Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Avoir un enfant qui frappe ou qui mord : Guide Pratique pour les parents !

Au cours de leur développement, la plupart des enfants vont avoir des comportements qui peuvent être assimilés à de la violence.

Les enfants peuvent taper, se frapper eux-mêmes, mordre, pincer, et autres. Cela peut être tout à fait déstabilisant pour les parents qui ne savent pas comment réagir face à un enfant qui « déborde » de manière explosive.

Dans cet article, je propose de lancer des pistes de réflexions de manière à décrypter les actes de ton/tes enfant.s.
Concernant les colères, je te suggère mon article sur le sujet. Dans celui-ci, je propose de se pencher sur les manifestations socialement inadaptées.
Toutes les situations sont différentes, alors sans connaître le contexte de ta vie, il sera nécessaire de prendre ce qui te convient et fait résonance en toi. Cela ne sera pas le cas pour tout, évidemment !
Ensuite, je proposerai des pistes de solutions et surtout un changement de paradigme de manière à diminuer l’occurrence des situations.

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L’intention derrière le geste 

Tout d’abord, il est indispensable de savoir que les tout-petits enfants ne font pas les liens entre la souffrance d’autrui et son propre comportement. Ils n’ont pas l’intention de faire mal.
Par contre, OUI, ils expérimentent leur capacité à déclencher des réactions. D’ailleurs, plus elles sont majeures, plus ils chercheront à comprendre comment cela se déclenche et s’ils en sont vraiment responsables … Et répéteront l’acte qui fait réagir !
Ce n’est pas de la provocation, mais jusque un apprentissage de l’enchaînement cause-conséquence.
La plupart des comportements brusques des tout-petits n’ont pas pour origine de la colère ou de l’animosité. Ils expérimentent leur geste.
Il n’est pas rare qu’un bébé, dès qu’il le peut, se suspende aux cheveux de ses référent.e.s (ce qui explique le fait que je vive avec un chignon depuis sa naissance… !), c’est éminemment désagréable mais ils n’ont pas conscience que leur geste engendre de l’inconfort. Même si on lui répète. Il faudra du temps, de la répétition mais surtout … du self-control !
Si tu cries, tu t’énerves ou réagis avec virulence, les enfants vont être saisis, étonnés voire effrayés. Mais ils ne comprennent pas pourquoi leur personne référente devient si différente et menaçante.
En ignorant les comportements perçus comme pénibles (ceux qui n’amènent pas de conséquences sauf l’agacement), les adultes ne maintiendront pas l’intérêt des enfants dessus.

Dans le cas des coups dans le visage, de pieds dans le ventre pendant les changes, tant qu’ils ne sont pas la conséquence de manifestations de colère, il suffit d’arrêter le geste et de distraire les enfants.
Par exemple, il est possible de stopper la main d’un enfant qui va toucher le visage et faire un bisou dans la paume. Souvent, ça stoppe la manifestation « violente », qui est la plupart du temps due à un manque d’adresse pour guider leurs gestes mais aussi à une excitation émotionnelle.
Élever la voix ou râler n’aura aucun effet dissuasif.

De même, vers  12 mois, les enfants développent des manifestations de colère et sont susceptibles d’avoir des attitudes violentes, souvent de manière à exprimer leur opposition ou leur colère. Là encore, ce n’est pas de la malveillance mais un moyen d’expression…
Ces petits enfants n’ont pas une habileté langagière développée en suffisance pour sortir du cadre de la priorité à l’expression corporelle. C’est en prévention des frustrations de l’enfant inhérentes à son impossibilité de se faire comprendre qu’il est possible d’utiliser la langue des signes pour les bébés.

Pour les morsures spécifiquement, c’est multifactoriel… et fréquent ! Il faut le dire et ne pas culpabiliser d’avoir « l’enfant mordeur » du groupe duquel il fait partie… même si c’est impressionnant et qu’on n’imagine pas cela du tout-petit au départ.
L’acte de mordre peut servir à soulager une douleur (les poussées dentaires). Dans ces cas-là, il n’y a pas d’excitation émotionnelle particulièrement concomitante.  Il est alors possible de rediriger le geste vers un objet que les enfants pourront machouiller.
Ça peut aussi simplement être de l’exploration. Les enfants mettent tout en bouche et sont susceptibles de mordre pour découvrir l’effet que cela produit.

En dehors de ces cas-là, et lorsqu’il y a de l’excitation émotionnelle, celle-ci peut être de deux ordres. D’une part, lorsque les enfants souhaitent démontrer de l’affection, la morsure peut survenir en lieu et place d’un « gros bisou ».
D’autre part, les enfants peuvent réagir à la suite d’une frustration. La morsure exprime alors une opposition à ce qu’il se produit autour de lui (quelqu’un lui prend le jouet qu’il avait en main, on lui prodigue un soin sans qu’il ne soit d’accord, quand on lui met un interdit qu’il trouve injuste). La fatigue, comme pour toutes les manifestations émotionnelles, augmente l’occurrence des passages à l’acte.

Il faut tout de même bien se rappeler que ce n’est qu’un phénomène transitoire qui disparaîtra avec une amélioration de la maîtrise du langage. Je reviendrai sur les pistes d’intervention dans la seconde partie de l’article.
Sur un autre aspect, certains enfants sont particulièrement « mouvementés ». J’attire l’attention sur l’alimentation, de manière à écarter les additifs… responsables de troubles de l’attention et du comportement chez les enfants. Dans cet article (mon assiette, ma famille et Moi), je mets en évidence quelques questionnements sur l’alimentation… qui interagit directement avec le métabolisme et les comportements qui en découlent.

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Il faut rappeler que les expressions physiques de colère et d’agressivité sont naturelles.
L’agressivité est une attitude utile à l’humain dans certaines situations. D’un point de vue de l’évolution, les conduites agressives permettaient de mettre à distance ceux qui pouvaient porter atteinte à leur intégrité. Elle sert aussi à atteindre nos objectifs en dépassant les obstacles qui se présentent, de manière à combler les besoins.
Les enfants ont cette capacité, inhérente à leur immaturité neurologique, de chercher la satisfaction immédiate de leur besoin. Il faut attendre 5/6 voire 7 ans (le fameux « âge  de raison ») pour que les enfants puissent réellement différer leurs envies.
En ayant recours à une éducation trop rigoriste, ces besoins peuvent être ignorés… et l’individu soumis à cette négligence volontaire perd cette capacité à prendre en compte ce dont il a vraiment besoin.

