Allaitement·Maternage proximal·Préparer la naissance

Les freins à l’allaitement : faisons-les sauter!

Souvent, il est évoqué ce qui est nécessaire pour qu’un allaitement se déroule au mieux (moi, y compris, dans cet article des clefs pour démarrer un allaitement).
Mais, autant de fois, sont minimisés les freins à la conduite d’un allaitement serein.

Ce sont les parents, la proche famille mais aussi les professionnel.le.s de santé (médicaux ou paramédicaux)  qui s’avèrent peu ou pas formé.e.s concernant l’allaitement.
Je propose dès lors un focus sur les étraves principales à la sérénité lactée, et les solutions à y apporter !

 

La confusion sein/tétine

Je suis stupéfiée du nombre de fois où je suis confrontée à des situations où cette confusion est délibérément ignorée bien que ses effets soient perceptibles clairement.
« Mon bébé fait bien la différence, il n’est pas bête ! »
« Après 3 mois, il n’y a pas de risque ! »
« Je ne suis pas sa tétine, hein ! »

Rappelons-nous que les tétines quelles qu’elles soient, n’existent pas à l’origine. Elles sont utilisées pour substituer le sein maternel (ce n’est pas le sein maternelle qui sert de tétine !).

Le recours au biberon pour compléter les apports alimentaires du nourrisson génèrent une aggravation des problèmes inhérents à l’allaitement. J’avance « aggravation » puisque la supplémentation n’a pas lieu si l’allaitement se déroule bien.
La dernière revue de littérature effectuée par la Leche League a mis en évidence cet effet et signale cependant que l’usage de tétine (sucette/tutute/suce/machin-chose en plastique qui s’accroche aux vêtements) ne démontre pas, avec les études actuelles qui doivent être complétées, de conséquences majeures lors du nourrissage au sein.
Malgré tout, il est nécessaire de conscientiser que l’utilisation de cette tétine pour calmer le bébé (utilisée comme « bouchon à bébé ») ou le recours à des bouts de sein en silicone peuvent engendrer une réduction de la fréquence des tétées. Or, le manque de succion (ou une mauvaise succion)  cause une diminution de la lactation et, à terme, un manque de lait qui peut mener à un sevrage précoce avec besoin de compléter grâce à du Lait Artificiel (ou Préparation Commerciale pour Nourrisson – PCN).

Enfin, il faut se remémorer qu’une confusion sein/tétine est une modification de la prise du sein, à cause d’une mobilisation de groupes musculaires différents et une alterations des réflexes archaïques. Ils sont aussi susceptibles de se désintéresser du sein car ils ne parviennent plus à s’en satisfaire tant pour se réconforter que pour se nourrir.

Lors de l’allaitement, dès que l’on aperçoit qu’un enfant modifie sa prise du sein, il est indispensable de se débarrasser de tous les substituts au sein maternel (tétine de biberon ou de sucette, bouts de sein en silicone, etc).

Par précaution, et dans la volonté d’un allaitement le plus serein possible, il est préférable de se passer de tétine et de biberon. Une confusion peut survenir à tout moment, d’autant plus facilement dans la première année de vie, mais cela peut se produire après la prise d’un seul biberon après l’âge d’un an.
Voici d’autres modes d’administration du lait, en cas de nécessité :
alternative au biberon.jpg

Source de la revue de littérature effectuée par la LLL : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1942-da-119-le-point-sur-la-confusion-sein-tetine

Voici un article de MamanLune entièrement consacré à cette confusion : http://mamanlune.com/index.php/2017/05/25/le-biberon-la-tetine-les-bouts-de-sein-et-lallaitement-au-sein/

En train de vivre une confusion ? Voici des pistes pour y remédier, par Oummi-Materne : https://www.oummi-materne.com/confusion-sein-tetine-conseils-pour-reeduquer-la-succion-de-bebe/

 

Imposer un rythme ou une durée aux tétées

A leur naissance, les bébés découvrent la sensation de faim. En cas de bonne santé, ils rampent directement pour atteindre le sein. C’est totalement instinctif. Et dès le départ, cette « tétée de bienvenue » peut durer 2h, avec un bébé qui somnole après l’épreuve de l’accouchement.
Par la suite, les bébés vont avoir faim à chaque période d’ « éveil ». Ils vont avoir 3 besoins principaux : être au contact, se nourrir et éliminer.
Il n’y a dès lors pas lieu de restreindre l’accès aux seins à un enfant, ni à sa naissance ni dans les mois qui suivent, d’ailleurs. Les bébés savent de quoi ils ont besoin.
Il en va de même avec la durée des tétées : certain.e.s tètent très vite, d’autres prennent leur temps. Une mère peut, ou pas, avoir une hyperlactation et un débit de lait puissant, ce qui impacte forcément la durée des tétées.

Alors oui, un bébé peut téter toutes les 45 minutes, parfois toutes les 2h, parfois sans aucune régularité claire… Et ce n’est pas grave !
L’important est d’écouter les besoins que communique son enfant. Cela vaut également pour les bébés atteints de RGO (reflux gastro-oesophagien) : c’est un mythe de croire qu’il est nécessaire de laisser 2 ou 3h entre les tétées pour que le lait soit digéré. (voici un lien sur l’allaitement de bébés atteints de RGO : https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1401-da-41-allaiter-un-bebe-souffrant-d-un-reflux-gastro-oesophagien )
Oui, pendant les 4 premiers mois, les bébés peuvent recracher un peu le trop plein (surtout en cas d’hyperlactation et de réflexe d’éjection fort – lait qui sort en jet). Je paraphrase la LLL : Avoir un bébé allaité du recrache du lait, tant que cela ne lui est pas douloureux, ce n’est qu’un problème… de lessives ! (PS : les bavoirs sont ainsi bien utiles, ainsi que les langes/tétras !). Pour d’autres articles sur les régurgitations des bébés : https://www.lllfrance.org/vous-informer/votre-allaitement/surmonter-les-obstacles/931-regurgitations-et-allaitement
N’oublions pas que l’alimentation des nourrissons est exclusivement liquide et que le cardia (Le cardia de l’estomac est l’orifice qui constitue la jonction entre l’œsophage et l’estomac) est immature à la naissance : le contenu stomacal remonte facilement dans l’œsophage.

anatomie estomac

 

Les douleurs inhérentes à l’allaitement (crevasse, érosions, etc.)

Lors des premiers jours de l’allaitement, il se peut qu’il y ait des inconforts au début de la tétée. Si cela n’engendre pas de blessure au niveau du téton, il est probable que l’inconfort se dissipe endéans les 15 jours.
Si la douleur est intense du début à la fin de la tétée et que, dès les premiers jours, le téton présentent des érosions et un début de crevasses : c’est que la prise du sein n’est pas correcte !
Il peut y avoir plusieurs causes à cela : naissance traumatique engendrant des blocages de la mâchoire, présence de freins restrictifs de lèvre et/ou de langue, mauvaise position du bébé, etc.

 

Voici comment doit se positionner le bébé pour assurer sa bonne prise du sein:

prise du sein bébé

Ici, un lien sur les freins restrictifs (qui sont coupés très facilement par les professionnel.le.s spécialisé.e.s) : https://mamanlune.com/index.php/2017/09/11/les-freins-et-lallaitement-le-bebe-qui-ne-savait-pas-teter/
Toujours concernant les freins, en cas de doute et d’accompagnement insuffisant au départ, voici un groupe Facebook de référence sur le sujet : Frénotomie et Freins : Support International https://www.facebook.com/groups/688846051316769/
Dans tous les cas, il est INDISPENSABLE de se faire accompagner aussi tôt que possible pas une consultante en lactation certifiée IBCLC. (voici un annuaire pour les trouver en France : http://consultants-lactation.org/annuaire-des-ibclc/ ; au Canada : https://www.ibclc.qc.ca/fr/ ; en Belgique : http://www.consultation-allaitement-maternel.be ; association européenne : https://www.elacta.eu/ )
Nous avons perdu les connaissances ancestrales nécessaires à la bonne mise en place d’un allaitement et du bon positionnement du bébé lors des tétées. Dès lors, l’accompagnement par une tierce personne formée permet de s’assurer que le bébé prend correctement le sein, garantissant un allaitement efficace et le plus agréable possible.

Lors de la « montée de lait » (qui peut avoir lieu de J1 à J4 voire 5 post-accouchement sans que cela soit anormal !), la pression inhérente à l’augmentation du volume dans les seins peut également engendrer des douleurs.
Dans ce cas-là, il ne faut pas utiliser de tire-lait (idéalement, sauf tire-allaitement exclusif –TAE) durant la mise en place de l’allaitement, soit les 6 premières semaines. Cela peut surstimuler le sein et amener à une hyperlactation induite.
Il est alors possible de se soulager en exprimant manuellement le trop plein (une vidéo te montre comment : https://www.youtube.com/watch?v=P63E5zzz5CA) ou par la technique du verre d’eau chaude (moins « technique » mais moins rapide https://www.youtube.com/watch?v=OVDx85D5RsI cela permet de soulager sans stimuler la production qui se met en place).

 

Le manque de lait lors des tirages

Il peut arriver qu’il soit nécessaire de tirer, ou qu’il soit conseillé (à tort) de le faire pour estimer la quantité assimilée par le bébé.
Or, ce qui est tiré n’est PAS représentatif de ce que la mère est susceptible de produire.
Les bébés sont faits pour téter alors que le tire-lait imite tant bien que mal.
En outre, il arrive régulièrement que les tire-laits ne soient pas efficaces (désolée, Kittet) et/ou que les téterelles ne soient pas à la bonne taille (eh oui, surprise : nous avons toutes des seins différents et il faut des embouts adaptés !) et cela impacte massivement le volume le lait tiré.
Petite blague physiologique : il est souvent nécessaire de changer de téterelles pour des plus petites après quelques mois … ! Ne crois pas forcément à une baisse de lactation, mais vérifie la taille de tes téterelles.
Donc, non, si tu ne tires pas suffisamment, ce n’est pas parce que tu ne produis pas assez !  Chassons ce mythe !

taille téterelle.jpg
Guide Medela

Voici un groupe Facebook très agréable pour la gestion des tirages et du du tire-allaitement plus globalement : les tires-allaitantes bienveillantes https://www.facebook.com/groups/1501753536777788/

 

L’introduction des produits laitiers
Outre le fait que l’on sache maintenant que la consommation de produit laitier (principalement de vache) a des effets controversés sur l’organisme (pour un résumé, ici https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-produits-laitiers-nos-amis-pour-la-vie_27560).
Le fait est que les adultes et les enfants après l’âge du sevrage naturel (entre 2 et 7 ans) n’ont métaboliquement plus besoin de lait. La plupart des adultes ne parviennent d’ailleurs plus à digérer aisément le lactose.
Eh oui, encore une fois, les lobbies agroalimentaires font grand bruit avec leur campagne de consommation de produits laitiers à tout crin…
J’outrepasse ici les explications concernant les produits laitiers spécialement dédiés pour les enfants qui sont des horreurs en terme de composition et à bannir dans tous les cas. Pourquoi ? Voici des bouts de réponse dans l’article « mon assiette, ma famille et moi ! ».

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Danonino de Danone…  8.5g/100 de sucre! Et… une controverse majeure sur la composition: http://www.leparisien.fr/societe/alimentation-food-watch-estime-trompeuse-l-etiquette-du-danonino-de-danone-01-03-2017-6722082.php

Dans le cas d’un allaitement, il est superflu de donner des produits laitiers puisque les enfants reçoivent déjà tout ce qui leur faut !

En outre, l’adjonction de produits laitiers peut engendrer un désintérêt progressif des enfants envers le sein. Tout ce que l’on ne souhaite pas, donc.

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La désinformation provenant des professionnel.le.s de santé

Ça pique un peu de l’écrire franc battant, mais c’est réel.

La part réservée à la formation des soignants concernant l’allaitement est très faible, voire quasiment inexistante (une pédiatre précisait que cela concerne 3 pages dans tout son cursus).
Autant dire que bon nombre sont totalement incompétents en la matière et propage simplement des « règles d’usage » occidentales mais totalement obsolètes.

 « Votre lait n’est que de l’eau/pas assez nourrissant/… »
« Après X mois, la nuit, iel n’a plus besoin de téter ! »
« Il faut espacer les téter ! »
« Il faut diversifier à partir de 4 mois ! »

Bref, concernant l’allaitement : avoir des réserves quant aux dires des professionnel.le.s qui vont à l’encontre des demandes de ton bébé, faire la beniouioui  et se référer systématiquement à une consultante en lactation IBCLC si tu penses devoir modifier quelque chose dans la conduite de ton allaitement!
Une pneumo-pédiatre, un.e kinésithérapeute ou un.e dentiste ne peut pas avoir toutes les spécialités, et ça vaut pour tous les professionnel.le.s. Il faut ainsi être indulgent.e.

Cela dit, une initiative rassemble des professionnel.le.s sensibilisés au maternage, au cododo à l’allaitement et à la bienveillance : le réseau grandit tout doucement. Voici la carte des pro déjà recensés : https://framacarte.org/fr/map/reseau-de-professionnelles-amies-du-parentage-prox_35361#6/44.965/-0.319

Et si tu es pro, tu peux t’inscrire sur ce groupe : https://www.facebook.com/groups/184793715764053/

Le site rassemblant tous les éléments arrivent bientôt !
Les habitudes familiales (rôle du père, participation de la famille au nourrissage, utilisation des tétines, etc.)

Le fait est qu’il y a souvent des familles de parents allaitant et des familles où le biberon règne en maître.
En outre, cela fait au moins deux siècles que la bien-pensance ordonne des préceptes qui ont transformé le rapport aux enfants, en les distançant et en minimisant les besoin corporels des enfants et de la mère.

Dans certains cas, un argument opposé à l’allaitement est que le père/partenaire/compagne ne peut s’investir auprès des enfants à cause de cela.
Certes, dans les toutes premières semaines, un bébé a besoin de passer de nombreuses heures au sein. MAIS il s’avère aussi que ce même bébé a besoin de dormir et d’être rassuré/porté quasiment constamment : et je pense que les bras de l’accompagnant.e sont disponibles pour cela.

Ensuite, avant de s’occuper de cet enfant, il y a une personne qui a besoin de la présence et du soutien du partenaire de vie : la jeune accouchée ! Que l’accompagnant.e mette tout son énergie pour rendre agréable le quotidien de la jeune mère, et elle/il trouvera une place de choix dans ce trio!
Très vite, les enfants auront des moments d’éveil longs…

J’ai comme l’impression que les jeunes parents/l’entourage a tendance à oublier que la période du nouveau-né est très courte ! L’alimentation est une part de la vie des enfants, comme pour tous les adultes, mais ne définit pas son être.

Enfin, il est tout de même particulier d’amoindrir la santé à long terme de son enfant pour des considérations d’égo de l’entourage qui veut tenir un biberon. Je rappelle les bienfaits de l’allaitement dans cet article.

Voici une petite série de BD qui explique bien le rôle de l’accompagnant.e au quotidien : https://www.facebook.com/firstsmileapp/photos/a.656948294431944/828099833983455/?type=3&theater

Il est cependant nécessaire de pouvoir entendre et discuter des perceptions des proches, et de comprendre leurs motivations. Pour t’aider, je te suggère cette lecture : « Comment faire en sorte pour que les gens acceptent mes choix ? ».

 

La course au bébé qui passe ses nuits

« Alors, il dort bien ? Il fait ses nuits ? »


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C’est surement une des questions les plus posées aux jeunes parents !

Le bébé d’humain a besoin d’apports alimentaires TRÈS réguliers. Le lait maternel est naturellement pauvre en calorie… Et cela a une explication physiologique.
Le bébé humain est dépendant de son environnement et  de ses référents, il a BESOIN de contact. Son organisme est prématuré (par rapport au terme de naissance des autres mammifères, principalement des primates dont nous sommes les plus proches) et il a besoin d’être dans un contact proximal afin de maintenir sa température corporelle, réguler son rythme cardiaque, sa tension artérielle et de s’assurer d’être en sécurité.

Un bébé n’a pas le métabolisme pour dormir des nuits de 12h sans réveil ! Ils ont besoin de d’hydrater très régulièrement et d’être en contact avec leurs référents.
Certains pourront dormir 4/5/6h de suite, vers 3 mois… Mais ce n’est pas la majorité, loin s’en faut !

Donc, non, il ne faut pas s’attendre à ne pas être « tranquille » la nuit. C’est le lot lorsque l’on devient parent !
Pour passer des nuits sereinement, voici un article sur le cododo.
Je rappelle que l’OMS recommande fortement de partager le sommeil de son enfant durant ses 6 premiers mois de vie au moins, pour limiter les risques de mort inattendue du nourrisson.

Alors non, point de farines/céréales pour bébé donné dans un biberon de manière à la gaver avant la nuit… C’est dangereux pour sa santé et ça ne correspond pas à ses besoins.
Le sommeil est une acquisition lente et fluctuante jusqu’à l’âge de 3 ans.

Autant le savoir et s’épargner des recherches de solution alors que la seule chose qui vaille est de suivre le rythme de son enfant. Promis, ça passera !

Si tu estimes que ton bébé a un trouble du sommeil, il est nécessaire de consulter. Il est possible que des traitements alternatifs comme la chiropractie, l’ostéopathie et la kinésiologie te viennent en aide.

La pression sur la prise de poids et la prescription de complément de lait artificiel

« Madame, votre enfant n’a pris que 300g ce mois-ci ! »
Oui, et ?

pèse bébé

Il arrive que certains médecins adorent catégoriser les enfants grâce aux normes (et la courbe des carnets de santé n’est pas celle des bébés allaités, qui est différente des courbes des bébés nourris aux laits infantiles).
Il faut qu’il prenne un grammage particulier quotidiennement (20/25g/jour) et que la courbe soit suivie de manière stricte, que la croissance des enfants corresponde à ce qui est attendu… sinon c’est à cause de l’allaitement !

D’une part, certains enfants continuent à grandir et grossir mais plus doucement que le montre les normes. Ils sont pourtant en plein forme.

Ensuite, il y a des enfants qui ont des cassures dans la courbe et il est nécessaire de savoir pourquoi. Ça peut être un signe de la présence de freins de lèvres et/ou de langue restrictifs, mais aussi parce qu’ils ont été atteints de diverses maladies, qui impactent la croissance. Un enfant malade ne prend pas voire perd du poids.

Dans tous les cas, il y a des solutions. Rapproche-toi d’une consultante en lactation certifiée IBCLC ou change de pédiatre afin d’avoir un autre avis !

 

La reprise du travail

Dans l’inconscient populaire, la reprise du travail sonne la fin de l’allaitement. Certains articles web vont même promouvoir cette idée, occultant volontairement les possibilités et les droits des femmes de pouvoir allaiter en travaillant !
Dans la plupart des pays, les femmes ont la possibilité d’avoir 1h/journée de travail pour tirer leur lait. Elles doivent avoir accès à un local propre qui peut servir à cette action.

Oui, l’allaitement non écourté est possible malgré une activité professionnelle.
Encore une fois, je te conseille le groupe déjà cité ci-dessus : les tire-allaitantes bienveillantes mais aussi « reprise du travail en allaitement exclusif ». https://www.facebook.com/groups/allaitementtravail/

 

Les traitements médicamenteux

« Je dois me soigner/me faire opérer, je ne peux plus allaiter ! »

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Il est possible que certains traitements ou interventions soient réellement incompatibles avec l’allaitement (traitement de chimiothérapie, par exemple).

Pour les traitements temporaires, il est fort probable qu’un traitement compatible avec l’allaitement soit disponible.

Afin de vérifier si la prescription médicale peut être compatible avec la poursuite de l’allaitement voire d’obtenir une alternative : les sites du CRAT http://lecrat.fr/ et de e-lactantia http://e-lactancia.org/ sont disponibles). N’hésite pas à demander aux soignants de vérifier sur ces ressources avant de composer ta prescription.

 

La diversification précoce (et la préférence à donner des aliments plutôt que du lait avant 1 an)

Je rappelle qu’il est totalement contreproductif de diversifier avant que le bébé ait 6 mois. Ce n’est pas de moi, mais de l’OMS. Je pense qu’on peut leur faire confiance !
Voici un article qui relate la nutrition du bébé durant sa première année de vie.

Comme je le précise dans ce lien, il est nécessaire de privilégier les apports de lait par rapport à la nourriture. Le sein/lait doit être présenté avant les repas de manière à assurer aux enfants leurs apports.
Au fur et à mesure, les quantités caloriques vont pencher du côté des aliments solides.  Cependant, jusqu’à un an, le lait doit encore compter pour au moins 50% des apports. La composition du lait maternel est optimale pour la santé du bébé afin d’assurer son hydrater et de soutenir son système immunitaire.

Il y a une pression énorme sur la diversification des enfants, comme si un bébé qui ne mange pas des quantités normées à l’âge de 7/8/9 mois était forcément en mauvaise santé.
Il s’avère que certains enfants ont de l’appétence pour les aliments solides dès 6 mois (si tu as l’impression que ton enfant est intéressé par l’alimentation avant, sache que c’est normal : les enfants sont interpellés par cet acte récurrent dans la vie des référents. C’est une volonté de mimétisme. Cependant, son métabolisme n’est pas prêt à recevoir d’aliments). En revanche, d’autres commenceront plus volontiers que vers 12 mois et sont tout de même en parfaite santé.
La seule carence « classique » des bébés allaités (oui, dans les Laits Artificiels, ils mettent pleins de compléments, histoire de se targuer d’être corrects à minima) est celle de la carence en fer (parfois en zinc).
Tu peux alors proposer à son enfant, plusieurs fois par jour, des aliments riches en fer, en les associant avec des aliments riches en vitamine C qui aide à son assimilation.

aliments riches en fer.jpg

 

La grossesse

Comme dernier point, la grossesse qui peut induire un sevrage.

En effet, les bouleversements hormonaux inhérents à la grossesse peuvent provoquer différents phénomènes : une modification du goût du lait, des douleurs durant les tétées et une aversion pour la mère enceinte.

Cela ne vaut pas dans tous les cas. Certains enfants continuent à téter malgré la grossesse et cela se déroule sans trop d’encombres vers un co-allaitement (en sachant que le lait s’adapte aux enfants les plus jeunes et qu’avec deux enfants qui tètent, la production va s’adapter !).
Cependant, dans le cas de grossesses très rapprochées (qui ne sont guère conseillées pour le corps de la femme), il faut savoir que c’est un risque à prendre pour le bébé encore allaité qui a réellement besoin de lait jusqu’à 2.5/3 ans.

Ce risque de sevrage induit par la grossesse rappelle également que l’allaitement n’est absolument pas un contraceptif fiable : il est possible de tomber enceinte avant même le retour de couche (puisque celui-ci est précédé d’une ovulation).

Bref, un allaitement étant enceinte est peut-être l’explication à cet étrange constat  des vêtements d’allaitement qui sont presque toujours conçus pour les femmes enceintes ! 😉

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Grâce à cette lecture, et à celle des clefs pour démarrer un allaitement, te voilà parer à mener à bien ton projet d’allaitement !

Je te souhaite plein de bonheur dans cette fin d’année.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieux !

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Cododo, sommeil partagé : cachez cette proximité que je ne saurais voir !

Depuis le début de ce blog, je me disais qu’un article sur le cododo était superflu.
Dans mon esprit, maternage/parentage proximal= proximité physique continuelle, jusqu’au détachement des enfants, d’eux-mêmes. Cela implique que la nuit, forcément, c’est également le cas.
MAIS le problème que le cododo ou le “sommeil partagé” est tout de même assez mal perçu … en Occident !

Par exemple, voici le titre d’un article de 2011 : « Bad news for dads: Babies ‘should share mother’s bed until age three’ because it’s good for their hearts « 

Il faudrait déjà savoir pourquoi c’est une “mauvaise nouvelle pour les pères” de dormir avec leurs enfants. Le titre est évocateur et complétement influencé : dans le cododo, il y aurait un perdant : le/la conjoint.e !

Ensuite, il y a des croyances : dormir ensemble rend les enfants dépendants. Une idée préconçue veut que les enfants soient censés « apprendre à dormir seul ». Pour cela, diverses techniques dont le « 5-10-15 », où le principe est simplement de laisser le bébé pleurer de plus en plus longtemps. Jusqu’à ce qu’il se taise et cesse de réclamer.
C’est donc de la résignation acquise. Le bébé n’apprend nullement à dormir seul. Il intègre que son environnement ne lui assure pas la réponse à ses besoins et se met en mode « survie ».
Les « problèmes de sommeil » des enfants (c’est-à-dire des résistances à l’endormissent) sont typiques de l’Occident. Surtout, le rapport au sommeil des enfants est très particulier, puisque éminemment culturel. Si l’on effectue des comparaisons, le modèle d’enfant précocement indépendant, par rapport au sommeil, est rare (Crawford, 1994, p. 46).
Même dans d’autres société industrialisée, comme au Japon, en Chine ou en Corée du Sud, il est normal de considérer que les enfants ont besoin de leurs pairs pour être équilibrés et sereins. Cela implique qu’ils partagent sans encombre l’espace de repos, de manière à assurer une présence corporelle aux enfants.
En outre, les réveils durant la nuit sont considérés comme normaux. Grâce au cododo, le sommeil des parents n’est que peu dérangé puisque les enfants ont la possibilité d’être rapidement rassurés.
A l’inverse dans les sociétés occidentales, la question du « bon sommeil » des enfants est un des sujets privilégiés.
« Alors, il fait ses nuits ? » doit être dans le top 3 des questions posées aux jeunes parents. Il est attendu que, très vite, un bébé ne se réveille plus et ne boive plus de lait la nuit (certains pédiatres vont évoquer un poids ou un âge (différent en fonction de chaque professionnels) auquel il n’est plus nécessaire que les enfants boivent la nuit).
Le rapport au sommeil partagé et aux « troubles du sommeil » présumés sont ainsi totalement différent.

Mais pourquoi un tel rejet ?

Cela prend racine au Moyen-Âge, avec la progression de la religion qui a rendu tous les rapports au corps impurs. Il n’était alors pas bien perçu d’être dans une proximité physique. En outre, il est suggéré que l’Eglise a découragé le cododo. Les naissances ne bénéficiant pas de régulation comme c’est le cas actuellement, il était suspecté que certains parents commettent des infanticides prétextant un étouffement accidentel pendant le sommeil.

A notre époque, il n’est pas rare que considérer que le lit est un domaine conjugal, et non familial, et qu’il doit rester l’espace spécifique du couple.
Il est étonnant de savoir qu’il n’y a pas si longtemps, le fait de partager son lit avec le partenaire pour dormir était très mal considéré ! Durant l’époque victorienne, partager le lit était perçu comme malsain et dangereux : ses forces de vie seraient happées par celui/celle dont on partage le lit (écrit dans « Dreamland: Adventures in the Strange Science of Sleep », David K. Randall).

Des différences sont également notables en fonction du climat : il est commun dans les pays très chauds de dormir séparément.

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Hamacs en Guyane

A l’heure actuelle, en Occident, il est entendu que les couples partagent le même lit. La plupart des gens s’alarment en apprenant qu’un couple ne dort plus ensemble toutes les nuits.
C’est oublié rapidement les habitudes de certains de nos arrière-grands-parents qui dormaient souvent sur deux matelas séparés voire dans deux chambres différentes.
C’est parfois une solution encore adoptée par des couples dont l’un des deux ronfle, si l’un.e des partenaires se lèvent ou se couchent particulièrement tard, et aussi, dans certains cas de cododo avec les enfants.
Le rapport au sommeil partagé n’est pas problématique s’il est discuté (comme tout, en réalit é!). Certains couples ne parlent pas de ces situations quotidiennes et peuvent développer de l’amertume qui ressort par des petites phrases acerbes : « Oh ! Tu as encore bougé/ronflé/t’es levé.e beaucoup cette nuit! Ça me réveille ! Tu es pénible ! ».
Cela peut être un choix délibéré que de dormir séparément. Cela demande de la discussion et de jouer carte sur table concernant les besoins de chacun.
Il en va de même pour le cododo, et donc le partage du lit ou de la chambre avec le.s enfant.s. Cela peut être subi ou vécu de manière épanouie.

Le Cododo et ses mythes

La société en a une mauvaise image car cela laisse penser que les enfants ne sont pas indépendants de leurs parents (ce qui est attendu très tôt, en Occident). De plus, on sous-entend que les adultes « abdiquent » et laissent les enfants décider leur lieu de sommeil, sans respecter leur intimité. D’ailleurs, il est considéré que le cododo est un frein à la sexualité. Enfin, il serait en cause dans l’augmentation de la fréquence de la MIN (Mort Inattendue du nourrisson, ou SIDS en acronyme anglo-saxon).
Mythes ou pas ?

