et au moins 33% de 12 à 24 mois.

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Faut-il dès lors considérer que le sevrage doit être total à 24 mois ?
J’en appelle au bon sens humain : comment peut-on prédire ce qui est adapté à chaque couple mère-bébé étant donné que toutes les situations diffèrent.
Donner des échéances précises est absurde pour l’ensemble des étapes de développement.
La diversification est conseillée à partir de 6 mois car le système digestif est alors prêt à recevoir de l’alimentation solide. Mais l’intérêt de chaque enfant n’est pas le même.
Certains prendront plaisir à manger en « grande » quantité dès le départ et d’autres ne seront pas intéressés. Certains enfants ne mangent réellement volontiers que vers 12/14 mois.
Le tout, c’est de proposer sans se mettre de pression… et de continuer à allaiter à volonté !

D’autres critères sont suggérés pour le moment du sevrage:

  • âge de quadruplement du poids de naissance augmenté de quelques mois (entre 3 et 4 ans pour les humains) ;
  • âge où l’on atteint le tiers de son poids adulte (entre 6 et 7 ans pour les humains) ;
  • durée de la gestation (chez les primates les plus proches de l’Homme, à savoir les chimpanzés et les gorilles, la durée de l’allaitement est égale à plus de six fois la durée de la gestation) ;
  • âge d’apparition des premières molaires définitives (5,5 à 6 ans pour les humains, qui est aussi l’âge où le système immunitaire arrive à maturation).

De toutes ces données, on peut conclure que l’âge « naturel » du sevrage chez les humains se situerait entre 2,5 et 6 ans. (source : https://www.lllfrance.org/1119-37-lallaitement-long-un-age-naturel-pour-le-sevrage)

Il faut aussi mettre en évidence que dans l’histoire, plus les sevrages étaient précoces, moindre était l’état de santé des enfants.

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Dans nos sociétés occidentales, l’allaitement de bambins est regardé de manière étrange, et certains psychiatres véhiculent des informations faussées concernant l’altération de la construction identitaire (trouble de la personnalité et attitude de dépendance) en cas d’allaitement « long ».
Il faut mettre un point final à ces informations fallacieuses ! La discussion est empreinte de patriarchie. Ces « éminents » spécialistes estiment alors que le corps de la femme appartient à l’homme et non à elle-même et qu’elle en dispose comme elle souhaite. Au demeurant, dans le cas qui nous intéresse, pour nourrir son enfant ou ses enfants grâce à ses seins qui, comble de l’étonnement, sont conçus pour ça.

Le sevrage peut-être naturel (dirigé par l’enfant) ou induit voire planifié par la mère.
Le sevrage induit est de loin le plus fréquent. Cela peut-être dû à l’introduction d’autres produits laitiers, par l’introduction et la confusion sein/tétine-biberon, par une nouvelle grossesse (car ça peut changer le goût du lait ce qui dérange éventuellement l’enfant allaité), par une grève de tétée qui serait compensé par une préparation commerciale pour nourrissons ou simplement par la volonté de cesser l’allaitement.
Dans ce dernier cas, il vaut mieux le faire progressivement. L’enfant sera dans l’incompréhension si la mère l’empêche de prendre le sein du jour au lendemain. Il ne faut pas oublier que le sein n’est pas que nutritif mais permet un contact proximal et une zone de sécurité. De plus, pour la mère, un arrêt brutal peut engendrer des douleurs inhérentes à un engorgement. J’invite donc les femmes qui souhaitent sevrer leur enfant à le faire progressivement, en supprimant une tétée après l’autre.

Le sevrage naturel est mis en place par l’enfant, graduellement. Il ne survient pas avant l’âge de 2 ans, puisque physiologiquement, l’enfant a encore besoin de lait.
L’enfant qui se sèvre de lui-même a acquis la capacité de déguster une grande variété de mets solides grâce au développement de sa mâchoire et de sa dentition, et particulièrement les prémolaires qui broient et mâchent adéquatement afin d’extraire les nutriments de leurs enveloppes (finis les grains de maïs ou de lin entier dans les selles !).
En outre, l’enfant peut exprimer ses besoins clairement afin de gérer les quantités. Il sait alors aussi gérer l’usage des couverts qui lui offrent la possibilité de manipuler la nourriture d’une manière socialement adaptée à son environnement (le riz qui ne « colle pas » est bien plus compliqué à manipulet que du riz gluant (yummy !)).
Ces développements permettent à l’enfant de se pencher avec plaisir sur une assiette qui lui fournira l’ensemble de ses apports énergétiques.