Voici un article sur les besoins qui pourra t’aiguiller dans leur compréhension.

Dans le cadre de « crise » de débordement émotionnel avec des coups/morsures, il faut préalablement faire un retour sur son propre fonctionnement en réaction à ces moments. Il n’est pas rare que nos propres attitudes participent au maintien des comportements « désagréables ».

D’abord, il est nécessaire d’investiguer ce qui peut être déclencheur de ces crises d’un point de vue physiologique (sommeil, alimentation, en priorité) et puis, dans l’ambiance globale de son vécu.
Se prépare-t-il quelque chose de nouveau ? Une entrée à l’école ? Une grossesse ? Un changement de rythme de travail d’un des parents ?

Ensuite, il sera utile de réfléchir aux raisons de la récurrence des débordements émotionnels avec des manifestations violentes/agressives.

Lorsque les gestes agressifs se produisent quand les enfants semblent manifester une opposition, il est possible de mettre en place le langage des signes et verbaliser… Petit.e.s, ils ne détiennent pas de vastes moyens pour s’exprimer.

De plus, la gestion des émotions, de manière socialement acceptable,  ne survient que vers 5/6 ans, si l’enfant a été entouré de manière à pouvoir s’auto-réguler et à maîtriser un peu leur impulsivité.
Avant cet âge, il est prématuré de s’étonner réellement que les enfants aient des attitudes agressives ou violentes.
Il ne faut pas chercher très loin dans notre entourage pour trouver des gens ayant des accès de violence spectaculaire en cas de colère ou de frustration en étant adulte… Alors, il ne faut pas en trop demander à un enfant !
Voici un article concernant les émotions pour aller plus loin : «encore une crise ! Ou que faire avec les sentiments ? »

Je cite Isabelle Filliozat :

« Chez les petits, il ne s’agit pas de violence car à cet âge les études ont bien montré qu’il n’y a pas intention de faire mal, mais plutôt de gestes impulsifs. Et c’est cela qu’il faut apprendre à gérer à l’enfant. Si cette impulsivité n’est pas maîtrisée, alors oui elle risque de devenir violence après 3 ans. Cette violence est souvent due à une carence relationnelle. Il faut passer du temps avec l’enfant, jouer avec lui, s’accorder chaque jour 10 à 15 minutes avec lui, exclusivement. Un quart d’heure de jeu où c’est lui qui décide, un câlin, des jeux de construction ou la bagarre sur le lit par exemple, ou bien des jeux de simulation. Par exemple avec des marionnettes où l’on mime des scènes que l’enfant peut vivre. Pour répondre au stress de l’enfant, l’aider à gérer à son impulsion, il faut le nourrir affectivement, lui donner de l’attachement. »

Je détaille un peu cette notion de besoin relationnel dans le prochain chapitre.

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Les besoins relationnels

Lorsque les enfants sont en crise, cela permet de faire redescendre leurs tensions (ce qu’on appelle la « décharge ») mais aussi parfois d’exprimer leurs  besoins relationnels.
Il n’est pas rare que les enfants en manque de leurs parents aient des accès de violence. Les enfants expriment leurs difficultés, leur tristesse, leur colère et peuvent manifester leurs besoins de contact et d’attention  en ayant des gestes explosifs.

Bien sûr, à d’autres moments, les gestes de violence sont dans une intention de mettre à distance les adultes. Cela arrive d’autant plus que les enfants sont soumis à des attitudes autoritaires ou lorsqu’on exige d’eux de plus en plus.
Il est facile de minimiser les besoins et de croire que les enfants ont des capacités émotionnelles supérieures parce qu’ils se montrent curieux, débrouillard.e.s, avec un esprit logique qui s’aiguise de jour en jour. Mais les capacités de gestion émotionnelle commencent à jouer leur rôle de régulation vers 5 ou 6 ans, si les enfants ont été accompagnés de manière bienveillante jusque-là. Il n’y a pas « d’avance » à ce niveau-là !

Afin que les « crises » ne se manifestent plus par des coups ayant pour cause leurs besoins relationnels, il faut anticiper et prendre en compte ces besoins ! Si tu penses que ce sont des caprices, je t’invite à faire cette lecture: « comment gérer les caprices? »
Il est utile de prévoir des moments de contacts proximaux avec les enfants. A tous âges, l’humain a besoin de ce contact physique.
C’est l’occasion de te rappeler que le maternage n’a pas de date de péremption (mais jusqu’à quand, alors ?). Il  est possible de porter l’enfant jusqu’à 3 ou 4 ans grâce à un moyen de portage, ce qui lui offre une proximité inestimable, tout comme le cododo.

Il est aussi possible de nourrir les besoins de contact et de décharge physique via le jeu !
Comme je l’ai déjà abordé dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! », le jeu est un vecteur merveilleux.
Le rire est bénéfique pour le corps, pour l’esprit et dans la décharge émotionnelle.
Avoir des jeux où l’on chahute physiquement avec l’enfant permet de se toucher, de rire, de se dépenser physiquement ensemble et de finir très souvent en câlins partagés.
Je peux suggérer à tous les parents de trouver au moins 30 minutes par jour pour jouer, rire avec son enfant et de faire un « retour au calme » à l’aide d’un câlin.
C’est indispensable autant pour le parent, qui sort de la torpeur des tâches quotidiennes, que pour les enfants qui sont demandeurs de vraie attention de la part de leurs référent.e.s.

 

 

Pistes de réflexions pour intervenir :

Quasiment tous les enfants expriment la morsure, les griffures, les coups. Certains s’expriment davantage à travers ces démonstrations perçues comme agressives ou violentes. Comme je l’ai abordé ci-dessus, il y a diverses causes… et nos attitudes peuvent maintenir ces comportements socialement inadaptés.
Voici donc quelques réactions qui devraient permettre de passer au-delà de ces difficultés.
Avant d’y venir, il faut porter son attention sur les contextes dans lesquels les morsures et les coups surviennent. Les enfants peuvent agir suite à des circonstances inconvenantes pour eux. Leurs manifestations agressives manifestent parfois  un inconfort qu’il convient d’investiguer de manière à « traiter » sa cause.

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  • Pendant les accès de violence, comment réagir ?

Cela dépend forcément de l’âge de l’enfant, puis le degré de compréhension et de maîtrise des gestes évolue perpétuellement.

Mais il y a des choses à éviter pour s’assurer un retour au calme et une prise en compte du développement des enfants.