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Non, c’est un fait. Les enfants ne sont pas indépendants des adultes. D’ailleurs, aucun humain ne peut être considéré comme réellement « indépendant » puisque nous sommes une espèce totalement grégaire et ayant besoin de relations interpersonnelles.
A sa naissance, le bébé humain est dans une dépendance folle par rapport à ses référents. Sans eux, il meurt. Et il le sait.
C’est la raison pour laquelle, après avoir passé 9 mois contenu dans un environnement globalement constant, en l’absence de sensations digestives, avec un thermostat intégré et une présence intégrale, il/elle ne peut pas être serein.e posé.e dans un berceau.
Au contraire, le bébé a besoin du contact constamment les premiers mois. C’est pour ça que le portage est indispensable pour ne pas se ruiner les épaules. Il est profitable lâcher-prise et prolonger sans résistance dans le maternage proximal… C’est vraiment la voie la plus simple pour une sérénité quotidienne (sérénité spécifique de jeunes parents, faut-il le rappeler ?!). Le cododo répond au besoin de présence rassurante pour les enfants. Je rappelle que la plupart des organismes de santé tels que l’OMS ou l’UNICEF recommande le cododo, ou a minima le partage de la chambre, jusqu’à l’âge de 6 mois et tend à une prolongation jusqu’à 9 mois.

Le deuxième mythe est que les enfants décideraient de leur lieu de repos et que cela dénote d’une démission parentale et d’un certain laxisme face au cadre.
Cette perception de l’enfance et de l’accompagnement des petits est traditionnaliste… et inconstestablement adultiste (ici pour un point sur cette notion).
Je pense que les gens qui estiment que les parents abdiquent quand ils répondent aux besoins de leurs enfants sans attendre souffrent d’un manque de connaissances en la matière. Que ce soit pour l’allaitement, les pleurs, le cododo, il est maintenant très clair dans la littérature scientifique que la réponse sans délais aux besoins des bébés leur est profitable.
Il n’y a strictement aucun bénéfice à différer une réponse à un besoin.
Dans le livre de Margot Sunderland « La science de l’enfant heureux : épanouir son enfant grâce aux connaissances sur le cerveau », tous ces éléments sont bien précisés et expliqués. Catherine Gueguen également a fait ce travail de rendre accessibles ces informations, de manière à ce que la réactivité aux besoins des enfants prime sur tout le reste. C’est une question de construction même du cerveau et, par la suite, des relations interpersonnelles.
Il fut démontré que la propension spontanée à câliner un enfant qui pleure est déterminée par ce que furent les réponses de nos référents à nos propres pleurs.
Si tes parents avaient tendance à s’énerver, à crier ou à te laisser pleurer, il est fort probable que les pleurs de ton enfant n’engendrent pas seulement de l’empathie. Cela réveillera également de l’énervement et un empressement de le faire taire.
L’absence de réaction empathique dans la petite enfance interfère avec la construction de la régulation émotionnelle.
Bref, point de laxisme ou de débordement du cadre lorsqu’un enfant dort avec ses parents : il s’agit juste d’un cadre plus opportun pour son développement et ses besoins actuels.

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Une illustratrice au top, cette Fanny !

Ensuite, le sujet de l’intimité du couple vient sur la table. LE sujet qui revient en boucle chez l’entourage qui, jusque-là, n’avait jamais questionné ta vie sexuelle. Étrange quand même que le fait de devenir parents et les habitudes de vie qui l’accompagne offrent une tribune publique à ce sujet.
Alors, en effet, il est possible que le fait d’avoir un enfant entame la libido d’un ou des deux partenaires. Certain.e.s n’éprouvent plus énormément de désir pendant une période, parce que l’arrivée et la vie avec un bébé en bas-âge est plutôt… sportive !
Alors, avec souvent des nuits coupées, il est fréquent que l’investissement soit plutôt mis dans le repos/sommeil que dans les galipettes.
Est-ce que le cododo freine d’autant plus la libido ? Je pense que cela dépend de chaque couple.
Si la sexualité du couple se passait exclusivement dans le lit et la nuit, il est possible que cela ait un impact. Mais, concrètement, rien n’empêche les deux partenaires motivés à quitter la chambre habituelle pour investir un autre espace aussi propice (je crois que tous les parents qui pratiquent le cododo voient régulièrement leur canapé sous un autre angle, pendant cette période).
Je me remémore le témoignage d’un papa qui évoquait sa joie : « C’était chouette quand ils étaient petits. On pouvait le faire partout ! Maintenant qu’ils sont ado… On est cloîtré dans la chambre ! ».
Le fait est qu’avoir un enfant modifie la vie et aussi la vie sexuelle. La disponibilité physique et parfois mentale peut être moindre.
Il est indispensable d’être honnête sur le sujet au sein du couple. Il se peut que Madame n’ait pas envie pendant de longues semaines voire mois après son accouchement. Il se peut aussi qu’ils/elles aient du mal à trouver leurs repères dans cette nouvelle vie et qu’ils/elles soient en décalage l’un avec l’autre.
L’arrivée d’un enfant, que ce soit le premier ou le troisième, rebat les cartes et investit massivement l’esprit et le corps. Forcément, la personne qui a porté l’enfant a un vécu corporel que l’autre ne peut expérimenter en tant que tel.
De toute manière, à tous les sujets, les perceptions peuvent être totalement discordantes au sein des couples. L’important est de discuter, sans rancune, sans heurt et avec authenticité.
Il est nécessaire de pouvoir dire : « Non, je n’ai pas envie de ça » et/ou « Tu me manques ! ». Il est ensuite possible de trouver des moyens de combler les besoins de chacun (/ !\ à différencier des envies, ici pour lire un retour sur les besoins de l’humain).
Enfin, je rassure quand même : certains couples ne vivent aucune période de disette ou du moins, n’en souffre pas, parce qu’ils partagent les mêmes ressentis.
Aller, histoire de clore le sujet : n’hésitez pas à vous munir de lubrifiant pour les premières fois (au moins). L’allaitement peut générer quelques épisodes de sécheresses vaginales. Pas d’inquiétude si le corps ne réagit pas tout à fait comme avant, il y a eu un sacré chambardement durant l’accouchement et avec le travail des hormones.

Comme dernier mythe aussi persistant que controversé : la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN, terme qui a remplacé Mort Subite du Nourrison)
C’est la terreur des jeunes parents, indubitablement. Je crois que tous, autant que nous sommes, avons scruté/scrutons les mouvements respiratoires de nos tout-petits.
Je ne sais pas si tu le sais mais l’allaitement diminue le risque de MIN… Il y a plusieurs facteurs (peut-être cela fera-t-il l’objet d’un autre article ?!) et l’un d’eux est la proximité mère-bébé pendant le sommeil. Il a également été démontré de nombreuses fois, dont par l’équipe du Dr. Bergman, que le « Kangaroo Mother Care » dont les contacts peau-à-peau sont déterminants pour le nouveau-né. Lors de ces contacts, le rythme cardiaque des bébés ralentit notablement démontrant une décontraction maximale et la température corporelle se régule.
Bergman dit même: “The mother’s body is the only natural, healthy environment for a new baby” (Le corps de la mère est le seul environnement naturel et sain pour un nouveau-né).
Cela implique donc forcément des relations proximales durant les moments de sommeil.

Certaines études ont mis en évidence que le cododo, sur le même matelas, augmente les risques de MIN. Il s’avère que dans ces études, les règles de sécurité régissant un cododo sécuritaire n’ont pas été observées de manière rigoureuse.
La plupart du temps, dans le cas de décès en cododo, les parents avaient consommés des substances psychoactives (drogues ou alcool), fumaient (et cela engendre des dégagements gazeux risqués pour le fragile système respiratoire du nouveau-né), avaient laissé des édredons et autres coussins à proximité du bébé ou avaient un matelas trop souple.
Pendant des années, les méta-analyses, se servant des données des études précédentes, ont répété invariablement que le bedsharing (le partage de lit) était un facteur de risque. Les dernières recherches en la matière s’efforcent de contrôler les conditions non sécuritaires. Il apparaît alors que le partage de lit sécuritaire est relativement équivalent en termes de sureté au partage de chambre (qui lui est recommandé fermement jusqu’à 6 mois).

Il s’avère que les études ont été effectuées aux États-Unis, ce qui explique la perception anthropocentrée de celle-ci. Par la suite, le milieu scientifique s’est tout de même questionné sur les pratiques inhérentes au sommeil dans d’autres cultures… dont des pays industrialisés comme le Chine, la Corée du Sud ou le Japon.
Dans ces pays-là (comme dans la plupart du Monde hors Occident), le cododo (partage de lit !) est pratiqué de manière traditionnelle, parfois jusqu’à l’adolescence. Et pourtant, il est notable de constater que le taux de MIN à Hong-Kong est parmi les plus bas du Monde.
Il s’agit ainsi de questionnements et de peur totalement occidentales, puisque ces pratiques ne sont pas questionnées ailleurs sur le globe. La plupart des ethnies ne comprennent pas pourquoi il serait question de laisser un bébé dormir seul et assimilent, pour certaines, cela à de la maltraitance.
En outre, j’apprécie énormément la réponse du Dr. Alain Benoît (Pédiatre) et intervenant cette fois-là dans « La Maison des Maternelles » dans cette émission-là (je précise à dessein car ils ont déjà invités d’autres « spécialistes » qui vont à l’encontre de ce que ce pédiatre a dit…) : « C’est vraiment un problème de riches ! La plupart des populations du Globe, il n’y a pas de choix entre faire ou non du cododo. (…) Dire que le bébé peut s’en passer, c’est oublier qu’il sort du ventre de sa mère ! (…) En regardant de plus près dans les études, on a pu démontrer que le cododo prévenait la MIN et non l’inverse ! ».
Je mets en sources quelques articles que j’ai lus (pas tous, sinon, ça prendrait trop de place !) afin de fonder mon propos.

Tout ça pour dire, qu’encore une fois comme pour le portage, le maternage proximal et l’allaitement, il ne faut pas regarder dans l’histoire de l’Occident. Au nom de l’esprit, nos pays ont fait fi des besoins corporels primaires. Les communautés, où les besoins sont des moteurs d’actions concrètes, sont des sources intarissables d’inspiration pour s’épanouir dans le vécu de la parentalité (voir le Concept de Continuum).

cododo

Pourquoi le pratiquer ?

Tu n’es pas sans savoir qu’un nourrisson a besoin d’une protection constante. En oubliant le conditionnement social, nous suivons nos intuitions qui nous poussent vers une tendance « enracinées » en nous depuis des millénaires.
La plupart des parents l’expérimentent d’ailleurs : « Il dort tellement bien en portage et dès qu’on veut le poser, il pleure ! ». Oui, c’est normal et mu par son besoin de proximité qui lui assure de la sécurité.
L’Humain, en tant que mammifère, fait partie des primates portés. Cela se différencie notablement, des espèces nidicoles comme le chien ou le loup. Il y a un rapport clair entre l’intensité des besoins des nouveau-nés et le nombre de petits ainsi que la rapidité de leur croissance. On remarque allègrement que les chiens/chats/lapins/… sont indépendants relativement rapidement (aux alentours de 3 mois). Combien faut-il de temps pour qu’un humain soit considéré comme possiblement indépendant ?
Bref, cela démontre que la dépendance du nourrisson est intégrale et que les moments de sommeil ne font, bien entendu pas exception.
Souviens-toi que l’humain fut nomade avant qu’il se sédentarise et construise ses habitats. Cela implique que le nourrisson ne pouvait pas être posé sereinement, il était forcément au contact constant d’un autre humain. Ces nécessités sont ancrées profondément en nous. Définitivement, l’anthropologie a beaucoup à nous apprendre concernant le soin aux enfants !

De plus, il est nécessaire de rappeler que les enfants se développent en fonction de l’environnement auquel ils sont confrontés. Il a été démontré à plusieurs reprises que le cerveau du bébé se développe différemment en fonction des soins qu’il reçoit. Toujours dans le livre de Margot Sunderland « La science de l’enfant heureux : épanouir son enfant grâce aux connaissances sur le cerveau », des clichés d’imagerie médicale témoignent des effets des soins sur le cerveau. Il est maintenant tout à fait clair qu’un accompagnement empathique, la proximité physique et une réponse immédiate aux besoins des enfants leur permettent de développer leur cerveau de manière optimale. La régulation émotionnelle est la compétence qui souffre le plus d’un manque de soin attentif. Or, les émotions habitent l’ensemble des expériences vécues.
Énormément de personnes éprouvent des difficultés à accepter/gérer/détecter leurs émotions. Cela handicape complétement le quotidien … et est une cause classique de consultation psychologique.

Ensuite, d’un point de vue pratique : j’ai du mal à considérer qu’on se pose réellement la question. Qui a envie de se lever de 3 à 10 fois par nuit pour aller cajoler un bébé… et ensuite tenter de le reposer une fois endormi, ce qui le réveille 9 fois sur 10 ?
Si l’objectif est d’épuiser la mère jeune accouchée (ne nous mentons pas, c’est tout de même plus souvent les mères que les pères qui se lèvent dans une large majorité des cas), je suis sûre que cela fonctionne.
Personnellement, c’était inconcevable. Impossible pour moi de me lever autant. Déjà, je suis réveillée 4 fois par nuit pour une tétée (durant laquelle je me rendors !), je ne vois pas pourquoi je devrais me contraindre à déplacer mon enfant dans son lit une fois assoupi. Cela demande bien trop de vigilance à nos pauvres organismes déjà éreintés par la naissance et la vie quotidienne avec un tout petit.

Jusque-là, je n’ai abordé que les nouveau-nés et la recommandation du sommeil partagé jusqu’à 6 voire 9 mois. Après cette période, cela va dépendre complétement des enfants.
Certains seront sereins et continueront à profiter du cododo. Souvent, le.s parent.s est alors très à l’aise pour poursuivre cette pratique jusqu’à ce que les enfants fassent la demande de dormir seul.
Dans d’autres cas, le.s parents ne parviennent pas à dormir correctement avec leur enfant dans leur lit ou dans leur chambre. Les bruits émis par leur enfant le.s réveillent. Souvent, les mères qui ont des craintes particulières et ne parviennent pas à se rendormir pendant les tétées nocturnes. Il est alors possible de proposer aux enfants de rejoindre leur chambre et d’aller les allaiter la nuit.
Il n’est pas rare que les enfants qui se réveillent encore 2 ou 3 fois par nuit ne le fassent plus lorsqu’ils sont dans leur chambre. Au-delà de 6/9 mois, cela ne constitue plus un risque concernant la MIN ou l’allaitement.
Cependant, cela explique pourquoi il est indispensable de garder les enfants auprès de soi durant les premiers mois ! Les phases de sommeil trop profondes et trop longues ne sont pas adaptées à la physiologie du nouveau-né. Ce dernier peut se mettre en « mode survie » et ne plus se réveiller pour téter car il n’en a pas l’énergie.

Comment faire rimer sommeil partagé avec sécurité ?

La plupart des scientifiques NON ethnocentrés sur l’Occident mettent en évidence la nécessité d’instruire aux futurs parents les bases sécuritaires du sommeil partagé. Il est largement préférable de donner accès aux règles de sécurité plutôt que de les décourager à pratiquer le cododo… et qu’ils le fassent « en secret » sans connaître les mesures sécuritaires.

cododo exemple
Exemple de configuration avec un lit annexe

Voici donc les précautions à appliquer :

  • Ne pas pratiquer le cododo après la consommation de substances psychoactives (alcool, drogues, somnifère)
  • Le matelas doit être ferme et plat (il faut aussi que l’éventuelle alaise soit respirante !)
  • Le bébé ne doit pas pouvoir rouler du lit ou se retrouver coincé entre le matelas et le mur, ou entre son lit de cododo et le matelas du/des parents.
  • La pièce doit être à une température entre 18 et 20 degrés.
  • Le bébé ne doit pas être trop couvert (body + pyjama + gigoteuse/surpyjama)
    Le drap ou la couverture ne doivent pas recouvrir tout le buste du bébé
  • Ne jamais laisser d’oreiller/coussin d’allaitement à proximité de bébé (pas avant l’âge de la marche à peu près).
  • Si le bébé se retrouve seul dans le lit (sieste ou début de nuit), il est nécessaire que le bébé ne puisse pas tomber par l’arrangement de la chambre. Idéalement, un lit au sol est le plus sécuritaire.
  • Le bébé doit se trouvé du côté extérieur de la mère allaitante, et non au milieu du lit s’il y a un.e partenaire.
  • Si un enfant plus âgé partage aussi le lit, un parent doit se positionner entre eux.
  • Exclure les animaux de compagnie du lit familial, surtout avant l’âge où l’enfant est en mesure de parler ou de se mouvoir avec aisance.
  • Il ne faut pas dormir avec son bébé dans un canapé/sofa/fauteuil.

Pour finir, en reprenant les mots du pape scientifique du cododo, le Dr. James McKenna, éminent anthropologiste : « Dormir comme un bébé » est une expression commune, mais que veut-elle dire vraiment ? Cela implique un bébé qui dort auprès de sa mère avec des tétées régulières ».

Repose-toi bien, Lectrice ou Lecteur curieu.se.x !

Quelques articles et références que j’affectionne :

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Conflits et tiraillements autour des principes éducatifs, comment s’en sort-on ?

A la base de cet article, plusieurs constats :

  • Les couples ne se portent que rarement mieux après avoir fait des enfants ;
  • Il y a beaucoup de conflits conjugaux autour de la manière de s’occuper des enfants ;
  • Entre l’avant naissance et l’après, les principes portés par les parents ont souvent changé ;
  • Les jeunes parents modifient leur cercle d’ami.e.s ou voient celui-ci se restreindre ;
  • Certaines des attitudes de nos enfants mettent les parents hors d’eux :
  • Quand les enfants émettent des remarques ou ont des attitudes dans lesquelles les parents se reconnaissent, il y a un vif sentiment d’étrangeté qui émerge.

Pourquoi de telles explosions et ces décalages qui rendent le déroulement de la vie de jeunes parents compliquée ?

C’est la société, le problème !

Bon, dis comme ça, ça ne veut rien dire …mais ça veut tout dire. Est-ce que ça fait de moi une espèce de « social justice warrior » des enfants et de la parentalité ? B-)

smiley lunette soleil

Il s’avère qu’en Occident, nous évoluons dans un univers assez cloisonné.
Les enfants sont souvent éloignés des situations de la vie de tous les jours et des environnements qui ne leurs sont pas spécifiquement dédiés.
Par exemple, il est rare de croiser des enfants accompagnant leur mère à une formation, d’un rendez-vous médical, ou encore lorsqu’on veut se rendre dans un lieu plus « guindé ».

On peut se dire que c’est logique, car les enfants sont remuants et pas forcément épanouis dans le cadre restrictif de lieux clos où les gens ont besoin de concentration.
Mais la société ne semble pas croire que parents et enfants veuillent profiter d’activités et d’expériences de vie plus variées que ce qui est prévu pour les enfants… Et qui ne dérangerait pas trop les adultes !
Les femmes seule ou les couples ensemble  n’ont pas le droit de participer à des évènements sans faire garder leurs enfants. C’est donc totalement discriminant.
Je ne dis pas que les parents ne peuvent pas se séparer de leurs enfants s’ils en ont envie, mais qu’ils devraient avoir le choix.

En outre, avoir une société si cloisonnée engendre une méconnaissance totale de ce qu’est un nouveau-né, une mère en suites de couche et les gestes qui permettent l’allaitement et les soins de base. Cela amène à ce que la plupart des personnes, n’ayant pas de grandes familles, n’a jamais eu à s’occuper d’un jeune bébé ou à accompagner une mère récemment accouchée.
Alors il y a énormément d’angoisses autour de la naissance.
L’accouchement a été rendu totalement médicalisé, sous prétexte de se prémunir de morts en couche. Mais on a alors installé les femmes de manière à  ce qu’elles soient facilement accessibles par les médecins… au détriment de la physiologie !

position gynéco
Ensuite, il a été possible de proposer des sédations puis la péridurale pour épargner la douleur de l’accouchement… mais aussi soulager la prise en charge des patientes par le personnel.
C’est une réalité : une femme qui accouche sans péridurale demande plus de présence lors du travail. Mais ce sont elles qui auront, majoritairement, des suites de couche les plus agréables  (je te renvoie à mes articles sur l’accouchement et la préparation à celui-ci).

Ensuite, viennent les inquiétudes anticipées des premières semaines de vie du nouveau-né. Comment va se comporter ce petit-être ? Comment vais-je être comme parent ?
Et la fatigue ? Les suites de couche (tiens, on m’avait pas parlé assez des tranchées !) ? Et comment je vais m’en sortir si elle/il pleure à pleins poumons ?
Ces inquiétudes sont d’autant plus fortes que nous n’avons pas la possibilité de voir régulièrement d’autres nouveaux-nés au quotidien, avant le(s) sien(s).

 

Les Principes vs. La Réalité

La réalité du vécu est, fréquemment, en décalage totale avec la conception que les futurs parents élaborent. Se mêlent alors des angoisses excessives et un manque de confiance en soi face aux réactions du nouvel arrivant.
Nous apprenons grâce à l’observation d’autrui.
Qui observe encore une mère vivre au quotidien avec son nouveau-né en ensuite ses enfants avant d’avoir les siens ?
Dans la société occidentale, c’est très rare.
Au mieux, on voit les jeunes parents pendant 2h, chez eux, le temps d’un café/thé/chocolat chaud/jus de goyave/jus vert (pour les plus maso ! Ok, je plaisante !) mais on ne s’imprègne pas de leur vie. La plupart d’entre nous ne savent pas comment s’articule une vie avec des enfants avant d’en avoir.

En plus de ce manque d’exposition aux situations concrètes, notre histoire personnelle nous amène un filtre pour la perception de ces situations.
Certains seront choqués d’entendre le ton monter alors que d’autres trouveront ça normal. Il en va de même pour les enfants « remuants ». Beaucoup se dise que leurs enfants ne sont jamais aussi actifs voire dérangeants.
Au mieux, il s’agit de méconnaissance du développement infantile, au pire, c’est parce que ces personnes-là ont été élevé avec des principes adultistes forts. Pour un retour sur la notion d’adultisme : voici un article.
Ils pensent qu’un enfant doit obéir ou se comporter « en rapport avec la situation ».
A titre d’exemple personnel, j’avais 23 ans, et en pleine études de psychologie. J’essayais de convaincre mon ex-belle-sœur qu’il fallait ABSOLUMENT que son fils de 3 ans dorme seul, surtout avant l’arrivée de la seconde.
Pourquoi ?
Rétrospectivement, je n’en sais rien ! Je ne saurais mettre le doigt sur ce que je trouvais impérieux à l’époque.

Peut-être parce qu’en occident, on croit que les enfants vont bien s’ils dorment seuls. Que c’est un bon indicateur de bien-être… « Alors, il dort bien ? Il fait ses nuits ? ». Vous souhaitez la réponse consensuelle ou la réalité ? Globalement, elles sont diamétralement opposées, pour avoir la paix !
Ensuite, parce que moi-même, j’ai été mise dans mon lit, dans ma chambre très tôt.
Parce que, peut-être aussi, certaines théories psy des vieux de la vieilles font miroiter que les enfants ont besoin de développer leur « autonomie » pour se sentir tel un individu unique et qu’il faut absolument faire ça avant le complexe d’Œdipe (Lolilol, on en reparlera de ça … ! Spoiler : c’est un peu du bullshit ce qu’on en dit dans le cadre de l’accompagnement des enfants).

Bref, à 23 ans, j’étais pleine de préjugés, de fausses croyances et surtout, de méconnaissance du développement infantile et de ce que c’est qu’être parent, en VRAI ! (PS : Laeti, si tu passes par-là, pardon ! Tu es et as toujours été une maman géniale, c’est vraiment nul qu’on ait pu te faire croire l’inverse !).

 

En devenant parents, on confronte les «principes éducatifs » et les besoins de son/ses enfant(s).
Le second point devrait gagner haut la main sans qu’on se pose de question. Mais cela marche mieux si on est informé.e ! C’est pour ça que j’ai fait un article sur le 4ème trimestre de « grossesse ».

« Avant, j’avais des principes et puis j’ai eu des enfants ! »
On entend beaucoup cette maxime, assez réaliste mais qui démontrent à quel point l’information est nécessaire en amont pour ne pas vivre un sentiment d’échec si les évènements ne se déroulent pas comme prévus.

Dans mon cas, je suis tombée sur le sujet de l’éducation bienveillante et positive avant d’être enceinte. Je me suis passionnée pour le sujet et tous les domaines connexes (HNI, langue des signes pour bébé, allaitement, communication non-violente, etc).
Quelle chance ! Vraiment ! Tous les jours, je suis heureuse d’avoir pu apprendre cela avant de vivre ma vie de mère.

La connaissance des besoins des enfants et du développement infantile modifie radicalement la perspective que nous avons de ces petits êtres. Cela permet de travailler sur ses propres « démons », ses failles et de pousser plus loin les questionnements sur les manières d’agir.
Grâce à cela, je n’ai pas été « étonnée » de la réalité du nouveau-né. J’ai lâché-prise aisément et j’ai pris les choses comme elles venaient.
L’allaitement à la demande et le cododo sont une évidence pour garder la sérénité du bébé et sa santé mentale intacte (ou presque).
J’estime réellement que le plus grand soutien de l’entourage est nécessaire. Il ne doit pas forcément être actif… L’abstention de commentaires désobligeants est déjà une victoire !
Cela dit, je souhaite à toutes les mères de pouvoir être entourées de manière active, pour être délestées des tâches pénibles. Et cela à tous les âges des enfants !
S’informer et discuter !

Il y a peu, je disais à une femme que les discussions de couple sur la manière d’accompagner les enfants (je commence à vraiment avoir du mal avec le terme « éducation », je lui préfère « accompagnement », puisque je ne considère pas que je suis en mesure de modeler mon enfant mais de l’impacter).
Réaction immédiate : « Nous l’avions fait ! Mais depuis, je me suis renseignée davantage et tous les principes que nous avions ont volé en éclats, car cela ne répond pas aux besoins réels des enfants. Et mon/ma conjoint.e n’a pas voulu entendre parler de ces changements de perspectives. Il les subit et m’en veut ».
Aïe !
C’est vrai ! Les femmes qui portent l’enfant sont d’autant plus susceptibles de changer de point de vue … parce que leur corps est investi autant que leur esprit. Beaucoup d’entre elles passent énormément de temps à s’informer (et là, l’important est d’avoir les sources d’informations fiables) et à se projeter en tant que mère. La personne « à côté » est souvent moins monopolisée par ses idées et donc, effectue moins de recherches d’informations.
Un décalage peut se créer comme ça.

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Ensuite, il y a le vécu post-accouchement. La jeune accouchée sent bien certains besoins de son bébé, en contradiction avec les croyances : dormir uniquement porté et téter très régulièrement sont les principaux étonnements des premières semaines/mois.
C’est grâce à cette « surprise » que les inventeurs du milieu de la puériculture essaye de faire acheter n’importe quoi pour endormir le bébé (balancelle, peluche aux bruits blancs, etc)  et qu’il tête autre chose que le sein (la tétine, une arme anti-allaitement). Or, les besoins de contact et de succion sont vitaux pour le nouveau-né : le contact lui assure chaleur et attention, la succion permet de mettre en route la lactation. En adoptant un substitut tel que la tétine, on propose aux enfants de se passer du sein pour se rassurer (ce qui est déjà une méprise car ils ont besoin de bien plus que juste la succion à vide d’un bout de plastique) et cela met un coup à l’allaitement puisque le bébé ne stimule pas suffisamment.

En plus de cela, il faut savoir que les enfants ne sont pas ces petits « pervers narcissiques » qui deviendraient des tyrans à coup de caprices.
Grâce aux connaissances en neurosciences affectives, nous avons la certitude que les enfants agissent sous la gouverne de leurs émotions et sans intention nocive.
Mais les mythes ont la peau dure, dont le fameux « tu vas en faire un bébé-bras ! » (j’y ai consacré un article, sur le portage !) .

S’informer et partager ces éléments à l’entourage, de manière à les faire se questionner, permet d’amorcer un changement de paradigme entre les principes et la réalité.

Alors, oui, Il faut s’informer et discuter en amont même de la grossesse, si c’est possible. Parce que sincèrement, dans certains cas, l’attitude de son/sa conjoint.e face aux enfants peuvent être tellement rébarbative que les couples explosent avant la concrétisation des enfants.
Il faudrait aussi parler, en couple, du « baby-clash ». Ce passage à vide très fréquent qui a lieu dans les couples après la naissance d’un enfant.

Il semble qu’il y ait un taux de séparation de l’ordre de 20 à 25% dans les mois qui suivent la naissance (selon le Dr Geberowicz, co-auteur avec Colette Barroux du livre : «  Le Baby-clash : Le couple à l’épreuve de l’enfant »).
Même s’il n’est pas possible d’anticiper toutes ses réactions, il semble indispensable de discuter de ce fait et de s’attendre à des difficultés.

Afin de pouvoir passer outre, il faut savoir que ces conflits sont susceptibles de survenir : à cause de la fatigue, parce qu’un des deux partenaires se sent délaissé.e.s, que l’autre ne se sent pas aussi épanoui.e.s que prévu, qu’il y a des embauches en termes de santé… Bref, savoir qu’il y a des facteurs qui vont amener ces désaccords.
La seule solution est une authenticité totale : vraiment échanger, sur ses états d’âme, ses peurs, ses sentiments, et sur le fait qu’on est, finalement, en désaccords avec les principes qui furent communément déterminés auparavant.

Anticiper ou lâcher-prise ?