A l’heure actuelle, il est difficile d’estimer le taux d’enfant allaité jusqu’au sevrage naturel en occident. Par crainte du jugement, et des remarques tant issues de l’entourage que des milieux de santé, les femmes mentent. Beaucoup d’entre elles continuent à allaiter à l’abri des regards, dans leur sphère privée. Cela rend leur dénombrement ardu.

Les femmes qui souhaitent poursuivre leur allaitement jusqu’au sevrage naturel ne devraient pas minimiser l’existence des grèves de tétées. J’en parlerai à l’occasion d’un autre article plus précisément. Mais il est nécessaire de ne pas les confondre avec un sevrage naturel, qui ne survient pas avant l’âge de 2 ans.

Cet article a pour objectif de pouvoir remettre l’allaitement, dans tous ses états et dans toutes ses durées, comme le processus physiologiquement adapté du développement physique mais aussi pour l’évolution sociale et cognitive de l’enfant (source : Anderson, J. W. et al., « Breast-feeding and cognitive development: a meta-analysis », American Journal of Clinical Nutrition, 1999;70(4), pp 525-535). L’allaitement qui suit son cours « tardivement » favorise les compétences et l’augmentation des interactions sociales (source : Curley J. P. et al, « The Meaning of Weaning: Influence of the Weaning Period on Behavioral Development in Mice », Development Neuroscience 2009;31, pp 318–331).

Ces données ont un but informatif, dans un but de normalisation de l’allaitement dans la sphère publique au lieu d’être, comme c’est le cas en occident, une exception. En France, seuls 7.6% des bébés sont encore allaités entre 12 et 24 mois et seules 2.6% des femmes déclarent allaiter au-delà de 24 mois.

Il faut savoir que moi-même, si l’allaitement me semblait une évidence, j’envisageais de le faire un an. Puis, au fur et à mesure des renseignements glanés et des évidences scientifiques des bienfaits de l’allaitement tant pour l’enfant que pour la mère (diminution du risque de cancer ! 😀 ), j’ai décidé que cela serait jusqu’à « plus soif » de ma fille.
Oui, il y a peu, voir un grand bambin être allaité me paraissait bizarre. Parce que la société occidentale nous a vendu que c’était étrange et que les enfants devaient consommer du lait d’un autre animal… Mais dans les faits, c’est une aberration physiologiquement bien orchestrée (voir mon article sur le choix sein/biberon).
A très bientôt, lectrice.eur Curieuses.x !

Merci à ce blog pour son article concernant le sevrage et les sources : http://lemondeetnous.cafe-sciences.org/2012/03/sevrage-naturel-de-quoi-parle-t-on/

Éducation bienveillante·Maternage proximal

Le fun du mouvement des bébés: la motricité libre

Ou comment le minimalisme des achats fera du bien à ton enfant !

Le rôle et le développement de la motricité a été théorisée de manière inédite par Emmi Pikler, pédiatre hongroise et dirigeante de la pouponnière Lóczy pour les enfants touchés par les désastres de la guerre à partir de 1947. La pédagogie qu’elle a mis en place au sein de cet institut était innovante, d’où la dénomination de la « Pédagogie Lóczy ».

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L’intérêt de cette pédagogie est qu’elle invite à laisser l’enfant se développer par lui-même, sans intervention active de l’adulte. Elle part de l’observation que l’enfant est programmé pour acquérir une motricité harmonieuse. Il ne faut pas contraindre l’enfant dans ses mouvements, en le mettant dans un transat ou dans un youpala, par exemple. Il n’est pas nécessaire de prendre une part active dans ses acquisitions motrices. C’est l’enfant qui va découvrir, de manière autonome, les possibilités de son corps : en cherchant du regard les jouets à côté de lui, en tentant de les attraper et se rendant compte qu’il/elle bascule se faisant. Si l’adulte intervient et « résout » les problèmes de l’enfant, il lui ôtera sa possibilité de développement mental à « si je tends le bras, je parviens à saisir cet objet », « Si je pousse sur mes bras, je recule ! », etc.
L’enfant a ainsi l’opportunité joyeuse de constater qu’il a ces compétences-là et qu’il peut avoir confiance en lui en les utilisant. En effet, puisqu’il/elle ne sera pas bloqué.e dans une position à laquelle il/elle n’est pas venue seul.e.