  • Lui demander de se calmer, de le raisonner sur son comportement ou le questionner (imagine un peu ta réaction si, lorsque tu es énervé.e, quelqu’un te dit : » Oh ! Calme toi ! »… !)
  • L’isoler ou effectuer une mise à l’écart. L’écarter et rester avec lui pour accompagner ses émotions est une possibilité, mais l’isoler ou l’enfermer dans une pièce en ayant l’intention que ça le calme est une attitude violente (retour sur les punitions)… Puisque les enfants sont en proie à des émotions, qu’ils ne parviennent plus à gérer, que vous les ignorez en coupant tout contact temporairement, au moment où ils en ont le plus besoin.
  • La contention des enfants : proposer un câlin n’est pas contenir de force !
  • Ne pas plaisanter sur les premières morsures « douces » et ne pas montrer que cela peut générer du rire.
  • Ne pas mordre ou taper en retour pour, prétendument, démontrer la douleur du geste. Cela n’a aucun sens d’appliquer sur les enfants ce qu’on souhaite qu’ils ne fassent pas. Un peu de cohérence, que diable !
  • Il est totalement inefficace de le gronder, de le punir et de le culpabiliser en disant « Tu es méchant ! » ; « Quel vilain garçon ! » ; … Ce sont les comportements qui s’avèrent potentiellement inadaptés mais pas l’ensemble de l’enfant, comme le laissent croire ces remarques.
  • Avoir des attitudes violentes agressives au quotidien : l’exemplarité prévaut dans l’éducation des enfants. Il n’est pas rare que les enfants répètent ce qu’il voit… Alors ça peut être l’occasion de s’aider soi-même pour accompagner son enfant à grandir sereinement.

 

Ok, mais quoi faire, alors ?

 

  • Quelques interventions efficaces, selon les cas :

Il est indispensable de se rappeler que les enfants ont peur de perdre l’amour de ses référent.e.s. Même si les comportements sont épuisants voire insupportables, il faut garder à l’esprit que ce ne sont pas les enfants dans leur ensemble mais juste leurs attitudes !

Concrètement, comment aider les enfants ?

  • D’abord, reste/revient au calme afin d’intervenir sans excès d’émotions

 

  • Il est utile de porter son attention sur celle ou celui qui a été la victime du coup ou de la morsure (si c’est toi-même, ça marche aussi !). Console-le. Outre l’aspect nécessaire pour la victime, cela montrera à celui qui passe à l’acte que cela n’attire pas l’attention vers lui. Il sera moins susceptible de recommencer si ce sont les besoins relationnels qui le conduisaient à agir. Si la peau de la victime est percée par la morsure, laver à l’eau claire et au savon avant d’appliquer de la glace pour empêcher ou réduire les gonflements.

 

  • Les longues explications ne sont pas utiles. Si tu vois l’acte qui se produit/va se produire : Dis-lui juste « stop ! » pour arrêter les coups des enfants, pour éviter qu’ils ne t’atteignent, qu’ils se blessent ou qu’ils atteignent l’individu visé.
    TON apaisement intérieur est indispensable, tout comme le fait de ne pas verser dans la contention. Tout est une question de mesure afin de ne pas rentrer dans un rapport de force. Au moment où tu arrêtes le coup, tu peux préciser : « Manifestement, tu es très en colère/énervé.e/triste. Tu peux l’exprimer mais je ne peux pas te laisser (te) frapper. »

Et simplement, au lieu de dire « NON ! » à un enfant qui initie un geste, il est plus utile de dire « Stop ! ». Cette injonction est peu vectrice d’émotions désagréables tant pour l’émetteur que pour le récepteur.
Il est possible d’amener l’usage et l’écoute du stop par un jeu le « stop & go », décrit ici : http://papapositive.fr/le-jeu-du-stop-go-1/
Il en va de même lorsque l’enfant a agrippé quelque chose comme des cheveux ou les poils d’un animal. Il est bien plus efficace d’intervenir en lui ouvrant les doigts doucement et en restant calme plutôt qu’en criant. Les cris engendrent souvent une réaction de « freezing » plutôt que l’acte exigé.

 

  • Après l’avoir accompagné à sortir de sa tempête émotionnelle, en le consolant, il convient de verbaliser les émotions qui semblent l’avoir traversé. Il est possible de revenir sur son émotion, ce qu’elle a engendré et aussi, de lui montrer quel résultat cela a eu sur « la victime ». Cela l’aidera à adopter une conduite plus empathique. « Tu étais en colère et tu as mordu Untel, parce qu’il t’avait pris ton jeu. Mais cette réaction est interdite ! »
    « Tu as vu, Untel pleure/pleurait ?!  Sais-tu pourquoi ? » « Oui, il a eu mal quand tu l’as mordu… » !Quand on voit un enfant agir, on peut effectuer le constat (purement en termes d’observations et non de jugement ! j’explique cela dans cet article), on peut proposer les alternatives à la conduite : « Untel, si tu es dérangé par Untelle, Tu peux crier si tu veux que j’intervienne ! » !
  • Rappeler les alternatives discutées pendant les moments « froids », avec empathie, tout en exprimant sa confiance en elle/lui.

Les « alternatives » sont les moyens d’expression de la colère, du désaccord, d’avertissement qui permettent de diversifier les réactions automatiques inadaptées socialement.
L’idéal est de les proposer lorsqu’on détecte que les enfants vont passer à l’acte ou que la tension émotionnelle monte.
Par exemple, quand on voit un petit s’approcher d’un autre avec une attitude qui laisse présager qu’il va mordre ou taper, il est possible de détourner son attention et de proposer une solution différente en fonction de ce qui semblait guider son intention : si c’était juste pour jouer ou attirer l’attention de l’autre, lui rappeler : « Tu peux lui donner tel jouet ! », « Tu peux lui faire une chatouille ! », …

Lorsque la colère ou  l’énervement surgit, il est possible de créer un moment de décharge avant d’être embarqué.e.s dans la tornade émotionnelle :

  • Lui proposer d’aller crier,
  • De souffler très fort (cela sera d’autant plus efficace si tu le fais aussi, quand tu es en colère… Eh oui, le mimétisme, toussa toussa.. !),
  • Effectuer un mouvement d’ouverture des bras vers la tête (comme en battant des ailes) : ce mouvement amène de la décontraction
  • Lui proposer de tracer de grands traits sur un grand tableau (une idée d’aménagement de pièce, très utile !)
  • Rediriger le geste des enfants pour qu’ils tapent sur un coussin ;

En fonction des situations et des enfants, il est possible de proposer moult moyens ayant pour objectif la décharge émotionnelle.