Pour éviter de se perdre dans les méandres du casse-tête moral,  une solution : lâcher-prise !
Une fois que tu t’es bien renseigné.e (et cela ne s’achève jamais !), il est utile d’apprendre à lâcher-prise concernant les éléments sur lesquels tu n’as de toute façon pas prise !

Par exemple ? Le rythme des tétées ou encore, les moments/heures de sommeil, sa propre pudeur, le fait de passer des soirées avec un bébé qui dort sur soi pendant plusieurs mois, etc.

J’ai tendance à rappeler une chose, qui n’est pas une solution, mais un constat : ces moments passent !

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C’est une lapalissade, mais il ne faut pas le perdre de vue, dans les jours où cette dépendance extrême des enfants peut être difficile à vivre.
Pendant quelques mois, cela sera intense. Et puis de moins en moins, en termes de maternage pur. Ensuite, ce sont d’autres demandes qui surgiront, mais c’est toujours pareil… La petite-enfance passe en un éclair.
Sur le moment, il peut y avoir un sentiment de découragement ou d’être débordé.e. Mais  lorsque cela sera remis en perspective, quelques années plus tard, cela semblera très court… Car ça l’est, en regard de la durée d’une vie.

Il faut apprendre à lâcher-prise, à prendre les évènements comme ils surviennent et y réagir en mettant en avant les besoins des enfants.

Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. Et d’autant plus lorsqu’il y a un couple où il y a ainsi deux cerveaux susceptibles de soulever deux fois plus d’interrogations.

Il s’avère que les enfants ont les codes pour déclencher des réactions enfouies !
Avant d’être plongé dans ce rôle de parents, notre vécu en tant qu’enfant n’avait pas une résonance aussi forte.
A partir du moment où vient la parentalité, cela plonge les (futurs) parents dans leur propre vécu.
Pendant la grossesse, il est fréquent que les futurs grands-parents soient questionnés tant et plus sur la manière dont cela s’était passé pour soi-même.
Au fur et à mesure, on se crée une image de ce qu’on souhaiterait et de ce qu’on pourrait vivre.
Et puis les mois défilent et le bébé est, souvent, différent du bébé imaginé.
Les proches peuvent effectuer des remarques qui piquent au vif tant la susceptibilité que l’égo. Subtilement, cela peut remettre en question les attitudes adoptées avec les enfants.
Ensuite, ces derniers grandissent et développent des comportements qui peuvent nous attendrir mais aussi… nous exaspérer !
Par exemple, un enfant qui aurait tendance à chouiner fréquemment, ou à taper des pieds de frustration (tiens, j’en parle là, de la frustration !).
Étrangement, certaines attitudes déclenchent un vrai agacement ! Mais pourquoi spécifiquement celles-là ?

Il est probable qu’en tant qu’enfant, cet adulte irrité ait du des comportements similaires à ceux de son enfant et qu’il ait reçu, au mieux, une « fin de non-recevoir » en réponse.
Dans tous les cas, ces comportements sont restés ancrés en nous, inconsciemment… Et ils sont réactivés par l’exposition à son propre enfant.
Les réactions des parents sont alors vives et peuvent être explosives sans crier gare.

Retour sur son propre vécu

Lorsqu’une réaction volcanique survient ou qu’une irritation est persistante, il est opportun de s’y pencher.
C’est un indicateur fiable qu’il y a matière à s’interroger !

En mettant sous la loupe ses propres réponses aux attitudes des enfants, il est possible de découvrir un part de soi.
Cela peut être la manifestation qu’il y a une émotion cachée là-dessous.

Dans les dernières générations, il n’était pas prioritaire d’amener les enfants à exprimer et vivre leurs émotions. Loin s’en faut !
Le modèle était plutôt à l’éducation d’enfants obéissants et sages, dont les frustrations se vivaient à bas bruit. Si ce n’était pas la réalité de l’enfance, c’est l’image qui était considérée comme « idéale ».
Beaucoup de subterfuges furent/sont utilisés pour y parvenir, des brimades aux punitions (dont je parle ici) mais aussi à l’ordre de ne pas exprimer ses émotions (« taistoi! », « file dans ta chambre! », …), tout simplement !
Hors, toutes ces émotions rentrées finissent souvent par sortir d’une manière ou d’une autre lorsqu’un déclencheur les active.
Et les enfants sont de merveilleux déclencheurs.

Lorsqu’on est soumis (car c’est plus fort que nous) à de telles réponses de notre part, je suggère de prendre le temps de prendre du recul.
Il serait plus simple de mettre ça sur le compte de la fatigue (qui est un accélérateur à particules d’énervement !) mais c’est perdre de l’information. Et puis, quel parent n’est pas un peu fatigué ?

Lorsque tu as été « mis.e à bout » par ton enfant, essaye de pointer précisément ce qui t’a agacé dans l’attitude de ton/tes enfant(s).
Ensuite, projette-toi en tant qu’enfant et tente de te rappeler les réactions de tes parents.
D’une part, ça t’aidera à te remémorer le fait que ce n’est qu’un enfant qui n’a pas les mêmes capacités de gestion émotionnelle que les adultes. D’autre part, cela permettra de fouiller les éléments qui t’incommodent.
Les phrases : « Arrête de soupirer ! » ; « Ne lève pas les yeux au ciel quand je te parle ! » ; « On se tait, à table ! » ; « Mange la bouche fermée ! », etc, te semblent familières ?
Et toi, tu les répètes à ton enfant ?
Quelles sont tes réactions lorsqu’il ne va pas dans le sens que tu souhaiterais ?

Il est fort étonnant aussi de constater que l’énervement fort en réaction  à un comportement ne survient quasiment que face à un enfant.
Imagine que tu déjeunes avec quelqu’un qui mange très salement, et qui fait énormément de bruits en mastiquant (OK, j’admets, c’est une de les failles personnelles. Je ne supporte pas les tenues à table approximatives !).
Te viendrait-il à l’idée de sermonner cet adulte face à toi ?
Or, quand c’est ton enfant, ça te fait bondir. Parce que tu lui as déjà répété de se tenir d’une manière ou d’une autre, et que cette volonté d’avoir un enfant qui sait se tenir est forte… Mais sans doute aussi parce que tu as essuyé énormément de remarques à ce sujet-là (Oui ! Je me suis faite chambrée longtemps par ma mère car « Quand on enlève ton assiette, on voit la trace avec ce qu’il y a autour ! ». Par chance, elle m’a simplement toujours montré comment utiliser mes couverts avec calme, à surveiller ma posture en me rappelant de faire attention afin que je sache « me tenir en société ». Ce fut très bienveillant mais j’en garde une aversion énorme pour les gens qui n’ont pas une tenue irréprochable… Alors que quand je suis seule, je me permets l’opposé de ces codes sociaux !).

Acquérir la capacité à prendre du recul vis-à-vis de ses réactions émotionnelles est déjà un pas inestimable tant pour sa relation à autrui que pour la connaissance de soi.

Tu peux ensuite formuler des observations, sans jugement de toi-même, et chercher des solutions pour reprogrammer tes réactions face aux déclencheurs.
Ce sont souvent des situations où il est nécessaire de finir par lâcher-prise… Et de formuler ses attentes aux enfants en âge de les entendre. Cela n’implique pas qu’ils s’exécuteront, mais tu auras pu extérioriser ton inconfort de manière plus bienveillante tout en respectant tes besoins (si tu veux une perspective sur nos besoins : ici !).

illustrations besoins

Forcément, plus sa propre enfance a été marquée par des comportements agressifs, violents ou réprobateurs, plus nombreux seront les déclencheurs inconscients.
Cela peut être plus dur, mais il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir mener sa parentalité comme on le souhaite.
L’humain est doté d’une capacité de résilience merveilleuse qui peut le faire vivre malgré des expériences traumatiques. Boris Cyrulnik va à l’encontre des adages et raccourcis fréquents qui font état qu’un enfant battu fera un adulte violent. Il précise qu’en développant des liens d’attachement, la résilience peut s’ancrer et que grâce à cet entourage bienveillant, la majorité des enfants battus ne reproduisent pas ce schéma.
Bien sûr, si l’exposition à ces déclencheurs et à l’introspection que cela demande engendre trop d’émotions négatives et de mal-être, il est indispensable de se faire accompagner, à l’aide d’un psychologue, par exemple.

En légitimant et en faisant la paix avec l’enfant que nous étions, en nous rappelant qu’il a existé, nous garantissons de plus belles relations avec nos enfants … et une sérénité pour les générations à venir qui n’auront plus à se battre contre leurs expressions émotionnelles !

A très bientôt, les Curieuses.x !

 

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Raisons et usages des « limites » éducatives : self-help aux parents !

Il est extrêmement fréquent d’entendre dans la plupart des « bons » conseils éducatifs qu’il est impératif de donner des limites claires  aux enfants.
Ces limites sont présentées comme étant sécurisantes et indispensables au bon développement psychologique des enfants.

Je « souris » souvent quand je lis les plaidoyers de certains sur l’utilité fondamentale des limites pour structurer l’enfant… Ils en vantent les mérites, cependant aucune notion concrète en explique leurs aspects sécurisants.

« Il faut un cadre ! ». Oui, mais pourquoi ?

En fait, ce qui plane au-dessus de l’absence de limites, c’est le laxisme.
Alors… Que faire avec ses enfants et comment ?

Il est primordial de comprendre que les enfants ne sont pas des êtres débordants et qui cherchent à gagner « du terrain » sur la liberté des parents.
Cela peut sembler étonnant,  mais c’est le principe qui sous-tend la crainte de la plupart des parents : se faire déborder par un enfant-roi !
Donc, cela sous-entend qu’il est nécessaire de cadrer les enfants afin d’éviter de verser dans ces difficultés. Certains iront jusqu’à affirmer avec foi que la frustration est indispensable car « On n’obtient pas tout ce qu’on veut dans la vie ! ». Si cette question te taraude, je t’invite à lire cet article spécialement dédié à la frustration de l’enfant.

 

En préalable, il est utile de définir la notion de laxisme, puisque c’est ce que l’on souhaite éviter ! Qui est donc cet « ennemi » ?
« C’est l’attitude de quelqu’un qui est excessivement indulgent, tolérant ».
Dans le cadre de l’éducation, le laxisme, c’est surtout ce que les parents ne veulent pas être … sans savoir exactement ce que cela induit.
De plus, cette qualification de « parents laxistes »  est souvent attribuée par l’extérieur comme les ami.e.s et la famille.
Ces personnes basent souvent leur sentence sur une perception adultiste de l’enfance.
Selon une large part de la société, les parents doivent avoir de l’autorité sur leurs enfants. Les enfants seraient censés obéir, se soumettre aux volontés parentales et surtout, respecter les règles édictées puisqu’elles le sont pour leur bien.

Outre la perception adultiste, il est nécessaire de détailler réellement ce que contient le laxisme éducatif.
Il s’agit de parents qui ont perdu de vue les besoins de leurs enfants, surtout en termes relationnels soit par dépit soit par ignorance. Les parents ne parviennent plus à accompagner les enfants.
Le laxisme, à l’extrême, c’est le parent « démissionnaire ».
Par exemple, certains parents ne différencient pas les besoins des envies. Que se passe-t-il pour un enfant qui réclame frénétiquement des bonbons ou qui souhaite constamment regarder la télévision ?
Certains, souvent en difficultés et privés d’alternatives qu’ils jugent accessibles, cèdent à toutes les demandes des enfants de manière à s’assurer qu’ils semblent comblés.
Ces parents peuvent soit être désinvestis de leur rôle parental ou alors agir dans la crainte de perdre l’amour de leur enfant.

C’est à ce niveau-là que la plupart des professionnels de la petite enfance vont s’alarmer en disant que la frustration est nécessaire et qu’il est indispensable de dire « NON ! » de manière suffisante.
J’aborde les aspects concernant l’utilité de la frustration dans cet article, déjà suggéré plus haut.
Mais en s’opposant univoquement aux demandes/comportements des enfants, les parents passent à côté des besoins exprimés par diverses stratégies… tout comme ils passent à côté en accordant toutes les envies passagères. Ils sont confrontés seuls à leurs émotions et à tous les tourments d’enfant au lieu d’être accompagnés et compris réellement.
Tant lorsque les enfants sont confrontés à des murs que lorsqu’ils sont confrontés à du vide, ils ne peuvent plus évoluer dans un environnement « sécure », c’est-à-dire qui comble leurs besoins dont ceux d’attachement et sa confiance afin d’explorer sereinement.

Lorsqu’un parent met une limite au comportement de son enfant (et non pas des « limites à un enfant »), il affirme que son comportement ne convient pas dans le cadre actuel mais qu’il l’aime totalement malgré cela.
Il faut néanmoins ne pas tomber dans le « je fais ça pour son bien ! », car si cela vaut pour certaines choses, cela ne vaut pas pour tout, loin s’en faut !

 

Mais alors, quelles sont les règles/limites qui sont nécessaires pour les enfants … mais aussi pour les parents ?

Faut-il poser des limites, simplement ?

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Les limites ou des règles poreuses ?

Les limites représentent les frontières que les parents ne veulent pas que les enfants franchissent.
Je rejoins Catherine Dumonteuil-Kremer qui estime qu’il vaut mieux parler de règles plutôt que de limites. Les limites, à l’instar des frontières territoriales, sont ancrées et immuables (ou souvent issue de conflits entre États). Les règles, quant à elles, peuvent être repoussées et négociées avec l’ensemble des membres de la famille.

Parce qu’il faut être honnête, les règles ou les limites sont tout à fait personnelles au contexte.
Certains enfants auront le droit de crapahuter sur le canapé, alors que ça hérisse les poils ailleurs.
Une famille peut accepter que son enfant se serve à boire et à manger seul, alors que d’autres refuseront catégoriquement.
Au départ, on peut penser « Non, mon enfant ne sera pas autorisé à grimper sur le canapé ni se servir. »
Bien.
Mais pourquoi ne pas nous questionner intérieure sur ce qui fait infléchir ces décisions ?
Pourquoi sommes-nous parfois aussi radicaux dans certaines «limites » ?

Une piste de réponse se situe dans la « mémoire traumatique ». Nous même, en tant qu’enfant, nous avons été exposés à des situations où l’on nous a opposé des règles.
Sans forcément en avoir conscience, nous avons tendance à répéter celles-ci, juste avec la justification « Cela ne se fait pas ! ».
Petit gag : à une autre époque, cela ne se faisait pas, pour une femme, de porter des pantalons et d’avoir un compte en banque. Heureusement que la société a su se remettre en question !

C’est pour cette raison qu’il est indispensable que les parents puissent rechercher par introspection ce qui les pousse à réagir de façon automatique. (Spoiler Alert : Mon prochain article sera d’ailleurs dédié à cela : comment se connaître pour mieux accompagner les enfants.)

Il y a plusieurs motifs des règles édictées par les parents : la perception de leurs enfants, de leur environnement (les règles peuvent parfois être durcies dans un lieu hors de la maison) mais aussi de leurs propres besoins.
Or, souvent, ce dernier point est négligé.  Faute d’habitude, les parents ne parviennent plus à écouter leurs besoins réels.
Les règles sont imposées lorsqu’une attitude dérange… Mais justement, que dérange-t-elle ?
La plupart du temps, nos réactions sont mues par nos besoins. Pour faire le point sur ce que représentent clairement les besoins, je t’invite à lire cet article.

Il faut être honnête, je suis certaine que ta tolérance est clairement liée à ton état émotionnel, de fatigue voire même de faim !
Il est bien plus difficile d’être empathique et bienveillant quand nos propres besoins ne sont pas comblés.

Tu crois peut-être que pour certaines règles, « Cela va sans dire ».
Non, RIEN ne va sans dire, pour personne… Et encore moins pour les enfants !
Alors n’hésite pas à les exprimer, ces besoins. Pour ce faire, je ne peux que t’inviter à te renseigner sur la communication non-violente qui est un trésor d’optimisme et de baume au cœur… Raison pour laquelle tu trouveras quelques articles sur le blog dans la catégorie correspondante.

Une chose est sûre, les règles ne sont pas un moyen d’exercer de l’autorité sur les enfants, et d’agir « pour leur bien » sans réfléchir au bien-fondé réel de l’intervention des adultes.
Il n’y a plus d’enfants qui désobéissent s’ils n’y a plus de parents qui attendent de la soumission.

point de vue

 

OK, des règles, mais comment ?

 « Un vendre vide n’a pas d’oreille ! »

« Qui dort, dîne ! »

« Un « tiens » vaut mieux que deux « « tu l’auras » ».

« Les câlins ont été inventés pour montrer aux personnes que tu les aimes sans avoir à dire quoi que ce soit. »

Pourquoi ces proverbes ?
Parce que chacun d’eux fait référence à un besoin de base des humains !
Avant de vouloir fixer des règles, il est indispensable de se questionner sur ce qui peut motiver les enfants à agir de manière à nous faire réagir.
Est-ce la fatigue ? La faim ? Le besoin de proximité ? Les besoins relationnels ?

Parce qu’il est absolument nécessaire de garder en mémoire que les besoins de contact/de proximité/relationnels sont des besoins de base !
Les enfants ont besoin de temps de qualité avec leurs référent.e.s.
Il s’agit d’un des besoins les plus malmenés par notre rythme de vie effréné ! Nous avons de multiples tâches à gérer simultanément. Les journées semblent toujours trop courtes…
En réalité, dans le cadre d’une vie active à temps plein, il est difficile de trouver le temps d’être parent auprès des enfants.
Il n’est pas rare qu’on passe du temps « avec les enfants », mais sans réellement « être présent.e aux enfants ».
En plus de cela, les smartphones kidnappent régulièrement l’attention, si on ne décide pas de les laisser choir temporairement.

Dès lors, les enfants en manque de leurs parents, surtout après des journées chargées tant physiquement qu’émotionnellement, peuvent recourir à diverses stratégies pour attirer/conserver leur attention.
Ces attitudes peuvent être agréables mais pas toujours. Les enfants sont susceptibles de demander de l’attention en cherchant tout ce qui fait réagir les parents.

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J’en viens aux différents types de règles qui régissent l’ensemble de nos vies. Ce n’est pas exhaustif, mais cela donne une idée de nos fonctionnements habituels.

Bien sûr, il y a des règles de sécurité : ne pas monter sur la balustrade du balcon, ne pas ouvrir le gaz, ne pas jouer avec les couteaux, ne pas approcher la porte du four, s’attacher en voiture ou encore tenir la main quand nous sommes dehors.
Pour la plupart de ces éléments, la règle ne suffit pas. Il faut sécuriser afin que des moyens physiques gardent les enfants en sécurité.
Concernant la sécurité en voiture ou dehors, il est nécessaire de les sensibiliser aux raisons profondes qui engendrent les demandes et de les faire participer activement.
Il est possible de leur demander de s’attacher eux-mêmes, de placer des jouets sur la ceinture et d’avoir le rôle de « surveillant.e de la sécurité à bord ».
Lorsque l’on marche dehors, il faut observer les comportements des enfants. Est-ce nécessaire de donner la main (et confortable quand ils sont petits, avec le bras en extension ?). Est-il possible de tenir un intermédiaire (une peluche, une écharpe, …) ? Est-il possible d’aménager le trajet avec de jeux, de manière à captiver l’attention des enfants sur les amusements ainsi créés ?

Oui, cela demande plus d’attention et de créativité. Cela demande que les parents soient présents totalement à leurs enfants ! Mais la plupart du temps, ceux-ci ne sont en attente que de cela, et c’est moins énergivore que de répéter sans cesse des interdits et de finir par se fâcher (sans compter que cela dégage une énergie bien plus négative !).

Concernant les règles sociales, il est possible de questionner cela en famille, tout au long de l’évolution des enfants.
Il est nécessaire de mettre à plat ce que tu souhaites transmettre comme valeur à ton/tes enfants. Ensuite, il est utile de rechercher les méthodes par lesquelles tu peux y parvenir.
Exemples concrets : tu aimerais que ton enfant mange et aille se laver les mains ensuite avant de mettre ses jolies mains poisseuses sur les baies vitrées.
C’est légitime.
Certains parents laisseraient couler… ils ont un chien, alors essuyer une trace en plus celles de la truffe du chien… Aucune importance !
Mais pour toi, cela a du sens. Tu as besoin d’ordre, de propreté et que ton enfant acquière cette compétence d’hygiène.
Alors je te propose de l’accompagner dans la salle de bain/à l’évier de la cuisine, en proposant d’y aller avec une démarche la plus étrange possible. Cela la/le motivera à avancer vers cet endroit précis.
Ensuite, il faut s’assurer qu’il/elle a accès au point d’eau sans trop de difficulté, afin d’être autonome dans le geste (marchepied, savon à disposition, essuie-main à hauteur, etc).
Pour finir, tu peux te réjouir de voir ses mains si propres et faire des bisous sur les paumes !
Attention cependant à ne pas laisser un espace où les enfants pourraient croire qu’ils ne sont aimés que lorsqu’ils agissent dans le sens de l’adulte. Les démonstrations d’amour ne doivent pas se limiter aux moments où les enfants obtempèrent.

Il y a un autre élément clef de la réussite d’une vie heureuse : voir les aspects positifs des situations.
Globalement, dans nos vies, nous nous attardons rarement sur ses beaux aspects « simples ».
Par exemple : la chaleur dégagée par les rayons de soleil ; le plaisir gustatif de nos mets quotidiens ; le plaisir d’effectuer des tâches telles que prendre une douche ou aller aux toilettes (eh oui ! Quand l’enfant acquiert sa continence, autant qu’il ait déjà entendu que cela fait du BIEN de se soulager dans les toilettes !).

Tu peux être un exemple pour tes enfants dans cette perception optimiste de la vie, de manière à rendre le quotidien agréable et de mettre en évidence tous les profits intrinsèques qu’il y a à respecter les règles sociales.

D’ailleurs, les règles sociales font parties de celles qui sont les plus longues à apprendre.
Un enfant de 18 mois ne voient pas l’intérêt de dire « Bonjour », « Merci » ou encore de manger « proprement », ou d’aller systématiquement aux toilettes pour se soulager (sauf s’il est en Hygiène Naturelle Infantile !). Tous ces principes vont s’ancrer graduellement, par exposition à son environnement et par mimétisme !
Mais il n’y a aucun intérêt à forcer sur ces principes sociaux, cela viendra en temps et en heure. Par exemple, forcer un enfant à remercier pour un cadeau qu’il n’a manifestement pas apprécié.
Oui, en tant que parent, tu as envie que ton enfant exprime cette gratitude pour l’acte… Il le fera… Mais tout jeune, il n’a pas encore appris à mimer cela de manière à ne pas blesser celle ou celui qui offre. Cela viendra. En attendant, tu peux remercier à sa place.
Les adolescents sont encore en croissance en termes de développement cérébral et d’acquisition de la gestion émotionnelle.
Si la maturité de notre « matière grise » arrive entre 21 et 25 ans, la gestion émotionnelle peut évoluer tout au long de la vie.
Donc encore une fois, il faut être tolérant sur les individus en construction… Qui n’a pas le souvenir de ses propres attitudes inconvenantes à l’adolescence ?!

Tout vient à point à qui sait attendre… et qui compte sur l’exemplarité sans culpabiliser les enfants de leurs attitudes « anti-sociales ».

 

Dans la vie quotidienne, il y a aussi les règles d’hygiène : se laver le corps, les dents, les mains avant de manger et après les toilettes, etc.
Toutes ces habitudes de vie sont éminemment culturelles et dépendent de la vie familiale. Il ne faut pas l’oublier. Toute la manière dont nous rythmons notre hygiène n’a rien d’inné !
Et pourtant, en étant adulte, ce sont presque des automatismes, des moyens qui permettent de se sentir bien.
Dans ce cadre aussi, il est nécessaire de miser sur la créativité, le jeu et l’exemplarité afin de faire en sorte que les enfants prennent part à tout cela.
Mais pas uniquement !
Parfois, il peut être tentant d’user de subterfuges pour que les enfants obtempèrent… obéissent, finalement.
Or, la volonté de s’ancrer dans une parentalité bienveillante, c’est accompagner les enfants dans leur développement et leur donner une voix qui, parfois, remet en question les habitudes de vie… et donc les règles d’hygiène.
Faut-il vraiment se laver les dents tous les jours ?
Faut-il se laver les cheveux un jour sur deux ? (Dans mon cas, cela fait des années que mon eczéma m’a ordonné de cesser cela ! J’avais le choix : changer mes habitudes ou laisser mon cuir chevelu mourir … !)
Faut-il prendre une douche tous les jours ?
Il peut être intéressant que les parents s’interrogent lorsqu’un enfant émet une résistance. Pourquoi agir comme ceci et pas comme cela ?

Les enfants ont l’art de remettre en question nos fonctionnements les plus élémentaires et nos émotions. Il faut entendre ce que cela implique pour eux, mais aussi prendre conscience de tous les conditionnements qui habitent les adultes.

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Enfin, il y a les règles de vie commune. Manger à une heure précise, se réveiller dans une fourchette horaire « convenable » (Avoue, que tu détestes quand ton enfant se réveille à 5h mais que tu seras tout aussi énervé.e quand ado, elle/il se lèvera vers midi !), ne pas mettre ses pieds sur la table, ne pas dessiner sur les murs, ne pas jouer avec les interrupteurs et les portes, ne pas demander d’acheter des jouets à chaque sortie, etc.
Volontairement, j’utilise la formulation négative pour se rendre compte qu’elle est très présente… TROP présente dans nos vies.
Dans les règles de la maisonnée, il se mêle l’histoire familiale et les règles sociales. Aucunes ne sont innées, et certaines ne trouvent pas de justifications intrinsèques.
Là, encore, il est utile d’accepter la remise en question.

Ton enfant a faim 30 minutes avant le repas ? Il te réclame à manger et peut avoir un comportement irritant à cause de cette sensation dévorante … Tu peux très bien lui donner à manger pendant la préparation du repas.
Il a le temps d’acquérir cette capacité à patienter jusqu’à une heure où tous les membres du foyer sont rassemblés.
Et là encore, cela dépend des familles. Certains mangent séparément, à l’heure où ils ont faim. Cela semble moins convivial, mais d’autres rassemblements en famille peuvent être organisés à d’autres moments comme des soirées jeux/des temps d’échange en famille (outils de la discipline positive qui ressemble un peu au « conseil de famille » hebdomadaire) ou encore grande promenade où chacun échange avec les autres.

Un autre exemple : ton enfant refuse d’enlever ses chaussures avant de rentrer chez vous.
Tu peux prévoir une paire de chaussures d’intérieur ou prévoir des sur-chaussures (des espèces de sacs dans lequel on met ses pieds chaussés afin de ne pas salir. NON ! Ce n’est pas élégant, mais si ça lui convient … !).

Dans tous les cas de règles, il est nécessaire de garder en tête qu’elles seront mieux adoptées si elles sont comprises et qu’elles ont une justification intrinsèque.
Comme tout : ce qui est arbitraire peut sembler insensé ou injuste.

Au-delà de la règle en tant que telle, lorsque l’on surprend les enfants en train d’agir ou avec l’intention de passer à l’acte, il peut être très utile de verbaliser ce que tu vois.
Par exemple : « Oh ! Je vois que tu voulais prendre ceci/faire cela ! ».
Grâce à ce type de remarque observatrice, les enfants vont pouvoir apprécier le fait d’être reconnu dans leurs actions/intentions. Il arrive souvent que cela freine l’action des enfants et qu’il puisse réorienter son action grâce à ta suggestion.
Quelle que soit la situation ou le « conflit » d’opinion avec les enfants ou leurs attitudes, il est important de les écouter. Cela permet de se faire une idée de leurs besoins cachés derrière la stratégie comportementale adoptée.

 

En tant que parent, il est indispensable de prendre soin de toi… et de tes besoins !
Il n’est pas utile de rester accroché.e aux stratégies qui permettent de les combler, mais plutôt de les mettre à jour et de trouver des alternatives qui remplissent autant ton besoin que ceux de tes enfants.
Je pense que la réalité des règles est ici !
Pour les mettre en place et supporter les « transgressions » des enfants, il importe de comprendre leur fonctionnement tant développemental qu’émotionnel, et de savoir affirmer ses besoins profonds !
Personne ne te demande d’abdiquer sur ton bien-être. Au contraire, la meilleure manière d’être un parent bienveillant est d’être un parent épanouis. Pour ce faire, il n’y a pas 36 solutions… Il faut s’écouter et être d’égal à égal avec l’individu qu’est ton enfant.
Nul n’a le dessus ni le cherche à l’obtenir.
Cela demande du lâcher-prise mais aussi de l’accompagnement, donc autant de relaxation et de compréhension de soi que d’amour et de compréhension d’autrui.
Et SCOOP : cela ne vaut pas que pour les enfants, mais aussi pour toutes les personnes qui peuplent ta vie régulièrement. Ça permettra de devenir une famille bienveillante… et d’être une personne entièrement bienveillante puisqu’en accord avec elle-même.