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« Emmi Pikler était persuadée que l’enfant se déplaçant librement, sans restriction, est plus prudent et apprend mieux à tomber sans risque, tandis que l’enfant exagérément protégé et dont les mouvements sont limités, est plus facilement en danger, faute d’avoir expérimenté ses propres capacités et leurs limites » https://psychotherapie.ooreka.fr/astuce/voir/331736/pedagogie-loczy

Il est primordial de préciser que le petit-enfant ne poursuit pas un but (comme lorsqu’il va apporter ton smartphone dans une gamelle d’eau, « pour voir »!) en tant que tel en agissant, il explore son environnement et ses sensations physiques.
Il répète inlassablement certains mouvements, s’en suivent des phases de repos, se distrait différemment, avant de reprendre son activité.

In concreto, qu’est –ce que ça implique, au quotidien ?
L’idée est de positionner le bébé uniquement dans une position qu’il a découverte par lui-même. Il faut éviter de l’asseoir tant qu’il ne tient pas son dos ou en le mettre debout trop souvent alors qu’il ne tient pas l’équilibre. (j’aborde ici les aspects pour les enfants ne subissant pas de RGO qui demande que l’enfant soit verticalisé plus fréquemment et qui ne supporte pas forcément bien le portage)
En adoptant ces postures inconfortables, l’enfant va utiliser toute son énergie à se stabiliser et à se battre contre cet inconfort. Il/elle ne peut plus focaliser son attention sur l’exploration naturelle de son environnement et de son corps.

Emmi Pikler a pu scinder quelques éléments dont l’enfant a besoin pour développer ses compétences :

  • D’un endroit où les soins corporels sont effectués, tout en expérimentant une relation authentique avec son/sa référent.e. Cela demande une présence entière à l’enfant (Bonjour, le smartphone qui nous suit partout !). Cela demande aussi de l’investir et d’agir avec l’enfant en prenant en considération son stade de développement : « Tu me donnes ton bras ? » ; « Vas-y, étends ton bras ! » ; « tu lèves les fesses ? » ; …
  • D’une zone de « jeux » où l’enfant peut expérimenter sans intervention excessive de l’adulte. Cette zone sera organisée de manière à ce qu’il/elle soit en sécurité et ait à disposition des objets/textures/… qui pourront aiguiser son intérêt. Cette zone sera toujours rangée identiquement de manière à que qu’il trouve ses repères. Et s’il y a trop de choses, l’enfant tombe vite dans l’ennui. Idées à retenir : faire tourner le stock de jeux pour qu’il y ait des redécouvertes.
  • D’un endroit où manger
  • D’une zone où dormir
  • De personnes de références avec qui il peut développer des relations stables.

La motricité libre se vit également par l’habillage. Il est nécessaire de proposer aux enfants des habits dans lequel il peut expérimenter (#àquoiçasertd’avoirdesvêtementssionpeutrienfairededans) et des « chaussures » qui ont seront en réalité préférablement des chaussons souples (sans semelle mais entièrement en cuir, par exemple) puis des chaussures à semelle souple (qui sont capables d’être entièrement repliées).
Alors oui, les robes pour les bébés sont ravissantes, les petits jeans font très apprêtés… Mais les enfants n’ont pas la possibilité de bouger sans être contraints par leur structure. Cela ralentit ainsi leur développement psychomoteur puisque qu’ils dépensent de l’énergie à éviter les obstacles et les inconforts créés par les habits.