Avec les plus grands, la recherche d’alternatives peut s’effectuer lors des jeux avec des personnages où l’on peut recréer les situations que les enfants vécurent. On peut ainsi accompagner les enfants dans l’élaboration de nouvelles réactions.

De même, pour les plus grands à partir de 5/6 ans, une « Roue des Choix » est utile à construire avec chaque enfant individuellement.
Ce moment permet de parler de l’émotion de colère, des réactions agressives et des autres attitudes qui permettent de faire redescendre la pression.
Cette approche offre la possibilité aux enfants de découvrir quels sont les signes physiques des émotions d’apprendre à les percevoir et les prendre en compte au plus tôt … Tout en validant le fait que « OUI ! Chacun peut et a le droit d’être en colère/triste/déçu/etc. ! ».
Il ne faut pas oublier que la colère est une émotion qui a son rôle, comme les autres.

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  • Accompagne l’enfant à « réparer son acte ». Par exemple, aller chercher un linge pour soigner la blessure ou une peluche/doudou afin de consoler la victime. Attention ! Il est inutile de demander à l’enfant qui a mordu/taper de câliner la victime. Il est fort probable que cette dernière refuse de toute façon. Il en va de même pour le faire de demander « pardon ». Cette vieille habitude n’a rien à apporter puisque pour s’excuser, il faut avoir bien conscience que son acte est blessant ET culpabiliser d’avoir agi. Il s’agit plutôt de l’accompagner à développer son empathie.

 

  • Tu peux mettre à distance l’enfant qui a mordu de la victime potentielle s’il semble vouloir recommencer (les tout-petits ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas toucher un bébé, par exemple)  et exprime-lui qu’il devra à jouer sans l’autre enfant s’il mord/tape.
  • Enfin, en toute logique, l’anticipation prévaut afin d’éviter les déclencheurs.
    Lorsqu’il n’est pas possible d’éviter les situations susceptibles de provoquer des débordements émotionnels (coucou l’hypermarché bondé !), il est utile de rappeler aux enfants l’attitude qu’on attend d’eux avec une formulation positive : « Nous allons faire les courses ! J’aimerais que tu restes près de moi ! Tu vas m’aider à aller chercher les aliments sur la liste… et on ne prendra que ce qu’il y a sur la liste. Je suis sûr.e que tu vas y arriver ! ».

 

Comment les aider à faire croître leur bienveillance et leur empathie ?

Dans le cadre général de leur vie, les référent.e.s peuvent amener l’enfant à adopter des attitudes attentionnées et empathiques. Certains enfants auront des démonstrations d’affection et de compassion très tôt. Mais dans tous les cas, il peut être bénéfique d’accompagner les enfants par diverses actions :

  • Mettre en évidence les moments où les enfants agissent avec des gestes ou des attitudes bienveillants/altruistes/empathiques afin qu’ils retiennent ceux-ci.
  • En s’intéressant, avec lui, à la réaction de celui qui fut la « victime » d’un geste blessant.
  • En s’occupant d’une plante (mieux vaut réserver le soin et la qualité de vie d’un animal pour un enfant plus grand, tout en ayant conscience que ce sont toujours les parents les ultimes responsables !), les enfants pourront apprendre à prendre soin d’un être vivant et observer les effets de ses bons soins.
  • En utilisant le jeu avec des figurines/poupées/peluche pour rejouer certaines scènes vécues et qui furent problématiques, alors que les enfants sont émotionnellement disponibles, afin de les inciter à réfléchir sur les réactions plus agréables à privilégier

 

  • L’impact sur le contexte et la prise de perspective

Comment anticiper et intervenir sur les contextes et éléments déclencheurs ?

Il va arriver fréquemment que les refus qu’on leur oppose: « Ne touche pas à ça ! », « Non, pas comme ça ! », « Non, ne mets pas ton pain dans l’eau ! » soient des déclencheurs car ils sont rarement perçus comme légitimes selon les enfants.

Je rappelle que le « job » des enfants est d’explorer leur environnement.
L’idéal est de mettre hors de portée ce qui ne peut vraiment pas être manipulé par les enfants et pour le reste, de lui laisser l’espace d’agir.
Plus les enfants vont explorer leur environnement, plus vite ils pourront se focaliser vers une autre activité. Est-ce vraiment grave de ramasser des couches (propres !)  étalées par terre après une expérience ? Ou de ramasser le linge vidé du panier à linge ?

Avant d’opposer un refus, il est préférable de se questionner sur la notion de gravité que pourrait engendrer l’acte des enfants. S’il ne risque rien et autant les laisser manipuler.
Il est ensuite possible de transformer le moment de ranger en jeu.
J’aborde dans cet article les questions inhérentes à l’utilité présumée de la frustration… et ce qu’il en est réellement. C’est un angle inestimable pour apprendre à lâcher-prise et à apprendre non pas à être laxistes, mais plus permissives.fs et détendu.e.s.

En outre, il est inutile de revenir régulièrement sur l’attitude «inadaptée » des enfants. Comme je l’ai déjà dit dans d’autres articles, les formulations négatives ne sont pas prises en compte par le cerveau des enfants, à cause de l’immaturité de leur capacité d’inhibition.
Même pour l’adulte, c’est éminemment difficile de respecter une simple demande : « Ne pense pas à un ours blanc ! ».
Je suis sûre que tu ne pensais pas à un ours polaire, il y a 15s et maintenant, tu le vois mentalement. Si on en parle un peu, je suis sûre que tu auras même des choses à me dire à son sujet.
Pour un enfant, lui rappeler : « Il ne faut pas taper Lucien, ok ?! » a juste activé « Taper » et « Lucien » dans son intellect. Si Lulu est à proximité, il pourrait même aller lui mettre un coup en souriant en voulant dire : « Eh ! Tu as vu, j’ai bien compris de quoi tu me parles ! ».
Ce n’est nullement de la provocation, mais juste une expression de son immaturité neurologique… qu’il ne faut pas minimiser !

 

  • Comment formuler une demande aux enfants ?