Enfin, pour clore ce questionnement sur les « limites », je cite Isabelle Filiozat (une fois n’est pas coutume.. !), cet extrait provient de cet article sur le blog les-super-parents :
« Je ne dis pas qu’il ne faut pas de limites, mais simplement que ce ne sont pas les limites que nous imposons à l’enfant qui le sécurisent. La parentalité positive s’appuie sur la théorie du Lien d’attachement, qui explique que, ce qui sécurise le plus l’enfant, c’est l’amour et l’attention que lui portent ses parents, ainsi que la structure du temps et de l’espace qu’ils organisent autour de lui, les règles et les consignes claires et non les « interdits et limites ».

 

Encore cette fois, je te souhaite plein de questionnements à venir grâce à cette lecture.

 

A bientôt cher.e Lectrice et Lecteur Curieu.se.x !

 

Voici un article excellent qui donner des clefs pour agir concrètement dans l’élaboration des règles et des consignes au quotidien : http://apprendreaeduquer.fr/poser-des-limites-aux-enfants/

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Avoir un enfant qui frappe ou qui mord : Guide Pratique pour les parents !

Au cours de leur développement, la plupart des enfants vont avoir des comportements qui peuvent être assimilés à de la violence.

Les enfants peuvent taper, se frapper eux-mêmes, mordre, pincer, et autres. Cela peut être tout à fait déstabilisant pour les parents qui ne savent pas comment réagir face à un enfant qui « déborde » de manière explosive.

Dans cet article, je propose de lancer des pistes de réflexions de manière à décrypter les actes de ton/tes enfant.s.
Concernant les colères, je te suggère mon article sur le sujet. Dans celui-ci, je propose de se pencher sur les manifestations socialement inadaptées.
Toutes les situations sont différentes, alors sans connaître le contexte de ta vie, il sera nécessaire de prendre ce qui te convient et fait résonance en toi. Cela ne sera pas le cas pour tout, évidemment !
Ensuite, je proposerai des pistes de solutions et surtout un changement de paradigme de manière à diminuer l’occurrence des situations.

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L’intention derrière le geste 

Tout d’abord, il est indispensable de savoir que les tout-petits enfants ne font pas les liens entre la souffrance d’autrui et son propre comportement. Ils n’ont pas l’intention de faire mal.
Par contre, OUI, ils expérimentent leur capacité à déclencher des réactions. D’ailleurs, plus elles sont majeures, plus ils chercheront à comprendre comment cela se déclenche et s’ils en sont vraiment responsables … Et répéteront l’acte qui fait réagir !
Ce n’est pas de la provocation, mais jusque un apprentissage de l’enchaînement cause-conséquence.
La plupart des comportements brusques des tout-petits n’ont pas pour origine de la colère ou de l’animosité. Ils expérimentent leur geste.
Il n’est pas rare qu’un bébé, dès qu’il le peut, se suspende aux cheveux de ses référent.e.s (ce qui explique le fait que je vive avec un chignon depuis sa naissance… !), c’est éminemment désagréable mais ils n’ont pas conscience que leur geste engendre de l’inconfort. Même si on lui répète. Il faudra du temps, de la répétition mais surtout … du self-control !
Si tu cries, tu t’énerves ou réagis avec virulence, les enfants vont être saisis, étonnés voire effrayés. Mais ils ne comprennent pas pourquoi leur personne référente devient si différente et menaçante.
En ignorant les comportements perçus comme pénibles (ceux qui n’amènent pas de conséquences sauf l’agacement), les adultes ne maintiendront pas l’intérêt des enfants dessus.

Dans le cas des coups dans le visage, de pieds dans le ventre pendant les changes, tant qu’ils ne sont pas la conséquence de manifestations de colère, il suffit d’arrêter le geste et de distraire les enfants.
Par exemple, il est possible de stopper la main d’un enfant qui va toucher le visage et faire un bisou dans la paume. Souvent, ça stoppe la manifestation « violente », qui est la plupart du temps due à un manque d’adresse pour guider leurs gestes mais aussi à une excitation émotionnelle.
Élever la voix ou râler n’aura aucun effet dissuasif.

De même, vers  12 mois, les enfants développent des manifestations de colère et sont susceptibles d’avoir des attitudes violentes, souvent de manière à exprimer leur opposition ou leur colère. Là encore, ce n’est pas de la malveillance mais un moyen d’expression…
Ces petits enfants n’ont pas une habileté langagière développée en suffisance pour sortir du cadre de la priorité à l’expression corporelle. C’est en prévention des frustrations de l’enfant inhérentes à son impossibilité de se faire comprendre qu’il est possible d’utiliser la langue des signes pour les bébés.

Pour les morsures spécifiquement, c’est multifactoriel… et fréquent ! Il faut le dire et ne pas culpabiliser d’avoir « l’enfant mordeur » du groupe duquel il fait partie… même si c’est impressionnant et qu’on n’imagine pas cela du tout-petit au départ.
L’acte de mordre peut servir à soulager une douleur (les poussées dentaires). Dans ces cas-là, il n’y a pas d’excitation émotionnelle particulièrement concomitante.  Il est alors possible de rediriger le geste vers un objet que les enfants pourront machouiller.
Ça peut aussi simplement être de l’exploration. Les enfants mettent tout en bouche et sont susceptibles de mordre pour découvrir l’effet que cela produit.

En dehors de ces cas-là, et lorsqu’il y a de l’excitation émotionnelle, celle-ci peut être de deux ordres. D’une part, lorsque les enfants souhaitent démontrer de l’affection, la morsure peut survenir en lieu et place d’un « gros bisou ».
D’autre part, les enfants peuvent réagir à la suite d’une frustration. La morsure exprime alors une opposition à ce qu’il se produit autour de lui (quelqu’un lui prend le jouet qu’il avait en main, on lui prodigue un soin sans qu’il ne soit d’accord, quand on lui met un interdit qu’il trouve injuste). La fatigue, comme pour toutes les manifestations émotionnelles, augmente l’occurrence des passages à l’acte.

Il faut tout de même bien se rappeler que ce n’est qu’un phénomène transitoire qui disparaîtra avec une amélioration de la maîtrise du langage. Je reviendrai sur les pistes d’intervention dans la seconde partie de l’article.
Sur un autre aspect, certains enfants sont particulièrement « mouvementés ». J’attire l’attention sur l’alimentation, de manière à écarter les additifs… responsables de troubles de l’attention et du comportement chez les enfants. Dans cet article (mon assiette, ma famille et Moi), je mets en évidence quelques questionnements sur l’alimentation… qui interagit directement avec le métabolisme et les comportements qui en découlent.

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Il faut rappeler que les expressions physiques de colère et d’agressivité sont naturelles.
L’agressivité est une attitude utile à l’humain dans certaines situations. D’un point de vue de l’évolution, les conduites agressives permettaient de mettre à distance ceux qui pouvaient porter atteinte à leur intégrité. Elle sert aussi à atteindre nos objectifs en dépassant les obstacles qui se présentent, de manière à combler les besoins.
Les enfants ont cette capacité, inhérente à leur immaturité neurologique, de chercher la satisfaction immédiate de leur besoin. Il faut attendre 5/6 voire 7 ans (le fameux « âge  de raison ») pour que les enfants puissent réellement différer leurs envies.
En ayant recours à une éducation trop rigoriste, ces besoins peuvent être ignorés… et l’individu soumis à cette négligence volontaire perd cette capacité à prendre en compte ce dont il a vraiment besoin.

Voici un article sur les besoins qui pourra t’aiguiller dans leur compréhension.

Dans le cadre de « crise » de débordement émotionnel avec des coups/morsures, il faut préalablement faire un retour sur son propre fonctionnement en réaction à ces moments. Il n’est pas rare que nos propres attitudes participent au maintien des comportements « désagréables ».

D’abord, il est nécessaire d’investiguer ce qui peut être déclencheur de ces crises d’un point de vue physiologique (sommeil, alimentation, en priorité) et puis, dans l’ambiance globale de son vécu.
Se prépare-t-il quelque chose de nouveau ? Une entrée à l’école ? Une grossesse ? Un changement de rythme de travail d’un des parents ?

Ensuite, il sera utile de réfléchir aux raisons de la récurrence des débordements émotionnels avec des manifestations violentes/agressives.

Lorsque les gestes agressifs se produisent quand les enfants semblent manifester une opposition, il est possible de mettre en place le langage des signes et verbaliser… Petit.e.s, ils ne détiennent pas de vastes moyens pour s’exprimer.

De plus, la gestion des émotions, de manière socialement acceptable,  ne survient que vers 5/6 ans, si l’enfant a été entouré de manière à pouvoir s’auto-réguler et à maîtriser un peu leur impulsivité.
Avant cet âge, il est prématuré de s’étonner réellement que les enfants aient des attitudes agressives ou violentes.
Il ne faut pas chercher très loin dans notre entourage pour trouver des gens ayant des accès de violence spectaculaire en cas de colère ou de frustration en étant adulte… Alors, il ne faut pas en trop demander à un enfant !
Voici un article concernant les émotions pour aller plus loin : «encore une crise ! Ou que faire avec les sentiments ? »

Je cite Isabelle Filliozat :

« Chez les petits, il ne s’agit pas de violence car à cet âge les études ont bien montré qu’il n’y a pas intention de faire mal, mais plutôt de gestes impulsifs. Et c’est cela qu’il faut apprendre à gérer à l’enfant. Si cette impulsivité n’est pas maîtrisée, alors oui elle risque de devenir violence après 3 ans. Cette violence est souvent due à une carence relationnelle. Il faut passer du temps avec l’enfant, jouer avec lui, s’accorder chaque jour 10 à 15 minutes avec lui, exclusivement. Un quart d’heure de jeu où c’est lui qui décide, un câlin, des jeux de construction ou la bagarre sur le lit par exemple, ou bien des jeux de simulation. Par exemple avec des marionnettes où l’on mime des scènes que l’enfant peut vivre. Pour répondre au stress de l’enfant, l’aider à gérer à son impulsion, il faut le nourrir affectivement, lui donner de l’attachement. »

Je détaille un peu cette notion de besoin relationnel dans le prochain chapitre.

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Les besoins relationnels

Lorsque les enfants sont en crise, cela permet de faire redescendre leurs tensions (ce qu’on appelle la « décharge ») mais aussi parfois d’exprimer leurs  besoins relationnels.
Il n’est pas rare que les enfants en manque de leurs parents aient des accès de violence. Les enfants expriment leurs difficultés, leur tristesse, leur colère et peuvent manifester leurs besoins de contact et d’attention  en ayant des gestes explosifs.

Bien sûr, à d’autres moments, les gestes de violence sont dans une intention de mettre à distance les adultes. Cela arrive d’autant plus que les enfants sont soumis à des attitudes autoritaires ou lorsqu’on exige d’eux de plus en plus.
Il est facile de minimiser les besoins et de croire que les enfants ont des capacités émotionnelles supérieures parce qu’ils se montrent curieux, débrouillard.e.s, avec un esprit logique qui s’aiguise de jour en jour. Mais les capacités de gestion émotionnelle commencent à jouer leur rôle de régulation vers 5 ou 6 ans, si les enfants ont été accompagnés de manière bienveillante jusque-là. Il n’y a pas « d’avance » à ce niveau-là !

Afin que les « crises » ne se manifestent plus par des coups ayant pour cause leurs besoins relationnels, il faut anticiper et prendre en compte ces besoins ! Si tu penses que ce sont des caprices, je t’invite à faire cette lecture: « comment gérer les caprices? »
Il est utile de prévoir des moments de contacts proximaux avec les enfants. A tous âges, l’humain a besoin de ce contact physique.
C’est l’occasion de te rappeler que le maternage n’a pas de date de péremption (mais jusqu’à quand, alors ?). Il  est possible de porter l’enfant jusqu’à 3 ou 4 ans grâce à un moyen de portage, ce qui lui offre une proximité inestimable, tout comme le cododo.

Il est aussi possible de nourrir les besoins de contact et de décharge physique via le jeu !
Comme je l’ai déjà abordé dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! », le jeu est un vecteur merveilleux.
Le rire est bénéfique pour le corps, pour l’esprit et dans la décharge émotionnelle.
Avoir des jeux où l’on chahute physiquement avec l’enfant permet de se toucher, de rire, de se dépenser physiquement ensemble et de finir très souvent en câlins partagés.
Je peux suggérer à tous les parents de trouver au moins 30 minutes par jour pour jouer, rire avec son enfant et de faire un « retour au calme » à l’aide d’un câlin.
C’est indispensable autant pour le parent, qui sort de la torpeur des tâches quotidiennes, que pour les enfants qui sont demandeurs de vraie attention de la part de leurs référent.e.s.

 

 

Pistes de réflexions pour intervenir :

Quasiment tous les enfants expriment la morsure, les griffures, les coups. Certains s’expriment davantage à travers ces démonstrations perçues comme agressives ou violentes. Comme je l’ai abordé ci-dessus, il y a diverses causes… et nos attitudes peuvent maintenir ces comportements socialement inadaptés.
Voici donc quelques réactions qui devraient permettre de passer au-delà de ces difficultés.
Avant d’y venir, il faut porter son attention sur les contextes dans lesquels les morsures et les coups surviennent. Les enfants peuvent agir suite à des circonstances inconvenantes pour eux. Leurs manifestations agressives manifestent parfois  un inconfort qu’il convient d’investiguer de manière à « traiter » sa cause.

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  • Pendant les accès de violence, comment réagir ?

Cela dépend forcément de l’âge de l’enfant, puis le degré de compréhension et de maîtrise des gestes évolue perpétuellement.

Mais il y a des choses à éviter pour s’assurer un retour au calme et une prise en compte du développement des enfants.

  • Lui demander de se calmer, de le raisonner sur son comportement ou le questionner (imagine un peu ta réaction si, lorsque tu es énervé.e, quelqu’un te dit : » Oh ! Calme toi ! »… !)
  • L’isoler ou effectuer une mise à l’écart. L’écarter et rester avec lui pour accompagner ses émotions est une possibilité, mais l’isoler ou l’enfermer dans une pièce en ayant l’intention que ça le calme est une attitude violente (retour sur les punitions)… Puisque les enfants sont en proie à des émotions, qu’ils ne parviennent plus à gérer, que vous les ignorez en coupant tout contact temporairement, au moment où ils en ont le plus besoin.
  • La contention des enfants : proposer un câlin n’est pas contenir de force !
  • Ne pas plaisanter sur les premières morsures « douces » et ne pas montrer que cela peut générer du rire.
  • Ne pas mordre ou taper en retour pour, prétendument, démontrer la douleur du geste. Cela n’a aucun sens d’appliquer sur les enfants ce qu’on souhaite qu’ils ne fassent pas. Un peu de cohérence, que diable !
  • Il est totalement inefficace de le gronder, de le punir et de le culpabiliser en disant « Tu es méchant ! » ; « Quel vilain garçon ! » ; … Ce sont les comportements qui s’avèrent potentiellement inadaptés mais pas l’ensemble de l’enfant, comme le laissent croire ces remarques.
  • Avoir des attitudes violentes agressives au quotidien : l’exemplarité prévaut dans l’éducation des enfants. Il n’est pas rare que les enfants répètent ce qu’il voit… Alors ça peut être l’occasion de s’aider soi-même pour accompagner son enfant à grandir sereinement.

 

Ok, mais quoi faire, alors ?

 

  • Quelques interventions efficaces, selon les cas :

Il est indispensable de se rappeler que les enfants ont peur de perdre l’amour de ses référent.e.s. Même si les comportements sont épuisants voire insupportables, il faut garder à l’esprit que ce ne sont pas les enfants dans leur ensemble mais juste leurs attitudes !

Concrètement, comment aider les enfants ?

  • D’abord, reste/revient au calme afin d’intervenir sans excès d’émotions

 

  • Il est utile de porter son attention sur celle ou celui qui a été la victime du coup ou de la morsure (si c’est toi-même, ça marche aussi !). Console-le. Outre l’aspect nécessaire pour la victime, cela montrera à celui qui passe à l’acte que cela n’attire pas l’attention vers lui. Il sera moins susceptible de recommencer si ce sont les besoins relationnels qui le conduisaient à agir. Si la peau de la victime est percée par la morsure, laver à l’eau claire et au savon avant d’appliquer de la glace pour empêcher ou réduire les gonflements.

 

  • Les longues explications ne sont pas utiles. Si tu vois l’acte qui se produit/va se produire : Dis-lui juste « stop ! » pour arrêter les coups des enfants, pour éviter qu’ils ne t’atteignent, qu’ils se blessent ou qu’ils atteignent l’individu visé.
    TON apaisement intérieur est indispensable, tout comme le fait de ne pas verser dans la contention. Tout est une question de mesure afin de ne pas rentrer dans un rapport de force. Au moment où tu arrêtes le coup, tu peux préciser : « Manifestement, tu es très en colère/énervé.e/triste. Tu peux l’exprimer mais je ne peux pas te laisser (te) frapper. »

Et simplement, au lieu de dire « NON ! » à un enfant qui initie un geste, il est plus utile de dire « Stop ! ». Cette injonction est peu vectrice d’émotions désagréables tant pour l’émetteur que pour le récepteur.
Il est possible d’amener l’usage et l’écoute du stop par un jeu le « stop & go », décrit ici : http://papapositive.fr/le-jeu-du-stop-go-1/
Il en va de même lorsque l’enfant a agrippé quelque chose comme des cheveux ou les poils d’un animal. Il est bien plus efficace d’intervenir en lui ouvrant les doigts doucement et en restant calme plutôt qu’en criant. Les cris engendrent souvent une réaction de « freezing » plutôt que l’acte exigé.

 

  • Après l’avoir accompagné à sortir de sa tempête émotionnelle, en le consolant, il convient de verbaliser les émotions qui semblent l’avoir traversé. Il est possible de revenir sur son émotion, ce qu’elle a engendré et aussi, de lui montrer quel résultat cela a eu sur « la victime ». Cela l’aidera à adopter une conduite plus empathique. « Tu étais en colère et tu as mordu Untel, parce qu’il t’avait pris ton jeu. Mais cette réaction est interdite ! »
    « Tu as vu, Untel pleure/pleurait ?!  Sais-tu pourquoi ? » « Oui, il a eu mal quand tu l’as mordu… » !Quand on voit un enfant agir, on peut effectuer le constat (purement en termes d’observations et non de jugement ! j’explique cela dans cet article), on peut proposer les alternatives à la conduite : « Untel, si tu es dérangé par Untelle, Tu peux crier si tu veux que j’intervienne ! » !
  • Rappeler les alternatives discutées pendant les moments « froids », avec empathie, tout en exprimant sa confiance en elle/lui.

Les « alternatives » sont les moyens d’expression de la colère, du désaccord, d’avertissement qui permettent de diversifier les réactions automatiques inadaptées socialement.
L’idéal est de les proposer lorsqu’on détecte que les enfants vont passer à l’acte ou que la tension émotionnelle monte.
Par exemple, quand on voit un petit s’approcher d’un autre avec une attitude qui laisse présager qu’il va mordre ou taper, il est possible de détourner son attention et de proposer une solution différente en fonction de ce qui semblait guider son intention : si c’était juste pour jouer ou attirer l’attention de l’autre, lui rappeler : « Tu peux lui donner tel jouet ! », « Tu peux lui faire une chatouille ! », …

Lorsque la colère ou  l’énervement surgit, il est possible de créer un moment de décharge avant d’être embarqué.e.s dans la tornade émotionnelle :

  • Lui proposer d’aller crier,
  • De souffler très fort (cela sera d’autant plus efficace si tu le fais aussi, quand tu es en colère… Eh oui, le mimétisme, toussa toussa.. !),
  • Effectuer un mouvement d’ouverture des bras vers la tête (comme en battant des ailes) : ce mouvement amène de la décontraction
  • Lui proposer de tracer de grands traits sur un grand tableau (une idée d’aménagement de pièce, très utile !)
  • Rediriger le geste des enfants pour qu’ils tapent sur un coussin ;

En fonction des situations et des enfants, il est possible de proposer moult moyens ayant pour objectif la décharge émotionnelle.

Avec les plus grands, la recherche d’alternatives peut s’effectuer lors des jeux avec des personnages où l’on peut recréer les situations que les enfants vécurent. On peut ainsi accompagner les enfants dans l’élaboration de nouvelles réactions.

De même, pour les plus grands à partir de 5/6 ans, une « Roue des Choix » est utile à construire avec chaque enfant individuellement.
Ce moment permet de parler de l’émotion de colère, des réactions agressives et des autres attitudes qui permettent de faire redescendre la pression.
Cette approche offre la possibilité aux enfants de découvrir quels sont les signes physiques des émotions d’apprendre à les percevoir et les prendre en compte au plus tôt … Tout en validant le fait que « OUI ! Chacun peut et a le droit d’être en colère/triste/déçu/etc. ! ».
Il ne faut pas oublier que la colère est une émotion qui a son rôle, comme les autres.

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  • Accompagne l’enfant à « réparer son acte ». Par exemple, aller chercher un linge pour soigner la blessure ou une peluche/doudou afin de consoler la victime. Attention ! Il est inutile de demander à l’enfant qui a mordu/taper de câliner la victime. Il est fort probable que cette dernière refuse de toute façon. Il en va de même pour le faire de demander « pardon ». Cette vieille habitude n’a rien à apporter puisque pour s’excuser, il faut avoir bien conscience que son acte est blessant ET culpabiliser d’avoir agi. Il s’agit plutôt de l’accompagner à développer son empathie.

 

  • Tu peux mettre à distance l’enfant qui a mordu de la victime potentielle s’il semble vouloir recommencer (les tout-petits ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas toucher un bébé, par exemple)  et exprime-lui qu’il devra à jouer sans l’autre enfant s’il mord/tape.
  • Enfin, en toute logique, l’anticipation prévaut afin d’éviter les déclencheurs.
    Lorsqu’il n’est pas possible d’éviter les situations susceptibles de provoquer des débordements émotionnels (coucou l’hypermarché bondé !), il est utile de rappeler aux enfants l’attitude qu’on attend d’eux avec une formulation positive : « Nous allons faire les courses ! J’aimerais que tu restes près de moi ! Tu vas m’aider à aller chercher les aliments sur la liste… et on ne prendra que ce qu’il y a sur la liste. Je suis sûr.e que tu vas y arriver ! ».

 

Comment les aider à faire croître leur bienveillance et leur empathie ?

Dans le cadre général de leur vie, les référent.e.s peuvent amener l’enfant à adopter des attitudes attentionnées et empathiques. Certains enfants auront des démonstrations d’affection et de compassion très tôt. Mais dans tous les cas, il peut être bénéfique d’accompagner les enfants par diverses actions :

  • Mettre en évidence les moments où les enfants agissent avec des gestes ou des attitudes bienveillants/altruistes/empathiques afin qu’ils retiennent ceux-ci.
  • En s’intéressant, avec lui, à la réaction de celui qui fut la « victime » d’un geste blessant.
  • En s’occupant d’une plante (mieux vaut réserver le soin et la qualité de vie d’un animal pour un enfant plus grand, tout en ayant conscience que ce sont toujours les parents les ultimes responsables !), les enfants pourront apprendre à prendre soin d’un être vivant et observer les effets de ses bons soins.
  • En utilisant le jeu avec des figurines/poupées/peluche pour rejouer certaines scènes vécues et qui furent problématiques, alors que les enfants sont émotionnellement disponibles, afin de les inciter à réfléchir sur les réactions plus agréables à privilégier

 

  • L’impact sur le contexte et la prise de perspective

Comment anticiper et intervenir sur les contextes et éléments déclencheurs ?

Il va arriver fréquemment que les refus qu’on leur oppose: « Ne touche pas à ça ! », « Non, pas comme ça ! », « Non, ne mets pas ton pain dans l’eau ! » soient des déclencheurs car ils sont rarement perçus comme légitimes selon les enfants.

Je rappelle que le « job » des enfants est d’explorer leur environnement.
L’idéal est de mettre hors de portée ce qui ne peut vraiment pas être manipulé par les enfants et pour le reste, de lui laisser l’espace d’agir.
Plus les enfants vont explorer leur environnement, plus vite ils pourront se focaliser vers une autre activité. Est-ce vraiment grave de ramasser des couches (propres !)  étalées par terre après une expérience ? Ou de ramasser le linge vidé du panier à linge ?

Avant d’opposer un refus, il est préférable de se questionner sur la notion de gravité que pourrait engendrer l’acte des enfants. S’il ne risque rien et autant les laisser manipuler.
Il est ensuite possible de transformer le moment de ranger en jeu.
J’aborde dans cet article les questions inhérentes à l’utilité présumée de la frustration… et ce qu’il en est réellement. C’est un angle inestimable pour apprendre à lâcher-prise et à apprendre non pas à être laxistes, mais plus permissives.fs et détendu.e.s.

En outre, il est inutile de revenir régulièrement sur l’attitude «inadaptée » des enfants. Comme je l’ai déjà dit dans d’autres articles, les formulations négatives ne sont pas prises en compte par le cerveau des enfants, à cause de l’immaturité de leur capacité d’inhibition.
Même pour l’adulte, c’est éminemment difficile de respecter une simple demande : « Ne pense pas à un ours blanc ! ».
Je suis sûre que tu ne pensais pas à un ours polaire, il y a 15s et maintenant, tu le vois mentalement. Si on en parle un peu, je suis sûre que tu auras même des choses à me dire à son sujet.
Pour un enfant, lui rappeler : « Il ne faut pas taper Lucien, ok ?! » a juste activé « Taper » et « Lucien » dans son intellect. Si Lulu est à proximité, il pourrait même aller lui mettre un coup en souriant en voulant dire : « Eh ! Tu as vu, j’ai bien compris de quoi tu me parles ! ».
Ce n’est nullement de la provocation, mais juste une expression de son immaturité neurologique… qu’il ne faut pas minimiser !

 

  • Comment formuler une demande aux enfants ?

Concernant les demandes faites aux enfants, elles tireront des bénéfices à être effectuées de manière à les rendre réellement accessibles aux enfants. C’est-à-dire qu’elles soient compréhensibles et ne s’avèrent pas être des exigences intangibles.
Là encore, se manifeste un lien direct  entre l’éducation bienveillante et la communication non-violente. Voici un article qui explique clairement comment formuler des demandes et comment recevoir et réagir à d’hypothétiques refus (oui, tu vas en recevoir!).
Thomas d’Asembourg exprime clairement que pour notre bien-être, il est nécessaire d’être authentique, dans son livre « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ». Ce qui implique qu’il est indispensable pour soi-même de refuser ce qui va à l’encontre de notre bien-être. Ce même auteur a également écrit « La paix, ça s’apprend ! ». C’est une lecture passionnante, tout à fait dans le thème du présent article.
Je te mets le lien d’une conférence de l’auteur concernant ce dernier livre : https://www.youtube.com/watch?v=7WI1joJ3SlY

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Les adultes ont souvent beaucoup d’exigences intervenant dans la vie des enfants. D’autant plus que les adultes manquent de temps ou de sommeil. La nature des requêtes, autant que la manière dont elles sont formulées, s’avèrent ainsi en relation étroite avec les émotions qui meuvent les adultes.
Une phrase que j’aime avoir en mémoire dans les jours de fatigue plus intense, en imaginant qu’elle est prononcée par un enfant : « Pourquoi c’est moi qui doit aller me coucher quand c’est toi qui est fatigué.e ? ».
Notre exaspération transforme souvent nos requêtes en exigences. Or, comme tous les individus, les exigences sont rarement entendues et suivies avec enchantement !

En outre, il s’avère les demandes effectuées ne sont parfois pas réalisables en l’état par les enfants.
Elles peuvent parfois manquer de clarté ou simplement, être un ordre contraire. Si on lui interdit quelque chose, ou qu’on lui demande de cesser une activité, il est nécessaire de prévoir le « plan/activité de rechange ».  Il est plus simple, pour agir, d’obtenir des indications sur ce qu’il est possible de faire et non pas sur ce qui n’est interdit !

Il est aussi indispensable que les requêtes prennent en compte les capacités de l’enfant.
Cela dépend donc du développement de l’enfant mais aussi de son état émotionnel et de fatigue. Tout comme pour les adultes, ce qui peut être évident et accessible à un moment, peut tout à fait être insupportable à cause de la fatigue, de la tristesse ou de la colère.

Un exemple simple : en tant qu’adultes, nous ne sommes pas tous égaux face aux impératifs hygiénistes.
Personnellement, même épuisée, je ne parviens pas à me coucher sans me laver les dents et le visage (je me souviens de m’être endormie pendant la tétée du coucher de ma fille alors qu’elle avait 1 mois. A une heure du mat’, je me suis réveillée horrifiée d’être au lit sans être en pyjama et surtout, sans m’être lavée les dents ! Je me suis levée pour aller « corriger » cela). Mais certains adultes postposent cette action sans mal au lendemain s’ils sont épuisés.
Il n’est pas rare que les enfants mettent une opposition à se laver lorsqu’ils sont fatigués. Je crois que nous avons tous fait semblant de nous être douché.es en étant enfant. D’une part, cela rassure les enfants sur leur capacité à agir sur leur quotidien (souvent millimétré par l’agenda parental). D’autre part, si nous n’avions pas été « contraints » de nous laver, nous n’aurions jamais « fait semblant ». C’est bien le problème de ne pas vouloir entendre les besoins des enfants… Cela leur apprend à y accéder, mais en dissimulant les moyens aux adultes dont ils appréhendent la réaction.