Qui dit motricité libre, dis aussi absence de surstimulation.
Pour les bébés : les mobiles avec un moteur ou les portiques d’activités, puisqu’il s’en vend, tentent de nous faire croire que l’enfant a besoin d’être diverti activement. Or, il s’avère que ce sont des objets qui monopolisent l’attention de l’enfant et le fatigue artificiellement (au lieu de lui laisser l’énergie pour expérimenter son environnement et son corps).
Il serait préférable de favoriser des tapis de d’activités, qui comportent différents tissus et qui permettent des expériences sensorielles par les gestes de l’enfant.
Les arches sont aussi intéressantes. Elles offrent la possibilité de faire pendre quelques objets que l’enfant pourra saisir et faire bouger/tinter si cela comporte des grelots.
En somme, éviter tout ce qui tourne/fait de la musique automatiquement/contient des couleurs très vives.

tapis éveil

Voici un exemple de tapis d’éveil qui est pas mal : les couleurs sont sobres mais contrastées (ce qui est intéressant pour les capacités visuelles du tout-petit), il y a un jeu de texture sur le tapis et les jouets peuvent être enlevés. https://www.aubert.com/Tapis-eveil-Tinoo-tapis-eveil-Sauthon-Baby-Deco.html
C’est un exemple, il y en a des adaptés dans tous les magasins de puéricultures et… en occasion ! 😉

La difficulté de la motricité libre pour l’adulte est de ne pas intervenir de façon directe (et surtout constante). Pour citer Emmi Pikler, « le seul but des interventions de l’adulte est de maintenir les conditions optimales à l’activité auto-induite des enfants ».
Si l’enfant exprime de l’inconfort, l’adulte veillera à proposer à l’enfant un cadre dans lequel il sera bien. Par exemple, si l’enfant est coincé sur le ventre, on le remettra sur le ventre. Si l’enfant fatigue, on le prendra dans les bras. Si l’enfant se détourne de l’objet à sa disposition, on peut lui proposer autre chose/une autre type d’activité (sans laisser tout à disposition « en vrac »).

La motricité libre accompagne naturellement l’éducation bienveillante et positive puisque cela suit le développement spontané de l’enfant.
En outre, les commentaires de l’adulte face à l’enfant sont plus profitables si elles sont effectuées en termes de constatations et pas se faire en termes de validation de l’action. Pour être une claire : imagine que ton enfant grimpe des marches. Au lieu de dire : « Waw ! Tu es vraiment un champion ! », tu peux dire « Waw ! Comme tu grimpes ! ». L’idée est de lui faire remarquer ses compétences.
J’y reviendrai dans un article ultérieur mais l’effet des compliments, sous forme de validation, à long terme engendre que l’enfant cherche systématiquement la validation de ses actions… Et en étant adulte, une attente de reconnaissance perpétuelle.

Quand l’enfant expérimente de nouvelles actions qui semblent risquées par l’adulte, l’objectif ne sera pas d’intervenir en l’empêchant d’agir, mais simplement de sécuriser le cadre afin de l’accompagner (et de garder ton calme au lieu de craindre le pire ! Ok, c’est plus facile à dire qu’à faire !).

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Il peut aussi être agréable tant pour le parent que pour l’enfant que ce dernier soit amené à une dynamique de coopération, dans l’ensemble de la vie quotidienne.
Dès tout petit, en pratique, il s’agit de verbaliser nos actions et d’utiliser leurs mouvements spontanés. En grandissant, il va participer aux demandes de manière plus consciente.
Involontairement, comme le bébé a la naissance est relativement incapable d’agir pour participer activement à la vie quotidienne, l’adulte est susceptible de lui imposer des actions sans verbaliser ni effectuer une demande préalable. C’est une situation d’autant plus fréquente qu’il faut faire face à un retard. Par exemple, mettre les chaussures d’un enfant qui s’entraîne d’habitude à le faire tout seul.
Si, par habitude, l’enfant est habillé par le parent qui ne l’invite pas à être actif dans cette activité, cette activité sera effectuée rapidement.
MAIS : ce gain de temps va à l’encontre du développement du potentiel de l’enfant. En outre, en grandissant, après avoir été passif, l’enfant voudra reprendre le pouvoir sur la situation et être réellement acteur. Cette attitude engendrera des incompréhensions et des frustrations tant dans le chef du parent que chez l’enfant.
Je t’invite d’ailleurs à lire mon article sur le « terrible two », cette période où les tensions émergent fréquemment.