Concernant les demandes faites aux enfants, elles tireront des bénéfices à être effectuées de manière à les rendre réellement accessibles aux enfants. C’est-à-dire qu’elles soient compréhensibles et ne s’avèrent pas être des exigences intangibles.
Là encore, se manifeste un lien direct  entre l’éducation bienveillante et la communication non-violente. Voici un article qui explique clairement comment formuler des demandes et comment recevoir et réagir à d’hypothétiques refus (oui, tu vas en recevoir!).
Thomas d’Asembourg exprime clairement que pour notre bien-être, il est nécessaire d’être authentique, dans son livre « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ». Ce qui implique qu’il est indispensable pour soi-même de refuser ce qui va à l’encontre de notre bien-être. Ce même auteur a également écrit « La paix, ça s’apprend ! ». C’est une lecture passionnante, tout à fait dans le thème du présent article.
Je te mets le lien d’une conférence de l’auteur concernant ce dernier livre : https://www.youtube.com/watch?v=7WI1joJ3SlY

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Les adultes ont souvent beaucoup d’exigences intervenant dans la vie des enfants. D’autant plus que les adultes manquent de temps ou de sommeil. La nature des requêtes, autant que la manière dont elles sont formulées, s’avèrent ainsi en relation étroite avec les émotions qui meuvent les adultes.
Une phrase que j’aime avoir en mémoire dans les jours de fatigue plus intense, en imaginant qu’elle est prononcée par un enfant : « Pourquoi c’est moi qui doit aller me coucher quand c’est toi qui est fatigué.e ? ».
Notre exaspération transforme souvent nos requêtes en exigences. Or, comme tous les individus, les exigences sont rarement entendues et suivies avec enchantement !

En outre, il s’avère les demandes effectuées ne sont parfois pas réalisables en l’état par les enfants.
Elles peuvent parfois manquer de clarté ou simplement, être un ordre contraire. Si on lui interdit quelque chose, ou qu’on lui demande de cesser une activité, il est nécessaire de prévoir le « plan/activité de rechange ».  Il est plus simple, pour agir, d’obtenir des indications sur ce qu’il est possible de faire et non pas sur ce qui n’est interdit !

Il est aussi indispensable que les requêtes prennent en compte les capacités de l’enfant.
Cela dépend donc du développement de l’enfant mais aussi de son état émotionnel et de fatigue. Tout comme pour les adultes, ce qui peut être évident et accessible à un moment, peut tout à fait être insupportable à cause de la fatigue, de la tristesse ou de la colère.

Un exemple simple : en tant qu’adultes, nous ne sommes pas tous égaux face aux impératifs hygiénistes.
Personnellement, même épuisée, je ne parviens pas à me coucher sans me laver les dents et le visage (je me souviens de m’être endormie pendant la tétée du coucher de ma fille alors qu’elle avait 1 mois. A une heure du mat’, je me suis réveillée horrifiée d’être au lit sans être en pyjama et surtout, sans m’être lavée les dents ! Je me suis levée pour aller « corriger » cela). Mais certains adultes postposent cette action sans mal au lendemain s’ils sont épuisés.
Il n’est pas rare que les enfants mettent une opposition à se laver lorsqu’ils sont fatigués. Je crois que nous avons tous fait semblant de nous être douché.es en étant enfant. D’une part, cela rassure les enfants sur leur capacité à agir sur leur quotidien (souvent millimétré par l’agenda parental). D’autre part, si nous n’avions pas été « contraints » de nous laver, nous n’aurions jamais « fait semblant ». C’est bien le problème de ne pas vouloir entendre les besoins des enfants… Cela leur apprend à y accéder, mais en dissimulant les moyens aux adultes dont ils appréhendent la réaction.

Il n’y a pas de raison que les enfants ne ressentent pas ces envies fluctuantes également. Surtout si on les accompagne à grandir avec bienveillance, en acceptant d’entendre leur point de vue et leurs sentiments de fatigue à un moment.
Sincèrement, il n’y a aucune raison de forcer un enfant à se brosser les dents pendant les 3 minutes prescrites alors qu’il tombe de fatigue. Il en va de même pour les soins en tout genre… Il est plus agréable pour tout le monde de les prodiguer à un moment où les dispositions sont favorables. Il y a toujours une manière d’intervenir tout en respectant l’inclinaison des enfants. Certes, cela demande de la patience, mais c’est aussi ce que nous apprennent les enfants… A se poser !

En plus de changer de perspectives sur les moments adéquats et en relativisant l’importance des actes à mener, il est nécessaire (encore et toujours !) de se renseigner sur des moyens alternatifs de fonctionner.
Est-il possible de changer l’enfant qui porte encore des couches d’une autre manière ? Est-ce possible de rendre le brossage des dents indispensables surtout quand l’alimentation a été trop riche en sucres ? Peut-on rendre autonome l’enfant afin qu’il participe activement à ses soins, afin de ne plus les craindre ?!

 

Lorsqu’un débordement émotionnel survient, et si les causes physiologiques ont été écartées, il est sûr et certain que l’occurrence des crises de colère, des accès de violences diminueront en changeant de posture par rapport aux enfants.
Il est absolument nécessaire de comprendre que les enfants en « crise » ne sont pas dans les dispositions pour être raisonnés.
Autant que les adultes, lors d’émotions fortes, il n’est pas possible d’apprendre et de raisonner logiquement. Les systèmes neuronaux sont monopolisés par l’émotion.
Il est donc nécessaire de revenir sur ses réactions à froid, comme expliqué plus haut.

Il faut aussi lui rappeler que quel les évènement et son comportement, nous serons toujours là pour l’aimer et l’aider. Il est utile de leur verbaliser qu’on reconnaît la difficulté à gérer des attitudes et ses émotions… et qu’on a confiance en eux, et dans leur possibilité d’apprendre à gérer de mieux en mieux les situations qui leur sont désagréables.

Il est très fréquent que les enfants aient peur de perdre l’amour de ses parents proches à cause de leurs attitudes. Dès lors, avant toutes discussions ou interventions, il est indispensable d’être suffisamment calme pour ne pas véhiculer de peur chez les enfants.

Il s’agit de ne pas retomber dans les notions d’obligations, d’autoritarisme et d’obéissance qui sont directement menés par l’adultisme (j’en parle ici) ambiant… Mais qui peut être évité si nous décidons de conscientiser son acte. Cela permet de ne pas rentrer dans un bras de fer avec les enfants. Se positionner dans une posture bienveillante et empathique lorsque les enfants vivent un débordement émotionnel leur offre la possibilité d’apprendre à se réguler et de se sentir compris.
Il est très fréquent que les enfants demandent à être pardonnés de leur comportement lorsqu’ils voient que les adultes sont mécontents. Ils peuvent aussi comprendre que la morsure, par exemple, n’est pas une méthode efficace pour commencer un jeu. Mais les petits enfants ont énormément de mal à refréner leur impulsivité. Comme dis plus haut, avant 30 mois, c’est quasiment impossible pour eux d’inhiber un acte.
Là encore, c’est simplement inhérent à leur immaturité cérébrale.
Donc l’idéal, c’est de stopper l’action avant que cela ne survienne, juste par un mot : « Untel.le, STOP ! ». Ensuite, il est possible de lui suggérer une autre attitude avec une formulation positive : « Prends la balle, si tu veux jouer avec elle ! ».