Il n’y a pas de raison que les enfants ne ressentent pas ces envies fluctuantes également. Surtout si on les accompagne à grandir avec bienveillance, en acceptant d’entendre leur point de vue et leurs sentiments de fatigue à un moment.
Sincèrement, il n’y a aucune raison de forcer un enfant à se brosser les dents pendant les 3 minutes prescrites alors qu’il tombe de fatigue. Il en va de même pour les soins en tout genre… Il est plus agréable pour tout le monde de les prodiguer à un moment où les dispositions sont favorables. Il y a toujours une manière d’intervenir tout en respectant l’inclinaison des enfants. Certes, cela demande de la patience, mais c’est aussi ce que nous apprennent les enfants… A se poser !

En plus de changer de perspectives sur les moments adéquats et en relativisant l’importance des actes à mener, il est nécessaire (encore et toujours !) de se renseigner sur des moyens alternatifs de fonctionner.
Est-il possible de changer l’enfant qui porte encore des couches d’une autre manière ? Est-ce possible de rendre le brossage des dents indispensables surtout quand l’alimentation a été trop riche en sucres ? Peut-on rendre autonome l’enfant afin qu’il participe activement à ses soins, afin de ne plus les craindre ?!

 

Lorsqu’un débordement émotionnel survient, et si les causes physiologiques ont été écartées, il est sûr et certain que l’occurrence des crises de colère, des accès de violences diminueront en changeant de posture par rapport aux enfants.
Il est absolument nécessaire de comprendre que les enfants en « crise » ne sont pas dans les dispositions pour être raisonnés.
Autant que les adultes, lors d’émotions fortes, il n’est pas possible d’apprendre et de raisonner logiquement. Les systèmes neuronaux sont monopolisés par l’émotion.
Il est donc nécessaire de revenir sur ses réactions à froid, comme expliqué plus haut.

Il faut aussi lui rappeler que quel les évènement et son comportement, nous serons toujours là pour l’aimer et l’aider. Il est utile de leur verbaliser qu’on reconnaît la difficulté à gérer des attitudes et ses émotions… et qu’on a confiance en eux, et dans leur possibilité d’apprendre à gérer de mieux en mieux les situations qui leur sont désagréables.

Il est très fréquent que les enfants aient peur de perdre l’amour de ses parents proches à cause de leurs attitudes. Dès lors, avant toutes discussions ou interventions, il est indispensable d’être suffisamment calme pour ne pas véhiculer de peur chez les enfants.

Il s’agit de ne pas retomber dans les notions d’obligations, d’autoritarisme et d’obéissance qui sont directement menés par l’adultisme (j’en parle ici) ambiant… Mais qui peut être évité si nous décidons de conscientiser son acte. Cela permet de ne pas rentrer dans un bras de fer avec les enfants. Se positionner dans une posture bienveillante et empathique lorsque les enfants vivent un débordement émotionnel leur offre la possibilité d’apprendre à se réguler et de se sentir compris.
Il est très fréquent que les enfants demandent à être pardonnés de leur comportement lorsqu’ils voient que les adultes sont mécontents. Ils peuvent aussi comprendre que la morsure, par exemple, n’est pas une méthode efficace pour commencer un jeu. Mais les petits enfants ont énormément de mal à refréner leur impulsivité. Comme dis plus haut, avant 30 mois, c’est quasiment impossible pour eux d’inhiber un acte.
Là encore, c’est simplement inhérent à leur immaturité cérébrale.
Donc l’idéal, c’est de stopper l’action avant que cela ne survienne, juste par un mot : « Untel.le, STOP ! ». Ensuite, il est possible de lui suggérer une autre attitude avec une formulation positive : « Prends la balle, si tu veux jouer avec elle ! ».

 

 

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J’espère sincèrement que ce guide te sera utile pour accéder à plus de sérénité quotidienne.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuse.x.s !

 

Allaitement·Maternage proximal·Préparer la naissance

Le lait maternel – un élixir de santé (retranscription)

 

Retranscription du documentaire, réalisé par Marion Schmidt et diffusé  en 2018  sur ARTE

« Le lait maternel, le premier aliment naturel au Monde, est un merveilleux chef d’œuvre de l’évolution. Aucun produit synthétique n’est en mesure pour le remplacer. Un élixir  indétrônable dont les bienfaits vont même jusqu’à séduire de plus en plus d’adultes ! »
Partout dans le monde, des scientifiques cherchent à percer les secrets du lait humain.

Voilà comment débute ce superbe reportage.
Dans cet article, je vous propose une retranscription des faits relevés dans ce reportage, afin de les rendre accessibles, même si vous n’avez pas le temps de le regarder.

L’ex RDA (Allemagne) avait fait de l’allaitement une lutte spécifique. Il y avait des campagnes pour le favoriser et pour permettre aux femmes de faire des dons de leurs excédents. Le peau-à-peau était également conseillé afin de mettre en route l’allaitement. Des endroits étaient spécifiquement prévus pour aider les mères à trouver les positions optimales afin d’allaiter.

Le lait maternel est si complexe que certains de ses composants ne sont pas encore connus. Certes, un petit nombre mais qui sont suspectés d’avoir des effets majeurs.
Les bébés nourrit au sein sont moins sujets aux troubles gastro-intestinaux, le taux d’infection est moins élevé et il favorise le développement intellectuel. Ils sont aussi moins sujets à l’asthme et aux infections respiratoires. (Dans cet article, je vous propose une vue claire de ce qui se sait déjà sur les bienfaits de l’allaitement)

Le profil glucidique du lait joue un rôle clef dans la colonisation bactérienne intestinale. Le LM contribue au bon développement du microbiote intestinal, protège contre les maladies métaboliques et auto-immunes.
Les bactéries sont nécessaires aux bébés afin de développer son système immunitaire pour combattre les bactéries pathogènes. Une première voie de colonisation bactérienne se produit lors de l’accouchement par voie basse, par le passage des voies pelviennes. Ensuite, le LM amène les bactéries dans l’intestin. Il constitue le premier vaccin du nourrisson.

L’intestin du nouveau-né est un organe très fragile.   En néonatalogie, la crainte de l’entérocolite nécrosante planait chez les prématurés principalement. Il n’y en a plus actuellement… probablement parce qu’on donne du LM à ces enfants prématurés, en complément du lait de sa propre mère ou dans le cas où la mère ne peut pas allaiter, parfois justement temporairement (montée de lait tardive). (Voici un article pour informer concernant l’allaitement de bébés prématurés : http://www.co-naitre.net/wp-content/uploads/2016/04/AMprematureAA2011GGF.pdf)
Les lactariums d’Allemagne ont été fermés avec l’avènement du lait artificiel… Mais elle tente de combler le manque actuel de structure.
En France, ils sont assez nombreux et organisés pour rendre les dons faciles aisés. Les dons collectés sont pasteurisés et soumis à des contrôles avant d’être redistribués aux services de néonatologie.

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Cependant, la recherche actuelle a mis en évidence qu’une part importante des bactéries contenues dans le LM est bénéfique pour les nourrissons. La pasteurisation élimine aussi beaucoup de ces bonnes bactéries. Certains lactariums utilisent le lait non pasteurisé. Mais, par exemple, la Norvège a une politique d’utilisation de LM qui est entièrement non-traité pour préserver la totalité de son potentiel bioactif essentiel aux nourrissons prématurés.

La production du LM se fait en 3 étapes principales.
D’abord, de J1 à J5 environ, le corps produit un liquide jaunâtre et collant, produit en petite quantité (en lien direct avec la taille de l’estomac du nouveau-né) : le colostrum, qui pose les premières pierres du système immunitaire.
De J6 à J15 environ, la mère produit du lait de transition, plus riche en lipides et en glucides.
Plus le bébé tête les seins, mieux il stimule la lactation.
A partir de J16 environ, la production croît de manière significative (toujours de manière tout à fait adaptée à la physiologie du bébé).
Au cours de la 5ème semaine de vie du bébé, la mère produit du lait dit « mature » et le taux d’anticorps diminue de 90%.

Pour les nourrissons prématurés, le lait maternel de la mère ou des donneuses doit être supplémentés afin qu’il soit plus riche en glucides, lipides et protéines ainsi qu’en électrolytes. Cela augmente les apports par ml alors que les prématurés ont un estomac minuscule.

Les coûts inhérents aux lactariums en font des structures difficiles à implanter, car peu compétitives financièrement.

Avant l’ouverture des lactariums, c’étaient des nourrices qui étaient engagées pour alimenter les nourrissons des femmes qui ne pouvaient pas allaiter. En 1904, dans la pouponnière de Dresde, 208 nourrices y travaillaient avec une tenue de travail adéquat (c’est-à-dire une robe laissant l’accès aux deux seins).
Les familles les plus aisées s’allouent une nourrice privée, qui en fait un marqueur social de bourgeoisie.
La plupart de ces femmes sont des mères célibataires en situation précaire, contraintes d’allaiter pour échapper à la misère. Elles se chargent, entre autres, de nourrir les bébés dans les parcs ou les guinguettes.

nourrice
Image provenant du film : disponible sur https://www.amazon.fr/lait-autres-histoire-nourrices-morvan/dp/B000F9SN3W

A Vienne, en Autriche, le premier lactarium vit le jour en 1909. Le concept innovant s’étend par la suite aux 4 coins du Monde. Il a eu une activité croissante majeure entre 1920 et 1950. La période la plus fastueuse fut entre 1940 et 1950 où 19.000l de lait transitaient par ses murs.
Mais depuis les 15 dernières années, il s’agit uniquement de 2.000 à 3.000 l de lait, au maximum.
Les dons de lait ne parviennent pas à couvrir la demande, évidemment.

Ces dernières années, il y a eu des campagnes pour favoriser l’allaitement. Cela paraît fou alors que c’est la pratique la plus naturelle et surtout, la mieux adaptée aux nourrissons.
L’industrie alimentaire a poussé le vice au point de promouvoir un aliment synthétique au détriment du lait maternel.
Les femmes d’aujourd’hui doivent réapprendre à donner le sein.
La plupart sont incapables d’allaiter de manière instinctive, tout est devenu très compliqué. (Petit aparté : j’explique pourquoi dans l’article « allaitement vs biberon : un choix éclairé ?)

A Vienne, ce lactarium vend également du lait aux particuliers.
Une mère a essayé d’allaiter sa fille mais c’était difficile à cause de son diabète de type 1. Elle avait d’énormes hypoglycémies. (Pour avoir plus d’informations concernant la conduite de l’allaitement alors que la mère est atteinte de diabète insulino-dépendant : https://www.lllfrance.org/1956-meres-allaitantes-diabetiques-quelques-etudes)
Cependant, elle et son conjoint souhaitaient absolument que leurs enfants bénéficient du lait maternel.
Dans les cas de pénuries de LM au lactarium, celui-ci ne vend du lait aux particuliers qu’en cas d’urgences, sur ordonnance.
Cette mère a été chanceuse, jusque-là !

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Les mères qui donnent le sein retirent également des bienfaits de cette pratique : l’allaitement réduire le risque de cancer du sein et de l’ovaire et l’immunise contre l’obésité et le diabète.

Le LM évolue au cours de la journée. Il contient des substances stimulantes le matin, mais apaisantes et somnifères le soir, afin d’aider les nourrissons à s’adapter au cycle jour/nuit.
Le lait maternel s’adapte également au sexe de l’enfant. Pour un petit garçon, il est plus nourrissant et plus riche en graisse et en protéines. Pour une petite fille, il est plus abondant.

La plupart des prématurés n’ont pas la force de téter. Les jeunes mères doivent donc tirer leur lait environ 8 fois par jour (cela s’appelle du tire-allaitement). C’est en présence du bébé et avec l’aide d’une consultante en lactation que cela se met le mieux en place.
D’ailleurs la production de lait est fluctuante en fonction des dispositions mentales de la mère. Les mères de bébés prématurés ont besoin absolument d’être soutenues afin de mener ces tirages au mieux et de pouvoir également effectuer des dons à d’autres bébés.

Au CHU de Vienne où est tourné cette partie de reportage, le lait maternel des femmes ayant eu des bébés avec de gros retard de croissance est analysé grâce à une machine spécifique dans le but de déceler des hypothétiques carences. Selon le profil du lait, celui-ci est amélioré en protéines, lipides ou glucides. Les professionnels améliorent ainsi spécifiquement le lait de chaque ration.

Malheureusement, dans ce lactarium interne à l’hôpital viennois, les dons suffisent à peine à couvrir les besoins des grands prématurés.
Or, d’autres bébés, comme ceux nés juste avant terme ou des nourrissons atteints de maladies gastro-intestinales bénéficieraient grandement de LM.
En outre, on sait maintenant que les adultes ayant des pathologies gastro-intestinales telles que la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn peuvent être soulagées grâce au LM.

La production de LM est variable d’une femme à l’autre. En moyenne, chaque jeune mère peut produire 450g de lait/sein.
Les mères de prématurés produisent souvent bien plus que les besoins de son propre bébé.
Une mère interviewée produit de quoi nourrir 2 nourrissons prématurés en plus du sien. Cette jeune mère est de confession musulmane. Dans l’Islam, il est proscrit le mariage en frères et sœurs de lait, donc le don n’est pas bien perçu.
Malgré tout, elle a décidé d’outrepasser cette barrière pour faire bénéficier les autres prématurés de son lait.

arte donneuse

Chaque tétée équivaut à un menu complet en 3 parties :

  • En début de tétée, le LM est très aqueux afin de désaltérer le bébé :
  • Ensuite, le LM s’enrichit progressivement en graisse
  • En fin de tétée, le lait est extrêmement riche en lipides et entraine la satiété du bébé (d’où l’importance de ne pas écourter les tétés par un horaire précis !).

La zone géographique d’habitation de la mère fait également fluctuer la composition du lait. Dans les pays très chauds, la mère produit plus de lait désaltérant.

Le CHU de Munich a organisé un colloque sur l’alimentation des nouveau-nés.
Un chercheur, Lars Bode venu de l’Université de Californie San Diego, a mis en évidence, lors de cette rencontre, un des composants du LM : des oligosaccharides, qui sont l’objet de nombreuses recherches depuis quelques années.
Les oligosaccharides semblent être le troisième plus important composant du lait après les lipides et le lactose. Leur concentration est plus importante que toutes les protéines du lait maternel. C’est pour cette raison que la recherche essaie de trouver leurs rôles précis pour l’enfant et peut-être aussi pour la mère.

Ces oligosaccharides sont des glucides complexes. Il y a plusieurs types de glucides qui co-existent dans une même molécule. Ils cherchent à savoir comment une mère peut produire ces oligosaccharides, et son bienfait.
Chaque mère produit un profil glucide différent. La recherche tente de mettre à jour les facteurs de ces variations interindividuelles.
Il s’avère que les oligosaccharides sont également présents dans le sang des femmes enceintes et dans le cordon ombilical.
Dans l’étude présente, l’objectif est de mettre en place des normes afin d’estimer dans quelle mesure le taux et les types d’oligosaccharide normaux. Cela permettrait de détecter certains risques pour la grossesse ou un problème de croissance chez le nourrisson.
A terme, la scientifique qui gère cette étude espère mettre à jour un biomarqueur.  Mais c’est une recherche en balbutiement. Ils tentent de mettre à jour quels sont les facteurs maternels (alimentation, activité physique, alimentation,…) qui influencent la formation de ces oligosaccharides chez la femme enceinte puis chez la femme allaitante.
Ils pourraient aussi permettre de mettre à jour des risques de maladie métabolique.

Cependant, les bébés n’entrent en contact qu’avec ces glucides que lors de la première gorgée de LM.
Le fœtus est familiarisé aux saveurs via le liquide amniotique qui s’empreint des arômes de la nourriture maternelle.
Il en va de même lors de l’allaitement où le lait aura une couleur et une saveur différentes en fonction de l’alimentation de la mère. Cela développe ses papilles et ses futures préférences gustatives. Ce que ne permet pas le lait artificiel, puisqu’il a toujours le même goût.

A l’Université Technique de Graz, le LM est aussi au cœur de la recherche. Ils tentent de synthétiser artificiellement les oligosaccharides humains. Cela pourrait servir en guise d’alicaments, de traitements thérapeutiques et bien sûr, d’additif pour le lait synthétique pour bébés.
Barbara Petschacher, qui travaille dans cette université, défend le fait que tous les enfants ne peuvent être allaités (autre aparté en mentionnant qu’en réalité un très faible pourcentage- 1 à 5% – de femmes ne sont pas capable physiquement de produire du lait en suffisance : une hypotrophie des glandes mammaires, suite à une chirurgie mammaire -il est possible d’allaiter que d’un sein en cas d’ablation de l’autre-, ou encore à cause d’un traitement incompatible qui ne peut être postposé… Tout le reste, ce sont des facteurs psychologiques et de la désinformation volontaire inhérente au fort lobbying de l’agroalimentaire. Le business du lait artificiel est juteux ! En cas de douleurs ou de faible prise du poids du bébé allaité, il convient de vérifier les freins labiaux et lingual, la position de mise au sein et les possibles troubles ostéopathiques/posturaux du bébé. Je conseille d’ailleurs fortement une visite « de routine » à tous les nouveau-nés afin de s’assurer qu’aucune tension ne leur engendre des douleurs, après une descente dans le bassin parfois chaotique et une grossesse où ils auraient pu développer torticolis ou autre syndrome type KISS) et que grâce à ces oligosaccharides, les laits synthétiques seraient plus qualitatifs.

composition LA
Lait Gallia Calisma Relais 2ème âge

(Il est possible de constater dans la composition des laits artificiels, la présence de Fructo-oligosaccharide et galacto-oligosaccharide. Il ne faut pas s’y tromper : ils n’égalent en rien les oligosaccharides humains : https://www.researchgate.net/figure/Human-milk-oligosaccharides-HMO-and-galacto-oligosaccharides-GOS-are-structurally_fig1_51850724
En outre, Nestlé a lancé la commercialisation d’un LA contenant deux oligosaccharides qu’ils vantent être proches de ceux humains. Toutes les études ont été financées par Nestlé, actuellement… Si des conclusions démontrent que le microbiote intestinal est moins pauvre que pour un lait artificiel standard, cela ne permet pas de combler les apports reconnus de l’allaitement. Voici un lien vers une des études Nestlé :
https://www.mdpi.com/2072-6643/10/9/1161)

 

Bernd Nidetzky, enzymologue à l’Université de Graz, mène cette étude sur la synthétisation des oligosaccharides, à base d’enzymes. Ces derniers sont de plus en plus demandés sur le marché.
Le processus de synthétisation est coûteux. Quant à l’extraction des oligosaccharides à base de LM est impossible.

L’engouement pour le lait maternel se manifeste sous diverses formes. Par exemple, des médaillons contenant quelques millilitres de LM, ou des perles de lait. Il y a aussi des tentatives de le transformer en fromage.
Dans le milieu du bodybuilding, le LM est connu pour être un booster musculaire. C’est la raison pour laquelle les lactariums qui vendent aux privés et les femmes qui proposent leurs excédents sur internet sont largement sollicités.

Ceux qui n’ont pas la possibilité d’avoir accès à du LM vérifié, peuvent toujours se rabattre sur une variante non contrôlée : les mères qui écoulent leurs stocks de lait. La plupart ne cherchent pas à faire du profit et souhaite simplement aider d’autres mères.
Daniel Klotz, médecin-chef et fondateur du lactarium du service pédiatrique du CHU de Freiburg en Allemagne, s’est penché sur ce commerce d’un nouveau genre.
Pour mener son étude, il a contacté 45 femmes qui vendaient leur lait en ligne.  Il a pu analyser plusieurs échantillons de 12 d’entre-elles.
Des contrôles de la température au moment de la livraison furent effectués, ainsi que la qualité de l’emballage et les prix demandés.
Son équipe a ensuite analysé la teneur en bactéries et en nutriment compris dans chaque échantillon de lait.
Ils ont pu déceler un grand nombre de bonnes bactéries, qui jouent un rôle essentiel dans la colonisation de l’intestin du nouveau-né.
Mais ils ont également détecté des bactéries intestinales qui, a priori, n’avaient rien à y faire, rendant le lait probablement impropre à la consommation.

Aux USA, le commerce du lait maternel sur internet a des proportions bien supérieures à l’Europe.
le Dr. Klotz s’est aussi intéressé à ce commerce. Un site internet « Only the breast » propose des catégories de lait, de provenances variées, dont l’Europe. C’est cette plateforme qui se fournissait en LM au Cambodge, ce qui est maintenant proscrit. En fait, le Cambodge a interdit l’exportation du LM vers les USA.
Il y a d’autres plateformes, comme des industriels : Ambrosia LABS, qui permet aux acheteurs de recevoir leur LM à domicile mais aussi, Medolac qui rachète le LM des femmes noires de Détroit, aux USA. Cette ville est en pleine faillite et le taux de mortalité infantile est très élevé. Ces mères sont issues d’une classe socioéconomique défavorisée. Cette société, potentiellement, les exploiterait.
Une association, Black Mother Breastfeeding, a lancé une campagne sur les réseaux sociaux. Elle a pour but de rappeler que, par le passé, des esclaves noires ont été exploitées pour nourrir les bébés des propriétaires de plantation.
Cette condamnation publique a amené cette entreprise à cesser cette pratique.

nourrice noire
Illustration issue de http://www.raphaeladjobi.com/archives/2014/06/29/30161199.html

C’est dans les pays les plus pauvres que le lait artificiel (je corrige le narrateur qui utilise le terme « lait maternisé », qui ne peut être utilisé pour son aspect trompeur) a la meilleure réputation… A cause de campagne de publicité massive. Le lait artificiel passe pour être un produit dont la composition est optimale.
Certains pays prônent l’allaitement, comme le Ghana, où des dispensaires aident et conseillent les jeunes mères pour l’allaitement au sein. Il y a toute une ambiance (chants, danses, accompagnement) et une information des mères afin qu’elles sachent qu’elles garantissent une meilleure santé à leur bébé en les allaitant, surtout les 6 premiers mois de vie où ils sont en allaitement exclusif.
Dans de nombreux pays du Monde, on cherche à convaincre les femmes de l’importance du LM, en particulier au Pakistan où le taux de mortalité infantile est le plus élevé au Monde.
Au Bangladesh et en Indonésie, les infirmières expliquent aux jeunes mères que le LM permet de prévenir les maladies et les infections gastro-intestinales.
Des actions similaires ont autrefois été menées en Europe (comme précisé au début du reportage, en RDA).
En Inde, l’allaitement se raconte façon Bollywood. Cependant, les croyances ont la vie dure.
En Chine, le LM est devenu un nectar pour privilégiés. Des agences spécialisées vont même jusqu’à proposer des nourrices… pour les adultes. Ici, l’allaitement reste rare, malgré les scandales du lait frelaté qui ont eu lieu par le passé. L’UNICEF a choisi de traiter la thématique par un dessin animé très coloré mettant en scène l’allaitement chez les autres mammifères. Une astuce pour montrer que pour l’humain aussi, l’allaitement est le moyen le plus naturel pour nourrir son enfant.
Voici le lien : https://www.youtube.com/watch?v=f96dM5Uo6cY

unicef breastfeeding

La ville de Lund, dans le Sud de la Suède, compte un tiers d’étudiants dans sa population. Cette ancienne cité médiévale a la plus forte croissance du pays. C’est là-bas, il y a 20 ans, qu’une découverte sur le LM, dans le cadre de traitement des maladies cancéreuses, pourrait être majeure !
Une protéine du LM serait manifestement capable de détruire des cellules cancéreuses sans atteindre les tissus sains.
Des études cliniques vont être menées afin de savoir si la substance, nommée Hamlet, aura des effets aussi concluants que ceux conduits en laboratoire.
Catharina Svanborg, Directrice de l’étude et Immulogue à l’université de Lund, s’était déjà penchée sur les oligosaccharides avant de tomber sur la protéine Hamlet, par pure hasard. C’était totalement inattendu !
Elle et un étudiant de Master, alors qu’ils faisaint des tests dans le but d’éradiquer des cellules cancéreuses, ont découvert une réelle modification dans la structure de ces cellules malignes. Les cellules étaient en train de mourir.
A la suite des tests laboratoire, sur les animaux et sur les humains, il fut déjà constaté que la protéine Hamlet a un impact efficace sur une quarantaine de types de tumeur, comme le cancer du sein, du foie, la leucémie, les tumeurs au cerveau, mais aussi de la vessie et de la peau.
Lors de ces tests, les patients ayant reçu Hamlet ont excrété les cellules tumorales via leurs urines en quelques jours.

Afin de travailler sur cette substance et de l’utiliser en grande quantité, les chercheurs ont d’abord dû créer un complexe protéo-lipidiques.
Pour créer Hamlet en laboratoire, ils doivent purifier l’Alpha-lactalbumine. Il s’agit de la protéine la plus enrichie dans le lait humain. Ensuite, elle est mélangée à un acide gras, l’acide oléique, qui est l’acide le plus enrichi dans le LM.
C’est avec ce puissant complexe moléculaire qu’ils parviennent à traiter les cellules tumorales en 3 heures !

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L’équipe au sein de l’Université de Lund qui se charge des recherches sur Hamlet se réunit régulièrement pour faire part des découvertes.
Dernière en date, ils ont réussi à guérir mais aussi à prévenir l’apparition d’un cancer du côlon chez la souris grâce à Hamlet. Ils espèrent pouvoir transposer cela à l’humain.
Ils souhaitent trouver des solutions sûres pour les patients atteints, sans donner trop de fausse joie aux patients dits incurables.
Cependant, dans le cas d’un patient atteint d’un cancer de la vessie. Catharina Svanborg précise à quel point c’était impressionnant de constater que ce dernier excrétait des cellules tumorales par ses urines quelques heures après avoir reçu l’injection. Ce furent des résultats bien plus sensationnels que prévus. L’apparence de la tumeur se modifiait également.
Mais comme il ne s’agissait pas d’une étude contrôlée contre placebo, comme c’est légion en sciences, il n’est pas possible de parler d’efficacité thérapeutique.
Le traitement Hamlet promet cependant des effets extraordinaires. Il agit localement et n’endommage pas les tissus sains autour.
Après plus de 20 ans de travail, ils vont commencer à mener des essais cliniques sur des patients atteints de cancer de la vessie. Cela permettra de savoir si Hamlet a une efficacité thérapeutique avérée.

Les dernières recherches sur le lait maternel ont éveillé l’intérêt de nombreux chercheurs à travers le Monde. Ce nectar, qui est un passeport pour la santé et ses effets sur les adultes, est encore à explorer.
Lars Bode insiste sur le fait que les bienfaits de l’allaitement vont bien au-delà des 6 ou 12 mois du nourrisson. Le LM le protège à long terme, jusqu’à plusieurs décennies, principalement sur les risques de développer de l’asthme, des allergies, une obésité et un diabète se jouent dès les premiers mois de l’existence.
le LM contient de nombreux éléments protecteurs. S’il était possible de les synthétiser, ils ne seraient pas simplement utilisés comme aliment mais aussi comme médicament, précise Thierry Hennet, Professeur de Biologie Humaine à l’Université de Zurich.

Seul problème, le lait maternel est une ressource limitée et c’est aux nouveau-nés qu’il doit être réservé en priorité.
Il est donc nécessaire d’inciter les femmes allaitantes à effectuer des dons qui, selon l’avis des intervenantes, devraient croître durant les 20 prochaines années.

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Voici le site de l’ADLF qui reprend tous les lactariums français: http://association-des-lactariums-de-france.fr/liste-des-lactariums/

Étant belge, je suis consternée de constater qu’il y a un seul lactarium, au CHR de la Citadelle, à Liège.

Au Québec, c’est Héma-Québec qui gère le lait maternel sur le territoire: https://www.hema-quebec.qc.ca/lait-maternel/donneuses-lait/banque-publique-lait-maternel.fr.html
Je suis certaine que le visionnage (possible sur le replay d’ARTE jusqu’au 28 octobre 2018) ou à défaut, la lecture de cet article, t’a offert des connaissances incroyables.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x!

 

P.S.: pour un index de mes articles concernant l’allaitement:

 

 

 

 

Éducation bienveillante·Communication Non-Violente

Les récompenses, une fausse bonne idée ?

Comme j’ai pu l’aborder auparavant, les punitions ne sont une voie éducative profitable ni pour les enfants ni pour les parents.
Il s’avère que les récompenses sont perçus comme étant, elles, favorables puisqu’elles sont positives.
Mais qu’en est-il réellement ?
Est-ce que ton enfant va avoir un meilleur comportement et plus de motivation en cherchant sa « carotte » ?

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  • Le principe et l’objectif des récompenses

Les récompenses, nous le savons tous, se traduisent par un bien matériel ou moral donné/reçu pour une bonne action ou un service rendu.

Grâce aux récompenses, on incite à agir avec bonne volonté « juste » en ayant une contrepartie pour son action.
On pourrait croire que c’est une bonne idée, puisque tant les enfants que les adultes vont procéder avec assez d’entrain… Cela peut détourner les protestations et garde une ambiance sereine à la maison.
Il faut juste prévoir un stock de récompenses mesurées en réponse aux faits.