En bref, proposer à l’enfant une motricité libre, c’est lui octroyer une autonomie de mouvements dans le respect de son stade de développement (stades qui répondent à des fourchettes qui sont plutôt des râteaux. L’acquisition de la marche peut être de 9 à 18 mois sans que cela soit inquiétant). Cette dynamique d’actions avec l’enfant lui permet de d’évoluer avec une aisance corporelle, d’évaluer les risques, de trouver des alternatives lors de situations inconnues et d’acquérir un socle solide de confiance en lui (puisqu’il/elle ne dépend pas de l’adulte pour parvenir à ses fins).

Et, une chose pas des moindres : tu peux ainsi éviter l’achat de parc, transat, balancelle, trotteur, youpala, portique d’activités, mobile électriques et autres jouets en plastiques multicolores très bruyants (tu en auras bien assez vite…).
En outre, tu vas aussi découvrir que tu n’es pas obligé.e d’emmener grand-chose quand tu vas quelque part avec ton bébé : il suffit d’avoir quelques jeux et d’avoir à disposition une grosse couverture (et dès que l’enfant sait se déplacer, des amis qui aménage leur intérieur de manière à ce que ton enfant ne « vandalise » pas involontairement les jolis bibelots ! ^^).

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J’espère que cette lecture t’aidera, que tu sois futur parent ou quelques soit l’âge de ton enfant.

A bientôt, insatiable curieuse.x ! 😉

Voici un article graphique sur le sujet de la motricité libre par une talentueuse dessinatrice à qui j’ai emprunté une affiche : https://bougribouillons.fr/motricite-libre/

Pour aller plus loin dans les lectures scientifiquement étayés qui soutiennent la motricité libre : https://www.cairn.info/publications-de-Pikler-Emmi–73549.htm

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

L’observation des faits et la force du langage (outil de la CNV et de l’éducation bienveillante)

Comme introduit lors de mon article de présentation sur la CNV, il est nécessaire d’être capable d’observer froidement et objectivement les faits d’une situation.

Rosenberg annonce d’entrée de jeu : « Observer sans évaluer est la plus haute forme de l’intelligence humaine».

Cela peut sembler facile, dans un premier temps, mais l’exercice s’avère souvent semé d’embuches.

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Tout dépend du cadre d’interprétation… Sauf si on enlève l’interprétation!

Je peux te suggérer d’imaginer un contexte, une conversation ou une dispute récurrente avec quelqu’un. Visualise bien ce qui est échangé lors de ce cas.

Peux-tu exprimer ce que la personne FAIT qui te dérange ?

Il est important de ne pas caractériser la personne lors de cette description des faits. Par exemple, « Il est vraiment pénible, il n’arrête pas de m’ignorer et de jouer sur sa console ! ».

« Il est pénible » s’avère être un diagnostic que tu fais de la personne. C’est un jugement, une perception que tu as. En outre, en caractérisant un individu, une étiquette lui est donnée et dans certains cas, cela peut l’enfermer dans ce cadre restreint. Comment un individu (quelque soit son âge) peut-il se sentir si on ne cesse de lui répéter : « Tu es méchant ! Tu ne veux pas dire  Bonjour ! » ?

De même, accoler des étiquettes ou des expressions négatives à certaines situations peut les rendre insupportables. Qui n’a jamais entendu « faire les corvées ». Je ne sais pas toi, mais quand j’entends : « Aujourd’hui, c’est le jour des corvées ! », je sous-entends aussi qu’il n’y a là qu’une perception négative des actions à entreprendre. En utilisant le terme « ménage », cela connote moins négativement les évènements. Et il n’y a pas que du négatif à faire du ménage, puisque l’objectif est de parvenir à avoir une maison propre et rangée (là encore la notion de propreté et de rangement est subjective !).Pour autant, il est plus simple à un enfant « d’entretenir » un habitat, que de rentrer dans un routine de « corvées ». 😉