 

 

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J’espère sincèrement que ce guide te sera utile pour accéder à plus de sérénité quotidienne.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuse.x.s !

 

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Éducation bienveillante

Comment gérer les « caprices » ?

Ah ! Ces fameuses crises lorsque les enfants sont frustrés. Mais aussi lorsqu’ils refusent de mettre certaines chaussures. Ou encore lorsqu’on lui refuse l’accès à certains objets.
Les crises, les larmes, les coups, les mots durs…
Les adultes, face à cela, estiment devoir rester stoïques et campés sur leurs positions… voire même sévir en punissant.
Conséquence : un redoublement de la « crise », le plus souvent.

 

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Et si l’on détaillait le phénomène pour se rendre compte de ce qu’il se passe pour les enfants ET les adultes ?

Le « caprice » est une expression utilisée largement pour faire état d’un comportement débordant des enfants qui n’aurait, selon les adultes, une ampleur immodérée et une raison injustifiée.
Dans le Larousse, c’est défini globalement comme : « Volonté soudaine, irréfléchie, changeante de quelqu’un, parfois d’un animal : lubie ».
Quand on regarde le reste des définitions, la notion de caprice est souvent liée à l’imagination, à la fantaisie voire à la virtuosité (en musique).

Pourquoi est-ce intéressant de se pencher sur une définition ?
Parce qu’on peut se rendre compte que les termes passent dans le langage commun… souvent avec une connotation négative. Cela me semble être une perte pour la compréhension que de demeurer obtu.e sur une expression.

Autant annoncer la couleur immédiatement, sur base de sources inhérentes en neurosciences affectives et du développement, je peux te garantir que les caprices n’existent pas… Et que les « crises injustifiées » n’apparaissent pas avant l’âge de 5/6 ans. D’ailleurs, il est préférable de nommer cela des « tempêtes émotionnelles » (d’où l’image d’orage!), qui figurent bien de quoi il s’agit réellement !

Pourquoi ?
Parce qu’avant cet âge, le cortex préfrontal (la partie avant du cerveau qui caractérise l’humain par rapport aux autres espèces et qui se développe en dernier) n’est pas assez mature que pour créer des enchaînements de situations qui demandent de la préméditation, de la manipulation ou de la provocation.
Avant l’âge de 5 ou 6 ans, le cerveau archaïque domine, est mu par les signes vitaux et déclenche les réactions émotionnelles.
Le cortex préfrontal, lorsqu’il arrive à maturation, permet de mettre de la distance par rapport aux situations.
Il est dès lors normal qu’un jeune enfant de 3 ans entre dans une tempête émotionnelle à cause d’une couleur de verre, d’une saveur de glace ou d’un jeu qui semble tentant.
Cet enfant n’est pas en train de tenter de vous provoquer ou de vous manipuler de manière bruyante.  Il n’est pas en mesure de prendre du recul par rapport à la situation qui l’émeut !
Il se sent réellement mal par ce qui lui arrive et, comme pour nous en tant qu’adulte, lui demander de se calmer n’aura pas d’impact positif… Tout en y comprenant qu’il n’est pas en mesure de le faire à cause de son immaturité corticale.

cortex préfrontal
Source: https://www.quora.com/What-side-is-the-prefrontal-cortex-on

 

C’est la raison pour laquelle il est absolument indispensable d’accompagner l’enfant dans sa tempête émotionnelle, d’y mettre les mots, de le questionner sur ses sentiments et d’avoir autant de patience que d’empathie (petit article pour y parvenir). Grâce à cette attitude bienveillance, et à l’exemplarité dont tu peux faire preuve face aux situations qui t’énervent, les enfants peuvent apprendre à tempérer et à verbaliser leurs émotions et leurs besoins sous-jacents.
C’est vers 7 ans que sonne l’approximative maturation de cette capacité, expliquant l’expression bien connue de « l’âge de raison ». Néanmoins, il demeure  nécessaire de mettre les mots sur les situations, d’expliquer les motifs d’un refus et de proposer des alternatives acceptables aux deux parties.

Mais que se passe-t-il pour les enfants lorsque les adultes catégorisent leurs réactions comme injustifiées ?

Le caprice est, par usage, une demande ou une attitude que les adultes considèrent comme inopportune.
Ce moment où un enfant souhaite des bonbons et que son adulte de référence refuse, l’enfant va avoir une expression émotionnelle qui sera qualifiée de caprice.
Je pense qu’il n’est pas difficile de voir ce qui est appelé un caprice, dans la société occidentale actuelle.

Afin de t’aider à te mettre en sympathie avec cette situation : imagine que tu souhaites vraiment manger quelque chose car tu as faim. Ensuite, alors que tu prends la chose qui te fait envie, quelqu’un te l’arrache des mains et te dit : « NON ! Tu ne manges pas maintenant. Dans 30 minutes, le repas sera sur la table ! ».
Maintenant, imagine que tu n’es pas en mesure de réguler tes émotions et que tu ne parviens pas à calmer le feu de la frustration.

Déjà, personnellement, quelqu’un me dirait ça, je répondrais : « Je crois que je mange ce que je veux quand je veux et je n’ai pas d’ordre à recevoir ! », et j’aurais repris mon aliment pour le mordre à pleines dents ! Namého!

Un enfant n’est pas en mesure de mettre les mots, d’argumenter avec calme et surtout, de gérer la frustration en restant impassible.
N’oublions pas que c’est aussi le cas pour énormément d’adultes… Sinon, il n’y aurait pas de violences (physiques ou verbales) dans le monde !

Les enfants vont alors réagir d’autant plus fort que la réponse des adultes seront catégoriques ou rudes, de la même manière que cela ferait réagir d’autres adultes… Mais ayant la capacité de gérer ses émotions, on ne s’exprime plus en trépignant (mais en boudant, en sifflant dans ses dents ou en levant les yeux au ciel… N’est-ce pas ?! On se penche sur l’adultisme ? ).