Parce que c’est vrai qu’on aimerait bien tous, recevoir quelque chose pour nos bonnes actions quotidiennes.
Imagine, recevoir une mention d’excellence chaque soir où tu te coucherais avec une maison bien rangée. Et puis, à partir du moment où tu en as 6 / semaine, tu aurais droit à un cadeau ou une faveur.
C’est quand même plutôt agréable, plutôt que de n’avoir aucune compensation ni aucune gratitude pour le travail accompli à domicile.

Tu reçois ta compensation, semaine après semaine, mais parfois il y a des loupés. Il y a des impondérables, la vie ne te permet pas d’être au « top » plusieurs semaines de suite.
Tu te sentirais alors sûrement privé.e de cette compensation.
Tes actions, au quotidien, te paraissent de plus en plus mornes. Pour la simple raison que tu sais qu’il n’y aura pas de récompense à la clef… Alors, c’est comme s’il n’y avait plus de bonne raison pour agir.

Voilà, clairement, le problème principal du principe de récompense. L’action n’est plus motivée par les faits en tant que tels mais juste par l’envie d’accéder à la récompense.

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  • La dynamique des récompenses

C’est un problème parce que les individus, quel que soit leur âge, perdent alors le plus riches des actions : savoir pourquoi ces actes sont importants en eux-mêmes.
Chez les étudiants, cette tendance à la récompense peut être flagrante : certains étudient parce qu’ils sont passionnés, ou à tout le moins intéressés, par les matières abordées. Puis, au fur et à mesure, certains abandonnent par désintérêt et d’autres poursuivent, juste dans l’intention d’obtenir un diplôme.
Le premier estimera qu’il peut être utile d’avoir « les questions des examens » afin d’exercer ses compétences. Pendant que d’autres baseront leur apprentissage sur la faculté à répondre aux questions posées.
Certes, le résultat sera identique pour les deux étudiants : ils auront leur diplôme.

Mais il y a fort à parier que celui qui aura agi par passion fera un professionnel plus compétent et investi. Il retiendra probablement la matière qu’il a appris parce qu’il trouvait cela intéressant.

Il est ainsi manifeste de constater l’impact de l’intention sur le résultat… qui n’est pas la récompense mais bien « le chemin » pour y parvenir.

Dans un cadre éducatif, le recours aux récompenses est un chantage. Ni plus ni moins. Attention, je n’ai pas dit que c’était mal. J’effectue un constat.
Lorsqu’on promet une faveur suite à une action, on sous-entend qu’il en sera privé s’il n’effectue pas ce qui est attendu.
C’est avec cette mise en place d’une dynamique de récompense/privation, qu’il est possible de se rendre compte que les récompenses fonctionnent sur le même principe que les punitions.
Ces deux réponses aux actes des individus a pour objectif de faire obéir l’autre.

Imagine qu’un enfant ne veuille pas aller se laver.
Première option : tu sévis et menace de lui enlever le jeu qui monopolise son attention s’il n’y va pas.
Seconde option : tu lui demandes d’aller se laver et tu lui promets qu’il pourra regarder un dessin animé après.

La seconde option est plus sereine pour l’enfant. Mais il n’aura quand même absolument pas intégré la raison d’aller se laver et ne prendra peut-être même pas le temps du plaisir d’être dans l’eau afin de voir son dessin animé plus vite. En outre, quelle que soit l’option, ton intention est de faire obéir cet enfant… Même dans la seconde option, il ne collabore pas, il obéit dans l’espoir d’obtenir quelque chose.
Le lendemain, va-t-il plus apprécier se rendre dans la salle de bain ou va-t-il attendre que tu le gratifies de quelque chose ?

C’est parce que l’intention est dans l’obéissance et que cela engendre un sentiment de privation que les récompenses fonctionnent dans le même registre que les punitions. Ce sont des marqueurs de l’adultisme.

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur les punitions, l’obéissance n’amène pas l’enfant à être autonome et responsable. Cela rend passif et n’aide pas à développer la conscience de la valeur des actes en eux-mêmes.
Maria Montessori allait jusqu’à dire que les récompenses sont une forme « d’esclavage de l’esprit », puisque l’enfant ne réfléchit plus à l’action mais souhaite seulement obtenir la faveur.

Les principes régissant la motivation sont très fouillés en psychologie.
Il y a deux composantes importantes dans la motivation : la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque.
La motivation intrinsèque est celle qui guide l’envie d’apprendre, de grandir, de profiter du trajet autant voire plus que de la destination.
La motivation extrinsèque amène à s’exécuter en vue d’obtenir quelque chose (comme c’est le cas des jobs alimentaires où l’on va juste chercher le salaire alors que les tâches laissent indifférents – au mieux !).

Le souci, c’est qu’un individu qui agit par pur plaisir/motivation interne peut perdre de vue ce positionnement si on lui propose des récompenses.
Typiquement, nombre de parents promettent des cadeaux afin de marquer de « bons résultats scolaires » et souvent, en corolaire, grondent ou punissent en cas de mauvais.
Un enfant qui, d’habitude, travaille volontiers peut avoir une baisse de régime. Le parent peut alors être tenté de promettre un avoir si le travail est « bien » effectué. Cela sera donc peut-être le cas, si ce qui engendrait les difficultés s’estompent.
Le problème, c’est que l’enfant va petit à petit considérer qu’il apprend pour obtenir quelque chose en plus et non plus juste pour apprendre/ faire murir ses réflexions / nourrir son appétit de découverte.
De plus, si l’enfant avait un réel problème (relationnel, d’apprentissage, émotionnel, …) qui se manifestait par des notes plus basses, il ignorerait toute récompense promise.

Les récompenses peuvent masquer ce qui retient les enfants d’entrer dans une action. Se questionner sur les raisons des résistances est plus favorable à long terme plutôt que de tenter de « passer en force » grâce à des incitatifs artificiels aux situations (promettre un dessin animé pour amener l’enfant à prendre son bain, les deux activités étant tout à fait distinctes).

L’octroi de récompenses fréquentes bride les enfants. Ces derniers vont avoir tendance à se comporter de manière à rencontrer les attentes des adultes et non plus à vivre en se laissant l’opportunité d’innover (et donc de prendre le risque de ne pas adhérer aux attentes).

 

  • Répondre aux attentes, l’obéissance et la relation de pouvoir

Comme je viens de l’expliquer, les enfants coutumiers des récompenses vont attendre systématiquement quelque chose en retour de leurs « bonnes » actions.
D’ailleurs certains parents finiront ensuite par dire que leurs enfants sont « ingrats » car ils réclament constamment des cadeaux pour autant qu’ils se soient tenus correctement.
Une autre situation : lorsqu’un parent part souvent en voyage, pour se faire pardonner de son absence, il ramène un cadeau. Si, le cadeau n’est pas au rendez-vous, l’enfant pourra bouder. Les parents considèreront que l’enfant est trop gâté et qu’il n’a vraiment aucun savoir-vivre… Alors que ce sont eux qui ont instauré ce fonctionnement d’obéissance/récompense.

La relation qui s’établit avec les enfants est alors un exercice du pouvoir. Tôt ou tard naîtra un sentiment de rancœur envers le parent qui octroie des récompenses fréquemment ou l’en prive à certains moments. Parce que ces avoirs sont déterminés par le jugement du parent et qu’il n’y a plus de place pour l’autodétermination de l’enfant. Ils ne peuvent plus développer de confiance en eux puisqu’ils sont soumis à la validation d’autrui pour le résultat de leurs efforts. Les efforts n’existent pas dans ce système de valeur, il n’y a que le résultat qui importe.
Les comportements des enfants visent à accéder aux gratifications des parents. Ils ne parviennent pas à sauver leur estime de soi, puisque leurs propres appréciations de leurs actes et l’effort ne sont pas reconnues.

 

  • Les formes que prennent les récompenses

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Dans le système scolaire, et dans certaines suggestions pédagogiques maladroites, il y a nombre de pratiques qui utilisent le système des récompenses :

  • Une météo des comportements en classe sur un panneau en classe qui montre l’état de chaque élève jour après jour, à la vue de tous ;
  • Même principe avec des gommettes colorées ou un papillon à colorier (jaune si le comportement était bon et noir s’il était turbulent)
  • Des bonbons donnés (les bonbons, on en parle ?!) par l’enseignant en fin de semaine aux bons élèves

Ils sont inventifs, ils déclinent le système sous diverses formes. C’est très agréable pour les bons élèves. Ils sont mis en avant, bien en évidence, par rapport au reste des élèves.
MAIS…
Qu’en est-il des enfants ayant un tableau plus sombre ?
Faut-il considérer que c’est de leur faute s’ils n’ont pas les soleils et autres gommettes favorables ?
Les « soleils » et toutes les autres marques positives mettent en exergue les élèves qui répondent aux attentes de l’enseignant. Dès lors, cela exclut immédiatement tous les enfants dys-, ceux qui ont une famille en situation précaire (si un enfant n’a pas la possibilité d’apprendre ses leçons ou de faire ses devoirs à cause de son rythme familial…) ou simplement ceux qui ne rentrent pas dans le moule standardisé de l’éducation collective.

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Les facteurs intervenant dans la dynamique des récompenses sont donc :

  • L’obéissance et la conformation aux attentes
  • La mise en évidence des « bons »
  • Évaluation quotidienne des enfants sur un seul aspect comportemental
  • Le sentiment d’estime de soi impacté chez les enfants
  • Le clivage dans la classe entre « les bons » et « les mauvais »
  • L’octroi de privilèges, la plupart du temps aux mêmes élèves
  • Le sentiment de privation des « moins bons »

Comment, avec un fonctionnement tel que celui-là, est-il possible de mettre en place un fonctionnement collaboratif et une absence de jugement entre élèves (et donc de remarques/attitudes) si l’enseignant lui-même est ce moteur de jugement ?

En outre, comment motiver des élèves qui seraient toujours mis en porte à faux par rapport aux autres, en les laissant croire qu’il leur suffit d’un peu de volonté ?
Après 3 ou 4 semaines à être traités comme les « élèves turbulents », les enseignants auront tendance à agir avec eux différemment qu’avec les « bons ». Ces derniers deviendront toujours meilleurs et les « turbulents » le seront, et auront une motivation scolaire en chute libre. C’est un exemple de ce qu’on appelle l’effet Pygmalion, théorisé par Rosenthal et Jacobson et très bien expliqué sur ce site, dont provient l’infographie suivante: https://www.psychologie-sociale.com/index.php/fr/theories/categorisation/3-l-effet-pygmalion-a-l-ecole

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Les élèves entre eux auront tendance à faire des clans, à se séparer entre « bons » et « mauvais », comme le prouve cette expérience effarante de Jane Elliott en1970. Elle a simplement dit aux enfants que les élèves aux yeux bleus étaient plus brillants, intelligents et plus calmes que ceux aux yeux bruns. Ces derniers devaient d’ailleurs portés une marque pour être vite reconnus (ça ne te rappelle rien.. ?). Les enfants adoptèrent immédiatement des attitudes caractéristiques : les « yeux bleus » se moquaient des « yeux bruns » et eurent des comportements dignes de bourreaux. Les « yeux bruns » furent désemparés et perdirent la confiance en eux.
Le lendemain, Jane Elliott inversa les rôles et prétendit qu’en réalité, ce sont les « yeux bruns » qui avaient le plus de mérite, que ça avait été prouvé. Au cours de la journée, les victimes de la veille se transformèrent en bourreaux…

Cette expérience est largement détaillée ici : https://chroniquesduchapelier.com/2017/11/24/la-lecon-de-jane-elliott/
et en vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=tHjSu5Nez7I

Tout cela exemplifie de manière limpide pourquoi juger les enfants ne peut pas amener de sérénité dans un groupe (et pas non plus dans la société, puisque notre fonctionnement garde les empreintes de notre jeune âge).

Il y a une autre forme de récompense… Les compliments, surtout ceux dénués d’émotivité !

« Tu es trop forte ! » ; « Quelle championne ! » ; « Tu es vraiment le meilleur ! » ; « Tu es belle ! » ; « Tu es mignon comme un cœur ! » ; « Quel superbe dessin ! » ; …

Les compliments viennent vite à la bouche, dès que les enfants évoluent.
Nous y sommes habitués, en tant qu’adultes, puisque nous les avons entendus depuis notre enfance.

Lorsque que nous faisons un effort pour nous habiller, pour effectuer une tâche ardue ou lors d’une situation exceptionnelle, nous nous attendons souvent à entendre quelqu’un de « légitime » dans la situation qui relève ce qui est « exceptionnel », ce qui a trait à l’effort effectué.

Le problème, c’est que la plupart des compliments se concentrent sur le résultat uniquement.
Par exemple, un enfant a passé un certain temps à s’appliquer sur un dessin. Il arrive auprès d’un parent, fier de montrer sa réalisation !
La plupart des enfants vont entendre en retour un compliment du type : « Quel beau dessin ! » et au mieux, le dessin sera accroché sur la porte du frigo (pour peu que le dessin soit présenté à un bon moment et qu’il ait quelque chose d’exceptionnel aux yeux du parent).
Ce commentaire peut ravir l’enfant : lui qui était fier avait raison de l’être car son référent a validé sa perception en le jugeant bon.

En outre, il s’avère que les compliments contenant les « la plus forte », « champion », « la meilleure » comprennent des notions de comparaison aux autres. Cela sous-entend que pour être acclamé et reconnu comme « bon », il faut être meilleur que les autres. C’est ainsi que s’instaure, subtilement, le principe de compétition, au détriment du principe de collaboration et de la sphère empathique qui l’accompagne.

Est-ce que tu sens ce qui cloche à long terme dans cette réaction ?

D’une part, l’adulte valide la réalisation de l’enfant. Cela implique que l’enfant va, au fur et à mesure, calquer sa propre appréciation sur l’avis de l’adulte.
Si, durant une journée chargée, l’adulte réagit en disant seulement : « Oh oui ! Il est pas mal ce dessin. Mais je suis occupé.e, maintenant. ». L’enfant pourra penser que son dessin n’est pas réussi. Sa fierté se transformera en déception de lui-même car il n’a pas reçu la validation habituelle.
Cela sous-entend que l’enfant ne peut pas se faire confiance car quelqu’un qui aurait un avis plus « légitime » (c’est-à-dire adulte) aura un avis différent, ou qu’il interprétera comme tel.

D’autre part, avec ce genre de réponse-type, seule la réalisation finale est prise en compte. Nulle mention de l’effort que l’enfant à effectuer pour accéder à ce résultat qui le rend fier.
L’effort n’est pas mis en avant, seul compte le résultat. C’est d’ailleurs probant quand un enfant commence à gribouiller, une question fréquente est : « Tiens, qu’est-ce que tu essaies de représenter ? ».
Et si, en fait, il ne voulait rien représenter et juste expérimenter ses gestes ?!
D’ailleurs, souvent la réponse est lente à venir. Je peux supposer que certaines fois, ils tentent de reproduire quelque chose… mais que la plupart du temps, ils donnent une réponse pour satisfaire les adultes qui questionnent et qui semblent attendre une réponse précise.

Le problème liés aux compliments, s’avérant être des jugements sur le résultat, est qu’ils forment les individus à attendre une gratification, une validation et une reconnaissance à chaque action.
Dans ce système, auquel nous sommes habitué.e.s, il est fréquent que nous soyons déçu.e.s de l’abstention de reconnaissance pour nos actes. Cela vaut dans la sphère professionnelle, où nous espérons les remerciements ou les récompenses pour nos attitudes et surtout lorsqu’on a des résultats qu’on estime probants. C’est aussi le cas dans le quotidien du foyer où il est usuel de souhaiter des remerciements pour les services rendus et l’efficacité de l’organisation du foyer.
Mais ces remerciements et récompenses viennent rarement et la rancœur commence à s’installer. Parce que nous avons intériorisé le système des récompenses, a minima par les compliments, et que ne pas en recevoir est associé à une privation.
De plus, l’égo est touché lorsque nous recevons une récompense (la sensation de mérite) mais cela crée de l’envie envers ceux qui ont plus de privilèges… Toutes les expériences en psychologie sociale ont pu démontrer que lorsque les individus sont catégorisés en deux catégories, l’une ayant des privilèges et l’autre étant affublés de caractéristiques négatives, il y a des attitudes de violence, d’humiliation, de moquerie vis-à-vis des « mauvais ». Ceux qui ont des privilèges font ce qu’il faut pour les conserver. Ils peuvent même enfoncer les autres pour y parvenir.

Il y a un exemple classique de la fin de l’année : « Si tu ranges bien ta chambre et que tu es sage, le Père Noël/St Nicolas t’apportera des cadeaux ! ».
Il s’agit d’un chantage. Les enfants ne sont pas incités à apprécier l’ordre, ils sont jugés en « sage/turbulent » et cela induit la croyance que ceux qui n’ont pas de cadeau l’ont forcément mérité.
Quid des familles précarisées, dans ce système ?

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Je sens qu’une crispation va monter chez les adultes qui lisent… Parce qu’il y a aura comme une impression de ne jamais pouvoir rien dire qui soit dénué d’impact et que « rien n’est bon ».
STOOOOOP !

L’idée n’est pas de taxer de « bons » ou de « mauvais », les comportements. D’ailleurs, tu remarqueras que je mets des guillemets à chaque jugement de valeur.
Chaque attitude révèle quelque chose de nous-même, de nos habitudes, de nos ancrages affectifs et des schémas éducatifs auxquels nous avons été exposés.
Dans cet article, mon objectif est de mettre en évidence les actes/les mots qui ont un impact dans la construction de l’enfant et du futur adulte.
Le but recherché est d’accompagner les enfants à se sentir bien en tant qu’individu,  confiants en eux, comme nous l’aimerions tous: savoir se faire confiance et faire fi de l’avis des autres.
Nous sommes tous d’accord pour dire à nos proches : « Peu importe ce que pensent les autres, tant que tu te sens bien ! ». C’est louable comme intention.
Mais c’est ignoré le fait que la construction de la confiance en soi peut être ébranlée juste par des compliments jugeants et des récompenses à outrance.
En outre, l’humain a une propension (nécessaire !) à conserver son appartenance sociale. Cela le pousse à rechercher une manière d’être au sein du groupe qui soit en harmonie avec les autres membres… Cela explique les effets de mode vestimentaire, mais aussi les résistances aux changements d’attitudes dans les familles. Les conduites alternatives peuvent être perçues comme une distanciation de ses racines. La plupart des gens confonde l’amour qui leur est porté et l’adéquation avec l’ensemble de leurs principes de vie. C’est ce qui crispe énormément les relations familiales lorsque les générations se succèdent.
Si c’est le cas pour toi, je te renvoie vers mon article « Que faire pour que les autres acceptent mes choix ? ».

  • Et, je fais comment pour motiver mon enfant à agir, alors ?

Voilà la partie que je préfère : la recherche d’alternatives et de pistes de solution.

D’abord, les récompenses sont souvent allouées afin de faire plaisir.
Il n’est pas question de retirer les moments de plaisir, mais au contraire, de rendre leur accès dénué de conditions sine qua none.
Peut-on seulement regarder un film si la maison est bien rangée ?
Peut-on seulement prendre une pause que lorsque le travail commencé est parfaitement achevé ?

Fais plaisir à ton enfant. Offre-lui des moments agréables, en dehors de toute exigence, juste pour un réel plaisir d’être ensemble ou pour qu’il/elle puisse avoir la joie de s’amuser sans contrepartie.

Nous sommes élevés dans une société méritocratique où seuls ceux qui ont des résultats peuvent bénéficier de certains privilèges.
Il y a une dimension sociale : on sait qu’être né au bon endroit, dans la bonne famille donne accès à bien plus de privilèges que d’autres. Le « mérite » est une notion directement liée aux récompenses et ce qu’il implique. C’est destructeur pour l’égo de ceux qui sont « mal nés » et qui n’ont pas accès aux richesses… Au fond d’eux, cela ancre la croyance qu’ils ont fait quelque chose de mal pour être précarisé de la sorte.
Les enfants qui ont intériorisé le système des récompenses et du mérite, en voyant d’autres individus être privés de certains privilèges, viendront à penser qu’ils sont forcément responsables de leur situation. Cela entame les possibilités d’empathie et d’humanité dont les enfants peuvent faire preuve.

Ensuite, il faut d’abord distinguer les récompenses et les encouragements.
Ces derniers sont, par essence, axés sur l’effort fourni, sur le « courage » nécessaire pour agir.
C’est ce qui en fait tout l’intérêt. Il n’y a plus de jugement sur le résultat mais une focalisation sur l’action de l’enfant en tant que telle.

L’alternative pour intervenir avec des encouragements est de demeurer dans la description de ce que l’enfant fait.
« Oh ! Ton dessin est plein de couleurs ! Tu as l’air d’être fièr.e de ce que tu as fait ! »
« Qu’est-ce que tu fais comme effort pour courir vite ! C’est incroyable ! »

J’y consens, de prime abord, cela peut manquer de spontanéité… Parce que nous ne sommes pas coutimier.e.s de ce type d’encouragements.
Il est possible de se changer son vocabulaire au fur et à mesure, en reformulant après un compliment « classique » fait spontanément : « Oh ! Qu’est-ce que c’est joli !… Il y a plein de couleurs ! Tu as l’air de bien t’amuser ! ». C’est comme tout dans la vie : la pratique amène à des automatismes.
Petit à petit, la notion de jugement disparaîtra et laissera place à la seule observation/description de ce que l’enfant fait mais aussi de ce qu’il semble ressentir !

L’absence de jugement permettra aux enfants d’explorer diverses manières de faire une même chose, sans être bridés par le regard des adultes.

A la suite d’une réussite particulière, il est possible d’orienter l’attention des enfants sur le « chemin » parcouru pour y parvenir et sur les plaisirs trouvés durant les actions.

Au quotidien, il est facile de mettre l’accent sur les plaisirs simples pour les enfants, mais aussi pour nous :
Par exemples : « C’est chouette d’avoir les mains dans la farine ! Et on va faire un super pain ! », « Maintenant que tu as appris cette chose-là, tu fais les exercices très facilement ! », « Comme c’est rigolo d’avoir de la mousse partout quand on se lave les dents et en plus, après, tu sens tes dents toutes lisses ! », « Oh ! Qu’est-ce que c’est agréable de s’allonger à la fin de la journée ! », « Tu avais vraiment l’air passionné.e quand tu lisais tout à l’heure ! », …

C’est quotidiennement que les détails de nos actions peuvent être mis en exergue. Ils deviennent ainsi les motivations intrinsèques, en agissant en pleine conscience des différents éléments qui composent l’action et la recherche d’un objectif.

Pour les enfants qui manquent de motivation pour se préparer, se laver, aider au quotidien, etc, pourquoi ne pas faire de la vie, un jeu ?
J’en parle déjà dans l’article « Tu es en colère ? Et si on s’amusait un peu ?! ».
Mais cela peut s’appliquer à toutes les situations. A partir du moment où le besoin d’autonomie des enfants est entendu et qu’ils ont le temps nécessaire pour faire les choses (l’empressement de l’adulte n’a aucun sens pour les enfants), il est possible de leur proposer des jeux pour que les actions deviennent drôles d’elles-mêmes.
Certains peuvent initier des courses pour s’habiller ou aller se laver.
Je suis partagée. C’est efficace, mais cela implique une notion de compétition qui me dérange.
Il est possible d’inventer une manière de marcher « bizarre » pour se rendre à la salle de bain ou dans sa chambre, de mettre la table version « Mission Impossible », de chantonner pour faire passer le temps plus vite, de se laisser brosser les dents pendant qu’on le fait aux enfants, etc.
Alors évidemment, cela demande de l’investissement pour les adultes. Mais, faire du bain un moment de jeu n’est-ce pas la meilleure manière de profiter d’un temps de qualité ensemble ?
Dès qu’ils sont en âge de le faire, propose-leur de participer à la cuisine. Il peut par être un moment de partage et de confidences complices ? Et plus petit, c’est une vraie activité manuelle.
Oui, il faut peut-être commencer à préparer le repas à 17h30. Mais ce n’est plus une corvée, cela devient une vraie activité commune et une manière d’être ensemble.

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Une autre possibilité pour diminuer les conflits quotidiens et ne pas être embarqué.e par la dynamique de punitions/récompenses, ne serait-elle pas de créer tous ensemble une charte interne à la maison ? Chacun prend part à la décision des règles et s’engage à les respecter.
Cela implique que les règles et leur légitimité peuvent être discutées librement… et non pas que les parents décident et que les enfants y consentent.
Par exemple, les parents aimeraient que les chaussures ne passent pas le seuil de la maison, les enfants trouvent cela inutile.
L’idée est alors de discuter tous ensemble pourquoi les parents veulent cette règle,qu’est-ce qui dérange les enfants. Parfois, de simples aménagements intérieurs aident à faire qu’une règle de vie soit respectée… mais il s’avère aussi que la discussion concernant les motifs de la règle puisse la mettre en perspective, et qu’elle perde en importance.
C’est par ce type de communication familiale ouverte et dénuée de jugement que chacun parvient à se faire entendre et que la vie communautaire est agréable. Cela implique que les enfants aient la certitude qu’ils puissent s’exprimer franchement et qu’il n’y ait pas une croyance que l’amour est conditionnel à l’obéissance. L’utilisation de la communication non-violente est un outil avantageux.

Enfin, éviter les récompenses dont les compliments, ne doit pas être assimilé à de la froideur et à de l’absence de considération. Au contraire !
Il s’agit d’apporter sa présence toute entière aux enfants, afin de faire une remarque qui est précise et non stéréotypées.
Il est aussi favorable d’exprimer ses sentiments aux enfants face à leurs actions et leurs réalisations. « Je suis très fièr.e de te voir t’épanouir dans cette activité pour laquelle tu démontres un talent et dans laquelle tu fais énormément d’efforts ! »
Cette phrase fera bien plus plaisir aux enfants qu’un : « Bravo ! T’es un.e champion.ne ! ». De plus, si un jour, il y a une baisse de régime, il/elle pourrait croire que tu serais déçu.e car le statut de champion n’est plus d’actualité.
Mieux vaut un enfant qui adore jouer au tennis pour le plaisir mais refuse les compétitions qu’une graine de champion qui peste dès qu’elle n’accède pas au meilleur classement. cela ne veut pas dire qu’il faut chasser les compliments dans les moindres tréfonds. Cependant, il peut être épanouissant de penser à les élaborer avec des sentiments et sans que nos propos laissent entendre une attente de résultats.

Dans tous les cas, l’exemplarité est inestimable pour l’accompagnement des enfants.
Ne te fustige pas en cas de tentatives « ratées »! Ne te juge pas! « Goûte aux plaisirs d’être et au contenu des actes quotidiens.
Beaucoup d’entre nous disent facilement : « Je ne suis vraiment pas douée ! » ou « Je suis maladroite ». Je te propose une autre formulation, que tes enfants pourront intérioriser : « Je manque d’entraînement pour… ! ».
Rien n’est figé. Souvent, ce n’est pas une question de don ou de maladresse mais simplement de présence entière à une situation donnée ou de manque d’expérience.

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x !

Pour aller plus loin :

  • « Eduquer sans punition et récompense » Philippe Faure
  • Une conférence de M. Rosenberg sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=53_qlO_8qqo
  • « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » Faber & Mazlish
  • « Qui veut jouer avec moi ? » Lawrence J. Cohen
  • L’adultisme expliqué aux adultes
Maternage proximal

Le maternage, oui ! Mais jusqu’à quand ?

Le maternage, oui ! Mais jusqu’à quand ?

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Le maternage proximal, j’en ai déjà parlé afin de le définir et de poser les bases des théories de l’attachement (entre autres).
Cet article est la suite. Je vais aborder d’autres aspects du maternage, surtout quand les bébés grandissent. D’ailleurs, jusqu’à quand peut-on parler de maternage ?
Des pistes de réflexion et des ébauches de réponses sont disponibles ci-après !

Un élément assez caractéristique dans le maternage, c’est qu’on retrouve des composantes chez la plupart des parents le pratiquant : le portage, l’allaitement et le cododo.
Certaines parviennent à materner de façon proximale sans allaiter. Mais souvent, c’est privilégié.
Mais est-ce que ces 3 pratiques résument ce qu’est le maternage ?
Pas uniquement. C’est comme réduire une pomme à un agrégat de nutriments, de vitamines, une saveur et une forme. On peut très bien créer de toute pièce un « aliment » rond, avec les nutriments et vitamines similaires à ceux présents dans la pomme et qui en aurait une vague saveur. Cela ne serait pas une pomme, mais un simulacre.

Le maternage, c’est pareil. Il s’agit d’une philosophie de vie et une manière de vivre sa parentalité. Souvent, ce sont les mères informées qui s’orientent dans cette pratique car elles en connaissent tous les bienfaits (toutes les études récentes dans le domaine convergent vers la pratiques ayant trait au maternage)  pour les bébés. Mais il se peut aussi que d’autres agissent juste comme ça, car leur cœur le dicte. Dans tous les cas, le regard et les réflexions émanant de la société seront présents.
Les premières auront plus d’armes pour contrecarrer les « conseils » que les secondes qui pourraient se retrouver démunies. Souvent, les recherches débutent. Elles se rendent compte qu’elles ne sont pas les seules ni « folles » d’agir comme tel avec leur petiot, malgré l’image que leur envoie un environnement coutumier du parentage distal (biberon, chambre séparée au plus vite, absence de portage, considération que les pleurs sont une nécessité ou qu’ils n’ont pas d’effet, etc).