Je peux ainsi te suggérer de modifier ton vocabulaire au fur et à mesure, afin d’avoir une perception plus objective des situations sans qu’elles soient pavées de jugement. Et cela vaut tout autant pour les expressions positives. Simplement, parce qu’il est impossible de savoir comment une personne va réagir à une situation au moment précis. Il n’est pas opportun de lui faire comprendre que son attitude doit être positive ou négative, du moins  si l’objectif est de développer une relation authentique.
Le fait peut sembler être  « il m’ignore ». Là, encore, c’est une interprétation puisque l’ignorance s’effectue toujours de quelqu’un envers autrui. Or, un fait est dénué de notion relationnelle. Un des écueils relationnels récurrents est de croire qu’une personne fait quelque chose et que cela nous vise directement. Dans l’exemple précité, la personne ne parle pas et demeure concentré sur son jeu. L’autre considère qu’il y a une intention derrière ce silence. La croyance d’intention cachée est une cause majeure de conflit. Tout comme le fait de croire qu’autrui ment lorsqu’il évoque une explication à une attitude.

Quand bien même l’individu masquerait une partie de son ressenti par une explication jugée peut probante, le « mensonge » (qui a une connotation bien négative !) peut tout à fait être salvateur pour les relations humaines.  Point de levée de bouclier contre cette affirmation ! Je m’explique : dans certaines situations, il est plus judicieux de s’abstenir de faire un commentaire négatif que de mentionner avec des pincettes la pensée réelle.

Tu ne dirais pas à une amie proche, RAVIE de sa nouvelle entreprise, que tu penses qu’elle va se crasher et que son business est pipé d’avance… Surtout si elle a déjà effectué tous les investissements et qu’elle aime réellement son projet.

Ton point de vue n’aurait aucun bénéfice sur votre relation et elle a tout le choix personnel de se lancer dans un projet.
Ton opinion aurait pu être utile en amont du business model, par exemple, si tu as la capacité de démontrer par des faits les « défauts » de son entreprise.

Une réaction adéquate face à une personne aussi enthousiaste pourrait simplement être : « C’est vraiment agréable de te voir aussi heureuse grâce à ce nouveau projet ! ».  Tu adhères à son sentiment et  tu le reconnais (le principe de l’empathie).

 

« Il joue sur sa console sans parler » est le fait derrière la phrase.

C’est simple et univoque. Le tout, après cela, c’est de détecter le sentiment qui engendre ce fait, puisque c’est ce qui meut l’interprétation d’ignorance et et les présomptions intentions cachées. Je proposerai  un article sur cette étape des sentiments sous peu.

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Je t’invite à effectuer une auto-observation de ta manière de parler au quotidien et des expressions répandue.
Nous avons été élevé dans le jugement constant des faits et des situations.
« Il fait beau ! » parle d’une météo clémente, mais cela ne donne aucune indication réelle. Personnellement, lorsqu’il fait plus de 30 degrés pendant plusieurs jours, je suis ravie de voir revenir un temps plus couvert avec un vent plus frais  (oui, je suis un animal du Nord !).
« Tu as bien mangé ! » sous-entend que la personne a rempli les attentes –non précisées- de l’autre. La perception ne sera pas du tout identique si quelqu’un mange « « bien » ses légumes ou mange « bien » les chips présentées.

« Tu es gentil/sage ! » mentionne aussi des attentes sous-jacentes qui ne sont pas exprimées, mais juste entendues dans le langage commun.

En l’occurrence, nous, adultes avons bien du mal à sortir de ce schéma de pensée et des expressions pleins de jugements qui nous ont été transmises depuis l’enfance. L’idée principale, c’est d’en prendre conscience et d’essayer de créer de nouveaux automatismes. Cela pourrait être d’une richesse inouïe que nos enfants grandissent en étant en capacité de décrire les choses plutôt que de contreplaquer une interprétation dessus. Ce qui nous semble si peu naturel serait pour eux tout à fait simple à mettre en œuvre. Cela leur donnerait la possibilité de s’extirper des étiquettes préconçues et de ne pas propager celles-ci auprès de leurs pairs.
On pourrait alors imaginer un monde où les enfants (et les adultes !) ne se moqueront plus de la différence, mais la constateront et apporteront des suggestions pour « faire avec ». Je n’effectuerai pas non plus un topo sur les prophéties auto-réalisatrices qu’engendrent les étiquettes données aux enfants. Mais en somme, leur éviter les qualificatifs permet qu’ils se développent en pleine potentialité et non en réaction.
Nous pouvons devenir des personnes en capacité de communiquer ce que nous voyons et ce que nous souhaitons sans interprétation supposée. Cela s’avère être une attitude qui amène bien de la sérénité dans la perception du monde et de son rapport aux autres.