J’anticipe quelques remarques : Ok, les caprices n’existent pas, mais j’en fais quoi de mon gamin vociférant dans le magasin, moi ? Et donc quoi, si ce n’est pas un caprice, c’est quoi ?
Et puis, si je ne réagis pas, ça va devenir un enfant-roi exigeant tout et n’importe quoi ! Ça va être la débâcle !

D’abord, c’est la manière que les enfants trouvent pour exprimer leur insatisfaction/frustration (au demeurant, voici un petit article qui précise si oui ou non, il est nécessaire que les enfants apprennent la frustration).
As-tu vraiment envie que ton enfant ne réagisse pas lorsque quelque chose l’indispose ?
Parce que s’il ne réagit pas, cela ne dénote pas d’une santé mentale optimale. Un enfant qui ne réagirait pas à la frustration ne réagirait peut-être pas face à la douleur ou à d’autres alertes pour les signes vitaux.
Les besoins physiologiques sont à prendre (faim, soif, système digestif encombré, maladie, fatigue,…) dans l’explication des réactions émotionnelles.
En outre, il est indispensable de prendre en compte les éléments de contexte. Un enfant sera plus réactif dans un supermarché que dans un bois.
L’hyperstimulation intrinsèque aux lieux engendre, forcément, des attitudes qui peuvent apparaître plus fréquemment et/ou plus intensément.

Ensuite, il est primordial de comprendre que les enfants en dessous de 4 ans, et pas du tout avant 2 ans, n’ont pas toujours la capacité à inhiber leurs actions.
Ils vont avoir une idée en tête, et malgré tes protestations, ils vont agir tout de même.
C’est la raison pour laquelle il vaut mieux adapter son environnement aux enfants plutôt que croire qu’ils apprendront à ne pas toucher au vase à leur hauteur.
Bien sûr, cela arrivera. Mais pendant les premières années, autant t’éviter du stress inutile.
Précisément, il ne s’agit pas de provocation quand les enfants (16/36 mois généralement) fixent pendant qu’il fait une « bêtise ». Ils guettent si c’est bien ça qui fait réagir. Ce n’est pas de la provocation, ils tentent d’ancrer dans leur esprit qu’une action engendre telle ou l’autre réaction.

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« Donc, quand je lâche le verre, ça tombe ? Toujours ? »

Que faire, alors ?
Concernant la colère : voici un petit article que j’ai rédigé précédemment sur les stratégies à mettre en place pour déjouer les moments difficiles.

Il est nécessaire d’accueillir l’émotion qui s’exprime (même si, en effet, c’est vraaaaaiment pénible et particulièrement quand c’est en plein milieu d’un magasin bondé !) et de percevoir ce qui meut les enfants.

L’idéal est d’éviter les sources de frustration supplémentaires à celles qui sont inévitables. Non pas en cédant, mais en anticipant ce qui pourrait survenir et en distrayant !

On le dit souvent, quand on devient parent, tout doit être organisé.
C’est un peu exagéré, mais à certains égards, c’est très utile !

  • Votre enfant a faim et réclame à cors et à cris une glace/une gaufre/des bonbons. Aie toujours avec toi un encas qu’il/elle apprécie vraiment !
  • Dans les supermarchés, le rayon biscuits est problématique ? Évite-le !
    Sans rire, ça pourrait offrir d’autres perspectives alimentaires à ta famille de vous passer de ces sucreries… qui peuvent engendrer bon nombre de troubles du comportement (Merci les additifs !).
    Si vraiment, c’est un passage obligé, donne une mission à l’enfant (en fonction de son âge), « Trouve tes biscuits Untel Machin Truc ! » ou distraie-le avec un petit jeu qui aura été caché au préalable dans ton sac.
  • Il/elle refuse de se laver les dents/brosser les cheveux/se laver.
    Cela demande une stratégie de longue haleine (en parlant de dents ! ^^ ). D’abord, il est nécessaire que ton enfant voie que tu prends toi aussi soin de ton corps. L’enfant apprend par mimétisme… ! Et cela vaut pour tout.
    Ensuite, faire de ses moments des jeux : « Tu ne veux pas te brosser les dents tout.e seul.e, alors je te les lave et tu me laves les miennes ! ».
  • Un refus de mettre des vêtements précis ?
    Proposez deux choix de tenues. L’enfant pourra ainsi choisir quelque chose qui sera adéquat, puisque cela aura été mis en évidence dans ce qui convient à la météo. Plus de 2 choix les déborderaient.

Les refus/opposition de la part des enfants émergent souvent parce que les adultes donnent un ordre et attendent que l’enfant s’y conforme (article sur la crise d’opposition ou terrible two).
Mais eux, autant que nous en tant qu’adultes, n’apprécient pas les ordres donnés froidement.
Ils seront bien plus enclins à agir avec entrain s’ils participent au processus de décision.
« Que faut-il mettre comme chaussures quand il pleut ? »
« Que faut-il pour sortir quand il neige ? »
« Que peut-on faire maintenant qu’on a les mains toutes sales ? »

Interroger l’enfant, au lieu de lui ordonner, est une clef pour obtenir une relation harmonieuse.

Est-ce que cela prend plus de temps ?
On peut le croire et globalement, un enfant prend du temps. Son temps de réflexion et d’actions est plus lent que le nôtre puisque son cerveau est en développement.
Les houspiller pour qu’ils accélèrent n’aide pas… Puisque cela les met dans un état de stress (qui désordonne les actions entreprises).
Mais ce temps d’action librement consentie est bien plus serein qu’un temps perdu à batailler en finissant tou.t.e.s deux énervé.e.s.
En outre, suivre le rythme de l’enfant et observer la contemplation qu’il peut faire sur des petites choses qui nous semblent anodines appellent à quel point il a des capacités de pleine conscience (mindfulness) que les adultes oublient. Il peut être utile pour toi de revenir à ce mode de fonctionnement où tu ne t’agaces pas du temps perdu mais où tu profites des instants insignifiants.
Au quotidien, tu es amené à contempler cet enfant qui grandit et évolue chaque seconde. Il acquiert et précise ses nouvelles compétences minute par minute, sans que tu aies besoin d’être investie d’une tâche éducative active.
Un conseil simple : observe ce qui se passe dans des moments anodins ou l’enfant « te fait perdre du temps ». Tu auras moins l’impression « de ne pas l’avoir vu grandir ! ».