 

Durant les premiers mois, le maternage proximal peut-être assez facilement accepté. Le bébé est tout petit, les arguments ont fait mouche (on l’espère !).
Mais pourtant, à partir de quelques mois, les questionnements reviennent souvent :

« Ok, je portais mon bébé de 1 mois pendant toutes ses siestes, mais est-ce une mauvaise habitude qu’il dorme sur moi à 9/10/12 mois ? »
« J’allaite à la demande depuis le début, mais est-ce la même chose après la diversification ? » (Voilà une de réponse dans « ah, tu allaites encore ?! »)
« Il dort avec moi/nous depuis 6 mois, dois-je le mettre dans son lit ? »
« Il s’endort au sein et jamais seul, il lui faut au moins les bras… C’est grave ? »

La plupart du temps, le questionnement ne provient pas de la mère mais de l’entourage qui remet en question  notre fonctionnement et qui  s’inquiète étrangement de ce qui se passe dans le lit conjugal/pour l’alimentation de bébé/pour ses habitudes de vie.
Étrangement, car je suis certaine que la plupart des mères et des couples qui entendent ce genre de remarques n’avaient jamais été questionné.e.s sur la bonne tenue de leur vie sexuelle ou de leurs habitudes alimentaires.
Il y a plusieurs types de personnes qui peuplent notre vie. En fonction de leur statut et de leur importance, les réactions à leur émettre varient fondamentalement. Dans cet article, je te donne quelques pistes pour faire en sorte que « les autres » puissent respecter et comprendre tes choix. Les autres, si tu es la mère, ça peut aussi être la.e conjoint.e.

 

Le maternage et la société occidentale

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La société n’a pas un regard très bienveillant sur le maternage (et pourtant, s’ils savaient !). Il est perçu comme une attitude « à contre-courant » (heureusement, nos rivières feront bientôt des fleuves dans les générations à venir !).
Il est attendu de la femme qu’elle mette au monde son petit, s’en occupe bien mais sans être non plus trop « accro ». Puisque 9 à 15 semaines plus tard (en fonction des pays), elle va devoir retourner dans sa vie métro-boulot-dodo, en y ajoutant la case « marmot ».
Parce que la société demande qu’on soit productive.f, toutes et tous à notre échelle. Celles ceux  qui ont l’opportunité de rester à domicile doivent avoir un.e conjoint.e qui assure pour deux financièrement, parce qu’après tout, puisque c’est ton choix de t’occuper de tes gamins : tu n’as droit à rien.

Il est possible de croire que c’est normal. L’individu au foyer ne cotise pas pour les retraites, il/elle n’investit pas son temps pour un patron et ne paie pas d’impôt.
Le jour où, malheureusement, une séparation arrive dans un couple : elle n’a le droit à quasiment rien. Le filet social a un trou… et c’est celui des personnes qui s’occupent de leurs enfants.
Parce qu’il y a des gens, dont c’est la profession de garder les enfants pendant que les parents travaillent… qui eux/elles paient des impôts et participent à la société se faisant.
En gros, il faut être rentable, sinon tu n’es/as rien.
Certain.e.s s’accommodent volontiers de cela. Mais c’est exactement là que commencent les questions sur « les mauvaises habitudes », la gestion de l’alimentation, de l’allaitement et du sommeil. Parce que les personnes qui gardent les enfants ne sont que rarement sensibilisées au maternage et à ses bienfaits.
Les parents maternants sont perçus comme étant trop fusionnels, trop investis…Et souvent, pas assez productifs !

Les parents maternants sont en fait trop difficiles à appréhender pour ceux qui ne fonctionnent pas comme cela. Parce que c’est frustrant de se dire que certain.e.s ont refusé de fonctionner comme la Mamy, le pédiatre et la plupart de la société l’ont dit… Et qu’ils ont l’air épanouis !
Les parents maternant sont dingues de leurs enfants et n’envisagent pas qu’on leur impose des expériences perçues comme néfastes (heure de sieste imposée, repas mixés (ici pour parler de diversification menée par l’enfant), ou alors le vivent très mal. C’est aussi pour ça qu’il y a plein de parents considérés comme pénibles parce qu’ils refusent les punitions/tableau d’honneur/gommette smiley/… Parce que cela va à l’encontre de leur valeur et que, de leurs connaissances, ils savent que ces actes n’apportent rien de positif à leurs enfants (j’aborde les punitions, ici).
Les parents maternant remettent sur l’établi ce qui a été une norme pendant près de deux siècles et qui est une construction sociale d’une force inouïe. Forcément, ça dérange !
Les mythes ont réussi à convaincre des milliers de parents occidentaux que:

  • les bébés pleurent mais que c’est nécessaire pour leur développement pulmonaire et pour qu’ils apprennent la frustration (j’en parle ici) et donc il ne faut pas intervenir, et surtout, pas trop vite.
    Cela impliquerait que le bébé humain (dont on connait la prématurité de développement par rapport aux autres mammifères) exprime un besoin mais qu’il se trompe et que c’est nécessaire pour lui de ne pas y répondre.
    Il n’y a que moi qui trouve cela alambiqué ?
  • le lait maternel n’est souvent pas assez riche et d’ailleurs, la plupart des femmes ne parviennent pas à allaiter.
    Donc, nous serions les seuls mammifères incapables de faire croître notre espèce sans le lait d’une autre ? (voir ici pour « l’allaitement vs le biberon : le choix est-il vraiment éclairé ? »).
  • Le bébé doit apprendre à dormir seul. Surtout parce que « chaque chose a sa place » et que le lit conjugal n’est pas un lit dans lequel les enfants dorment (dire que j’y ai cru, plus jeune ! Comme quoi, la connaissance apporte énormément !).
    J’en ai déjà parlé mais … dans la plupart des pays du monde, tout le monde fait chambre commune, faute de place mais aussi, parce qu’il est su que les enfants dorment bien mieux accompagnés.
    Il n’y a donc qu’en occident que le bébé DOIT dormir seul, il en va de son équilibre psychique (je ne remercie pas certains psy de véhiculer de telles inepties sur le cododo et l’allaitement non-écourté !).
  • L’enfant doit tout manger finement mixé à partir de 4 mois, voire avant quand c’est nécessaire !
    Dans les générations précédentes, la diversification était même effectuée encore plus tôt !
    De nombreuses études ont mises en évidence que plus la diversification était tardive et meilleure était la santé des enfants.
    L’OMS recommande ainsi de débuter aux alentours de 6 mois, en raison du capital de fer de l’enfant. Il semblerait que le taux de fer diminue progressivement et qu’il est nécessaire de le combler par l’alimentation. En outre, l’enfant a alors un système digestif relativement mature et acquiert des compétences motrices ainsi qu’une envie d’exploration/d’imitation.

 

Bref, avec ces mythes, il paraît logique de penser qu’un enfant qui a été allaité jusqu’au sevrage naturel et qui a dormi avec ses parents sera profondément déséquilibré…  J’attends les études et les preuves, parce que ça voudrait dire que la plupart de l’humanité est déséquilibrée depuis que l’humanité existe. Pour moi, cela ressemble plutôt à une croyance ethnocentrée et ignorant le développement de l’humain tant dans l’Histoire que dans le développement physique et psychique.

 

OK, mais la fusion avec le bébé, c’est jusqu’à quand ?

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Il y a plusieurs réponses répandues, en fonction de la définition de la « fusion »:

  • Après le 4ième trimestre (ici si tu ne sais pas ce que c’est)
  • A 9 mois (« 9 mois dans maman, 9 mois sur maman »)
  • Aux premiers pas
  • À l’entrée à l’école

On fait un tirage au sort ?

Il me semble étrange que la fusion mère-bébé (c’est la plus fréquente, soyons honnêtes !) fasse aussi peur. Comme si, en agissant de la sorte, la mère excluait son enfant de toute vie sociale et de tout développement.
Dans les faits, la relation évolue au rythme de l’enfant.
On n’a jamais vu un ado venir en portage à l’école et faire une tétée de retrouvailles devant le collège !
Pourquoi ? Parce qu’il n’en a plus besoin ! Ni de lait (eh oui, « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ! » est un slogan de lobbyiste) ni du portage, parce qu’ils ont le tonus musculaire et l’endurance pour marcher seul.

Encore une fois, tout est une question de besoin (si tu veux un préambule là-dessus : c’est là que ça se passe).
Il n’y a pas de fin stricte, sauf si cela vient de l’adulte en ignorant volontairement les besoins de l’enfant.

Le portage va être de moins en moins fréquent dans la journée :

  • Un nouveau-né peut passer 24h/24 en portage (je te souhaite quand même quelques heures de sommeil, en cododo, ça devrait plutôt être 16h/24 ! 😀 ),
  • Entre 1 et 2 mois, les bébés peuvent s’intéresser à certains des éléments de leur environnement et les observer pendant de longues minutes (viiiiite : la douche pendant ce temps-là !) : la durée dépend d’un bébé à l’autre (ici, elle restait parfois 30 minutes à détailler ses arches et les livres ouverts posés à côté d’elle), Tu n’es plus qu’à 12-14h/24
  • Entre 3 et 4 mois, il va commencer à manipuler les objets voire se retourner.
  • Entre 4 et 7 mois, il se retourne, manipule, gigote… Et plus les enfants vont acquérir leurs compétences motrices, plus ils vont avoir envie de les exercer.

Je ne vais  pas détailler la suite des mois (qui est en plus TRÈS variable d’un enfant à l’autre), mais en gros, a part du moment où ils s’intéressent à leur environnement, se déplacent, apprécient dormir sur un matelas et plus uniquement sur nous, le temps de portage diminue drastiquement !
Lors des maladies, balades, sorties, journée agitée, les enfants pourront être plus demandeurs et  on remarque avec étonnement comme le rythme a changé en quelques mois !
Mais cela se fait tellement progressivement, qu’il n’est pas possible de dire c’est à ce moment-là que cela cesse.
Au départ, cela effraie, car on passe d’une personne unique à une entité à deux têtes. C’est un vrai changement tant pour nous que pour l’entourage.
Ils oublient que ces périodes sont courtes, en regard d’une vie… Et ce seront les premières personnes à te dire : « Profites-en ! Ca grandit trop vite … ».
Que d’injonctions contradictoires !
Alors oui, les enfants évoluent très vite alors profites-en ! Tu n’auras alors aucun regret.

 

Il en va de même pour l’allaitement. Les rythmes, la durée et la façon dont se passent les tétées n’ont rien à voir entre un nouveau-né, un bébé de 6 mois et un autre de 18 mois !
Ses compétences motrices évoluent, tout comme ses besoins.
L’allaitement doit être conduit à la demande afin de garantir une production suffisante.  Mais les mois passant, il est possible au bambin de comprendre qu’il faille attendre quelques minutes (si c’est pile au moment de la cuisson de quelque chose, ou encore lors du paiement à la caisse d’un magasin, par exemple). Cela se fait progressivement et on perçoit facilement que les enfants ont une patience qui va en croissant.
L’objectif, quand les enfants atteignent 2 ou 3 ans, c’est que l’allaitement se passe dans une relation où les besoins de chacun.e sont pris en compte.
Dans l’allaitement des débuts, les besoins du bébé sont impérieux.

Quand ils grandissent, et lorsque le moment ne s’y prête pas (c’est une appréciation de la mère !), les enfants vont être amenés à comprendre qu’il est nécessaire de prendre en compte l’avis de l’autre aussi.
Mois après mois, les enfants aiguisent leurs compétences sociales. Ils apprennent la notion de respect de leur corps et de celui de l’autre, des éléments qui sont tolérés ou pas par la mère, de l’empathie nécessaire aux relations (tiens, j’en parle ici de l’empathie) : « je vois que tu en as envie maintenant, mais je suis occupée et j’aimerais finir. Dès que j’ai fini, j’arrive ! ».
L’allaitement devient un formidable média de d’apprentissage social et d’empathie mutuelle.
Je précise à nouveau que cela se fait progressivement. Cela n’a pas de sens de refuser de donner le sein à un enfant qui en aurait l’habitude, sans autre explication ni raison claire pour lui.
Les sevrages induits brutaux sont traumatisants pour les enfants mais aussi pour le corps des femmes.
D’eux-mêmes, les enfants vont espacer les tétées et ne plus avoir besoin de certaines. Les allaitements non-écourtés vont à termes avec une diminution très progressive du nombre de prises du sein. Et c’est enfin l’enfant qui déclare : « Je n’ai plus envie ! ».

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Il n’y a pas de date, pas d’échéance ni de seuil développemental qui engendrent un arrêt de l’allaitement et du cododo, par exemple.
Croire que le maternage ne rassemble que ces deux aspects, avec le portage, est un oubli du paradigme qui sous-tend ces attitudes : la bienveillance (que j’ai largement détaillée ici) et l’empathie.
Sans ces deux piliers, il n’y a point de maternage puisque celui-ci est conditionné par la prise en compte des besoins infantiles.

 

L’autonomie, une limite au maternage ?

Une des craintes de la société, c’est que cette proximité maternante entame les possibilités d’autonomie des enfants. En agissant de manière prévenante et sans attendre, il est cru que l’on maintient les enfants dépendant de l’adulte.

Au contraire, disent toutes les dernières études sur le sujet !
Le fait de laisser aux enfants le moment où ils mangent/dorment/jouent/… sans essayer de leur faire adopter un rythme précis, les rend confiant en leurs propres sensations et besoins.
Ils n’apprennent pas à se réguler sur les attentes d’autrui, mais sur leurs propres ressentis.

Énormément de parents maternant s’orientent dans une éducation bienveillante et positive.
Comme j’ai pu le décrire en partie dans cet article définissant la « discipline positive », ce type d’accompagnement des enfants les amènent à l’autonomie, progressivement.

L’autonomie pour les bébés va être de pouvoir manger, dormir et se mouvoir comme ils le souhaitent. Donc allaitement à la demande, sieste aux signes de fatigue et motricité libre (ici pour une explication détaillée) sont au programme.
Ensuite, l’objectif est de les accompagner, en les laissant découvrir leur environnement sans être trop interventionniste.
Les enfants apprennent à marcher, tombent et se redressent.
Ils sont capables de manger seul, dès le plus jeune âge si on les laisse faire.
Ils apprennent à tenir un verre, s’en mettent partout et puis de moins en moins.
Tout est une question de temps et de possibilités. Si on empêche à l’enfant d’accéder aux verres de peur qu’il renverse, alors on l’empêche d’apprendre. Il en va de même pour l’alimentation. Si on lui donne constamment la becquée, il ne peut pas apprendre qu’il a la capacité de se nourrir seul et puis d’attraper ensuite ses couverts pour se servir.

Le maternage ne freine pas l’autonomie, à l’inverse, cela accompagne l’enfant dans ses possibilités.
En ajoutant le fait que ce principe de relation engendre des individus avec une meilleure confiance en eux, avec des compétences sociales fine grâce à l’empathie qu’ils ont reçue. En effet, les enfants apprennent par l’observation, donc l’exemplarité est de mise.

Le rythme des enfants est aussi singulier que naturel. Il n’est pas utile de tenter de le contraindre ou de chercher l’apprentissage alors que ce sont des acquisitions qui sont en jeu (pour le sommeil et la propreté, par exemple).

Il s’agit de craintes non-fondées. Des parents maternants qui permettent à leurs enfants d’expérimenter, de gérer ses apports alimentaires, son sommeil, ses mouvements augmentent significativement l’autonomie des enfants… et leur bien-être !

Mais ça s’arrête bien un jour, d’être un parent maternant ?

Le maternage est un continuum, de la naissance jusqu’à l’autonomie complète de l’enfant devenu adulte dans la société, il est possible d’agir en parent maternant.
Maternant n’est, je l’ai expliqué plus haut, pas synonyme d’infantilisation mais de confiance et d’accompagnement.
Pour autant que l’enfant, quel que soit son âge, a besoin d’être accompagné, le parent maternant sera présent.

L’enfant d’un an sera en capacité de venir chercher sa tétée en tirant sur le t-shirt, celui de 3 ans viendra la demander, et un jour, il refusera sa tétée du soir.

La relation et l’implication évoluent avec les mois et les années, bien évidemment, mais le principe est qu’il n’y a pas de fin à la parentalité. Il n’y a donc pas de fin à une philosophie maternante.

 

Je souhaite que cette lecture ait pu t’aider de quelque ma manière que ce soit.

A très bientôt, Lectrices et lecteurs Curieuses.x !

Pour aller plus loin: « Materner: Du premier cri aux premiers pas » de  Blandine Bril et Silvia Parrat-Dayan

Allaitement·Préparer la naissance

Tout ce que ce qui est méconnu dans l’allaitement!

 

Il est de notoriété publique que « allaiter, c’est ce qu’il a de mieux pour le bébé ».
Ok, mais pourquoi ?
Et qu’est-ce qu’il y a d’étonnant avec  l’allaitement et le lait maternel ?

 

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Source: http://www.claude-didierjean-jouveau.fr/2016/09/05/allaiter-en-public/

 

Voici un petit florilège de faits pratiques et étonnants  :

 

  • Le lait maternel évolue en fonction des besoins de l’enfant, au cours de la journée, au fil des jours et avec son besoin immunologique (c’est le seul vrai « alicament » !). Si tu es malade, ton corps fabrique des anticorps qui passent dans le lait. Le bébé allaité pourra éviter la maladie ou, au moins, être moins atteint et guérit plus vite qu’un bébé non allaité.
  • Le lait maternel est un produit miracle pour tout : sur les irritations cutanées, en cas de début de conjonctivite, en remplacement du sérum physiologique pour nettoyer le nez, sur les plaies pour activer la cicatrisation et éviter les infections de tout ordre, etc. Ça vaut pour le bébé, mais aussi pour les autres membres de la famille !
  • Le lait évolue au cours de la tétée: d’abord un lait plus riche en eau, pour hydrater les enfants (qui, s’ils n’ont que soif, ne téteront que rapidement) et ensuite, un lait plus riche en en protéines et en lipides. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas interrompre une tétée (pas de durée fixe d’une tétée : c’est le bébé qui lâche le sein quand il est repu ou qu’il veut l’autre sein).
  • L’allaitement peut aider à la perte de poids, car cela consomme de l’énergie (entre 600 et 700kcal/jour) de produire le lait… MAIS cela peut aussi donner des fringales! Alors… les pertes de poids ne sont pas systématiques.

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  • Il est possible d’allaiter que d’un sein: selon le principe de l’offre et de la demande. Le sein « débiteur » va juste produire tout le lait nécessaire. Bon à savoir pour celles qui ont eu une chirurgie ou un souci pour allaiter à un des deux seins.
  • Les bienfaits sont d’autant plus importants que l’allaitement est prolongé (histoire de couper la chique aux conseils « avisés » qui disent qu’après X mois, cela ne sert plus à rien !). D’ailleurs, voici un article pour t’informer sur l’allaitement non-écourté.
  • L’allaitement a de réels bienfaits pour le bébé:

Il réduit les risques de :

  • D’infections : digestive, de la sphère ORL, pulmonaire, urinaire et même méningée ;
  • De troubles digestifs ;
  • D’allergies (eczéma, asthme, …) ;
  • D’anémie ;
  • D’obésité, de diabète, de certains cancers et maladies inflammatoires ;
  • De problèmes orthodontiques ;
  • De mort subite du nourrisson.

Tous ces faits ont été établis à la suite d’études longitudinales (sur de grands échantillons, à long terme). Cela ne veut en aucun cas dire qu’aucun bébé allaité n’aura les problèmes mentionnés ci-dessus, mais qu’il y a moins de bébé allaités que de bébés nourris au biberon qui déclarent ces problèmes. Un cas ne vaut pas pour discréditer des faits avérés scientifiquement.

  • L’allaitement est aussi avantage pour la femme allaitante:
    • la diminution du risque d’anémie ;
    • la remise en place des organes génitaux ;
    • le lien mère-enfant ;
    • la perte de poids (en association avec une alimentation équilibrée) ;
    • la diminution du risque de cancer du sein , de l’ovaire ;
    • la diminution du risque d’ostéoporose après la ménopause.
    • L’absence de vaisselle excédentaire à effectuer (ok, celle-là, elle était pour rire MAIS ce n’est pas faux !

  • Allaiter améliore le sommeil et accélère l’endormissement (hyper pratique pour se réveiller et se rendormir plusieurs fois la nuit, sans que cela n’entame trop le capital sommeil !). Tu penses être fatiguée quand tu allaites ? Mais donner le biberon serait encore plus épuisant puisque tu n’aurais pas les hormones qui t’aident à te réveiller et à t’endormir plus facilement !
  • Allaiter éveille les sens organoleptiques du bébé: la diversification est ainsi facilitée puisque le bébé a été exposé à plein de goûts différents.
  • Il est possible de boire un verre de vin, de bière ou une coupe de champagne alors qu’on allaite. Il ne faut pas se mettre la tête à l’envers, mais l’alcool passe dans le lait en quantité infime qui permet d’assouvir une envie ponctuelle.
    Prudence tout de même avec un nourrisson nouveau-né : il pourra avoir d’avantages de séquelles qu’un bambin inhérent à l’immaturité de son propre foie.
    Mais l’alcool aura des effets sur l’ocytocine et la prolactine : le réflexe d’éjection sera plus lent à activer et la quantité de lait pourrait être moindre.
    Évidemment, il faut éviter de boire à jeun et boire pas mal d’eau par la suite, pour aider à diluer.
    Dans les faits, même s’il s’agit d’un parti pris : si tu n’as pas une envie impérieuse, passe t’en ! Après tout, l’alcool n’est pas indispensable.

    Voici de quoi informer sur l’alliance alcool et allaitement : https://www.lllfrance.org/1175-64-alcool-et-allaitement

 

  • L’humain a un sevrage naturel, comme tous les mammifères. Cela se situe entre les 2 et les 7 ans de l’enfant. Ça parait long, mais ça correspond aux besoins métaboliques (dont immunitaire) et psycho-affectifs de l’enfant. De plus, tant qu’on allaite, l’ocytocine (hormone de l’attachement, entre autres) permet d’être plus zen par rapport à son enfant. C’est bien utile avec des enfants avant l’âge de raison !
    l’OMS recommande d’ailleurs un allaitement jusqu’à deux ans et plus, en complément de l’alimentation équilibrée.

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  • Il existe des « grèves » de tétée: le bébé refuse le sein, malgré qu’il ait faim.
    il est possible que cela soit dû à une confusion sein/tétine (si le bébé reçoit aussi des biberons ou une tétine pour son sommeil, ce qui est fortement déconseillé pour une conduite sereine de l’allaitement).
    Les grèves peuvent durer plusieurs jours, il ne faut pas croire qu’un enfant de moins de 24 mois décident de se sevrer spontanément : ils ont physiologiquement besoin de lait, ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis.
  • Certains enfants préfèrent une position pour être allaité plutôt que d’autres. Outre une vérification ostéopathique, autant se faire au fait que le tout-petit a déjà des préférences personnelles !

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    Source: naitreetgrandir.com
  • Les bébés savent chercher le sein dès la naissance (pour les bébés nés à terme et en santé) : c’est le crawl du nouveau-né. Comme quoi, Eux choisissent le meilleur, instinctivement ! 😉
    Vidéos et explications juste là : http://breastcrawl.org/french/video.shtml

Avec tous ces éléments, tu as l’embarras du choix dans les arguments  favorisant l’allaitement (outre le fait que ton choix ne concerne que toi !).
Demande donc à ton interlocuteur curieux les raisons avérées de ne pas allaiter : je suis sûre qu’il n’y en a pas autant … 😉

 

A très bientôt, Lectrices et Lecteurs Curieuses.x !

 

Quelques (res)sources :

 

 

Allaitement·Éducation bienveillante·Préparer la naissance

Mon assiette, ma famille et Moi !

 

Le fait de nourrir ses proches et encore plus ses enfants est une vraie inquiétude pour la plupart des adultes.

Dès la naissance de l’enfant, le sujet de son alimentation devient un point d’attention majeur. Cela semble logique, puisque sa survie en dépend.
Le poids du bébé est surveillé quotidiennement au début, au point d’estimer une moyenne de prise de poids, soit 20/25g par jour.
Pour les mères allaitantes, la mise en place de l’allaitement est sujette à divers conseils et attitudes et  … pas toujours judicieux ! Par exemple : la durée des tétées, le temps d’intervalle entre deux tétées, le manque d’écoute lorsque la femme nouvellement accouchée dit avoir mal (absence de prise en charge des potentiels freins de lèvres et de langue, ou de la position du bébé pendant les tétées). Voici un article qui reprend les clefs pour démarrer sereinement l’allaitement.

Concernant les mères biberonnantes, les bébés doivent prendre des biberons d’une quantité définie, à intervalle régulière… Et vient se poser le choix de la préparation commerciale pour nourrisson (PCN). La plupart sont à base de lait de vache, mais il est possible d’en trouve au lait de chèvre, à base de protéines végétales (riz, soja, amande, …) en bio ou en non-bio.
Pour être honnête, à défaut d’un allaitement, je peux te recommander de partir forcément sur une PCN biologique… et d’éviter autant que faire se peut celles à base de lait de vache. C’est la meilleure manière d’éviter d’exposer son enfant aux éventuelles intoxications mises en évidence dans les scandales alimentaires. Sans compter qu’énormément d’enfant ne supportent pas les protéines des laits de vache, engendrant des troubles digestifs divers dont les reflux, les coliques (qui peuvent être amoindries par le portage), la constipation ou la diarrhée.
Je rappelle que l’allaitement reste le seul moyen totalement adapté aux petits humains, qui lui évite bien des désagréments inhérents aux PCN.

Dès le départ, les parents débutent un contrôle de la quantité du lait ingurgité.
Avec les biberons, les quantités sont aisément quantifiables, mais pendant l’allaitement, il est nécessaire de se fier aux excrétions (le nombre et le remplissage des couches).
Cela peut paraître bien plus simple d’effectuer une surveillance avec les biberons. Mais en réalité, ce contrôle ouvre la première porte aux inquiétudes créées par la nourriture.
Dès le départ, il n’est plus question de faire simplement confiance à l’appétit du bébé… Or, comme je l’expliquerai plus tard, la confiance en son appétit et de sa gestion autonome de ses apports lui fournira la possibilité de développer un rapport avec l’alimentation dénué de crispations et une écoute de ses signaux physiologiques.

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  • La diversification de l’enfant

Après avoir trouvé une « routine » d’alimentation avec son petit bout, voilà venu le temps de la diversification (article qui explique les besoins du bébé de 0 à 12 mois : juste  !).
Je rappelle, dans un premier temps que l’OMS recommande bien que la diversification n’ait lieu qu’à 6 mois. L’immaturité du système digestif rend l’introduction des aliments solides néfaste pour le bébé.

A partir du moment où l’on souhaite diversifier, et que l’enfant y montre de l’intérêt, l’objectif sera de proposer des aliments et des plats adaptés à l’enfant.
Cela dit, cela ne veut pas dire qu’il est nécessaire de proposer des purées (encore moins de proposer des préparations industrielles).
L’enfant, dès qu’il a acquis la capacité à se tenir assis, peut très bien gérer les morceaux. C’est le principe de la « diversification menée par l’enfant » (pour un peu plus d’explication : https://www.diversificationalimentaire.com /).

Il faut aussi se souvenir que chaque enfant est différent, il est donc illusoire de s’attendre à ce que l’ensemble des bébés mangent la même quantité et soient intéressés par les solides au même moment.
La patience et l’écoute des besoins du bébé sont de mise !

Les canadiens (on sait qu’ils sont toujours en avance dans les pratiques… et avec  bases scientifiques avérées) recommandent des principes qui sont pratiques et clairs : https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/soins-nourrissons/nutrition-nourrissons.html?_ga=2.191902442.1194459809.1536576068-1290066032.1533314018

Il est nécessaire de retenir qu’avant l’âge d’un an, le lait demeure la source d’alimentation principale et doit être proposé avant les repas solide.

Carlos Gonzales, dans son livre « Mon enfant ne mange pas », met en évidence de nombreuses habitudes incohérentes et des précautions édictées par les pédiatres… sans fondement scientifique. Je le cite : « n’y a aucun fondement scientifique pour dire qu’un enfant de tel âge doit manger telle quantité de tel ou tel aliment. Il serait bon de commencer à reconnaître que l’enfant est le mieux placé pour savoir ce dont il a besoin, et qu’après 6 mois comme avant cet âge, il peut continuer à se nourrir à la demande. »

Il n’est dès lors pas nécessaire de commencer par les légumes, puis d’attendre 15 jours pour les fruits et attendre que les bébés aient plus de 7 mois pour les protéines animales… et plus d’un an pour les oléagineux (dont arachides).
Toutes ces précautions sont donc infondées !
Cependant, surtout en cas de terrain allergique dans la famille, il est nécessaire d’être précautionneux avec les allergènes.
Le Dr. Gonzales préconise également qu’il est préférable de ne pas introduire le lait de vache avant 9 ou 12 mois, puisqu’il est trop riche en protéines et trop pauvre en fer (et oui, autant le veau en a besoin puisqu’il grossit d’environ 800g/jour jusqu’à ses 14/15 mois… Alors que l’humain oscille aux alentours de 20 à 25g).
Il faut aussi éviter de sucrer, d’édulcorer ou de saler les plats des enfants en bas-âge. Le miel est aussi à éviter avant l’âge d’un an afin d’éloigner les risques de botulisme infantile qui peut se développer à cause d’un microbiote intestinal immature.