J’espère sincèrement que cet article t’aura ouvert un point de vue sur la communication. Je te propose de le partager si cela fait écho en toi.

A la prochaine étape de la CNV, l’expression des sentiments ! Quelle aventure ! 😉

A la revoyure, curieux de la comm’ !

Communication Non-Violente

La Communication Nonviolente

Cette matière qu’est la communication nonviolente (CNV) engendre en moi un foisonnement d’idées et d’envies. Je pense que c’est en cheminant vers ce mode de fonctionnement que j’ai commencé à avoir vraiment envie de partager.

Je ne comprends pas comment il est possible que la communication non-violente puisse, parfois, être seulement considérée comme un outil à utiliser lors des conflits.

En réalité, la communication non-violente se prête à l’ensemble de l’existence… et pas seulement en termes de communication. C’est un état d’esprit, un mode de vie, un cheminement.

En toute logique, lorsqu’on parle de communication (en fait, à partir du moment où nous sommes en relation… c’est-à-dire assez souvent étant donné le caractère social de l’être humain), il faut prêter attention à l’autre, mais aussi à soi. La CNV demande que chacun ait conscience de soi et de l’autre afin d’obtenir des relations authentiques et saines.

La CNV est souvent décrite par la structure en 4 étapes qui doit être intégrée (et non pas utilisée telle quelle ! Lolilol, sinon je vous promets des échanges assez peu sereins !).

Alors, pour résumer (avant de détailler ! :-p), lorsque nous nous trouvons dans une situation susceptible de créer de la tension en soi ou chez l’autre, il convient :

  1. D’observer les FAITS de manière neutre et objective: pas les impressions, pas le jugement/diagnostic de la situation (ex : « mon voisin est stupide » est un diagnostic du problème !), juste ce qu’il se passe. Par exemple : Mon voisin passe la tondeuse à l’heure du barbecue dominical.
  2. Identifier et expression le(s) émotion(s) que nous ressentons, par exemple : je me sens en colère et embarrassée.
  3. Identifier et exprimer le(s) besoin(s) à l’origine des sentiments, par exemple : j’ai besoin de quiétude et d’être dans une ambiance agréable quand je reçois du monde.
  4. Formuler une demande à l’autre. Celle-ci doit répondre à différents critères : SMART = Spécifique/concrète, mesurable, acceptable, réaliste et temporellement défini. Elle doit aussi être négociable. Par exemple, « Pourrais-tu passer la tondeuse à un autre moment de la journée qu’entre 12h et 14h le dimanche ? »

Afin de pouvoir entrer en relation avec l’autre, la détection de SES besoins est nécessaire. Il est fort utile de conscientiser que chaque comportement est mu par un besoin (ça ne vous rappelle pas quelque chose dans mon précédent article sur la discipline positive ?). Si nous parvenons à considérer que l’autre use d’un moyen/d’une stratégie pour combler son besoin, nous pouvons sortir de la spirale culpabilisante et accusatrice : « Il fait ça pour m’énerver ! ».

La CNV est un mode d’expression en conscience. Il est optimal de pouvoir

être calme pour s’exprimer, et encore une fois, cela nécessite de l’exercice.

En outre, la CNV demande de sortir du jugement et des présomptions des comportements d’autrui. On présume que ses attitudes répondent à un besoin, mais il est indispensable de questionner l’autre pour

savoir ce qui le meut, et non pas en rester à ses

point de vue

propres suppositions.
La communication reprend tout son sens, puisqu’elle sert à améliorer la compréhension mutuelle, mais aussi son propre fonctionnement.

Je ne sais pas si tu en déjà pris conscience mais, sortir du jugement, implique un changement de vocabulaire.
Pourquoi ?

Simplement parce que notre langue est pavée de notions telles que : bien/mal, normal/original, facile/compliqué, etc. Outre la construction binaire imposée par ce vocable, cela démontre un jugement d’ordre moral. Comme si un ordre avant établi ce qu’il faut penser ou non d’une situation. Et c’est le cas… Presque toutes les sociétés du monde ont été construites avec des bases d’ordres religieux dictant à ses disciples la « bonne » manière de se conduire.