Lorsqu’une crise a eu lieu, il n’est pas utile pour l’enfant de revenir dessus en lui disant qu’il a eu un mauvais comportement.
Par contre, lorsqu’il est en âge de discuter, il est possible de revenir sur ce qu’il a ressenti et des solutions que vous pourrez trouver ensemble.
Dans le cas d’un plus petit, c’est à toi de jouer de trésors d’inventivité pour anticiper et divertir les bambins dans les moments tendus.
Ne cherche pas à revenir à froid sur une situation problématique si ton intention est de blâmer. Cela va cristalliser les situations problématiques.
Tu as besoin de déverser ton humeur et ton mécontentement (et c’est tout naturel ! Impossible d’être empathique si personne ne l’est avec nous) ?
Il y aura surement quelques personnes proches de toi et assez bienveillantes pour entendre tes difficultés sans juger tes compétences éducatives.

 

Cela ne te semble pas naturel de réagir avec toutes ces astuces « accueil/diversion/collaboration »?
Logique ! Nous n’avons pas été élevé.e.s comme ça.
Mais plus tu le feras, plus cela te semblera aisé ! C’est comme toutes les pratiques de la vie, cela s’exerce (un grand écart mental et attitudinal par rapport à nos vieux modèles !).

 

Mais ça ne risque pas de devenir un enfant-roi ?

L’idée n’est pas de « céder » aux caprices en lui donnant systématiquement les bonbons qu’ils réclament ou en achetant tout ce qui lui passe dans les mains. Outre le fait que le concept d’enfant-roi est, lui aussi, galvaudé et peu représentatif, j’y reviendrai !

Les enfants apprennent à agir et à réagir grâce à nos propres attitudes.
S’ils sont confrontés à de la sévérité, de l’autoritarisme, des crises, des ordres, des refus sans discussion, les enfants apprendront tantôt à se rebeller plus fort… Tantôt à s’écraser face à celui qui semble détenir le pouvoir. Ils se diront alors qu’il faut obtenir ce pouvoir pour être entendu.
Rapport de force « agréable » à venir… !
De plus, il va être difficile de demander à un enfant de garder son calme lors d’une colère si, toi-même ou ton entourage, lui montre des démonstrations violentes en réaction de la colère (lancer des objets, taper dans les murs, …).

Il a été démontré, et Catherine Gueguen l’explique admirablement dans ses conférences ou ses livres (références en fin d’article), que le maternage/ l’écoute/ le soutien/les câlins apportent à l’enfant des capacités pour développer optimalement son cortex préfrontal. Plus un enfant va être materné (clique pour comprendre ce qu’est le maternage proximal), plus son système émotionnel (en lien avec le système hormonal) va pouvoir croître de manière à apprendre à gérer les émotions fortes et les réactions empathiques.
Un enfant qui est entendu dans ses besoins et avec empathie pourra, à son tour, devenir facilement un adulte ayant ces capacités.
Il est absolument évident que les adultes agressifs et violents ne sont pas ceux qui ont été maternés… !

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Les malfaiteurs n’ont pas dû être beaucoup entendus et maternés, plus petits! :-p

« Tout-petit déjà, il comprend bien comment cela marche pour être dans les bras, c’est un malin ! »

Cette phrase me fait froid dans le dos. Elle est d’une banalité sans nom, et pourtant elle véhicule une violence inouïe !

D’une part, elle part du principe que l’enfant est déjà en mesure de faire des relations de cause à effet complexe, voire d’actes de manipulation. Être manipulé.e par un enfant qui ne sait pas jouer à cache-cache sans dire où il se trouve… Comment dire ?!

Ensuite, elle met en évidence que le bébé devrait être posé et qu’il n’est pas normal qu’il soit porté. Le mythe du « bébé-bras », auquel j’ai consacré un article, a la peau dure ! Et pourtant, cela tombe sous le sens que le bébé ait besoin d’être porté alors qu’il a été bercé toute sa vie intra-utérine et que sa survie dépend des adultes aux alentours.
Physiologiquement et instinctivement, les bébés ont un besoin impérieux d’être au contact constant, ou du moins prolongé, avec leurs référents. C’est leur unique moyen de survie de manière sécurisée.

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Alors n’ai pas peur de garder ton bébé tout contre ton bras ou dans tes bras. Il ne deviendra pas capricieux, il va juste gagner en confiance en lui… puisqu’il a pu compter sur toi ! Il construira une base sécure qui lui permettra de découvrir le monde sans appréhension de perdre ses référents (donc sa sécurité physique et affective).

Si tu es sceptique parce que « les bébés qu’on a laissé pleurer réclament moins », c’est vrai.
Cela s’appelle la « Résignation Acquise ». C’est un concept très étudié en psychologie qui explique comment un être va finir par ne plus exprimer ses besoins (apathie) puisqu’il aura compris qu’il n’y a pas de réaction lorsqu’il le fait (pour aller plus loin dans la compréhension de la résignation acquise tant pour les enfants que pour les adultes: c’est ce lien!)
Cela amène à des enfants qui se coupent de leur ressenti émotionnel et mais aussi de la détection de leurs besoins. Or, j’ai déjà expliqué combien il était indispensable pour être équilibré de pouvoir exprimer ses besoins. Mais à quel point c’est dur car nous avons appris à les brimer.
Répondre aux besoins du bébé offre à celui-ci la possibilité de conserver cette capacité d’expression si précieuse.
Dans les faits, il est fatiguant d’être sur le qui-vive pour un petit enfant mais c’est un vrai cadeau que nous leur faisons à long terme : être à l’écoute de soi et ensuite développer des attitudes d’empathie avec les besoins d’autrui.

 

A chaque âge, il y a des réactions appropriées pour accompagner l’enfant dans ses tempêtes émotionnelles.
Les maître-mots sont la présence, l’accompagnement, l’écoute, la distraction et l’anticipation.

Chacun.e peut réussir à gagner en sérénité avec ses enfants, tout en leur donnant des outils de gestion émotionnelle… et ça, c’est un fameux cadeau pour la vie !

 

Le mode d’éducation influe sur la gestion et l’expression émotionnelle. Voici une petite vidéo fun et éloquente pour expliquer pourquoi les émotions sont en prendre en compte :

Et tout le monde s’en fout: les émotions

et tout le monde s'en fout

 

 

A très vite, Lectrice/lecteur curieuse.x. !

 

Références :

Catherine Guenguen : « Pour une enfance heureuse », « Vivre heureux avec son enfant »

Isabelle Filliozat : « au cœur des émotions de l’enfant », « j’ai tout essayé »

Faber et Mazlich : « Parler pour que l’enfant écoutent et écouter pour que les enfants parlent »