Si, en tant que parent, tu ne souhaites pas effectuer la DME, je t’invite à te questionner sur les raisons de tes appréhensions. Elles en disent surement beaucoup sur ton rapport au contrôle, à la confiance faite dans ton enfant et ton rapport à la nourriture.

Avec ces petites suggestions, tu peux respecter les besoins de son enfant, même sans DME :

  1. Ne jamais inciter fermement son enfant à accepter une cuillérée, même en l’incitant par la voix, en le distrayant (« On fait l’avion ! »), ou encore en frottant la cuillère sur sa bouche. Si l’enfant garde la bouche close, c’est qu’il n’a pas envie/besoin de manger.
  2. Proposer des aliments qui ne soient pas toujours mélangés ensemble : de simples moulinés de légumes ou de fruits, puis les protéines hachées finement et les féculents écrasés. Cela lui permet de découvrir les saveurs et de pouvoir varier afin d’attiser son intérêt (et son appétit !). Les parents peuvent aussi constater où vont les préférences de l’enfant.
  3. La texture totalement lisse n’a aucun intérêt pour l’enfant

Dès le début de la diversification, et même en l’absence de dent, l’enfant va acquérir la mastication (les gencives ont une grande force!) .  Cette dernière favorise le développement des mâchoires et a donc aussi des bienfaits sur les aspects orthodontiques. Nombre de médecins, stomatologues et orthodontistes bien informés constatent « la nocivité de l’administration passive d’aliments mixés, moulinés, réduits en bouillie et imposés à la cuillère ».

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  • Le mimétisme des enfants envers les adultes

Cela paraît logique… puisque cela vaut pour tous les aspects de la vie. Et pourtant, combien de parent n’essayent pas de faire manger leurs enfants avant eux ou en leurs proposant un menu différent ?
Forcément, beaucoup d’enfants n’auront pas d’appétit. Pour apprécier la nourriture, il faut que les enfants constatent le plaisir qu’ont leurs proches face à la nourriture.

Si le menu est différent de celui de son enfant, il convient de se questionner sur les raisons de cela ?
As-tu eu envie de bien faire en lui faisant une timbale de légumes… Mais que tu ne consommes pas, car tu n’aimes pas cela ?
Difficile de s’attendre à ce que l’enfant aime… Alors qu’il ne peut voir ses référents déguster ce qu’il doit lui-même ingurgiter.
Cela peut-être une bonne manière de rééquilibrer son alimentation, afin de profiter aussi du fait de manger de manière équilibrée la plupart du temps.

 

  • Les différents des besoins entre enfants et adulte

Les enfants n’ont pas un rythme alimentaire similaire à celui des adultes. Ces derniers ont intériorisés les codes sociaux des heures de repas… et qui font des repas des moments d’échanges sociaux.
Cela tombe sous le sens qu’un enfant n’a pas envie de rester à table une heure durant…
Il peut aussi avoir un petit appétit qui engendre qu’il se nourrisse plus fréquemment de petites quantités.

Il convient simplement de répondre aux besoins de son enfant sans y apposer de jugement ou de commentaire. Critiquer ses choix alimentaires ou son rythme alimentaire ferait perdre à l’enfant cette capacité inestimable qu’est l’écoute de sa satiété mais aussi sa confiance en soi.

Combien d’entre nous ont moult difficultés à percevoir clairement ses signaux de faim et de satiété ?
Combien sommes-nous à souffrir d’une forme de trouble alimentaire ?

Si la société et les vieux adages n’avaient pas autant d’impact sur notre alimentation, nous aurions pu préserver cette capacité à manger uniquement lorsque nous avons faim ou lorsque quelque chose nous fait vraiment envie.
Les enfants qui font un goûter tardif ou copieux ne mangent parfois que peu au repas du soir… Et c’est logique car ils ont pris leur « quota énergétique ».
Parfois, les enfants vont dévorer bien plus et cela n’a pas de sens de les réfréner : ils sont en pleine croissance et se dépense, comparativement, bien plus que la plupart des adultes.

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Préparation improbable, mais pourquoi pas les laisser tester ?

Il est primordial de conscientiser que les interdits alimentaires mènent à la frustration de l’enfant. Ce dernier va alors se rattraper autant qu’il peut lorsque ceux qui interdisent ne sont pas dans les parages. Ils mangeront alors plus que de raison en comblant la frustration de l’interdit ou alors, ils dissimuleront le fait qu’ils ont consommé certains aliments.
Ils se forceront ensuite à manger sans faim, pour ne pas laisser paraître qu’ils ont pris un gros goûter… bafouant leurs signaux de satiété et ancrant la nécessité de dissimuler cette source de plaisir.

En outre, il est nécessaire de revoir la notion de « grignotage » : un enfant peut étaler ses rations sur la journée. Au lieu d’avoir des biscuits comme seules collations, il est tout à fait possible de proposer des fruits (frais ou séchés), des légumes crus, des graines et oléagineux variés voire une portion de repas conservé qui lui plait. Il n’y a pas de raison de proposer systématiquement un petit-déjeuner ou un goûter sucré : c’est une norme occidentale qui peut très bien être modifié. Sortir du cadre permet souvent de diversifier l’alimentation.

Les adultes ont pour mission de proposer une alimentation diversifiée et saine aux enfants. Il faut savoir que la plupart des enfants entre 2 et 10 ans sont touchés par ce qu’on appelle « la néophobie alimentaire ».
L’étymologie du mot te donne un indice : c’est l’appréhension de consommer un aliment inconnu ou avec une saveur particulière. C’est totalement habituel. Cela passe après une période plus ou moins longue. Il faut entre 7 et 9 présentations d’un aliment pour que l’enfant accepte d’y toucher. Surtout, il est contreproductif de se crisper sur leurs refus : cela engendrerait un cercle vicieux qui entretiendrait l’aversion envers certains aliments.
Il arrive également que les enfants trient leurs aliments et en refusent certains. A certaines périodes, ils vont se focaliser sur les sources à haute dose protéique ou glucidique. Afin d’introduire des légumes plus aisément, il est possible de proposer deux types de légume quand on sait que l’un n’est pas apprécié.
Il est aussi bénéfique de changer les préparations des légumes. Tu as l’habitude de manger tes carottes avec du thym, tu peux changer d’épices et de forme des carottes, mais aussi du mode de cuisson.
Il est fréquent que la routine fasse revenir des plats de manière très régulière ce qui amène de la monotonie. Tu pourrais, par exemple, acquérir un nouvel aliment chaque mois à introduire dans ton bol alimentaire (changer de céréales et découvrir le millet, le quinoa, l’amarante, …) et t’inspirer des cuisines du monde. Il est aussi important de savoir qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter si un enfant refuse les légumes mais consomme des fruits. Il reçoit les bienfaits des fruits frais et cela suffit probablement à ses besoins nutritionnels (hors pathologie).

Enfin, il faut accepter que parfois, les enfants (et tous les individus) n’ont pas faim. Et qu’il ne sert à rien de les forcer à se nourrir. Le sens social de la nourriture est moins développé chez eux, et ils n’ont pas été « pollués » par des croyances qui entachent leur satiété.
Personne n’a jamais été en mauvaise santé en sautant un repas de temps en temps, en cas de maladie ou de repas précédent copieux.

 

  • L’autonomisation de l’enfant par rapport à sa nourriture et la qualité de celle-ci !  

Tu l’auras compris, les enfants ont la capacité d’être complétement autonome pour gérer les quantités de nourriture.
Si un enfant ne veut pas finir son assiette, il est inutile de le priver de dessert ou de le punir (ici pour comprendre en quoi les punitions n’ont pas d’utilité). S’il n’a plus faim pour son plat, peut-être gère-t-il aussi son appétit pour s’octroyer un dessert.
Il suffit de prêter attention au type de dessert proposé. Il convient de ne pas avoir à disposition quotidienne des crèmes desserts, glaces et autres préparations laitière pleines de sucres et autre additifs comme les colorants et des arômes (peu importe qu’ils soient caractérisés de « naturels »). Le fait de forcer à finir une assiette pour avoir un dessert incite l’enfant à outrepasser ses signaux de satiété.

Ensuite, il nuit au petit-humain de percevoir un aliment comme une récompense (je reviendrai prochainement sur la question des récompenses… !).
Donc, dire qu’un enfant pourra avoir un dessert s’il finit son assiette, c’est opposer certains aliments entre eux. Comme si certains étaient nécessaires et d’autres superflus.
Il faut rappeler que l’alimentation à trois fonctions : nutritive, de plaisir et sociale. Diaboliser le bonheur à manger, et le plaisir à manger sucré spécifiquement, est une erreur.
Il n’y a pas, intrinsèquement, de « bons » et de « mauvais » aliments : tout est une question de dose.
Je pondère, cependant, avec la qualité des aliments mis à disposition. Il est évident que si l’enfant n’a à sa disposition que des aliments industriels, il y aura des conséquences.
Il fut démontré que les additifs alimentaires ont des conséquences directes sur le comportement des enfants… et c’est même mentionné sur certains emballages !
C’est à nous, en tant que parent, de s’assurer que les aliments donnés aux enfants ne sont pas nocifs pour leur santé.
L’idée n’est pas les priver d’un groupe d’aliment, mais de proposer des produits exempts, le plus possible, d’additifs issus de l’industrie agro-alimentaire.
Il est possible de trouver des bonbons sans gélatine et sans colorant nocif. Il est aussi possible de proposer des gâteaux aux enfants : et ils prendront encore plus de plaisir en prenant part à leur préparation. L’effet de satiété d’un produit fait maison sera toujours bien supérieur à son équivalent industriel.
En outre, cela coûte souvent moins cher… et amène à moins de déchet (bonjour les emballages plastiques individuels).
Si l’industriel coûte moins cher, il y a une question à se poser : comment est-ce possible ?
Je t’invite à regarder les étiquettes et à constater combien les produits bas de gamme sont pleins d’additifs et non pas de produit noble.
Un exemple flagrant : la frangipane (je suis belge, chacun.e ses références !). Il est connu que c’est à base de poudre d’amande.

frangipane lotus
Voici la composition d’une célèbre marque : Farine de blé, sucre, huiles végétales (palme, colza), oeufs de poules élevées au sol, stabilisant (glycérol, sorbitol), pulpe d’abricot 3%, sirop de glucose-fructose, amidon transformé, poudre de lait écrémé, sel, poudre à lever (diphosphate disodique, carbonate acide de sodium), amidon de blé, gélifiant (pectine, carraghénane), épaississant (gomme xanthane, farine de graines de caroube), arôme, acidifiant (acide citrique), émulsifiant (lécithine de soja). Source : https://www.lotusbakeries.be/fr/produits/frangipane

Si tu trouves les amandes… Tu es la personne la plus lucide du monde !
Comparativement, une recette de fourrage de frangipane prend 10 minutes à faire, montre en main, et contient : 140g de poudre d’amande, 100g de sucre, 2 œufs et 75g de beurre.

Énergétiquement, c’est relativement équivalent à l’industriel. Mais l’effet sur la satiété et le corps est incomparable ! C’est pourquoi la notion de calorie pure et dure est vide de sens.
100Kcal apportées par du sucre raffiné (saccharose) ne seront pas métabolisées ni utilisées par le corps de la même manière que 100Kcal issues de fruits ou de légumes. La richesse de l’association des nutriments existant dans la complexité des aliments (fibres, minéraux et vitamines naturellement présents) surpasse de loin tous les aliments hypertransformés qui vantent leurs apports (par exemple, les céréales enrichies).

Un autre exemple classique : la mousse au chocolat. Elle est souvent achetée en guise de dessert.
Je prends trois articles (j’ai choisi la chaîne de supermarché au hasard, cela ne change en rien la logique alimentaire):

  • Mousse au chocolat Produit blanc de chez Carrefour 

https://drive.carrefour.eu/fr/Cr%C3%A8merie/Desserts/Mousse/Choco-Mousse-70-g/p/05262010

Ingrédients : Lait entier 46,2%, lactose et minéraux de lait, sucre, crème 7,2%, chocolat en poudre 6,7% (cacao en poudre 5,9%, sucre), matière grasse végétale non hydrogénée (huile végétale de coprah, sirop de glucose, protéines de lait), gélatine de boeuf, émulsifiant : esters lactiques des mono-et diglycérides d’acides gras de colza, épaississants : carraghénanes, protéines de lait

  • Mousse au chocolat La Laitière:

https://drive.carrefour.eu/fr/Cr%C3%A8merie/Desserts/Mousse/La-Laiti%C3%A8re-Mousse-au-Chocolat-Belge-4-x-61-g/p/01495721?store_ref=D0615

Ingrédients : Lait entier (57,5%), chocolat belge (20,0%) (pâte de cacao, sucre, émulsifiant : lécithine de tournesol, arôme naturel de vanille), sucre, crème (lait), beurre (lait) (4,0%), amidon modifié de maïs, poudre de cacao maigre, cacao en poudre, gélatine bovine, émulsifiant : E471, épaississant : carraghénane

Ingrédients : Crème, blanc d’oeuf de poule, 25% chocolat (65,9% pâte de cacao, sucre, émulsifiant: lécithine de soya, arôme naturel de vanille), sucre impalpable

Au cas où : une mousse au chocolat classique faite maison  (nous ne sommes pas tous Pierre Hermé et en plus, ce n’est pas forcément meilleur ! ^^) contient environ 200g de chocolat noir (au moins 60% de cacao), 4 œufs, 100g de beurre (c’est une recette de base, personnellement, j’en mets bien moins)… Et basta !
Seule celle d’Inex contient de l’œuf alors que c’est la base d’une mousse… ! Ok, il existe des versions vegan (délicieuses http://maliebabasaveurs.over-blog.com/2017/11/mousse-au-jus-de-pois-chiche.html), à base d’aquafaba…
Mais je doute que ce soit l’aspect vegan qui motive la plupart des industriels à se passer d’œuf… puisqu’ils ont recourt massivement aux produits laitiers.

sceptique

Il est aussi simple que dramatique d’effectuer le constat que ce qui est le moins cher est aussi le produit le plus nocif pour la santé.
Cet état de faits est généralisé : les industriels remplacent les produits nobles (et donc plus coûteux) par des additifs qui miment les qualités physiques des produits.
Mais ces additifs ne préservent aucunement les propriétés organoleptiques ni les nutriments nécessaires aux fonctionnements optimal de l’organisme.
C’est cette catastrophe industrielle qui explique, entre autres, que les personnes ayant le moins de ressources financières ont aussi une moins bonne santé. Environ 70% des cellules nécessaires (principalement des bactéries)  au fonctionnement immunitaire se trouvent dans l’intestin. Il faut donc réellement prendre soin de son alimentation pour demeurer en bonne santé à court comme à long terme.

Voici un petit lien riche en informations pour faire modifier un peu son alimentation: https://www.festival-ecole-de-la-vie.fr/lien-entre-alimentation-trouble-comportement-chez-lenfant/

Alors oui, il faut avoir le nez collé aux étiquettes… et ne pas se fier aux promesses marketing vantées sur les emballages ! Dans un tout premier temps, cela te prendra du temps de décoder les inscriptions minuscules afin de savoir si le produit est consommable ou pas. Mais au fil du temps, tu vérifieras uniquement les produits inconnus.
Un premier indicateur favorable est la longueur de la liste des ingrédients. En outre, il faut savoir que les ingrédients sont classés par ordre de quantité présente dans le produit : c’est le premier ingrédient qui est en plus grande proportion.
Moins il y a d’ingrédients (et donc d’additifs) mieux c’est, comme j’ai pu le prouver ci-dessus.

C’est en investiguant que tu découvriras que les produits spécial bébé sont bourrés de sucre raffiné (les biscuits pour bébé n’ont aucun intérêt pour la diversification !), autant que les céréales « petit-déjeuner »… même celles prétendument saine mais « crunchy » comme celui-là : https://www.bioalaune.com/fr/produit/59139/muesli-crunchy-3kg  . Navrée d’en décevoir mais non, les mueslis « crunchy » ne sont pas du tout de bons partenaires de début de journée quotidien à cause de leur dose de sucré ajouté (qui leur confère cette texture croustillante !).
Voici donc la liste des ingrédients de ce muesli bio (les astérisques caractérisent cela) : Flocon avoine*, sucre de canne*, flocon de blé*, raisin*, huile végétale*, sirop de glucose*, noix de coco*, graine de tournesol*, farine d’amande*, miel*, arôme*, sel marin

Oui, c’est dingue mais le sucre est le second ingrédient… même s’il est de canne, ça ne change rien à ses méfaits à haute dose. Il contient aussi du glucose et ils parviennent encore à y mettre du miel et une huile végétale (sans préciser laquelle, espérons pas l’huile palmiste).
Oui, c’est bio. Non, ce n’est pas un produit qui devrait avoir sa place dans un quotidien (pourquoi pas ponctuellement si le goût te botte, mais pas forcément en petit-déjeuner pour éviter les pics d’hyperglycémie).

En occident, nous avons des habitudes bien ancrées.
Le petit-déjeuner et le goûter sont sucrés. Les céréales sont très fréquentes… et les céréales petit-déjeuner, dans la plupart des maisons.
Le pain accompagne énormément de repas… et le gluten est souvent présent dans tous les repas sous une forme ou l’autre.
Je t’invite à te renseigner sur les habitudes de vie des pays africains et asiatiques. C’est comme ça que j’ai commencé à manger, régulièrement, des céréales cuites le matin (et non soufflées ou écrasées), à prendre des goûters à base de houmous, etc.
Nos habitudes occidentales ont tendance à brider notre alimentation.

La plupart des personnes pensent varier les menus mais en réalité, ils vont manger du pain le matin (ou des céréales à base de blé), du pain ou des pâtes à midi, des biscuits à base de farine de blé au goûter et le soir, une déclinaison de blé : semoule, pâte, blé en grain, …
Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi le blé fut l’objet de sélection engendrant qu’il contienne  4 fois plus de gluten que les variétés anciennes, comme l’épeautre ou le petit-épeautre (cela le rend plus aisément panifiable). C’est cette transformation du blé et sa surconsommation quotidienne qui engendre l’explosion des intolérances.

Il suffit des varier les sources de glucides comme les autres céréales et pseudo-céréales (sarrasin, quinoa, millet, etc.) mais aussi  les légumineuses.

La diversification (au sens premier du terme) de l’alimentation est totalement bénéfique pour le métabolisme. L’alimentation a une incidence directe sur le biote interne et aussi sur l’humeur des individus.
Il est maintenant connu que le système digestif abrite un nombre de neurones impressionnant. Ceux-ci ont un rôle majeur dans la production de la sérotonine et de la dopamine, des neurotransmetteurs indispensables à la régulation de l’humeur (entre autres).
Source : http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2013/02/15/cerveau-vos-entrailles et https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/aux-frontieres-du-cerveau/limage-de-la-semaine-le-ventre-notre-deuxieme-cerveau

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En citant Prévention Santé :

« Notre microbiote gouverne notre existence de 3 façons :

  1. La voie du système nerveux. Le ventre avec son microbiote intestinal, peut agir sur le cerveau par voie nerveuse, en stimulant les terminaisons du système nerveux entérique composé d’au mois 200 millions de neurones qui communiquent avec le cerveau par l’intermédiaire du nerf vague.
  2. La voie du système sanguin. Le ventre peut aussi agir grâce aux vaisseaux sanguins qui irriguent la totalité des organes et des tissus.
  3. La voie du système immunitaire. Les bactéries peuvent influencer nos défenses naturelles en agissant sur les cellules immunitaires au niveau des intestins. »

 

Pour de plus amples explications sur les rôles et l’importance du microbiote: https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/le-microbiote-allie-de-notre-cerveau_105135

De plus en plus de recherches précisent les rôles et actions du système nerveux entérique.
Dès lors, cela permet de comprendre dans quelle mesure la qualité des aliments et leur digestion sont indispensables pour se sentir bien dans son ensemble. Ce n’est pas une mode de fuir l’industriel, mais bien un retour vers ce que le métabolisme peut assimiler sans mal ni méfaits.

 

  • Le rapport des parents à la nourriture :

La plupart des adultes ont développé un rapport particulier à la nourriture, qui est pris pour acquis.
Certains ont exclu l’un ou l’autre aliment, d’autres ne mangent pas régulièrement, ceux qui vivent seul.e.s se laissent souvent tenter par des plats préparés ou par des préparations « à la va vite ».
La gestion de la quantité peut également être vectrice de problème.
Combien de personnes se sentent obligées de peser leur aliment afin de savoir quelle portion manger… car le corps ne permet plus une régulation spontanée ?

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La question de l’alimentation de l’enfant et de son comportement par rapport à la nourriture va être des miroirs grossissant du lien des parents à leur alimentation.
Une mère qui n’aime pas manger… et un enfant qui trouve que c’est une perte de temps.
Des parents qui préparent à manger des repas équilibrés et bio, mais qui ne partagent pas ce repas.
Le recours systématique aux plats industriels pour bébé met en évidence la crainte de ne pas proposer quelque chose qui n’est pas suffisamment sain voire un sentiment d’incapacité de la part des parents.
Le refus de manger de l’enfant, ou son désintérêt de la nourriture, alors qu’un de ses parents a passé du temps à préparer le repas avec la volonté de faire plaisir va être mal perçu. Avoir le rôle de celui qui nourrit la tribu engendre un pouvoir envers ceux qui en bénéficient. Il y a une grande notion d’égo dans la nourriture. La personne va souvent se sentir offenser si le repas préparé avec amour n’est pas reçu avec appétit.
Or, comme je l’ai précisé auparavant, l’appétit ne dépend pas uniquement du repas. Quel que soit la réaction face au plat présenté, celle/celui qui cuisine aura fait de son mieux et pourra se faire plaisir en mangeant… Il est nécessaire de se détacher des réactions d’autrui pour s’assurer que ce qu’on a fait est « bien ».
L’idée est de proposer… les autres disposent, s’ils y consentent. Sinon, tant pis !
Il y aura au moins une personne susceptible d’apprécier la préparation : la personne qui a cuisiné. Dans les cas où le plat n’est pas consommé au moment du repas, il est nécessaire d’inviter les autres soit de s’abstenir de commentaires (s’ils sont négatifs) soit d’exprimer les raisons de son manque d’appétit.
Cela te permettra de comprendre et de ne pas développer de colère, de tristesse voire de culpabilité (d’être pas assez « bon » en cuisine, par exemple). De plus, l’appréciation d’un plat est tout à fait personnelle. Il n’y a pas lieu de percevoir l’attitude de quelqu’un, vis-à-vis de sa cuisine, comme une quelconque critique personnelle.

Dans tous les cas, il peut être intéressant de se pencher sur soi-même et de décrypter ses propres fonctionnements afin de ne pas contreplaquer ses propres difficultés sur les enfants.
C’est l’occasion de régler ses conflits internes et d’adapter les aspects alimentaire de manière à ce qu’ils soient profitables à chacun.

 

  • Lâcher-prise, claquer la porte aux normes et accepter la diversité

Pour se sentir bien avec l’alimentation de l’enfant, il faut lâcher-prise. Ce n’est pas du laisser-aller : il n’est pas question de proposer des coquillettes au beurre avec du jambon bien rose de nitrite 5 fois par semaine, mais de ne pas tenter d’influer ce sur quoi il n’est pas possible d’agir concrètement.

L’objectif est de préserver la capacité de l’enfant à gérer son appétit et ses apports alimentaires. En l’absence d’aliments surmédiatisés industriels, les enfants choisiront ce dont ils ont besoin. Le rôle des parents est de mettre à disposition les ingrédients de bonne qualité et diversifiés.

Le lâcher-prise, c’est aussi oublier les normes que les enfants devraient manger en fonction de leur âge. Cela permet un détachement par rapport à ces données numériques qui n’ont, de toute façon, aucun écho pour le corps de l’enfant.
Certains enfants mangeront avec appétit dès 6 mois alors que d’autres débuteront la diversification à presque 1 an, passant du bébé inintéressé à un bambin qui croque la vie à pleine dents.

Enfin, il est également nécessaire d’accepter que notre enfant a une morphologie qui lui est propre (en l’absence de maladie, bien entendu). Il pourra être « petit poids » et être dans la courbe base, ou bien, être le « costaud » qui explose les courbes. Peu importe, dans le fond, puisque l’important est qu’il suive sa propre courbe. Tant qu’il n’y a pas de cassure, il n’y a pas de crainte à avoir.
Cela veut aussi dire qu’on apprendra à nos enfants à s’aimer tels qu’ils sont, qu’un fils soit « maigrichon » ou une fille « boulotte ».
La société nous vend, d’une part, des hommes grands avec un beau capital musculaire et, d’autre part, la jeune femme filiforme puis ensuite avec des formes placées uniquement aux endroits attendus.
La réalité est bien plus diverse que cela. C’est inéquitable, mais chacun.e à un métabolisme spécifique. Certain.e.s peuvent manger sans grossir et d’autres s’arrondissent dès que leur alimentation se déséquilibre durant quelques jours.
Au lieu de courir derrière le mirage d’un corps « parfait », il est possible d’investir cette énergie en acceptation de soi.  Voici  un ouvrage pour aller plus loin si la diversité de l’humain attise ta curiosité : https://books.openedition.org/editionscnrs/2979?lang=fr

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  • En résumé, que faire pour favoriser un rapport serein à l’alimentation ?
    • Se renseigner en tant que parent sur l’alimentation (je souhaite t’avoir ouvert une porte) et éviter les produits ultratransformés ;
    • Respecter l’appétit de l’enfant : le laisser dire quelle quantité il souhaite, le laisser se servir seul (quand il atteint l’âge), le laisser gérer son appétit en acceptant qu’il fluctue d’un moment/jour à l’autre ;
    • Se refuser aux interdits : ne pas bannir un aliment, sinon il deviendra un objet de convoitise. Ne pas utiliser les aliments comme récompense (« finis tes légumes et tu auras un dessert ! »). Et si des produits industriels engendrent un problème, la seule solution est simplement de ne plus l’acheter !
    • Penser du bien des aliments : pas de jugement, juste écouter sa faim ;
    • Partager les responsabilités de la nourriture dans le foyer : le père et la mère doivent nourrir la famille et faire front par rapport aux aliments à éviter. Il sera aussi opportun d’inviter l’enfant à prendre part à la préparation du repas. Cela aura des avantages tant en termes de motricité que de l’apprentissage des connaissances sur l’alimentation ;
    • Privilégier les repas à table, en l’absence de télévision ou d’écrans, afin d’avoir toute son attention disponible et d’être à l’écoute de sa satiété.

 

Il y a quelques lectures qui pourront t’accompagner dans ton rapport à la nourriture :

  • « Un zeste de conscience en cuisine » d’Isabelle Filiozat (oui, encore elle, que veux-tu, c’est une autrice qui me passionne par la qualité de son information et la clarté de ses explications) : il aborde autant les aspects individuels que les qualités nutrionnelles, le tout parsemé de recettes ! Un délice à lire !
  • « Toxic » de William Reymond, qui met en évidence les incohérences et les méfaits du système agro-alimentaire. On se prend une claque en lisant, mais c’est en ouvrant les yeux qu’on pourra vivre dans un mode plus cohérent et bienveillant envers nous mais aussi envers la planète dans son ensemble.

Un film intéressant : « Nos enfants nous accuseront » : http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/ dont j’ai trouvé un lien sur Youtube  https://www.youtube.com/watch?v=yrJN-itVZLQ
Je l’avais vu quand il est sorti dans quelques salles en 2008 (ou 2009) et là aussi, cela aide à ouvrir les yeux.
Un autre film documentaire qui a fait grand bruit en 2016, par sa richesse et ses perspectives optimistes après avoir fait ces constats socialement et écologiquement alarmants : « Demain » https://www.demain-lefilm.com/
Parce que oui, c’est inquiétant de s’informer. On peut avoir l’impression d’être pris.e au piège d’un système qui nous dépasse et dont il est impossible de sortir. Un peu comme il semble parfois insurmontable de mettre en exergue tous les mécanismes internes qui nous habitent et que nous n’avons pas envie de transmettre. Mais ce n’est pas impossible, pas à pas, élément par élément, nous pouvons évoluer et mobiliser de nouvelles connaissances  afin de mettre en œuvre de nouveaux fonctionnements. Il s’agit d’un cheminement qui permet de croître de manière à apprendre, encore et toujours, grâce à la curiosité !

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Je te souhaite un beau cheminement, en sachant tout cela.

A bientôt, Lectrice et Lecteur Curieuse.x.

 

Sources complémentaires consultées (oui, enfin, certaines):

http://parents-naturellement.com/5-mythes-autour-de-la-diversification-alimentaire/

http://www.doctissimo.fr/bebe/maladies-infantiles/problemes-digestifs-et-urinaires-de-bebe/troubles-du-comportement-alimentaire-du-bebe