L’intention derrière la mise en évidence de ceci n’est pas de cautionner tous les comportements sans y voir ceux qui sont délétères, mais bien de comprendre comment ils sont apparus chez l’individu… Pour ensuite y apporter une demande/une solution qui résultera de l’échange entre les protagonistes (là aussi, ça devrait vous rappeler quelque chose.. ! 😉 ).

Se débarrasser des attitudes et des propos jugeants implique une restructuration de son espace de pensée. L’objectif n’est pas de vivre au pays des bisounours, mais de prendre en compte la situation/l’attitude plus que de caractériser l’individu en soi.

stratégie

D’ailleurs, cette notion d’intention est primordiale. Lorsque nous rentrons dans un processus de communication, il faut avoir conscience de pourquoi nous décidons de le faire.
Est-ce pour préserver le lien avec l’autre ?

Est-ce pour lui communiquer un inconfort ?

Ou est-ce pour lui dire que ce qu’il pense ne convient pas ?
Tu auras compris que la dernière option peut être vaine. Il est possible (voire même probable) que certaines personnes heurtent ton cadre de vie en exprimant une opinion. Mais si ton intention pour entrer en communication, même en respectant les 4 étapes de la CNV, est celle de lui faire comprendre qu’il pense « faux », alors il y a fort à parier que l’échange ne sera pas fructueux.

Je reviendrai très prochainement sur d’autres aspects de la CNV, pour préciser son fonctionnement et rendre limpide son intérêt majeure dans l’éducation bienveillante. Et ce n’est pas moi qui l’invente, puisque Marshall Rosenberg, le théoricien de cette communication, a milité une bonne partie de sa vie pour faire évoluer le système éducatif.

Si tu as envie de partager une situation que tu estimes difficile à gérer, ou quelconque autre élément à apporter : mets vite un commentaire.

A très bientôt, Lecteur Curieux !

Allaitement·Éducation bienveillante·Communication Non-Violente·Maternage proximal

Présentation

Bonjour, Bonsoir !

Ça y est: Je me lance.

Je n’ai qu’une hâte, c’est de partager l’immense masse d’informations et de perspectives qui ont été amenées par ma maternité.

J’utilise le terme de « curiosité » étant donné qu’autour de la parentalité, s’en viennent des tonnes de questions. Tout prend une dimension majeure. Alors pour faire face à cette horde de questionnements et à ces inquiétudes, je vais proposer quelques éléments qui vont être les plus éclairant possibles (et être disponible personnellement).

La curiosité n’est jamais malsaine. Si elle est insatiable, comme la mienne, nous avons l’opportunité d’apprendre toujours plus.

En effet, avant même de devenir mère, je suis une passionnée d’éducation et de psychologie de l’enfant.

J’ai commencé à dévorer les ouvrages et le visionnage de documentaires sur ces sujets depuis que j’ai 18 ans. Cependant, ces dernières années, nous avons la chance de voir se développer des connaissances concernant les neurosciences de l’éducation, et donc les méthodes éducatives.

C’est donc vers la parentalité positive, sous-tendue par la discipline positive et l’éducation bienveillante, et le maternage que s’orienteront les articles.

En outre, je suis une maman allaitante, passionnée par le sujet. Alors je pourrais distiller certains conseils et proposer des ressources afin d’informer et de soutenir les lecteur/trice.s.

Hep toi, celle qui donne le biberon: reste! Il n’y a ici aucun jugement. Tu vas voir. 🙂

–> Puisque qui dit bienveillance en éducation, sous-entend le développement de la communication non violente.

Mon objectif, c’est de fournir des petites clefs bien utiles dans ton quotidien, cher.e.s visiteur.se.s.

Il y a d’autres sujets qui me passionnent: l’écologie, la décroissante et le minimalisme. Peut-être seront-ils abordés de temps à autre. Au demeurant, cela plante un peu plus le décor de ce qui structure mon existence. Avec beaucoup de sourires et de passions.

On fait un bout de chemin ensemble ?

Laisse des commentaires dès que l’envie se faire sentir: j’ai pour optique un blog très interactif.

A bientôt ! 😁